‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 464 sur 553 · XIV. — Thierri de Chelles reconnu pour roi de France · texte numérisé non relu

XIV. — Thierri de Chelles reconnu pour roi de France

Eudes", après avoir entièrement défait l'armée des Sarrasins, poursuivit longtemps les fuyards. Il y a apparence qu'il reprit alors sur ces infidèles une partie des conquêtes qu'ils avoient déjà faites dans la Septimanie, ou qu'il aida les habitans de cette province à les chasser de quelques-unes de leurs places, car nous verrons que les Sarrasins prirent quelques années après les villes de Carcassonne & de Niraes ; ce qui fait voir que si Zama, leur général, les avoit conquises, ils durent les perdre depuis leur défaite devant Toulouse.

Il fut d'autant plus aisé à Eudes de tirer avantage de sa victoire sur les Sarrasins, qu'il étoit alors en paix avec Charles Martel. Ce duc d'Austrasie, pour se maintenir dans l'autorité dont il s'étoit emparé sur tout le royaume 8c prévenir la révolte des peuples que son pouvoir excessif pouvoit exciter, éleva sur le trône de Neustrie, d'abord après la mort de Chilpéric, décédé à Noyon vers la fin de l'an 721, Thierri quatrième du nom, fils de Dagobert III. Ce prince étoit encore enfant, &, par conséquent, peu en état de traverser les desseins ambitieux que ce duc des François avoit de se perpétuer dans le gouvernement de la monarchie. On donna à ce nouveau roi le surnom de

■ Isidorus Paceiisis, p. i ?. & seq. — A propos de la chronique dite d'Isidore de Béja , nous croyons bon de résumer les dernières conclusions portées sur ce document important par M. Dozi, dans ses Recherches sur la. littérature & l'histoire de l'Espagne au moyen âge, Leyde, 1860, 2 volumes in-8". En effet, cet auteur, publié d'abord par Prudencio de Sandoval, dans ses Hisîor'tas de cinco ohispos (Idace, Isidore de Béja, 8cc.) , Pamplona , 1634, in-4°, republié d'après des textes défectueux par Sanchez, Espana sagrada , t. 8, p. 274, présente un intérêt tout particulier^ contemporain des faits qu'il raconte, puisqu'il n'est pas postérieur à l'année 764, resté inconnu aux écrivains du Nord de l'Espagne, qui ne l'ont pas employé avant Roderic de Tolède (fin du treizième siècle), il offre ce caractère particulier de n'être défavorable ni aux derniers rois visigoths, comme Sébastien de Salamanque & les chroniqueurs des royaumes du nord, ni aux Arabes, comme on pourrait l'attendre d'un prêtre. On peut lire dans M. Dozi les raisons ingénieuses par lesquelles il explique comment, dans beaucoup de cas, les Arabes ont pu être accueillis sans répugnance par des populations à peine chrétiennes, habituées de longue date à un gouvernement plus oppresseur que celui des premiers valis, & comment d'autre part, pour les historiens postérieurs, comme Sébastien de Salamanque, qui est de la deuxième moitié du neuvième siècle, il a fallu expliquer la conquête de l'Espagne par les Infidèles; pour y arriver, ces historiens ont chargé la mémoire des derniers rois

visigoths, Égica , Wittiza 8c Roderic, dont pourtant Isidore de Béja, presque contemporain, ne dit guère que du bien. Ce sont ces calomnies gratuites qui, jusqu'ici, ont été adoptées comme vérité par les historiens.

Pour en revenir à la chronique d'Isidore de Béja, M. Dozi conteste formellement cette attribution de nom ; on ne connaît aucun évêque de Béja du nom d'Isidore; de plus l'auteur ne parle pas une seule fois de cette ville, tandis qu'il abonde en détails sur Cordoue, pour laquelle il semble avoir une espèce de prédilection ; à Béja, dont on le prétend évêque, il y eut, à cette époque, une grande révolte contre les Arabes, &, loin de la raconter, il ne la mentionne même pas, & nous ne la connaissons que par un historien arabe, Maccary. Suivant M. Dozi, cette attribution à un Isidore, évêque de Béja, viendrait d'un manuscrit du onzième siècle, conservé à Oviédo, où la chronique d'Isidore de Séville est attribuée, par une faute du copiste, à Isidorus Pacensis episcopus. Le texte de cet auteur est profondément altéré, si bien que, dans plusieurs endroits, il est devenu presque inintelligible; M. Dozi prouve qu'il est écrit en prose rimée, genre de composition aimé des Espagnols; mais pour rétablir les assonances, il faut supposer un ancien manuscrit glosé, dont les gloses auront passé dans une copie postérieure. Les exemples que M. Dozi en donne semblent assez concluants. L'auteur, à plusieurs reprises, indique qu'il avait écrit d'autres chroniques (^ep'itoma^y qui sont aujourd'hui perdues. [A. M.]

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIII. ySS

Thierri de Chelles, parce qu'il avoit été élevé dans ce monastère qui étoit alors double, ainsi que plusieurs autres, suivant l'usage de ce temps-là.

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