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XXV. — Défaite d'Eudes par les Sarrasins

A son arrivée, il porta la terreur & la désolation dans tout le pays, qu'il ravagea sans obstacle. Il s'approcha ensuite de la Garonne, alla mettre le siège devant Bordeaux, l'emporta de force 8c livra cette ville au pillage. Cela fait, Abdérame passa la Dordogne Se rencontra Eudes au delà de cette rivière. Ce duc, sur le bruit de l'irruption des Sarrasins, avoit rassemblé à la hâte le plus de troupes qu'il avoit pu pour s'opposer aux progrès de leurs armes, & n'ayant pas eu le temps de secourir la Gascogne, il avoit pris le parti d'attendre Abdérame de ce côté-là^, dans le dessein de l'attaquer au passage Se de l'empê-

An 782

' Nommé au gouvernement de la Péninsule hispanique, Abd el Rahman s'occupa aussitôt du projet qu'il nourrissait de venger sur les chrétiens la mort d'El-Samah & celle d'Ambessa, tués tous deux sur la terre des infidèles; il demanda, en conséquence, aux gouverneurs de l'Egypte, de l'Afrique & des autres pays musulmans de lui envoyer des contingents dont il pût renforcer son armée. En attendant que ces troupes arrivassent de Syrie, des bords du Nil & des vallées de l'Atlas, il rétablit l'ordre dans les provinces d'Espagne, révoqua les gouverneurs des villes qui s'étaient rendus coupables de concussion ou d'oppression, répara partout les injustices commises par ses devanciers & disposa tout pour laisser l'Espagne dans un état calme & prospère, quand il la quitterait pour entrer sur la terre des chrétiens. Un moment la révolte d'Abi Nessa vint entraver ses préparatifs, mais la mort de ce chef lui permit de mettre son projet à exécution à la fin d'avril ou au commencement de mai de l'année 732.

Toutes les fois que les Arabes avaient cherché à pénétrer en Aquitaine par la vallée de 1 Aude Si par la Septimanie, ils avaient échoué. Abd el Rahman prit une voie nouvelle. Franchissant les Pyrénées par Pampelune & la vallée d'Hengui, il pénétra en Vasconic par la vallée de la Bidouse, & s'avança à travers la plaine directement sur Bordeaux. Près de cette ville, il trouva le duc Eudes, accouru pour la défendre. Ce prince voulut lui disputer le passage de la Garonne, mais Abd el Rahman traversa ce fleuve de vive force & livra aux Aquitains une bataille dans laquelle ceux-ci furent entièrement défaits. Les Arabes, victorieux, firent le siège de Bordeaux & prirent la ville d'assaut. Le butin fut énorme. Les historiens des vainqueurs en parlent avec une exagération vraiment orientale; le moindre soldat, suivant eux, aurait eu pour sa part force topazes, émeraudes &

autres pierres précieuses, sans parler de l'or qui était en abondance. Le but d'Abd el Rahman, en entrant en Gaule, n'était point de faire une guerre de conquête dans le sens que les Arabes attachaient à ce mot; il ne voulait que marcher devant lui, piller & dévaster le plus rapidement possible le pays chrétien pour recueillirdu butin & venger la mort de ses prédécesseurs. C'est un point sur lequel les historiens arabes s'accordent.

Après avoir brûlé Bordeaux, le chef arabe, laissant la Garonne derrière lui, arriva à la Dordogne, qu'il traversa également; marchant toujours en avant, il ravagea l'Aquitaine pendant plusieurs moi s & parvint enfin à Poitiers. Les Arabes pillèrent & brûlèrent le monastère de Saint-Hilaire, situé dans un faubourg, assiégèrent inutilement la ville, & se préparaient à s'avancer encore plus au nord, lorsque Charles Martel, craignant que ce fléau dévastateur ne pénétrât jusqu'en Neustrie, vint, à la demande d'Eudes, délivrer l'Aquitaine de ses envahisseurs. Nous ne raconterons pas, après les Bénédictins, les péripéties de la bataille à laquelle la ville de Poitiers a donné son nom.

Après la défaite d'Abd el Rahman & sa mort, les Arabes exécutèrent leur retraite sur la Septimanie, & ne se crurent en sûreté que lorsqu'ils aperçurent les murs de Narbonne. A la nouvelle de ce grand désastre, Obeïda el Ca'isi , gouverneur de l'Afrique, nomma aussitôt Abd el Melek ben Cotan pour aller commander dans la Péninsule. Ce nouveau vali était un homme âgé, qui fit plusieurs tentatives pour pénétrer en Vasconie; aucune ne lui réussit. A la suite d'un dernier échec, plus sérieux que les autres, il fut révoqué & remplacé par Okba ben el Hedjadi. Celui-ci, toutefois, retenu en Afrique par la guerre contre les Berbères, ne prit le commandement de cette province qu'en 736. [E. M.]

■ Voyez tome II, Note LXXXIV, n. i3.

"" — ; 7q6 histoire générale de LANGUEDOC. LIV. VIII.

An -/iz ' /

cher du moins de pénétrer plus avant dans ses États; mais ses efforts furent inutiles, car ayant livré bataille aux Sarrasins, il fut battu & mis en fuite après avoir perdu la plus grande partie de son armée , dont les infidèles firent un carnage horrible. Le nombre des chrétiens qui furent tués dans cette sanglante bataille fut si grand, qu'au rapport d'Isidore de Béja, histo- Éd.orifiin. rien' contemporain, il n'j^ a que Dieu seul qui ait pu le savoir.

Eudes fut vivement poursuivi dans sa fuite par l'armée victorieuse qui ruina ensuite ou brûla impunément tout ce qu'elle trouva sur sa route, à la réserve des places fortes que leur situation avantageuse mit à couvert de la fureur des soldats arabes. Ce duc se trouvant sans ressource 8<. en danger de perdre dans peu le reste de ses États ou d'en voir l'entière ruine, prit le parti d'implorer la protection de Charles Martel 8t d'aller^ trouver ce prince pour lui demander du secours contre les Sarrasins qui menaçoient d'envahir tout le royaume, Si contre lesquels il avoit par conséquent un égal intérêt de prendre les armes.

XXVI. — Bataille de Poitiers. — Défaite des Sarrasins par Charles Martel.

En effet, ces infidèles, après avoir ravagé le Périgord , la Saintonge, l'Angoumois &. le Poitou, massacré un grand nombre de chrétiens, pillé Se brûlé l'église de Saint-Hilaire, dans les faubourgs de Poitiers^, étoient sur le point de pousser leurs ravages jusques à Tours, ville du domaine de Charles Martel, dans l'espérance de s'enrichir du pillage de la célèbre église de Saint- Martin, lorsque ce prince, oubliant les sujets de querelle qu'il avoit contre Eudes, résolut de le secourir & de faire tous ses efforts pour traverser les desseins des infidèles. Il forma une puissante armée des troupes qu'il leva"* à la hâte dans les trois royaumes de Neustrie, d'Austrasie & de Bourgogne, S< après avoir passé la Loire, il marcha contre Abdérame, le rencontra aux environs^ de Poitiers & l'empêcha de passer outre.

Les deux armées^ demeurèrent en présence durant sept jours, sans faire aucun mouvement, Si se préparèrent pendant ce temps-là au combat qui devoit décider de la destinée de toute la France 7. L'action s'engagea ^ un samedi du mois d'octobre de l'an ySi. Le choc fut d'abord très-violent des deux côtés; mais enfin la victoire, après avoir balancé quelque temps, commença à se déclarer en faveur de Charles. Les soldats du Nord', suivant l'expression d'un auteur contemporain'", plus forts, plus robustes & mieux

■ Isidorus Pacensis, Chronicon, p. i8. « Isidonis Pacensis, Chronicon, p. i8.

" Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I. ' Ibid.

' Continuateur de Frédégaire, c. 108. — Annales " Annales Na^ariani £• Peiaviani', dans Duchesne,

Mettenses, p. 270. t. 2, p. 3 & y; dom Bouquet, Historiens Je France,

■• Voyez tome II, Note LXXXIV, n. 10. t. 2, p. 63r). — Voyez tome II, Note LXXXIV,

Eginhard, Vita Caroli Magni. — Dom Bouquet, n. 8. Historiens Je France, t. à, p 88. — Voyez tome II, 'J Voyez tome II, Note LXXXIV, n.

Preuves, Chroniques, n. I. '" Isidorus Pacensis, Chronicon, p. 18.

disciplinés que ceux du Midi, l'emportèrent aisément sur ces derniers; en sorte qu'on vit les François, semblables à ces murs épais dont les pierres sont extrêmement bien liées (c'est la comparaison du même historien) , combattre toujours sans pouvoir être jamais ni ébranlés ni séparés 8c. se faire jour à travers les bataillons arabes dont ils firent un carnage affreux. Abdérame, général de ces infidèles, ayant été tué sur la place, la victoire acheva de se déclarer entièrement en faveur de Charles. Les Sarrasins continuèrent cependant de se défendre avec beaucoup d'acharnement & disputèrent le terrain pied à pied, &c il n'y eut que la nuit qui put séparer les combattans. Chacun se retira alors dans son camp, mais avec une contenance bien différente; les François, l'épée à la main, encore tumante du sang de leurs ennemis, 5i ceux-ci, honteux de leur défaite 81 consternés de la perte de leur général.

Les Sarrasins, se voyant extrêmement affoiblis par le nombre prodigieux de leurs morts qui étoient demeurés étendus sur le champ de bataille, prirent le parti de décamper à la faveur de la nuit. Ils laissèrent en partant leurs tentes toutes dressées pour dérober leur fuite aux François. Charles ne s'aperçut pas, en effet, de leur retraite, 81 il se disposoit le jour suivant à livrer de grand matin un nouveau combat à ces infidèles, quand il apprit par des espions qu'ils s'étoient retirés. Ce prince parut d'autant plus mortifié de leur retraite, qu'il se flattoit de remporter sur eux une nouvelle victoire. Il balança d'abord s'il devoit les poursuivre; mais dans la crainte qu'il eut de quelque feinte ou de quelque embuscade de leur part, il se contenta de piller leur camp, 81 après en avoir partagé les dépouilles à ses soldats, il décampa 8t repassa la Loire.

C'est le récit fidèle qu'un auteur ' grave 8c contemporain nous a laissé de cette fameuse journée. Quelques auteurs ajoutent qu'Eudes, duc d'Aquitaine, s'étant joint aux François, se trouva à cette action 81 qu'il y fit des prodiges de valeur; mais ce fait nous paroît un peu douteux^, Se nous croyons qu'on a confondu avec cette bataille la défaite des Sarrasins devant Toulouse parce duc. D'autres historiens accusent Eudes d'avoir appelé les Sarrasins en France dans cette occasion pour s'en servir contre Charles Martel, son ennemi, comme nous l'avons déjà dit, 81 font par là retomber sur lui tous les maux l'd.origin. que ces infidèles causèrent alors dans le royaume; mais le simple récit que nous venons de faire sutfit pour détruire cette table^. Nous savons d'ailleurs que les anciens annalistes austrasiens, adulateurs perpétuels des ancêtres de Charlemagne, n'ont rien omis pour rendre ce duc odieux à la postérité, parce qu'il étoit ennemi de Charles Martel £< de sa famille. Peut-on, en effet, se persuader qu'Eudes ait été capable de travailler à sa propre ruine pour attirer celle de son ennemi?

Plusieurs circonstances"* que quelques auteurs rapportent de la défaite des Sarrasins à la bataille de Poitiers, ne paroissent pas moins fabuleuses, entre

' Isidoriis Pacensis, Chronicon, p. i8. ' Voyez tome II, Note LXXXIII, n. 21,

• Voyez tome II, ^ore LXXXIV, n. i3. * liU. Note LWXIV, n. ,).

autres' celle du nombre prodigieux de trois cent soixante-quinze mille de ces infidèles qu'on prétend avoir été tués dans cette action, sur l'autorité de Paul Diacre^ & d'Anastase Bibliothécaire, qui ont confondu cette bataille avec celle qu'Eudes livra au général Zama, devant Toulouse, onze ans auparavant. Pour rendre cette circonstance plus vraisemblable, on ajoute qu'on doit comprendre parmi ce grand nombre de morts les femmes, les enfans & les esclaves que ces peuples avoient amenés avec eux, dans la vue de s'établir dans les Gaules; mais un de nos plus célèbres historiens^ a fait voir que dans l'irruption dont nous parlons, il n'y eut que les seuls soldats d'Abdérame qui passèrent en deçà des Pyrénées, & qu'ils n'avoient aucun dessein de s'établir dans les Gaules, mais seulement d'en piller & ravager les provinces.

XXVII. — Ravage des Sarrasins dans leur retraite. — Vains efforts d'Ahd el Melekf successeur d'Abdérame, pour rentrer dans les Gaules.

Après la bataille de Poitiers, le reste'* de l'armée des Sarrasins reprit la route des Pyrénées par le Limousin, le Querci, l'Albigeois & le Toulousain. Ces infidèles laissèrent dans tous ces pays de tristes marques de leur barbarie & portèrent partout la désolation, & si le monastère de Guéret, en Limousin, échappa à leur fureur, il en fut uniquement redevable aux prières de saint Pardulte qui en étoit abbé. Ces infidèles se retirèrent ainsi dans la Septimanie, province soumise à leur domination & de là en Espagne.

Un critique^ moderne prétend que les Sarrasins ne furent pas longtemps sans tirer vengeance de leur défaite par la nouvelle irruption qu'ils firent l'année suivante dans les Gaules, & durant laquelle ils désolèrent toute-la Bourgogne. Cet auteur ajoute que ces hostilités obligèrent Charles Martel de se rendre en diligence dans ce royaume pour apaiser les troubles & remédier aux maux que ces infidèles y avoient causés par leurs excursions. Nous savons, en effet, que l'année d'après la bataille de Poitiers, ce prince fit un voyage'' en Bourgogne pour arrêter le cours de quelques mouveraens qui s'y étoient élevés; mais les historiens'' ne marquent aucune irruption des Sarrasins, ni dans ce pays, ni dans les Gaules, sous cette année.

Il est vrai qu'Abd el Melek^, successeur d'Abdérame dans le gouvernement général de l'Espagne & de la Gaule gothique, fit quelques efforts pour réparer la honte de la défaite de ce général, 8c qu'il tenta d'entrer dans les Gaules pour renouveler la guerre contre les François; mais tous ses projets turent inutiles. Abd el Melek étoit un homme violent & avare qui, pendant près de quatre années d'administration, vexa cruellement les peuples & les

' A. de Valois, Rerum Franc-'icarum 1. 24, p. 489 tome II, Preuves, Chroniques, n. I. — Rodeiiciis

& seq. Toletanus, Historia Arahum^ c. 14.

" Voyez tome II, Note LXXXIV, n. 1 2. ^ P^gi, Critlca, ad ann. ySS, n. 3.

' A. de Valois, Rerum Francicarum, p. 483 & seq. ^ Continuateur de Frédégaire, c. 1 09.

* Acta sanctorum ord'in'is S. BeneJicti , saec. 3, ' Voyez tome II, Note LXXXIV^ n. 9.

part. I, p. 378; Lib, de Gestis S. Pardulfi. — Voyez ' Isidorus Pacensis, Chronicon, p. 19.

An 733

An 733

An 73r.

livra à l'avidité des juges & des officiers des provinces. Sa négligence k venger sur les François la défaite de son prédécesseur lui attira des reproches très-vifs de la part du calife. Sensible à ces reproches, il résolut de réparer les pertes ^^ 3 que sa nation avoit faites dans les Gaules : il arma puissamment, partit de Cordoue à la tête de toutes ses troupes, vers l'an 734, Se. s'avança vers les cols des Pyrénées qui séparent' la Navarre de la Gascogne; mais il fut arrêté au passage par une petite troupe de chrétiens qui le harcelèrent vivement du haut des montagnes Si des rochers où ils s'étoient rassemblés. Se lui tuèrent beaucoup de monde en différentes escarmouches, ce qui l'obligea d'abandonner son entreprise Si de retourner honteusement sur ses pas.

XXVIII. — Mort d'Eudei. — Son fils Hunold lui succède dans le duché d'Aquitaine &• le Languedoc françois.

La réconciliation qui se fit avant la bataille de Poitiers entre Eudes Si Charles Martel fut sans doute sincère Si de bonne foi, 81 nous ne voyons pas qu'elle ait été altérée pendant le reste de leur vie. Ce dernier étoit alors trop occupé à pacifier les troubles de Bourgogne Si à réduire les Frisons par les armes, pour songer à réveiller ses anciennes querelles contre l'autre. Quoi qu'il en soit, Eudes mourut^ en paix en ySS 81, à ce qu'il paroît, dans un âge assez avancé. Il fut inhumé dans l'église^ du monastère qu'il avoit fondé Éd.origin. avant sa mort, de concert avec Valtrude son épouse, cousine de Charles MarteH, dans l'île de Ré, sur les côtes du pays d'Aunis. Ce monastère fut ruiné dans la suite par les Normands, 81 il ne subsistoit plus l'an 845. Eudes laissa en mourant trois enfans mâles de Valtrude, son épouse. Hunold, l'aîné, lui succéda dans tous ses États, fut duc d'Aquitaine ou de Toulouse, Si étendit, par conséquent, son autorité sur toute la partie du Languedoc françois qui dépendoit de ce duché 81 qui comprenoit le Toulousain, l'Albigeois, le Gévaudan, le Vêlai 81 le pays d'Uzès. Hunold régna aussi sur toute la Gascogne Si sur une partie de la Provence ; mais les Sarrasins lui enlevèrent bientôt après ce dernier pays dont Charles Martel s'empara ensuite sur ces infidèles.

Hatton, second fils d'Eudes, est qualifié duc d'Aquitaine dans un ancien monument'', ce qui prouve qu'il posséda une partie de ce duché conjointement avec son frère^. On présume ^ que le Poitou lui échut en partage, Si il paroît, en effet 8, qu'il faisoit sa résidence à Poitiers. On pourroit croire aussi qu'il posséda le Limousin; car nous savons' qu'il fut inhumé à Saint-Martial

' Pagi, Crltica, ad ann. ySz, n. .'5. ' Voyez tome II, Preuves, Chartes et Diplômes

' Continuateur de Frédégaire, c. 109, p. 675. — n. LXVII.

Annales Mettenses, p. 270. ^ liid.

' Voyez tome II, Preuves, Chartes et Diplômes, ' A. de Valois, Rerum Francicarum 1. 24, p. /n7,

n. LXVII. ' Annales Mettenses, ad ann. 744.

* La fausseté de cette alliance a déjà été relevée " Voyez tome II, Preuves, Chartes et Diplômes,

dans une des notes du livre précédent. [A. M.] n LXVII.

An 735

de Limoges. Il épousa Vandrade , descendante Se plus proche héritière de Sadrégisile, duc d'Aquitaine, laquelle, en cette qualité, lui apporta les droits qu'elle avoit sur plusieurs terres dans le Limousin, que le roi Dagobert avoit confisquées sur les enfans de ce duc, & qu'il avoit données à l'abbaye de Saint-Denis.

Nous ignorons ce qu'eut en partage Rémistan, frère' puîné d'Hunold & d'Hatton, & si son père lui laissa quelques pays de l'Aquitaine en apanage. Nous avons dit ailleurs qu'Eudes avoit un frère, appelé Imitarius, qui, à ce qu'il paroît, mourut sans postérité & lui laissa par conséquent les droits qu'il pouvoit avoir* sur une partie de l'Aquitaine. Nous avons parlé de la fille de ce duc, qui épousa le général Munuza, & qui devoit être alors dans le sérail de Damas, où Abdérame l'avoit envoyée.

Eudes fit parler de lui dans son temps; mais il n'a pas été assez bien connu dans le nôtre, ce qui est cause sans doute que nos historiens modernes ne lui ont pas rendu la justice qu'il mérite. On ne l'a presque regardé, jusques à nos jours, que comme un aventurier qui avoit profité des troubles du royaume pour s'emparer de toute l'Aquitaine j mais si l'on considère son extraction royale, il ne paroîtra pas extraordinaire qu'il ait prétendu à une partie de la monarchie & qu'il se soit opposé de toutes ses forces aux entreprises de Charles Martel, qui vouloit envahir toute la France à son préjudice, & de la famille régnante. On ne doit pas être surpris non plus que les descendans de l'un & de l'autre aient vécu entre eux dans une inimitié perpétuelle. De là vient sans doute que les historiens austrasiens, qui sont entièrement dévoués à la race de Charlemagne & qui sont presque les seuls qui nous restent de ce temps-là, n'ont rien négligé pour rendre la mémoire d'Eudes odieuse à la postérité & pour le rabaisser, de même que ses successeurs. Quoique nous ne prétendions pas justifier toutes ses actions, on voit cependant, par ce que ces historiens ont laissé échapper 8c par quelques autres monumens du temps, que ce duc fut un très-grand prince, &. il nous paroîtroit sans doute encore plus grand, s'il avoit eu le même bonheur que Charles Martel & autant de panégyristes.

XXIX. — Guerre de Charles Martel contre les enfans d'Eudes. — Sa paix

avec eux.

Charles fut à peine informé de la mort de ce duc d'Aquitaine, qu'il assembla ^ les principaux de la nation pour délibérer sur le parti qu'il falloit prendre dans cette conjoncture. Ce ministre, qui n'avoit pu jusques alors obliger Eudes à reconnoître que son duché relevoit de la couronne, &. l'assujettir par conséquent à son autorité, se persuada qu'il lui seroit plus aisé"* de

Continuateur de Frédégnire, c. i33. ' Continuateur de Frédégaire, c. i33. — Annales

' Voyez tome II, Preuves, Chartes et Diplômes, Mettenses, p. 270. n. LXVII. 1 Uid.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIII. 8oi ~~^~^

réduire Hunold 8v ses frères à son obéissance, sous prétexte de les soiimettre

à celle du roi ; il fit donc résoudre, dans le conseil qu'il avoit assemblé, de

leur déclarer la guerre. Dans ce dessein, il passa la Loire à la tête de ses An 736

troupes &, s'étant avancé sans opposition dans le pays, il marcha jusques à

la Garonne & assiégea Bordeaux, qu'il emporta avec le château de Blaye, Se,

après avoir soumis les environs de ces deux places, il retourna victorieux en

France.

Ce prince, pour achever de soumettre le reste de la Gascogne, sous le nom de laquelle plusieurs de nos anciens historiens' comprennent tous les pays situés entre la Loire & les Pyrénées, repassa cette rivière la campagne^ suivante. Les enfans d'Eudes, qui étoient demeurés jusque-là dans l'inaction ,^i'p'''|ô"* & qui, soit par toiblesse ou par crainte d'en venir aux mains avec un capitaine aussi expérimenté 8c aussi redoutable que Charles, n'avoient fait aucun mouvement contre les François l'année précédente, se mirent en campagne durant celle-ci 8c parurent à la tête d'un corps de troupes pour résister à ce prince; ils lui livrèrent divers combats qui furent sanglans, mais dont le détail nous est inconnu. Il paroît seulement, au rapport d'un ancien auteur^, que cette guerre ne fut pas désavantageuse aux princes aquitains, excepté au duc Hatton'* qui, selon l'expression assez obscure d'un de nos historiens, fut garrotté dans une action, c'est-à-dire, comme nous croyons pouvoir l'expliquer, qu'il y fut fait prisonnier, à moins qu'on ne veuille dire^ qu'il se ligua contre Hunold, son frère, avec Charles Martel. Nous verrons, en effet, dans la suite que ses descendans furent très-attachés à la postérité de ce maire du palais. Quoi qu'il en soit, Charles tut obligé d'en venir avec Hunold à un traité de paix, par lequel il consentit que ce prince demeurât'^ paisible possesseur de l'Aquitaine sous le titre de duc, à condition (ce qui est remarquable) quil tiendrait ses Etats à foi & hommage de lui 6- de Carloman ^ de Pépin, ses enfans, sans taire la moindre mention du roi Thierri, ce qui montre à quel degré de puissance Charles Martel étoit parvenu alors, puisqu'il ne gardoit pas même les bienséances 8c les dehors sous lesquels il avoit caché son ambition, les premières années de son gouvernement. Hunold, soit par crainte ou par impuissance, ratifia ce traité 8c prêta serment de lîdélité à Charles Martel,

XXX, — Cinquième irruption des Sarrasins dans les Gaules.

Les nouveaux troubles qui s'élevèrent en Bourgogne, 8c qui furent suivis d'une irruption des Sarrasins dans ce royaume, durent être un des motifs qui engagèrent Charles à accélérer son traité de paix avec le duc d'Aquitaine. Quelques auteurs^ confondent cette nouvelle irruption avec celle que ces

* Annales Na^ariani , Peîav'tani , Tiliani , dans ^ Annales Na^anani, ut supra.

Diichesne, t. i, p. 3 & 7. ' Voyez tome II, Note LXXXIII, n. 8.

' Voyez tome II, Note LXXXIII, n. 22. * Annales Mettenses, p. 270.

' Ado, Chronlcon, Biblioth. Patrum, t. 16, p. 84. ' Voyez tome II, Note LXXXIV, n. 9.

An 736

infidèles avoient faite en Aquitaine quatre ans auparavant ; mais celle dont nous allons rapporter le sujet est évidemment ditïérente.

Jusif Ibin Abdérame' gouvernoit alors pour les Sarrasins la Gaule gothique ou Narbonnoise^. Ce seigneur arabe eut à peine pris possession de son gouvernement, vers l'an ySS, qu'il résolut de se signaler par quelque action d'éclat & de rétablir les affaires de sa nation dans les Gaules. La situation où se trouvoit alors la Provence lui en fournit une occasion favorable.

Mauronte, duc ou gouverneur d'une partie de cette province, cherchant ^ à secouer le joug de l'autorité de Charles Martel St à se rendre indépendant, s'étoit ligué secrètement avec les autres gouverneurs de cette partie du royaume de Bourgogne située entre les Alpes, le Rhône & la Méditerranée, depuis Lyon jusques à Marseille. Tous ces seigneurs, résolus de se mettre en liberté, avoient tramé un complot dans l'espérance que Charles, alors occupé de différentes guerres, soit contre les peuples de la Germanie & les Aquitains, soit contre les Sarrasins, seroit hors d'état de traverser leurs entreprises. Ils étoient sur le point d'éclater quand ce prince, sur le soupçon qu'il eut de leurs menées, entra en Bourgogne en ySS, à la tête d'une armée, 8c tâcha de rétablir la paix & la tranquillité dans le pays. Il eut soin de pourvoir à sa sûreté 8c prit des mesures pour prévenir les desseins des malintentionnés 8c des rebelles. Il donna entre autres le gouvernement des places frontières, 8c en particulier celui de Lyon, à des personnes dont il avoit éprouvé la fidélité. Se partit ensuite, comptant d'avoir pacifié cette province, mais ce n'étoit qu'en apparence.

■ Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I. — Gervasius Tilberiensis, p. 940.

' On ne sait ni quand ni par qui loussouf ben Abd el Rahman 8c non Jusif Ibin Abdérame, comme l'appellent les Bénédictins, fut nommé vali de la Narbonnaise. Il occupait déjà ce poste en 734, & c'est à la fin de cette année qu'il conclut avec Mauronte & les nobles provençaux un traité en vertu duquel il devait occuper un certain nombre de places sur la rive gauche du Rhône, & aider ces derniers à secouer le joug de Charles Martel, loussouf ben Abd el Rahman passa le Rhône au commencement de 735, s'empara d'Arles, d'Avignon & de Lyon, villes dans lesquelles il mit des garnisons. De telle sorte que, dans le courant de l'année •j'iô, les Arabes étaient maîtres des deux nves du Rhône, depuis son embouchure jusqu'à cette dernière ville. Ils nourrissaient de nouveaux projets de conquête ou d'invasion dans la Gaule", & ces projets semblaient d'autant mieux devoir être suivis de succès qu'Okba, gouverneur général de l'Espagne, était résolu de passer les Pyrénées avec des forces considérables & de diriger jusqu'à la Garonne ou la Loire une invasion qui

ne pouvait manquer de réussir puisqu'elle aurait co'incidé avec celle d'Ioussouf par la vallée du Rhône. Mais Charles Martel déconcerta ce plan en attaquant loussouf avant qu'Okba n'eût terminé ces préparatifs. Au printemps de l'année 736, il partit pour reprendre les autres villes des bords du Rhône. La garnison arabe de Lyon n'attendit pas les Francs} elle se replia sur Avignon. Charles Martel prit cette ville après un siège opiniâtre. Ayant conquis toute la rive gauche du Rhône, depuis Lyon jusqu'à la Durance, Charles Martel entra dans la Septimanie & se dirigea rapidement sur Narbonne, espérant emporter cette cité de vive force & ruiner ainsi, par un coup hardi, la base des établissements arabes dans la Gaule. Les Bénédictins ont raconté les détails de cette expédition. Remarquons seulement que la bataille de Berre ne fut pas aussi décisive qu'ils semblent le dire, puisque Charles Martel fut obligé de lever le siège de Karbonne'. [E. M.]

' Continuateur de Frédégaire, c. 109, p. 675, 677 & suiv. — Ckronicon Fontanellense, c. 12, dans d'Achéry, Spicilegium, t. 3, p. 216. — Annales Mettenses, p. 270.

Ahmed cl Mocri. (Manuscrit arabe 704, f" 7 a.)

" Ibii el Hayan. (Manuscrit arabe 704.)

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIII. 8o3

An 736

En effet, Mauronte 8<. ses confédérés furent beaucoup plus circonspects pendant quelque temps, mais non pas plus fidèles. Résolus de se soustraire à quelque prix que ce fût, à l'obéissance de Charles, ils formèrent' une ligue secrète avec Jusif, gouverneur de la Septimanie pour les Sarrasins. Ce général leur promit du secours, & ils lui promirent à leur tour de l'introduire au delà du Rhône Se de lui livrer certaines places fortes du même côté. Les Sarrasins acceptèrent d'autant plus volontiers ces offres, qu'ils souhaitoient depuis longtemps de s'établir au delà de ce fleuve & d'en avoir le passage libre pour étendre ensuite leurs courses à leur gré dans tout le royaume.

Après la mort d'Eudes, les rebelles de Provence & de Bourgogne, voyant Charles Martel occupé à la guerre qu'il faisoit en Aquitaine aux enfans de ce prince, en prirent occasion de lever l'étendard de la rébellion; mais Charles, /'t p- fo"'. ayant terminé en diligence^ ses différends avec Hunold & ses frères, marcha promptement contre ces rebelles, soumit en peu de temps tout le pays depuis Lyon jusques à Marseille 8c Arles, Se pourvut de nouveau à sa sûreté. Cela fait, il partit pour retourner en France où, sur l'avis qu'il eut de la révolte des Saxons, il se mit aussitôt en marche à la tête de son armée pour aller dompter ces peuples.

XXXL — Prise d'Arles, d'Avignon, d'Uiès, de Viviers, par les Sarrasins. Leurs ravages en Provence 6* dans la Bourgogne.

Mauronte & les autres rebelles, que la présence de Charles avoit intimidés, furent à peine informés que ce prince avoit passé le Rhin pour faire la guerre aux Saxons, qu'ils reprirent aussitôt les armes Se, en exécution du traité secret qu'ils avoient fait avec les Sarrasins, ils leur livrèrent la ville d'Avignon^. II y a lieu de croire qu'ils les introduisirent aussi dans celle d'Arlesj car ces infidèles y entrèrent^ dans le même temps, 8t malgré la soumission volontaire de cette ville, qui se rendit par composition, ils la livrèrent au pillage ■^^ Les Sarrasins s'emparèrent d'autant plus aisément de cette place que, ayant été du domaine du duc Eudes, les successeurs de ce prince, qui ne s'attendoient pas à cette surprise, n'étoient pas alors en état d'en prendre la défense.

Ces peuples eurent à peine ^ franchi les barrières du Rhône, qu'ils portèrent la désolation dans tous les pays situés des deux côtés de ce fleuve. Les villes d'Uzès, de Viviers, de Valence, de Vienne, de Lyon Se plusieurs autres éprouvèrent, ainsi que celles d'Arles 8t d'Avignon, la fureur de ces infidèles, appelés Vandales par quelques anciens historiens, parce que la plupart d'entre eux étoient originaires d'Afrique où ces derniers peuples s'étoient ancienne-

■ Continuateur de Frédégaire, c. 109, p. 675 & * Continuateur de Frédégaire, c. 109, p. 675.

suiy. — Annales FulJcnses , p. 533. — Annales * Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I.

Mcttenses, p. 171. — Voyez tome II, Preuves, ^ Ih'td.

Chroniques, n. I. ' A.do, Chronicon. — Voyez tome II, Preuves,

' Annales Mettenses, p. 271. Chroniques, n. I.

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ment établis. Pendant' un séjour de quatre ans que les Sarrasins firent au delà du Rhône, ils renouvelèrent tous les ans leurs courses dans la province d'Arles St portèrent partout le fer 8t le feu, sous la conduite de Jusif, gouverneur de la Septimanie, mais avec tant d'excès Se de fureur que, suivant le récit d'un ancien auteur^, on voyoit de toutes parts des églises détruites, des monastères ruinés, des villes pillées, des maisons saccagées, des châteaux démolis 8c un nombre infini de personnes massacrées, sans que personne osât s'opposer au cours de tant de maux, ni arrêter la fureur des barbares.

On pourroit entendre de cette irruption des Sarrasins au delà du P\.hône, sous le commandement de Jusif, surnommé Abdérame, ce que Roderic^ de Tolède raconte du général Abdérame, qui fut tué à la bataille de- Poitiers. Cet historien prétend que ce dernier, étant occupé au siège d'Arles, défit une armée de François qui marchoient au secours de cette place j mais il paroît certain ^ que ce général ne passa jamais le Rhône &. qu'il n'en approcha pas même. Si donc les François furent battus en allant secourir la ville d'Arles, assiégée par un général des Sarrasins, nommé Abdérame, ce fut sans doute par Jusif Abdérame, gouverneur de la Septimanie, qui porta ^ ses armes au delà du Rhône, Si Roderic de Tolède peut aisément avoir confondu l'un avec l'autre. Cet historien ajoute que les corps de tous les chrétiens tués dans cette occasion furent jetés dans le Rhône ou inhumés dans le cimetière d'Arles, où l'on voyoit encore de son temps leurs tombeaux'^. Il en reste un grand nombre de pierre, creusés dans le roc, à demi-lieue de cette ville, près de l'abbaye de Montmajour ; mais nous n'oserions assurer qu'ils aient été construits pour les chrétiens qui périrent par le glaive de ces infidèles. C'est sans doute dans cette même irruption, qui dura quatre années de suite, que ces barbares ruinèrent le monastère de Lérins, situé dans une île, sur les côtes de la Provence, où ils martyrisèrent environ cinq cents religieux. On peut rapporter aussi à ce temps-là les ravages que les Sarrasins commirent dans une partie de la Bourgogne, à la gauche du Rhône & de la Saône.

XXXII. — Charles Martel repousse les Sarrasins, assiège ^ prend Avignon.

Charles Martel, informé ^ des désordres que les Sarrasins commettoient au delà du Rhône, à la faveur de son éloignement Si de la guerre qu'il faisoit alors aux Saxons, résolut d'en arrêter le cours. Il assembla, avec toute la diligence possible, une armée composée de François, de Bourguignons &; des autres peuples de sa domination, & l'année suivante, dès que la saison le permit, il se mit en marche pour aller chasser ces infidèles des villes dont ils s'étoient emparés en Provence. Il détacha d'abord le duc Childebrand, son

■ Voyez tome II, Note LXXXIV, n. i6 & suiv. ' Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I.

' Duchesne, Recueil des historiens de France, t. 3, ^ Ihid.

p. 349. ' Continuateur de Frédégaire, c. 109, p. 678 &

' Roderieus Toletanus, Historia Arabum, c. i3. suiv. — Chronicon Fontanellense, c. 9. — Voyez

^ V'oyez tome II, Note LXXXIV, n. 9. tome II, Preuves, Chroniques, n. I,

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HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIII. 8o5 ~ — ; —

An ■ji-j

frère, avec quelques autres généraux pour investir Avignon dont ces peuples kJ- origin.

avoient fait leur principale place d'armes. Il suivit de près ce détachement

avec le reste de ses troupes 8c, à son arrivée, il assiégea cette ville dans toutes

les formes & l'emporta enfin d'assaut. Tous les Sarrasins furent passés au fil

de l'épée & la ville livrée au pillage, & ensuite réduite en cendres pour la

plus grande partie.

XXXIII. — Ce prince passe le Rhône, entre dans la Sept'imanie, & assiège

Narbonne.

Après la prise d'Avignon, Charles passa le Px.hône avec toute son armée & entra dans la Gothie ou Septimanie dont les Sarrasins étoient les maîtres. Il traversa cette province sans que personne osât se présenter ni s'opposer à sa marche, & ayant passé comme un éclair au milieu des diocèses d'Uzès, de Nimes, de Maguelonne, d'Agde & de Béziers, il arriva devant Narbonne, dont il forma le siège. Ce prince se détermina à commencer la conquête de la Septimanie par cette place, parce que c'étoit la plus forte &c la plus considérable de celles que les Sarrasins possédoient en deçà des Pyrénées, & qu'il avoit lieu d'espérer par cette prise de chasser entièrement ces infidèles des Gaules & de leur en fermer l'entrée pour jamais. Athima, général de ces peuples, commandoit alors un corps de troupes aux environs; mais n'osant attendre l'arrivée des François, ni leur tenir tête, il se jeta dans Narbonne pour en prendre la défense.

Cette ville est coupée par un bras de la rivière d'Aude qui va se jeter dans un étang voisin, lequel communique avec la mer au grau de la Nouvelle, qu'on nomme aujourd'hui le port de Saint-Charles; c'est à la faveur de ce canal qu'on peut faire entrer les plus grosses barques jusques au milieu de la ville. Charles, pour empêcher les Sarrasins de recevoir du secours de ce côté-là, fit élever des fortifications en forme de tête de bélier sur les deux bords de cette rivière, forma la circonvallation & dressa ses machines contre la place.

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