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XXXIV. — Bataille de Berre ou de Narbonne

Tandis que ce prince poussoit vivement ce siège, le général Ocba ou Aucupa, qui commandoit alors en Espagne pour les Sarrasins, averti du danger où se trouvoit la ville de Narbonne, 8c persuadé que la conservation de tout ce qu'ils possédoient dans les Gaules dépendoit de celle de cette place, résolut de la secourir. Ce général ' avoit été envoyé depuis peu en Espagne pour examiner la conduite d'Abd el Melek, gouverneur de ce royaume, &c l'ayant trouvé coupable d'une infinité de malversations, il l'avoit fait renfermer dans une étroite prison 5c avoit fait punir en même temps les officiers des provinces complices de ses injustices. Il avoit pris ensuite les rênes du

' Isidoms Pacensis, Chronicon, p. 19.

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gouvernement d'Espagne & s'étoit signalé par sa sévérité extrême à exiger des chrétiens, dont il fit faire un nouveau dénombrement, le tribut auquel ils étoient assujettis} par son exactitude à faire rendre la justice & punir les malfaiteurs, & par son attention à faire juger un chacun suivant les lois particulières de sa nation, ce qui prouve que les peuples de la Septimanie se maintinrent dans l'usage de leur jurisprudence sous le gouvernement des Sarrasins.

Ocba, voulant' secourir la ville de Narbonne, fit partir incontinent un corps de troupes sous la conduite du général Amoroz qui, pour hâter sa marche S<. éviter les passages longs & difficiles des Pyrénées, s'embarqua avec ses troupes, 8c arriva au port de la Nouvelle, d'où it se flattoit sans doute de pouvoir remonter la rivière d'Aude ; mais, surpris de trouver ses bords également bien gardés & fortifiés, il prit le parti de débarquer sur la côte Si de conduire ses troupes par terre au secours de la place. Charles ne lui en donna pas le temps; sur l'avis qu'il eut de son arrivée (c'étoit un dimanche), il laissa une partie de son armée pour continuer le siège, se mit à la tête de l'autre & marcha contre les infidèles. Il les trouva campés dans une vallée des Corbières, près d'un ancien palais que les rois visigoths avoient fait bâtir autrefois & qui portoit le nom de ce pays. Amoroz s'étoit posté avantageusement, auprès de la petite rivière de Berre, entre Ville-Salse & Sigean, à demilieue de la mer Se à sept milles au midi de Narbonne. Charles se vit à peine en présence des ennemis, qu'il les attaqua brusquement, & sans presque leur donner le temps de se reconnoître. Les Sarrasins, quoique surpris, soutinrent avec toute la valeur possible le premier feu des troupes françoises; mais Charles ayant tué de sa main le général Amoroz, ces infidèles prennent Éd.origin. aussitôt l'épouvantc & se mettent en fuite. Les François, voyant leur déroute, les poursuivent vivement & en font un carnage horrible. Les fuyards cherchent à gagner leurs vaisseaux & se jettent avec précipitation dans l'étang voisin pour se sauver à la nage; mais les François s'emparent en même temps de quelques barques, les suivent dans l'étang & en font périr encore un grand nombre à coups de dards, ou les enfoncent dans l'eau ; en sorte qu'ils furent presque tous tués, noyés, ou faits prisonniers. Après cette victoire, Charles revint devant Narbonne, triomphant 8c chargé des dépouilles des infidèles.

XXXV. — Charles lève le siège de Narbonne &• fait démanteler Bé-^iers,

Agde, Maguelonne 0 Nimes.

Ce duc ne profita pas cependant tout à fait de sa victoire; il s'ennuya de la longueur du siège de Narbonne, 8c soit que la saison fût déjà avancée, Se qu'on fût alors au mois d'octobre, comme le prétend un auteur^ espagnol,

' Continuateur de Frédégaire, c. 109, p. 678. — p. 533. — Annales J/a^an'ani, dans Diichesne, t. i, Voyez tome 11, Preuves, Chroniques, n. I. — Jn- p. 3. — Gervasius Tilberiensis, p. 940. nales Mettenses, p. 271. — Annales Fuldenses , ' Ferreras, ad ann. 737.

ou plutôt que la résistance opiniâtre du général Athima & des assiégés lui fît désespérer de pouvoir réduire sitôt cette place également forte & bien munie, il prit le parti ' de décamper & de retourner en France, où ses affaires l'appeloient. Il se contenta de laisser en partant quelques troupes & de convertir le siège en blocus pour réduire cette place, s'il étoit possible, par la famine. Charles reprit la route du Rhône & s'empara en passant de la ville de Béziers dont il fit raser les murs 8c brûler les faubourgs. Il en usa de même à l'égard d'Agde, & fit détruire Maguelonne de fond en comble. Cette dernière ville étoit située dans une petite île dont nous avons parlé ailleurs, &c qui servoit de place d'armes aux Sarrasins par la commodité de son port & la facilité qu'ils avoient d'y aborder en venant d'Espagne. Ils exerçoient de là impunément la piraterie & infestoient toute la côte, ce qui engagea Charles, pour leur ôter cet asile, à faire raser entièrement cette place. L'évêque &. le chapitre se retirèrent alors à Substancion, lieu du diocèse où ils firent leur résidence jusques au rétablissement de la ville de Maguelonne, qui se fit trois cents ans après ; l'ancienne cathédrale subsiste encore en entier, & c'est le seul monument qui reste de cette ville. Il y a dans cette île une espèce de port qu'on appelle encore à présent le Port sarrasin.

Charles traita la ville de Nimes avec moins de rigueur. Il se contenta d'en faire brûler les portes 8c de mettre le feu aux Arènes, c'est-à-dire à l'ancien amphithéâtre, des Romains qui servoit alors de forteresse. Se que les flammes épargnèrent; car il subsiste encore de nos jours presque dans son entier. Ce prince, après avoir fait le dégât dans toute la Gothie, porté la désolation dans tout ce pays St en avoir fait raser toutes les forteresses pour empêcher les infidèles de s'y fortifier, obligea les habitans de lui donner des otages pour s'assurer de leur fidélité 8c retourna en France, également chargé des dépouilles des Sarrasins 8c de celles de cette infortunée province qui se vit alors aussi maltraitée par les chrétiens qu'elle l'avoit été auparavant par les infidèles.

XXXVI. — Les Sarrasins conservent une partie de la Septimanie.

Il est aisé de comprendre, par ce que nous venons de rapporter, que Charles Martel ravagea la Septimanie plutôt qu'il ne la soumit à son obéissance. Il est certain que, malgré la précaution qu'il prit d'emmener avec lui les otages^ des villes principales, le pays ne reconnoissoit plus son autorité peu de temps après, soit que les Sarrasins eussent repris cette province d'abord après son départ, ou que les peuples du pays se voyant délivrés de la tyrannie de ces infidèles, se fussent mis en liberté, ce qui nous donne lieu de faire à ce sujet la même réflexion qu'un de nos plus savans historiens ^ a déjà

■ Continuateur de Frédégaire, c. 109, p. 678. — ' Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I. —

Annales Mettenses , p. 271. — Voyez tome II, Marcit Hispanica, c. 236.

Preuvcj, Chroniques, n. I. — Pagi, Cn'rica^ ad ann. 'Adrien de Valois, Rerum Francicarum 1. 4,

An 787

faite, à l'occasion des victoires que Charles remporta sur les Saxons, & dont par trop de précipitation il perdit le fruit principal qui devoit être la soumission des peuples Se des provinces où il portoit ses armes. Ce fameux capitaine fondoit d'abord comme un torrent impétueux dans les pays qu'il vouloit ou conquérir ou remettre sous son obéissance, sans que rien fût capable d'arrêter la rapidité de sa course; mais, content de gagner des batailles, de battre ou de réduire les rebelles, de vaincre ses ennemis, de mettre les provinces à feu & à sang & de se charger des dépouilles des villes qu'il avoit ruinées, il revenoit ensuite avec la même vitesse, sans prendre la précaution d'assurer ses conquêtes ou par la réduction des places fortes, ou par de bonnes garnisons dans celles dont il s'étoit rendu maître, ce qui faisoit que les peuples rebelles, conservant toujours dans leur cœur l'amour de tf 1' p"fo5' l'indépendance, se soulevoient à la première occasion, que les ennemis cherchoient à se venger des maux qu'il leur avoit faits, & que les uns 8c les autres portoient à leur tour la désolation dans les provinces du royaume, tandis que ce prince, occupé ailleurs, étoit hors d'état d'arrêter leurs entreprises.

XXXVII. — Nouvelles entreprises de ces infidèles dans les Gaules.

La mort du roi Thierri IV, qui arriva au mois de septembre ' de l'an 787, fut sans doute un des principaux motifs qui engagèrent Charles Martel à abandonner le siège de Narbonne dont la conquête lui auroit assuré celle de toute la Septimanie. Ce ministre, craignant sans doute que, malgré l'autorité souveraine dont il s'étoit emparé, il n'arrivât après la mort de ce roi quelque révolution dans le royaume, pendant son absence, jugea à propos de se rendre en diligence à la cour & contint dans le devoir par sa seule présence tous ceux qui auroient eu envie de remuer. Voyant enfin que son pouvoir étoit parfaitement affermi, il laissa le trône vacant, quoiqu'il y eût encore des princes de la race royale en état de le remplir, & il régna seul le reste de ses jours, sous le titre de duc ou prince des François^.

Une nouvelle révolte des Saxons l'ayant obligé de passer le Rhin la campagne suivante, les Sarrasins profitèrent de son absence pour faire de nouvelles entreprises dans les Gaules. Ocba^, gouverneur d'Espagne, pour rétablir les affaires de sa nation dans la Septimanie, partit de Cordoue & s'avança vers cette province avec une armée formidable; mais, sur l'avis qu'il reçut à Saragosse que les Maures s'étoient révoltés dans toute l'Afrique contre les Arabes, leurs vainqueurs, & qu'ils avoient remporté divers avantages sur eux, il rebroussa chemin avec toutes ses forces, retourna à Cordoue, passa ensuite la mer & soumit enfin les rebelles d'Afrique, ce qui fit échouer ses desseins sur la France.

Diverses provinces de ce royaume n'en furent pas moins exposées aux

' Pagi, Critica, ad ann. 787. ' Isidorus Pacensis, p. 19. — Pagi , Critica, ad

' Ibld. ann. 784, n. 8.

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HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIII. Soc

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ravages des infidèles; ceux d'entre eux qui s'étoient cantonnés au delà du Rhône firent de nouvelles courses ' le long de ce fleuve & dans toute la province d'Arles, sous le commandement de Jusif, dont on a déjà parlé, Si qui, à ce qu'il paroît, s'étoit maintenu dans Arles & dans plusieurs autres villes situées dans les montagnes de Provence, sous la protection du duc Mauronte, son allié, & maître de tout ce pays jusques à la Méditerranée. Ces excursions, que les Sarrasins renouvelèrent l'année suivante, firent enfin An 739 résoudre Charles Martel à se mettre en marche pour dompter une bonne fois les rebelles de Provence & pour chasser entièrement les infidèles de ce pays. Il fit prendre les devans au duc Childebrand, son frère, 5c à la plupart des autres ducs ou comtes qui servoient dans son armée, & se rendit bientôt après lui-même à Avignon, où étoit le rendez-vous général.

XXXVIII. — Les Sarrasins chassés de la Provence par Charles Martel.

Charles, après avoir rassemblé ses troupes aux environs d'Avignon, marcha contre Mauronte 8c les Sarrasins. Pour réduire plus aisément les rebelles qui occupoient toutes les montagnes jusques aux frontières d'Italie, où régnoit alors Luitprand, roi des Lombards, il engagea ce'prince à venir lui-même en personne à son secours. En effet, tandis que Charles agissoit du côté du Pvhône 8c le long de la côte avec l'armée hançoise, Luitprand attaqua le duc Mauronte dans les défilés des montagnes avec toutes ses forces, le mit en fuite 8c le poursuivit jusque dans les cavernes des rochers voisins de la mer, où il fut obligé de se cacher. Enfin les Sarrasins, n'osant se mesurer avec les François Se les Lombards, prirent le parti de repasser le Rhône. L'heureux succès de cette expédition acquit à Charles toute la Provence jusques à Marseille 8c au pays situé le long de la mer, qu'il soumit à son obéissance ; il mit fin par là aux ravages que les infidèles avoient faits pendant quatre années de suite dans les provinces de delà le Rhône. Il paroît qu'ils n'osèrent plus rien entreprendre dans la suite au delà de ce fleuve Se qu'ils ne passèrent plus les bornes des pays qu'ils conservèrent encore dans la Septimanie, 8c d'où Charles ne se mit pas en peine de les chasser. Leur puissance diminua d'ailleurs de jour en jour par les divisions 8c les guerres intestines qui s'élevèrent parmi eux en Espagne, 8c qui les mirent hors d'état de tenter de nouvelles entreprises dans les autres provinces de France.

XXXIX. — Ce prince partage le royaume entre ses enfans. — Sort du

Languedoc français.

Charles Martel de son côté n'entreprit plus aucune guerre 8c jouit r)aisi- éj. origin. blement, le reste de ses jours, du iruit de ses victoires. Il mit toute son appli-

' Annales Mettenses, Duchesne, t. 3, p. 271. — beriensis, p. 940. — Chronicon Fontanellense, c. 12. Voyez tome II, Prcavfs, Chroniques, n. I. — Con- — Paul Diacre, Je Gestis LangoiarJorum, 1. 6, tinuateur de Frédégaire, c. 109. — Gervasius Til- c. 54. '

An 739

cation à maintenir les peuples dans l'obéissance, & comme il craignoit qu'Hunold, duc d'Aquitaine, qu'il avoit forcé à reconnoître sa supériorité, ne remuât, il lui envoya' Lantfred, abbé de Saint-Germain des Prés, avec le titre honorable de son ambassadeur, mais, dans la vérité, pour épier ses "TTTIi démarches St lui en rendre compte. Ce prince, se voyant près de sa fin, disposa^ de sa succession, de l'avis des principaux de l'État, en faveur de Carloman, de Pépin & de Grippon, ses-enfans. Il avoit eu les deux premiers de Chrotrude, sa première femme, 8c le troisième de Sonichilde, qu'il avoit épousée en secondes noces. Il partagea entre eux la monarchie françoise qui, outre les pays de la Germanie, étoit composée des royaumes de Neustrie, d'Austrasie & de Bourgogne, sans compter les provinces de Bretagne, d'Aquitaine, de Gascogne, de Septimanie 8<. de Provence, qui n'appartenoient alors à aucun de ces trois royaumes. L'Austrasie étoit séparée de la Neustrie par les pays situés aux environs de la Meuse, & s'étendoit jusques au Rhin. La Neustrie étoit bornée par l'Océan, le pays des Bretons & par la Loire. La Bourgogne s'étendoit des deux côtés de la Saône 8c du Rhône jusques à la Durance. La Bretagne, qui étoit alors moins étendue qu'à présent, occupoit presque toutes les côtes de ce pays. L'Aquitaine étoit renfermée entre la Loire, l'Océan 8c la Garonne, 8c s'étendoit jusques aux frontières de la Septimanie ou Gothie. Cette dernière province comprenoit toute la Narbonnoise première, à la réserve du Toulousain 8c du pays d'Uzès, qui faisoient alors partie de l'Aquitaine. La Gascogne renfermoit tous les pays situés entre la Garonne, les Pyrénées Se J'Océan ; enfin la Provence étoit bornée par le Rhône, la Durance, les Alpes 8c la mer. Telle étoit la division du royaume à la mort de Charles Martel.

Ce prince, suivant la disposition dont nous venons de parler, donna la Provence d'où il avoit chassé les Sarrasins 8c qui lui appartenoit par droit de conquête, à Pépin, son second fils, avec les royaumes de Neustrie 8c de Bourgogne j le royaume d'Austrasie, avec les provinces situées au delà du Rhin qui étoient d'une grande étendue, échut à Carloman, son aîné. Si Grippon, son troisième fils, eut pour sa part quelques pays de Neustrie Se d'Austrasie dont il fut dépouillé peu de temps après par ses frères. Pépin n'attendit pas la mort de son père pour se mettre en possession des États qui lui étoient échus, il alla jusqu'aux extrémités de la Bourgogne pour s'en assurer.

Dans ce partage il n'est fait aucune mention de la Bretagne, de l'Aquitaine, de la Gascogne Se de la Septimanie, parce que ces provinces étoient alors occupées par différens princes, 8c qu'il n'étoit pas au pouvoir de Charles Martel d'en disposer. Hunold possédoit, en eftet, alors le duché d'Aquitaine qui comprenoit la plus grande partie du Languedoc françois Se la Gascogne. La Septimanie étoit entre les mains des Sarrasins ou de quelques comtes goths qui s'étoient mis en liberté 5 en sorte que de tous les pays qui compo-

' Aimoin, 1. 4, c. Sy & $9. — MablUon, An- ' Continuateur de Frédégaire, c. 110. — Jn-

nalcs, ad ann. 740, n. 54. nalcs Mettcnscs, Duchesne, t. 3, p. 271.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIII. 8ii ~~^ ;~

sent aujourd'hui le Languedoc, le Vivaiais fut le seul dont Charles Martel disposa. Ce pays faisoit partie du royaume de Bourgogne, & passa par conséquent sous l'obéissance de Pépin.

XL. — Alphonse, abbé de Castres (y conseiller de Charles Martel.

Un ancien monument où il est fait mention d'Alphonse, abbé de Castres, pourroit cependant nous donner lieu de conjecturer que l'Albigeois faisoit partie du domaine de Charles Martel ; car il y est dit' que ce duc, en considération de ce prélat, épargna les biens de son abbaye, 8c qu'il n'enrichit personne des dépouilles de ce monastère, ménagement dont il n'usa pas, à ce qu'on prétend, à l'égard d'un grand nombre d'autres églises. Mais ce prince peut avoir épargné les biens de l'abbaye de Castres dans le temps qu'étant en guerre avec le duc Eudes, il ravagea l'Aquitaine & pénétra jusqu'aux extrémités de cette province. C'est, sans doute, durant cette guerre que Charles Martel fit connoissance avec Alphonse, abbé de Castres, 8t que par estime & par amitié pour lui, il ne toucha pas aux terres de son monastère.

Alphonse gouverna l'abbaye de Castres depuis l'an 784 qu'il succéda immédiatement à Bertrand. Il entra si avant dans la confiance de Charles Martel, que ce prince l'honora d'une place dans son conseil. Charles éprouva sou- ^''\'°"^o: vent la sagesse de ses avis, mais surtout lorsque son mal ayant augmenté considérablement à Kiersi-sur-Oise, & se voyant sur le point de mourir, il le pria de vouloir bien l'aider à faire une mort chrétienne. Alphonse ne l'abandonna pas dans cette occasion ; il l'exhorta par des discours pieux & édifians à faire un bon usage du peu de temps qui lui restoit à vivre. La mort de ce prince arriva le 22 d'octobre de l'an 741, après avoir gouverné le royaume avec beaucoup de sagesse 8c avoir donné des marques de sa valeur pendant près de vingt-cinq ans, dans toutes les guerres qu'il eut à soutenir. Ses fréquentes victoires lui acquirent, à ce qu'on prétend, le surnom de Martel, que les historiens postérieurs lui ont donné.

XLL — Carloman t- Pépin déclarent la guerre à Hunold, duc d'Aquitaine.

Les enfans de Charles Martel se firent la guerre d'abord après la mort de leur père. Carloman 8c Pépin se liguèrent contre Grippon, leur cadet, le dépouillèrent des États qu'il avoit eus en partage 8c l'envoyèrent prisonnier dans un château du pays des Ardennes. Ces deux princes eurent à peine terminé cette guerre qu'ils se virent obligés d'en soutenir d'autres bien plus considérables. Plusieurs peuples, tant en delà qu'en deçà du Rhin, ou, pour mieux dire, leurs ducs, que Charles avoit eu tant de peine à réduire de son vivant, informés de sa mort, refusèrent de rendre à ses enfans l'obéissance à

' D'Achéiy, Spicilegium, t. 7, p. SSç.

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laquelle ce ministre ne les avoit assujettis que par la force de ses armes, &, comptant que Carloman & Pépin étoient peu en état de se faire craindre, ils se mirent en liberté &. vécurent dans l'indépendance. Les Aquitains ' & les Gascons furent les premiers qui refusèrent de se soumettre à leur autorité, & quoique le duc Hunold, qui régnoit sur ces peuples, eût juré à ces princes de leur être fidèle, il se crut dispensé d'un serment que Charles Martel, leur père, lui avoit en quelque manière arraché les armes à la main. Il est vrai qu'il n'osa remuer pendant les dernières années de la vie de ce prince, & qu'il dissimula la conduite que tenoit à sa cour l'abbé de Saint-Germain des Prés, qui résidoit auprès de lui en qualité d'ambassadeur; mais, dès qu'il « eut appris la mort de Charles, il fit renfermer ce prélat dans une étroite prison & se mit peu en peine d'irriter par cette démarche les enfans de ce prince, qu'il refusa ouvertement de reconnoître pour ses supérieurs.

Pépin & Carloman, voulant de leur côté se maintenir dans l'autorité que An 742 leur père leur avoit transmise, se mirent en état de se faire obéir. Us assemblèrent une armée & déclarèrent la guerre à Hunold. Après avoir passé la Loire à Orléans, ils entrèrent dans le Berry qu'ils ravagèrent de toutes parts, & brûlèrent les faubourgs de Bourges. Le duc d'Aquitaine, pour arrêter leurs progrès, se mit en campagne & marcha à leur rencontre ; mais ces princes l'ayant attaqué le mirent bientôt en fuite. Us le poursuivirent si vivement que, pour se mettre à l'abri de leurs armes, il fut obligé de passer la Garonne & de se réfugier en Gascogne. Carloman Si Pépin, après avoir ravagé le Berry 8c battu les Romains (c'est ainsi qu'un de nos anciens historiens^ appelle les Aquitains pour les distinguer des François), entrèrent dans la partie de la Touraine située à la gauche de la Loire, qui étoit du domaine d'Hunold. Ils assiégèrent le château de Loches, sur la rivière d'Indre, le prirent & le ruinèrent entièrement, après l'avoir pillé St fait prisonniers tous les habitans. Ces princes bornèrent là leurs conquêtes Se, contens de quelques courses qu'ils firent ensuite dans le Poitou, ils repassèrent la Loire durant l'automne, sur l'avis qu'ils reçurent de la révolte des AUemans, contre lesquels ces deux frères, qui vivoient alors dans une parfaite union, se mirent en marche. Avant leur départ d'Aquitaine, ils partagèrent entre eux les États dont ils avoient dépouillé Grippon, leur frère, qu'ils tenoient toujours prisonnier; en sorte que Carloman demeura maître de tout le royaume d'Austrasie & des provinces situées au delà du Rhin.

XLII. — Childéric, dernier roi de la première race. — Ligue d'Hunold avec le duc de Bavière contre Carloman 6' Pépin.

Pépin, qui avoit pour sa part les deux royaumes de Neustrie & de Bourgogne, gouvernés depuis longtemps par un seul roi, craignant d'exciter

' Continuateur de Frédégaire, c. iio, p. 682 & nalcs, p. 2.33. — Annales Mettenscs & Fulicnses. seq. — Annales Tiliani, Petaviani & Na^arianl, — Aimoin, 1. 4, c. 69. dans Duchesne, t. 2, p. 3 & 7. — Eginhard, An- ' Continuateur de Frédégaire, c. 110, p. 682.

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An 741

quelque révolution s'il s'érigeoit sitôt en souverain, prit le parti, à l'exemple de ses ancêtres, de régner à l'ombre de l'autorité royale, ce qui l'engagea, après cinq ans d'interrègne, à faire reconnoître ' pour roi de ces deux royaumes Childéric III, fils^ du roi Chilpéric II. Cette démarche ne rendit pas les ,.'''f;p'.'^/o's. divers peuples rebelles du royaume plus soumis à Pépin £<. à Carloman ; plusieurs d'entre eux s'unirent ensemble pour être plus en état de leur résister. Hunold^, duc d'Aquitaine, se ligua entre autres avec Odilon, duc de Bavière, qui, malgré son mariage avec Chiltrude, sœur de Carloman St de Pépin, refusa de reconnoître l'autorité de ces deux princes & entraîna dans sa désobéissance les Saxons Se les AUemans, ce qui fit une diversion favorable pour les Aquitains.

Les deux princes des François, voyant tant de peuples ligués pour se soustraire à leur autorité, résolurent de les attaquer séparément afin de les soumettre avec plus de facilité. Ils commencèrent par Odilon, leur beau-frère An 7^3 8t, après avoir passé le Rhin, ils entrèrent dans les Etats de ce duc, le défirent & le mirent en fuite. Hunold, son fidèle allié, se mit aussitôt en campagne pour faire diversion en sa faveur &, ayant passé la Loire, il attaqua les provinces de Neustrie, où il fit le dégât, 8c s'empara de la ville de Chartres, où il mit le feu Si qu'il abandonna au pillage.

XLIII. — Suite de la guerre de Carloman 6- Pépin contre Hunold. — Ils font

la paix avec ce duc.

Carloman Se Pépin se séparèrent après avoir terminé l'expédition de Bavière en cinquante-deux jours; le dernier revint en Neustrie & l'autre continua la guerre contre les peuples ligués de la Germanie. Carloman attaqua les Saxons la campagne suivante Se les dompta, tandis que Pépin, son frère, agissoit de son côté contre les Allemans qu'il soumit enfin. Il ne restoit plus à ces deux ~^^ princes qu'à subjuguer les Aquitains Se les Gascons qui persistoient dans leur désobéissance; ils s'unirent pour cette expédition &, ayant rassemblé toutes leurs forces, au printemps de l'an 745, ils passèrent la Loire Si marchèrent ^n 745 contre Hunold. Ce duc, effrayé de leurs préparatifs, 81 ne se trouvant pas assez fort pour leur résister, prit"* alors le parti de leur demander la paix par une ambassade solennelle qu'il leur envoya 8t qu'il accompagna de riches présens. Les deux princes écoutèrent les propositions de ces ambassadeurs Si en vinrent enfin à un traité avec le duc d'Aquitaine qui leur prêta serment de fidélité Si promit de leur obéir comme leur vassal 5. Hunold leur donna en même temps des otages pour gage de sa promesse Si fit élargir Lantfred, abbé de Saint-Germain des Prés, que Charles Martel lui avoit envoyé en ambassade, 81 qu'il détenoit dans une étroite prison depuis trois ans 81 demi. Après

' Pagi, CWricii, ad ann. 742, n. i9&seq. * Continuateur de Frédégaire, c. 114, p. 684.

' Mabillon, Annales, ad ann. 743, n. yS. Annales Mcttcnses, p. 273. — Aimoin, 1 4. c. 5n.

' Continuateur de Frédégairc, c.ii3,p.683. — ' Continuateur de Frédégaire, c. 114, p. 684.

Annales Mettenses. Annales Mettenses, p. 273.

An j^5 '

la conclusion de ce traité, Carloman & Pépin repassèrent la Loire Se laissèrent ce duc paisible possesseur de ses États.

XLIV. — Hunold fait crever les yeux à son frère Hatton, abdique son duché en faveur de Wàifre, son fis, €> se fait moine dans l'île de Ré.

Les historiens qui parlent de cette paix 8c des guerres d'Aquitaine qui la précédèrent gardent un profond silence au sujet d'Hatton, frère d'Hunold, qui, comme on l'a déjà vu, possédoit une partie de ce duché, & que les enfans de Charles Martel avoient, par conséquent, un égal intérêt de soumettre. Ceci prouve, ce semble, qu'Hatton avoit déjà reconnu la supériorité de ces princes dès la mort de Charles Martel, leur père, qu'il leur demeura toujours fidèle, & qu'il ne prit aucune part à la querelle de son frère. Nous verrons', en effet, dans la suite, que les successeurs de Charles Martel favorisèrent toujours les descendans d'Hatton, à cause de leur fidélité^. D'ailleurs, la conduite que tint Hunold envers ce dernier peut servir à confirmer notre conjecture.

Peu de temps après ^ que ce duc eut fait sa paix avec Carloman & Pépin, il engagea Hatton, qui étoit à Poitiers, de venir à sa cour, & lui promit avec serment qu'il ne lui feroit aucun mal. Hatton, comptant sur la promesse solennelle de son frère, se mit en chemin & l'alla trouver 5 mais il fut à peine arrivé qu'Hunold, sans aucun égard aux liens du sang & à la religion du serment, se saisit de sa personne, lui fit crever les yeux & l'enferma dans une étroite prison. Hunold abdiqua quelques jours après sa couronne ducale, se revêtit de l'habit monastique dans le monastère de l'île de Ré, sur la côte du pays d'Aunis, & laissa sa principauté d'Aquitaine à Waïfre, son fils. C'est ainsi que l'Annaliste de Metz, auteur austrasien, rapporte les circonstances de l'abdication & de la retraite d'Hunold '^.

Un autre auteur ^ prétend que ce duc, ayant résolu de se retirer dans un monastère & d'abandonner ses États à Waïfre, son fils, jeune prince grand, robuste, bien fait, 8c qui avoit hérité de la haine de son père contre le roi, Éd. origin. c'est-à-dire, commc il s'explique, contre Pépin, auquel il espéroit que Waïfre ne cesseroit de faire la guerre, se disposa à son changement d'état par la rigueur dont il usa à l'égard d'Hatton, dans la crainte qu'il ne disputât à son fils le duché d'Aquitaine Se qu'il n'excitât des troubles dans ses États.

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, fin du dixième siècle, de la Chronique de Réginon

n. LXVH. de la fin du neuvième; les sources originales &

'L'existence des descendants du duc Hatton & contemporaines n'en parlent point. Quant à la

de Waïfre ne nous est attestée que par la charte Passion de saint Berthaire, qui charge encore da -

d'Alaon & les documents apocryphes qui ont servi vantage la mémoire d'Hunold, D. Vaissete a lui-

à sa fabrication. [A. M.] même remarqué que c'était une source absolument

^ .4 inoZes MettenseSj dans Duchesne, t. 3, p. 273. austrasienne ; de plus, elle semble assez peu au-

* Les circonstances de la retraite d'Hunold dans thentique. [A. M.]

son monastère sont assez romanesques; elles pro- ' Passio S. Bertharii, dans Duchesne, t. 2, p. 1 85,

viennent des Annales de Met^, extrait fait, à la & D. Bouquet, t. 5, p. 444.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIII, 8i5

Mais il est facile de s'apercevoir de la partialité extrême de cet auteur envers la famille de Charles Martel & de sa haine contre celle d'Eudes, & on peut conclure aisément, avec un critique' moderne, du récit de l'Annaliste de Metz, auteur non suspect, que le véritable motif qui engagea Hunold à abdiquer la couronne en faveur de son fils & de se retirer dans le cloître, tut d'expier par la pénitence le crime qu'il avoit commis contre son frère. Heureux s'il eût persévéré dans ce nouveau genre de vie, & s'il n'eût pas regardé derrière lui après avoir mis la main à la charrue, pour nous servir de l'expression de l'Evangile. Au reste, le monastère de l'île de Ré, dans lequel Hunold embrassa la profession monastique & où il vécut pendant vingt-trois années de suite, est le même que le duc Eudes, son père, avoit fondé sous l'invocation de la Vierge, conjointement avec Valtrude, son épouse, & où ils furent inhumés.

On peut inférer, de ce que nous venons de dire, qu'Hunold ne se porta à l'extrémité dont il usa envers Hatton, son frère, que par la défiance où il étoit de sa conduite 5< des liaisons qu'il le soupçonnoit d'avoir prises avec les enlans de Charles Martel, & que, dans la crainte qu'appuyé de leur secours, il ne le dépouillât enfin de ses Etats & ne lui enlevât tout le duché d'Aquitaine, il le dépouilla lui-même des pays qu'il possédoit. Nous verrons, en effet, dans la suite que Waïfre, successeur d'Hunold, régna sur toute l'Aquitaine 8c la Gascogne, c'est-à-dire sur toute la partie du royaume située entre la Loire, l'Océan, les Pyrénées 8c la Septimanie.

Les historiens ne font plus mention d'Hatton, ce qui nous donne lieu de conjecturer qu'il mourut bientôt après, 8c peut-être du supplice que son trère lui avoit fait souffrir. Il laissa plusieurs enfans de Vandrade, son épouse, dont nous avons parlé ailleurs. L'aîné, qui s'appeloit Loup, fut dans la suite duc de Gascogne, 8c donna en mariage à Waïfre^ sa fille unique, nommée Adèle, ce qui prouve la réunion de ces deux branches de la maison d'Aquitaine. Hatton laissa deux autres fils 3, appelés Artalgarius 8c Ictérius. Charlemagne fit celui-là comte des Marches de Gascogne, 8c donna à l'autre le comté ou gouvernement d'Auvergne"*. Le nom de Loup, fils aîné d'Hatton, pourroit nous faire croire que Vandrade, épouse de ce dernier, étoit fille du duc Loup qui commandoit en Aquitaine, sur les frontières de la Septimanie, du temps de Wamba, roi des Visigoths, 8c qui fit une irruption dans le diocèse de Béziers. Nous avons déjà dit qu'Hatton fut inhumé dans l'abbaye de Saint-Martial de Limoges. Ses ossemens furent transférés dans la suite dans celle d'Alaon, fondée par ses descendans sur les frontières d'Espagne 8c de Gascogne. Nous ignorons le nom de l'épouse d'Hunold, de même que celui de ses deux filles dont nous aurons occasion de parler ailleurs.

' Le Cointe, ad ann. 769, n. 14. ' Voyez tome II, Note LXXXIII, n. 9.

' Voyeu tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ' liiJ.

n. LXVII. — Voir plus haut, p. 814, note 2.

An 745

KJ. origin, t. 1, p. 410,

An 743

XLV. — Pépin gouverne seul en France. — Retraite de Grippon, son frère,

en Aquitaine, auprès de Wa'ifre.

Deux ans après la retraite de ce duc, Carloman, dégoûté de la vie tumultueuse de la cour, résolut de l'abandonner pour se retirer dans un monastère. Il alla d'abord en pèlerinage à Rome, d'où il passa au Mont-Cassin. C'est dans cette célèbre abbaye que par un généreux mépris des grandeurs du monde, il embrassa la vie monastique dont il pratiqua les exercices les plus

^,^ bumilians. Ce prince, avant son départ de France, laissa le gouvernement.de

ses Etats à Pépin, son frère, & lui recommanda le soin de l'éducation de ses enfans qui étoient encore en bas âge; celui-ci, dans la crainte que ces princes ne vinssent lui demander un jour la succession de leur père, les fit raser & enfermer en divers monastères. Par cette démarche il régna seul sous le titre de duc ou de prince des François. Il laissa cependant encore à Childéric, pour quelque temps, le vain titre de roi de France.

Pépin, devenu maître de tout le royaume, traita plus humainement son frère Grippon : il le fit élargir de sa prison de Neufchâtel, dans les Ardennes, l'appela auprès de lui & lui donna un apanage honnête. Mais ce dernier, qui ne pouvoit oublier les mauvais traitemens qu'il avoit reçus, & qui prétendoit partager le royaume, s'échappa de la cour, passa le Rhin, fit révolter les Saxons, se mit à leur tête & obligea Pépin de porter la guerre chez ces

~^ peuples qu'il soumit. Grippon, se voyant sans ressource parle mauvais succès

de cette révolte, tenta d'en exciter une autre en Bavière qui ne réussit pas mieux que la précédente. Enfin ce prince, ne pouvant plus tenir contre les armes de son frère qui le poursuivoit partout, prit le parti de recourir à' sa clémence. Pépin en usa généreusement à son égard. Non content de lui pardonner, il lui assigna la ville du Mans pour sa demeure, & l'établit duc sur douze comtés de la Neustrie ; mais soit que Grippon ne fût pas encore satisfait de cet apanage, soit qu'il appréhendât que Pépin lui manquât de parole 8c le fit enfermer une seconde fois, il abandonna la Neustrie &. alla chercher un asile en Aquitaine ', chez le duc Waïfre, qui le reçut fort volon-

y\n .-jo tiers. Pépin envoya, l'année suivante, des ambassadeurs à ce duc pour le prier de lui remettre son frère, ce que celui-ci refusa de faire avec beaucoup de hauteur.

XLVI. — Pépin prend le titre de roi. — // entreprend de soumettre la Septimanie ^ de chasser les Sarrasins des Gaules,

Pépin dissimula d'abord ce refus & différa à en tirer vengeance ; il étoit alors occupé à chercher les moyens de faire réussir le projet qu'il méditoit depuis longtemps de se faire déclarer roi des François & d'en prendre le titre après en avoir eu pendant longtemps toute l'autorité. Il en vint enfin à bout,

' Eginhard, Annales, p. 234. — Annales Mettenses, p. 273.

An 75o

& il eut la gloire de voir toute la nation concourir à son élection, à la réserve des Aquitains, qui, à ce qu'il paroît, n'y eurent aucune part. Il fut proclamé à Soissons & sacré par saint Boniface, archevêque de Mayence, au "ÂnTsT commencement du mois de mars' de l'an ySi, au préjudice de Childéric, dernier roi de la première race. Ce prince, que la nation déposa dans la même assemblée, étoit alors dans la dixième année de son règne. Il fut rasé 8c ensuite envoyé au monastère de Saint-Bertin, où il prit l'habit monastique & où il passa le reste de ses jours.

Un des premiers soins de Pépin, après son couronnement, fut de chasser entièrement les Sarrasins des Gaules, & d'empêcher par là ces infidèles de tenter à leur gré de nouvelles incursions dans ses Etats & de porter la désolation par tout le royaume qu'ils avoient déjà mis plus d'une fois à deux doigts de sa perte, ce qu'ils seroient en état de recommencer tandis qu'ils posséderoient quelque chose en deçà des Pyrénées. L'occasion d'exécuter ce dessein lui parut d'autant plus favorable, que les États des califes Si surtout l'Espagne étoient alors extrêmement aftoiblis par les guerres civiles & les différens troubles arrivés depuis quel([ues années parmi les Arabes. Nous allons rapporter en peu de mots l'origine Se la suite de ces révolutions qui influèrent beaucoup sur le sort de la Septimanie.

XLVII. — Etat des affaires des Sarrasins en Espagne (y dans la Septimanie.

Nous avons déjà dit que la dureté excessive avec laquelle les Arabes traitoient les Maures, leurs sujets, engagea ceux-ci à chercher à secouer leur joug, 8c que ceux d'Afrique s'étant révoltés vers l'an 788. Ocba*, gouverneur général d'Espagne, avoit été obligé de passer la mer pour agir contre eux 8c d'abandonner l'irruption qu'il projetoit de faire alors en deçà des Pyrénées. Ce général revint triomphant à Cordoue, sa capitale, vers l'an 740, après avoir soumis les rebelles 8c terminé heureusement cette expédition ; mais il ne demeura pas longtemps tranquille. Les Maures d'Espagne, à l'exemple de ceux d'Afrique, se soulevèrent, le destituèrent de son gouvernement l'an 742, tirèrent Abd cl Melek, son prédécesseur, de la prison où ils l'avoient enfermé, 8c rétablirent ce dernier dans son ancienne dignité 3.

' Pagi, Critica, ad ann. ySz, n. i & seq. neur de l'Espagne, avait été obligé de passer en

' Isidorus Pacensis, Chronicon, p. 19 & seq. Afrique, en 738, pour comprimer une révolte des

' Les événements rapportés dans ce chapitre Berbères. A son retour, au commencement de 741,

n'intéressent la Septimanie que d'une manière il trouva Abd el Melek ben Cotan, gouverneur par

indirecte. Leur importance exige, néanmoins, que intérim, en pleine rébellion contre son autorité,

nous complétions sur plusieurs points le récit des Okba, pris au dépourvu, dut chercher un asile hors

Bénédictins. Nous le ferons en recourant au livre d'Espagne. Il se retira en Septimanie, à Carcas-

publié par M. Reinaud sur les invasions des Sar- sonne, où il mourut au bout d'un an, en 742 '.

rasins en Gaule. Après sa mort, Abd el Melek ben Cotan & les

Les Bénédictins n'ont pas parlé d'un épisode émirs de Saragosse, de Pampelune, d'Huesca & de intéressant pour la Septimanie des querelles des

Arabes d'Espagne & des Berbères. Okba , gouver- ' Ahmed cl Mocri (Manuscrit arabe 704, f" 63.)

Les excès auxquels le calife Tscam s'abandonna le rendirent d'un autre côté si odieux parmi ses sujets, qu'ils se révoltèrent en même temps contre lui

Cerdagne ne songèrent qu'à vivre chacun dans leur gouvernement respectif, indépendants les uns des autres. En Afrique, les affaires des musulmans ns prirent pas une meilleure tournure. Les Berbères, toujours insoumis, s'étaient mis en pleine révolte. Le kalife Hecham (Vlscam des Bénédictins) envoya contre eux une puissante armée de Syriens 8c d'Égyptiens, commandés par Kolthum ben Eyadh (le Cultus des Bénédictins). C'était un vaillant homme de guerre & un zélé musulman; mais il n'était plus jeune. Le kalife lui avait adjoint pour second un de ses neveux, nommé Baledji ben Bechar (le Belgi des Bénédictins). Les Berbères, loin de perdre courage à l'arrivée de cette armée, se levèrent en masse & battirent si complètement les Syriens, qu'à peine Baledji put-il, après la bataille, sauver vingt mille hommes de la défaite. Le général Kolthum fut tué dans l'action. Baledji s'enferma avec les débris de son armée à Sebtat, où les Berbères le tinrent assiégé pendant plus d'un an. En proie à toutes les misères de la faim, il demanda aide & assistance à Abd el Melek, émir de Cordoue. Cet émir, craignant de se donner des maîtres s'il attirait cette troupe en Espagne, résolut de laisser Baledji Sises soldats mourir de faim. Mais les événements qui se passaient en Espagne vinrent bientôt modifier cette résolution.

Les Berbères, arrivés dans ce pays avec les Arabes, s'étaient, dès le commencement de la conquête, établis principalement dans la Galice. En apprenant la victoire de leurs frères d'Afrique sur les Arabes & les Syriens de Baledji, ils se soulevèrent à leur tour contre l'émir de Cordoue, Abd el Melek, & contre la race arabe en général. Leur chef, Ibn Haram, sortit de la Galice & s'avança vers les Pyrénées en poussant devant lui les Arabes & leur enlevant successivement toutes les forteresses qu'ils occupaient dans cette direction & sur la gauche de l'Ebre. Lorsque l'émir Abd el Melek se décida à marcher contre eux, ils étaient déjà maîtres de la majeure partie de l'Espagne; aussi fut-il battu & contraint de se renfermer dans Cordoue oii il ne tarda pas à être assiégé par les Berbères. Abd el Melek se vit alors dans la nécessité d'appeler à son aide ces mêmes Syriens affamés à Sebtat, qu'il avait refusé de secourir. Il conclut avec eux un traité d'alliance passagère dont toutes les clauses étaient en sa faveur. Peu de jours après, les Syriens, contraints par la famine d'accepter les conditions qu'on leur avait imposées, furent transportés de Sebtat à Cadix & bientôt ils arrivèrent à Cordoue, sous le commandement de Baledji &deThaalaba, doux de leurs chefs nationaux. Là, renforcés d'un

corps d'Arabes andalousiens, aux ordres de Kotan & d'Ommeya, tous deux fils d'Abd el Melek, ils se dirigèrent vers le nord, allant au devant des Berbères; ils rencontrèrent ceux-ci à peu de distance de Tolède, sur les bords du Selit, & les défirent entièrement. Les Arabes, après cette bataille, rentrèrent dans toutes les villes dont ils avaient été chassés, & l'armée victorieuse de Baledji reprit lentement la route de Cordoue, commettant partout d'affreux désordres sur son passage.

Abd el Melek n'eut plus alors qu'un but, se débarrasser de ses sauveurs, qui prenaient de jour en jour une attitude plus menaçante. Mais ceux-ci, se sentant les maîtres, ne voulurent plus sortir d'Espagne, ils marchèrent contre Abd el Melek, forcèrent la citadelle de Cordoue, où il se tenait enfermé, l'arrêtèrent & le pendirent à la tête du pont, entre un chien & un porc. Puis ils proclamèrent leur chef Baledji, émir de la péninsule. Son lieutenant, Thaalaba, fut envoyé à Mérida avec un commandement supérieur. Mais au bruit des violences que les Syriens ne cessaient de commettre, les Arabes d'Andalousie se levèrent comme un seul homme & se rangèrent sous les ordres de l'émir de Narbonne, Abd el Rahman ben Olkama.

Cet émir, à la première nouvelle de l'usurpation violente de Baledji, avait passé les Pyrénées avec les troupes qu'il avait levées dans la Septimapie, & accompagné des deux fils d'Abd el Melek, qui étaient venus le joindre, il se dirigea vers le sud de l'Espagne. Il sut, chemin faisant, rallier les Berbères à son entreprise. Son armée & celle de Baledji se rencontrèrent dans un lieu que les écrivains arabes nomment Effou-a-Bortoura. La bataille fut sanglante, mais Abd el Rahman ayant tué Baledji de sa propre main, la victoire resta aux Arabes. Les vaincus n'avaient pas éprouvé cependant des pertes considérables ; ils s'étaient retirés à Mérida & tenaient en échec les Arabes andalousiens, ils étaient même sur le point de reprendre Cordoue lorsqu'arriva, à la tête de seize mille Berbères, un nouvel émir, Aboul Khatar, nommé par le gouverneur de l'Afrique. C'était un homme équitable & juste, qui parvint à rétablir l'ordre en Espagne. Abd el Rahman revint alors à Narbonne.

Cette paix, cependant, ne fut pas de longue durée, la discorde ne tarda pas à se mettre de nouveau entre les Syriens & les Andalousiens par les intrigues d'un jeune Syrien, nommé Somaïl ben Hatim, qui, brouillé avec Aboul Khatar, souleva contre lui ses compatriotes en plaçant à leur tête un des leurs, noir.mé Thouaba. Aboul Khaiar fut

8iq . c

7 An -jSz

presque de toutes parts. Les Maures d'Afrique surtout reprirent les armes Si secouèrent le joug des Arabes. Iscam, pour soumettre ces rebelles, fit marcher contre eux une armée de cent mille hommes, sous la conduite du général Cultus; mais elle fut entièrement défaite par les Maures qui en tuèrent une grande partie, & obligèrent l'autre de chercher son salut dans la fuite. Le général Belgi, qui étoit à la tête des rebelles', s'étant rendu à Ceuta, tenta ensuite de passer d'Afrique en Espagne ; mais Abd el Melek lui en refusa l'entrée & s'opposa à sa descente. Quelques auteurs^ expliquent différemment le texte d'Isidore de Béja, fort obscur en cet endroit, comme en plusieurs autres, & prétendent que Belgi étoit à la tête du débris de l'armée arabe qui venoit d'être défaite. Quoi qu'il en soit, les Maures d'Espagne prirent alors le parti ^i'l"^'"î de leurs com.patriotes d'Afrique, & s'étant mis en armes, ils se partagent en trois corps : l'un marche vers Tolède, 8c l'assiège ; l'autre prend sa route vers Cordoue pour se saisir de la personne d'Abd el Melek, Si le troisième accourt au bord de la mer pour favoriser le passage des Africains. Le gouverneur d'Espagne, quoique environné de tant d'ennemis, ne se déconcerta pas 5 après avoir ramassé autant de troupes qu'il lui fut possible, il les partagea aussi en trois corps. Il donna le commandement du premier à son fils Huméia, qui s'avança vers Tolède, £<. défit entièrement les Maures qui en avoient entrepris le siège. Le général arabe Almançor, avec le second corps, attaqua ceux qui avoient tourné du côté de Cordoue, Se les battit j mais il lui en coûta beaucoup de monde & sa propre vie. Abd el Melek marcha de son côté avec le troisième corps vers la mer 5i mit en déroute les Maures qui s'étoient avancés pour favoriser le passage de leurs compatriotes d'Afrique. Belgi trouva moyen cependant d'entrer en Espagne; &t après s'être rendu maître de Cordoue, il fit souffrir à Abd el Melek un supplice des plus rigoureux, Se le fit mourir. Humeia, fils de ce gouverneur, soutint son parti après sa mort avec le secours

battu & fait prisonnier. Thouaba , victorieux, accourut à Cordoue & se fit gouverneur de la péninsule. Mais il mourut après une année de pouvoir. L'Espagne fut alors violemment agitée pour le choix d'un nouvel émir. Deux prétendants se trouvaient en présence, l'un était Yahia ben Horaïth & l'autre loussouf ben Abd el Rahman, ce même émir de Narbonne qui avait occupé quatre ou cinq ans la Provence, & contre lequel Charlci Martel avait fait plusieurs campagnes. Il s'était retiré, vers l'an ySç, en Espagne, oii il vivait en qualité de particulier. La majorité des Arabes andalousiens penchait pour Yahia ben Horaïth , qui était, comme eux, de race yaménienne. Les Syriens, d'accord avec un fort parti d'Arabes, favorisaient loussouf, & celui-ci l'emporta, secondé par le zèle de Somaïl. Il fut nommé émir de la péninsule à la fin de l'année 740. Mais aussitôt Yahia ben Horaïth & les Andalousiens tirèrent Aboul Khatar de sa prison & le nommèrent de

nouveau vali général. L'Espagne eut alors deux émirs en titre, secondés chacun par unearmée considérable. Les deux compétiteurs marchèrent bientôt l'un contre l'autre. Ils se rencontrèrent en un lieu nommé Reconda par les historiens arabes, loussouf remporta la victoire. L'armée des Arabes yaméniens périt presque tout entière dans la lutte avec ses deux chefs, Aboul Khatar & Yahia. loussouf régna alors sans partage sur toute la péninsule hispanique. Aussitôt que l'émir de Narbonne apprit le triomphe de loussouf, il se déclara contre lui Se se mit à lever des forces à la tête desquelles il allait passer les Pyrénées, lorsqu'il fut assassiné par des mécontents ou des traîtres, qu'il avait dans son armée. Sa tète fut envoyée à loussouf; Abd el Rahman ben Olkama est le dernier vali de Narbonne dont le nom soit connu.

' Rodericus Toletanus, Historia Arabum , c. |6.

' Ferreras, ad ann. 741 & seq.

An j5i

d'Abdérame ' , gouverneur de Narbonne, & fit une cruelle guerre à Belgi, Abdérame passa au delà des Pyrénées avec un corps considérable de troupes parmi lesquelles il y avoit un grand nombre de chrétiens qui furent obligés de servir les infidèles dans l'une & l'autre des deux armées, durant tout le temps des guerres civiles qui s'élevèrent parmi eux.

Tandis que l'Espagne^ étoit en proie à ces divisions intestines, le calife Iscam mourut au mois de février^ de l'an 748, après un règne de vingt ans. Walid II, fils d'Izid, son prédécesseur, lui succéda, 8t envoya, l'année suivante, le général Abulcatar pour prendre le gouvernement de l'Espagne Se pacifier ce royaume. Ce nouveau gouverneur n'omit rien pour mettre fin aux guerres civiles qui désoloient ce pays; mais les révolutions qui arrivèrent bientôt après à Damas, & les nouveaux troubles qui s'élevèrent en Espagne, dont il fut la victime, ne lui permirent pas d'achever ce qu'il avoit heureusement commencé. En effet, le calife Walid II fut détrôné & tué par les factieux au mois d'avriH de l'an 744. Izid III, son fils & son successeur, ne régna que cinq mois & eut à se soutenir contre Marva, qui excita une révolte contre lui. Ce chef des rebelles continua la guerre contre Ibrahim, frère 8t successeur de ce calife, le massacra dans son propre palais après un règne de deux mois & quelques jours, & occupa sa place.

Le règne de Marva, qui monta sur le trône des Sarrasins à la fin de l'an 744, ne fut pas plus tranquille que celui de ses prédécesseurs. Il eut en tête des ennemis dangereux, 80 entre autres Soliman, neveu du calife Ibrahim, qui lui firent une guerre continuelle jusques à ce qu'ils l'eurent détrôné. Outre les divisions intestines dont l'Espagne & la Septimanie continuèrent d'être agitées pendant le gouvernement de ce calife, ces provinces furent affligées^ en particulier de la famine, ce qui augmenta leur désolation. Abulcatar, qui en avoit l'administration, éprouva le même sort que ses prédécesseurs. Les Arabes se soulevèrent contre lui vers la fin^ de l'an 746, le défirent entièrement dans une embuscade, lui ôtèrent la vie, & mirent à sa place, de leur propre autorité, le général Toba, capitaine expérimenté'. Celui-ci étant mort un an après, Jusif ou Juceph Ibin Abdérame, le même^ que le général de ce nom, qui avoit gouverné auparavant la Septimanie, fut nommé pour lui succéder vers la fin de l'an 747. Ce nouveau gouverneur, déjà fort avancé en âge, étoit un homme vif, courageux & emporté, mais qui d'ailleurs ne manquoit pas de conduite. Les Arabes tentèrent d'exciter de nouveaux troubles en Espagne sous son gouvernement; il les défit, en tua un grand nombre, 8c rétablit pour un temps la tranquillité dans ce royaume. Plus équitable que ses prédécesseurs, qui exigeoient des chrétiens le tribut pour ceux d'entre eux qui avoient péri durant les guerres civiles, & dont le nombre étoit fort

' Anonymus Andalictensh , dans Ferreras, ad ' Isidorus Pacensis, p. 19 & seq. — Voyez au

ann. 743. tome II, Preuves, Chroniques, n. I.

" Isidorus Pacensis, p. 19 & seq. * Pag', Critica, ad ann. 747, n. 14.

' Pagi, Critica,, ad ann. 742, n. 3 & seq. ' Ibid.

^ Pagi, Critica, ad arui. 743, n. 19. ' Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I.

considérable, il fit faire un nouveau dénombrement 8c rayer des registres publics le nom de tous ceux qui avoient été tués pendant les troubles. Jusit" gouverna l'Espagne plus longtemps qu'aucun de ses prédécesseurs. Il paroît que ce fut avec une autorité despotique Si indépendante des califes ' . La guerre (^'fp"^!"' civile que Marva eut à soutenir en Orient pendant son règne qui fut de cinq ans, ne lui permettoit guère, en effet, de se mêler des aftaires d'Occident. Ce prince fut enfin chassé de son palais Si mis en fuite, vers la fin de l'an 749, par Abdalla, premier calife de la famille des Abassides, qui s'empara du trône. Abdalla détacha en même temps contre lui son oncle Zalim, qui le poursuivit longtemps, l'atteignit enfin vers le Nil, en 700, 81 lui livra bataille; elle dura trois jours consécutifs. Marva fut entièrement défait le troisième jour 81 tué pendant l'action, où il périt une infinité de Sarrasins. Ce calife fut le dernier de la famille des Ommiades.

XLVIII. — Les Goths ou anciens habitons de la Septimanie s'ajfranchissent 'du joug des Sarrasins &- se mettent en liberté.

Telle étoit la situation des affaires de ces infidèles en Espagne 81 dans la Septimanie quand Pépin, après son élévation sur le trône, entreprit de les chasser des Gaules Se de se rendre maître de ce qui leur restoit encore en deçà des Pyrénées. Il suivit en cela l'exemple d'Alphonse le Catholique, roi des Goths ou Espagnols réfugiés dans les montagnes des Asturies, qui, profitant de ces heureuses conjonctures, avoit déclaré la guerre aux infidèles Si les avoit chassés depuis peu de toute la Galice.

Nous avons lieu de croire que les Goths ou les chrétiens de la Septimanie, à l'exemple de ceux des Asturies, firent tous leurs efforts pour s'affranchir de la tyrannie des Sarrasins, 81 que la plupart se mirent en liberté pendant les divers troubles d'Espagne dont nous venons de parler. Cette entreprise leur étoit d'autant plus facile qu'ils étoient fort éloignés de Cordoue, siège des gouverneurs d'Espagne 81 le principal théâtre de ces révolutions. Nous lisons, en effet, dans les anciennes annales de Moissac 81 d'Aniane^, écrites par un auteur contemporain, que dans le temps de l'élévation de Pépin sur le trône, un seigneur goth, nommé Ansemond^, étoit maître des villes de Nimes, de Maguelonne, d'Agde Si de Béziers dont il avoit formé un petit État, soit que les peuples du pays l'eussent élu pour leur chef ou gouverneur, soit qu'il se tût ingéré de lui-même dans ce gouvernement. Ce seigneur, de concert avec les autres comtes ou gouverneurs particuliers du pays, avoit sans doute chassé les Sarrasins de toutes ces villes, ainsi que firent alors plusieurs autres seigneurs goths d'Espagne qui, par leurs conquêtes sur les Maures, donnèrent

* Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I. — donne le nom de sa femme, qui se serait appelée

Ferreras, ad ann. 748 & ■j^>\. Caune; cette dernière fut tuée, dit ce document,

' Voyez tome II, Note LXXXV, &. aux Preuves, lors d'une émeute arrivée à Nimes en 756. —

Chroniques, n. I. Voyez tome IIj Preuves, Chroniques, n. 7, col. 25

' La Chronique d'Uzès l'appelle Misemuadus & & suiy, [A. M.]

An 702

lieu à l'établissement de plusieurs principautés en ce royaume. Ansemond pouvoit d'ailleurs s'être emparé très-aisément de ces places que Charles Martel avoit déjà fait démanteler j mais il avoit lieu de craindre que les Sarrasins, qui étoient toujours maîtres de Narbonne, ville forte & bien munie, ne les reprissent sur lui avec la même facilité, ce qui le fit résoudre à prendre des mesures pour s'empêcher de retomber, avec les peuples du pays, sous la domination des infidèles.

XLIX. — Ansemond, comte goth, traite avec Pépin ^ lui livre la plupart

des villes de la Septimanie,

Il paroît que Waïfre, duc d'Aquitaine, avoit des vues sur la Septimanie 8c qu'il fit quelques efforts vers le même temps pour la soumettre à sa domination. Cette province étoit d'autant plus à sa bienséance, qu'elle étoit limitrophe de ses États, & que par sa conquête il pouvoit espérer d'en fermer pour toujours l'entrée aux Sarrasins, aux courses desquels ils étoient fort exposés. Nous savons, en effet, que ce prince fit alors une excursion ' jusques à Narbonne où il fit le dégât, & il paroît d'ailleurs qu'il eut à combattre contre les Visigoths, dont il tua^ un grand nombre dans une occasion, ce qui nous donne lieu de croire qu'il vouloit assujettir ces peuples & qu'ils s'opposèrent à ses entreprises. Quoi qu'il en soit, Ansemond & les autres seigneurs de la Septimanie aimèrent mieux vivre sous la dépendance de Pépin que sous celle de Waïfre & offrirent^ au premier, dont ils pouvoient espérer une plus puissante protection contre les Sarrasins leurs voisins, de lui livrer les places dont ils étoient en possession.

Pépin étoit trop habile pour ne pas profiter de cette occasion d'unir la Septimanie à la couronne de France. Il partit aussitôt, &t à son arrivée dans cette province, Ansemond & les autres comtes goths lui livrèrent les villes 8c les pays de Nimes, d'Agde, de Béziers 5t de Maguelonne, dont ce nouveau roi prit possession. Il paroît que ce prince maintint ces seigneurs, 8c en particulier Ansemond, dans leurs gouvernemens. Nous en avons une preuve en la personne du père'^ de saint Benoît, abbé d'Aniane, qui étoit alors comte Kd. origin. Jg Maguclonnc 8c qui, après avoir livré cette ville à Pépin 8c s'être soumis

t. I,p. 4i3. b r . • j . XT •

à son obéissance, fut conserve par ce prince dans son comte. Nous ignorons le nom de ce seigneur, qui signala dans la suite sa fidélité envers Pépin Se lui rendit des services considérables.

Ce roi acquit ainsi une grande partie de la Septimanie par la soumission volontaire des peuples du pays qui le reçurent, sans doute, dans leurs villes, aux mêmes conditions que les Goths de Narbonne dont nous parlerons ailleurs. Ce prince, dans la vue d'enlever aux Sarrasins ce qu'ils possédoient

' Voyez tome II, Preuves^ Chroniques, n. I. ses, Diichesnc, t. 3, p. 2j5. — Marca Hispanica,

' Continuateur de Frédégaire, c. J 24, p. 963. c. 23çi.

' Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. I. — * Acta sanctorum ordinis S. Eenedicù, saec. 4,

Gervasius Tilberiensis, p. 940. — Annales Metten- part. 1 , p. i 94, Fita S. Benedicti Anianensis.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LI,V. VIII. SîS — : T"

An 7;)2

en deçà des Pyrénées, s'approcha de Narbonne. Il fit d'abord ledégât dans tous les environs Se entreprit ensuite le siège de cette ville, une des plus fortes des Gaules Si la principale de ces infidèles en deçà de ces montagnes, dont la conquête lui devoit assurer tout le reste de la Province.

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