‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 474 sur 553 · LIX. — Waïfie demande la paix à Pépin & l'obtient · texte numérisé non relu

LIX. — Waïfie demande la paix à Pépin & l'obtient

Pépin, après avoir ravagé ensuite toute la partie de la Touraine située à la gauche de la Loire Se dépendante du duché d'Aquitaine, alla camper à Doué, en Anjou ; il se disposoit à marcher vers le Poitou pour y faire le même dégât, quand Waïfre, frappé de la désolation de ses États, 8c n'osant se mettre en campagne, prit le parti de lui demander la paix par deux seigneurs, nommés Adotbert Si Dadin, qu'il lui envoya en ambassade. Le roi consentit à la demande de ces envoyés, à condition que le duc d'Aquitaine, leur maître, satisferoit sur tous les griefs dont il s'étoit plaint à lui par ses ambassadeurs. Se qu'il feroit cette satisfaction dans un plaid (placitum) ou assemblée générale de ses États. Waïfre promit tout ce qu'on voulut 8c jura d'exécuter ponctuellement tout ce que Pépin demandoit de lui. Pour gage de sa parole il donna à ce prince, en otage, Artalgarius 8c Ictérius, deux des premiers seigneurs d'Aquitaine 8c ses cousins germains^, qui s'attachèrent depuis à la famille de Pépin.

LX. — Wàifre rompt la paix avec Pépin &> fait des courses sur les terres

de France.

Le duc d'Aquitaine ne fit la paix avec le roi Pépin que par force 8c pour éviter l'entière ruine de ses États; c'est pourquoi il se mit peu en peine de restituer, conformément à ses promesses, les biens qu'il avoit usurpés sur les églises de France 8c d'exécuter les autres articles de son traité. Il songea au

Annales d'Eginhard disent simplement " un cer- parvenu à relier la chaîne interrompue des temps

tain Hunald. » & à faire durer la race mérovingienne, en Aqui-

Cette réapparition sur la scène du vieil Hunald taine, depuis Charibert jusqu'au mari de la prin-

ne mérite donc aucune créance. C'est en suivant cesse Marie. [E. M.] toujours le même système, inventant des person- ' Continuateur de Frédégaire, c. iiS.

nages purement imaginaires, composant les autres ' Voyez tome II, Note LXXXIII, n. 9, & aux

à l'aide de textes torturés, dénaturés, ou se rap- Preuves, Chartes &. Diplômes, n. LXVII. Cette pa-

portant à des personnages de même nom, mais rente n'est indiquée que par la charte d'Alaon.

d'époques différentes, que l'auteur de la charte est [A. M.] — Réginon, dans Pistorius, t. 1 , p. 124.

832 PlISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. VIII.

contraire à user de représailles' Se donna ordre à tous les comtes ou gouverneurs particuliers de ses provinces d'assembler les troupes de leur département 8c de venir le joindre. S'étant mis ensuite à la tête de son armée, il en donna ^l' p^'fi"^. '^ commandement, sous ses ordres, à Chunibert, comte de Berry, 8c à Blandin, comte d'Auvergne, 8c dans le temps que Pépin tenoit l'assemblée du champ de Mai, à Duren, dans le pays de Julliers, il passa la Loire, pénétra dans la Bourgogne, porta le fer 8c le feu dans tout le diocèse d'Autun, poussa ses courses jusques à Châlons-sur-Saône, dont il brûla les faubourgs, 8c réduisit An 761 en cendres un château ou maison de plaisance de Pépin, appelé MelcL Enfin, après avoir tait dans tous ces pays les mêmes ravages que ce prince avoit faits dans l'Aquitaine, il repassa la Loire, chargé d'un butin très-considérable.

LXL — Pépin rentre en aquitaine, £• s'empare de l'Auvergne.

Pépin ne fut pas plutôt informé de l'équipée de Waïfre, qu'il résolut de ne plus épargner ce duc, sur les promesses duquel il ne pouvoit compter, 8c de lui faire une guerre implacable; il se mit en marche accompagné des princes, ses enfans, 8c après avoir passé la Loire du côté de Nevers, il alla assiéger le château de Bourbon, près de la rivière d'Allier, à qui on a donné depuis le surnom d'Archambaud : il s'en empara aisément 8c le brûla après en avoir fait la garnison prisonnière de guerre. Ce prince s'avança ensuite jusques k Clermont 8c ravagea tous les pays qu'il rencontra sur sa route. Clermont n'étoit alors qu'un château situé sur une montagne voisine de l'ancienne ville à' Auvergne, capitale du pays, laquelle a pris depuis le nom de ce château. Pépin s'en étant rendu maître y fit mettre le feu, qui. fit périr en même temps une grande partie des habitans tant hommes que femmes 8c enfans. La prise de Clermont fut suivie de celle de la ville d'Auvergne 8c de la plupart des forteresses du pays dont ce prince s'empara de force ou par composition. Ses troupes étoient occupées à cette expédition lorsque Blandin, comte d'Auvergne 81 général du duc Waïfre, se présenta enfin à la tête d'une armée de Gascons pour s'opposer au progrès de leurs armes, 8c leur livra bataille. Ce comte fut entièrement défait, fait prisonnier avec une partie de ses troupes 8c conduit à Pépin pieds 8c poings liés; le reste de l'armée d'Aquitaine demeura sur le champ de bataille.

Le nom de Gascons que les historiens donnent aux soldats qui servoient dans l'armée du comte Blandin nous donne lieu de remarquer ici que les historiens contemporains donnent indifféremment ce nom aux Aquitains 8c aux peuples qui habitent entre la Garonne &c les Pyrénées, parce que les uns 8c les autres étoient alors soumis au même prince. Ils les distinguent cependant quelquefois, 8c nous verrons dans la suite que les Gascons proprement dits servirent dans l'armée de Waïfre, leur duc. Pépin, après avoir déiait le

' Annales Mettenscs. — Eginhard, Annales. — Annales Tiliani & Annales Lo'tseliani , dans Du- Continuateur de Frédégaire, c. 125, p. Û94. — cliesne, p. i3 8126.

An 701

général Blandin, ravagea toute l'Auvergne & passa dans le Limousin qu'il traita avec la même rigueur. Il n'étendit cependant ses courses que jusques à Limoges, parce que la saison étoit déjà avancée, ce qui l'engagea à reprendre le chemin de France, chargé des dépouilles des Aquitains 8c suivi d'un grand nombre de prisonniers.

LXIL — Pépin soumet de nouveau le Berry, qu'il réunit à la couronne, 6" prend le château de Thouars.

Pépin, résolu de pousser à bout le duc Waïfre 5c de le dépouiller de tous ses Etats, repassa la Loire l'année suivante dès que la saison le permit, accompagné de Charles 8c de Carloman, ses enfans. Il entra ' d'abord dans le Berry, fit le dégât aux environs de Bourges, 8c après s'être emparé des châteaux voisins, il assiégea cette ville qui étoit très-forte 8c défendue par Chunibert, comte du pays, à la tête d'une nombreuse garnison. Pépin, connoissant l'im- ÂTtôT" portance de cette place, dont la possession pouvoit lui faciliter la conquête du reste de l'Aquitaine, ne négligea rien pour s'en rendre maître. Il fit élever des retranchemens tout autour 8c distribua si bien ses quartiers, que les assiégés ne pouvoient ni sortir ni recevoir aucun secours. Il la battit ensuite avec les machines qui étoient alors en usage, 8c après avoir fait une brèche suffisante, malgré la vigoureuse résistance des assiégés, dont plusieurs furent tués ou blessés en diverses rencontres, il l'emporta d'assaut.

Le roi Pépin 8c le duc Charles Martel, son père, s'étoient contentés jusques alors, dans les diverses guerres qu'ils avoient entreprises contre les ducs d'Aquitaine, de faire des incursions dans les États de ces princes 8c d'y porter la désolation, sans se mettre en peine de les conquérir. Pépin, entièrement affermi sur le trône des François, changea de conduite. 11 voyoit avec peine une partie considérable du royaume entre les mains d'une famille qui prétendoit à la souveraineté, qui refusoit de reconnoître la sienne, 8c qui, étant très-puissante, pourroit tôt ou tard lui disputer la couronne ou à ses descen- Éd. origin. dans. Ces vues 1 engagèrent sans doute a s emparer de toutes les villes d Aquitaine Se à dépouiller Waïfre de tous ses États.

Il commença par celle de Bourges, qu'il unit^ à son domaine par droit de conquête 8c dont il fit réparer les fortifications^. Il en donna le gouvernement à un comte dont il connoissoit le dévouement 8c la fidélité 8c y mit une forte garnison, composée de tout ce qu'il y avoit de plus considérable 8c de plus brave parmi la noblesse françoise. Pour gagner cependant l'affection des Aqui-

' Continuateur de Frédégaire, c. 126, p. 695. — <juo! postea praecchus rcx Pipinus reparare jubct €•

Annales Pctaviani, dans Duchesne, 1. 2, p. 8. — homines suos aj ipsas civitates custoJienJum Jimisit. Annales Mettenses. — Eginhard, Annales. (A. M.]

'Continuateur de Frédégaire, c. 129, p. 695, ^ Acta sanctorum orJinis sancti BeneJicti, saec. ^,

— Dom Vaissete a mal compris le texte suivant part. 2, p. 226; Trans/ario 5. Genu/^Ai. Cette trans-

du Continuateur de Frédégaire : [t^aifarius^ omnes lation est fausse & l'œuvre d'un compilateur pos-

c'tvitàtcs quae in Aquttania provincia Jttionis suae térieur. [A. M.] — Continuateur de Frédégaire,

erant omnes muros earum in terram prostravit, c. 129, p. 695.

An 702 ~

tains qu'il avoit dessein de soumettre à sa domination, il traita avec humanité les habitans de cette ville St donna même aux soldats de la garnison qui l'avoient défendue la liberté de retourner chez eux. Il n'en usa pas tout à fait de même à l'égard de Chunibert, comte de Berry, &. des autres seigneurs aquitains qui avoient contribué à la défense de la place. Il exigea d'eux le serment de fidélité & les fit passer en France avec leurs familles, dans le dessein de les y établir & de prévenir par là la révolte que leur attachement pour leur prince, autant que le chagrin de se voir destitués de leurs charges, auroient pu leur inspirer.

Pépin, après s'être rendu maître de Bourges, se mit en marche pour aller faire le siège du château de Thouars, l'une des plus fortes places d'Aquitaine, situé sur les frontières du Poitou & de l'Anjou. Il le prit en fort peu de temps, le réduisit en cendres & termina par là sa campagne. Il partit ensuite pour retourner en France, chargé de dépouilles & suivi du comte & de la garnison qui avoient défendu ce château & qu'il fit passer dans ses États.

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