‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 479 sur 553 · LXXIII. — Les Gascons se soumettent à Pépin · texte numérisé non relu

LXXIII. — Les Gascons se soumettent à Pépin

Après cette exécution. Pépin s'avança jusques à la Garonne, à un endroit que nos historiens appellent Montes, dans le dessein apparemment de passer cette rivière Si d'aller soumettre les Gascons; mais ces peuples, informés de sa marche, n'attendirent pas son arrivée dans leur pays : ils lui envoyèrent une députation solennelle qui le rencontra au même endroit. l;es députés lui jurèrent une fidélité inviolable aussi bien qu'à Charles Si à Carloman, ses enfans.. Si lui donnèrent des otages pour gage de leur parole. Plusieurs seigneurs Si peuples d'Aquitaine, qui étoient encore attachés au parti de leur duc, furent aussi joindre le roi au même endroit, le reconnurent pour leur souverain. Si en cette qualité, lui prêtèrent serment de fidélité. Les historiens

' Continuateur de Frédégaire, c. l34, p. 701 Annales. — Annales Pctaviani , Na^ariani & Loi- & seq. — Annales Mettenses, p. 279, — Eginhard, seliani, dans Duchesne, t. 2, p. 4, 8 & i3.

' An 700

mettent au nombre de ces seigneurs aquitains Ebervic ou Hervic qui lui présenta une autre sœur de Waïfre, qui étoit peut-être son épouse. Pépin reçut les soumissions de ces peuples & de ces seigneurs avec de grands témoignages de bonté & de bienveillance, après quoi, voyant qu'il ne pouvoit surprendre le duc d'Aquitaine qui erroit alors dans la forêt de Ver, en Périgord , & se déroboit à toutes ses recherches, il laissa à ses troupes le soin de le poursuivre & partit pour aller célébrer la fête de Pâques au palais de Sels, sur les bords de la Loire, où l'attendoit la reine son épouse, qui s'y étoit déjà rendue.

LXXIV. — Ambassade du calife d'Orient à Pépin pour l'engager à faire la guerre aux Sarrasins d'Espagne.

Outre le motif de piété & de religion qui portoit Pépin à interrompre le cours de ses affaires pour célébrer en repos les solennités de Noël 8c de Pâques, il avoit encore alors une raison particulière de se rendre incessamment à Sels, où il avoit donné rendez-vous aux ambassadeurs que le calife ' d'Orient lui envoyoit chargés de riches Se magnifiques présens. Ces ministres étoient arrivés à Marseille dans le temps que ce prince se préparoit pour sa dernière expédition d'Aquitaine &. avoient passé l'hiver à Metz, où Pépin, qui ne vouloit pas interrompre ses exploits, les avoit fait conduire avec de grandes marques d'honneur Se de distinction. Il paroît, par le récit qu'un ancien^ historien nous a laissé de cette ambassade, qu'il se tramoit depuis quelque temps une négociation entre le roi St le calife 5 mais cet historien nous en laisse ignorer le sujet. Il est cependant assez vraisemblable que ce dernier, informé de la réputation St des victoires de Pépin, dans le dessein de rétablir son autorité en Espagne, vouloit l'engager à porter ses armes dans ce royaume 8c à déclarer la guerre à Abdérame, qui avoit usurpé ce royaume 8c qui refu- ,^'J °"^'^"^ soit de le reconnoître pour son souverain. Quoi qu'il en soit, il est certain que cette négociation étoit commencée depuis longtemps, puisque les ambassadeurs du calife arrivèrent en France avec ceux que Pépin lui avoit envoyés trois ans auparavant.

Quelques auteurs^ prétendent que cette négociation se passa entièrement entre Pépin 8c Abdérame, roi de Cordoue, parce que ce dernier avoit pris le titre d'émir ou à' amiramomeni \lise-^ émir el moumenin], titre sous lequel est désigné le prince qui envoyoit des ambassadeurs en France; mais on sait que ce titre de dignité étoit commun'* aux trois califes ou rois des Sarra^ns, qui étoient indépendans les uns des autres depuis que la vaste monarchie de ces infidèles fut partagée en trois royaumes, vers l'an 356 de [l'hégire], Se que chacun de ces princes prit depuis le titre d'émir ou à' amiramomeni'-' .

' Ferreras, Histoire d'Espagne, ad ann. 760. g"3ge puisse être invoqué contre de celui d'un

' Continuateur de Frédégaire, c. 134, p. 701. auteur contemporain, comme le Continuateur de

' Sigebert de Gemblours, CAron/con. — Pagi, Cn- Frédégaire. [A. M.]

tien, ad ann. 768, n. i. — Sigebert de Gemblours * Marca Hispanica, c. 238.

est beaucoup trop postérieur pour que son témoi- ^ Ihid. ,

D'ailleurs, si cette affaire n'eût été négociée que de France en Espagne Si d'Espagne en France, il n'est pas croyable que les envoyés de Pépin eussent employé trois ans entiers dans leur voyage, qu'ils eussent été débarquer, avec les ambassadeurs arabes, au port de Marseille, 81 qu'ils se fussent rembarques au même port, puisqu'il leur étoit très-aisé de passer par le Roussillon ou de se mettre en mer dans quelque port de la Septimanie, du domaine de Pépin.

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