LIVRE NEUVIEME
Louii le Débonnaire prend possession du royaume d'Aquitaine. Toulouse capitale de ce royaume.
CHARLEMAGNE, après avoir fait couronner à Rome, roi d'Aquitaine, l'Jongin. Louis, son fils, par le pape Adrien I, reprit la route de France & ' envoya' ce jeune prince dans ses États pour en prendre possession An 781 81 y établir sa demeure; mais, comme il n'étoit pas encore en âge de gouverner par lui-même, le roi son père eut soin de lui choisir des ministres également capables de veiller sur son éducation Se d'administrer les affaires publiques de son royaume*. Le principal de ces conseillers, qui étoit l'un des seigneurs de la cour le plus sage 6c le plus accompli, se nommoit Arnold, C'est ^ là l'époque du commencement du règne de Louis en Aquitaine.
Ce jeune prince, âgé alors seulement de trois ans, fut porté dans un berceau depuis Rome jusques à Orléans. A son arrivée dans cette dernière ville, où il devoit passer la Loire pour se rendre dans ses Etats, il fut habillé 8< armé d'une manière convenable à son âge. On lui fit faire ensuite, à cheval, le reste du voyage pour donner à ses sujets la satisfaction de le voir. Il paroît qu'il fit, pendant les premières années de son règne, son séjour ordinaire en i':d-oiigin. différens palais ou maisons royales d'Aquitaine, d'où il tiroit le principal revenu de son domaine. Les quatre principales étoienf* Doué {Theotuadum), en Anjou, à quinze'' milles de la Loire S< à la gauche de cette rivière;
' L'Astronome, Vie de Louis le Débonnaire, p. z83. * L'Astronome, Vie de Louis le Débonnaire, p. 28y.
' Ibid, ' Mabillon, de Re diplomatica, p. 2^)5, 269, 282,
' Mabillon, Annales, ad ann. ySS, n. 39. 33o.
An 781 '
Casseneuil, dans l'Agenois, sur les frontières du Querci & de l'Agenois, où Louis étoit né, & Ébreuil, en Auvergne, sur la rivière de Sioule, à dix lieues au nord de Clermont, où on fonda depuis un monastère. Nous n'avons aucune connoissance certaine de la situation du quatrième palais, appelé Andiacum ; on croit' cependant, avec beaucoup de vraisemblance, qu'il étoit situé dans la Saintonge. Ces maisons avoient, outre la beauté de la situation, les agrémens de la campagne & le voisinage de grandes forêts pour la commodité de la chasse. Elles tournissoient d'ailleurs abondamment à la subsistance de toute la rhaison du prince pendant son séjour^.
Louis avoit encore un palais^ dans Toulouse où il tenoif* ordinairement la diète ou l'assemblée générale d'Aquitaine. Tl s'y rendoit au printemps 81 y faisoit sa demeure jusques à l'ouverture de la campagne ; sans doute parce que cette ville étoit la capitale de son royaume, comme elle l'avoit été auparavant de celui des Visigoths & des États de Charibert, frère du roi Dagobert L C'est, en effet, la seule ville où nous voyons que Louis ait fait sa demeure hors le temps qu'il passoit ou à la campagne ou à la guerre. Toulouse avoit, d'ailleurs, plusieurs avantages qui pouvoient y attacher ce prince, & entre autres sa situation dans le centre de ses États Se son voisinage des frontières d'Espagne où il fit pendant longtemps la guerre contre les Sarrasins.
IL — Jugement d'un différend entre Daniel, archevêque , 6- Mîlon , comte
de Narbonne.
Quoique Louis régnât souverainement en Aquitaine, il paroît cependant que le roi son père conserva toujours la principale autorité dans ce royaume. Cela se voit en particulier par un plaid ou assemblée solennelle, tenue à Narbonne le 3 de juin de la quatorzième année du règne ^ de Charles, c'est-à-dire de l'an 782. Quatre commissaires, qu'il avoit envoyés dans la Septimanie pour administrer la justice dans cette province, présidèrent à cette assemblée. Ils étoient assistés de deux vassaux immédiats, de six autres juges 8c d'une quinzaine de personnes de considération du pays dont les noms sont romains ou goths d'origine. Tous ces juges s'assemblèrent pour décider un différend qui étoit entre Daniel, archevêque, & Milon, comte de Narbonne, 8c dont Charlemagne leur avoit sans doute renvoyé la décision sur les lieux. Voici de quoi il s'agissoit :
Daniel 5 qui, à ce qu'il paroît, avoit succédé à Aribert"^, occupoit le siège de Narbonne, du moins depuis l'an 769, qu'il se trouva avec quelques autres
■ Mabillon, Je Re diplomatica, p. 33o. ' Acta sanctorum ordin'n sancti Bcncdicti, saec. 4,
' Sur l'organisation intérieure des villae ou pa- part, i , p. 90. — Mabillon, Je Re Jiplomatica,
lais impériaux sous les Carlovingiens, leur admi- p. 33o.
nistration Scies revenus qu'on en pouvait tirer, ^ L'Astronome, fie ie Z.ouij /e PeionnaiVe, p. 289.
voir le capitalaire Je Villis, expliqué par B. Gué- ' Voyez tome II, Preuves, Diplômes, n. V,
rard, Bibliothèque Je l'école Jcs chartes, t. 14, "Voyez tome II, Note HCll.
An 782
' ' An 782
évêques de France à un concile' tenu à Rome, ce qui fait voir l'erreur de ^ ceux qui, appuyés uniquement sur une chronique très-peu exacte, prétendent qu'il succéda à Nébridius, qu'ils mettent en 778, Se qui n'est pas différent de son successeur de même nom. Ce prélat, pour satisfaire sa dévotion, avoit entrepris depuis quelque temps le pèlerinage ^ de Jérusalem ^, & avoit commis, avant son départ, le soin des affaires de son église à un procureur ou avoué, nommé Arluin. Milon, comte de Narbonne, profita de la longue absence de Daniel pour envahir les terres de son église. Il tes demanda au roi Charlemagne comme vacantes, 8t ce prince les lui accorda en bénéfice. Arluin, chargé du soin de soutenir les droits de l'église de Narbonne, qui tiroit son principal revenu des terres que Milon avoit usurpées, porta ses plaintes à l'assemblée générale dont nous venons de parler 8c cita le comte d'y comparoître. Celui-ci se présenta pour plaider sa cause, 81 sur la demande que lui firent les juges de produire les titres de possession des biens qu'on lui disputoit ou des témoins équivalens, il répondit 8c avoua de bonne foi qu'il n'avoit d'autre titre à présenter que la donation que le roi lui en avoit faite. Arluin soutint alors que Milon avoit usurpé ces biens, 8c s'offrit (^arramivit) de prouver qu'ils étoient du domaine de l'église de Narbonne, ce qui lui fut accordé. 11 produisit quelques jours après douze témoins irréprochables, qui certifièrent avec serment, dans l'église de Sainte-Marie de Narbonne, que ces terres avoient appartenu à l'église de cette ville 8c que Daniel, son archevêque, en avoit été paisible possesseur. Sur cette déposition, l'assemblée ayant jugé le différend en faveur du prélat, Milon renonça de bonne grâce à ses préten- éj. origin. tions, restitua les biens usurpés Se souscrivit même le jugement rendu contre lui. Ces terres ou villages, au nombre de plus de cinquante, sont énoncés dans la sentence, 8c on voit par leurs noms qu'ils étoient situés la plupart dans le diocèse de Narbonne, qui comprenoit alors ceux d'Alet 8c de Saint- Pons. Ces villages appartenoient tant à l'église métropolitaine de Saint-Just 8c Saint-Pasteur qu'à celles de Saint-Paul 8c de Saint-Etienne de Narbonne.
III. — Monastères de Saint-Paul &• de Sainte-Marie de Narbonne.
L'église de Saint-Paul, qui étoit alors située au dehors de cette ville, se trouve aujourd'hui dans son enceinte. C'étoit un ancien monastère ^ ou abbaye qui subsistoit au commencement du neuvième siècle 8c vraisemblablement
' Conciles, t. 6, p. 1722. in Dei noraine, &c. Or ce que nous avons im-
' Gallia Christ'iana vctus, t. I. — Voyez tome II, primé ci -dessus en italiques n'appartient pas à
Note LXXXV, n. 2. l'acte. On lit seulement en tète de ce document,
' Voyez tome II, Preuves, Diplômes, n. V. — dans une copie du dixième siècle, le titre sui-
Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, p. 742. vant : Daniel episcopo peregre profectus , remansit
' Ce prétendu voyage de Daniel à Jérusalem n'a causilicus Arluinus, Igitur nunc in Dei nomine
pour fondement qu'un acte de l'année 782, que les haec est noticia... — Voyez tome II, Preuves,
Bénédictins avaient publié, d après une copie fau- Diplômes, n. V. [A. M.]
tive, avec cet en-tête : Daniel episcopo Jerosolymam ' Voyez tome II, Preuves, Diplômes, n°' XXIII
pro/ecto, remansit eausidicus Arluinus. Igitur nunc, & LXII.
An 782 '
SOUS le règne des Visigoths ; il a été changé depuis longtemps en collégiale séculière. On y conserve les reliques de saint Paul , premier évêque de Narbonne. L'église de Sainte-Marie, dont il est parlé dans le même monument, est aussi un ancien monastère, qui n'est plus à présent qu'un prieuré conventuel dépendant de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. On l'appelle la Mourguier [monachia), c'est-à-dire monastère, parce que le terme de mourgue, dans le langage du pays, signifie moine'. La plupart des lieux ou villages dont il est fait mention dans cet acte ont conservé leur ancien nom ; l'un des principaux est Quillan, qui est aujourd'hui une petite ville du diocèse d'Alet.