VI. — Louis étend les frontières de ses Etats dans la Marche
d'Espagne.
Les guerres de la Germanie n'ayant pas permis à Charlemagne d'affermir sa domination au delà des Pyrénées, Abdérame avoit profité de cette diversion pour remettre sous' son obéissance la plupart des places que les François avoient conquises entre ces montagnes & la rivière d'Ebre, ce qu'il avoit fait avec d'autant plus de facilité que Charles n'avoit mis aucune garnison françoise dans ces- places, 8c qu'il en avoit laissé le gouvernement à divers seigneurs arabes, comme nous l'avons déjà observé. Charles, pour rétablir son
autorité sur cette frontière, ordonna-' aux comtes ou marquis qui y comman- i'îJ- origin.
doient d'assiéger la ville de Girone dont le gouverneur, appelé Mahomet, étoit un de ceux qui, après avoir reconnu sa souveraineté, en avoient secoué le joug. Les François entreprirent le siège de cette place; mais tous leurs efforts eussent été inutiles si les chrétiens, qui y étoient en grand nombre, ne la leur eussent livrée. Après la prise de Girone, Charles en chassa entièrement les Sarrasins 8c y mit un comte françois pour la gouverner. Il y a lieu de croire qu'il prit aussi alors sur ces infidèles Urgel 8c Ausone ; car nous voyons que ces deux villes étoient soumises, peu de temps après, à la domination françoise. C'est là l'époque ^ de l'établissement des comtes françois sur cette frontière qu'on appela depuis Marche d'Espagne ou de Gothie"*. On lui donna ce dernier nom à cause de son voisinage de la Septimanie, nommée aussi Gothie, avec laquelle elle fut unie dans la suite Se ne fit qu'un seul gouvernement, comme nous le verrons ailleurs. Ce pays, à la vérité, avoit reconnu auparavant la souveraineté de nos rois; mais comme le gouvernement étoit demeuré jusques alors entre les mains de divers seigneurs sarrasins, ceux-ci avoient été ou subjugués par Abdérame ou s'étoient mis en liberté.
' Ferreras, ad ann. 781. ' Marca Hispanica, c. iSÎ & scq.
^ Chronique de Moissac, jp. liç. — Marca Hispa- ^ Voyez tome II, la Note additionnelle à la
nica, c. iSo & seq. ; c. ^42 & seq. Note LXXXVJI.
An 785