VII. — Origine des comtés de Ra-^ès & de Fenouillèdes
Charlemagne & le roi Louis, son rils, établirent le même gouvernement dans les autres villes de ce pays dont ils se rendirent maîtres dans la suite, c'est-à-dire qu'après en avoir chassé les Sarrasins, ils y mirent des troupes françoises. Il y eut cependant quelques gouverneurs arabes qui continuèrent de reconnoître la souveraineté de nos rois, mais ce ne fut, la plupart du temps, que pour se rendre indépendans 8c s'affranchir, à la faveur de la protection de ces princes, du joug des émirs qui régnoient en Espagne. On croit ' que Charlemagne partagea vers le même temps les diocèses de cette frontière en plusieurs comtés ou gouvernemens particuliers, afin de veiller plus facilement à la garde du pays ; au lieu que, suivant la police jusques alors en usage dans le royaume,, un diocèse ne composoit qu'un comté ou gouvernement particulier.
C'est aussi sans doute par la même raison que ce prince divisa en plusieurs comtés quelques diocèses de la Septimanie, voisins de cette frontière; on en usa de même dans la suite à l'égard des diocèses du royaume les plus étendus. Les anciens^ monumens nous apprennent que dès la fin du huitième siècle 8c au commencement du neuvième, le diocèse d'Elne étoit partagé en deux comtés, de Roussillon 8c de Confient, 8c que les comtés de Razès 8c de Fenouillèdes, qui furent démembrés de celui de Narbonne ou de l'ancien diocèse de cette ville, subsistoient alors. L'ancien comté de Razès {^Redensis) tiroit son nom d'un château du pays, appelé Redas, lequel ne subsiste plus. Il s'étendoit sur tout ce qu'on appelle encore aujourd'hui le Razès ^ ou officialité de Limoux, qui dépend, pour le spirituel, du diocèse de Narbonne, 8c sur une partie de celui d'Alet, dont le reste étoit compris dans le comté ou pays de Fenouillèdes. Comme les anciens comtés avoient la même étendue que les diocèses, il arriva dans la suite qu'on donna quelquefois le nom de diocèse'* à plusieurs de ces nouveaux comtés démembrés des anciens; c'est peut-être ce qui donna lieu aux archevêques de Narbonne de se dire archevêques de Narbonne &• de Ra-^ès. Il est pourtant plus vraisemblable que ce fut à cause que le Razès demeura uni au royaume d'Aquitaine après que le comté de Narbonne en eut été démembré, en 817, avec la plus grande partie de la Septimanie, comme on le verra ailleurs, 8c parce que le diocèse de Narbonne demeura partagé depuis ce temps-là, pour le temporel, entre deux gouvernemens différens^. Cette distinction dure encore de nos jours. Les archevêques de Narbonne tiennent, actuellement, un officiai ou vice-gérant
■ Marra Hispanlca, c. 203 & seq. naisse date de 8i3; c'est Béra , fils de Guillaume
' Marca Hispanica , c. 86, 254, 343. — Baluze, de Gellone, & fondateur de l'abbaye d'Alet; il est
Regum Francorum Capitularia, Notes, t. 2, c. 1118. possible qu'auparavant ce pays n'ait pas formé un
' Voyez au tome VII, la Note sur la géographie comté séparé. Au neuvième siècle il eut un évêque
historique de la province de Languedoc, particulier; mais cette indépendance spirituelle
^ Marca Hispanica, c. 254 & seq. ne dura pas. (Voyez au tome II, Note addition-
' Le plus ancien comte de Razès que l'on con- nelle LXWVll, n. 14.) [A. M.]
An 787
An 783
à Limoux, capitale du Razès, pour le jugement des affaires ecclésiastiques de ce pays qui, pour le temporel, fait un diocèse particulier. Il est joint, pour les contributions & la députation aux États, avec celui d'Alet.
VIII. — Chorson, duc de Toulouse, marche contre les Gascons rebelles.
Il est pris par ces peuples.
Les troubles qui s'élevèrent quelque temps après dans l'intérieur de l'Aquitaine retardèrent sans doute le progrès des armes françoises contre les Sarrasins, sur les frontières de ce royaume. Nous avons dit que Charlemagne, après avoir puni la révolte de Loup, duc des Gascons, qui avoit défait son arrière-garde dans la vallée de Roncevaux, touché de compassion pour le jeune Adalaric, fils de ce duc', lui laissa une partie de la Gascogne, à titre de duché. Adalaric n'en fut pas plus reconnoissant. Il fut^ à peine en âge de ^Éd.origm. porter les armes que, soit pour venger la querelle de ses ancêtres dépouillés du duché d'Aquitaine par la famille de Charlemagne, soit pour quelque autre motif que nous ignorons, il se mit à la tête de ses sujets & commit diverses hostilités. Chorson, duc de Toulouse, se mit en campagne pour les arrêter; mais il eut le malheur d'être pris par ce duc. Celui-ci lui offrit sa délivrance à des conditions qu'un homme d'honneur & un sujet fidèle à son prince auroit- rejetées ; Chorson, qui souhaitoit de se voir en liberté, les accepta pourtant, 8<, joignant la lâcheté à la félonie, il promit au duc de Gascogne de ne jamais porter les armes contre lui, non pas même par ordre du roi, son maître &, qu'en cas que ce prince le lui commandât, il refuseroit d'obéir.
IX. — Adalaric, duc de Gascogne, jugé (S* absous dans une diète d'Aquitaine
tenue dans la Septimanie.
Louis, ou plutôt le conseil qui avoit en son nom l'administration de l'Aquitaine, résolut de punir sévèrement Adalaric de sa félonie. Dans cette vue, ce duc fut cité à l'assemblée générale de ce royaume que Louis convoqua exprès dans un lieu de la Septimanie que nos anciens historiens nomment la Mort des Goths {Mors Gothorum), mais dont ils ont négligé de marquer la situation. Adalaric, qui se sentoit coupable, St qui craignoit de subir un jugement digne de ses actions, s'excusa de comparoître, à moins que pour la sûreté de sa personne on ne lui donnât des otages, avec ofhe d'en donner de son côté pour gage de sa parole. Louis fut obligé d'accepter cette condition, 81 les otages
' Le personnage d'Adalaric, duc des Gascons & par Charlemagne. C'est lui qui par ruse, au dire fils de Loup, tel qu'il est ici représenté, est de de l'Astronome, s'empara de Chorson ; mais nul ne l'invention de l'auteur de la charte d'Alaon. Les sait d'où venait cet Adalaric, quels étaient ses anchroniqueurs ne connaissent qu'un Adalaric qui, cètres, ni ce qu'il devint. [E. M.] en 787, se révolta contre Louis, roi d'Aquitaine, ' L'XiUonome, Fie de Louis leDéionnalre, p. 2.SS. obtint son pardon &, deux ans après, fut exilé — Chronique de Saint-Denys,
An 788
An 789
An 78»
ayant été livrés de part & d'autre, le duc de Gascogne parut à l'assemblée, où il tâcha de, justifier sa conduite. La crainte qu'eut la diète d'Aquitaine que les Gascons, ses sujets, ne fissent mourir les otages qu'on lui avoit donnés, le sauva, & il fut renvoyé absous. Ce duc, après s'être tiré de ce mauvais pas, retourna en Gascogne, non-seulement sans avoir subi aucune peine, mais encore chargé de présens que lui fit le roi d'Aquitaine. Il reprit ensuite ses otages 8t rendit ceux qu'il avoit reçus, & demeura ainsi paisible possesseur de son duché.
X. — Exil d' Adalaric i,- destitution de Chorson à la diète de Worms,
Charlemagne qui, comme nous avons déjà remarqué, s'étoit réservé la principale autorité dans le royaume d'Aquitaine, mécontent du jugemenj d'Adalaric, résolut de soumettre l'affaire de ce duc à un nouvel examen & d'y faire juger en même temps celle de 'Chorson, duc de Toulouse, qui n'étoit ^„ guère moins coupable. Il appela auprès de lui, dans la Germanie', pendant
l'été de l'année suivante, le roi Louis, son fils. Ce jeune roi se mit en marche avec un simple équipage de voyageur & arrriva à Worms, où il attendit le retour de son père, occupé alors à la guerre contre les Saxons. Charlemagne retint ce prince a sa cour pendant tout l'hiver qu'il passa dans la même ville. Il y assembla, au printemps suivant, la diète générale de la nation & y fit citer Adalaric pour rendre compte de sa conduite. Ce duc comparut avec d'autant moins de répugnance devant les deux rois, qu'il étoit persuadé qu'ils confirmeroient son absolution. La diète lui donna une entière liberté de parler & de dire tout ce qu'il voulut pour sa justification ; mais n'ayant pu répondre à tous les chefs d'accusation qu'on forma contre lui , il fut proscrit & condamné à un exil perpétuel.
XI. — Guillaume , nommé duc de Toulouse ou d'Aquitaine à la place
de Chorson.
L'assemblée de Worms ^ examina ensuite la conduite de Chorson, duc de Toulouse, qui, ayant été trouvé coupable, fut destitué de son gouvernement en punition de sa lâcheté & de sa félonie. Guillaume fut nommé en même temps à sa place. C'est tout ce que l'historien contemporain de Louis le Débonnaire nous apprend des circonstances de la déposition de Chorson, qu'un moderne 2, sur l'autorité d'une pièce visiblement supposée, prétend avoir été encore en place six ou sept ans après.
Guillaume, duc de Toulouse ou d'Aquitaine, dont nous venons de parler, est le même'* que celui que sa sainteté éminente autant que sa valeur & ses exploits contre les Sarrasins ont rendu si célèbre dans la postérité. Nous avons divers romans qui ont couru sous son nom, savoir : Le connétable Guillaume
' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 6. ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 6.
• L'Astronome, Fie de Louis le Débonnaire, p. 288. '' liiJ. Note LXXXVII, n. 7.
An 790
au Court-ne-^, le Charroi de Nimes, le Moinage de Guillaume, 8ic. Ces ouvrages
ont célébré ses vertus militaires & ont débité bien des fables sur son compte,
que plusieurs modernes ont adoptées avec trop de facilité ; mais nous n'avons
pas besoin de recourir à des monumens si suspects pour être instruits de ses
actions, tandis que nous en avons plusieurs autres beaucoup plus solides, sur t^f "'l'g'
lesquels nous nous fonderons uniquement dans ce que nous avons à rapporter
de lui.
Guillaume' naquit sous le règne de Pépin. Il étoit fils du comte Théodoric 8c d'Aldane. Son père étoit proche parent^ & de la race même de ce prince; mais nous ignorons le degré de leur parenté, 8c ce n'est que par conjecture qu'un moderne^ prétend que Pépin le Bref étoit oncle paternel de Théodoric, père de Guillaume. D'autres'* croient qu'Aldane, mère de ce dernier, étoit fille de Charles Martel, 8c que de là vient la parenté du duc Guillaume avec Charlemagne ; mais outre que ce sentiment est destitué de preuves, un historien ^ contemporain de Bernard, fils de ce duc, fait entendre que cette parenté venoit du côté paternel.
Théodoric, père de Guillaume, que d'autres appellent mal à propos Aymeric, servit utilement Charlemagne dans ses guerres contre les Saxons "5, durant lesquelles il eut le malheur d'être défait l'an 798. Il paroît'^ qu'il avoit un duché ou gouvernement général au delà du Rhin ; mais nous n'avons^ aucune preuve qu'il ait été duc de'Septimanie, comte, Se encore moins vicomte de Narbonne , comme quelques modernes l'ont avancé sans aucune autorité solide.
Théodoric' 8c Aldane, son épouse, se rendirent encore plus recommandables par leur piété que par leur naissance; ils donnèrent à Guillaume leur fils une éducation chrétienne. Charlemagne le prit à sa cour, dans le temps qu'il étoit encore fort jeune, 8c l'honora successivement de la charge de comte du palais &c de capitaine de la première cohorte de sa garde. La bravoure 8c la dextérité de ce jeune seigneur, autant que sa bonne mine, sa taille avantageuse &t son corps robuste, propre à soutenir les fatigues de la guerre, le firent élever aux honneurs militaires, 8c la sagesse de sa conduite, jointe à une grande capacité dans les affaires, lui méritèrent les principales places dans le conseil du roi qui lui confia diverses commissions importantes.
L'auteur de la Vie de Guillaume prétend que les Sarrasins avoient fait une irruption dans la Septimanie 8c les provinces voisines, qu'ils les ravageoient impunément, qu'ils y avoient pris plusieurs places, fait mourir un grand
' Acta sanctorum ordinis sancti Bcncd'icti, saec. 4, " Eginhard, Annales, p. 246 & seq. — Le Cointe
part. I, p. 76 & seq. Vita S. Guilhlmi. Annales ecclesiastiti Francorum , ad anii. 782 &
' Eginhard, Annales, p. 242 & seq. — Thégan, ad ann. 793, n. 5. p. 281. ' Poetae Saxonici Annales, dans Diichesne, t. 2,
' Le Cointe, adann.79i,n.3. p.i56.
* Labbe, Tables généalogiques, p. 99, 424 & suiv. ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 6.
' De stirpe regali , dit Thégan, p. 281. — Le ' Acta sanctorum ordinis sancti BcneJicti, iaec. A,
Cointe, ad ann. 782, n. 11. part. 1, p. 76, Vita S. Guillclmi.
nombre de chrétiens 8c en avoient emmené un plus grand nombre en captivité quand Cliarleraagne, voulant repousser ces infidèles au delà des Pyrénées, choisit ce seigneur, de l'avis unanime de son conseil, pour cette glorieuse expédition, & que, pour lui faire plus d'honneur, il l'investit alors du duché de toute l'Aquitaine. Cet auteur ajoute que Guillaume, étant parti de la cour, prit un corps de troupes d'élite, se rendit d'abord dans la Septimanie, qu'il passa ensuite le Rhône &. alla mettre le siège devant Orange qu'occupoit alors Thibaud, roi des Sarrasins; que s'étant rendu maître de cette ville après divers combats, il l'unit à son domaine, &c qu'enfin, après avoir continué la guerre contre ces infidèles durant plusieurs années & remporté sur eux un grand nombre de victoires, il les chassa entièrement de toutes les provinces dont on lui avoit confié le gouvernement; mais ce récit, dont l'auteur, d'ailleurs respectable, ne vivoit' que plus de deux cents ans après, paroît presque entièrement fabuleux.
L'histoire de cette prétendue expédition du duc Guillaume est, en effet, opposée à ce que nous ont laissé des actions de sa vie les auteurs contemporains^; car quoiqu'il soit certain que Charlemagne le fit duc de Toulouse ou
■ BoUandistes, 28 mai, p. 8i i.
' La vie de saint Guillem, publiée par Mabillon d'après deux manuscrits provenant l'un de Compiègne & l'autre de Gellone , a été écrite à une époque indécise, mais antérieurement à la fin du onzième siècle, époque où Orderic Vital écrivait son Histoire. En effet, cet auteur la mentionne en racontant les événements de l'année 1066; il parle d'une vie peu connue dans la Normandie, que lui avait communiquée un moine, nommé Antoine, & en fait une analyse exacte qui prouve que c'est bien celle que nous possédons aujourd'hui. A ce propos, Orderic dit que sur ce saint, on avait composé une chanson de geste {cantilena), contenant beaucoup de fables, & c'est pour empêcher qu'on n'y ajoutât une trop grande foi que dans son ouvrage il donne le résumé de la vie qu'on lui avait fait connaître. Enfin il ajoute encore que saint Guillaume était un des saints sur lesquels un clerc d'Avranches, nommé Gérold, racontait aux barons & aux chevaliers normands de merveilleuses histoires.
La vie dont il s'agit a été regardée par Mabillon comme l'œuvre d'un contemporain, peut-être d'un témoin oculaire, & il y attache une grande importance. Il fait toutefois remarquer que l'auteur a dû connaître la vie de saint Benoît d'Aniane par Ardon, puisqu'il cite quelques vers qui s'y retrouvent. Mais il s'y trouve, sur les guerres de Guillaume avec les Sarrasins, un long passage que les Bénédictins ont eu tort de transcrire presqu'en entier, car il est absolument tiré de sources poétiques & probablement de chansons de geste; nous voulons par-
ler du siège d'Orange & de la guerre contre le roi sarrasin Thibaud. Toutefois, d'autre part, l'auteur a connu des documents authentiques ; il donne sur la famille de saint Guillaume, sur les donations faites par lui à son église, enfin sur ses rapports avec Charlemagne, des détails qui prouvent qu'il connaissait le célèbre testament de ce prince ou qu'il copiait du moins un auteur qui s'en était servi. En outre, la manière dont il parle du transport d'une partie de la sainte Croix en France, prouve qu'il a connu les Annales dites i'Eginhard, Du reste, cet opuscule a été écrit à Gellone & par un moine de Gellone; on le voit aux louanges données à ce monastère, à la description minutieuse qu'en fait l'auteur.
Aussi serions-nous disposé à voir dans cette vie un double travail; une partie faite au neuvième siècle, peu après la mort de saint Guillem, purement destinée à l'édification des fidèles, & une refonte bien postérieure, du onzième siècle peut-être, qui aurait mêlé à l'ancien texte quelques-uns des récits légendaires qu'on faisait sur ce vaillant guerrier. En effet, la partie de pure édification est de beaucoup la plus longue; elle occupe toute la fin de la vie, & le commencement dans lequel il est question de la grandeur terrestre du saint ne sert guère qu'à former contraste; enfin, le chapitre relatif au siège d'Orange est intercalé au milieu du récit des bonnes œuvres du comte. Telles sont les principales raisons qui nous feraient attribuer cet ouvrage à deux auteurs différents, l'un du neuvième & l'autre de la fin du dixième & peut-être du commencement du onzième siècle. [A. M.]
An
d'Aquitaine ' après la destitution de Chorson, on sait cependant, sur le témoignage d'un historien ^ du temps, que ce fut dans des circonstances différentes. Quelle apparence y a-t-il d'ailleurs que dans le temps que ce prince 8c le roi Louis, son fils, tenoient les Sarrasins resserrés au delà des Pyrénées, & qu'ils remportoient sur eux de fréquentes victoires, ces infidèles aient fait une irruption assez considérable pour se rendre maîtres de la Septimanie, d'une partie de l'Aquitaine 8c de la Provence 8c qu'ils y aient fixé leur demeure sans qu'aucun de nos anciens historiens en ait fait mention? Il est vrai qu'au rapport d'Eginhard^, les Maures ou Sarrasins d'Espagne tentèrent quelquefois d'infester les côtes de la Narbonnoise ou du Languedoc Se de la Provence, sous le règne de Charlemagnej mais cet auteur nous appr^d en même temps'* que ce prince prévint toutes leurs entreprises 8c qu'il les rendit inu- Éd.oriRin. tiles par le soin qu'il eut de munir les côtes de bonnes troupes; en sorte que, sous son règne, ils n'osèrent rien entreprendre de considérable de ce côté-là. Nous savons de plus que ces infidèles firent une tentative du côté de Narbonne quelques années après 8c que Guillaume leur livra bataille ; mais, outre que l'armée de ce duc fut défaite, il ne paroît pas que dans cette occasion ni dans aucune autre, sous le règne de Charlemagne, ils aient poussé plus loin leurs excursions dans les Gaules. On doit donc mettre au rang des fables le prétendu siège d'Orange sur Thibaud, roi des Sarrasins^ inconnu à tous les anciens historiens, 8c bien plus encore l'union de cette ville au domaine particulier de Guillaume, contre l'usage des fiefs établi alors en France. Au reste, il peut se faire que ces infidèles, en exerçant leur piraterie sur les côtes de la Narbonnoise, sous le gouvernement de Guillaume, aient fait des courses jusques à Orange par les embouchures du Rhône, 8c que ce duc les ait repoussés 8c chassés du pays. Cet événement aura pu fournir la matière aux auteurs du roman de Guillaume au Court-Nez 8c de la prétendue histoire du siège d'Orange par ce seigneur, qu'ils auront ornée de toutes les circonstances fabuleuses qu'ils ont imaginées. C'est de cette fable si célèbre parmi nos vieux romanciers que quelques modernes, peu versés dans la critique, ont voulu tirer l'origine des armes des seigneurs ou princes d'Orange, qui étoient un cornet de chasse, par allusion au surnom de Cort-ne-^ que ces mêmes romanciers donnent à Guillaume. Quoi qu'il en soit, il paroît que la première expédition que ce duc entreprit, après sa nomination au duché de Toulouse, fut la guerre qu'il fit aux Gascons rebelles.