XLIII. — Entrevue de Charlemagne 0 de Louis, à Tours
Ce roi, après avoir presque entièrement soumis les divers peuples de la Germanie, résolut de profiter du repos que lui donnoit la prospérité de ses
' Voyez tome II, Preuves, Chartes &. Diplômes, ' Éginhard, Annales, p. 25o ; Vita & gesta Caroli
n. X. Magni, dans Diichesne, t. 2, p. 79.
' L'Astronome, Vie Je Louis le Débonnaire, p. 290. '' Voyez tome II, 'Sote XC.
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armes pour visiter le dedans de son royaume, dont les guerres du dehors l'avoient tenu éloigné jusques alors. Il commença au printemps suivant par Ân^ôT les côtes de la Picardie, & après avoir célébré la fête de Pâques au monastère de Saint-Riquier ou de Centule, il s'avança jusques à Rouen. Le roi Louis, son fils, qui étoit alors à Casseneuil, en Agenois, l'envoya prier s'il vouloit se détourner de sa route & de venir le voir dans ce palais où il se disposoit à le recevoir 5 mais Charles, que l'envoyé de ce prince rencontra à Rouen, s'excusa de faire ce voyage. Pour satisfaire cependant le désir de son fils, il chargea ce député de lui dire qu'il l'attendroit à Tours. Louis se rendit dans cette ville 8t fut reçu avec toute la distinction & la tendresse qu'il pouvoit souhaiter. Il accompagna ensuite le roi, son père, en France & revint quelque temps après dans ses États. Le voyage que Charles méditoit de faire alors en Italie, pour punir les Bénéventins nouvellement révoltés, l'empêcha d'entreprendre celui d'Aquitaine. Il se mit en état de passer les Alpes, & avant son départ, il fit avertir Louis de se disposer pour l'accompagner dans cette expédition ; mais ayant changé depuis de sentiment, il lui ordonna de demeurer dans ses Etats. Charles entra en Italie & arriva à Rome, où il reçut la couronne impériale le jour de Noël de l'an 800.
XLlV. — Prise £,• ruine de Lérida, dans la Marche d'Espagne, par le roi
d'Aquitaine.
Louis ne demeura pas oisif pendant l'absence du roi son père. Il se ' rendit d'abord à Toulouse où il tint, sans doute, la diète d'Aquitaine. II marcha ensuite, à la tête de son armée, pour aller continuer la guerre contre les Sarrasins sur les frontières d'Espagne St mettre à profit les divisions intestines qui régnoient toujours parmi ces infidèles. A son approche de Barcelone, Zade, gouverneur de cette ville, sortit pour aller au devant de lui & le reconnoître pour son seigneur, dans l'espérance, sans doute, par cette marque de soumission de détourner ses armes & de demeurer paisible possesseur de son gouvernement. Mais Louis éprouva bientôt après l'infidélité de ce seigneur i';j.origin. qui lui refusa de le laisser entrer dans Barcelone. Ce prince, qui ne se sentoit peut-être pas assez fort pour entreprendre le siège de cette place, jugea à propos de dissimuler pour quelque temps, & tournant ses armes d'un autre côté, il passa la rivière de Llobrégat [Rubricatus) qui séparoit les terres de France d'avec celles d'Espagne, bi alla assiéger Lérida, ville située svir la Sègre.
Le roi d'Aquitaine se rendit maître de cette ville & la détruisit. Il fit aussi démolir divers châteaux ou forteresses des environs dont il s'empara. Après cette expédition, il reprit la route de ses États, remonta le long de la rivière de Cinca, se rendit auprès d'Huesca, en Aragon, & fit le dégât aux environs de cette ville dont Azam , qui en étoit gouverneur, avoit refusé peut-être de
' L'Astronome, l'ie de Louis U Débonnaire, p. 290. — Voyez tome II, Note XC.
An 800
lui ouvrir les portes, nonobstant le serment de fidélité qu'il avoit prêté à Charlemagne l'année précédente.
XLV. — Zade, gouverneur sarrasin de Barcelone, est fait prisonnier
à Narbonne.
Louis, après avoir passé l'hiver en Aquitaine, résolut, au printemps ' suivant, d'aller assiéger^ Barcelone 8t de punir l'aftront que Zade, gouverneur de cette ville, lui avoit fait l'année précédente de lui en refuser l'entrée. Zade, informé du dessein de ce prince, pour le détourner de l'exécution , suivit le conseil d'un de ses confidens qui, gagné, à ce qu'on croit, par Louis, le trahit & l'engagea à sortir de la place & d'aller se jeter aux pieds de ce roi, dans l'espérance d'obtenir aisément sa grâce; mais il fut à peine arrivé à Narbonne qu'il fut reconnu, arrêté & emmené ensuite à Louis. Ce prince le fit conduire à l'empereur son père, qui le destitua de son gouvernement & le condamna à un exil perpétuel. Les Sarrasins de Barcelone, sur l'avis de la détention de leur gouverneur, élurent alors à sa place Hamar ou Hamur, son proche parent , 8c se préparèrent à une vigoureuse défense en cas que Louis voulût tenter le siège de cette ville.
XLVL — Troisième diète ou assemblée générale d'aquitaine, tenue à Toulouse. — Punition des Gascons rebelles.
Louis, avant que de s'engager dans cette entreprise, convoqua à Toulouse la diète de ses États^ d'Aquitaine, où, entre autres affaires importantes, on agita celle d'une nouvelle révolte des Gascons. Nous avons déjà dit qu'après l'action de Roncevaux & la révolte de Loup, duc de ces peuples, Charlemagne avoit laissé "* à Adalaric, fils de ce dernier, à titre de fief héréditaire, une partie de son duché. Ce prince confia le gouvernement du reste de ce pays à des comtes particuliers, amovibles comme les gouverneurs des autres comtés du royaume. Charlemagne donna entre autres le comté de Fezensac à Burgundion, qu'on croit ^ Gascon d'origine'^. Ce comte étant mort, Louis mit à sa place le comte Liutard. Cette nomination déplut aux Gascons, St il y a lieu de croire que le duc Adalaric, qui, après avoir été proscrit à la diète de Worms, en 790, avoit été rétabli, à ce qu'il paroît, dans son duché de Gascogne, tâcha de profiter de leur mécontentement pour réunir ce comté à l'ancien domaine de ses ancêtres. Quoi qu'il en soit, les Gascons se révoltèrent contre Liutard, coururent sur lui & tuèrent une partie de ses gens; ils se saisirent des autres Se les brûlèrent tout vifs. Louis, ne croyant pas
■ Voyez tome II, Note XC. ■* Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
' L'Astronome, Vie de Louis le Débonnaire, p. 290. n. LXVII.
— Eginhard, ad ann. 801. "■ P. de Marca, Histoire du Bcarn, p. 129.
^ L'Astronome, Vie de Louis le Débonnaire,^. 290. " Le nom de Burgundion, à cette époque, semble
— Voyez tome II, Note XC. indiquer clairement l'origine de ce comte. [A. M.J
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devoir laisser un tel attentat impuni, fit citer à l'assemblée de Toulouse les principaux des rebelles qui, craignant la juste punition de leurs crimes, firent d'abord quelque difficulté d'y comparoître. Ils s'y rendirent cependant à la fin & furent entendus; mais, n'ayant pu se justifier, ils furent condamnés à la mort. Plusieurs d'entre eux subirent la peine du talion & furent brûlés vifs.
XLVII. — Siège & prise de Barcelone par Louis, roi d'Aquitaine,
Louis proposa, à la même assemblée, le dessein qu'il avoit d'aller faire le siège de Barcelone, pour lequel il avoit déjà fait de grands préparatifs, ce qui fut généralement applaudi. Ce prince ' partit de Toulouse d'abord après la fin de la diète, & se mit à la tête d'une puissante armée, composée d'Aquitains, de Gascons, de Goths, de Bourguignons, de Provençaux & de Bretons. Il partagea ses troupes en trois corps : le premier eut ordre de marcher sous la conduite de Rostaing, comte de Girone, qu'il chargea du siège de la place. Il envoya le second corps au delà de Barcelone pour soutenir l'attaque 8c empêcher les assiégés de recevoir du secours du côté d'Espagne. Ce corps étoit commandé par Guillaume, duc de Toulouse^, premier, porte-enseigne de la couronne, lequel avoit sous ses ordres le comte Adémar 8c plusieurs autres seigneurs de marque. Louis, à la tête du troisième corps, alla camper dans le Éd.oiiBin. Roussillon pour être à portée de secourir les deux autres selon le besoin.
Rostaing eut à peine investi Barcelone que les assiégés envoyèrent en diligence, à Cordoue, demander du secours au roi Alhacan, qui, après avoir heureusement terminé la guerre qu'Abdalla &c Zuleiman, ses oncles-', lui avoient suscitée, régnoit alors paisiblement sur les Maures d'Espagne. Ce prince fit aussitôt marcher une armée qui s'avança au secours de cette ville; mais les généraux sarrasins, ayant eu avis"*, à leur arrivée à Saragosse, qu'un corps de troupes étoit prêt à leur disputer le passage, levèrent aussitôt le piquet 8c, n'osant hasarder un combat, tournèrent leurs armes du côté des Asturies, pour se dédommager sur les terres des chrétiens des frais de leur armement 5. Le roi Alphonse, averti de leur marche, tomba sur eux dans le temps qu'ils y pensoient le moins, les défit entièrement 8c les tailla en pièces.
Le duc Guillaume, qui commandoit l'armée d'observation, voyant que les Sarrasins avoient pris la fuite 8c qu'il n'avoit rien à craindre de leur part, alla joindre le corps d'armée occupé au siège de Barcelone. Les troupes françoises redoublèrent alors leurs efforts 8c gardèrent si exactement les lignes de circonvallation que les assiégés, ayant consumé tous leurs vivres 8c n'en pouvant recevoir du dehors, furent obligés, pour ne pas mourir de faim, d'avoir recours aux alimens les plus vils, 8c jusques à manger du cuir. Plu-
' 'L' kmonome. Vie de Louis h Dchonnairc,^. i()o. ' Roderic de Tolède, Historia Araium, c. 22.
— Chronique Je Moissac , p. 1^4. — Cervasiiis * L'Astronome, Vie Je Louis le Déionnaire, p. ino,
Tilberiensis, p. 94. — Chronique Je Moissac, p. 144.
' Voyez tome II, Note XC. '• Voyez (orne II, Note XC.
An 801
sieurs d'entre eux, dévorés par la faim & préférant la mort à une vie misérable, se précipitèrent du haut des murs. Malgré cette affreuse extrémité, les Sarrasins, loin de ralentir leur courage, continuèrent à se défendre avec beaucoup d'opiniâtreté j dans l'espérance que la rigueur de l'hiver obligeroit enfin les assiégeans à abandonner leur entreprise : l'événement ne répondit pas à leur attente. Les François, résolus de continuer leurs attaques jusques à la réduction de la place, firent des barraques autour de leur camp pour s'y loger pendant cette saison, ce qui déconcerta les assiégés.
Les généraux françois, voyant enfin que la place ne pouvoit pas tarder à se rendre, en donnèrent avis au roi d'Aquitaine, toujours campé dans le Roussillon, afin qu'il eût la gloire d'une si importante conquête. Ce prince partit aussitôt 8c arriva au camp devant Barcelone, avec son corps d'armée; mais ce ne fut que six semaines ' après que cette ville fut enfin obligée de capituler. Les Sarrasins qui composoient la garnison livrèrent à Louis Hamur, leur gouverneur, 81 rendirent la ville à ce prince, à condition qu'il leur accorderoit la liberté de se retirer où bon leur sembleroit. La capitulation conclue, les troupes françoises se saisirent des portes de Barcelone, où Louis différa d'entrer pour le faire d'une manière digne de sa piété. Il y fit son entrée quelque temps après, en procession, à la tête de son armée précédée du clergé, qui chantoient des hymnes Si des cantiques spirituels, depuis le camp jusques à l'église de Sainte-Croix, où ce prince offrit un sacrifice d'actions de grâces pour la prospérité de ses armes. Cela fait, il confia le gouvernement de cette ville au comte Béra & y mit une nombreuse garnison, composée uniquement de Goths, c'est-à-dire des peuples de la Septimanie & de la Marche d'Espagne. C'est ainsi que cette importante place, que les Sarrasins avoient possédée pendant quatre-vingt-dix années de suite, vint enfin au pouvoir des François, après un siège de sept mois, à compter depuis que Louis l'avoit fait investir, 8c de près de deux ans^ depuis qu'elle avoit été bloquée par son ordre. Il est vrai que les gouverneurs maures avoient auparavant reconnu quelquefois la souveraineté des rois de France , 8c qu'ils s'étoient déclarés leurs vassaux; mais ce n'étoit que pour se maintenir, sous leur protection, dans l'indépendance des émirs ou rois de Cordoue, en sorte qu'ils régloient leur soumission sur leurs intérêts. Mais, depuis que Louis le Débonnaire eut conquis cette ville, elle demeura toujours soumise à la couronne de France, 8c nos rois y furent reconnus pour souverains, sans interruption, jusques au règne de saint Louis, comme nous le verrons dans la suite ^.
Après cette heureuse expédition, Louis retourna en Aquitaine où il passa le reste de l'hiver. Il avoit déjà décampé quand il apprit que Charlemagne,
' Voyez tome II, Note XC. à partir du dixième siècle, que dans l'usage de
' IHd. n. 6 & seq. dater les actes par les années des rois de France.
' Le mot soumis est peut-être un peu trop précis En 1268, le roi saint Louis ne fit que renoncer à
pour désigner cette sujétion, qui ne consista guère, une suzeraineté purement théorique. [A. M.]
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craignant pour lui la longueur du siège de Barcelone 8c voulant en accélérer f;\-^f^^^j la prise, lui envoyoit un renfort considérable, sous la conduite du roi Charles, son fils. Sur cet avis, Louis dépêcha un exprès à son frère, qui le rencontra à Lyon, pour le remercier de son secours & lui apprendre la prise de cette ville; ainsi Charles rebroussa chemin & alla rejoindre l'empereur, son père. 11 paroît que Louis suspendit, pour quelque temps, la guerre contre les Sarrasins & qu'il passa les deux années suivantes dans ses États, sans se mettre en campagne.
XLVIIL — Réformation du royaume. — Usage de diverses lois.
Ce prince profita de ce repos pour s'appliquer avec plus de soin aux affaires du gouvernement & seconder les intentions de l'empereur son père, qui envoya alors ', dans toutes les provinces du royaume, divers commissaires [missos) pour rendre la justice, réformer les abus & protéger les églises, les veuves, les orphelins & les pauvres contre l'oppression des grands. Charle- ÂrTsIT" magne choisit pour cette importante fonction, parmi les ecclésiastiques, des archevêques, des évêques ou des abbés, 8c, parmi les séculiers, des ducs ou des comtes, 8c ne jugea pas à propos de charger de cette commission les plus pauvres d'entre ses vassaux, de crainte qu'ils ne se laissassent corrompre par des présens. Il convoqua ensuite, au mois d'octobre de la même année, un concile à Aix-la-Chapelle de tout le clergé séculier 8c régulier de ses États. Les évêques Se les ecclésiastiques du second ordre s'assemblèrent séparément des abbés Se des religieux. Les premiers dressèrent des canons pour l'exacte observation de la discipline de l'Église 8c les autres des constitutions pour celle de la règle de Saint-Benoît, la seule qui, dans ce temps-là, tût en usage en France, parmi les personnes de l'un Se de l'autre sexe. Ce fut alors que Charlemagne introduisit dans le royaume la liturgie romaine à la place du rit gallican.
Ce prince convoqua aussi dans le même palais les ducs 8c les comtes ou les principaux seigneurs du royaume, conjointement avec les députés du peuple^, 8c d'habiles jurisconsultes pour travailler de concert à la réformation de la justice. Il fit lire, corriger 8c rédiger par écrit, en pleine assemblée, le texte des diverses lois qui étoient en usage en France, 8c ordonna que chacun seroit jugé conformément à sa loi. Il défendit surtout aux juges de recevoir aucun présent 8c leur ordonna de rendre également la justice aux pauvres 8c aux riches. Après la fin^ de l'assemblée, il exigea généralement de tous ceux qui y avoient assisté, tant ecclésiastiques que séculiers, le serment de fidélité dont la formule étoit à peu près la même que celle que nous voyons
' Chronique de Moissac, p. 144. Chronique Je Saint-Denis , qui, écrite à l'époque
' Et reliquum populum chriitianum. féodale, identifie à cette époque les temps anciens.
' Chronique de Saint-Denis. — 11 faut se tenir [A. M.| — Le Cointe, Annales ecclesiastici Fran-
en garde contre les indications fournies par la corum, ad ann. 802, n. pp.
An 802 y •
en usage dans les siècles postérieurs pour les vassaux à l'égard de leurs seigneurs '.
XLIX. — Louis va en Germanie pour la fin de la guerre de Saxe.
Nous ignorons si le roi d'Aquitaine assista à cette assemblée. Nous savons ^^ g^ seulement^ cpe, deux ans après, l'empereur son père, voulant mettre fin à la guerre de Saxe, qui duroit depuis trente-trois ans, lui ordonna de venir le joindre dans la Germanie pour l'aider à subjuguer entièrement les Saxons. Louis se mit aussitôt en marche à la tête de son armée ; mais il eut à peine passé le Rhin, qu'il reçut ordre de s'arrêter, parce que l'empereur avoit terminé la guerre de Saxe & qu'il n'avoit plus besoin de son secours. Ce prince retourna dans ses États où il passa l'hiver, 8c où il jouit du fruit de la paix qui régnoit sur les frontières d'Espagne.
L. — Guillaume , duc de Toulouse, fonde l'abbaye de Gellone ou de
Saint-Guillem du Désert.
Louis étoit principalement redevable de cette paix à la valeur & à la conduite de Guillaume, duc de Toulouse, qui, depuis la prise de Barcelone, veilla avec soin à la garde de cette frontière, tint les Sarrasins resserrés au delà de leurs ^ limites & les empêcha de rien entreprendre. Ce duc, que sa vertu rendoit encore plus recommandable que ses exploits, étoit exact jusques au scrupule à remplir les devoirs de sa charge. Il faisoit observer les lois, rendoit lui-même la justice & avoit un soin particulier de pourvoir aux besoins des pauvres 8c de protéger les veuves 8c les orphelins, dont il étoit le défenseur, contre l'oppression des grands, ce qui lui attiroit l'estime 8c l'aftection de toute sorte de personnes. Les monastères, 81 surtout ceux qui avoient été ou fondés ou rétablis par Charlemagne, se ressentirent de sa protection 8c de sa libéralité. Il aimoit tendrement les religieux, parce qu'il étoit extrêmement religieux lui-même. Pour laisser à la postérité un monument de son affection envers eux, il résolut de fonder un nouveau monastère : dans cette vue, il chercha un lieu écarté 8c propre k la vie contemplative. Les montagnes du
' Nous avons à peine besoin de faire remarquer c'est s'exposer à faire confusion; il vaut mieux
la confusion inévitable faite par dom Vaissete en- réserver ce terme pour l'acte par lequel le vassal
tre le serment de fidélité de cette époque & celui de promet d'être fidèle au seigneur dont il a reçu
la féodalité; l'un dû au roi par tous ses sujets des terres, terres pour lesquelles il lui a prêté ou
libres, le leudesamtum, n'entraînant pas de devoirs va lui prêter Vhommage, se faire son homme, stricts particuliers; l'autre, prêté seulement par le [A. M.]
vassal au seigneur & entraînant presque toujours ' h' Astronome, Fie de Louis le Déhonnaire,'p. 2<)0.
l'hommage, la recommandation; car donner le — Voyez îi/^orc XC.
nom de serment de fidélité aux noirjbreuses pro- ' Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, saec. 4,
messes d'aide & de secours que se faisaient les part, i, p. yS & suiv., Vita S. Guillelmi. — Sur
grands seigneurs du onzième siècle, par exemple, la vie de saint Guillaume, voir plus haut la Note
promesses qui n'ont gardé cette forme de serment insérée au chapitre xi du présent livre, & sur sa
que pendant cent cinquante ans au plus (voyez famille, la Note additionnelle à la Note LXXXVII