‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 512 sur 553 · LXXXIX. — Pépin marche contre les Gascons rehelles · texte numérisé non relu

LXXXIX. — Pépin marche contre les Gascons rehelles

Peu de temps après l'assemblée d'Aix-la-Chapelle^, l'empereur envoya le roi Pépin, son fils, en Aquitaine, pour s'y faire reconnoître par les peuples. La révolte des Gascons, qui n'étoit pas encore apaisée, fut aussi, à ce qu'il paroît, un des motifs qui firent hâter le départ de ce prince pour ses États. Le duc Garsimire^, que ces peuples avoient choisi pour leur chef, après la mort du duc Siguin ou Scirain , son père, se tenoit en effet toujours en armes, sans qu'il paroisse que les François se soient mis en état de punir sa rébellion & celle de ses sujets, pendant l'année 817. Pépin"* se mit en campagne & entra en Gascogne au commencement de la suivante pour ranger les rebelles à leur devoir. Le succès des armes de ce prince fut si heureux que dès la seconde année du gouvernement de Garsimire, ce duc fut défait &. tué dans une action avec la plupart de ses troupes. La paix que cet avantage devoit, ce semble, procurer à cette province, fut retardée par les nouveaux troubles qu'excita Loup CentuUe, duc ou comte d'une autre partie du pays, peu de temps après la défaite de Garsimire, son cousin germain.

■ Voyez tome II, 'Note XCIV, n. i i . d'Alaon. Tous les détails donnés ici par les Béné-

' L'Astronome, r/e <i« /.oni's ZeCeionnaire, p. 298. dictins sont faux & doivent être effacés de l'his-

^ Garsimire, Scimin & Loup Centule, petit-fils toire. [E. M.]

du premier, sont, comme nous l'avons déjà dit, ^ Chroniijue Je Mohsac, p. 147 & suiv. — Egin-

des personnages apocryphes inventés par la charte hard, Annales, p. 260.

An 818

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX, gSS ^^g^g

XC. — Défaite de Loup Centulle , duc des Gascons, par Bérenger,

duc de Toulouse.

Nous avons dit ailleurs que Loup Centulle étoit petit-fils, par Centulle son père, d'Adalaric, duc de Gascogne, sur lequel ce duché avoit été confisqué en 812, après sa rébellion & sa mort, & que Louis le Débonnaire, touché de compassion envers Scimin, fils de ce duc, Si Loup Centulle, son petit-fils, leur avoit donné une partie de ce duché, qu'ils avoient partagé entre eux. Ce dernier, loin de se montrer reconnoissant pour un bienfait si signalé, n'omit rien', après la mort de Garsimire, pour ranimer & soutenir sa révolte. Bérenger, comte ou duc de Toulouse, & Warin, comte d'Auvergne, eurent ordre aussitôt de se mettre en marche contre les rebelles. Ces deux généraux furent à peine arrivés en Gascogne que Loup Centulle eut la témérité de les défier 8c de leur présenter bataille : ils l'acceptèrent. Loup fut ÂTsT^ entièrement défait 81 obligé de chercher son salut dans la fuite, après avoir perdu son frère, Gersand, 8c la meilleure partie de ses troupes. Pour comble de malheur il fut pris Se conduit devant l'empereur, qui le fit ensuite comparoître dans une assemblée où les comtes Bérenger Se Warin se portèrent pour ses accusateurs. Il tâcha de se défendre; mais n'ayant pu justifier sa conduite, il fut dépouillé de ses États 8c exilé. La proscription de ce duc n'empêcha pas les Gascons d'exciter peu de temps après de nouveaux troubles. Le roi Pépin, qui avoit à cœur la pacification de cette portion de ses États, se rendit alors en personne dans la Gascogne, par ordre de l'empereur son père, réduisit bientôt les rebelles à leur devoir 8c mit si bon ordre au gouvernement du pays, qu'on ne vit plus s'y élever dans la suite aucune nouvelle révolte.

XCL — Nouvelle érection de la Gascogne en duché, sous la dépendance

du royaume d'Aquitaine.

Les enfans du duc Garsimire s'étant retirés^ après la mort de leur père au delà des Pyrénées, du côté d'Aragon, les peuples du pays qui, après avoir secoué le joug des Sarrasins, vivoient libres 8c indépendans, les élurent pour leurs chefs. Ces seigneurs cédèrent les droits qu'ils avoient sur une partie du duché héréditaire de Gascogne à deux de leurs cousins, fils de Loup Centulle, le même qui avoit été proscrit pour crime de félonie. L'un se nommoit Donat Loup 8c l'autre Centulupus ou Centulphe^. Quoiqu'il paroisse que ces derniers fussent alors fort jeunes Se qu'ils n'eussent pris, par conséquent, aucune part à la révolte de leur père, ils furent cependant, privés de la l'-dorigin. succession à ses États. L'empereur leur accorda seulement par grâce les pays

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

n. LXVII. — Eginhard, Annales, p. 262 & suiv. n. LXVII.

— Annales Fuldenses, p. 543. ' Tous ces détails généalogiques sont tirés de la

charte d'Alaon. [A. M.]

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An 819 7

& les biens que leurs cousins, fils de Garsimire, leur avoient cédés 8c dont il confirma en leur faveur la donation qu'ils leur en avoient faite ; en sorte que le premier eut en partage le comté de Bigorre, & l'autre celui de Béarn. C'est tout ce qu'ils purent recueillir des débris des duchés d'Aquitaine Se de Gascogne, que leurs ancêtres avoient possédés héréditairement depuis Charibert, roi de Toulouse, chef de leur branche.

Le duché de Gascogne fut ainsi ôté, pour toujours, à la postérité du fameux Eudes, duc d'Aquitaine, &c réuni de nouveau au domaine de la couronne. Ce pays fut mis alors sous le gouvernement d'un duc amovible ainsi que l'étoient les autres gouverneurs de province. L'empereur donna ' cette dignité à un de ses parens, nommé Totilo, qui fut^, de même que ses successeurs, comte particulier de Bordeaux, jusques à ce que les Gascons s'étant remis longtemps après dans leur ancienne liberté, élurent des ducs héréditaires de leur nation, différens des comtes de Bordeaux. Dans la suite, ce dernier comté ^ passa dans leur maison, puis, au onzième siècle, dans celle des comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine, conjointement avec le duché de Gascogne. Quant à Donat Loup 8c à Centulphe, son frère, leur fidélité tant envers Louis le Débonnaire, qu'envers Charles le Chauve, son successeur, mérita à leurs descendans la paisible possession des pays de Bigorre 8c de Béarn.

XCn. — Extraction de Bérenger, duc de Toulouse.

Il y a lieu de croire'^ que le duc Bérenger, dont nous venons de parler, étoit pourvu du gouvernement ou duché de Toulouse depuis quelques années. Ce duc étoit fils d'Hugues, comte de Tours 5, que Charlemagne avoit ^ envoyé en ambassade à Constantinople l'an 811, 8c proche parent de Louis le Débonnaire; mais quelque illustre qu'il fût par sa naissance, il l'étoit encore beaucoup plus par sa sagesse '', sa fidélité 8c sa bonne conduite. Ces excellentes qualités lui méritèrent le gouvernement d'Aquitaine ou de Toulouse, l'un des principaux du royaume; quoiqu'il fût alors moins considérable qu'auparavant, par le retranchement de la Septimanie 8c de la Marche d'Espagne, pays qui en furent démembrés en 817. Il paroît^ qtie les ducs de Toulouse conservèrent leur autorité sur toute l'Aquitaine propre ^ & le comté ou marquisat de Toulouse, d'où dépendoit le comté de Carcassonne ;

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ^ Eginhard, Annales, p. zSy.

n. LXVII. — P. de Marca, Histoire de Béarn, ' Thégan, c. 58.

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