XCIV. — Robert, comte, if Argémire, évêque de Maguelonne
Dans un diplôme'* du même empereur, daté du i5 de mars, la sixième année de son empire, il est fait mention de Pvobert, comte de Maguelonne, qui devoit être alors décédé depuis peu. Ce comte avoit obtenu autrefois de ce prince, en hénéfice, le lieu de Villeneuve, qui étoit auparavant du domaine de la cathédrale de Saint-Pierre de Maguelonne. Louis, informé que ce lieu avoit appartenu à cette église, le lui rendit après la mort de Pvobert, en la personne d'Argémire, qui en étoit alors évêque. Ce prince, par une autre charte, prit les biens de l'église de Maguelonne sous sa protection spéciale.
On voit, par ce que nous venons de dire, qu'Argémire étoit déjà évêque de Maguelonne au mois de mars de l'an 819. Quant aux circonstances de son élection, suivant un moderne 2, Ricuin, son prédécesseur, dont nous n'avons «^
' Vita s. Benedicti Anianensls, p. 219. ' Gariel, Séries pracsulum Magalonensium, p. 5i.
" Le Cointe, ad ann. 809,11.92; Henschen, &c. « Arnaud de Verdale, ^pisco;»; Magaioneniej, dans
' Voyez tome II, Chartes & Diplômes, n. XXXV. Labbe, BiHiotheca. nova manuscriptorum^ t. 1,
* Ihid. n. XXX. — Gariel, Séries praesulum Ma- p. 794. galonensium , p. 5i St seq.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX. oSo ""
' ' An 019
rien de bien certain, étant mort l'an 818, Bernard, duc de Septimanie, voiriut mettre à sa place Fulbodus, homme également riche 8<. ambitieux; mais le clergé & le peuple ayant élu Frédolus, personnage illustre par sa naissance, l'empereur Louis le Débonnaire, pour terminer la dispute des deux compétiteurs, nomma de sa propre autorité Argémire, qui faisoit alors auprès de lui la fonction d'envoyé, & le fit partir pour aller prendre possession de cette église. Ce nouvel évêque fut également bien reçu du clergé 8c du peuple, malgré le duc de Septimanie, qui s'opposa à son installation Se qui, par ressentiment, ravagea les terres de l'église de Maguelonne & commit plusieurs excès dans le pays. Mais tous ces faits sont avancés sans preuve ' ; ils sont même contraires à la vérité de l'histoire, car il paroît certain que Bernard ne fut duc de Septimanie qu'après que Béra, son prédécesseur dans le comté de t^î^^'lsg'. Barcelone, eut été proscrit, ce qui n'arriva que l'an 820, 8c qu'il lui succéda en même temps dans ces deux dignités.
XCV. — Proscription de Béra, comte de Barcelone. — Bernard, fils du duc Guillaume, lui succède dans ses dignités.
Béra étoit un seigneur qui, par sa naissance 8c ses services, avoit mérité les bonnes grâces de Louis le Débonnaire. Ce prince, étant roi d'Aquitaine, lui avoit confié eri 801 le comté ou gouvernement de Barcelone, après avoir enlevé cette importante place aux Sarrasins. Béra continua de servir'dans la Marche d'Espagne où il suivit Louis durant ses diverses expéditions contre ces infidèles. Il paroît qu'il obtint alors de ce prince, en récompense de ses exploits, divers bénéfices ou fiefs qu'il possédoit^ dans la Septimanie, 8c qu'il fut élevé en 817 à la dignité de duc de cette province, ainsi que nous l'avons déjà dit. Il fut accusé^ de félonie par un comte ou seigneur de son voisinage, appelé Sanila, à la diète que l'empereur tenoit à Aix-la-Chapelle, au mois de janvier de l'an 820. Tous les deux ayant comparu, Sanila, qui n'avoit ni preuves par écrit ni témoins à produire, présenta le duel à Béra qui fut obligé de l'accepter, conformément à leur loi, parce qu'ils étoient l'un 8c l'autre Goths de naissance^. Le combat se fit à cheval, 8c le comte de Barcelone fut vaincu. Il devoit être déclaré par conséquent coupable de crime de lèsemajesté, 8c condamné à la mort; mais l'empereur, touché de son malheur, lui accorda la vie 8c se contenta, après l'avoir dépouillé de ses dignités, de l'envoyer en exil à Rouen. Bernard'', fils de saint Guillaume, duc de Tou-
■ Arnaud de Verdale, iî/>iscopi Afa^aJonenscs, dans ' Contrairement à ce que disent ici les Bénédic-
Labbe, ut supra, t. i, p. 79Ô. — Voyez tome II, tins & à ce que nous avons avancé, tome II, Note
Note LXXXVII, n. i5 & suiv. additionnelle à la Note LXXXVII, il n'est pas im-
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, possible queGaucelme, fils aîné de saint Guillaume,
n.XXVlI. — Baluze, Notae in Capitulariis, c. 11S6. ait été son successeur au commandement de la
' Eginbard, Annales, p. 263 & seq. — L'Astro- Marche d'Espagne, & qu'il ait été remplacé par
nome, Fie de Louis le Débonnaire, p. Sol. — An- Béra, à une époque indéterminée. Toujours est-il
nales Fuldenses, p. 543. que Gaucelme a exercé les fonctions de marquis
* h^Aitronome, Fie de Louis le Déionnaire, p-^oi. dans cette Marche avant Bernard; plusieurs actes
— Voyez tome II, Note XCI, n. 5. en font foi. [E. M.]
An 820
An 82
louse, lui succéda dans le comté de Barcelone 8c, à ce qu'il paroît, dans le duché de Septimanie dont il n'est', en effet, qualifié duc que quelques années après. L'auteur contemporain qui parle de la proscription de Béra ne dit point si ce comte étoit en effet coupable de félonie, & ne rapporte aucune circonstance de son crime. Il paroît cependant qu'il fut soupçonné d'entretenir des intelligences avec les Sarrasins d'Espagne & d'avoir voulu se rendre indépendant dans son gouvernement par le secours de ces infidèles.
Peu de temps après ^ cette proscription, l'empereur rompit la paix avec les Sarrasins, 8<. la guerre se ralluma dans la Marche d'Espagne. Elle continua l'année suivante que les comtes françois qui commandoient sur cette frontière eurent ordre de se mettre de bonne heure en campagne & d'aller faire le dégât dans le pays ennemi. C'est tout ce que nous savons de cette guerre à laquelle les intelligences que Béra pouvoit avoir pratiquées avec les infidèles, 8c dont on voulut prévenir les suites, donnèrent peut-être occasion.
XCVI. — Oliba, comte de Carcassonne. — Bérenger, comte du Vêlai. Arnaud, comte de Bé-^îers. — Agilbert, vîdame ou vicomte de Narbonne.
Divers monumens de ce temps-là nous font connoître quelques comtes de la Province. Il est fait mention 3, dans une charte datée de la septième année de l'empire de Louis le Débonnaire, du comte Oliba qui, conjointement avec Elmetrude, son épouse, prit en engagement pour vingt-deux ans, d'Adalaric, abbé, 8c des religieux de la Grasse un domaine appelé Favarias^, situé dans le val d'Aigne 8c le diocèse de Carcassonne. Oliba en avoit fait donation auparavant à cette abbaye. I/a charte est souscrite par ce comte 8c Elmetrude, son épouse, 8c par Arnulfe &c Louis qui étoient peut-être leurs enfans^. Nous ne doutons 15 pas qu'Oliba n'ait été comte de Carcassonne; la charte dont il s'agit, 8c quelques autres monumens dont nous parlerons dans la suite, semblent le prouver. Nous voyons' d'ailleurs que vers la fin du règne de Charles le Chauve il y avoit certainement un comte de Carcassonne de ce nom, qui étoit, à ce qu'il paroît, son petit-fils 8. Un^ historien moderne met encore un autre Oliba, comte de Carcassonne, sous le règne de Charles le Simple; mais il confond ce comte avec le mari d'Elmeîrude dont nous venons de parler. Il y a lieu de croire que ce dernier est le même que le comte Oliba dont il est
' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 14 & suiv. l'original conservé aux archives de l'Aude. Les
" Éginhard, Annales, p. 263 & seq. — L'Astro- noms d'Arnulfe & de Louis qui y figurent sont
nome, f^ie de Louis le Déhonnaire, p. Zoi. tout simplement ceux de deux des témoins de
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, l'acte, & l'ordre des témoins est différent de celui
n. XXXVI. qui avait été observé dans la copie employée par
^ Aujourd'hui f'avers, dans l'arrondissement de les Bénédictins. [E. M.]
Carcassonne. [A. M.] '^ Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 101 Scsuiv.
= La copie, fort défectueuse, de la charte d'Oliba ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
& d'Elmetrude dont se sont servis les Bénédictins n. CVII.
leur a fait émettre cette conjecture que l'on ne sau- * Ou plutôt son fils. — Voyez la Note adJition.-
rait accepter. Nous avons réimprimé cet acte dans nelle à la Note LXXXVII, n"" 7 8c 14. [A. M.]
les Preuves du tome II de cette édition, d'après ' Mahillon, Annales, ad ann. 890, n. 55.
An 82
fait mention dans une charte' de Pépin I, roi d'Aquitaine, de l'an 838, en faveur de l'abbaye de la Grasse, 8c qui avoit été auparavant envoyé de Louis le Débonnaire dans la Septimanie, conjointement avec Hélisachar. Celui-ci est sans doute le même que le chancelier de France de ce nom qui fut abbé de Saint-Riquier. Ces deux commissaires réglèrent les limites de quelques dépendances de la même abbaye.
Bérenger, comte de Vêlai, dont il est parlé dans une^ charte de Pépin II, roi d'Aquitaine, vivoit vers le même temps. Ce comte qui, à ce qu'il paroît, avoit rétabli l'abbaye de Saint-Chaffre dans le même pays, en fit donation à t^i;p"|9o. Louis le Débonnaire. Ce prince la remit ensuite libre & indépendante à Badon qui en étoit abbé.
Nous avons déjà remarqué, à l'occasion de Cixilane, vidame (yicedomtnus'^) de Narbonne, que ce titre répondoit ordinairement, .sous la seconde race de nos rois, à celui de vicomte, ce qui dura jusque vers la fin du règne de Louis le Débonnaire que ce dernier titre fut en usage'*. Il est fait mention'', dans un ancien monument daté de la huitième année de l'empire de ce prince, d'un ÂnTTi autre vidame de ce pays, nommé Agilbert, qui adjugea dans un plaid à Jean, abbé, 8c au monastère de Cannes certains biens qu'on leur disputoit 8c qui étoient situés dans l'île de Lee, au territoire de Narbonne, entre la mer Si les étangs. Ce vidame admit la preuve par témoins, qui firent leur serment à Narbonne dans l'église de saint Julien, martyr, conformément à l'usage de ces siècles qui étoit de jurer devant ou sur les relic[ues des saints 6.
Enfin une charte ■' de Louis le Débonnaire, datée du mois d'août de la neuvième année de son empire ou de l'an 822, fait mention d'un Arnaud, comte, qui devoit avoir été gouverneur du diocèse de Béziers. Ce comte avoit fait donation à Benoît, abbé, 8c au monastère' d'Aniane du lieu de Cencian 8c de quelques autres biens situés dans ce diocèse 8, qui avoient appartenu au domaine de la couronne 8c qui y furent réunis après son décès par les envoyés du prince. Benoît en fut informé 8c eut recours à l'empereur, qui confirma l'abbaye d'Aniane dans la possession de ces terres, ce qui prouve que le comte Arnaud étoit déjà décédé dans le temps que cette charte fut donnée.
XCVII. — Mort de saint Benoit d'Aniane. — Saint Ardon ou Smaragde, son disciple. — Stahilis, évêque de Maguelonne.
Le soin que prenoit Benoît ' de s'employer pour les pauvres 8c les affligés, mais surtout pour les ecclésiastiques, dont il étoit le principal soutien auprès
■ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, " Voyez la note du présent livre, au chapitre xi,
n. LUI. page 884. [A. M.]
' liij. n. LXIX. ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
' Marca Hispanica, p. 779 & seq. n. XLI.
* Sur cette opinion de dom Vaissete, voyez une ' liiJ.
des notes du livre précédent, au chapitre xcxiv, ' Ki'ta S. Benedicti Anianensis, p. 214 & se«.
pages 867 & suiv. [A. M.] Mabillon, ad ann. 82 1 , n. 6 & seq. — Le Cointe,
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, Annales ecclesiastici Francorum, ad ann. 821. n. XXXV.
An 82
de l'empereur, l'engageoit à taire de fréquens voyages à Aix-la-Chapelle à la cour de ce prince. Ce saint abbé y étoit actuellement pour des affaires de cette nature quand il fut attaqué de la fièvre un jeudi, septième de février de l'an 821. Son âge déjà, avancé & son corps affoibli par les austérités lui faisant comprendre que son terme n'étoit pas éloigné, il se fit d'abord transporter a l'hospice que le monastère d'Inde, dont il étoit abbé, avoit fait construire à Aix-la-Chapelle. L'empereur, qui l'aimoit comme son père & qui le regardoit comme son meilleur conseil, & tous les seigneurs de la cour qui respectoient sa vertu craignirent également de le perdre & l'allèrent visiter en foule. Comme il témoigna qu'il souhaitoit de mourir au milieu de ses frères, Louis le fit transporter à Inde, éloigné de six milles d'Aix-la-Chapelle. L'abbé Hélisachar, alors chancelier de France & son intime ami, l'accompagna dans ce raonastè-re & ne le quitta point pendant tout le temps de sa maladie.
Le premier soin de Benoît, après son arrivée à Inde, fut d'appeler auprès de lui toute la communauté, qu'il exhorta par un discours pathétique à persévérer dans l'amour de la vertu 8c dans l'exacte pratique de la règle. Il avoua dans son discours que depuis quarante-huit ans qu'il étoit religieux, il n'avoit jamais mangé sans mêler son pain avec ses larmes. Ce pieux abbé voulant ensuite profiter des derniers momens qui lui restoient pour affermir la réforme qu'il avoit établie, écrivit une lettre commune aux religieux des douze monastères qui le reconnoissoient pour leur premier supérieur. Si les exhorta à ne jamais abandonner la. vie austère qu'ils avoient embrassée. Il écrivit aussi à l'empereur, à l'abbé & aux religieux d'Aniane, & à Nébridius, archevêque de Narbonne, son intime ami. Ces deux dernières lettres nous restent encore. Dans celle qu'il adressa à Nébridiu^, Benoît se recommande k ses prières Si à celles de son monastère, qui est sans doute celui de la Grasse dont ce prélat avoit été abbé avant que d'être élevé sur le siège épiscopal de Narbonne. Il le prie ensuite de protéger les religieux d'Aniane Si de veiller sur leur conduite.
Le saint abbé, dans la lettre qu'il écrivit à ces derniers, les met sous la protection de l'abbé Hélisachar, chancelier de France, son ami. Il les exhorte à vivre toujours dans une exacte régularité, dans l'union Si dans la charité, à regarder comme leurs frères tous les religieux d'Aniane qu'il avoit emmenés avec lui ou qu'il avoit envo)'és dans d'autres monastères, mais surtout ceux de l'abbaye d'Inde, Si à secourir, autant qu'ils pourroient, Modarius, alors abbé i:j. origin. de Saint-Thibéry. Enfin Benoît, sentant diminuer ses forces, se mit en prières Si rendit son âme à Dieu, âgé de soixante-dix ans, le onzième jour de février, 81 le cinquième de sa maladie, en prononçant ces paroles du prophète-roi : Seigneur \ traltei^ votre serviteur selon votre miséricorde. Ardon ou Smaragde, auteur de sa Vie Si son disciple, assure que dans le temps qu'il expira, Stabilis, évoque de Maguelonne, quoique éloigné de plus de deux cents lieues, eut
' Psaume cxvm, verset 149*
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX. çôS
révélation de sa mort, ce qui prouve qu'Argémire, prédécesseur de ce prélat, étoit alors déjà décédé.
Les religieux d'Inde ensevelirent Benoît, leur abbé, le lendemain de sa mort Si mirent son corps, trois jours après, dans un cercueil de pierre que l'empereur lui avoit fait préparer. Outre le soin de ses funérailles, ils prirent encore celui de faire connoître ses vertus dans une relation de sa mort qu'ils adressèrent à tous les monastères de France. Ils en écrivirent une particulière à Ardon ou Smaragde, religieux d'Aniane, dont nous venons de parler, & dont cette abbaye honore' la sainteté par un culte public. Telle fut la fin édifiante de Benoît d'Aniane, l'un des plus saints personnages de l'Ëglise de France, dont l'empereur Louis le Débonnaire respecta toujours la vertu, 8t dont les plus grands hommes^ du siècle de Charlemagne, comme Alcuin, Théodulfe, évêque d'Orléans, Leydrade, archevêque de Lyon, & un grand nombre d'autres recherchèrent l'amitié. Il eut la gloire d'être le réformateur 8t le plus ferme appui de l'état monastique en France 8c d'être, après le saint patriarche dont il portoit le nom, une des plus grandes lumières & un des plus illustres ornemens de son ordre. Il rétablit, de son vivant, dans un grand nombre de monastères, la discipline régulière que le malheur des temps avoit extrêmement affoiblie, & donna occasion, après sa mort, aux réformes qui furent introduites dans la suite, entre autres à celle de Cluny. Nous savons, en effet, que saint Odon^, abbé de ce monastère, se servit pour rétablir l'observance régulière des ouvrages d'un abbé appelé Heutîcius, nom qui, selon la prononciation, est le même que celui de Witiza que portoit Benoît. Il est d'ailleurs certain que les us Si coutumes que ce dernier dressa pour les monastères de sa dépendance sont les mêmes que ceux de Cluny. On ne peut donc lui refuser la gloire d'être le premier auteur de la réforme que ce célèbre monastère établit depuis dans une infinité d'autres, en différentes parties de l'Europe. *
Il nous reste de ce saint abbé plusieurs autres ouvrages, qu'on doit regarder comme autant de monumens de sa piété Si de son érudition. Les principaux sont sa Concorde des règles 8i son Traité de la manière de bien vivre, tiré des écrits des saints pères, Si dédié à l'empereur Charlemagne ou Louis le Débonnaire. Il composa aussi plusieurs opuscules théologiques ou ascétiques dont la plupart ont été insérés dans différentes collections. Sa sainteté fut reconnue Si honorée d'un culte public dans plusieurs églises Si monastères du royaume, peu de temps après sa mort.
XCVIII. — Lettre de l'empereur Louis le Débonnaire aux religieux d'Aniane. — Tructesinde, abbé de ce monastère.
Nébridius, archevêque de Narbonne, exécuta fidèlement les dernières volontés de Benoît Si prit, comme il le lui avoit recommandé, l'abbaye
' Acîa sanctorum ordinis sancti Bcncd'tct'i, saec. 4, ' Acta sanctorum ordints sancti Bénédictin ut sufr:t.
part. I, p. 53.; & seq. ' yita S. Odonis, 1. 1 , p. 23 & seq.
d'Aniane sous sa protection'. Georges, successeur de ce saint abbé dans ce
monastère, étant mort à la fin de la même année ou au commencement de
la suivante, il présida, conjointement avec Agobard, archevêque de Lyon, à
l'élection d'un nouvel abbé. Tructesinde, religieux de la maison, ayant été
élu d'un consentement unanime, Agobard partit ensuite pour la cour & en
informa l'empereur qui approuva l'élection. Ce prince écrivit alors au nouvel
abbé, aux religieux d'Aniane & à ceux de Gellone ou de Saint-Guillem, une
lettre commune dans laquelle il leur donne de grands témoignages de son
affection & de sa bienveillance, & fait voir combien le souvenir de Benoît
lui étoit précieux. Il exhorte Tructesinde à se conduire avec modération &
avec sagesse. Se ses religieux à garder l'observance régulière Se à entretenir
l'union fraternelle ; il leur promet sa protection impériale & confirme pour
l'avenir la liberté qu'ils avoient d'élire leur abbé. Comme cette lettre étoit
adressée aux religieux d'Aniane 8t de Gellone, il y a lieu de croire que ceux
Éd.origin. jg (;g Jernier monastère concouroient à l'élection des abbés d'Aniane dont ils 1. 1, p. 492.
dépendoient alors ^.
Tructesinde se rendit bientôt après lui-même à Aix-la-Chapelle à la cour de l'empereur, où il obtint 3 de ce prince, le 19 du mois de mars, la neuvième année de son empire, un diplôme en faveur de son monastère, dont les officiers du roi violoient souvent l'immunité & méprisoient la sauvegarde, sous prétexte que cette immunité devoit se borner aux seules églises & à la clôture régulière & ne regardoit pas ses dépendances. Louis déclare que ce privilège devoit s'étendre sans distinction sur toutes les personnes 81 les biens de l'abbaye d'Aniane, de quelque nature qu'ils fussent, & que les infracteurs seroient punis suivant la loi du pays. Il veut que cette ordonnance soit exécutée dans toute l'étendue de la Septimanie, de la Provence 8t de l'Aquitaine où ces biens étoient situés. La distinction que fait ce diplôme de la Septimanie d'avec l'Aquitaine est une nouvelle preuve que cette première province avoit été séparée du royaume d'Aquitaine par le partage de l'an 817.
Le jour suivant, l'empereur accorda un autre diplôme "> au même abbé pour confirmer l'abbaye d'Aniane dans la possession de tous ses biens & de ses dépendances que ce prince déclare exempts de toutes charges, 8<. en particulier le fief de Cette, dans le pays ou comté d'Agde, les salines situées dans le comté de Narbonne, à l'endroit appelé Ad signa, dont le comte Leibulfe, son envoyé (missus), avoit marqué autrefois les bornes, le monastère de Saint- Martin d'Arles, &C. Louis ordonne en même temps que le monastère de Gellone demeurera toujours soumis à celui d'Aniane. Il est vraisemblable que le lieu appelé Ad signa, dont. nous venons de parler, est le même qu'on
• Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, nous avons affaire là à' une interpolation inté-
n. XXXVIII. ressée du copiste du cartulaire. [A. M.]
' La lettre de Louis le Débonnaire étant tirée ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
du cartulaire d'Aniane, & rien dans son texte n. XXXIX.
n'indiquant qu'elle ait été envoyée aux moines de * Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
Gellone sauf la suscription, on peut croire que n. XL.
nomme aujourd'hui Sigean, dans le diocèse de Narbonne, sur la côte de la mer, au voisinage d'un étang de même nom'. Nous avons parlé ailleurs du comte Leibulfe qui, à ce qu'il paroît, étoit comte de Narbonne en 812. Nous aurons occasion de parler bientôt d'un comte d'Arles de ce nom qui est peutêtre le même que le précédent, & qui peut avoir passé successivement du comté de Narbonne à celui d'Arles. Le comte particulier de cette dernière ville étoit en même temps duc^ de Provence^.
L'empereur confirma au mois d'août suivant, en faveur du même Tructesinde, abbé d'Aniane, la donation du lieu de Cencian, qu'Arnaud, comte de Béziers, avoit faite à ce monastère.
XCIX. — La guerre se renouvelle contre les Sarrasins. — Mariage de Pépin I, roi d'Aquitaine.
Ce prince tenoit alors la diète de la nation au palais d'Attigny, sur la rivière d'Aisne"*, où il apprit le progrès des armes des comtes de la Marche d'Espagne, qui, après avoir passé la Sègre, avoient pénétré dans le pays des Sarrasins, qu'on appeloit Espagne Intérieure, y avoit fait le dégât, mis le feu à plusieurs villes ou lieux du pays, & s'étoient enfin retirés chargés d'un riche butin. Un de nos historiens^ modernes ajoute que les François entreprirent cette excursion pour user de représailles contre ces infidèles, qui, à ce qu'il prétend, avoient repris Barcelone; mais il ne paroît pas que ces derniers aient fait aucune tentative pour se rendre maîtres de cette place qui demeura "5 sous la domination françoise sans interruption, depuis la conquête que Louis en avoit faite en 801.
Pépin, roi d'Aquitaine, assista à la diète'' d'Attigny. L'empereur, son père, avant que de le renvoyer dans ses États, lui fit épouser Ingeltrude, fille de Théodebert ou Thiétbert, comte de Madrie, en Neustrie. Quelques généalogistes prétendent que ce comte étoit père d'Odon ou Eudes, comte d'Orléans, & du comte Robert le Fort^, dont l'auguste maison royale de France aujourd'hui régnante tire son origine. Pépin, après la célébration de ses noces, partit pour l'Aquitaine à la fin de cette assemblée.
Nous ignorons la suite 8c le succès des expéditions des François durant la guerre que l'empereur avoit renouvelée sur la frontière d'Espagne contre les
' Cette étymologie n'est pas admissible. [A. M.] ' Le P. Daniel, Histoire de France, t. i, p. 58i.
* Annales Bertiniani , p. loi. — Annales Met- " Marca Hispanica, c. Soy.
tenses, p. 3o2. ' Eginhard, Annales, p. ï6.5. — L'Astronome,
' Le comte Leibulfe fut comte d'Agde & de Bé- Vie de Louis le Débonnaire, p. 3o2. — Annales
ziers 8c non pas de Narbonne. II fut préposé par Bertiniani, p. 179.
Louis le Débonnaire au commandement de la ' Mabillon, .i<naaZfs, ad ann. 829, n. 33. —
flotte qui défendait les côtes de la Septimanie. — Acta sanctorum ordinis sancti Benedieti, saec. 4,
Voyez son testament, au tome II, Preuves, & la part. 2, p. 226. Translatio S. Genulphi. — La
tlote additionnelle à la tiote LXXXVII. [E. M.] Translation de saint Genou est l'oeuvre d'un faus-
* Eginhard, Annales, p. 205. — L'Astronome. saire, qui a écrit bien postérieurement à cette date. Vie de Louis le Débonnaire, p. 3c2. [A. M.]
An 82
An 824
An 824
Sarrasins jusques à l'an 824, que les comtes Ebles Si Asnarius', qui, à ce qu'il paroît, commandoient en Gascogne, passèrent les Pyrénées à la tête d'un grand corps de troupes; ils s'avancèrent jusi^ues à Pampelune poui; agir contre les Sarrasins, qui avoient repris cette place, ou plutôt contre les natu- Éd. origin. j-gjg j,j pays qui, d'intelligcncc avec ces infidèles, la leur avoient livrée & avoient secoué le joug des François. Ces deux généraux revenoient triomphans de cette expédition, quand ils se virent tout à coup attaqués dans les défilés par un gros de montagnards ou Gascons qui, selon leur coutume, s'étant mis en embuscade, tombèrent sur eux & les défirent entièrement. Presque toute l'armée Françoise fut taillée en pièces, & les deux comtes demeurèrent prisonniers. Les Gascons envoyèrent Ebles à Cordoue & le livrèrent au roi des Sarrasins ; mais ils donnèrent la liberté à Asnarius, parce qu'il était leur parent ou leur proche allié. Il paroît, en effet ^, par un ancien monument, que ce comte avoiî donné sa fille en mariage à Wandrille, comte des Marches d'Espagne, qui descendoit du fameux Eudes, duc d'Aquitaine, &, par lui, des ducs héréditaires de Gascogne dont nous avons parlé ailleurs. Asnarius 3 avoit été'* établi comte de Jaca, en Aragon, depuis la prise de cette place sur les Sarrasins. Nous verrons ailleurs qu'ayant rendu dans la suite sa fidélité suspecte, il fut privé de ses dignités.
C. — Le roi Pépin marche contre les Bretons révoltées. — Mariage de Bernard,
duc de Septimanie.
Dans le temps de l'expédition dont nous venons de parler, Pépin étoit retourné auprès de l'empereur, son père, qui, dans une diète qu'il tint à Compiègne, résolut de faire la guerre aux Bretons^ qui s'étoient révoltés. Mais l'extrême disette de vivres qu'on souffroit alors en France l'obligea de différer cette entreprise jusques au commencement de l'automne qu'il se mit en marche. A son arrivée à Rennes, il partagea son armée en trois corps. Il prit le commandement du premier, & mit à la tête des deux autres les rois d'Aquitaine & de Bavière, ses fils; cette expédition ne dura que quarante jours ; elle fut fatale aux Bretons, dont le pays fut entièrement désolé, & qui se virent obligés de se soumettre & de donner des otages. L'empereur partit ensuite pour Rouen, où il alla joindre l'impératrice Judith, qu'il avoit épousée cinq ans auparavant, un an après le décès d'Ermengarde, sa première épouse.
Nous avons lieu de croire que Bernard, duc de Septimanie, fut employé à l'expédition de Bretagne; il est du moins certain qu'il étoit à la suite de
■ Éginhard, Annales, p. 268. — L'Astronome, descendant du duc Eudes. Tout ce que rapportent
Vie de Louis le Débonnaire, p. 3o3. ici les Bénédictins est emprunté à la charte d'Alaon
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, & ne peut s'appuyer sur aucune autre source, n. LXVII. [E. M.]
Hf ' Tous ces détails sont faux. Il n'y eut point de ■• Oïhenart, Notitia utriusijue Vasconiae , p. 365
comte Asinarius ou Asnarius d'origine gasconne, & seq. ni de Wandrille, comte des Marches d'Espagne, ^ Eginhard, Annales, p. 268.
■' ' An 824
l'empereur le premier de juillet de cette année, car il épousa ' alors à Aix-la- Chapelle Dodane, qui, quoique d'une haute naissance, n'étoit point^ cependant, comme on l'a cru, sœur de ce prince^.
CI. — Échange du lieu d'Argence entre le comte Leibulfe &• l'église d'Arles.
L'empereur confirma, le 3 de janvier de l'année suivante, à Aix-la-Chapelle ÂiTsIT" où il étoit déjà retourné, un échange fait entre Nothon, archevêque, & Leibulfe, comte d'Arles. Ce dernier"* lui avoit tait demander par Hilduin, archichapelain ou grand aumônier Se abbé de Saint-Denis, la permission d'échanger des terres qu'il possédoit en bénéfice dans le diocèse d'Arles contre d'autres que Nothon & son clergé lui offroient dans le même pays. Louis ayant accordé cette permission, l'archevêque convint avec le comte S<. lui céda-', au nom de son église, plusieurs terres situées dans une île du Rhône au voisinage d'Arles, qui est sans doute la même que la Camargue. Leibulfe céda de sa part divers biens qu'il possédoit à la droite de ce fleuve du côté de la Septimanie, dans le même diocèse, entre autres le lieu d'Argence avec l'église 6» trois autels. C'est de cet échange que tire son origine, à ce qu'il paroît, la seigneurie qu'eut autrefois l'église d'Arles sur la ville de Beaucaire & sur le lieu d'ArgencCj en Languedoc.
CIL — Amélius, évêque d'V-^ès. — Fondation de l'abbaye de Saint-Chinian.
Cet acte d'échange, que l'empereur confirma par un diplôme, nous donne lieu de remarquer que les séculiers possédoient alors des églises, £<. qu'ils en disposoient à leur gré'^. Cet usage est encore prouvé par une charte'', datée dix-huit mois auparavant, par laquelle Raynald , frère d'Amélius, évêque d'Uzès, donne, de concert avec sa femme Agilburge, à l'église cathédrale de Saint-Théodorit de cette ville diverses terres qui leur appartenoient en propre dans les comtés d'Agde 6- d'U-^ès^^ ce qui fait voir que ce dernier diocèse for-
■ Acta sanctorum ordinis sancti Benedictij idée. 4, usurpation des biens de l'Église se développa d'une
part. I, p. •jbo, Manuale Dodanae. manière surprenante; on sait que les Caroiin-
' Marca Hispanica, c. 349. giens essayèrent d'y remédier en la régularisant,
' Le fait pourtant semble à peu près certain. — mais ni Pépin, ni Charlemagne ne purent réparer
Voyez à ce sujet, au tome II, l'addition à la tous les dommages causés à l'Église, 8c bon nombre
Note LXXXVII, n. 2. [A. M.| d'églises restèrent encore entre les mains des laï-
* Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ques; la féodalité ne fit qu'aggraver cette situa-
n. XLIII. tien. [A. M.]
' L'acte d'échange, visé par ce diplôme, avait ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
été copié dans le cartulaire de Lérins; il est anté- n. XLII.
rieur au diplôme & daté du 7 novembre 824. On " La charte de Raynald, frère d'Amélius, évêque
trouvera le texte de ce document, resté jusqu'ici d'Uzès, dont nous parlons dans cet endroit, que
inédit, parmi les Preuves du tome II, n. 65, nous avons donnée dans ce volume (p. 61 & seq.i
col. 148 & suiv. [E. M.] & qui est datée de la dixième année de l'empereur
" Ce fait est tellement connu qu'il n'a plus be- Louis [anno x régnante Ludovico imperatore), a été
soin aujourd'hui d'être signalé; ce fut, semble- donnée évidemment sous l'épiscopat d'Amélius I,
t-il, dans le courant du huitième siècle que cette évêque d'Uzès, qui vivoit au commencement du
An 826
moit alors un comté particulier, quoique nous n'ayons aucune connoissance certaine de ses comtes ou gouverneurs sous la seconde race de nos rois. Raynald donne entre autres à la cathédrale de Saint-Théodorit l'église de Saint- Martin de Caux dans le comté d'Agde avec les dîmes. La qualité qu'il prend de frère de l'évêque d'Uzès, & les grands biens qu'il possédoit alors dans ce ui'^l"l'g,l diocèse 8c dans celui d'Agde, pourroient nous faire conjecturer qu'il étoit comte de l'un ou l'autre de ces deux pays. Au reste, le comte Leibulfe Si Odde, sa femme, donnèrent' dans la suite les biens qu'ils avoient reçus en échange de l'église d'Arles aux monastères de Lérins & d'Aniane.
Durand, diacre & notaire, qui expédia 8c souscrivit le diplôme de Louis le Débonnaire dont nous venons de parler, est peut-être le même que l'abbé de ce nom qui fonda vers le même temps l'abbaye de Saint-Chinian, située dans l'ancien diocèse de Narbonne, 8c aujourd'hui dans celui de Saint-Pons. Ce dernier fonda ^ ce monastère dans un lieu appelé Holotian, dans le pays 81C sur la rivière de Vernosoubre, au diocèse de Narbonne, qu'il avoit obtenu de la libéralité de Louis le Débonnaire. Il fit dédier l'église sous l'invocation de saint Anian, évêque d'Orléans, le pourvut de toutes les choses nécessaires, lui donna pour abbé un nommé Woïca, en fit ensuite donation à l'empereur 8c supplia ce prince de vouloir le mettre sous la même sauvegarde qu'il accordoit aux monastères de fondation royale. Louis accepta la donation 8c confirma la fondation de cette abbaye par un diplôme daté de Kiersi-sur-Oise, ÂïTsIô ^^ premier du mois d'août de l'an 826. Par cette charte, qui fut expédiée au nom des empereurs Louis 8c Lothaire, son fils, ces deux princes déclarent ce monastère exempt de toutes charges 8c assurent aux religieux la liberté de l'élection des abbés. Le nom de Lothaire, joint à celui de Louis le Débonnaire dans cette charte, de même que dans quelques autres pour des lieux de la Septimanie, est une nouvelle preuve que cette province étoit alors séparée du royaume d'Aquitaine 8c qu'elle n'étoit point du partage de Pépin, mais plutôt de celui de Lothaire, à qui elle étoit destinée après la mort de l'empereur, son père.
L'abbaye de Saint-Anian ou de Saint-Chinian, selon le langage du pays, subsiste encore de nos jours. Elle est située dans un agréable vallon, près d'une petite ville du même nom qui est une des plus considérables du diocèse de Saint-Pons Se qui lui doit son origine. Cette abbaye est entre les villes de Saint-Pons Se de Narbonne, à cinq lieues de celle-ci 8c à deux de l'autre. Nous^ avons parlé ailleurs de l'abbaye de Saint-Laurent, située dans le voisinage, qui lui fut unie dans la suite, 8c avec laquelle quelques-uns la confondent mal à propos.
dixième siècle. Ainsi elle appartient à l'an 91 1 ou saec. 4, part, i, p. 224, & Annales, ad ann. 828,
à la dixième année du règne de Fempereur Louis n. 22. — Voyez tome II, Preuves ^ Chartes &
l'Aveugle, qui dominoit, en effet, sur le diocèse Diplômes, n. LU,
d'Uaès. (Voyez tome II de cette Histoire, Preuves, ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
• p. 3o, 3i , 43, &c.) [Note ajoutée par dom Vaissete n. XLIV. — M.ah\\\on, Annales , ad ann. 826,
au tome V de son édition, p. 672, c. 2.] n. -j-j.
' Mabillon, Acta sanctorum ordinis S. Benedicti, ' Voyez tome II, 7/oIe LXXXIX.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX. 969 ^^ g^^
cm. — Fondation du monastère de la Canourgue. — Saint Frodoald,
évêqiie de Mende.
On pourroit rapporter au même temps la fondation du monastère de la Canourgue, dans le Gévaudan, si nous pouvions nous appuyer sur l'autorité des actes de saint Frodoald, évêque de ce pays. On prétend' que ce prélat vivoit sous l'empire de Louis le Débonnaire, qu'il retira par sa prédication une partie de ses diocésains des superstitions païennes dans lesquelles ils étoient plongés; & qu'ayant été assassiné S<. tué le 4 de septembre par une troupe de scélérats, dont un de ses neveux étoit le chef, il fut inhumé dans une église voisine du château de la Canourgue, & transféré peu de temps après dans un monastère de l'ordre de Saint-Benoît qui fut fondé dans le même lieu. Ce monastère, dédié sous le nom de saint Martin, dépendit depuis de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, à laquelle il est encore soumis sous le titre de prieuré conventuel.
CIV. — Révolte d'Ai-^on ô» d'une par'tie de la Marche d'Espagne.
L'empereur ayant eu avis qu'il s'élevoit quelques mouvemens sur la frontière d'Espagne Se que les Sarrasins méditoient de faire une irruption dans cette province & dans la Septimanie, convoqua^ à Aix-la-Chapelle, au commencement de l'an 826, une diète à laquelle il appela le roi d'Aquitaine, son fils, avec les principaux seigneurs de ce royaume 6c les comtes ou marquis préposés à la garde de la Marche d'Espagne, pour délibérer sur les moyens de prévenir les préparatifs des infidèles. Après l'assemblée, Pépin eut ordre de l'empereur, son père, de retourner dans ses Etats où il passa l'été pour être plus à portée de veiller sur cette frontière.
On soupçonnoit quelques seigneurs du pays d'avoir des intelligences avec les Sarrasins. Le principal étoit un Goth^, nommé Aïzon, natif de la Marche d'Espagne ou de la Septimanie, ((u'on croit ^ avoir eu part à la conjuration qui avoit fait proscrire, six ans auparavant, Kéra , comte de Barcelone. L'empereur, pour l'empêcher de remuer, l'avoit fait venir dans son palais d'Aix-la-Chapelle où il faisoit observer toutes ses démarches; mais ce seigneur craignant sans doute qu'on n'eût découvert ses intrigues, trouva moyen de s'évader; il disparut tout à coup peu de temps après la diète d'Aix-la-Chapelle, Si lorsqu'on y pensoit le moins; il arriva à grandes journées à Ausone, dans ^Ed.oiigin. la Marche d'Espagne, Si se rendit maître de cette ville par surprise. Il attaqua ensuite, prit Si rasa une ville voisine, appelée Roda, qu'un historien ' moderne confond avec celle de Roses, sur la cote, 61 se mit en état de tenir la campagne.
' De la Saussaye, Supplementum martyrolo^'t'! notne, Vis de Louis le DchonnjLire, p. Wo^ 8t suiv.
Galltcani. — Le Cointe, ad ann. 83i, n. 26. — ' Annales Fuldenses, p. 545.
Gallia Ckristiana, nov. edit. t. 1 , p. 88. ' Marca Hispjnica, c. 3o8.
' Eginhard, Annales, p. 269 & seq. — L'Astre- ' Le P. Daniel, Histoire Je France, t. 1, p. 6512.
An 826 ''
CV. — Bernard., duc de Septimanie , s'oppose aux progrès d'Ai-^on.
Sur les premiers avis de la défection d'Aïzon, les comtes qui commandoient sur cette frontière, après avoir rassemblé tout ce qu'ils purent de troupes, se mirent en marche pour le combattre ; mais ce rebelle, se trouvant beaucoup plus fort, leur tint tête 5c emporta, malgré eux, divers châteaux du pays, qu'il fit fortifier, 8c dont il donna la garde à des personnes qui lui étoient affidées. Comme il prévoyoit cependant qu'il succomberoit tôt ou tard, s'il n'étoit puissamment secouru, il dépêcha en diligence son frère à Cordoue pour engager Abdérame, roi des Sarrasins, à lui envoyer un renfort. Ce prince fit marcher aussitôt un grand corps de troupes vers la Marche d'Espagne, avec ordre de se joindre aux rebelles.
L'empereur étoit au delà du Rhin lorsqu'il apprit la fuite Se la révolte d'Aïzon. Il résolut d'y remédier j mais, sous prétexte de prendre des mesures plus sûres, il différa à délibérer là-dessus jusques à la prochaine diète d'Ingelheim, qui devoit se tenir au mois d'octobre, ce qui donna le temps à ce rebelle de se fortifier 8c de recevoir le secours qu'Abdérame lui envoya. Il fut résolu à cette diète qu'en attendant qu'on pût faire marcher des troupes vers la Marche d'Espagne pour réduire les rebelles, on tenteroit de les gagner par la voie de la douceur. On fit partir dans cette vue l'abbé Hélisachar, chancelier de France, avec les comtes Hildebrand 8c Donat; mais tous les soins de ces envoyés pour ramener les factieux furent inutiles, Aïzon refusa de les écouter. Ce rebelle, qui avoit été joint par l'armée sarrasine, redoubla au contraire les hostilités. Il harcela sans cesse Bernard, duc de Septimanie 8c comte de Barcelone, qui, avec les autres comtes du pays, s'étoit mis en état d'arrêter le progrès de ses armes ; ses forces étant beaucoup supérieures aux leurs, il remporta divers avantages sur eux 8c prit encore quelques châteaux du pays, malgré tous leurs efforts.
Aïzon étoit d'autant plus fier, qu'il avoit été joint par Willemond, fils du comte Béra, qui entraîna avec lui plusieurs seigneurs de la Septimanie ou de la Marche d'Espagne, mécontens sans doute de la proscription de son père ou complices de sa conjuration. Il paroît, en effet, par une ancienne' charte qu'Étilius, autre fils de ce comte 8c plusieurs seigneurs du diocèse de Carcassonne s'unirent aux rebelles 8c s'attirèrent, par cette démarche, la confiscation des terres qu'ils possédoient dans ce diocèse 8c dans le reste de la Gothie^. Les conjurés, profitant de leur supériorité, n'épargnoient dans leurs courses ni le sacré ni le profane 8c portoient partout le fer 8c le feu, en sorte que les envoyés de l'empereur trouvèrent, à leur arrivée sur la frontière, la Cer-
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, En effet, la charte est de 870, & à ce moment les
n. CVII. — Baluze, Nctae In Capitularih, t. 2, terres confisquées étaient encore entre les mains de
c. 1286. Charles le Chauve, qui les donna au comte de
' Rien ne prouve que cette confiscation ait eu Carcassonne, Oliba. — Voir au tome II, Preuves,
pour cause la participation à la révolte d'Aïzon. ad ann. 870. [A. M.]
J I An 826
dagne avec tout le pays de Vallès, qui faisoit partie du diocèse de Barcelone, entièrement ruinée par leurs courses.
Hélisachar & ses collègues, désespérant de pouvoir rédtiire Âïzon par des voies de douceur, firent tous leurs efforts pour arrêter du moins le progrès de sa rébellion. Ils gagnèrent d'abord les Goths Si les Espagnols du pays, qui étoient demeurés fidèles, mais qui étoient sur le point de se déclarer pour ce seigneur. Ils les engagèrent même à prendre les armes contre lui &, en ayant ^n 827 formé un corps assez considérable, ils se joignirent au duc Bernard Se tâchèrent de tenir les rebelles en respect jusques à l'arrivée de l'armée françoise, à qui l'empereur ordonna enfin de se mettre en marche.
CVI. — Les comtes Hugues &• Matfred marchent, sous les ordres du roi Pépin, au secours de Bernard, contre les rebelles de la Marche d'Espagne.
Aïzon, informé de ces ordres, prit de son côté des mesures pour être en état de résister à cette armée. Il se rendit en diligence à Cordoue Se obtint du roi Abdérame un nouveau renfort de ses meilleures troupes, parmi lesquelles il y avoit une partie de sa garde. Ce prince donna le commandement de ce corps d'armée à Abumarvan, son proche parent. Aïzon, appuyé d'un si puissant secours, s'avança à grandes journées vers la Marche d'Espagne, passa l'Èbre, pénétra dans le pays soumis aux François, ravagea sans obstacle, Se avant l'arrivée de l'armée françoise, les environs de Barcelone Se de Girone, s'empara de toutes les places qui n'étoient pas fortifiées, y mit le feu, porta ("^t ""^oô partout la désolation Se se retira tranquillement à Saragosse, chargé de butin Se suivi d'un grand nombre de prisonniers. On crut avoir eu des présages de tous ces malheurs dans plusieurs phénomènes qui avoient paru dans le ciel durant la nuit, où l'on avoit prétendu voir, à la faveur d'une lumière qui sembloit teinte de sang Se qui brilloit dans l'air, deux armées qui se battoient l'une contre l'autre.
Pépin, roi d'Aquitaine', auroit préventi peut-être la désolation de la Marche d'Espagne, s'il avoit marcTié plus tôt au secours du duc Bernard, qui n'étoit pas en état, lui seul, de tenir tête aux rebelles Se aux Sarrasins unis ensemble. L'empereur avoit donné ordre à ce prince, qui avoit passé ^ l'hiver dans ses États, de se mettre à la tête de toutes les troupes d'Aquitaine Se de marcher au printemps contre Aïzon, pour tâcher de rompre ses desseins. Comme Pépin étoit encore jeune, l'empereur son père lui avoit envoyé en même temps deux généraux de réputation pour le diriger dans ses entreprises, savoir : le comte Hugues, beau-père de l'empereur Lothaire Se Matfred, comte d'Orléans, l'un de ses principaux ^ ministres Se son confident. Ces deux généraux, soit qu'ils ne fussent pas amis du duc de Septimanie Se
■ Éginhard, ^nnaîfs, p. 269 & seq. — L'Astro- ann. 827, n. 70. — Mabillon , Annales, ad nome, Vie Je Louis le Débonnaire, p. 3o4 & suiv. ann. 827, n. 10 & seq. ' Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, ad ' Agobard, Ep:st. p. 207.
An 827 ^ I
qu'ils fussent bien aises de le laisser dans l'embarras ou plutôt, comme les historiens le font entendre, qu'ils craignissent d'en venir aux mains avec les ennemis, retardèrent la marche de l'armée &. s'avancèrent fort lentement au secours de ce duc qui les attendoit avec impatience; en sorte qu'ils n'arrivèrent sur la frontière d'Espagne qu'après qu'Aïzon eut fait dans ce pays tous les ravages dont nous venons de parler, & qu'il se fut mis en sûreté au delà de la Sègre & de l'Ebre. Le duc Bernard, indigné de la conduite de ces deux généraux Se touché de voir une grande partie de son gouvernement ravagée par leur faute, en porta ses plaintes à la cour Si les accusa de lâcheté auprès de l'empereur. Les deux comtes en furent extrêmement piqués & conçurent dès lors une haine implacable contre lui, ce qui fut la source de tous les troubles qui arrivèrent depuis dans l'État 8c qui le mirent à deux doigts de sa perte.
CVIL — Agïlis, abbé de la Grasse.
Pépin arriva enfin dans la Marche d'Espagne avec l'armée d'Aquitaine. Il étoit campé, le 28 du mois' d'août, à Ausone, qu'Aïzon avoit sans doute abandonnée. Il accorda alors à Agilis, abbé de la Grasse, & à Oliba, comte de Carcassonne, qui servoit, selon les apparences, parmi ses troupes, la confirmation d'une donation que ce dernier avoit faite de quelques terres à ce monastère. On voit par là que le comté de Carcassonne faisoit partie du royaume d'Aquitaine & qu'il ne dépendoit plus de la Septimanie, qui en avoit été séparée en 817.
(3VIII. — Les généraux Hugues & Matfred destitués de leurs charges, à cause de leur lâcheté. — Fin de la guerre dans la Marche d'Espagne.
L'empereur tenoit actuellement à Compiègne la diète du royaume, au commencement du mois de septembre, lorsqu'il apprit que la Marche d'Espagne venoit d'être désolée par la négligence des comtes Hugues St Mattred. Il en témoigna^ beaucoup de chagrin & résolut de les punir suivant toute la rigueur des lois. En attendant qu'il fût mieux instruit de leur conduite, pour les juger avec connoissance de cause, il les rappela & pourvut à la sûreté de cette frontière où il envoya de nouveaux secours. Il fit ensuite citer les deux comtes à l'assemblée générale qu'il convoqua à Aix-la-Chapelle, au mois de février suivant. Hugues & Matfred, ayant comparu, furent convaincus d'avoir retardé par leur négligence & leur lâcheté'' la marche de l'armée
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ouvrage d'Adrcvald mérite quelque confiance comme
n. XLV. écrit vers 85o ; il n'en est pas de même des livres
' Églnhnrd, Annales, p. 269 & seq — L'Astro- 2 & 3 du même ouvrage, qui sont l'œuvre posténome. Vie de Louis le Débonnaire, p. 804 & suiv. rieure d'Aimoin & qui n'ont de valeur que pour — Adrevald, Miracula S. Benedicti, 1. p , c. 20. — les temps qui leur sont contemporains. [A. M.] Voyez BoUandistes, mars, t. 3, p. 3i i-3i6. — Cet ' Adf-evald, Miracula S. Benedicti, 1. 1, c. 20.
An 8;8
trançoise. La diète les condamna à être dépouillés de leurs dignités 8<. de leurs gouvernemens ', & elle leur eût fait souttrir la mort, si l'empereur par bonté ne leur eût accordé la vie.
Ce prince, sur l'avis qu'il eut au mois de juin suivant, pendant la diète ([u'il tenoit au delà du Rhin, des préparatifs des Sarrasins pour une nouvelle entreprise sur la Marche d'Espagne, fit incontinent partir Lothaire Si Pépin ses enfans, à la tête d'une puissante armée, pour aller au secours de cette frontière 8c prévenir les desseins des infidèles. Lothaire se mit en marche le premier &, en attendant des nouvelles de ce pays, il s'arrêta c(uelques jours à Lyon, où Pépin le joignit bientôt après. Ils ne continuèrent pas cependant leur marche, sur l'avis qu'ils reçurent que, quoique les Sarrasins eussent assemblé une armée formidable, ils n'osoient pourtant se mettre en campagne ni faire aucun mouvement. Lothaire reprit alors la route d'Aix-La-Chapelle Se Pépin celle d'Aquitaine. C'est ainsi que se termina cette guerre, excitée parla révolte d'Aïzon dont nous ignorons le sort. On conjecture' qu'il se maintint, sous la protection des Sarrasins, dans la possession de quelques châteaux de cette frontière, situés dans les comtés d'Ausone, de Manrèse 8c de Berga, parce c{ue ces places ne furent reprises sur ces infidèles que soixante ans après.
CIX. — Confirmation des privilèges des abbayes de Montolieu iS" de Saint-Hilaire par le roi Pépin.
Pépin, après son retour en Aquitaine, se rendit à l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, où Willafred, abbé de Mallast ou Montolieu, au diocèse de Carcassonne, fut le joindre pour lui demander^ la confirmation de la fondation de son monastère. Ce prince lui accorda sa demande avec la liberté aux religieux d'élire leurs abbés; il les confirma dans la possession de tous leurs biens 8c leur fit donation de deux villages voisins de l'abbaye, dont l'un, appelé Ville-Séguier {Villa Siguarii), lui donna son nom dans la suite. Cette charte, qui est datée de la quinzième année"* de l'empire de Louis le Débonnaire, Se de la quatorzième du règne de Pépin, fait voir, ainsi que plusieurs autres, que ce dernier prince régnoit en Aquitaine depuis l'an 814 8c que le comté ou diocèse de Carcassonne lui étoit soumis. Pépin accorda"', «vers le même temps, un pareil diplôme à Léonin, abbé du monastère de Saint-Hilaire, dans le même diocèse, avec la liberté aux religieux d'élire leurs abbés.
' C'est à partir de cette époque qu'on voit le ' Marca Hhpanica, c. 3 j r .
comte Matfred embrasser le parti de Lothaire ^ ^aluze^ Capituîana regum Francorum^AppcnJix,
contre Louis le Débonnaire & prendre part à t. i, c. 1428 & seq.
to.ites les entreprises faites contre le duc Bernard ' MabiUon, Annales, ad ann. 828, n. 2.
& sa famille. — Voyez tome II, la Note addition- '' Baluze, Capitularia regum Francorum, AppenJix
ntlU à la Note LXXXVII. [E. M.J t. 2, c. 1428 & seq.
An 828
Éd. orîgîn.
An 828
ex. — Troubles du royaume excités par les comtes Hugues 6- Matfred, en haine de Bernard, duc de Septimanie.
Nous avons déjà remarqué que les plaintes de Bernard, duc de Septimanie, contre la conduite des comtes Hugues Si Matfred, furent une des sources des brouilleries qui divisèrent l'État. La proscription de ces deux comtes donna lieu, en effet, aux divers troubles qui la suivirent. La part qu'y prirent Pépin, roi d'Aquitaine ou de Toulouse, Se Bernard, duc de Septimanie, nous engage à en rapporter ici le commencement Si la fin.
Louis le Débonnaire ', un an après avoir épousé l'impératrice Judith , sa seconde femme, en eut un fils qui fut nommé Charles 8c à qui les historiens ont donné le surnom de Chauve pour le distinguer des autres princes de même nom. Cette impératrice, femme également intrigante Se ambitieuse , voyant avec peine que son fils n'étoit point compris dans le partage que l'empereur avoit fait de tous ses Ktats, en 817, en faveur des trois fils qu'il avoit eus d'Ermengarde, sa première épouse, employa toute son adresse Si l'ascendant que sa beauté Si ses charmes lui avoient acquis sur son esprit, pour lui persuader qu'il étoit de la justice de faire entrer Charles dans le partage de sa succession. Elle fit si bien par ses caresses Si par ses pressantes sollicitations, que l'empereur consentit enfin à disposer d'une portion de ses États en faveur de ce jeune prince.
La grande difficulté étoit d'obtenir le consentement des trois autres fils de Louis le Débonnaire, qui, fondés sur le partage solennel déjà fait Si autorisé par l'assemblée générale de la nation, ne paroissoient pas d'humeur à vouloir rien relâcher de leurs prétentions. L'impératrice gagna d'abord, par ses intrigues, Lothaire, à qui, en qualité d'aîné, la plus grande partie du royaume étoit destinée Si qui, par conséquent, étoit plus intéressé que les deux autres à maintenir l'ancien partage. Ce prince consentit, ou du moins parut consentir à un nouveau en faveur du jeune Charles, son frère; mais Pépin Si Louis, que cette princesse tâcha de gagner aussi, évitèrent ses pièges Si se contentèrent, pour ne pas choquer l'empereur leur père, de prendre le parti de dissimuler, bien résolus cependant de ne point donner leur consentement à la nouvelle disposition qu'il vouloit faire de ses États.
Les choses étoient ainsi disposées quand les deux comtes Hugues 81 Matfred, au désespoir de se voir proscrits Si voulant chagriner l'empereur, agirent auprès^ de Lothaire, sur l'esprit duquel le premier, qui étoit son beau-père, avoit tout pouvoir, pour l'engager à se détacher de Judith 81 à révoquer son consentement pour un nouveau partage du royaume, à quoi ils réussirent d'autant plus aisément, que ce prince se repentoit déjà de l'avoir donné. Cependant, avant que d'éclater, ils résolurent de concert d'attirer à leur
■ Nithard, I. i , dans Duchesne, t. 2, p. 36o. * Nithard, I. 1 , dans Duchesne, t. 2, p. 36o.
An 828
parti le plus grand nombre de seigneurs, tant ecclésiastiques que séculiers, qu'il seroit possible &, pour avoir un prétexte de s'unir avec eux, on convint qu'il falloit demander la réformation des abus qui, à ce qu'ils prétendoient, Éd- ongm. régnoient alors dans l'État. Ces deux comtes trouvoient, par ce moyen, une occasion de se venger de Bernard, duc de Septimanie, qu'ils accusoient d'envahir " les biens ecclésiastiques St séculiers, 8c d'opprimer les peuples de son gouvernement.
Hugues & Matfred se donnèrent toute sorte de mouvemens pour grossir le parti de Lothaire, sous prétexte du bien public. Ils attirèrent entre autres Wala, abbé ^ de Corbie,dont le suffrage étoit capable de faire beaucoup d'impression sur l'esprit des grands 8c du peuple, parce que, outre la réputation de probité que lui donnoit sa vertu généralement reconnue, il étoit proche parent de l'empereur 8c avoit beaucoup d'accès auprès de lui. Ils firent si bien, qu'après avoir surpris la religion de cet abbé par l'exposé qu'ils lui firent des abus qui régnoient dans l'Église 8c dans l'État, ils l'engagèrent enfin à en demander la réformation. Plusieurs autres prélats 8c seigneurs, qu'ils avoient gagnés, firent aussi de grandes plaintes sur ces prétendus désordres dans la diète ^ que l'empereur tint à Aix-la-Chapelle, sur la fin de l'an 828, en sorte que ce prince, qui avoit la conscience extrêmement délicate, avoua qu'il s'étoit glissé divers abus dans le royaume par sa négligence. Pour y remédier, il fit dresser divers capitulaires dans cette diète, envoya des commissaires [missos) dans les provinces, avec ordre de réformer la police 8c le gouvernement, 8c ordonna que pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique on tiendroit en même temps, l'année suivante, dans quatre différentes villes de ses États, quatre conciles auxquels tous les évêques du royaume qui se partageroient seroient tenus d'assister.