‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 515 sur 553 · CXI. — Concile de Toulouse · texte numérisé non relu

CXI. — Concile de Toulouse

Ces quatre villes étoient Toulouse, Mayence, Paris &c Lyon. Quatre métropolitains avec leurs comprovinciaux eurent ordre de se trouver au concile de Toulouse, savoir : Nothon, Barthélemi, Adalelme 8c Aigulphe. Leurs sièges ne sont pas nommés dans l'acte de convocation; mais ils nous sont connus d'ailleurs. Nothon étoit archevêque d'Arles, Barthélemi de Narbonne, 8c Aigulphe de Bourges : on prétend qu'Adalelme étoit métropolitain de Bordeaux. Il nous paroît plus probable'* qu'il l'étoit d'Eause ou de la Novempopulanie. Nous trouvons dans le même acte de convocation une preuve que la prétendue primatie de l'église de Bourges n'étoit pas encore alors établie, car Aigulphe y est nommé le dernier des quatre métropolitains. Barthélemi devoit avoir succédé depuis peu à Nébridius : il fut lié, comme lui, d'une

■ Vita VaUe, 1. 2, n. r5, p. 5io. c. 664 & seq.; c. 660 & seq. — Éginhard, Anna

' Ihid. 1. 2, n. I 5, p. 491 & seq. Us, p. 272.

' Baluze, Capitularia regum Francorum t. I , * Voyez tome II, Vote LXXXVIII, n. 8.

An 829

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étroite amitié avec Agobard, archevêque de Lyon'. Tous les évêques des pays qui composent aujourd'hui le Languedoc se trouvèrent ou durent se trouver au concile de Toulouse, à la réserve de l'évêque de Viviers qui dut assister à celui de Lyon, avec les évêques de la Viennoise dont il dépendoit. Il ne nous reste de tous ces conciles que les actes de celui de Paris.

CXII. — Bernard, duc de Septimanie , appelé à la cour, est créé pretpîer

ministre 6- grand chambellan.

Les règlemens qui furent faits alors pour la réformation de la discipline ecclésiastique, non plus que les soins des envoyés ou commissaires de l'empereur dans les provinces pour celle de l'État, ne calmèrent pas les esprits des factieux^, qui avoient d'autres vues que le bien public. Enfin ils publièrent hautement qu'ils ne pouvoient consentir au nouveau partage que l'empereur se proposoit de faire en faveur du jeune Charles, sans violer le serment'' solennel qu'ils avoient fait avec tous les grands du royaume, de maintenir celui de l'an 817. Ils ajoutoient que l'empereur n'avoit pu, sans injustice, former le dessein de ce nouveau partage, & qu'il avoit été séduit par les artifices de l'impératrice. Ce prince, informé que Lothaire, son fils aîné, étoit le moteur secret de toutes ces intrigues & qu'il avoit des liaisons très-étroites avec les conjurés, l'éloigna de la cour & lui ordonna de se retirer dans ses États d'Italie. Il appela"* en même temps auprès de sa personne Bernard, duc de Septimanie, pour se servir de ses conseils 8t l'opposer aux comtes Hugues & Matfred, qu'il savoit n'être pas de ses amis; il le déclara son premier ministre, son camérier ou grand chambellan !k protecteur du jeune prince Charles. Judith eut beaucoup de part à ce choix. Elle avoit besoin d'une personne qui eût St assez d'autorité pour dissiper les desseins des factieux &. assez de reconnoissance pour épouser ses intérêts & ceux de son fils. Bernard étoit l'homme qui .lui convenoit le mieux pour cela, car, outre qu'il

Éd. origin. étoit filleul de l'empereur 8<. très-distingué par sa haute naissance autant que t. I, p. 490. i^ . . • 1 1 1

par ses emplois S<. ses services, il étoit d'ailleurs ennemi déclaré des comtes

Hugues & Matfred, principaux chefs des confédérés. Ceux-ci, déjà indisposés contre lui parce qu'il étoit la principale cause de leur proscription, furent d'autant plus outrés de son élévation, qu'il sembloit qu'on ne les avoit dépouillés de leurs dignités que jîour l'en revêtir, car Matfred occupoit auparavant la place de premier ministre, & le comté d'Orléans, qu'il possédoit, avoit été donné à Odon, cousin de ce duc, &. sans doute à sa recommandation.

' Agobard, Epi;t. p. 197. '' Il'''l- — Eginhari, Annales, f. 272. — Thégan,

" L'Astronome, Vie de Louis le Péionnaire, p. io6. c. 26. — Nitliard, 1. 1, dans Duchesne, t. 2, p. 36c. î IHJ. — Vita Valae. 1. 2, n, -r, p. 496.

■' ' ' An 829

CXIII. — EJforts des factieux pour décrier la conduite de Bernard 6" l'éloigner

de la cour.

L'empereur, après avoir éloigné de sa cour son fils Lothaire, crut avoir arrêté par ce coup d'éclat tous les mouvemens des factieux ; pressé donc trèsvivement par l'impératrice, son épouse, il tint une diète à Worms, au mois d'août, dans laquelle, de l'avis de Bernard, son nouveau ministre, il donna atteinte à l'ancien partage de ses Etats & disposa en faveur de Charles, son fils, du royaume d'Allemagne qu'il forma de quelques provinces de Bourgogne Si de Germanie qui dévoient tomber dans le lot de Lothaire.

L'empereur, ayant ensuite passé le Rhin, se rendit au palais de Tribur. Il y étoit à la fin du mois' de septembre, 8c y confirma, en faveur d'un de ses vassaux, nommé Sunifred, la donation que Charlemagne avoit faite à Borrel son père, du lieu de Fontcouverte, au diocèse de Narbonne. Il paroît que ce dernier est le même que Borrel à qui Louis le Débonnaire avoit donné le comté d'Ausone, daas la Marche d'Espagne, en 798, 8c que Sunifred, son fils, n'est point différent du comte d'Urgel de ce nom qui vivoit alors, 8c qui, à ce qu'il paroît^, fut ensuite marquis de Gothie. La charte de cette confirmation est datée de la sei-^ième année de l'empire de Louis £,• de la huitième du règne de Lothaire en Italie , ce qui fait voir que Louis avoit déjà ôté à ce dernier le titre d'auguste 8c d'empereur qu'il lui donnoit auparavant dans ses diplômes^, d'où les factieux prirent occasion de former de nouvelles plaintes contre l'empereur 8c de l'accuser d'injustice envers ce prince.

Les conjurés firent d'un autre côté tous leurs efforts pour décrier le ministère du duc de Septimanie parmi le peuple 8c ses moeurs dans l'esprit des gens de bien. Ils commencèrent par semer de mauvais bruits sur ses liaisons avec l'impératrice, qui, ayanf* par sa dignité la principale intendance de la garderobe du prince 8c des pensions militaires, étoit obligée d'être en relation avec le duc qui, en qualité de grand chambellan, remplissoit les mêmes fonctions sous ses ordres. Un^ de nos modernes ajoute aux fonctions de grand chambellan celle de pourvoir, sous l'autorité de la reine, à la solde 8c aux vivres des gens de guerre, mais il paroît que ce détail appartenoit^ plutôt au sénéchal 8c au grand boutillier dont la fonction étoit de livrer en espèces le pain, le vin Se le fourrage aux troupes, de même que celle de connétable étoit de leur fournir les chevaux 8c les équipages. Une autre fonction du chambellan étoit de recevoir les présens des ambassadeurs 8c de préparer ceux que le prince devoit leur donner.

Bernard anima encore beaucoup contre lui les factieux par le soin qu'il prit, au commencement de son ministère, d'éloigner du palais leurs partisans qu'il

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, * Hincmar, de Ordine palatii , c. 22 Diichesne

n. XLVI. t. 2, p. 209.

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 34. ' Le P. Daniel, Histoire de France, t. i , p. 602.

' Agobard, Epist. flebilis, dans Duchesne, t. 2, * Hincmar, de Ordine palatii, c. zS dans Du-

p- 33o. chesne. — Marca Hispanica, c. 3i2.

— — oyS HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX.

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fit dépouiller de leurs charges pour en revêtir des personnes qui lui étoient attachées'. Leur haine & leur fureur allèrent si loin que, non contens de noircir sa réputation avec celle de l'impératrice, ils l'accusèrent de félonie, de concussion, de sacrilège 81 même de magie, &. d'avoir usé de prestige pour fasciner l'empereur. Ils mirent enfin sur son compte tous les désordres de l'État &. le firent auteur des dissensions qui éclatèrent bientôt après dans la famille royale.

Les confédérés, après avoir noirci ce duc dans l'esprit du peuple, naturellement porté à croire le mal, tâchèrent de le diffamer auprès des personnes de l'État les plus respectables soit par leur mérite, soit par leurs dignités, dans la vue que les ayant une fois prévenues, il leur seroit ensuite très-aisé d'en imposer à tous les autres. Ils tâchèrent surtout de gagner les prélats les plus accrédités ; plusieurs se laissèrent séduire par leurs artifices, entre autres l'abbé Wala dont nous avons déjà parlé. Se qui, avant que d'embrasser l'état monastique, avoit épousé la sœur de Bernard, t^t, p"fôo* Cet abbé, persuadé que les désordres dont les mécontens lui avoient fait le récit avec des circonstances qui leur donnoient un air de vérité, régnoient effectivement dans la cour, se crut obligé de sortir de sa retraite pour se rendre auprès de l'empereur, & profitant de la liberté que lui donnoient sa naissance, son crédit & son zèle, il lui exposa sans ménagement les bruits scandaleux qu'on répandoit sur la conduite de l'impératrice, son épouse. Il parla avec la même force aux grands de la cour Se leur donna des avis qu'ils n'auroient peut-être pas reçus volontiers de tout autre. Enfin, s'adressant à Bernard qu'on faisoit auteur de tous ces désordres, il le prit en particulier, 81 après lui avoir rappelé la tendresse & la reconnoissanee qu'il conservoit pour la mémoire du duc Guillaume, son beau-père, qui l'avoit élevé dès son enfance comme son propre fils, il lui reprocha les crimes dont on l'accusoit avec toute la vivacité 8c le zèle que l'intérêt de la religion 8<. de l'État, leur ancienne amitié 8t leur commune alliance, furent capables de lui inspirer. Bernard, qui se sentoit sans doute innocent, ne fit aucun cas de ses remontrances 8c soutint que toutes les accusations qu'on formoit contre lui étoient une pure calomnie. Wala, persuadé du contraire, voyant l'inutilité de ses soins, reprit la route de Corbie, pénétré de douleur, suivant l'auteur de sa Vie, d'avoir trouvé des gens endurcis qui n'avoient pas voulu profiter de ses sages conseils.

Peu de temps après son retour dans ce monastère, il fut joint par un grand nombre de seigneurs mécontens qui avoient été gagnés par les factieux* Se qui concertèrent ensemble les mesures qu'ils dévoient prendre contre le duc de Septimanie dont ils avoient juré la perte, sous prétexte du bien public. Ils convinrent d'abord d'envoyer des émissaires aux trois premiers fils de l'empereur, afin de les obligera se déclarer ouvertement contre lui^. Pour les enve-

■ Vita Valaej 1. 2, n. 7, p. 496. — Thégan, c. 36. ' Fita Valae, 1. 2, n. 8 & seq.

— L'Astronome, Vie de Louis le Débonnaire, p. 3o6. ' Ibid.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX. qyq — —; —

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nimer encore davantage contre Bernard, ils leur firent entendre que ce duc avoir engagé l'empereur à faire le nouveau partage j que non content des crimes dont il étoit déjà coupable, on avoit découvert depuis peu un complot qu'il avoit formé pour les faire périr tous trois par des prestiges & des enchantemens diaboliques, de même que les seigneurs de la cour qui lui étoient les plus opposés; qu'il en vouloit même à la vie de l'empereur pour s'emparer ensuite du trône 8c régner avec l'impératrice Judith, qu'il avoit dessein d'épouser. Ils assuroient' enfin, qu'en cas qu'il ne pût exécuter ces projets, il avoit pris des mesures pour se retirer dans la Septimanie ou en Espagne, dans l'espérance de faire révolter ces provinces en sa faveur & de s'y maintenir dans l'indépendance.

Ce prétendu complot de la part de Bernard, inventé par les mécontens, entre lesquels il y avoit des personnes d'un grand poids, 8t débité avec toutes les circonstances 8c avec une hardiesse capable d'imposer, fit impression sur le peuple. On se persuada qu'il n'étoit pas possible que ce duc, étant aussi méchant qu'on le faisoit , eût pu acquérir le crédit infini qu'il avoit sur l'esprit de l'empereur sans avoir eu recours à quelque prestige ou secret diabolique. Chacun se crut donc en droit de prendre les armes pour la défense de ce prince contre les entreprises du tyran; c'est le nom que les conjurés donnoient à Bernard.

CXiV. — Révolte de Pépin 6- de ses deux frères contre l'empereur , leur père. — Le duc Bernard, banni de la cour, se retire dans son gouvernement.

An83o

Tandis que les mécontens pressoient vivement les trois premiers fils de l'empereur de se venir mettre à leur tête, ce prince tenoit à Aix-la-Chapelle, au commencement de l'an 83o, la diète générale^ du royaume, où, de l'avis du duc de Septimanie, il résolut de porter incessamment la guerre dans le pays des Bretons qui s'étoient nouvellement révoltés. Il manda le roi de Bavière, son fils, avec toutes ses troupes pour cette expédition, se mit en marche après l'arrivée de ce prince, le premier jour de carême, avec l'impératrice Judith 81 le duc Bernard, 8c prit sa route par les provinces maritimes du royaume. Il eut à peine marché quelques jours, que la plupart de ses soldats, débauchés par les émissaires des mécontens, refusèrent de le suivre plus loin Se se débandèrent, sous prétexte de la difficulté des chemins, mais dans la vérité pour passer au camp des factieux. Ceux-ci s'étoient déjà assemblés en armes 8c avoient établi leur quartier général à Paris, où Lothaire 8c Pépin dévoient les joindre avec leurs troupes, 8c délibérer avec eux des moyens de porter l'empereur à se défaire de Judith 8c de Bernard. Pépin y arriva i5d. oiigin. le premier avec toutes les forces d'Aquitaine. Ce prince avoit hâté sa marche,

■ Vita Valae, 1. 2, n. 3, p. 5o2. nome, Vie de Louis le Débonnaire , p. 3o6. —

' Annales Bertiniani, p. 186 & seq. — L'Astre- Annales Mettenscs. — Vita Valae, 1. 2, n. g.

parce que les conjurés lui avoient persuadé que l'expédition de l'empereur contre les Bretons n'étoit qu'une feinte dont Bernard se servoit pour cacher le dessein qu'il avoit de se rendre dans ses États afin de le faire périr avec l'empereur, son père. Pépin, séduit par les artifices des mécontens, publioit, en effet, partout qu'il n'avoit pris les armes que pour délivrer son père de la tyrannie de ce duc 8i tirer vengeance de l'ignominie que son commerce criminel avec l'impératrice Judith faisoit rejaillir sur toute la famille royale. Ce roi commença à se venger de Bernard lorsqu'il passa à Orléans, où il dépouilla du comté ou gouvernement de cette ville Odon, parent de ce duc, & le rendit à Matfred, un des principaux conjurés, qui l'avoit possédé auparavant.

Peu de temps après, Louis, roi de Bavière', ayant trouvé moyen de s'échapper du camp de l'empereur, alla joindre à Paris le roi d'Aquitaine, son frère, 5c les factieux. A son arrivée, il confirma tous les mauvais bruits qu'on avoit répandus contre Judith & Bernard , & comme il venoit de la cour & qu'il se vantoit d'être parfaitement instruit de toutes ces intrigues, les conjurés firent valoir extrêmement son témoignage pour justifier leur conduite auprès du public. Leur parti étant extrêmement grossi, soit par la jonction de la plupart des troupes de la couronne qui avoient déserté le camp de l'empereur, soit par celles des deux rois Pépin & Louis, ils résolurent avec ces princes de périr plutôt que de souffrir que Bernard demeurât plus longtemps à la cour 8c à la tête des affaires. Ils convinrent d'employer toute sorte de moyens pour l'en éloigner aussi bien que tous ses partisans 8c ses complices, par où ils faisoient assez entendre qu'ils en vouloient autant à l'impératrice qu'au duc même. Les deux rois marchèrent ensuite à la rencontre de l'armée de l'empereur.

Ce prince étoit alors à Saint-Omer^, d'où il devoit partir incessamment pour se rendre, en côtoyant la mer, à Rennes où il avoit convoqué la diète générale du royaume. Sur l'avis qu'il eut de la résolution des conjurés 8c des princes, ses fils, il changea de dessein 8c s'avança vers Compiègne^. Cependant, comme il n'ignoroit pas que son extrême complaisance pour Judith, son épouse, &c le trop grand crédit qu'il avoit donné au duc Bernard, son ministre, servoient de prétexte aux séditieux, il prit le parti de les éloigner l'un 8c l'autre d'auprès de sa personne, dans l'espérance de rompre par cette démarche les desseins des rebelles. L'impératrice partit pour l'abbaye de filles de Sainte-Marie de Laon 8c Bernard se retira à Barcelone '^, capitale de son gouvernement ou duché de Septimanie. L'empereur vint ensuite camper à Compiègne, à trois lieues de Verberie, où les rois d'Aquitaine 8c de Bavière s'étoient postés.

■ Fita Valae, 1. 2, n. 9, p. 5oo. ' L'Astronome, Vie de Louisle Débonnaire, -p. 'ioG

^ L'Astronome, Vie de Louis le Déhonnaire, p. 3o6. & soiiv, — Annales Mettenses*

— Annales Mettenses. — Nithard, 1. i, dans Du- ■* Annales Bertiniani. — Nithard, 1. i, dans Dii-

chesne, t. z, p. 36o. chesne, t. 2, p. 36o.

CXV. — Lothaire se saisit de la personne de l'empereur &• se venge sur

les parens de Bernard,

Ces princes ne furent pas plutôt avertis de la retraite de l'impératrice qu'ils détachèrent ' les comtes Warin Se Lambert pour l'enlever, ce que ceux-ci ayant fait ils l'emmenèrent au camp des conjurés, où les deux rois l'engagèrent à force de menaces Si de tourmens d'aller trouver l'empereur pour lui persuader d'abdiquer l'empire Si de se retirer dans un monastère pour y faire pénitence; ils lui firent promettre d'en faire autant de son côté. Judith fut conduite sous bonne escorte au camp de son époux, à qui elle demanda de parler en particulier. Elle commença par lui déclarer le parti qu'elle étoit obligée de prendre de s'enfermer dans un cloître pour le reste de ses jours, à quoi ce prince crut devoir consentir pour lui sauver la vie. Mais, sur la proposition qu'elle lui fit ensuite d'en faire autant lui-même, il répondit que cette démarche demandoit du temps pour y réfléchir, 61 qu'il vouloit en délibérer dans une assemblée de la nation. Cette princesse fut ramenée dans le camp des deux rois qui l'envoyèrent aussitôt en exil dans le monastère de Sainte-Radegonde de Poitiers. Conrad Si Raoul, frères naturels^ de l'impératrice, dont les mécontens s'étoient saisis, furent rasés en même temps Si confinés dans des monastères d'Aquitaine, à la garde de Pépin.

Ce prince Si le roi de Bavière, son frère, accompagnés^ des seigneurs de leur parti, entre autres de Jessé, évêque d'Amiens, d'Hilduin, archi-chapelain ou grand aumônier 61 abbé de Saint-Denis, de Wala, abbé de Corbie, Si des t'^'î "''fo"' deux comtes Hugues Si Matfred, auteurs de toutes ces brouilleries, se rendirent ensuite à Compiègne, où ils tinrent l'assemblée que l'empereur avoit proposée Si à laquelle ce prince se trouva. Les avis tendoient à le détrôner; mais le roi de Bavière, plus respectueux ou plus timide, empêcha qu'on n'en vînt à cette extrémité. On se contenta donc de lui interdire l'administration des affaires jusques à l'arrivée de Lothaire "♦, après lui avoir fait promettre tout ce qu'on voulut Si lui avoir fait avouer ses prétendues fautes dans le gouvernement.

Lothaire, quoique vivement pressé par les conjurés de venir incessamment en I^rance avec les troupes de son royaume d'Italie, n'arriva cependant à Compiègne qu'après^ les fêtes de Pâques. A son arrivée, il tint une nouvelle assemblée dans ce palais, où l'on proposa derechef le dessein de détrôner l'empereur. C'étoit l'avis de la plupart des factieux; Lothaire, n'ayant pu se résoudre à un si grand coup d'éclat, se contenta de s'assurer de la personne de son père Si de confirmer tout ce qui avoit été résolu à son sujet. Après lui avoir donc laissé le vain titre d'empereur, il en fit lui-même toutes les fonctions Si prit le gouvernement de l'empire. «.^^

' L'Astronome, Fi> Je ioais ZcjPe'Aonnairf, p. 307. ' Annales Bertiniani, p. 187.

' Nithard, 1. i, dans Duchesne, t. 2, p. 3io. ' IS \iironome. Vie de Louis le Débonnaire, ^.'ioi.

' Thégan, c. 36. — Annales Bertiniani, p. 187.

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Lothaire auioit fort souhaité de pouvoir exercer sa vengeance sur Bernard; mais ce duc s'étant déjà mis à l'abri de ses entreprises, il fit tomber sa colère sur ses parens &. ses amis. Il traita entre autres cruellement le comte Héribert, son frère, qu'il fit juger & condamner dans la même diète, &t à qui il fit arracher les yeux, malgré les prières Se les instances de l'empereur qui demandoit grâce pour lui; Lothaire l'envoya ensuite en exil dans ses États d'Italie. II relégua aussi Odon, comte d'Orléans Se cousin de Bernard, après l'avoit fait ignominieusement dégrader 8c l'avoir dépouillé de ses dignités. On prétend', mais sans aucune preuve bien certaine, que le même Odon ou Eudes étoit fils de Théodebert, comte de Madrie; dans ce cas-là, il auroit été beau-frère de Pépin, roi d'Aquitaine, qui avoit épousé sa fille.

CXVI. — Pépin, roi d'Aquitaine, &• Louis, roi de Bavière, délivrent l'empereur des mains de Lothaire, leur frère.

Après la diète de Compiègne, les rois d'Aquitaine & de Bavière se séparèrent de Lothaire, leur frère, & le laissèrent maître de la personne de l'empereur. Lothaire le tint^ à Compiègne le reste de l'été, dans un honnête esclavage; il lui permit seulement par grâce la compagnie de quelques moines, dans la vue qu'ils lui persuaderoient d'embrasser l'état monastique , pour lequel il avoit eu autrefois une forte inclination ; mais ces religieux, irrités des mauvais traitemens & des indignités de Lothaire à l'égard d'un père si pieux, loin d'entrer dans ses desseins, sollicitèrent au contraire l'empereur de reprendre le gouvernement de l'Empire & s'offrirent même de l'aider à recouvrer sa liberté. Louis accepta volontiers leurs offres & dépêcha secrètement un d'entre eux, nommé Gombaut, aux rois d'Aquitaine Se de Bavière pour négocier auprès d'eux sa délivrance, avec promesse, s'ils vouloient la lui procurer, d'augmenter la portion du royaume qu'il leur avoit destinée. Ces deux princes, touchés de repentir d'avoir usé si indignement à l'égard de leur père, jaloux d'ailleurs de voir leur aîné s'emparer de toute l'autorité, promirent de secourir l'empereur de toutes leurs forces Se d'employer toute sorte de moyens pour le rétablir sur le trône.

Suivant l'usage de ce temps-là^, le roi tenoit tous les ans deux diètes ou assemblées générales de la nation : l'une au commencement de l'année Se avant le carême pour les affaires de l'État Se des provinces Se pour les préparatifs de la campagne, si on étoit en guerre, l'autre pendant l'automne pour recevoir les dons gratuits que les grands du royaume avoient coutume d'offrir alors. Se régler les affaires après la campagne. Outre ces deux assemblées, on en tenoit quelquefois d'extraordinaires, suivant les besoins de l'État. A l'approche de celle d'automne'*, les factieux n'omirent rien pour la faire tenir

' Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum , ' Hincmar, de Ordine Paint::. — L'Astronome,

adann. 82Q,n. 182. — Mabillon , ad ann. 829, Vie de Louis le Débonnaire, ^. 'io-j. — Annales Ber-

n. 23. tiniani, p. i 87.

' Nithard, 1. 1 , dans Duchesne, t. 2, p. 36o. ^ VAstionoms, Vie de Louis le Déèonnaire, p. 3oy.

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clans le cœur du royaume, parce qu'ils y étoient plus puissans qu'ailleurs;

mais l'empereur, à qui il importoit beaucoup qu'elle se tînt sur les frontières

de la Germanie, où les grands & les peuples lui étoient encore très-attachés,

fit si bien par ses menées secrètes, qu'enfin les mécontens consentirent qu'elle

se tiendroità Nimègue où il l'indiqua. Prévoyant cependant qu'ils tâcheroient

d'être les plus forts, il leur défendit d'y venir avec un cortège trop nombreux

& empêcha en même temps les principaux de s'y rendre, comme le comte Éd-oiigim

Lambert qu'il renvoya dans son gouvernement, sur les frontières de Bretagne,

Si l'abbé Hélisachar, chancelier, à qui il ordonna de se retirer en province

pour y administrer la justice. Ce coup d'autorité commença à déconcerter les

conjurés.

Les seigneurs ' de la Germanie & plusieurs autres de France d'en deçà du Pv.hin se rendirent en foule à Nimègue, où l'on fit l'ouverture de la diète le i*' d'octobre. Le roi de Bavière, qui s'y trouva des premiers, se déclara d'abord en faveur de son père qui, se voyant appuyé d'un côté parce prince, & de l'autre par un grand nombre de seigneurs, qui avoient formé un camp particulier, fit un nouveau coup d'éclat qui acheva de déconcerter les factieux. Il exila l'abbé Hilduin pour être venu, malgré les défenses, avec une suite trop nombreuse & ordonna en même temps à l'abbé Wala de se retirer dans son monastère. Les mécontens, étourdis de cette fermeté, accourent en foule à la tente de Lothaire pour délibérer sur le parti qu'ils ont à prendre, & passent la nuit dans son camp sans prendre aucune résolution ; les uns vouloient qu'on attaquât les troupes germaniques qui s'étoient ouvertement déclarées pour l'empereur, & les autres étoient d'avis que Lothaire se retirât sans rien entreprendre. Ils étoient encore le matin dans cette irrésolution, quand l'empereur, qui en fut informé, mit fin à leurs disputes. Il fit dire à Lothaire de se défier de leurs ennemis communs 8c lui ordonna de venir incessamment le joindre, avec promesse de le recevoir avec toute la tendresse d'un père. Lothaire obéit, malgré le sentiment contraire de ses partisans. L'empereur, après lui avoir reproché d'une manière vive, mais paternelle, sa mauvaise conduite 8c s'être assuré de sa fidélité par un nouveau serment, lui pardonna enfin 8c lui rendit son amitié. Le peuple, qui ignoroit ce qui se passoit dans l'inrérieur du palais 8c qui étoit partagé entre ces deux princes, étoit agité de divers mouvemens. On étoit même sur le point d'en venir aux mains de part 8c d'autre, quand l'empereur, suivi de Lothaire, ayant paru 8c déclaré publiquement ce qui venoit de se passer, le tumulte s'apaisa. L'empereur ordonna alors d'arrêter les principaux auteurs de la sédition 8c de la révolte pour les faire juger ensuite, suivant la rigueur des lois, dans une assemblée générale qu'il indiqua à Aix-la-Chapelle.

Les prélats 8c les seigneurs qui se trouvoient à celle de Nimègue déclarèrent que l'injustice 8c la violence seules avoient eu part à tout ce qui avoit

' L'Astronome, fie de Louis le Déhonnaire, p. Soy. — Annales Bertiniani, p. 187. Thégan c. 38

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été attenté contre l'impératrice Judith, 81 ordonnèrent que cette princesse se représenteroit à la diète suivante pour y être jugée dans les formes sur tous les chefs d'accusation formés contre elle. Après l'assemblée, l'empereur, accompagné de Lothaire, se rendit à Aix-la-Chapelle dans le dessein d'y passer l'hiver. Il envoya ensuite ' le roi Charles, son fils, en Aquitaine, avec Drogon, évêque de Metz, son frère naturel, pour ramener l'impératrice, qu'il ne voulut pas néanmoins reprendre jusques à ce qu'elle se fût pleinement justifiée.

^777i Judith comparut le jour de la Purification à la diète d'Aix-la-Chapelle 8c,

sur la demande^ qu'elle fit d'être reçue à prouver son innocence, toute l'assemblée s'écria 8<. demanda s'il y avoit quelqu'un qui voulût se porter pour son accusateur. Personne ne s'étant présenté, elle fut admise à se justifier par serment, suivant les lois des François. Cela fait, l'empereur la reprit Se la traita comme son épouse. Ce prince fit procéder ensuite au jugement des factieux^. La diète les ayant trouvés coupables de crime de lèse-majesté, les condamna tous à la mort. L'empereur usa cependant à leur égard de sa clémence ordinaire, il leur accorda la vie & se contenta de faire déposer de leurs sièges les évêques Se les abbés, de dépouiller les séculiers de leurs charges & de leurs dignités, de confisquer leurs biens & d'envoyer les uns Si les autres en exil en divers monastères. Ce jugement fut rendu en présence Si du consentement des trois princes Lothaire, Pépin 81 Louis, fils de l'empereur, lequel, fidèle à la parole qu'il avoit donnée aux deux derniers, augmenta "* leur partage 5 nous ignorons le nom des provinces qu'il ajouta alors à celles dont ils jouissoient déjà. Quant à Lothaire, son aîné, il borna toutes ses prétentions au seul royaume d'Italie, où il lui permit de se retirer, x^'ilZ'foA. avec défense de rien entreprendre sans sa participation. Tout étant ainsi réglé, l'empereur congédia l'assemblée, 81 les trois princes, ses fils, se retirèrèrent chacun dans ses États. Il donna peu de temps après ^ de nouvelles marques de sa clémence envers la plupart des séditieux. Il les rappela de leur exil, leur fit rendre les biens confisqués Si accorda la liberté à ceux d'entre eux qui avoient été condamnés à être rasés Si à embrasser la vie monastique, ou de persévérer dans cet état ou de retourner dans le siècle.

CXVÏI. — Retour de Bernard, duc de Septimanie , à la cour. — Il s'unit avec le roi Pépin, mécontent de Vempereur.

Il ne paroît pas que Bernard, duc de Septimanie, se soit trouvé dans aucune des diètes dont nous venons de parler. Il se tenoit sans doute dans ce temps-lk dans son gouvernement, jusques à ce qu'enfin il crut, autant pour

' Annales Mettenses , p. 299. — L'Astronome, na'ire, p. 3o8. — Nithard, 1. i, dans Duchesne,

Vie' de Louis le Débonnaire , p. Boy. — Annales t. 2, p. 36o. Beniniani, p. 187. ■* Nithard, 1. i,dans Duchesne, t. 2, p. 36o.

° Annales Bertiniani, p. 187. ' L'Astronome, Vie de Louis le Déionnaire, p. 3o8

' lèid. — L'Astronome, Vie de Louis le Débon- & suiv.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. IX. q85 T"Z~"

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sa propre réputation que pour celle de l'impératrice, devoir se purger à son tour des crimes dont on le croyoit coupable. Dans cette vue ', il se présenta à la diète que l'empereur tenoit à Thionville durant l'automne, 8c demanda d'hêtre reçu à prouver son innocence. Il offrit d'abord le duel, suivant les lois des Francs, à quiconque voudroit se porter pour son accusateur 5 mais personne ne l'ayant accepté, il fut déclaré innocent par l'assemblée, après s'être purgé par serment, selon l'usage.

Lothaire, roi d'Italie, & Louis, roi de Bavière, assistèrent à cette diète. Pépin, roi d'Aquitaine, s'excusa de s'y rendre sous divers prétextes, quoiqu'il eût reçu des ordres réitérés de l'empereur, son père. Ce prince, ne pouvant enfin se dispenser d'obéir à de nouveaux ordres, arriva peu de jours avant les fêtes de Noël à Aix-la-Chapelle, où la cour étoit alors. Sa désobéissance lui attira un accueil peu gracieux de la part de l'empereur, qui lui ordonna de demeurer auprès de sa personne &c lui défendit de s'absenter sans son congé, ce qui fut regardé comme une espèce d'arrêt; mais Pépin n'eut pas plutôt passé les fêtes dans ce palais, qu'il s'évada secrètement & partit la nuit du jour des Saints Innocens pour se rendre en Aquitaine à l'insu & contre la volonté de l'empereur, accompagné de quelques seigneurs qui lui étoient les plus attachés.

On croit que la défiance que l'abbé Wala^, exilé dans l'île de Noirmoutiers, sur les frontières d'Aquitaine, lui avoit donnée de l'empereur, fut un des principaux motifs de son retardement à se rendre auprès de lui & de son évasion. Pépin étoit d'ailleurs mécontent, de même que le roi de Bavière, son frère, de ce que, nonobstant^ leur réconciliation avec l'empereur Si les soins qu'ils avoient pris pour le mettre en liberté, il ne leur donnoit aucune part dans les affaires, tandis que"* Gombaud, moine de Saint-Médard de Soissons, qui, à la vérité, avoit contribué aussi à la délivrance de ce prince, avoit toute sa confiance. Ce moine étoit, en eftet, devenu son principal ministre 8c avoit tout pouvoir sur son esprit. D'un autre côté, Bernard, duc de Septimanie, qui, après avoir été déclaré innocent, se flattoit de rentrer dans le ministère, chagrin -de se voir obligé de céder à Gombaud, forma des liaisons secrètes avec Pépin Se tâcha de l'entretenir dans son mécontentement.

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