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I. 6ia

An 835

CXXXIII. — Avoués de Vahhaye d'Aniane. — Willafred, abbé de Montolieu.

OUba, comte de Carcassonne.

La diète de Crémieu, qui avoit commencé ' au plus tard à la fête de Saint- Jean-Baptiste, n'étoit pas encore finie le 21 de juillet, comme il paroît par une charte^, qu'Ermenald, abbé d'Aniane, qui s'y trouva, obtint de l'empereur pour la confirmation de Maurin, un des vassaux de ce prince, pour avoué ou défenseur de son monastère. Ces avoués, dont ce diplôme nous apprend les fonctions, étoient des seigneurs séculiers à qui les princes ou fondateurs confioient la défense Se le soin des affaires des monastères. Les personnes les plus qualifiées s'en faisoient honneur, & les religieux, pour marque de leur reconnoissance, leur assignoient une portion de leur mense ; mais comme on abuse des meilleures choses, il arriva que ces défenseurs des églises 8t des monastères devinrent ensuite les usurpateurs de leurs biens. C'est là l'origine des abbés laïques ou chevaliers que nous trouvons dans certaines abbayes & entre autres dans celle de Moissac, dont les comtes de Toulouse se disoient abbés, ainsi que nous verrons dans la suite. Ces avoués en avoient d'autres sous eux qui étoient chargés des affaires de moindre importance Se qui étoient comme les procureurs des monastères j nous en avons un exemple^ dans ce même temps pour l'abbaye d'Aniane.

Pépin, roi d'Aquitaine, après son retour dans ses États où il passa l'hiver, alla au palais de Doué, en Anjou, situé à la gauche de la Loire. Willafred, abbé de Mallast ou de Montolieu, au diocèse de Carcassonne, vint l'y trouver "^ & le pria, du consentement d'Oliba, comte de Carcassonne, de vouloir confirmer son monastère dans la possession de la terre de Magnianac, dans le pays Toulousain, sur la petite rivière de Fiscau , dont Godoald, envoyé du comte Guillaume, avoit auparavant réglé les limites. Ce prince lui accorda sa demande & fit expédier pour cela une charte datée du i*'' de novembre, dans laquelle il prend le monastère de Montolieu sous sa protection. Il paroît, par cet acte, que c'étoit moins une grâce que Pépin accorda à ce monastère qu'une restitution qu'il lui fit de cette terre, dont il s'étoit auparavant emparé, & qu'il exécutoit en cela les décrets de l'assemblée de Éd.origin. Thionvillc pour la restitution des biens usurpés sur les églises & les monastères d'Aquitaine. Ce diplôme fait voir d'un autre côté que le comté de Carcassonne, qui avoit été séparé de la Septi manie par le partage de l'an 817, dépendoit toujours du royaume d'Aquitaine, Se que, quoiqu'il eût été uni dès lors au marquisat de Toulouse, comme nous le prouverons ailleurs 3, il étoit cependant gouverné par un comte particulier. Le comte Guillaume, dont il est fait mention dans ce diplôme, est sans doute le même que le fondateur de l'abbaye de Gellone, ce qui prouve qu'il avoit dans le Toulou-

■ Baluze, Miscellanea, t. 3, c. 68, Gcsta. episco- ' Voyez tome II, Preuves^ Chartes & Diplômes,

porum Ctnomanens'ium. n. XLVIII.

' Voyez tome II, Preuves; Chartes & Diplômes, ' liid. n. XLIX.

n. XLVIII. ^ liid. Note XClV,n. i\.

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sain une autorité supérieure à celle des comtes, puisque c'est en son nom que ses envoyés {miss'i) y avoient exercé leurs fonctions.

CXXXIV. — Pépin restitue les biens usurpés sur les églises de son royaume. Abbaye de Saint-Martin de Cauquène.

L'impératrice' Judith, s'apercevant que la santé de l'empereur s'affoiblissoit 8c, craignant qu'après la mort de ce prince, son fils Charles se trouvât sans appui 8c à la merci de ses frères, également intéressés à l'exclure de la succession au royaume, mit tout en œuvre pour gagner Lothaire à son parti. Dans cette vue, elle fit tant par ses menées auprès de l'empereur que, l'ayant déterminé à rendre ses bonnes grâces à ce prince Se à le rétablir dans ses premières dignités, elle l'engagea à lui envoyer divers messages pour négocier leur réconciliation. Cette négociation, qui avoit déjà commencé^ pendant la diète de Crémieu, continua le reste de l'année, 8c l'empereur fit partir de nouveaux^ ambassadeurs, après les fêtes de Noël, avec ordre de presser Lothaire d'envoyer de sa part quelques-uns de ses conseillers avec lesquels il pût conclure une paix solide.

En attendant l'arrivée des envoyés de Lothaire, l'empereur tint'* une diète à Aix-la-Chapelle'', à la fête de la Purification. Les évêques qui s'y trouvèrent dressèrent un écrit, divisé en trois livres, dont le but étoit de porter le roi Pépin, tant par l'autorité des divines Écritures que par celle des saints pères, à restituer les biens que lui 8c les seigneurs de son royaume avoient usurpés sur l'église d'Aquitaine. L'empereur lui ayant enjoint de son côté de faire cette restitution, ce prince, qui tenoit"^ vers le même temps la diète générale d'Aquitaine, promit enfin '^ de faire rendre aux églises Se aux monastères les biens qui leur avoient été enlevés. L'empereur ordonna la même restitution dans la Septimanie où il envoya^ des commissaires pour la faire exécuter. C'est ce qui paroît par un jugement donné par le comte Fulcoald, le 17 du mois d'août de la vingt-troisième année de l'empire de ce prince ou de l'an 836 de J.-C. Ce commissaire fit rendre à David, abbé de Saint-Martin de Cauquène ou Cauchène, sur les bords de la mer, les biens qu'on avoit usurpés sur son monastère, dans les lieux de Saint-Marcel, de Maximian le Bas 8c de Maximian le Haut, dans le Minervois''.

' L'Astronome, Vis de Louis le Débonnaire, f. 3i3 ' Archives de l'archevêché de Narbonne.

& sviiv. ' Outre le jugement rendu le 17 d'août de la

' Thégan, c. .67. vingt- troisième année de l'empereur Louis le 0é-

' Annales Berîiniantf p. 191. bonnaire ou de l'an 836, en faveur du monastère

' Conciles, t. 7. — L'Astronome, Vie Je Louis le de Saint-Martin de Cauchène (Sancti Martini Cau-

Dèbonnaire, p. 3i5. canensis), par le comte Fulcoald, nous avons vu

' Voyez tome II, }iote XCVI, n. 3. un autre jugement, rendu au mois de décembre

® Acta sanctorum ordtnis sancti Benedicti, saec. 4, suivant, en faveur du même monastère, dans un

part. 2, p. 227 & seq. — Le document que dom plaid tenu au village de Julien, au territoire de

Vaissete cite ici n'est pas autre chose que la fausse Narbonne, par l'archevêque Foulque, qui est qua-

translation de saint Genou. [A. M.] lifié vir venerabilis Fulcho aivocatus , archiepisco-

' yiahïUon, Annales, ad ann. 837, n. 68. pus, ijui est missus domino nostro Ludovico impera-

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C'est le plus ancien monument que nous ayons de cette abbaye, située dans une presqu'île de même nom, entre l'étang de Bages ou de Sigean, celui de Gruissan, la rivière d'Aude 8c la mer, à deux lieues de Narbonne vers le midi. Ce monastère est différent de ceux de Saint-Martin de Lénis & de Saint-Martin de Montredon, qui étoient aussi dans le diocèse de cette ville & dont nous parlerons ailleurs. II n'étoit plus, en 844', qu'un prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Laurent de Cabréresses, sur la rivière de Niesle, dans le même diocèse, qui fut unie dans la suite à l'église de Narbonne. Les archevêques de cette ville donnèrent, au commencement du onzième siècle, l'église de Sainte-Marie de Cauchène à l'abbaye de Cuxa, en Roussillon. Le cardinal de Joyeuse, archevêque de Narbonne, fit construire, en 1614, sur un rocher élevé de cette presqu'île, une église ou chapelle, sous le nom de sainte Lucie, avec un monastère ou quelques ermitages pour des religieux de l'ordre de Saint-Basile j mais cette fondation n'a pas eu son effet. Le nom de sainte Lucie est demeuré depuis ce temps-là à la presqu'île de Cauchène, qui anciennement étoit une île; mais, pour resserrer les eaux de l'Aude, vers son embouchure dans l'étang, on y a construit une levée par laquelle elle communique avec la terre ferme.

CXXXV. — Lothalre se réconcilie 6" se brouille ensuite de nouveau avec l'empereur. — Troubles d'Aquitaine.

Les envoyés de Lothaire^ arrivèrent à Thionville pendant une nouvelle diète que l'empereur y avoit convoquée après Pâques^. L'abbé Wala, qui étoit le principal, après avoir fait les excuses de Lothaire, qu'une maladie avoit empêché de se rendre en personne auprès de son père, conclut heui^eu- Éd. orig^in. gcment la paix entre ces princes & fit la sienne propre. Judith lui pardonna d'autant plus volontiers le passé qu'elle espéroit se servir utilement de lui pour l'exécution de ses desseins, à cause du grand crédit qu'il avoit acquis sur l'esprit de Lothaire. L'empereur, comptant de son côté sur la sincérité du retour de ce prince, témoigna beaucoup d'empressement de le revoir 8c se persuadant que sa maladie n'auroit pas des suites, il lui envoya dire de venir le joindre à Worms, où il convoqua une diète pour la mi-septembre ; mais Lothaire, ayant été attaqué de nouveau de la fièvre, ne put donner cette satisfaction à l'empereur, son père.

Les rois d'Aquitaine 8c de Bavière accompagnèrent l'empereur à Worms,

tore. L'acte est daté : Vato judicio die Viil kil. Preuves du tome II, ad ann. 836, doit convaincre

januarias anno xx'iii domino nostro gloriosissimo que dom Vaissete a fait deux actes d'un seul plaid

Ludovico imperatore ; judicium datum per legem du 17 décembre 836. [A. M.]

Gothorum. Si Foulque est le même que le comte ' Marca Hispanica, c. 3 1 , 38, 355, 419 & 961.

Fulcoald, il aura été promu à un archevêché de- ' Thégan, Lambecius, Appendix, t. 2 , p. 391.

puis le mois d'aoiit j usques à celui de décembre de — L Astronome, Vie de Louis le Débonnaire, p. 3 1 3.

l'an 836. [Note ajoutée par dom Vaissete au tomeV — Annales Bertiniani, p. 191 & seq.

de l'édition originale, p. 672, col. 2.] — La simple ' Voyez tome II, Note XCVI, n. 8. lecture de ce document, que nous donnons aux

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suivis de toutes leurs troupes. Les troubles qui s'élevèrent en Aquitaine, durant l'absence de Pépin, l'obligèrent sans doute d'y retourner bientôt après pour tâcher de les apaiser par sa présence, car la mort tragique d'Asnarius, comte' de la Gascogne citérieure^, que ce prince avoit depuis quelque temps dépouillé de cette dignité, en punition de sa félonie, donna lieu à son frère Sanche Sancion de s'emparer de ce gouvernement & d'y exciter la révolte. Il paroît que le premier est le même qu'Asnarius dont nous avons parlé ailleurs, & qui fut battu ^ par les Gascons à son retour de Pampelune, avec le comte Ebles, au passage des Pyrénées.

L'empereur, pour témoigner à Lothaire la sincérité de son retour à son égard, rétablit"^ dans leurs sièges Agobard, archevêque de Lyon, & les autres évêques, partisans de ce prince, qui en avoient été dépossédés 5 mais les nouvelles brouilleries qui s'élevèrent peu de temps après entre ces deux princes empêchèrent l'effet de leur réconciliation, en sorte que l'empereur, voyant

que les dispositions de Lothaire n'étoient pas sincères, résolut de passer en

Italie, après la diète qu'il tint à Thionville, au commencement du mois de An 837 mai de l'année suivante, pour le faire rentrer dans son devoir. Il avoit déjà mandé les rois d'Aquitaine Si de Bavière, ses deux fils, pour l'accompagner dans ce voyage, quand, sur l'avis des irruptions fréquentes des Normands sur les côtes du nord de la France, il se vit obligé d'abandonner ce dessein & de se rendra à Nimègue^ pour être à portée de réprimer les courses de ces pirates. Lothaire, de son côté, loin d'obéir aux ordres réitérés que ce prince lui avoit donnés de restituer les biens qu'il avoit usurpés sur diverses églises de ses États, 8c en particulier sur celle de Rome, fit arrêter les ambassadeurs qu'il envoyoit au pape 8c fortifier les Alpes pour lui défendre l'entrée de l'Italie, en cas qu'il en entreprît le voyage, ce qui ne servit qu'à augmenter leur division Se leur mésintelligence.

CXXXVI. — "Nouvelles grâces de l'empereur en faveur de l'abbaye d'Aniane. Agambaldus &- Fulcoald, ses envoyés dans la Septimanie.

Les courses des Normands 8c une nouvelle révolte des Bretons ayant obligé l'empereur à demeurer en deçà des Alpes, ce prince passa l'automne à Aixla-Chapelle. Il étoit dans ce palais le dix-neuvième ^ du mois d'octobre, qu'il accorda à Ermenald, abbé d'Aniane, la confirmation de la donation qu'il avoit faite à ce monastère du village de Caussenat [Curcionate), au diocèse de Lodève, dans le temps qu'il n'étoit encore que roi d'Aquitaine. Deux jours

' Annales Bertiniani, p. 191 & seq. ' L'Astronome^ Fie de Louis le Déionnaire, p. 3o3.

'Nous ne pouvons que répéter ce que nous ^Ado, Clironicon , Bibliotheca Patrum , t. 16,

avons déjà dit : Asnarlus, comte de la Gascogne p. 809. — V Asuonome, Vie de Louis le Dchonnaire,

citérieure, n'a pas une existence plus authentique p. 3?.'î.

que son comté. C'est toujours la charte d'AIaon, '' Thégan, Lambecius, Appendix, t. 2, p. 391.

qui, comme on le voit, a fourni aux historiens — Annales Bertiniani, p. 191 & seq.

une matière plus considérable que son étendue ne « Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

pouvait le faire supposer. [E. M.] n. LI.

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après, il confirma cette abba) e dans la possession de tous les biens dont elle jouissoit', Si dont il avoit donné lui-même une grande partie; il lui soumit pour toujours celle de Gellone. Il est fait mention dans cette dernière charte de quelques pâturages situés sur les confins du Rouergue & du diocèse de Nimes, dans les montagnes des Cévennes, auxquelles l'empereur donne le nom général d'Alpes. Les limites de ces pâturages' avoient été réglées par Ragambaldus & le comte Fulcoald , envoyés de ce prince. Nous remarquons ceci, parce qu'il paroît^ que ce dernier est le même que Fulguald, tige des comtes héréditaires de Toulouse.

CXXXVII. — L'empereur augmente le partage de Charles le Chauve.

L'impératrice Judith, voyant toutes ses mesures rompues par la nouvelle désobéissance de Lothaire à qui elle vouloit faire autoriser le nouveau partage qui avoit été fait en faveur de Charles le Chauve, son fils, engagea'* l'empereur à tenir, pendant l'hiver, une diète à Aix-la-Chapelle, & de taire approuver ce partage par les rois d'Aquitaine & de Bavière, que ce prince y appela. Pépin ne se rendit pas à cette diète; il se contenta d'y envoyer des députés qui n'osèrent s'opposer, non plus que le roi de Bavière qui étoit Éd.origin. présent, à la nouvelle disposition que l'empereur y fit en faveur du jeune Charles dont il augmenta considérablement la portion. Il lui donna, en effet, outre la partie du royaume qu'il lui avoit destinée par le partage de Thionville de l'an 835, la plupart des provinces dont il avoit augmenté alors la portion de ses deux frères Pépin & Louis, entre autres toute la partie de la Neustrie située entre la Meuse & la Seine ; les pays situés entre cette dernière rivière 8c la Somme avoient été donnés à Pépin par le même partage. La diète d'Aix-la-Chapelle ayant approuvé cette nouvelle disposition, Charles reçut le serment de fidélité de tous ceux qui par là devenoient ses vassaux Se qui s'y trouvèrent présens.

Le roi de Bavière ne demeura pas longtemps sans témoigner son mécontentement de ce nouveau partage. Il fut à peine de retour dans ses Etats, qu'il envoya demander à Lothaire un lieu où ils pussent conférer ensemble & délibérer des moyens de forcer l'empereur à révoquer cette disposition qui leur étoit également injurieuse & préjudiciable. L'entrevue de ces deux princes se fit à la mi-carême de l'an 838 •"• dans les vallées du Trentin ; mais, soit par crainte, soit par respect, tous leurs projets se terminèrent à prendre le parti de dissimuler en attendant une occasion favorable de faire éclater leur mécontentement Se de faire valoir leurs droits.

Le résultat de leur conférence <5 ne fut pas cependant si secret, que l'empe-

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, p. 192. — L'Astronome, Vie de Louis le Vêhonnaire,

n. LII. p.3i6. — Voyez tome II, Vote XCVI.

' Voyez tome II, Note XCIX, n. \6. ' Annales Bertiniani , p. ipS. — Annales Ful-

i JlfiJ, Jenses, p. 346. — Voyez tome II, Note XCVI, n. 9. ■• Nithard, 1. 1, p. 35i. — Annales Bertiniani, " Annales Bertiniani, p. içS.

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reur n'en fût informé. Ce prince, pour prévenir leurs entreprises, manda aussitôt toutes ses troupes & leur ordonna de se rendre auprès de sa personne pour être en état de s'opposer à la ligue de ses deux fils. Il fit dire en même temps au roi de Bavière de venir le joindre après les fêtes de Pâques. Ce prince obéit Se tâcha de s'excuser sur la conférence qu'il avoit eue avec Lothaire; mais il le fit d'une manière si peu respectueuse, que l'empereur, son père, en prit occasion de le dépouiller de la France orientale dont il avoit agrandi ses États par le partage de Thionville. Ce pays s'étendoit en deçà & en delà du Rhin & comprenoit l'Alsace, la Saxe, la Thuringe, avec une partie de l'Austrasie 61 de l'Allemagne. Ceci se passa dans une assemblée que l'empereur tint au mois de juin, à Nimègue, après laquelle il en convoqua une autre à Kiersi-sur-Oise, pour le mois de septembre' suivant.

CXXXVIII. — Pépin s'unit avec l'empereur, son père. — Charte de ce prince en faveur de l'abbaye de la Grasse. — Mort d'Oliba 1, comte de Carcassonne.

Un de nos historiens modernes^ prétend que Pépin se trouva avec ses deux frères à la conférence du Trentin; mais les anciens historiens^ ne parlent que de Lothaire, roi d'Italie, 81 de Louis, roi de Bavière. Il paroît, au contraire, que Pépin, quoique sans doute aussi mécontent que ses frères de la nouvelle disposition de l'empereur en faveur de Charles, garda des mesures & n'en témoigna aucun ressentiment, du moins au dehors. L'impératrice Judith, cherchant de son côté pour son fils la protection de quelqu'un des frères de ce prince, Se voyant qu'elle n'avpit pu obtenir celle de Lothaire, fit tous ses efforts pour gagner les bonnes grâces de Pépin, St elle y réussit.

Ce roi qui fut mandé par l'empereur, ainsi que Louis, son frère, à la diète de Kiersi, se mit en devoir de s'y rendre. Il étoit alors en Touraine"*, où il accorda, avant son départ, à Agila, abbé de la Grasse, la confirmation'' des privilèges que l'empereur, son père, avoit accordés à cette abbaye, entre autres la possession libre des biens qui lui appartenoient dans le voisinage, 8; dont l'abbé Hélisachar Se le comte Oliba envoyés [missi) du prince avoient marqué les limites, du prieuré de Saint-Cucufat de Plexus, aujourd'hui Saint- Couat, sur la rivière d'Aude Se les confins des diocèses de Carcassonne Se de Narbonne, dont les bornes avoient été réglées par le comte Dellon^ &. Gisclafred , son fils , des biens que les Espagnols réfugiés dans le pays avoient donnés au même monastère. Se qui faisoient partie de ceux qui avoient été accordés à ces étrangers Se qu'on appeloit aprision, Sec. Pépin se réserva à

■ Voyez tome II, Note XCVI, n. 9. " Il faut lire dans la charte originale Bcllon,

' Le P. Daniel, Histoire Je France, t. I , p. 640. sans aucune hésitation, & corriger ainsi l'ortho-

' Voyez tome II, Note XCVI, n. 9. graphe de ce nom, qui ne paraît qu'une fois dans

' MiibiUon, Annales, ad ann. 838, n. 1. les textes. — Voir tome II, Chartes & Diplômes,

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, n. LUI. [A. M.| n. LUI.

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[oo8 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX.

lui-même ou aux comtes de son palais la connoissance des affaires de cette abbaye & accorda aux religieux la liberté d'élire leur abbé, conformément à la règle de Saint-Benoît. Cette cliarte, qui fut donnée dans le lieu de Saint- Martin en Campagne {in Campania) ^ petit pays' de la Touraine situé à la gauche de la Loire, est datée du 3 septembre, la vingt-cinquième année du règne de l'empereur Louis le Débonnaire, Se la vingt-quatrième de celui de t!^î'p"f'i's Pepii^) indiction première, ce qui confirme ce que nous avons déjà dit ailleurs, que ce dernier comptoit les années de son règne depuis la fin de la première de l'empire de Louis le Débonnaire, son père, & que le comté de Carcassonne, d'où dépendoit l'abbaye de la Grasse, faisoit partie de ses Etats. Oliba, comte de Carcassonne, dont il est fait mention dans le même diplôme, étoit déjà décédé dès le mois de mai de l'année^ précédente, comme l'on voit par un accord que Richilde, sa veuve, fit alors avec Agila, abbé de la Grasse, au sujet d'un alleu ou terre appelée Favars & située dans le diocèse de Carcassonne, que ce comte, conjointement avec Elmetrude, sa première femme, avoit prise à précaire de cette abbaye dix-sept ans auparavant, & dont Richilde renouvela le bail pour le terme de vingt autres. Nous ignorons les noms du prédécesseur & du successeur immédiats d'Oliba dans le comté de Carcassonne. Nous verrons, dans la suite, que vers la fin du règne de Charles le Chauve il y avoit un autre comte de Carcassonne de même nom, ce qui nous fait conjecturer^ que celui-ci descendoit de l'autre"*. Nous avons déjà dit ailleurs qu'il paroît que le comte Dellon^^ & son fils Gisclatred, dont il est parlé dans la charte du roi Pépin, avoient possédé successivement ce comté avant Oliba L

CXXXIX. — Charles le Chauve déclaré roi de toute la Neustrie à la diète de Kiersi. — Barthélemi, archevêque de Narbonne, & Etienne, évêque de Bé-^iers, réconciliés avec l'empereur.

Pépin étant arrivé à la diète de Kiersi, qui commença à la mi-septembre, l'empereur lui fit^ toute sorte de caresses pour l'engager à prendre les intérêts du jeune Charles. Le roi d'Aquitaine, gagné par ces marques d'amitié, autant que par les intrigues & l'adresse de Judith, promit non-seulement de vivre en bonne intelligence avec ce jeune prince & d'être son protecteur à l'avenir, mais il consentit encore, à son propre préjudice, que l'empereur augmentât alors la portion de ce prince & qu'il lui donnât le duché du Maine, ou la partie de la Neustrie située entre la Loire & la Seine. Tout

' A. de Valois, Notitia Galliarum, p. Syi. a que quarante ans, ce qui n'est pas invralsem-

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, blable pour un comte qui semble être toujours

n. L. resté fidèle à Charles le Chauve, témoin les donn-

' Voyez tome II, Note LXXX^'II, n. loi & suiv. tions de 870 & 877. [A. M.]

* Il n'y a pas de raisons sérieuses pour ne pas ' Lisez Bellon ; voir la note 6 de la page 1007.

admettre qu'Oliba II, qui paraît de 870 à 877 & " Nithard, 1. 1, dans Duchesne, t. 2, p. 302.

qui était frère d'Acfred, comte de Ra.zès, soit fils Annales Bertiniani, p. ipS. — L'Astronome, Vie

de ce premier Oliba ; en effet, de 837 à 877, il n'y de Louis le Débonnaire, p. 3 16.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. IX. 1009 ^^ gjg

ce pavs avoit été destiné, en effet, à Pépin par le partage de Thionville de l'an 835, de même que la partie de la Neustrie située entre la Seine 8c la Somme, que l'empereur lui avoit ôtée pour la donner à Charles à la diète précédente d'Aix-la-Chapèlle. Louis le Débonnaire fit ensuite la cérémonie de donner la ceinture militaire à ce jeune prince, âgé alors de quatorze ans, & lui ayant mis en même temps la couronne sur la tête, il le fit reconnoître publiquement pour roi de toute la Neustrie par les vassaux de ce royaume qui se trouvèrent présens à la diète Se qui lui prêtèrent serment de fidélité. Barthélemi ' , archevêque de Narbonne , 81 Etienne, évêque de Béziers, assistèrent à cette diète, de même qu'Agobard, archevêque de Lyon, 8c Bernard, archevêque de Vienne, ce qui prouve que les deux premiers, qui auparavant avoient pris parti en faveur de Lothaire contre l'empereur, étoient rentrés dans les bonnes grâces de ce dernier, 8c que les deux autres avoient été rétablis dans leurs sièges. On ^ a prétendu qu'Etienne, dont nous venons de parler, n'étoit pas évêque de Béziers, mais archevêque de Bourges; la présence d'Agiulphe, archevêque de cette dernière ville à la même diète prouve le contraire.

CXL. — Plaintes contre Bernard, duc de Septîmanîe. — Commissaires nommés pour la réjbrmation de cette province.

Entre les mesures qu'on prit dans cette assemblée sur plusieurs affaires importantes, on résolut-^ de pacifier les troubles dont la Septimanie continuoit d'être agitée malgré les soins qu'on s'étoit déjà donnés à la diète de Crémieu pour les apaiser 8c rétablir la paix dans cette province. Le duc Bernard, qui en avoit le gouvernement, avoit profité, à l'exemple de plusieurs autres seigneurs du royaume, des divisions qui régnoient dans l'État pour envahir les biens ecclésiastiques. On accusoit, d'un autre côté, ses officiers de s'être emparés de ceux des particuliers 8c de vexer impitoyablement les peuples. La noblesse du pays, ne pouvant supporter plus longtemps ces désordres, se ligua contre Bernard 8c envoya des députés à la diète de Kiersi pour se plaindre à l'empereur de la conduite 8c des entreprises de ce duc, &c le supplier de vouloir les prendre sous sa protection. Ils demandèrent en même temps des commissaires capables, par leur équité, leur prudence 8c leur autorité de réformer les abus qui s'étoient glissés dans le pays, d'y rétablir la paix 8c de faire rentrer dans la possession de leurs biens ceux qui en avoient été injustement Éd. orinin. dépouillés. Ils demandèrent surtout d'être maintenus dans l'usage de leurs anciennes lois (^avitam eis legem conservarent) , qui , comme nous l'avons remarqué ailleurs, ne différoient pas des lois romaines ou de l'abrégé du Code théodosien pour les anciens peuples du pays Se du code des lois visigothiques pour les Visigoths.

' Gesta AlJrici episcopi Cenomanensis , c. 5o, — ' Voyez tome II, Note XCV.

Le Cointe, ad ann. 837, n. i-j & seq. ' V Astronome, Vie Je Louis le Déionnairc, p. 3 16.

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loio HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. IX.

L'empereur, touché de ces plaintes, nomma, à la prière de la noblesse de la Septimanie, pour commissaires dans cette province, ceux que les députés proposèrent eux-mêmes, & en qui ils avoient une entière confiance, savoir : Adrevalde, moine &c abbé de Flavigni, en Bourgogne, & les comtes Boniface & Donat, personnages également respectables par leur mérite & leurs emplois. L'empereur s'étoit servi du premier', l'année précédente, pour la négociation d'une affaire importante auprès du pape Grégoire IV. Le second s'étoit également distingué dans l'exercice^ des armes & de la justice, pendant qu'il étoit gouverneur de l'île de Corse quelques années auparavant; il avoit donné la chasse aux corsaires qui infestoient les côtes de l'Italie & avoit porté ensuite la guerre dans le cœur de l'Afrique. Enfin, le comte Donat étoit d'autant plus agréable aux peuples de la Septimanie, qu'ils avoient été témoins, onze ans auparavant, de son habileté à manier les esprits dans le temps qu'il fut envoyé dans la province pour y apaiser les troubles que la révolte d'Aïzon y avoit excités. Ainsi on a tout lieu de croire que ces envoyés s'acquittèrent de leur commission avec succès Se au gré de la noblesse & du peuple de la Septimanie.

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