‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 520 sur 553 · V. — Mort de Louis le Débonnaire · texte numérisé non relu

V. — Mort de Louis le Débonnaire

An 840

Toutes ces affaires obligèrent l'empereur de faire un long séjour à Poitiers, où il célébra 8 la fête de Noël Se celle de la Purification. Il étoit encore dans

' Voyez, sur Émenon & sa famille, la Note adii- Gérard. — Voir tome II, la Note additionnelle à

tionnelle à la Note LXXXVII du tome II. la Note LXXXVII. [E. M.]

' Adhémar de Chabannais, p. j6o. ^ Adhémar de Chabannais, p. 160.

' Voyez tome II, Note LXXXVII, p. 92 & suiv. « Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 92.

■•Toutes ces généalogies sont fausses. Emenon ' Adhémar de Chabannais, p. 160.

avait bien un frère nommé Bernard, mais ce Ber- * Annales Bertiniani, p. 197. — Nithard, 1. I,

nard n'est point la tige des comtes de Poitiers & dansDuchesne, t. 2, p. 363 & suiv. — L'Astronome,

n'appartenait pas à la famille de Guillaume de Fie de Louis le Débonnaire , p. 3 18. — Annales

Gellone pas plus que les descendants du duc Fuldenses, p. 047,

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. loig ~T~o

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cette ville au commencement du carême, quand il apprit les mouvemens qui s'étoient élevés dans la Germanie, Se que le roi de Bavière, son fils, après avoir pris les armes, faisoit tous ses efforts pour faire révolter cette partie de l'Empire françois. Cette nouvelle affligea extrêmement l'empereur Se ne contribua pas peu à affoiblir sa santé déjà altérée par l'âge 8c les infirmités. Il eut surtout une peine extrême de se voir obligé d'entreprendre un voyage pendant ce saint temps, qu'il avoit coutume de passer dans les exercices de la prière 8c de la pénitence. Sa présence étant cependant absolument nécessaire au delà du Rhin pour apaiser les troubles qui s'y étoient élevés, il se mit en marche avant que d'avoir entièrement pacifié ceux d'Aquitaine Se, laissant ce soin à l'impératrice 8c à Charles, son fils, il emmena avec lui le jeune Pépin, sous prétexte de le faire élever sous ses yeux. Il célébra la fête de Pâques à Aix-la-Chapelle, passa ensuite le Rhin 8c entra dans la Thuringe. Le roi de Bavière, qui étoit campé dans ce pays, se défiant de la fidélité de ses troupes, déjà ébranlées par le respect qu'elles avoient pour l'empereur, prit alors le parti de se retirer dans ses États. L'empereur, ne croyant pas devoir le poursuivre, résolut seulement de le faire juger comme rebelle dans une diète générale qu'il convoqua sur ce sujet à Worms pour le premier de juillet suivant, 8c à laquelle il manda Lothaire, son aîné. Il s'étoit déjà mis en marche pour s'y rendre, quand, accablé par ses infirmités 8c sentant son mal augmenter, il «e vit contraint de s'arrêter dans une île du Rhin, située au-dessous de Mayence, vis-à-vis le palais d'Ingelheim. Il mourut en cet endroit, le 20 de juin' de l'année 840, dans la soixante-quatrième de son âge, après avoir fait par sa bonté 8c son amour pour la justice les délices 8t le bonheur de ses peuples. Un ancien historien lui donne trente-sept ans de règne en Aquitaine ou dans le royaume de Toulouse, qu'on peut compter depuis l'an 778, que Charlemagne, son père, lui destina ce royaume aussitôt après sa naissance, jusques à la mort de ce prince en 814 ou depuis l'an 781, qu'il en reçut la couronne à Rome, jusques en 817, qu'il fit couronner roi d'Aquitaine Pépin, son second fils. Il envoya avant sa mort la couronne, le sceptre, l'épée 8c les autres ornemens impériaux à son fils Lothaire, à condition qu'il exécuteroit fidèlement la promesse qu'il avoit faite à l'impératrice Judith 8c à Charles, son fils, de maintenir ce dernier dans la paisible possession de la partie du royaume qu'il lui avoit donnée en partage.

VI. — Lothaire déclaré empereur. — Ligue de ce prince avec Pépin II, roi d'Aquitaine, contre Louis de Bavière (y Charles le Chauve,

Lothaire n'eut pas plutôt appris le décès ^ de l'empereur, son père, qu'il résolut d'envahir tout l'empire. Il dépêcha des courriers dans toutes les provinces pour tâcher de se faire reconnoître seul 8c unique maître, Se déclara en même temps qu'il conservoit chacun dans ses emplois, avec promesse d'en

' L'XilTonomty Vie Je Louis le Dcionnaire,f.'^lo. ' Nithard, 1. 2, dans Duchesf. , t. 2, p. Si^.

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donner de plus considérables à ceux qui s'attacheroient plus fortement à son parti. Il ordonna aux-seigneurs qui lui étoient suspects de lui prêter serment de fidélité, Se à tous les vassaux de l'Empire de se rendre incessamment auprès de sa personne. Il différa cependant de passer les Alpes jusques à ce qu'il eût été informé du succès de ses ordres, & sur l'avis qu'il reçut par le retour de ses courriers, que la plupart des seigneurs, soit par crainte, soit par espérance, se déclaroient en sa faveur, & que plusieurs s'étoient même mis en marche dans le dessein de le joindre, il partit d'Italie pour venir prendre possession de toute la monarchie.

Ce prince, prévoyant cependant que les rois Louis & Charles, ses deux frères, ne manqueroient pas de traverser ses projets, résolut de les réduire ou Éd. origin. p^j. force OU par artifice. Il se mit d'abord en état d'attaquer le roi de Bavière à qui il déclara la guerre, & voulant amuser Charles pendant ce temps-là, il lui envoya des ambassadeurs pour l'assurer qu'il vouloit exécuter fidèlement le traité de partage qui avoit été réglé à la diète de Worms & le laisser paisible possesseur de ses États, mais qu'il le prioit de discontinuer la guerre qu'il avoit entreprise contre le jeune Pépin jusques à ce qu'ils eussent conféré ensemble sur les prétentions de ce dernier. Lothaire se mit ensuite en marche' contre le roi de Bavière, qui, mécontent du partage de Worms, dans lequel il prétendoit être extrêmement lésé, s'étoit déjà emparé des provinces de la Germanie qui avoient été destinées à ce prince par le même partage^. Les deux armées se rencontrèrent à Francfort ^5 elles étoient sur le point d'en venir aux mains lorsque Lothaire, incertain du succès du combat, fit proposer une conférence à Louis avec lequel il convint enfin d'une trêve jusqu'au onzième de novembre suivant, qu'ils décideroient leurs différends au même endroit ou par la voie de la négociation ou par celle des armes. Lothaire se flattant d'avoir meilleur marché du roi Charles le Chauve, tourna ensuite ses armes contre lui dans le dessein d'envahir ses Etats, nonobstant la parole qu'il lui avoit donnée de ne pas le troubler.

VIL — Bernard, duc de Septimanie, négocie la paix entre le roi Charles ^ le jeune Pépin. — Warin, duc de Toulouse ou d'Aquitaine pour le roi Charles, i^ Bernard pour Pépin.

Charles étoit alors à Bourges où il avoit convoqué l'assemblée d'Aquitaine pour conclure un accommodement avec Pépin, 8c pour se mettre par là en état de s'opposer plus aisément aux entreprises de Lothaire. Il attendoit avec impatience l'arrivée de ce jeune prince que ses partisans'', qui avoient entamé cette négociation, s'étoient engagés par serment d'amener à l'assemblée; mais ils différoient sous divers prétextes l'exécution de leur promesse, parce qu'ils ne cherchoient qu'à éloigner les armes de Charles le Chauve jusques à ce

' Annales Fuldenscs, p. 547. ' Nithard, 1. 2, dans Duchesne, t. 2, p. 364.

' IbU. ■• Ibid.

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que Pépin pût recevoir du secours de Lothaire dont il étoit soutenu. L'un des principaux qui s'employa à négocier la paix entre Pépin 81 Charles, fut Bernard', duc de Septimanie, qui étoit étroitement lié avec le premier. Ils s'étoient promis par serment de ne faire aucun accord ni traité l'un sans l'autre. Tous les seigneurs aquitains, partisans de Pépin, s'étoient liés avec lui par le même serment.

Bernard devoit avoir épousé les intérêts de ce jeune prince avec d'autant plus de chaleur, qu'il avoit eu des liaisons très-étroites avec le roi, son père; il étoit d'ailleurs redevable à ce dernier, à ce qu'il paroît^, du duché de Toulouse ou d'Aquitaine, auquel il l'avoit nommé, ce semble, après la mort du duc Bérenger; mais comme il étoit également sujet de Charles le Chauve à cause du duché de Septimanie qu'il tenoit de lui, il garda d'abord des mesures. De là vient sans doute que, voulant se ménager avec celui-ci, il fit semblant de s'entremettre pour négocier la paix entre lui & Pépin. Bernard ne put cependant si bien cacher ses menées secrètes & son union avec Pépin, que Charles n'en fût informé, ce qui engagea ce dernier, qui le soupçonnoit d'infidélité, à nommer de son côté^ au duché de Toulouse ou d'Aquitaine, Warin, seigneur bourguignon, qui lui étoit entièrement dévoué"*, en sorte que depuis ce temps-là ce duché ou gouvernement, qui comprenoit auparavant toute l'Aquitaine avec le comté particulier de Toulouse, demeura partagé =■ entre les partisans de Pépin 8t ceux de Charles le Chauve, & que le duc de Toulouse ou d'Aquitaine, nommé par l'un Se l'autre de ces deux princes, n'administra plus qu'une partie de ce royaume. Il paroît que Pépin étoit alors maître de Toulouse & des pays les plus voisins de la Septimanie, 81 Charles le Chauve du reste de l'Aquitaine.

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