‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 521 sur 553 · VIII. — Guerre entre Charles 6- Pépin · texte numérisé non relu

VIII. — Guerre entre Charles 6- Pépin

Les approches de Lothaire "^ rompirent toutes les négociations entre les deux compétiteurs à ce royaume. Pépin, qui se sentoit appuyé de ce prince, ne voulut plus entendre parler d'accommodement, Si Charles se vit obligé de son côté à se mettre en état de défense. Celui-ci envoya d'abord des ambassadeurs à Lothaire pour lui rappeler le souvenir du serment qu'il lui avoit fait de le laisser paisible possesseur de la partie du royaume qui lui étoit échue ; il lui promit, s'il vouloit vivre en paix, d'avoir pour lui toute sorte d'égards, de lui être toujours fidèle & de le respecter comme son aîné 8c son parrain. Lothaire, qui ne cherchoit qu'à l'amuser 8c à le surprendre, répondit qu'il Éd. oiigin, lui feroit savoir ses intentions 8c continua cependant sa marche. Sur cette

' Nithard, 1. 2, dans Duchesne, t 2, p. 366. doit pas figurer non plus au nombre des ducs de

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 18 8c suiv. Toulouse. Le successeur de Bérenger fut, selon

' IhU. n"" II, 24 & suiv. toute apparence, Acfred. (Voyez au tome II la Note

' Bernard n'a jamais été duc de Toulouse ou additionnelle à la Note LXXXVII, n. 10.) [E. M.l

d'Aquitaine. Il fut seulement duc de Septimanie ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 78.

ou de Gothie. Warin était comte de Mâcon ; il ne ' Nith.ird, 1. 2, dans Duchesne, t. 2, p. 364.

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réponse, Charles partit de Bourges & se rendit en toute diligence à Kiersi, sur la rivière d'Oise, où plusieurs seigneurs du pays furent le joindre pour le secourir. Les autres, qui avoient été prévenus & débauchés par son aîné, l'abandonnèrent 8t refusèrent de le reconnoître.

Charles fut à peine arrivé à Kiersi qu'il apprit que Pépin, s'étant mis en campagne pour favoriser Lothaire, s'approchoit de Bourges dans le dessein de s'en emparer & d'enlever l'impératrice Judith qu'il y avoit laissée. Sur cet avis, après avoir pourvu à la sûreté de ses frontières, il partit en diligence Sx. arriva à temps à Bourges pour mettre l'impératrice, sa mère, à couvert des entreprises de ce prince. Il attaqua ensuite son armée 8c la mit en fuite. Cette action se passa au commencement du mois d'août, car il en est fait mention, à ce qu'il paroît, dans une lettre de Loup, abbé de Ferrières', écrite dans ce temps-là. Charles, dans le dessein de retourner en France, pourvut avant son départ à la sûreté de l'Aquitaine & fit marcher divers corps de troupes qu'il dispersa en divers endroits de ce royaume. Il en mit un à Clermont, sous le commandement de Modoin, évêque d'Autun, Sa. d'Autbert, comte d'Avallon, en Bourgogne, un autre à Limoges, sous les ordres de Gérard, comte d'Auvergne, qui, quoique beau-frère du jeune Pépin, avoit pris néanmoins le parti de Charles, & un troisième à Angoulême, sous la conduite de Raynald, comte d'Herbauges.

IX, — Traité provisionnel entre Lothaire &> Charles le Chauve. — L'Aquitaine &• la Septimanie demeurent au dernier.

Sur ces entrefaites, Lothaire, après avoir passé la Meuse qui séparoit ses États d'avec ceux qui étoient du partage de Charles, s'avança sans aucune opposition^ jusques à la Seine, oii la plupart des seigneurs du pays se soumirent volontairement. Il passa ensuite cette rivière & s'approcha de Chartres-^, à la tête de son armée, tandis que ses émissaires soumettoient à sa domination, ou par menaces ou par caresses, tous les pays situés entre la Seine & la Loire. Ce prince étoit résolu de pousser plus avant ses conquêtes 8t d'entrer en Aquitaine pour se joindre à Pépin, quand il apprit que Charles marchoit contre lui. Celui-ci, après avoir battu Si mis en fuite le jeune Pépin, s'étoit, en effet, avancé vers la France avec l'impératrice, sa mère, qu'il vouloit mettre en lieu de sûreté. Il comptoit d'arriver à Kiersi le 24 du mois d'août; mais, informé du progrès des armes de Lothaire & du dessein qu'il avoit d'entrer en Aquitaine, il s'arrêta & assembla son conseil pour délibérer sur les mesures qu'il avoit à prendre dans ces circonstances.

■ Lupus, abbas Ferrariensis, Efi'sr. 28. Carna. [Note des Bénédictins.) — Le manuscrit

' Nithard, \. 2, p. 366. unique porte en réalité Caramtenam civitatem ; du

' Il y a Curentanam civitatem dans Nithard, ce reste, la correction de dom Vaissete a été faite

qui ne signifie rien; mais en lisant Carnutcnam, le aussi par les éditeurs des Monumenta histor. Ger-

sens est intelligible, & en effet, les copistes de cet man. {Voit Pertz, SS. t. 2, p. 6Ô7 & suiv.

historien peuvent avoir aisément écrit Caren pour [A. M.]

An 840

L'avis de tous les seigneurs du conseil ayant été de mourir les armes à la main pour la défense de leur roi légitime & d'aller incessamment à l'ennemi, il continua sa marche &. joignit enfin son aîné.

Les deux armées se recontrèrent aux environs d'Orléans & campèrent à six lieues l'une de l'autre. Lothaire, qui n'avoit nulle envie d'en venir aux mains & qui ne cherchoit qu'à amuser le roi, son frère, pour avoir le temps de débaucher ses troupes & éviter par là le risque d'une bataille, lui fit faire d'abord des propositions de paix. Mais, ne pouvant engager les troupes de ce prince dans ses intérêts, comme il s'en étoit flatté, en attendant une autre occasion d'employer utilement l'artifice, il offrit à Charles de le laisser paisible possesseur de l'Aquitaine, de la Septimanie, de la Provence & de dix comtés entre la Loire 8c la Seine, jusques à la décision de leurs différends dans une assemblée qu'ils tiendroient à Attigny, sur la rivière d'Aisne, le 8 du mois de mai de l'année suivante, à condition qu'il ne 3ortiroit pas de ces provinces avant ce temps-là. Quelque dures que fussent ces conditions, Charles les accepta, de l'avis de son conseil, qui ne crut pas qu'il diit s'exposer à perdre la vie & ses États dans un combat dont le sort étoit d'autant plus incertain pour lui que son armée étoit beaucoup moins forte que celle de son frère. Comme Lothaire n'avoit fait ce traité provisionnel que pour gagner du temps & tourner plus librement ses armes contre le roi de Bavière, il se mit peu en peine de l'exécuter; si bien que, loin de laisser Charles en possession des provinces qu'il lui avoit cédées, il y envoya des émissaires pour en Kd.oriRin. débaucher les peuples 8c les faire déclarer en sa faveur. Il s'avança lui-même jusques en Provence pour aller au-devant de plusieurs seigneurs du pays qu'il avoit gagnés 8c qui dévoient se soumettre à sa domination.

X. — Bernard, duc de Septimanie, encourt la disgrâce de Charles.

Charles', après avoir conclu le traité dont nous venons de parler, se rendit à Orléans où il reçut quelques troupes de Bourgogne que lui amenèrent les comtes Théotbalde 8c Warin, 8c où Bernard, duc de Septimanie, avoit ordre de venir le joindre avec celles de son gouvernement. Ce dernier avoit fait semblant d'obéir 8c s'étoit mis en marche, mais il s'excusa de se joindre à ce prince, qui s'étoit avancé jusques à Nevers pour le recevoir, sous prétexte des engagemens qu'il avoit pris avec Pépin. Il offrit seulement d'aller trouver celui-ci 8c de le porter, aussi bien que tous ses partisans, à se soumettre 8c à faire leur paix, avec promesse, s'il ne pouvoit réussir, de se dégager du serment qu'il lui avoit fait, de venir trouver Charles au bout de quinze jours 8c de le reconnoître pour son seigneur. Ce double engagement de Bernard envers les deux rois confirme ce que nous avons déjà dit que ce duc étoit vassal de Pépin pour le duché de Toulouse ou gouvernement d'Aquitaine, 8c de Charles pour celui de Septimanie.

' Nithard, 1. 2, dans Diichesne, t. 2, p. 366 & suiv.

An 8

An 840 '

Ce dernier, comptant sur la parole du duc de Septimanie, s'avança jusques à Bourges, où il croyoit le recevoir au jour marqué, qui tomboit ' au commencement de l'an 841. Bernard arriva, en effet, dans cette ville; mais il ■ n'amena ni Pépin, ni aucun des partisans de ce prince; il refusa même ^ de reconnoître Charles pour son seigneur, comme il l'avoit promis. Ce roi , extrêmement irrité contre le duc, résolut de profiter de cette occasion, qui lui parut très-favorable, pour le punir tant de son infidélité passée envers l'empereur, son père, que de sa mauvaise conduite à son égard : il se mit d'abord en état de l'attaquer & de s'assurer de sa personne. Le duc de Septimanie fut averti un peu tard des desseins de Charles; il eut cependant le temps de s'évader, quoique avec peine, des mains de ce prince qui l'avoit déjà investi, & qui tua ou blessa une partie de ses gens, fit les autres prisonniers & livra tous ses équipages au pillage.

XI. — Il se réconcilie avec ce prince 6* travaille à le réunir

avec Pépin.

Bernard, délivré d'un si grand péril, fut dans la suite beaucoup plus circonspect & plus attentif sur ses démarches. Dans la vue de se consei^ver le gouvernement de Septimanie, qu'il craignoit de perdre après avoir encouru la disgrâce de Charles, il tâcha de se réconcilier avec ce roi. Il lui fit demander quelque temps après son amitié, sans abandonner toutefois les intérêts de Pépin, qu'il favorisa toujours secrètement. Charles, qui avoit dessein de se servir de lui pour négocier sa paix avec ce prince, lui permit de venir le trouver à Bourges où Bernard, qui l'alla joindre, tâcha de l'adoucir par de grandes protestations de fidélité, qu'il prétendoit n'avoir jamais violée à son égard. Ce duc l'assura qu'il lui en auroit donné des marques, s'il lui avoit été libre, dans le temps qu'il avoit eu le malheur de lui déplaire, 8*. que, malgré les mauvais traitemens qu'il avoit reçus de sa part, il épouseroit ses intérêts avec chaleur dans toutes les occasions & lui seroit toujours fidèle, qu'il pouvoir compter sur sa parole & qu'il étoit prêt à se battre en champ clos contre quiconque oseroit soutenir qu'il eût jamais manqué à ce qu'il lui devoit. Quelque persuadé que fût Charles du peu de sincérité des protestations de Bernard, il feignit néanmoins d'y ajouter foi, dans le besoin qu'il avoit de son puissant crédit pour engager Pépin à se soumettre & à le détacher de la ligue que ce jeune prince avoit faite avec Lothaire dont il avoit tout à craindre. Dans cette vue, il rendit non-seulement son amitié à Bernard, mais il le combla encore de grâces & de bienfaits, & le fit partir sur-le-champ pour aller négocier avec Pépin & ses partisans la paix dont il s'étoit offert d'être le médiateur.

■ Le Co'init, Annales ecdesianici Francorum, aà ' Nithard, 1. 2, dans Diichesne, t. 2, p. 366

ann. 841 , n. 10. & suiv.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. X. loiS — ~~

An 841

XII. — Bataille de Fontenai. — JVarin, duc de Toulouse , fait pencher la victoire du côté de Charles. — Fuite de Lothaire 6" de Pépin.

Charles, voyant que le temps de l'ouverture de la diète d'Attigny approchoit, assembla son conseil pour délibérer sur la conduite qu'il devoit tenir dans la conjoncture des affaires. Il fut conclu qu'en cas que Lothaire refusât de lui rendre justice par des voies de douceur, il auroit recours à celle des armes. Cela fait, ce prince se mit en marche à la tête de son armée, suivi de l'impératrice, sa mère, escortée par une partie des troupes d'Aquitaine j il ordonna à tous les Aquitains qui avoient pris son parti de venir le joindre ^\°^'^f^' sous la conduite de Warin, & fit assembler de toutes parts les troupes du reste de ses États qui lui étoient demeurées fidèles. Bernard se mit de son côté à la tête de celles de son gouvernement; mais ce duc, toujours attentif à se ménager entre ce roi 8c Pépin, retarda exprès sa marche Si s'arrêta en Aquitaine, dans le dessein de prendre son parti suivant l'événement.

Charles, à son arrivée auprès de la Seine, trouva que les troupes de Lothaire, après avoir rompu les ponts & retiré ou coulé à fond tous les bateaux, occupoient l'autre bord pour lui disputer le passage. Voyant d'ailleurs qu'il ne pouvoit passer cette rivière à gué, à cause d'une inondation qui l'avoit extrêmement grossie, il prit le parti de descendre jusques à Rouen, où s'étant emparé de quelques vaisseaux marchands, il la passa enfin heureusement 8c mit en fuite un corps d'armée qui en gardoit le passage de ce côté-là. Ce roi se rendit ensuite à Saint-Denis où, sur l'avis que les troupes qui tenoient le parti de Lothaire s'étoient mises en marche pour aller tomber sur celles que Théobalde, le duc Warin 8c plusieurs autres seigneurs lui amenoient, il repassa promptement la Seine. Après avoir marché toute la nuit, il arriva enfin au confluent de cette rivière 8c du Loing, entre Melun 8c Montereau- Faut-Yonne où il joignit Warin, 8c d'où il marcha ensuite vers Sens, dans l'espérance de surprendre l'armée de Lothaire, campée dans une forêt voisine; mais, sur l'avis de son approche, elle prit aussitôt la fuite. Charles, n'ayant pu la poursuivre à cause de l'extrême fatigue de ses troupes, se rendit le vendredi saint à Troyes, où il célébra la fête de Pâques.

Lothaire ', qui faisoit alors la guerre en personne à Louis, au delà du Rhin 8c le poussoit vivement, ayant appris que Charles avoit passé la Seine, partit incontinent pour tourner ses armes contre lui, sous prétexte qu'avant l'assemblée d'Attigny 8c sans sa participation il avoit passé les bornes qui lui avoient été prescrites. Charles se plaignoit de son côté de ce que Lothaire avoit enfreint le traité provisionnel qu'ils avoient fait ensemble 8c entre autres de ce qu'il avoit attaqué le roi de Bavière. Pour ne pas manquer cependant à sa parole, il se rendit à Attigny le 6 de mai, veille du jour marqué pour l'ouverture de l'assemblée. Il y attendit vainement durant quatre jours l'arrivée de Lothaire. Celui-ci, pour l'amuser, se contenta de lui envoyer faire de nou-

■ Nithard, I. 2, dans Duchesne, t. 2, p. 366 & suiv. — Annales FulJenses, p. 548.

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velles propositions; mais Charles les rejeta, sur l'avis qu'il reçut au même endroit, que le roi de Bavière, son frère, s'étoit mis en marche 8<. devoit venir le joindre incessamment.

Dans l'attente de ce secours, ce prince partit d'Attigny pour aller à Châlonssur-Saône au devant de l'impératrice, sa mère, qui s'avançoit avec les troupes d'Aquitaine. A son arrivée dans cette ville, il apprit que Louis, ayant rencontré Adalbert, duc de Metz ou d'Austrasie, qui lui disputoit le passage, avoit laissé ce général sur la place & taillé son armée en pièces dans une bataille qu'il lui avoit livrée le i3 de mai; qu'il avoit passé le Rhin & qu'il marchoit vers lui à grandes journées. Ces deux princes se joignirent enfin, malgré les efforts de Lothaire, & lui envoyèrent aussitôt des députés pour le supplier instamment de ne pas les troubler dans la possession des États que l'empereur, leur père, leur avoit laissés, & d'accorder la paix au royaume, avec offre de lui céder, pour obtenir son amitié, tout ce qu'ils avoient dans leur armée, à la réserve des armes & des chevaux.

Lothaire, insensible à ces propositions, leur fit dire qu'il étoit résolu de décider par les armes le différend qu'il avoit avec eux, 81 se mit en marche pour aller au-devant du secours que Pépin lui amenoit d'Aquitaine. Charles & Louis se voyant alors forcés d'en venir aux mains, s'avancèrent vers lui 8< le joignirent auprès d'Auxerre. Les deux armées campèrent d'abord en présence; mais Lothaire, n'osant s'exposer à un combat avant l'arrivée de Pépin, s'éloigna peu de temps après de trois lieues du camp de ses frères; ceux-ci le suivirent avec une partie de leurs troupes &. lui envoyèrent faire des plaintes de ce qu'il ne vouloit ni combattre ni faire la paix. Lothaire, qui ne cherchoit qu'a les amuser jusques à sa jonction avec Pépin , répondit qu'il leur feroit savoir ses intentions, & marcha cependant en même temps pour s'emparer de Éd. origin. Fontcnai, poste avantageux dans le diocèse d'Auxerre. Les deux princes, ses frères, avertis de son dessein, se hâtèrent de le prévenir, & ayant fait marcher toutes leurs troupes, se rendirent maîtres d'un village, appelé Tauriac, voisin de Fontenai. Ils étoient prêts, le lendemain 28 de juin, d'en venir aux mains, lorsqu'ils résolurent de faire auparavant une nouvelle tentative pour obtenir la paix de Lothaire aux mêmes conditions qu'ils lui avoient déjà proposées ; ils lui envoyèrent dire que s'il vouloit les accepter, ils lui céderoient, outre sa portion, quelques pays aux environs du Rhin 8c de la forêt des Ardennes, s'il n'aimoit mieux en venir avec eux à un nouveau partage de tout le royaume.

Lothaire, que Pépin n'avoit pas encore joint, demanda du temps pour délibérer sur ces nouvelles propositions. On convint enfin d'une trêve de deux jours; mais le lendemain, fête de saint Jean-Baptiste, Pépin étant arrivé avec ses troupes, il changea de sentiment Si ne voulut plus entendre parler de paix ni d'accommodement. Sur cela, les deux rois, après avoir rangé leur armée en bataille le 25 du même mois, à la pointe du jour, & s'être emparés d'une colline qui dominoit sur le camp de Lothaire, l'attendirent de pied ferme jusques à neuf heures du matin que la trêve devoit expirer. Ce dernier, de son

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côté, se mit en mouvement à la même heure, après quoi le combat s'engagea. Lothaire le commença par l'attaque des troupes de Germanie, commandées par le roi de Bavière & postées dans un endroit appelé Brittas. Il les enfonça d'abord & en fit un si grand carnage, qu'il se croyoit déjà victorieux, quand Warin', duc de Toulouse, étant venu en diligence à leur secours avec les Toulousains ou Aquitains & les Provençaux qu'il commandoit, rétablit le combat, battit Lothaire & l'obligea de reculer.

Dans ce même temps*, Charles le Chauve mit en déroute, après un combat fort opiniâtre, une autre partie de l'armée de ce prince avec laquelle il étoit aux prises dans un endroit nommé Fagit. Les comtes Adalard & Nithard ayant défait de leur côté le reste des troupes de ce roi Se celles de Pépin dans un lieu appelé Solemnat, malgré leur vigoureuse résistance, la victoire se déclara entièrement pour les deux rois, en sorte que Lothaire & Pépin se virent obligés de chercher leur salut dans la fuite, après une perte des plus considérables. Cette mémorable bataille, qui se donna un samedi, 25 de juin de l'an 841 ^, 8c non pas de l'an 842 comme quelques modernes'* l'ont avancé sans fondement, fut extrêmement sanglante & également fatale à toute la noblesse du royaume dont une grande partie y périt. L'État en fut si affoibli, que les princes françois se trouvèrent presque hors d'état de s'opposer aux fréquentes irruptions que les Normands firent depuis dans tout le royaume. Gérard, comte'' d'Auvergne, Se Ratharius, comte de Limousin, gendres de Pépin I, roi d'Aquitaine, furent du nombre des principaux seigneurs qui périrent dans cette occasion du côté des deux rois vainqueurs. La dignité du premier fut donnée à un de ses frères, nommé Guillaume, 81 celle du second à un comte, appelé Raimond. Après l'action û, Louis 8t Charles, touchés de voir sur la place un si grand nombre de François, firent sonner la retraite, 8<. défendirent de poursuivre les fuyards. Le lendemain, jour de dimanche, ils demeurèrent sur le champ de bataille pour faire enterrer les morts des deux partis 8c ordonnèrent trois jours de jeûne tant en action de grâces de leur victoire que pour l'expiation de leurs péchés Se de ceux qui avoient péri dans le combat.

Xin. — Conduite de Bernard avant 6* après la bataille de Fontena'i.

Êléfant, évêqtie d'U-^ès.

Bernard, duc de Septimanie, qui s'étoit avancé à la tête des milices de son gouvernement jusques à trois lieues de Fontenai, ne se trouva pas à l'action;

' Adhémar de Chabannais, p. i5i . — Acta sanc- 'Nithard, 1. 2, dans Duchesne, t. 2, p. 366

torum ordinis sancti Benedicti , saec. 4, part. 2, & suiv.

p. 227. — Duchesne, Recueil des historiens de ' Le Cointe & Pagi , ad ann. 841.

France, t. 3, p. 460. — Bihliotheca Floriacensis, * Daniel, Histoire de France.

t. 2, p. 38. — Chronicon S. Maxentii , p. 200. — ^ Annales Mettenses, ^. 3oi . — Adhémar de Cha-

Warin n'était pas duc de Toulouse. (Voyez tome II, bannais, p. 160.

la Note additionnelle à la Note LXXXVII, où nous * Nithard, 1. 3, dans Duchesne, t. 2, p. 371

avons indiqué la cause de cette erreur.) [E. M.] &suiv.

An 841

il se contenta d'en être spectateur 8c de se tenir neutre entre les deux partis, comptant de se maintenir par là dans le gouvernement de Toulouse ou d'Aquitaine & dans celui de Septimanie. Ce seigneur', à son départ de cette dernière province, avoit laissé Dodane, son épouse, à Uzès où elle accoucha, pendant son absence, d'un second fils, le 2 2 du mois de mars. Bernard en fut informé en Aquitaine où il s'étoit arrêté exprès, comme nous l'avons déjà remarqué. Il avoit amené avec lui Guillaume, son aîné, jeune seigneur de bonne mine & de grande espérance, âgé alors d'environ seize ans, car il étoit né le 29 de novembre de l'an 826. Bernard n'eut pas plutôt appris la ui'pl'îfx. naissance de son second fils, pendant son séjour en Aquitaine, que, sans attendre qu'il fût baptisé, il ordonna aussitôt de le faire venir auprès de lui, & chargea Éléfant, évêque d'Uzès, de le conduire. Selon un autre ^ historien, cet enfant du duc Bernard fut nommé comme son père. Nous aurons occasion d'en parler souvent dans le cours de cette histoire^. L'évêque d'Uzès alla joindre en Aquitaine le duc de Septimanie, accompagné de plusieurs seigneurs du pays qui marchèrent pour servir avec lui sous les enseignes de ce duc, car les divisions qui régnoient alors dans la famille roj^ale partageoienf* presque tous les évêques de France; plusieurs d'entre eux servirent dans l'armée à la suite du prince dont ils avoient épousé la querelle.

Bernard, après avoir été spectateur de la bataille de Fontenai, voyant que la victoire s'étoit déclarée en faveur de Charles, lui envoya incontinent Guillaume, son fils, pour lui renouveler les assurances de sa fidélité 8c lui offrir ses services auprès du jeune Pépin, avec promesse de l'engager à se soumettre à son obéissance avec ses partisans. Il chargea en même temps ce jeune seigneur de demander pour lui-même à ce prince l'investiture de plusieurs fiefs qu'il possédoit en Bourgogne, 8c, en cas qu'il la lui accordât, de lui en faire hommage 8c de le reconnoître pour son seigneur. Charles accepta les offres de Bernard 8c, après avoir accordé à Guillaume sa demande 8c reçu son serment, il les fit partir l'un 8c l'autre en diligence pour aller négocier la soumission de Pépin 8c de ses adhérens. Cela fait, il se sépara de Louis, qui prit sa route vers le Rhin. Il marcha vers l'Aquitaine avec l'impératrice, sa mère, dans la vue ou d'y conclure la paix avec Pépin ou d'y dissiper les restes de la faction de ce prince qui, nonobstant sa défaite à Fontenai, étoit encore en état de se faire craindre par son union avec Lothaire.

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