XIV. — Nouvelle guerre entre Charles &• Pépin
Pépin, qui s'étoit retiré après la bataille de Fontenai dans la partie de l'Aquitaine soumise à son obéissance, témoigna d'abord n'être pas éloigné
' Vodanae Manuale , dans les Acta sanctorum fut comte d'Autiin, & mourut en 872. (Voyez
oriinis sanct'i Benedicti, saec. 4, part. 1, p. ySo. tome II, la Note additionnelle à la Note LXXXVII,
' Annales Bertiniani, p. 221. — Voyez tome II, n. 1 1 . [E. M.]
2Vofe LXXXVII, n. 55. ■'Nithard, 1. 2, dans Duchesne, t. 2, p. 366
' Ce second fils s'appelait, en effet, Bernard; il & suiv.
y An 841
d'un accommodement. Il le refusa cependant bientôt après, sous divers prétextes dont il se servit, soit que Bernard, qui l'alla joindre, eût agi de bonne foi auprès de lui pour le porter à la paix Si à se soumettre au roi Charles, son oncle, soit plutôt qu'il l'en eût dissuadé sous main, comme la suite le fait assez comprendre. Ce duc, n'ayant pu réussir dans cette négociation, s'excusa du mieux qu'il put auprès de Charles, qui, voyant qu'il ne pouvoit rien gagner par la douceur, résolut de réduire Pépin par la force; mais, n'ayant pas assez de troupes Si se voyant obligé d'aller en France où ses affaires l'appeloient, il repassa la Loire sans avoir pu rien entreprendre de considérable en Aquitaine ; il engagea seulement quelques seigneurs du pays à embrasser son parti Si à se détacher de celui de son concurrent.
Charles, devant s'aboucher à Langres, le 1" de septembre, avec le roi de Bavière, son frère 81 son allié, s'avançoit vers cette ville lorsque ce dernier lui donna avis à Reims que Lothaire, après avoir assemblé une nouvelle armée, le pressoit vivement dans la Germanie Si qu'il ne pouvoit se trouver au rendez-vous. Là -'dessus, il se mit en état de marcher à son secours. Lothaire, qui en fut informé, manda incontinent à Pépin de venir le joindre avec toutes ses forces. Si, laissant là le roi de Bavière, il prit la route de France pour tourner ses armes contre Charles. Celui-ci, instruit de son dessein, lui envoya faire alors de nouvelles propositions de paix Si s'approcha cependant de Paris, tant pour y attendre l'arrivée du roi de Bavière, qu'il avoit mandé, que celle de tous ses vassaux à qui il avoit donné le même rendez-vous. Lothaire s'avança de son côté jusques à Saint-Denis où il se disposoit à passer la Seine pour aller attaquer Charles; mais une inondation extraordinaire qui survint l'en ayant empêché, il lui fit offrir la paix avec promesse de le laisser paisible possesseur de toute la partie occidentale du royaume depuis la Seine, à la réserve de la Provence Si de la Septimanie, à condition qu'il se détacheroit du roi de Bavière Si qu'il abanclonneroit les intérêts de ce prince, promettant de son côté d'abandonner ceux de Pépin Si de renoncer au serment qu'il avoit fait de le soutenir.
Charles répondit qu'il ne pouvoit avec honneur rompre l'alliance qu'un intérêt commun lui avoit fait contracter avec le roi de Bavière, son frère, ni consentir à abandonner les vassaux qui habitoient entre la Seine Si la Meuse, Si dont il avoit reçu le serment de fidélité; que l'empereur, leur père, avant t^t'""f"2 sa mort, ayant disposé de ce dernier pays en sa faveur, il ne jugeoit pas à propos de le céder ; que tout ce qu'il pouvoit faire, à cause des approches de l'hiver, c'étoit de convenir que chacun garderoit par provision les États dont il étoit actuellement en possession, jusques au printemps prochain , qu'ils tiendroient une diète pour terminer leurs différends à l'amiable. Si que, s'ils ne pouvoient s'accorder, ils les décideroient ensuite par la voie des armes. Lothaire, après avoir rejeté ces propositions, partit de Saint-Denis Se marcha vers Sens pour aller au-devant du jeune Pépin, qui lui amenoit un secours considérable d'Aquitains. Ces deux princes, après leur jonction, tournèrent
"""■; io3o HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X,
An 841
vers le Maine' où ils portèrent la désolation; mais, sur l'avis que le roi de Bavière venoit à grandes journées avec son armée au secours du roi Charles, Lothaire prit le parti d'abandonner ce pays Se de se retirer à Aix-la-Chapelle, où il passa le reste de l'hiver; Pépin, de son côté, repassa la Loire & retourna en Aquitaine.
XV. — Lothaire mis en fuite par Louis 6- Charles. — Les deux derniers partagent entre eux toute la royauté.
^^ g ^ Pendant ce temps-là Charles, après avoir célébré la fête de Noël à Châ-
lons-sur-Marne, s'avança vers le Rhin à la rencontre de Louis. Ces deux princes, après s'être joints à Strasbourg^, le 14 de février de l'année suivante, promirent par un nouveau serment de s'entr'aider contre les entreprises de Lothaire. Ce renouvellement de ligue se fit avec beaucoup de solennité : chacun harangua ses troupes dans la langue des peuples de sa domination, Charles en langage romain, 8c Louis en tudesque. Chacun écrivit ensuite 8c signa l'acte de ce serment, le premier en tudesque 8c l'autre en langue romaine. On peut^ remarquer, dans ces deux actes rapportés par un historien contemporain, que la langue qu'on appeloit romaine est presque la même que celle que parlent encore aujourd'hui"* les peuples de Provence, de Languedoc 8c de Gascogne, 8c qu'elle a beaucoup moins de rapport avec la françoise-''.
Après cette cérémonie, les deux rois se rendirept à Worms 8c envoyèrent des ambassadeurs à Lothaire pour le presser de consentir à la paix. En attendant leur retour 8c l'arrivée de Carloman, fils du roi de Bavière, qui amenoit un renfort, ces deux princes, pour se donner de nouvelles marques d'amitié, s'exercèrent aux joutes 8c aux tournois, monument le plus ancien que nous connoissions de ces sortes d'exercices, qui devinrent depuis si communs parmi la noblesse françoise. Carloman étant enfin arrivé, de même que les ambassadeurs que les deux rois avoient envoyés à Lothaire, sur le refus que fit celui-ci d'écouter aucune proposition, ils se mirent en marche, résolus de le combattre 8c arrivèrent jusques aux bords de la Meuse sans trouver le moindre obstacle. Lothaire, qui se voyoit hors d'état de leur résister 8c qui d'ailleurs avoit été abandonné par une grande partie de son armée, avoit déjà quitté ce pays 8c étoit parti, le 16 de mars*^, pour se retirer du côté du Rhône, avec le peu de troupes qui voulurent le suivre.
' Nithard, I. 2, dans Duchesne, 1, 2, p. 366 sait que cette ressemblanee apparente, indiquée
& suiv. — Annales Bertinlani, p. içS. par dom Vaissete, entre la langue des serments de
' Annales Bertiniani, p. 195. Strasbourg & les dialectes méridionaux avait con-
' Nithard, 1. 2, dans Duchesne, t. 2, p. 366 duit Raynouard à imaginer une langue romane,
& suiv. de laquelle seraient sortis tous les autres idiomes
*• Ihid, néo-latins, & qui aurait subsisté dans le proven-
' Il semble au contraire aujourd'hui, pour plu- çal moderne. [A. M.] sieurs raisons, tant philologiques qu'historiques, ^ Annales Fuldenses, p. 548. — Annales Berti-
que ce texte est écrit dans l'idiome du Nord. On niani, p. içS.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. io3i — ~~;
An 842
Les deux rois, devenus maîtres absolus d'une grande partie du royaume, par la ' retraite de ce prince, se rendirent à Aix-la-Chapelle, où ils firent choix de douze seigneurs des plus intelligens pour faire le partage de tous les États François. Ces députés y travaillèrent incontinent & furent moins attentifs à faire les portions égales qu'à faire en sorte qu'elles fussent à la bienséance de chacun des deux princes. Toute la partie occidentale du royaume, depuis la Meuse, échut à Charles. & le reste à Louis.
XVL — Partage provisionnel entre les princes français, à l'exclusion de Pépin. Charles demeure maître de l'Aq^uitaine 6- de la Septimanie.
Lothaire, pendant ce temps-là, tâchoit de ranimer son parti du côté de Lyon & du Rhône; mais ce fut inutilement. Enfin, désespérant de pouvoir soumettre ses frères par la voie des armes, il s'avança jusques à Mâcon & leur envoya des ambassadeurs pour leur faire de nouvelles propositions de paix. Après s'être excusé sur sa conduite passée, il leur fit dire que si par déférence à la dignité impériale, ils vouloient lui céder quelque chose au delà du tiers de la monarchie, il leur abandonneroit tout le reste, s'ils n'aimoient mieux en venir à un partage égal de toute la monarchie, à la réserve des royaumes de Lombardie, d'Aquitaine & de Bavière dont chacun d'eux conserveroit celui qui lui étoit échu en partage. Il ajouta que chacun gouverneroit ses États indépendamment l'un de l'autre, sans préjudice de l'amitié & de l'union fraternelle. Lothaire renonçoit^ par là à la principale de ses prétentions, qui étoit de dominer en qualité de chef de la famille royale sur toute la monar- ^•°"f^~
chie françoise, suivant les vues qu'avoient eues autrefois Charlemagne^ Se Louis le Débonnaire.
Louis & Charles étoient aux environs de Châlons-sur-Saône, lorsqu'ils reçurent les ambassadeurs de Lothaire. Ils acceptèrent leurs propositions & convinrent avec eux de lui donner pour son tiers du royaume, outre l'Italie, dont il étoit déjà en possession, tous les pays situés entre le Rhin & les Alpes d'un côté, Se de l'autre entre la Meuse, la Saône, & le Rhône depuis Lvon jusques à l'embouchure de ce fleuve dans la mer, Se que, s'il n'étoit pas content de ce partage, ils remettroient encore la décision de ses prétentions à une nouvelle bataille. La conférence finie, les deux rois lui envoyèrent leurs ambassadeurs pour lui faire part de leurs résolutions. Lothaire leur témoigna qu'il n'étoit pas tout à fait content de la portion qu'on lui offroit 8<. qu'il souhaitoit encore quelque chose de plus, ce qui fit que ces ministres se chargèrent, sans aucun ordre de la part de leurs maîtres, d'y faire ajouter encore quelques pays à la gauche de la Meuse Se vers les Ardennes. Ils convinrent en même temps avec ce prince qu'on s'en tiendroit à ce partage provisionnel jusques à ce qu'on pût en faire un nouveau qui fût parfaitement égal. Se
' Nithard, 1. 4, dans Diichesne, t. 2, p. Syô * Voyez tome II, Note XCIV, n. 4.
& suiv. — Annales Fuldcnses, p. Ô48. ' Ibid,
An 842
io32 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.
dans lequel les royaumes d'Italie, d'Aquitaine & de Bavière ne seroient pas compris, ainsi qu'on en étoit déjà convenu, & qu'enfin Lothaire, en qualité d'aîné, auroit le choix des trois lots.
Charles &. Louis n'osèrent désavouer les nouvelles offres que leurs ambassadeurs avoient faites à Lothaire. Ils convinrent donc de s'aboucher avec ce prince le i5 de juin, dans une île de la Saône voisine de Mâcon. Chacun des trois princes s'y étant rendu au jour marqué, accompagné d'un nombre égal de personnes, ils jurèrent entre eux une amitié sincère & une paix constante, & conclurent qu'ils s'en tiendroient par provision au partage qu'ils venoient d'ébaucher, en attendant que quarante députés, que chacun nomma de son côté, s'assemblassent à Metz, le i^"' d'octobre, pour y partager le royaume en trois portions entièrement égales dont Lothaire auroit le choix. Ils convinrent encore que jusques à ce temps-là aucun des trois frères ne passeroit les bornes des ttats qui lui étoient échus par le traité provisionnel. Suivant ce traité, Charles devoit être maître de tous les pays situés au couchant de la Meuse, de la Saône & du Rhône, & Louis de tous les États françois situés au delà du Rhin.
XVII. — Nouvelle guerre entre Charles £• Pépin. — Défaite de ce dernier.
Egjrid, comte de Toulouse.
On voit, par ce que nous venons de dire, que l'Aquitaine étoit destinée à Charles, à l'exclusion de Pépin dont il n'est rien dit dans ce traité, & que Lothaire avoit abandonné les intérêts de ce prince. Aussi Charles, d'abord après son entrevue avec ses frères , prit la route de ce royaume dont ils l'avoient reconnu pour unique souverain, dans le dessein d'en chasser Pépin. Celui-ci se mit en état de défense & se présenta devant son compétiteur ; mais, ayant été battu & mis en fuite, il fut obligé de se cacher pour se dérober à la poursuite de ses ennemis , en sorte que Charles, ne pouvant se rendre maître de sa personne & étant obligé de repasser la Loire pour assister à la conférence dont il étoit convenu avec ses frères, se contenta de donner ordre au duc Warin & à plusieurs autres seigneurs, qui lui étoient affidés, de veiller à la garde du pays & d'être attentifs sur les démarches de ce prince.
Pépin n'étoit pas cependant si abandonné qu'il n'eût encore un grand nombre de partisans en Aquitaine. Plusieurs d'entre eux, s'étant mis en armes, coururent la campagne 81 dressèrent une embuscade à Egfrid, comte de Toulouse, qui commandoit un corps de troupes pour le roi Charles. Ce comte échappa non-seulement à leurs embûches, mais, les ayant surpris lui-même, en tua une partie & emmena les autres prisonniers. La qualité de comte de Toulouse, qui est donnée à Egfrid par un auteur' contemporain, nous
■ Nithard, 1. 4, dans Duchesne, t. 2, p. 378.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. io33 ~~T~o
An o^z
fait conjecturer' que ce seigneur n'étoit que comte particulier de cette ville-' ou plutôt lieutenant de Warin, qui étoit dans le même temps duc de Toulouse ou d'Aquitaine, au nom de Charles.
XVIII. — Les princes français prolongent la trêve 6* s'en tiennent au traité
provisionnel.
Le temps ^ de la conférence indiquée à Metz pour le i" d'octobre n'étant pas éloigné, Charles partit d'Aquitaine pour s'approcher de cette ville. A son arrivée à Worms, il joignit le roi de Germanie, son frère : ayant appris ^Éd.ori^m. tous les deux que Lothaire se tenoit à Thionville, ville voisine de Metz, ils lui firent dire qu'il eût à s'éloigner à cause que sa proximité du lieu de la conférence pouvoit empêcher les commissaires de donner librement leurs suffrages au sujet du partage qu'ils dévoient régler en leur absence. On convint enfin de transférer l'assemblée à Coblentz, où les commissaires, au nombre de cent vingt, se rendirent le 19 d'octobre. Le refus que firent les députés de Charles de rien décider à cause du peu de connoissance qu'ils disoient avoir de la situation des pays qui dévoient entrer en partage, rendit la conférence inutile. Les approches de l'hiver, la désolation du royaume causée par une famine générale, 8c la complaisance qu'on eut de donner du temps à ces derniers députés pour s'instruire de ce qu'ils disoient ignorer, firent prendre aux trois princes le parti de convenir d'une trêve & de renvoyer le partage à une autre assemblée, qu'ils indiquèrent à Verdun, pour le 25 de juin de l'année suivante. Il fut arrêté qu'en attendant ils s'en tiendroient au partage provisionnel qu'on avoit déjà fait. Chacun se retira donc dans ses États j Charles se rendit à Kiersi-sur-Oise où il épousa la reine Ermentrude, le 14 de décembre de la même année 842.
XIX. — Charles n'est pas généralement reconnu dans la Septimanie. Dodane, épouse de Bernard, duc de Septimanie.
Ce prince partit ensuite pour Saint-Quentin où il célébra la fête de Noël. Avant son départ, il accorda, la veille de cette solennité, à un de ses'* vassaux, nommé Milon, la propriété & la disposition libre de quelques fiefs dans le pays de Pierre-Pertuse 8t de Fenouillèdes, au diocèse de Narbonne, preuve qu'il étoit alors possesseur de la Septimanie. Il paroît cependant, par d'autres monumens^, qu'il n'y étoit pas généralement reconnu non plus qu'en Aquitaine, sans doute par les intrigues secrètes de Bernard, qui, outre qu'il étoit
' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 21 & suiv. tome II, p. 298-299, la Note additionnelle à la
' Cette conjecture est fausse. Warin n'était point A^oie LXXXVII, [E. M.]
comte ou duc de Toulouse, & Acfred ou Egfrid a ' Nithard, 1. 4, dans Duchesne, t. 2, p. 378.
parfaitement droit au titre que lui donne Nithard. * Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
Acfred fut très-vraisemblablement le successeur n. LVI.
de Bérenger au duché de Toulouse. (Voyez au ' BaUize, Historia Tutelensis, p. 314 & seq.
An 841
io34 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.
toujours attaché' à Pépin, travailloit à se rendre indépendant dans son duché ou gouvernement de Septimanie.
Nous voyons, en effet, qu'en 842 on ne datoit les chartes, dans plusieurs endroits de cette province & de la Marche d'Espagne, que depuis la mort de Louis le Débonnaire, sans aucune mention du prince régnant. C'est ce qu'on voit dans quelques^ actes passés au mois d'août, dans le diocèse de Girone. Un autre •^, du diocèse de Béziers, passé au nom des exécuteurs testamentaires d'un seigneur du pays, appelé Teutbert, est daté du 28 décembre de la même année, la troisième année après la mort de Louis le Débonnaire, 6" après qu'il eut transmis son autorité à Lothaire, son fils. Suivant une ancienne chronique'*, dont l'auteur écrivoit dans la Septimanie, Lothaire régna deux ans dans cette province, après la mort de l'empereur Louis le Débonnaire, son père. On trouve enfin une nouvelle preuve de ce que nous venons de dire dans le manuel 5 de Dodane, femme de Bernard, duc de Septimanie, commencé à Uzès, le dernier jour de novembre de l'an 841, 8c achevé dans la même ville, le 2 de février de l'année suivante, la deuxième année après la mort de Louis le Débonnaire, sous le règne du prince que Dieu avoit donné pour gouverner. Il est vrai que, dans cet ouvrage, cette dame exhorte "^ son fils Guillaume à demeurer fidèle & inviolablement attaché au roi Charles, qui reçut ce jeune seigneur pour son vassal, après la bataille de Fontenai ; mais elle garde un profond silence sur la conduite du duc de Septimanie, son époux. Au reste, ce manuel, composé de soixante-trois chapitres, est un illustre monument de la piété de Dodane, de sa tendresse pour ses enfans & du soin qu'elle prenoit de leur éducation : elle y donne partout d'excellentes leçons à Guillaume, son fils aîné^.
XX. — Barthélemi, archevêque de Narbonne, déposé. — Bérarius lui succède. Faux miracles opérés dans l'église de Saint-Firmin d'U-^ès.
La sévérité dont Charles usa après la mort de l'empereur, son père, envers Barthélemi, archevêque de Narbonne, nous fait encore comprendre qu'il ne fut pas d'abord généralement reconnu dans la Septimanie. On a déjà vu que ce prélat, durant les funestes divisions qui avoient désolé le royaume pendant les dernières années du règne de Louis le Débonnaire, s'étoit ouvertement déclaré en faveur de Lothaire, contre ce prince, avec lequel il se réconcilia toutefois dans la suite. Charles, après la mort de cet empereur & la victoire qu'il avoit remportée à Fontenai, devenu plus redoutable & plus en état de punir ceux qui lui avoient été contraires, fit déposer Barthélemi,
' Annales Bertiniani, p. 200. ' Acta sanctorum ordlnis sancti Benedicti, saec. 4,
' Marco. Hispanica, c. 779 & seq. part. 1, p. 767.
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, " Ihid. saec. 4, part, i, p. 760 & 754.
n. LV. ' Sur le Manuel de Dodane, voyez tome II, la
■• Voyez tome II, Preuves, Chroniques, n. II. Note additionnelle à la Note LXXXVII. [E. M.]
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. io35
An 842
ce qui montre que ce prélat n'étoit pas de ses amis & qu'il s'étoit déclaré de nouveau contre lui en faveur de Lothaire.
Florus', diacre de l'église de Lyon, qui parle de la déposition de Barthé- f'^f°"f"i lemi 8c qui fait l'éloge de ce prélat, donne à entendre que Charles le Chauve le chassa de son siège de sa propre autorité, & qu'il ne fut pas déposé canoniquement. Il ajoute en même temps que le peuple du diocèse de Narbonne en fut très-affligé. Cette déposition^ dut arriver avant la fin de l'an 842, puisque Bérarius, successeur de Barthélemi, se trouva alors à Kiersi, à la célébration des noces de ce prince^. Barthélemi, se croyant dépossédé injustement de son siège, alla à Rome, au commencement de l'an 844, pour obtenir du pape son rétablissement "*. Il y rencontra Ebles, archevêque de Reims, qu'une semblable cause y avoit attiré. Ils s'adressèrent tous les deux au pape Serge II, qui venoit d'être élu, 8c lui demandèrent le pallium; mais, soit que ce pontife eût été prévenu contre eux, ou plutôt qu'il craignît d'offenser le roi Charles le Chauve, il refusa non-seulement leur demande, mais il les réduisit même à la communion laïque.
La conduite du pape à l'égard de Barthélemi ne diminua pas l'estime que plusieurs personnes de piété 81 de considération avoient pour lui. Amolon^, archevêque de Lyon, son ami particulier, parle de lui entre autres avec éloge, dans une de ses lettres postérieures à sa déposition, 8c fait mention du zèle qu'il témoigna, dans le temps qu'il étoit en place, pom" maintenir dans sa pureté la discipline des églises de sa province. Suivant cette lettre, Barthélemi avoit aboli les superstitions qui s'étoient glissées à Uzès, sur le tombeau de saint Firmin, où un grand nombre d'énergumènes se jouoient de la piété 8c de la crédulité des peuples, 8c les tascinoient par de faux miracles ou des prestiges.
XXI. — Premier siège de Toulouse par Charles le Chauve. — Ferrus, maison
royale sur la Garonne.
Quoique Charles, par le traité provisionnel qu'il avoit fait avec Lothaire, dût régner sur toute l'Aquitaine, Pépin, soutenu par le parti qu'il avoit dans ce royaume, ne laissoit pas cependant de lui en disputer la possession. Ce dernier étoit d'autant plus en état de faire valoir ses droits, qu'il possédoit, à ce qu'il paroît, une grande partie du pays, entre autres la ville de Toulouse, qui en étoit la capitale. Comme il importoit beaucoup à Charles de ne pas donner à son concurrent le temps de se fortifier, il partit'' de France l'année suivante, d'abord après la fête de l'Epiphanie, 8c arriva en Aquitaine avec la reine, son épouse, dans le dessein d'y passer le reste de l'hiver. Il perdit quelque temps après l'impératrice Judith, sa mère, qui décéda à Tours, au
' Florus, Carmina, Je Dlv'isione Impeni, dans ^ Anailase, Fita Sergii //, p. 172, edit. Réginon ,
Mabillon, Analecta, edit. in-f", p. 41 3. dans Diichesne, t. 2, p. SçS.
' Voyez tome II, Prcuva. Chartes & Diplômes, ' Agobard, Opéra, t. i, p. 148, i55 & seq.
n. LXVII. « Nithard, 1. 4, dans Duchesne, t. 2, p. 38o.
An 843
Ibtd. — Annales Berî'tnian't,
An 843
io36 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.
mois d'avril & qui fut inhumée dans l'église de Saint-Martin. Ce prince, après avoir parcouru les divers pays d'Aquitaine pour tâcher de les soumettre à sa domination, s'avança vers Toulouse ' dans le dessein d'en former le siège. Il étoit déjà au voisinage de cette ville à la fin du mois d'avril, comme il paroît par deux chartes^, qu'il donna alors en faveur de quelques-uns de ses vassaux de la Septimanie. Par l'une, il confirma dans la possession de Mèze 8c de la Tour, au diocèse d'Agde, les descendans des Espagnols qui s'étoient retirés dans cette province; il maintint, par l'autre, un nommé Hildéric, dans la jouissance d'une maison & d'une église à Cesseras, dans le Minervois & le diocèse de Narbonne. Ces deux chartes sont datées du palais de Ferrus, l'une du 2g & l'autre du 3o d'avril, indiction ri, la quatrième année du règne de Charles, qu'on doit commencer ^ en 83g, lorsqu'il fut couronné roi d'Aquitaine. Le palais ou château de Ferrus, d'où elles sont datées, est sans doute le même que Castel-Ferrus, village situé sur la rive gauche de la Garonne, à une lieue de Castelsarrasin, dans le diocèse de Montauban, qui faisoit alors partie de celui de Toulouse. La situation de ce pays est des plus belles & des plus propres pour une maison royale.
Charles étoit déjà campé devant Toulouse le i3 du mois'* de mai de la même année ^ 843, ainsi qu'il paroît par une charte'^ qu'il accorda alors en faveur d'Élie, abbé de la Grasse, au diocèse de Carcassonne, & de son monastère. Suivant cette charte Se plusieurs autres, données par ce prince durant le siège de Toulouse, il avoit son logement dans le monastère de Saint-Saturnin, situé alors hors de la ville. Il accorda, le lendemain, deux autres diplômes semblables : l'un à Eléazar, abbé de Saint-Pierre de Cubières, dans le Razès, au diocèse de Narbonne, par lequel il prit cette abbaye'^ sous sa protection spéciale, comme si elle eût été de fondation royale; & l'autre, à Centulle^, Êd- ongin. abbé dc Saint-Polycarpe , dans le même diocèse. Bérarius 9, archevêque de Narbonne, obtint aussi, le 3i du même mois, une charte par laquelle ce prince donne à son église le village de Cesseras, dont nous avons déjà parlé, 8c, par un autre diplôme, daté du 20 du mois suivant, il accorde à cette église la confirmation de tous ses biens.
XXII. — Capitulaire en javeur des ecclésiastiques de la Septimanie.
C'est sans doute au même temps '° qu'il faut rapporter la diète que Charles tint dans le monastère de Saint-Sernin de Toulouse, dans laquelle on dressa
■ Voyez tome II, Note XCVII. desquels est appuyé leur système appartiennent à la
' Ibid. Preuves, Chartes & Diplômes, n. LVII. même année. C'est ce qui est établi dans l'additipn
' Ibid. Note XCVII. à la Note XCVII du tome II. [E. M.]
* Ibid. Preuves, Chartes & Diplômes, n. LIX. ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
* Ibid. Note XCVII. n. LIX.
' Les historiens de la province de Languedoc ont " Mabillon, ad ann. 780, n. 5.
commis ici une erreur matérielle. Charles le Chauve ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
n'a mis qu'une fois le siège devant Toulouse, en n. LXI.
844 & non en 84?; tous les diplômes sur les dates '° Voyez tome II, Note XCVII.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. io3j
un capitulaire ' en faveur des ecclésiastiques de la Septimanie, qui se plaignoient des vexations des évêques. En attendant que cette ordonnance pût être confirmée dans un concile où les griefs de ces ecclésiastiques dévoient être examinés, on régla les procurations Se les rétributions que les évêques pouvoient exiger d'eux. Ce capitulaire est daté du monastère de Saint-Saturnin, près de Toulouse, au mois de juin, indiction fi, la quatrième année du règne de Charles, ce qui nous donne lieu de croire que c'est à la même diète qu'on doit rapporter la charte par laquelle ce prince confirma^ les privilèges que ses prédécesseurs avoient accordés aux Espagnols réfugiés dans la Marche d'Espagne, car elle est de la même date que le capitulaire, avec cette seule différence que celui-ci est daté du mois de juin en général & l'autre du onzième du même mois.
XXIII. — Départ du roi Charles le Chauve de Toulouse. — Monastère de la Daurade. — Aveins, maison royale sur le Tarn, en Albigeois.
On voit, par ce que nous venons de dire, que le roi Charles le Chauve fut devant Toulouse du moins depuis le i3 de mai de l'an 848 jusques au 20 de juin suivant; mais nous n'avons aucun témoignage certain qui prouve que ce prince ait pris, alors cette ville; il y a, au contraire, sujet de croire^ qu'il en leva le siège, pressé qu'il étoit de se rendre en France pour assister à l'assemblée de Verdun, où on devoit régler le partage du royaume entre lui 8c ses frères, comme ils en étoient convenus. A son retour, il prit la route de l'Albigeois 81 passa par Aveins^, maison royale située sur la rivière de Tarn-^. Samuel, évêque de Toulouse, qui étoit sans doute à la suite de ce prince, obtint de lui dans cet endroit une charte qui confirme son église, de même que les monastères de Sainte-Marie Se de Saint-Saturnin, dans la possession de leurs biens. Le premier de ces deux monastères, situé dans Toulouse, subsiste encore aujourd'hui sous le nom de Notre-Dame de la Daurade. Nous avons parlé ailleurs de son église dont il est fait mention dans le sixième siècle; il fut depuis soumis à l'ordre de Cluny, sous la dépendance de l'abbaye de Moissac & le titre de prieuré conventuel. Nous avons parlé aussi ailleurs de l'abbaye de Saint-Sernin.
' BaKize, Regum francorum CapUularia , t. J, existe aux archives de la Hiiite-Caronne, est en-
c. 22 & seq. dommagce à un de ses angles & laisse lire seule-
' Ihid. t. 2, c. 26 & seq. ment airancui villa [Sairancus?). Charles le Chauve
' Voyez tome H, Note XCVII. était alors en marche vers Toulouse & n'en reve-
' liij. Preuves, Chartes & Diplômes, n. LXIII. nait pas, comme le disent les Bénédictins. Quant
' Le diplôme dont parlent ici les Bénédictins a au nom d'Aveins, maison royale située sur le Tarn
été donné le 5 avril 844, dans un village situé sur c'est le résultat d'une fausse lecture, comme il est
le Tarn, & que l'on croit être Sairac. La copie du facile de s'en assurer par l'inspection de la charte.
diplôme original, faite au treizième siècle &. qui [E, M.]
An 843
io38 HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. X.
An 843
XXIV. — Partage du royaume entre les fils de Louis le Débonnaire. — Le Vivarais 6- le diocèse d'Ujès soumis à Lothaire, le reste de la Septimanie avec l'Aquitaine à Charles.
Charles le Chauve arriva à Attigny le 5 de juillet', & en partit au mois d'août suivant pour l'assemblée de Verdun, où ses deux frères se trouvèrent & où, de concert avec lui, ils partagèrent entre eux toute la monarchie, à l'exclusion de Pépin dont Lothaire avoit abandonné les intérêts. Par ce fameux partage^, Louis eut pour lui toute la Germanie avec quelques villes en deçà du Rhin, & Lothaire, outre le royaume d'Italie, les pays situés en France entre ce fleuve & les Alpes d'un côté, 8c l'Escaut, la Meuse, la Saône 8c le Rhône jusques à la mer Méditerranée de l'autre, avec plusieurs comtés situés en deçà de cette dernière rivière, entre autres le Vivarais ^ 8<. le diocèse d'Uzès. Le reste du royaume, qui comprenoit toute la partie occidentale, échut à Charles le Chauve qui par là devint maître de la Neustrie, de l'Aquitaine, d'une partie de la Bourgogne, de la Septimanie & de la Marche d'Espagne. Ce prince réunit ensuite à sa portion une partie de la succession de Lothaire, & en particulier le Vivarais"* & le diocèse d'Uzès, ainsi que nous le verrons ailleurs.
Le partage fait, chacun des trois princes jura de l'observer. Charles se rendit ensuite à Germigni^, au diocèse d'Orléans, où plusieurs évêques s'assemblèrent'^ pour réformer les abus qui, à la faveur des troubles précédens, s'étoient glissés dans l'Église. La souscription de Nothon, archevêque d'Arles, parmi celles de ces prélats, a donnélieu à un de nos historiens^ modernes de croire que ce diocèse étoit du partage de Charles le Chauve 5 mais il est certain que toute la Provence échut à Lothaire. Nous voyons d'ailleurs que les archevêques de Vienne & de Besançon, qui étoient certainement sujets de ce dernier prince, se trouvèrent à ce concile.
XXV. — Fin du gouvernement de Warin, duc de Toulouse ou d'Aquitaine.
Les nouvelles incursions des Normands sur les côtes de Bretagne 8<. d'Aquitaine^ 8c la révolte des Bretons, qui avoient précédé, obligèrent Charles de s'approcher, pendant l'automne, des frontières de Bretagne pour être à portée Éd.origin. jg remédier à ces troubles. Ce prince passa, au commencement' de septembre,
' Le Cointe, Annales ecclesiasticl Francorum, ad ' Duchesne, t. 2, p. 386.
ann. 843, n. 11. — Voyez tome II, Note XCVII, " MabiUon, Acta sanctorum ordlnis S. Benedicti,
n. 3. saec. 4, part. 2, p. 249 & seq. & Annales^ ad
" Annales Sertiniani , p. 200. — Annales Fui- ann. 843, n. 71.
denses, p. 648. ' Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, nd
^ Baliize, Regum Francorum Cap'uular'ta j t. 2, ann. 844, n. 41.
c. 224. — Duchesne, t. 2, p. 464 & seq. ' Duchesne, t. 2, p. 386.
^ Baluze, Regum Francorum Capitularia , t. 2, ' Baluze, Regum Francorum Capitularia, Appcn-
ç. 224. — Duchesne, t. 2, p. 434 & seq. dix, t. 2, c. 1441.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. io3q , „ ,
^ An 843
de Rennes à Coulaines, dans le Maine, où il tint une diète dans laquelle on dressa un capitulaire' pour la rétormation de l'Etat qui en avoit un extrême besoin. Par cette ordonnance, le roi maintint chaque peuple dans l'usage de ses lois. Les règlemens de cette assemblée furent approuvés par les évêques Si les seigneurs qui s'y trouvèrent, entre autres par le duc Warin, le seul nommé dans les actes; c'est sans doute le même à qui Charles avoit donné auparavant le duché de Toulouse ou d'Aquitaine. Il n'est plus fait mention de lui dans la suite, ce qui nous donne lieu de conjecturer qu'il mourut peu de temps après. Il ne faut pas^ le confondre avec un seigneur de même nom qui étoit comte d'Auvergne en 819, qui vivoit encore en 824 Si dont la femme s'appeloit^ Albane.
XXVI. — Second siège de Toulouse par Charles le Chauve. — Sunifred, nommé marquis de Gothie à la place de Bernard.
Charles, dans le dessein d'entreprendre de nouveau le siège de Toulouse, dont la prise devoit lui assurer l'entière possession du royaume d'Aquitaine, se disposa pendant l'hiver à cette expédition. Il se rendit en Touraine à la lin ÂiTsTT" de l'année 81 se présenta devant cette ville au printemps suivant"^. Il y étoit déjà 5 arrivé dès le 11 de mai Si avoit mis son quartier au monastère de Saint-Sernin. Nous connoissons la durée de ce siège par diverses chartes que ce prince accorda alors*^ tant en faveur des églises que des particuliers de la Septimanie 81 'de la Marche d'Espagne; elles sont datées du monastère de Saint-Saturnin près de Toulouse. Ce prince ajoute dans quelques-unes : lorsque nous assiégions Toulouse.
L'une de ces chartes, datée du 11 de mai, fut accordée en faveur de Domnule, abbé de Saint-Pierre de Besalu, au diocèse de Girone. Suivant une autre, datée du 19 du même mois, Charles'^, après avoir fait examiner par Nothon, archevêque d'Arles, Elmérad, comte du palais, le marquis Sunifred 81 le comte Soniarius, les plaintes des descendans des Espagnols qui s'étoient réfugiés dans le diocèse de Béziers sous le règne de Charlemagne, 81 à qui on disputoit la possession 81 la succession héréditaire des lieux d'Aspiran 8t d'Alignan, dans ce diocèse, Si après avoir ouï le rapport des commissaires, les maintint dans les terres qu'ils avoient défrichées 81. confirma leurs privilèges. Il accorda un pareil diplôme le 5 de juin suivant à Théofrid, l'un des descendans de ces Espagnols 81 fils de Jean, à qui Charlemagne avoit accordé
' Baluze, Regum Francorum Cap'itularin , t. 2, * Baluze, Regum Francorum Capitularia, Appen-