‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 528 sur 553 · LIX. — Tentative de Pépin pour s'échapper de sa prison · texte numérisé non relu

LIX. — Tentative de Pépin pour s'échapper de sa prison

Charles le Chauve n'avoit pas tellement gagné les Aquitains à son parti, que Pépin n'en eût encore plusieurs attachés au sien. C'est sans doute dans l'espérance de remonter sur le trône d'Aquitaine par leur secours, que ce dernier tenta de s'échapper du monastère de Saint-Médard de Soissons, où il étoit détenu prisonnier par ordre du roi, son oncle. Pour exécuter son dessein, il gagna ^ deux religieux de ce monastère qui ménagèrent si bien les choses, qu'il étoit sur le point de s'évader quand leur complot fut découvert. Charles se rendit alors à Saint-Médard, où il fit garder Pépin plus étroite- ÂTâsT" ment; voulant ensuite faire juger canoniquement les deux religieux accusés d'avoir voulu favoriser son évasion, il convoqua, au mois d'avril de l'an 853, un concile dans le même monastère, où les évêques des quatre provinces de Reims, de Sens, de Rouen Si de Tours se rendirent & procédèrent contre eux^. Ils furent envoyés en exil après avoir été dégradés de la prêtrise 8c publiquement désavoués par la communauté de Saint-Médard qui n'avoit aucune part à leur projet. Cela fait, Charles exigea de Pépin un nouveau serment de fidélité & une promesse solennelle de vivre dans l'exacte observance de la règle & dans la profession monastique qu'il avoit embrassée.

LX. — Les Aquitains, rebelles à Charles le Chauve, demandent au roi de Germanie Louis, son fils, pour leur roi.

Après le concile de Soissons, Charles alla au palais de Kiersi, Si ensuite à celui de Pontion, dans le Pertois. Il accorda'' dans ce dernier, le 21 de juin, à Arnoul, abbé d'Aniane, la confirmation des privilèges de son abbaye Si de toutes les donations qui lui avoient été faites. Il se rendit de là à Verberie, où il assembla un nouveau concile. Vers la fin de l'année, il envoya^' des commissaires dans les diverses provinces du royaume. Celles d'Aquitaine'^ étoient alors sur le point de se soustraire à sa domination. Les peuples de ce

' Le fait est peu vraisemblable, car l'acte dont ' Annales Bertinian!, p. 2o5. — Concilium Sues-

parlent les Bénédictins a été mal daté par eux, & s'wnense, t. 2, Capital., c. /ïi.

la suite des abbés de Vabre prouve qu'il faut le ' Annales Bertiniani , p. 206 & 207. Conci-

rapporter au règne de Charles le Simple & non de hum Suessionense, ut supra,

Charles le Chauve (926 au lieu de 877); on ne ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

peut donc guère faire de cette Udalgarde une fille n. LXXV'II.

de Frédelon, à moins de lui supposer un âge déjà ' Baluze, Regum Francorum Capitularia , t. 2,

avancé, environ soixante-quinze ans en 926, ce c. 60.

qui rend l'assimilation peu certaine. (Voir, au ^ Annales Bertiniani , p. 207. Annales Ful-

tome IV, la Note sur l'abbaye & l'église de Vabre, denses. — Baluze, Regum Francorum Capitularia,

n. CXI, p. 566.) [A. M.] t. 2, c. ji & seq.

An 853

royaume, soit par un effet de leur légèreté naturelle, soit à cause de la dureté de son gouvernement dont ils se plaignoient hautement, avoient résolu de remettre Pépin sur le trône. Si il y a lieu de croire que quand ce dernier î'r'?,' pl^'f.vV. avdit médité son évasion, il étoit informé de leurs favorables dispositions à son égard. "Les Aquitains, voyant que ce prince avoit manqué son coup & qu'il étoit étroitement resserré dans l'abbaye de Saint-Médard, prirent le parti de se donner un autre roi à sa place plutôt que d'obéir à Charles. Comme ils savoient que celui-ci étoit alors brouillé avec Louis, roi de Germanie, son frère, ils s'adressèrent à ce dernier par leurs députés pour le supplier de les prendre sous sa protection 8c de vouloir accepter la couronne d'Aquitaine qu'ils lui offroient ou pour lui-même, ou pour Louis, son fils aîné.

Les Aquitains, pour engager ce prince à leur accorder leur demande, lui représentèrent, d'une manière fort vive, l'extrême dureté de Charles à leur égard, & ajoutèrent qu'ils souffroient si impatiemment son gouvernement que s'ils ne trouvoient pas dans les princes de la famille royale le secours qu'ils en espéroient pour se soustraire à son obéissance, ils se verroient obligés malgré eux d'avoir recours aux puissances étrangères 8c, à leur défaut, aux ennemis mêmes du nom chrétien, faisant entendre par là qu'ils s'uniroient plutôt aux Sarrasins 8c aux Normands que de vivre plus longtemps sous sa domination. Pour gage de leur fidélité, ils offrirent au roi de Germanie de lui donner en otage quelques-uns des principaux seigneurs d'entre eux.

LXL — Louis, fils du roi de Germanie, va prendre la couronne d'Aquitaine.

Ce prince, ébloui de ces offres avantageuses, ne se fit pas prier longtemps. An 854 ^' accorda Louis, son fils aîné, à ces députés qui l'amenèrent avec eux dans le dessein de le faire couronner roi d'Aquitaine; mais ce jeune prince eut k peine passé la Loire, qu'il vit évanouir les espérances dont ils l'avoient flatté avant son départ. Ils lui avoient fait entendre que dès qu'il paroîtroit, tous les peuples se déclareroient en sa faveur, ce qui n'arriva pourtant pas. En effet, soit que les Aquitains craignissent Charles, ou qu'ils espérassent que Pépin venant enfin à rompre ses fers se mettroit à leur tête, personne ne se présenta, à la réserve des parens d'un seigneur nommé Gauzbert, qui étoit comme l'âme de toute l'intrigue. Ils furent les seuls qui vinrent au-devant de ce nouveau roi; les autres ne s'empressèrent pas de le reconnoître, quoiqu'ils fussent toujours mécontens de Charles le Chauve 8c qu'ils persistassent dans leur rébellion contre ce prince.

Celui-ci, piqué de la conduite du roi de Germanie, son frère, résolut de chasser d'Aquitaine le jeune Louis, son neveu, 8c de punir la révolte des peuples de ce royaume. Dans cette vue, il passa la Loire pendant le carême 8c tâcha de remettre le pays sous son obéissance ; mais les ravages affreux qu'il y commit, sans épargner ni le sacré ni le profane, ne servirent qu'à irriter de plus en plus contre lui les esprits des Aquitains, en sorte qu'étant

toujours également indisposés à son égard, il fut obligé d'en emmener un grand nombre en France pour s'assurer de leur fidélité.

LXII. — Pépin, échappé de sa prison, rentre dans ce royaume, dfoù Charles le Chauve chasse le jeune Louis, son neveu. — Origine de la ville de Limoux.

L'empereur Lothaire, prévoyant les suites funestes de la division de ses deux frères & de la guerre d'Aquitaine qu'elle avoit fait naître, n'omit rien pour les réconcilier. Ces négociations obligèrent Charles à suspendre ses hostilités contre les Aquitains ; il repassa la Loire d'abord après Pâques & se rendit, dans le mois de juin, au palais d'Attigny où l'empereur l'ayant joint, ils envoyèrent de concert des ambassadeurs au roi de Germanie, leur frère, pour régler avec lui les conditions de paix dont ils étoient convenus, & l'engager à rappeler incessamment d'Aquitaine Louis, son fils aîné.

Sur ces entrefaites. Pépin, se flattant de pouvoir profiter des troubles de ce royaume, tenta une seconde fois de surprendre la vigilance de ses gardes &, plus heureux que la première, il s'évada du monastère de Saint-Médard , dans le même temps que Charles, son frère, s'échappa de celui de Corbie. Il s'approcha de la Loire, Se il eut à peine passé cette rivière qu'une partie des Aquitains se déclarèrent pour lui 8c le reconnurent de nouveau pour leur roi. Ce prince se mit à leur tête & courut toute l'Aquitaine dont trois princes se disputèrent alors la couronne.

Sur l'avis de cette révolution, Charles résolut de retourner dans ce royaume pour en chasser ses deux compétiteurs. Il s'avança vers la Loire & arriva au palais de Germigny, dans l'Orléanois, vers la fin du mois de juillet. Il paroît qu'Udalric, marquis de Gothie, étoit à sa suite, puisque peu de jours auparavant ce prince accorda', à sa recommandation, quelques fiefs situés dans ^liplisi le diocèse d'Elne, à deux seigneurs Goths de nation 8c fils d'Adefonse, le même sans doute que nous avons déjà vu vicomte de Roussillon. Richomer, abbé^ de Mallast ou de Montolieu, au diocèse de Carcassonne, qui se trouvoit aussi alors à sa suite, obtint de lui la confirmation des privilèges de son abbaye par une charte datée du 3o de juillet 8c du même palais. On doit rapporter à peu près au même temps un autre diplôme ^ de Charles le Chauve, en faveur d'Ana, abbé de Saint-Hilaire, au diocèse de Carcassonne, dans lequel il est fait mention de Limoux, aujourd'hui ville capitale du pays de Razès. Ce diplôme est le plus ancien monument que nous connoissions, où il soit fait mention de ce lieu"*.

■ Voyez tome II, Preuves, Charles & Diplômes, on tout au moins sur son emplacement il a existé

n. LXXVIII. du temps des Romains, une petite ville, dont les

Baluze, Regum Francorum Cap'ttularia , t. 2, débris ont été retrouvés de nos jours près de la

c. 1461 & seq. nouvelle ville. (Voir, i ce sujet, la notice publiée

' ^'"^- sur Limoux, en 1 846, par M. le D' Buzairies.)

' Cette ville semble pourtant être plus ancienne, |^ IVI.I

~r~r, 1070 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.

An 854 '

Charles ', après avoir passé la Loire, eut deux ennemis à combattre, Pépin & Louis, fils du roi de Germanie, ses neveux : chacun avoit ses partisans en Aquitaine. II attaqua d'abord le dernier comme le plus foible & le moins en état de lui résister. Ce prince n'avoit pas encore abandonné ses prétentions sur le royaume d'Aquitaine où il étoit toujours demeuré, malgré les projets de paix qui avoient été proposés entre le roi, son père, & Charles le Chauve; mais il étoit peu secouru des Aquitains mécontens, dont la plupart s'étoient jetés dans le parti de Pépin. Charles l'obligea enfin de prendre la fuite & de repasser la Loire pendant l'automne pour se retirer en Germanie, après un règne de peu de durée.

LXin. — Diplôme de Charles le Chauve en faveur de l'abbaye de la Grasse. Foulques, envoyé dans la Septimanie. — P^ys de Minerve.

An 855

Nous ignorons si Charles tourna ensuite ses armes contre Pépin ; nous savons seulement qu'il retourna en France quelque temps après & qu'il étoit, à la fin de juin de l'année suivante, au palais d'Attigny. C'est ce qu'on voit par un diplôme^ qu'il accorda alors à Suniarius, abbé de la Grasse, par lequel il confirma ce monastère dans la possession de ses biens 8t de ses privilèges. Ce diplôme nous donne la connoissance d'un commissaire ou envoyé, appelé Foulques, dont le département s'étendoit dans la Septimanie. Il nous apprend aussi que Suniarius, comte dans la Marche d'Espagne, 8c Richilde, veuve d'Oliba, comte de Carcassonne, firent des biens considérables à la même abbaye. Il y est fait mention du Minervois^ comme d'un pays particulier qui comprenoit la partie septentrionale du diocèse de Narbonne. '

LXIV. — Mort de Vempereur Lothaire. — Le Vivarais &• le pays d'I/jès soumis à Charles, son troisième fils, roi de Provence.

avoi

La guerre de Charles le Chauve en Aquitaine contre Louis, son neveu, i^.oit retardé "* la conclusion de la paix entre lui & le roi de Germanie. Une fièvre lente, qui survint à l'empereur Lothaire, leur frère, fit hâter leur réconciliation. Ce dernier, dont la santé dépérissoit de jour en jour, étoit déjà près de sa fin, quand, se trouvant, le 6 de septembre de l'an 855, à Remiremont, il confirma^ par un diplôme les privilèges de l'abbaye de Cruas, dans le Vivarais, à la demande d'Uliébaud, qui en étoit abbé, à la recommandation de Roland, archevêque d'Arles, qui étoit à sa suite. L'empereur Lothaire s'étant ensuite rendu à l'abbaye de Prom, dans les Ardennes, 5c se sentant

■ Annales Bertinlani , p. 207. — Annales Fui- vince. Du reste, la première mention du Mi-

denses, p. 552. nervois est plus ancienne de quelques années.

' Voyez tome II, Preuves^ Chartes 8c Diplômes, [E. M.]

n. LXXIX. ■* Annales Bertiniani, p. 207.

' Voyez, au tome VII de cette édition, la Note ' Voyez tome II, Preuves, Chartes Si. Diplômes,

consacrée à la géographie historique de la Pro- n. LXXX.

HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. X. 107 i ~^~^

près de son terme, se fit revêtir de l'habit monastique & mourut' le 28 du même mois.

Pour prévenir les guerres 8t les divisions qui pouvoient naître entre ses enfans au sujet de sa succession, il partagea entre eux ses Etats avant que de mourir. Il laissa à Louis, qu'il avoit déjà associé à l'empire, le royaume d'Italie. Les pays situés en deçà des Alpes échurent à Lothaire & à Charles, puînés de Louis. Le premier eut pour sa part les provinces voisines du Rhin, Elles prirent son nom : on les appela le royaume de Lothaire & ensuite, par corruption, la Lorraine. Le second régna sur les provinces méridionales & les plus voisines des Alpes &. de la mer Méditerranée; on nomma ce pays le royaume de Provence. Il comprenoit les comtés situés des deux côtés du Rhône, entre autres le Vivarais & le diocèse d'Uzès.

LXV. — Invention des reliques de saint Andéol, martyr, dans le Vivarais,

Sous le règne de l'empereur Lothaire ou peu de temps après sa mort, on découvrit à Gentihus^^ lieu du Vivarais sur le bord occidental du Rhône, les reliques de saint Andéol, qui, comme nous l'avons dit ailleurs, y fut mart}'risé pour la foi, sous les empereurs païens. Ce lieu, situé à deux lieues du Pont-Saint-Esprit, vers le nord, porte depuis ce temps-là le nom de ce généreux martyr, son patron. C'est à présent une des villes les plus considérables du Vivarais, où les évêques de Viviers font leur résidence ordinaire. Quelques ^\'°"^"i auteurs 3 rapportent que les habitans de Gentibus, pour dérober les ossemens de leur saint patron à la fureur des Vandales, dans le temps de leur irruption dans les Gaules, au cinquième siècle, les avoient cachées en Provence, auprès de la Durance, 8c que c'est dans cet endroit qu'elles furent découvertes, sous l'empire de Lothaire; mais cette relation paroît moins authentique & moins assurée que l'autre.

LXVI. — Pépin abandonné des Aquitains. — Charles , fils de Charles le Chauve, reconnu roi d'Aquitaine.

La réconciliation de Charles le Chauve avec le roi de Germanie, son frère, qui se fit enfin, rendit le premier plus redoutable aux Aquitains. Ces'* peuples, soit par crainte d'éprouver tôt ou tard le ressentiment de ce prince contre leur révolte, soit par légèreté ou pour de nouveaux sujets de mécontentement contre Pépin, prirent le parti de l'abandonner 8c de se remettre sous l'obéissance de son compétiteur. Comme ils étoient cependant dans l'usage d'avoir un roi qui leur fût particulier 8c qu'ils étoient fort jaloux de

' Annales Bcrtin'iani , p. 107. dis. Inscriptions chrétiennes du Vivarais, dans la

' Chronicon, dans Duchesne, t. 1, p, 402. — Biiliothèque Je l'Ecole des Chartes, t. 14, p. 5o2.

Ado, Chronicon, p. 809. [A. M.l

L'inscription relative à cette découverte se trouve * Columbi, Episcopi Vivarienses, p. 202.

au tome V de la présente édition, d'après Para- ■* Annales Bertiniani, p. 207.

—— r— 1072 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.

An 855 '

ce droit, ils chargèrent les députés qu'ils envoyèrent à Charles le Chauve, pour l'assurer de leur soumission , de le supplier de leur donner son fils Charles pour les gouverner. Ces députés obtinrent facilement leur demande & accompagnèrent ce jeune prince jusques à Limoges, où il fut sacré &. couronné roi d'Aquitaine à la mi-octobre. Le commencement de son règne fut très-heureux, ses troupes remportèrent une victoire signalée contre les Normands, qui, après avoir remonté par l'embouchure de la Loire, étoient entrés dans le Poitou & avoient tenté une entreprise sur la ville de Poitiers. La défaite de ces pirates fut si complète qu'à peine trois cents d'entre eux se sauvèrent par la fuite & regagnèrent leurs vaisseaux. Pépin les avoit peut-être appelés à son secours pour se soutenir sur le trône; nous savons du moins qu'il s'unit avec eux bientôt après.

LXVIL — Pépin reconnu 6" abandonné derechef par les Aquitains. Ligue de ces peuples avec les François contre Charles le Chauve,

La suite du règne du jeune Charles ne répondit pas à des commencemens si heureux. Ce prince, après avoir été d'abord reconnu ' dans presque toute l'Aquitaine, ne fut pas longtemps sans éprouver l'inconstance de ses sujets. Ils l'eurent à peine placé sur le trône que, voyant la foiblesse de son âge^, qui le rendoit incapable de les soutenir par lui-même contre les incursions journalières des Normands, ils prirent le parti de rappeler Pépin. Mais comme la démarche de ces peuples étoit moins un effet de leur affection envers ce prince que de leur légèreté, ils l'abandonnèrent de nouveau, en sorte qu'également mécontens & de lui & du jeune Charles, son cousin, ils ne voulurent reconnoître ni l'un ni l'autre. Ils se liguèrent avec les François à qui le gouvernement de Charles le Chauve étoit fort odieux & qui se plaignoient de leur côté de la négligence de ce roi à les mettre à couvert des fréquentes "XiTssô incursions des Normands. La plupart des grands du royaume, loin d'étouffer, comme ils l'auroient pu, le murmure des peuples, le favorisèrent, dans la vue de profiter des troubles de l'Etat pour rendre leurs dignités héréditaires. Les Aquitains & les François, ayant formé le complot de secouer le joug de Charles le Chauve, envoyèrent des députés au roi de Germanie pour le supplier de les mettre sous sa protection & de venir se joindre à eux en France pour les délivrer de la domination de ce prince.

Charles, informé de ces démarches 8< craignant qu'elles n'aboutissent enfin à le détrôner, n'omit rien pour gagner l'aftection des peuples Se les ramener à leur devoir. Dans ce dessein, il tint à Kiersi, le 7 de juillet^, une diète où se trouvèrent les évêques & les seigneurs qui lui étoient demeurés fidèles, St où Rodolphe, son oncle & frère de l'impératrice Judith, fit quelques propositions de paix de la part des mécontens. Charles en accepta volontiers les

' Mabillon, ^nnaZes, ad ann. 856, n. lo & seq. ' Baluze, Regum Francorum Capitularia , t. i,

* Annales Bert'iniani, p. 208. c. 79 & seq.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV, X. loyS "~X7^^

conditions &, les ayant réduites en forme d'édit, il les fit publier en France & en Aquitaine, espérant par là d'apaiser le murmure des peuples. Ce prince promettoit de corriger ce qu'on trouvoit de défectueux dans son gouvernement & de satisfaire à tous les griefs qu'on formoit contre lui.

LXVIII. — Les Aquitains se soumettent à ce dernier prince &• reconnaissent une seconde /ois son fils Charles pour leur roi.

11 tint une seconde diète à Verberie, le 26 du même mois, persuadé que le pardon qu'il venoit d'accorder par son édit aux conjurés 81 l'assurance qu'il leurdonnoit d'un gouvernement plus doux pour l'avenir, porteroit sans doute les principaux d'entre eux à se rendre à cette assemblée 8c à se soumettre; mais il se trompa, La plupart se défièrent' de ses promesses & refusèrent de s'y trouver. Ce prince, espérant toujours de les gagner, les invita à une autre ^f°"fll' assemblée qu^il tint à Baisieu. Les factieux, persistant dans leur défiance, s'excusèrent de s'y rendre sous prétexte qu'ils attendoient l'arrivée du roi de Germanie 8c qu'ils ne pouvoient rien conclure sans sa participation. Charles le Chauve, craignant alors la jonction de ce prince avec eux, résolut de gagner leurs chefs à quelque prix que ce fût. Il les invita de se rendre à une troisième diète qu'il tint à Neaufle, le i" de septembre; mais ils s'excusèrent encore sur l'absence de la plupart de leurs pairs, sans le consentement desquels ils déclarèrent qu'ils ne pouvoient rien terminer. Enfin, voyant que le roi de Germanie, sur lequel ils fondoient leurs espérances, ne venoit pas 8c que la guerre que ce prince avoit à soutenir contre les Esclavons ne lui permettoit pas de passer le Rhin, ils se rendirent à une quatrième diète que Charles avoit assemblée à Chartres, le 11 du mois d'octobre, 8c firent leur paix avec lui. Les Aquitains, qui ne s'étoient déclarés en faveur de Pépin que pour se soustraire à sa domination, retournèrent alors sous son obéissance 8c lui demandèrent de nouveau Charles, son fils, pour leur roi, ce qu'ayant obtenu, ils ramenèrent ce jeune prince avec eux en Aquitaine.

LXIX. — Diplômes accordés à l'église de Narhonne par Charles le Chauve, à la prière d'Udalric , marquis de Gothie.

Il paroît qu'Udalric, marquis de Gothie, n'étoit pas du nombre des seigneurs mécontens qui se liguèrent contre Charles le Chauve, 8c qu'il demeura inviolablement attaché au parti de ce prince, durant les troubles dont nous venons de parler. Il étoit, en effet, au commencement de l'année, à la suite de ce roi qui accorda^ alors, à sa recommandation, deux chartes en faveur de l'église de Narbonne 8c de Frédold ou Frédald, successeur de Bérarius, qui

' Baluze, Regum Francorum Capitularia, t. 2, ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

c. 83 & seq. n. LXXXI. — Baluze, Regum Francorum Capitula-

ria, t. 2, C. 1272, & Appendix, c. 1466.

^^gj^ 1074 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.

en étoit archevêque. Elles sont datées du palais de Kiersi , le i5 de février, indiction iv, la dix-septième année du règne de Charles, qu'il faiît compter ' depuis la fin de l'an 889 qu'il fut reconnu roi d'Aquitaine. Par ces diplômes, ce prince accorde à l'église de Narbonne £• de Rajès plusieurs terres situées dans le diocèse de cette métropole, entre autres le lieu de Cazouls, près de la rivière d'Orb, aujourd'hui dans le diocèse de Béziers, quelques biens à Ventenac & a Saint-Saturnin, 8<.c. Udalric, qui sollicita ce diplôme, se qualifie^ marquis £- comte, ce qui prouve qu'outre le marquisat de Gothie, il possédoit encore quelque comté particulier, & vraisemblablement ceux de Barcelone Se de Narbonne.

LXX. — Charles, roi de Provence, paisible possesseur de ses Etats.

Si la Septimanie fut tranquille au milieu des troubles qui agitoient alors le royaume, les pays du Languedoc qui faisoient partie du royaume de Provence Se qui étolent du domaine des enfans de l'empereur Lothaire ne jouirent pas du même avantage. Nous avons dit que, suivant le partage que cet empereur avoit fait de ses Etats avant sa mort, la Provence avec le Vivarais Se le diocèse d'Uzès dévoient échoir à Charles, son troisième fils; mais Louis ^, empereur Se roi d'Italie, frère de ce dernier, mécontent de cette disposition, prétendit que l'Italie lui appartenant de droit par la donation que l'empereur Louis le Débonnaire, son aïeul, lui en avoit faite, il devoit posséder ce royaume par préciput Se partager ensuite avec ses frères les autres États de leur père situés en deçà des Alpes. Louis tâcha, en effet, de s'emparer de ces provinces, mais, voyant ses efforts inutiles, il convint avec ses deux frères d'une conférence qu'ils tinrent à Orbe, vers le lac de Genève. Ces trois princes, ne pouvant terminer leurs différends à l'amiable, furent su le point d'en venir aux mains Se de décider leur querelle par la voie des armes. Lothaire vouloit sacrifier Charles à son ambition Se le forcer à embrasser l'état ecclésiastique, dans le dessein de n'entrer en partage qu'avec Louis; mais Charles, soutenu de plusieurs seigneurs du pays qui se déclarèrent en sa faveur, s'étant échappé des mains de ses deux aînés, ceux-ci consentirent enfin de le laisser paisible possesseur de la Provence Se du duché de Lyon.

LXXI. — Pépin se ligue avec les Normands 6* ranime son parti.

An 857

Quoique les Aquitains eussent fait leur paix avec Charles le Chauve, cependant, comme ils n'avoient reconnu de nouveau Charles, son fils, pour leur roi, qu'au défaut du roi de Germanie'^ qui se trouvoit alors hors d'état de les secourir, ils attendoient une occasion de se soulever derechef Se de se

' Voyez tome II, Note XCIII. ' Annales Bertiniani, p. 208 & seq.

' Ibid. ■* IhU. p. 209.

[■'d. origin.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.' loyS ^^^

déclarer pour ce dernier prince. Les François, se trouvant dans la même disposition, firent pressentir les Aquitains 81 leur proposèrent une nouvelle ligue contre Charles le Chauve. Ces deux peuples s'unirent de nouveau, & plusieurs d'entre les Aquitains, ayant levé l'étendard de la révolte, abandonnèrent le parti du jeune roi Charles Se se joignirent à celui de Pépin, qui continuoit de se maintenir en Aquitaine à la tête de ses partisans.

Ce dernier prince, qui n'avoit déjà que trop éprouvé l'inconstance de ces peuples, & qui ne comptoit plus sur leur attachement passager, avoit eu déjà recours à un appui étranger. Il s'étoit ligué avec les Normands dont il avoit imploré le secours pour se soutenir sur le trône; mais cette ligue ne servit qu'à augmenter la désolation de l'Aquitaine. En effet, Pépin, s'étant mis en campagne à la tête de ces pirates, soutenu des Aquitains de son parti & de plusieurs seigneurs françois mécontens qui le joignirent, fit des ravages affreux dans plusieurs provinces 8c en particulier dans le Poitou dont il livra la capitale au pillage. Au milieu de ces nouveaux troubles, Charles fit tous ses efforts pour contenir ses sujets dans la soumission, & pour mieux s'en assurer, il tint' à Kiersi, le 21 de mars de l'année suivante, une assemblée où An 858 il exigea des prélats 8c des seigneurs qui s'y trouvèrent un nouveau serment de fidélité.

LXXII. — Humfrid, marquis de Gothie 6" comte de Barcelone , successeur d'Udalric. — Gérïn, vicomte de Béjiers. '

On trouve parmi ces derniers la souscription d'Humfrid Si d'Udalric. On croit ^ que celui-ci est le même que le marquis de Gothie dont nous avons déjà parlé; si cela est ainsi, il ne possédoit pas ce marquisat, alors occupé par Humfrid, comme il est rapporté dans l'histoire de la translation des reliques des saints George 8c Aurélius, d'Espagne en l'abbaye de Saint-Germain des Prés. Cette histoire, écrite par un auteur contemporain, nous fournit en même temps diverses particularités qui nous intéressent.

Les religieux de Saint-Germain des Prés, informés ^ que le tombeau de saint Vincent, leur patron, étoit négligé Se comme enseveli sous les ruines de la ville de Valence, en Espagne, où ce saint avoit souffert le martyre, 8c qui étoit alors sous la domination des Sarrasins, députèrent deux d'entre eux, savoir : Usuard, auteur du martyrologe qui porte son nom, 8c un autre, 8c les envoyèrent en Espagne, munis des lettres de Charles le Chauve, avec ordre de chercher Se d'enlever des mains des infidèles les ossemens de ce glorieux martyr. Ces deux députés partirent au commencement de l'année 858, la dix-huitième du règne de Charles. Ils prirent leur route par la Bourgogne 8c s'arrêtèrent à Beaune, où ils communiquèrent leur projet à Humfrid, marquis de Gothie, dont le gouvernement s'étendoit (Illis tune in partibus princi-

' Baluze, Regum Francorum Capltularia , t. 2, ' Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, I. 1

c. 99 & seq. saec. 4, part. 2, p. 46 & seq., Translatio SS. Geor-

' Baluze, Notae in Capituîariisj c. 1267. gii, &c.

^^g^g 1076 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.

pantem) jusque sur les frontières d'Espagne, occupée par les Sarrasins. Ce seigneur, qui résidoit alors en Bourgogne où il avoit des terres, approuva leur dessein Se promit de le favoriser de tout son pouvoir. Après les avoir instruits des moyens qu'ils dévoient prendre pour réussir & éviter les dangers qu'ils avoient à courir dans leur voyage, il leur donna des lettres de recommandation pour son gouvernement avec un de ses domestiques pour les accompagner & les guider dans la route.

A leur arrivée à Viviers, on les assura qu'ils alloient chercher inutilement en Espagne le corps de saint Vincent, puisqu'il avoit été déjà transféré dans la ville de Bénévent. Wallafrid, évêque d'Uzès, chez qui ils passèrent, leur dit la même chose; mais, les deux voyageurs, sans se rebuter de ce bruit, dont nous verrons la fausseté dans la suite, continuèrent leur route & se rendirent à Barcelone. A leur arrivée dans cette ville, leur premier soin fut d'aller trouver Sunifred qui en étoit vicomte & qui y commandoit en l'absence d'Humfrid. Ils lui exposèrent le sujet de leur voyage, lui demandèrent son conseil 8c lui communiquèrent la résolution qu'ils avoient prise, dans l'impossibilité de rapporter d'Espagne le corps de saint Vincent, d'y aller chercher d'autres reliques.

Sunifred, pour les détourner d'un voyage si périlleux, leur fît le récit de la violente persécution qu'Abdérame, roi des Sarrasins, avoit suscitée contre les chrétiens de ce royaume, 8c dont la mémoire étoit encore toute récente. Usuard Se son compagnon, loin de se décourager à la vue des dangers que le vicomte de Barcelone leur faisoit appréhender de la part des Sarrasins, se confirmèrent au contraire de plus en plus dans le dessein de continuer leur voyage. Ils résolurent de se rendre à Cordoue, qui avoit été le théâtre de la persécution, dans l'espérance d'y trouver les reliques de quelques-uns des ut p"f'5l' chrétiens qui venoient de souffrir le martyre. Enfin, le vicomte Se Ataulphe, évêque de Barcelone, à qui ils communiquèrent aussi leur dessein, voyant qu'ils étoient résolus de l'exécuter, leur indiquèrent à Cordoue un chrétien de leurs amis dont ils connoissoient la piété, 8c qui les logeroit non-seulement avec plaisir, mais qui favoriseroit même leurs recherches. Ils écrivirent au marquis Humfrid pour le prier d'envoyer des lettres de recommandation pour ces deux religieux auprès d'Abdiluvar, gouverneur sarrasin de Saragosse, avec qui il étoit lié d'amitié, 8c dont la protection pouvoit faciliter leur voyage.

Abdiluvar, pour marquer à Humfrid le cas qu'il faisoit de sa recommandation, reçut fort gracieusement Usuard Se son compagnon, 8c les fit conduire sûrement jusques à Cordoue, où, après un séjour de près de deux mois, ils obtinrent enfin des chrétiens du pays Se de Saùl, évêque de cette ville, les reliques des saints George, Aurélius 8c Natalie qui y avoient été martyrisés pour la foi pendant la persécution d'Abdérame. Cela fait, ils partirent la veille de l'Ascension, onzième de mai, 8c repassèrent à Saragosse où ils ne manquèrent pas de remercier de sa protection Se de ses bons offices Abdiluvar, gouverneur de cette ville, qui, après les avoir chargés de ses complimens pour

Humfrid, leur fit donner des passeports pour tous les gouverneurs sarrasins des places qu'ils rencontreroient sur la route jusques à Barcelone.

Usuard 6c son compagnon passèrent deux jours dans cette dernière ville. Ils partirent ensuite pour Narbonne, d'oîi, après avoir visité le tombeau & l'église de Saint-Paul, située alors hors des murs, ils se rendirent à Béziers, où ils déposèrent les sacrés ossemens dans l'oratoire de Notre-Dame. Gérin, vicomte de cette ville, ami 8c proche parent des deux religieux, les logea chez lui pendant un mois. Ce vicomte, que l'ancien historien' appelle aussi le premier de la ville {civitatis primate)^ avoit un échanson nommé Brictius qui, étant paralytique & ayant le corps tout couvert d'ulcères depuis près de deux ans, eut recours à la protection des saints martyrs 8c fut guéri par leur intercession. Gérin lui-même, accablé de douleur, obtint sa guérison par leurs mérites, ce qui l'engagea en reconnoissance de se joindre aux deux religieux 8c à accompagner les reliques des saints jusque dans le Vivarais. Usuard 8c son associé se détournèrent de leur chemin 8c passèrent exprès dans ce pays pour satisfaire leur dévotion envers saint Andéol, martyr, 8c visiter l'endroit où on avoit depuis peu exposé ses reliques à la vénération des fidèles. De là ils se rendirent à Argilli , en Bourgogne, près de Beaune, où Humfrid, marquis de Gothie, se trouvoit encore, 8c où ils le remercièrent de la protection qu'il leur avoit accordée. Ce seigneur, qui étoit fort pieux, après avoir écouté avec plaisir le récit 8c le succès de leur voyage, les renvoya chargés de présens.

Telle est la relation qu'Aimoin, religieux de Saint- Germain des Prés, auteur contemporain Se confrère d'Usuard, nous a laissée de la translation de ces reliques. Elle nous donne lieu de remarquer : 1° qu'Humfrid étoit déjà pourvu du marquisat de Gothie dans le temps que les deux religieux de cette abbaye furent le trouver à Beaune avant leur départ pour l'Espagne, Se, par conséquent, du moins dès le commencement de l'an 858, puisqu'ils se mirent en chemin à leur retour de Cordoue, le onze de mai, après un séjour d'environ deux mois dans cette ville; ainsi, nous ne doutons pas que le marquis Humfrid qui, conjointement avec plusieurs autres seigneurs du royaume, prêta un nouveau serment de fidélité au roi Charles le Chauve le 21 de mars de la même année à la diète de Kiersi, ne soit le même que notre marquis de Gothie; 2° que ce marquisat ou gouvernement général, outre la Septimanie propre, comprenoit encore alors la Marche d'Espagne, 8c qu'Humfrid possédoit en même temps le comté particulier de Barcelone; 3° que ce seigneur occupoit vraisemblablement ces dignités depuis l'année précédente, puisqu'en^ qualité de marquis de Gothie il avoit déjà fait la paix ^ conclu une ligue avec Ahdiluvar, duc ou gouverneur de Saragosse pour les Sarrasins à l'arrivée des deux religieux de Saint-Germain des Prés à Barcelone. Or Humfrid demeura en Bourgogne pendant les six premiers mois de l'an 858, il devoit donc avoir été auparavant dans la Marche d'Espagne pour y conclure la paix

' Htstoria Iranslationis SS, Georgii, &c, ' fitstona translationîs SS. Georgiî^ C-c.

An 858

avec les infidèles, & avoir succédé à Udalric dans le marquisat de Gothie dès t^lp^fsg. l'sn 85/ j 4° qu'Antoine, vicomte de Béziers', dont nous avons fait mention ailleurs, devoit être décédé en 858, puisque Gérin étoit alors pourvu de cette vicomte.

Quant à la personne d'Humfrid, nous donnons^ ailleurs les raisons que nous avons de conjecturer qu'il appartenoit à la famille de saint Guillaume, duc de Toulouse & fondateur de Gellone , Si qu'il étoit proche parent d'Egfrid, comte de cette ville en 842, & de Wifred ou Acfred, comte de Bourges^, sous Louis le Débonnaire. Comme ces noms paroissent les mêmes, Humfrid n'est pas sans doute différent de Wifred, comte de Besalu, qu vivoif* en 85o. Charles le Chauve, au parti duquel il demeura toujours attaché dans le temps que la plupart des seigneurs du rojaurae l'abandonnèrent & qu'il se vit à la veille de perdre sa couronne, lui avoit donné apparemment le gouvernement de Gothie en récompense de sa fidélité.

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