‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 529 sur 553 · LXXIII. — Paix entre Charles le Chauve £/ Pépin · texte numérisé non relu

LXXIII. — Paix entre Charles le Chauve £/ Pépin

Ce prince^, dans le dessein de chasser les Normands de l'île d'Oisel, à l'embouchure de la Seine, où ils s'étoient établis & d'où ils portoient la désolation dans toute la France, assembla un grand nombre de bateaux. Il étoit actuellement occupé à cette expédition St il tenoit ces pirates assiégés dans cette île, au mois de juillet de l'an 858, quand Charles, son fils, roi d'Aquitaine, vint le joindre accompagné des troupes de ses Etats, qu'il amenoit à son secours. Ce jeune prince étoit suivi de Pépin, qui avoit enfin écouté les propositions de paix que Charles le Chauve lui avoit fait offrir, Si qui vénoit pour la conclure. Ces deux princes convinrent des articles dont le principal fut que Pépin posséderoit un certain nombre de comtés 8<. d'abbayes dans l'Aquitaine. Les historiens n'entrent pas dans un plus grand détail au sujet de cette paix 81 ne marquent pas si Pépin conserva le titre de roi Si l'autorité souveraine dans les pays qui lui furent cédés; ce qui est certain, c'est que cette paix ne fut pas de durée.

' Il est k peu près certain que Gérin, vicomte de ficile de découvrir l'origine, n'était point parent Béziers, n'a pas une existence plus certaine qu'An- d'Ecfrid, comte de Toulouse. On ignore également toine, son prédécesseur au dire des Bénédictins. l'origine de ce dernier. Quant à Wifred ou Acfred, Nous ne voulons pas nous inscrire en faux con- prétendu comte de Bourges de 828 à 840, il n'a tre l'histoire de la translation des reliques des jamais existé. C'est un personnage apocryphe insaints Georges & Aurélius; cependant, il est visi- venté par le récit légendaire de la translation de ble que ce document renferme le récit de quelques reliques de saint Genou. (Voyez au tome II de cette événements auxquels on ne peut accorder une en- édition la Note additionnelle à la Note LXXX^^II. tière confiance. De ce nombre est le récit qui con- [E. M.] cerne le vicomte Gérin. [E. M.] ^ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 3? & suiv. n. LXVIII.

^ Il y a une grande confusion dans ce qu'indi- ' Annales Bertiniani, p. 112. — Annales Ful-

quent ici les Bénédictins. Humfrid, dont il est dif- denses, p. 55^ & seq.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. 1079 ^^ g^g

LXXIV. — Louis, roi de Germanie, appelé en deçà du Rhin par les mécontens

de France (S* d'Aquitaine.

Le roi Lothaire, fils de l'empereur de ce nom, dont l'intérêt étoit de ménager Charles le Chauve, son oncle, marcha à son secours & alla le joindre au mois d'août devant l'île d'Oise). Il avoit besoin de sa protection contre les entreprises de l'empereur Louis, son frère, au préjudice duquel il avoit fait depuis peu un traité avec Charles, roi de Provence, leur cadet, par lequel il lui avoit cédé les diocèses de Belley & de Tarentaise, à condition que s'il venoit à mourir sans enfans, il lui succéderoit dans tous ses Etats. Lothaire avoit refusé l'alliance du roi de Germanie qui avoit voulu l'attirer dans son parti contre Charles le Chauve, à cause de ses liaisons avec l'empereur, son frère. Il se déclara donc ouvertement pour Charles contre ces deux princes.

D'un autre côté, le roi de Germanie, qui cherchoit depuis longtemps l'occasion de déposséder Charles de ses Etats, se disposoit alors à y faire une irruption, à la sollicitation des mécontens de Neustrie &. d'Aquitaine, avec lesquels il entretenoit depuis cinq ans des intelligences secrètes. Ce prince se mit donc en marche à la tête de ses troupes &, ayant passé le Rhin, il entra en France & arriva, le !"■ de septembre, à la maison royale de Pontion, située dans le.Pertois, où il fut joint par une grande partie de ceux qui l'avoient appelé. Il s'avança ensuite jusques à Orléans où le reste des conjurés, après avoir entraîné les Bretons dans leur révolte Se chassé du Maine le jeune Louis, fils aîné de Charles le Chauve, furent le trouver; en sorte qu'il ne resta à ce dernier, alors occupé au siège de l'île d'Oisel, que les seigneurs qui étoient dans son camp. La plupart même d'entre eux l'abandonnèrent, sur l'avis des approches du roi de Germanie, Si allèrent joindre celui-ci.

Charles, effrayé d'une révolution si subite, abandonna le siège de cette île, St, ayant décampé sur la fin du même mois, il alla avec tout ce qui lui restoit de troupes à la rencontre du roi de Germanie, son frère, qui, sur l'avis de sa marche, n'avança pas plus loin St retourna même sur ses pas. Charles l'atteignit le 9 de novembre, à Brienne, au delà de Châlons-sur-Marne où il reçut quelques secours de Bourgogne. Les deux armées demeurèrent trois jours en présence, pendant lesquels on négocia inutilement la paix. Le 12 de ce mois, les deux rois étoient sur le point d'en venir aux mains, quand Charles, se voyant trahi par ses propres troupes qui passèrent de son camp Éd. origin. dans celui de son frère, se vit forcé de quitter la partie & de se retirer en Bourgogne, après avoir abandonné le reste de ses Etats à la discrétion de son ennemi.

LXXV. — Charles le Chauve chasse le roi de Germanie de ses Etats, 6- accorde diverses grâces à Humfrid, marquis de Gothie.

Le roi de Germanie passa l'hiver en France, &, comptant un peu trop sur la fidélité des peuples qu'il venoit de soumettre, il congédia ses troupes.

An 859

An 859

Charles profita de la faute de ce prince pour rentrer dans la possession de ses États dont il étoit sur le point de se voir dépouillé. Il ménagea ' si bien, pendant l'hiver, les esprits de ses anciens sujets que, s'étant mis en campagne au carême de l'année suivante, il rentra en France & obligea le roi, son frère, dépourvu de troupes, de prendre la fuite à son tour, de repasser le Rhin & d'abandonner la France avec plus de diligence qu'il ne l'avoit conquise. Il ne tint même^ qu'à lui de le faire prisonnier.

Charles usa avec modération de sa victoire. Il fit grâce à tous ceux de ses sujets qui avoiefit pris parti contre lui, sans pourtant^ les rétablir dans leurs dignités, ce qui prouve qu'Humfrid, marquis de Gothie, n'eut aucune part à la révolte, puisqu'il jouissoit alors de son gouvernement. Ce prince accorda même diverses grâces, à la recommandation de ce seigneur, & donna entre autres le lieu de Méjan '*, dans le diocèse de Béziers, à l'abbaye de Saint- Thibéry, dont Adrevald étoit abbé, par une charte datée du palais de Pontion, la dix-neuvième année de son règne. S'étant ensuite rendu à Attigny, à la fin^ de juin, il donna deux diplômes dans ce palais, à la demande du même marquis de Gothie, par l'un desquels il accorda en propriété, le 20 de ce mois, à un de ses vassaux, nommé Isambert, les lieux de Ribaute 81 de Zébésan, dans le Narbonnois, 8<. par l'autre, dix jours après, le lieu de Donos avec quelques fiefs, dans le même pays, à un autre de ses vassaux, appelé Gomesinde.

LXXVI. — Pépin, chassé de nouveau d'Aquitaine, se retire che-^ les Bretons.

Ce prince étoit alors de retour du concile de Savonières "5, près de Toul, où les évêques de douze provinces de France s'étoient assemblés pour délibérer des moyens d'apaiser les troubles qui agitoient le royaume. Lothaire, roi de Lorraine, Se Charles, roi de Provence, s'étoient trouvés à cette assemblée Se avoient formé une ligue avec lui, contre Louis, roi de Germanie; mais ce fut inutilement que ce concile & quelques autres qui avoient été tenus auparavant, tentèrent la réunion de ces deux princes. Charles le Chauve eut, à la vérité, une conférence avec le roi de Germanie, son frère, dans une île du Rhin, au voisinage de Coblentz ; mais le refus qu'il fit de rétablir dans leurs dignités ceux d'entre les seigneurs de son royaume qui avoient pris parti contre lui, en empêcha la conclusion. Ces deux rois convinrent seulement de remettre la décision de leurs différends à une nouvelle entrevue qu'ils indiquèrent, pour l'automne prochain, dans un endroit voisin de Bâle. Cette nouvelle conférence ne se tint pas & leur mésintelligence continua.

■ Annales BertinUni , p. 210. — Annales Fui- ^ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

denses, p. 556. n. XCI.

' Acta sanctorum oriinis sancti Benedicti, saec. 4, " Ih'td. n. LXXXIII,

part. 2, p. 53. ^ Annales Bertiniani, -p, 210. — Annales Fulden-

' Annales Bertiniani , p. 210. — Annales Fui- ses, p. 656. denses, p. 556.

Ail o DQ

Durant cet intervalle, Charles, voyant qu'il n'avoit rien à craindre du roi de Germanie, rompit la paix qu'il avoit conclue l'année précédente avec Pépin, son neveu, ce qui peut nous faire conjecturer que dans le temps qu'il l'avoit faite, il n'avoit eu d'autre dessein que de l'empêcher de s'unir contre lui avec ce prince. En effet, celui-ci fut à peine sorti de France, que Charles mit tout en œuvre pour déposséder Pépin des pays qu'il lui avoit cédés en Aquitaine, & fit si bien par ses menées, qu'il lui débaucha la plupart de ceux d'entre les Aquitains qui conservoient encore quelque attachement pour lui. Pépin, abandonné des siens, eut recours alors à la protection des Bretons 8t de quelques seigneurs de Neustrie, qui persistoient dans leur révolte contre Charles le Chauve & se ligua avec eux.

LXXVII. — Les Normands descendent sur les côtes de la Septimanïe , prennent Narbonne Si. plusieurs autres places.

A la faveur de la mésintelligence qui régnoit parmi les princes françois, les Normands' portèrent leurs ravages jusqu'aux environs d'Amiens & de Noyon , 8c les étendirent vers le Rhône Se les côtes de la Septimanie où ils firent des maux infinis. Ces pirates, après avoir équipé une flotte Se passé le détroit, coururent les rivages d'Espagne Se d'Atrique & abordèrent enfin sur la côte du Roussillon, où ils portèrent le fer Se le feu Se ruinèrent plusieurs villes, entre autres celles d'Elne 81 de Ruscïno, avec l'abbaye d'Arles^. Ce fut sans doute alors qu'ils s'emparèrent de Narbonne qui, au rapport d'un ancien-^ auteur, a été prise par les Normands. Ils passèrent ensuite sur les /.i', p''f(îu autres côtes de la Septimanie Se, ayant remonté le long du Rhône, ils s'arrêtèrent dans l'île de la Camargue, d'où ils continuèrent leurs courses des deux côtés de ce fleuve jusques à Valence. Ils abandonnèrent cette île l'année sui- ^n 860 vante pour aller infester les côtes d'Italie, d'où ils s'étendirent jusque dans la Grèce. Il paroît que Gérard, duc de Provence, qui commandoit dans cette province pour le roi Charles, fils de l'empereur Lothaire, prif* les armes contre ces pirates. Se qu'il les obligea de se retirer Se d'abandonner les environs du Rhône.

' Annales Bcrtininn'i, p. 211 &seq. — Sébastien tout le littoral, le peu de monuments qui nous

de Salamanque. — Marca Hispanica, c. 3^7 & seq. restent de cette époque, empêchent de déterminer

— Mabillon, Annales, t. 3, p. ôyS. — Acta sanc- exactement l'époque & l'étendue des ravages des

torum ordinis S. Benedicti, saec 4, part. I, p. 556. Normands sur les côtes de la Méditerranée. Celte

' Il est indubitable que les Normands, qui parais- expédition de l'année 859 leur est attribuée, mais

jent être arrivés pour la première fois sur les côtes elle peut appartenir aux Sarrasins & réciproque-

de la Septimanie en 858, ont du ravager les villes ment. [E. M.]

du Roussillon & de la Narbonnaise avant de re- ' Labbe, Bihl'wtheca nova manuscr'iptorum , t. 2,

monter le Rhône. Néanmoins, la confusion faite p. ûo8. — Voyez tome II, N^ole XCVIII. par les auteurs efitre ces peuples du Nord & les * Lupus, abbas Ferrariensis, Epist, 122. — Ma-

Sarrasins, qui, depuis longtemps, avaient ravagé hiUon, Annales, ad ann. 860, n. yS.

An 860

LXXVIII. — Humfrid, marquis de Gothie , souscrit la paix des princes t français faite à Cohlent-r.

Les princes François, s'apercevant enfin que leur division favorisoit les entreprises continuelles des Normands, convinrent d'un traité de paix' dans une conférence qu'ils eurent à Coblentz, au mois de juin de l'an 860 Se où les rois Charles le Chauve Se Louis de Germanie furent les seuls qui se trouvèrent : ils souscrivirent le traité au nom de Louis, empereur & roi d'Italie, Se de Charles, roi de Provence, leurs neveux. Plusieurs prélats Se seigneurs du royaume, entre autres Humtrid, le même sans doute que le marquis de Gothie de ce nom, souscrivirent ensuite. Un des articles fut que Charles le Chauve feroit grâce à tous ceux de ses sujets qui avoient pris contre lui le parti du roi de Germanie, 6<. qu'il les remettroit en possession des biens qu'il avoit confisqués sur eux, ce qu'il exécuta. Il se réserva pourtant la liberté de disposer à son gré des terres qu'ils tenoient de sa libéralité Se des charges ou dignités dont ils étoient revêtus. Après la conclusion de ce traité, qui fut écrit Si lu en langue romane 8c en langue tudesque , Charles envoya des commissaires dans toutes les provinces du royaume pour V rétablir l'ordre 8<. la tranquillité que les précédentes révolutions avoient fort altérés.

LXXIX. — Concile de Thusi. — Divorce d'Etienne , comte d'Auvergne , (S- de la fille de Raimond , comte de Toulouse.

Cette paix fut suivie d'un concile qui se tint^ à Thusi, dans le diocèse de Toul, aux mois d'octobre Si de novembre suivans, St où se trouvèrent les évêques de quatorze provinces, avec douze métropolitains en personne, entre autres ceux de Bourges 8<. de Bordeaux. Frédol, archevêque de Narbonne, y assista aussi accompagné de cinq évêques, ses comprovinciaux, savoir : Eurus de Carcassonne, Audessinde d'Elne, St Agbert d'Agde, dans la Septimanie, Adaulphe de Barcelone & Wisade d'Urgel, dans la Marche d'Espagne. Hardouin de Vêlai fut le seul des évêques de la partie d'Aquitaine comprise aujourd'hui dans le Languedoc, qui se trouva à cette assemblée. Les abus qui s'étoient glissés dans l'Eglise, & en particulier le divorce d'Etienne 3, comte d'Auvergne'*, Si de la fille de Raimond, comte de Toulouse, firent le sujet principal du concile.

Nous sommes redevables du détail de cette dernière affaire à Hincmar^,

' AnnaUs Bt-rtinian':, p. 2 12. — Baliize, Rcgum vait avoir été comte d'Auvergne en 809 ou 860.

Francorum Capitularia , t. 2, c. i38 & seq. Le comté d'Auvergne était occupé à cette époque

" Conciles, t. 8, c. 702 8c suiv. par le comte Bernard, premier du nom. Toutefois,

' Ih'ul. — Nicolas I, Ep'tst. 66, p. 468, & Con- Etienne avait la qualité de comte, & son comté

c'iles.x. 8, c. 1937. ne devait pas être éloigné de teliii d'Auvergne.

^ Nous avons établi (^Note aAdit'ionni-llc à la [E. M.]

jVoic LXXXVII du tome II, p. 283 & suiv.) ' Hincmar, Opéra, t. 2, p. 647 & seq — Conci-

qu'Ktienne, dont il est ici fait mention, ne pou- les, t. 8, c, 716.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. io83

An 860

archevêque de Reims, qui étoit présent. Voici ce qu'il en dit : Raimond avoit une fille qu'il donna en mariage au comte Etienne. Celui-ci, après l'avoir fiancée, refusa de l'épouser, sous prétexte qu'il avoit eu commerce auparavant avec une des proches parentes de cette dame. Raimond, piqué de ce refus, n'omit rien avec toute sa parenté pour l'obliger à exécuter sa promesse ; mais ce fut inutilement. Etienne persista dans sa résolution, de l'avis de son confesseur, qu'il disoit avoir consulté, jusques à ce que dans le temps des troubles qui s'élevèrent dans l'Etat, se voyant malheureusement enveloppé dans la disgrâce du roi, il fut cité par Raimond à deux assemblées où il évita de comparoître. Craignant enfin le crédit de ce seigneur & de ses parens, il consentit pour sauver sa vie d'épouser sa fiancée : il la dota Se la reconnut publiquement pour son épouse, sans vouloir cependant consommer le mariage, ce qui engagea Raimond à le traduire au concile de Thusi où il porta cette affaire.

Quoique, suivant les règles, ce ne fût pas à ce dernier à former sa plainte, mais à sa fille à qui il pouvoit seulement donner conseil, cependant les pères du concile jugèrent à propos de la recevoir, tant à cause de l'éclat que faisoit cette affaire depuis trois ans Se du scandale qu'elle causoit dans l'Eglise, que parce que les parties étant d'une très-haute naissance, il pouvoit en naître des troubles dans l'Etat. Etienne, qui se trouvoit alors à la suite du roi, fut donc cité Se, après avoir comparu, il demanda d'être entendu en particulier devant les évêques à qui il exposa les raisons que nous avons déjà rapportées Se qui l'empêchoient de consommer le mariage. Il offrit en même temps de faire preuve de la vérité des faits qu'il avanc^oit. Se se soumit à la décision du ùi'p'.'jû"'. concile.

Les pères, ayant délibéré sur son exposé, ordonnèrent que les évêques des deux provinces de Bourges Se de Bordeaux s'assembleroient avec les seigneurs du pays, ceux-là pour juger définitivement cette grande affaire. Se ceux-ci pour tâcher de pacifier les esprits des parties Se les empêcher d'en venir aux mains, à quoi Etienne consentit. Hincmar, archevêque de Reims, fut chargé ensuite de dresser une instruction qui pût servir de règle aux évêques d'Aquitaine pour le jugement de cette affaire. C'est dans cette instruction que ce prélat rapporte ce différend de la manière que nous venons de le raconter. I! déclare au nom de l'assemblée, sur l'autorité des divines Écritures, des pères Se des saints canons, que le concile d'Aquitaine devoit dissoudre le mariage après avoir constaté la vérité des faits Se appris de la fille même, assistée de Raimond, son père, qu'il n'avoit pas été encore consommé; que dans ce cas-là Etienne devoit perdre la dot qu'il lui avoit donnée Se expier, par une sévère pénitence, le crime qu'il avoit commis avec la personne dont nous avons déjà parlé Se dont on le dispensa de déclarer le nom. Hincmar exhorte enfin les prélats Se les seigneurs aquitains à prévenir, par leur autorité Se leur sagesse, les suites fâcheuses que pouvoit avoir la dissolution de ce mariage. Se à travailler à mettre la paix entre les deux familles.

Les deux comtes de Toulouse Se d'Auvergne ne sont désignés dans la lettre

An86o

ou instruction d'Hincmar que par les noms de Raimond 8c d'Etienne, 81 ce prélat ne donne qu'au premier la qualité de comte; mais nous trouvons dans une épître du pape Nicolas I, qui a du rapport à ce différend, qu'Etienne étoit comte d'Auvergne. Il paroît certain, d'ailleurs, que Raimond est le même que Raimond I, comte de Toulouse, qui vivoit alors St qui est le seul' comte de ce nom que nous trouvions en ce temps-là dans le royaume d'Aquitaine. Il est vrai qu'un auteur moderne^ prétend qu'il s'agit ici de Raimond, comte de Limoges, qu'il fait vivre jusques en 9^3, mais comme nous n'avons aucun monument qui prouve que celui-ci, qui tut pourvu de ce comté en 841, vécût alors. Se qu'il paroît au contraire qu'il étoit déjà décédé ' la huitième'* année du règne de Charles le Chauve, on ne peut douter que l'affaire du divorce dont il est ici question ne regarde la fille de Raimond, comte de Toulouse, car quoique cette ville fût soumise alors pour le spirituel à la métropole de Narbonne, cependant cette affaire devoit être renvoyée au jugement définitif des évêques d'Aquitaine, parce qu'ils étoient les juges naturels du comte d'Auvergne qui étoit l'accusé. On peut ajouter que Raimond, outre le comté de Toulouse, possédoit en même temps ceux de Querci Se de Rouergue, qui dépendoient de la métropole de Bourges, 8<. que la décision de cette affaire fut portée, à proprement parler, à la diète générale du royaume d'Aquitaine dont le comté ou diocèse de Toulouse faisoit partie.

' Voyez tome H, Note XCIX, n. i & suiv.

' Jiistel, Histoire d'Auvergne, p. 6.

' Baluze, Historia Tutelensis, p. 9.

^ La conjecture regardée pardom Vaissete comme inacceptable nous semble, au contraire, assez probable, tout en remarquant avec lui que la date de 923 est inadmissible. En effet, un travail critique sur les anciens comtes & vicomtes de Limoges, qui paraîtra sous peu dans la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes-Etudes, nous semble avoir mis hors de doute l'identification du Raimond, comte de Toulouse de 852 à 8Û4, avec Raimond, comte de Limoges, qui remplaça, en 841, Rathier, tué à la bataille de Fontanet. Dans cette étude, l'auteur, M. R. de Lasteyrie, archiviste aux Archives Nationales, s'applique d'abord à démontrer que Raimond, comte de Limoges, a prolongé sa vie au delà de la huitième année de Charles le Chauve (847), & que le successeur qu'on lui donne, Gérard, n'a jamais été comte de Limoges.

En effet, d'une part, Raimond, comte de Limoges, paraît dans la Translation de saint Alpinien, document dont la date, restée longtemps indécise, est fixée par M. de Lasteyrie à 855 pour plusieurs bonnes raisons; d'autre part, les faits & actes attribués à Gérard, comte de Limoges, par les historiens du Limousin, se rapportent tous soit à Gérard, comte de RoussiUon, soit à Gérard, comte de Bourges. Il n'y a donc rien qui s'oppose à ce

que la vie de Raimond, comte de Toulouse, se soit prolongée jusques en 860 & au delà.

M. de Lasteyrie passe ensuite à l'identité de ces deux comtes Raimond; d'abord, dans les chartes du cartiilaire de Beaulieu, on voit, à cette époque, paraître un Raimond, père de trois fils, nommés, comme ceux de Raimond de Toulouse, Bernard, Eudes & Arbert; il y a donc de grandes chances pour que ce soit le même personnage, & le rôle qu'il joue dans le Limousin ne permet pas de douter qu'il n'y ait exercé, à cette époque, les fonctions de comte. De plus, nous voyons Bernard, fils du Raimond du cartulaiie de Beaulieu, tenir un plaid dans le pays, en 870, & faire restituer des biens à l'abbaye. Cette série de faits autorise donc à affirmer que la famille de Toulouse occupa le Limousin, de 841 à 870 tout au moins; on pourrait supposer que la partie méridionale de ce comté a pu en être détachée, mais M. de Lasteyrie prouve que cette division est absolument improbable, & qu'elle n'a laissé de traces ni dans la géographie postérieure du pays, ni dans les souvenirs des chroniqueurs limousins. Cet auteur croit même pouvoir affirmer que Bernard, fils aîné de Raimond, eut pour successeur Eudes, son frère cadet; mais, quoique le fait en lui-même soit admissible, les preuves qu'il en donne ne nous semblent pas assez décisives pour le regarder comme absolument certain. [A. M.]

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An ooo

Quoique Etienne se fût soumis au concile de Thusi, il paroît cependant qu'il fit difficulté de se rendre à celui d'Aquitaine où son affaire devoit être jugée. C'est ce qu'on voit par une lettre très-forte' que le pape Nicolas I lui écrivit pour l'obliger à comparoître à ce concile devant les légats qui dévoient s'y trouver. On voit par la même lettre que ce comte étoit accusé d'avoir chassé l'évêque de Clermont de son siège & d'avoir mis un intrus à sa place. Nous ignorons si ce concile cassa son mariage ou s'il l'approuva. Au reste, ce comte d'Auvergne, fils d'un seigneur appelé Hugues, est le même qui fut tué ^ en 864 dans un combat contre les Normands.

LXXX. — Pépin, soutenu des Bretons, fait une tentative sur l'Aquitaine,

La paix dont la France jouissoit depuis le traité de Coblentz ne fut pas de longue durée. Le roi ^ Lothaire à qui des amours étrangères avoient donné une très-grande aversion pour la reine, son épouse, en vint bientôt après à une rupture avec Charles le Chauve qui avoit pris les intérêts de cette princesse ; il se ligua même contre lui avec Louis de Germanie. Cette nouvelle division entre les rois françois donna lieu à Pépin de ranimer son parti en Aquitaine. Ce prince, qui s'étoit vu obligé de quitter ce royaume pour se réfugier chez les Bretons rebelles, s'étant mis à leur tête, fit diverses excursions dans les pays voisins de la Bretagne, ce qui obligea enfin Cliarles le Chauve à marcher en personne pour arrêter ces mouveniens 5 mais il eut le malheur d'être défait par ces peuples qui l'attaquèrent sur leurs frontières. ,'^'i' ""^'^Ivi La victoire des Bretons fut très-favorable à Pépin pour qui l'alliance de ces peuples étoit un appui d'autant plus puissant, qu'ils avoient pour chef le comte Robert, surnommé le Fort, fameux capitaine 81 tige de nos rois de la troisième race, lequel s'étoit ligué avec eux, depuis quelque temps, contre Charles le Chauve'*. Ce roi, voulant ôter cette ressource à Pépin & dompter en même temps les Bretons, trouva moyen d'attirer ce seigneur à son service en lui donnant, dans une diète qu'il tint à Compiègne en 861, le gouvernement ou duché de tout le pays situé entre la Loire 8c la Seine, avec le commandement des troupes sur les Marches de Bretagne contre les rebelles de cette province. Il paroît que cette diète s'assembla au mois de mai de la même année, puisque Charles étoit alors à Compiègne, où il accorda'' en propriété, par une charte, plusieurs fiefs dans le diocèse de Narbonne, à un

' Nicolas I, Epist. 66, Conciles, t. 8, c. 466. qui avaient pris Nantes une première fois en 843

* Annales Bertiniani, p. 218. & une seconde en 8jj, année où ils parvinrent ' Annales Mettenses, p. 3o:>. — Annales Bert'i- jusqu'à Orléans. Robert le Fort & Ramniilfe I,

niant, p. 212. comte de Poitiers, furent, au contraire, du nombre

* Le rôle que les Bénédictins font jouer ici à des comtes qui restèrent toujours fidèles à Charles Robert le Fort n'est pas conforme à celui que lui le Chauve. C'est pour cette raison qu'en 861 Roattribue l'histoire. Si Robert le Fort a jamais con- bert fut nommé au commandement de la Marche tracté une alliance avec les Bretons, c'est-à-dire de Bretagne. [E. M.J

aïec les populations des bords de la Loire, ce n'a ^ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

pu être que dans le but de repousser les Normands, n. LXXXH'.

An 861

An 1

de ses vassaux nommé Adroarius. Ce diplôme fait mention de Pierrefitte, situé entre les pays de Rajès ^ de Narhonne.

LXXXI. — Entreprise de Charles le Chauve sur le royaume de Provence.

Après la diète de Compiègne, Charles le Chauve, qui ne cherchoit qu'à étendre ses Etats, résolut de s'emparer de ceux de Charles, roi de Provence, son neveu, 5c de profiter de la disposition des Provençaux, mécontens de la négligence de ce prince à les secourir contre les Normands qui venoient de faire une nouvelle irruption dans le pays. 11 crut cette occasion d'autant plus favorable à ses desseins, que ces peuples paroissoient vouloir se soumettre à sa domination'. Il se mit donc en marche, sous prétexte d'aller les aider à réprimer les entreprises des Normands, mais dans la vérité pour envahir les États de son neveu. Il s'étoit déjà avancé jusques à Mâcon, mais, sur l'avis que Gérard, duc de Provence & tuteur de ce prince, s'étoit mis en état de s'opposer à ses entreprises, il n'osa pousser plus loin 8c prit le parti de retourner en France, où les nouvelles incursions des Normands demandoient sa présence.

LXXXII. — Fondation de l'ahhaye de Vahre, en Rouergue, par Raimond 1, comte de Toulouse, Berthei-^, son épouse (y leurs enfans.

Les Normands avoient déjà dépeuplé alors par leurs courses toutes les côtes de la France, & leurs ravages sur celles d'Aquitaine avoient obligé entre autres la plupart des religieux des pays voisins d'abandonner leurs monastères, de prendre la fuite & d'aller chercher un asile contre leur fureur. Adalgise^, abbé de Palnat ou Palmat, dans le Périgord, pour l'éviter 8c prévenir la désolation de son monastère, résolut de se retirer, avec ses religieux, dans un pays moins exposé a leurs courses. P\.aimond, comte de Toulouse, qui connoissoit déjà le mérite 8c la vertu de cet abbé, informé de sa résolution, lui offrit une retraite dans ses terres 8c de lui fonder un nouveau monastère. Cet abbé, après avoir accepté volontiers une oftre si généreuse, se rendit à Toulouse 8c, dans une assemblée que Raimond y convoqua 8c à laquelle présida Hélisachar, évêque de cette ville, il fut conclu que ce monastère seroit fondé à Vabre, lieu situé dans le Rouergue, sur la petite rivière de Dourdon, vers les frontières de l'Albigeois 8c dans le domaine du comte.

Adalgise partit aussitôt de Toulouse pour aller prendre possession de ce lieu où il construisit^ une église sous l'invocation de la sainte Vierge, de saint Pierre, de saint Denis 8c de plusieurs autres saints. Peu de temps après, un ecclésiastique du pays, nommé Rolland "*, filleul 8c clerc ou chapelain du

' Annales Bcrùnïani . p. 2l3. ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, n. LXXXVII. n. LXXXV. ■• Ihid. n"' LXXXV & XCII.

An 861

comte Raimond, fit une donation considérable à ce nouveau monastère, y embrassa l'état religieux 8c en fut enfin abbé après Adalgise. Outre ce disciple, cet abbé en eut un autre' en la personne de George, auparavant religieux de Conques, dans le même pays, qui se mit sous sa conduite 8c devint enfin évêque de Lodève, où il est bonoré comme saint.

Raimond, qui avoit extrêmement à cœur le monastère de Vabre, partit pour la cour 8c obtint une charte du roi Charles le Chauve qui confirma cette fondation Se le prit sous sa sauvegarde 5c sa protection spéciales. La charte^ est datée de Paris du 19 de juillet, la vingt-quatrième année du règne An 862 de Charles, indiction dixième, ce qui prouve que ce prince comptoit quelquefois les années de son règne depuis l'assemblée de Kiersi où il fut couronné loi de Neustrie, l'an 838, comme nous l'avons déjà remarqué. Ce roi, pour contribuer en quelque chose à la fondation de ce nouveau monastère, donna à Raimond quarante livres pesant d'argent. Le comte, à son retour de la cour, le dota par une charte du 3 de novembre de la même année, conjointe- t.'^i'.p??!;"'. ment avec Bertheiz, son épouse, 8c lui donna diverses terres qu'il avoit dans le Rouergue avec plusieurs serts pour les cultiver, preuve qu'il devoit être originaire du pays, puisqu'il y possédoit tant de biens patrimoniaux. Raimond fit cette donation /70i^r le salut de son âme, pour celui de Fulguald, son père, de Sénégonde, .sa mère, (S- de Frédelon, son frère germain, afin que comme ils avoient été étroitement unis, leur aumône put être commune 6- également utile à tous. Raimond Se Bertheiz, son épouse, mettent ensuite l'abbaye de Vabre, après leur mort, sous la protection de leurs fils Bernard, Fulguald 8c Odon qui souscrivirent la charte. Le titre de comte, que Bernard prend dans sa souscription, nous fait croire qu'il avoit déjà succédé à son père, du consentement de Charles le Chauve, ou dans le comté de Rouergue ou dans celui de Querci. Raimond avoit un quatrième fils^, nommé Aribert ou Airbert, qu'il dévoua fort jeune au Seigneur dans cette abbaye. Se qui, en prenant l'habit religieux, changea son nom avec celui de Benoît. Cette charte fut encore souscrite par Hélizachar, évêque de Rodez, par Bégon, vicomte, ou dans le Rouergue ou dans le Toulousain, 8c par plusieurs autres personnes de considération. Telle est l'origine de l'abbaye de Vabre, qui nous fait connoître en même temps celle des premiers comtes héréditaires de Toulouse, ses fondateurs. Ce monastère fut soumis depuis à celui de Saint-Victor de Marseille, 8c enfin érigé en évêché par le pape Jean XXII, au commencement du quatorzième siècle. Le chapitre, de même que ceux des autres abbayes qui furent érigées en cathédrales par ce pape, demeura régulier, 8c ce n'est que depuis l'an i56i, qu'il a été sécularisé'*.

' VXanuy'iXy Séries praesulum LoJovensium, p. 'ii ' Voyez tome II, Note XCIX, n. i & suiv., &

& seq. Preuves, Chartes & Diplômes, n. XCII.

' Voyez lome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ■* Voir au tome IV la Note CXI sur l'église de

n. LXXXVII. Vabre, ajoutée par les nouveaux éditeurs. [A. M.]

An 862

LXXXIII. — Révolte de Charles, roi d'Aquitaine, contre Charles le Chauve,

son père.

La fuite de Pépin chez les Bretons n'empêcha pas qu'il ne s'élevât des nouveaux troubles en Aquitaine; voici comment : Charles le Chauve avoit deux fils qui se révoltèrent contre lui. Louis', qui étoit l'aîné, se ligua avec Pépin & les Bretons; mais ayant été défait bientôt après par Robert le Fort 8c mis en fuite, il iut obligé d'avoir recours à la clémence de son père. Charles, roi d'Aquitaine, le puîné, séduit par quelques seigneurs du pays, entre autres par Etienne, comte d'Auvergne, & Egfrid, le même vraisemblablement que le comte ^ de Bourges de ce nom 3, suivit son frère dans sa révolte; mais il fut très-lent à le suivre dans sa soumission. Ce jeune prince, qui n'avoit pas encore atteint l'âge de quinze ans, épousa contre la volonté de son père, & par le conseil de quelques-uns de ses courtisans, la veuve du comte Humbert. Le roi, touché de sa jeunesse, n'omit rien pour le ramener à son devoir Se voulut bien entrer en conférence avec lui à Mehun-sur- Loire, où il lui promit le pardon du passé avec toute sorte de sûretés pour l'avenir, s'il vouloit désormais régler sa conduite sur ses conseils; mais ces offres ne firent aucune impression sur l'esprit indocile de ce jeune prince qui retourna dans ses Etats aussi peu disposé qu'auparavant à se soumettre.

LXXXIV. — Plaid tenu à Narbonne par les envoyés d'Humji-id, marquis

de Gothie.

Outre ces chagrins domestiques, Charles le Chauve en avoit encore d'autres que lui causoient les incursions continuelles des Normands qui désoloient ses Etats & le tenoient sans cesse alerte, ce qui engageoit la plupart des seigneurs à ne pas s'éloigner d'auprès de sa personne; nous avons lieu de croire qu'Humfrid, marquis de Gothie, étoit du nombre. 11 paroît, en eftet, qu'il étoit alors absent de son gouvernement, par un plaid '^ que deux de ses lieutenans ou envoyés [missi), Lambert & Adaulphe tinrent en son nom à Narbonne, sur la fin de l'an 862. On ordonna entre autres dans cette assemblée la restitution que Richimir, abbé de Mallast ou Montolieu, au diocèse de Carcassonne, demandoit du lieu de Stacian, au diocèse de Narbonne, qui avoit été usurpé sur son monastère. Le jugement tut rendu suivant la loi des Visigoths qui étoit apparemment celle du défendeur. Il fut exécuté au bout de quinze jours, après que le procureur de l'abbé de Montolieu eut prouvé l'usurpation dans un autre plaid tenu à Pégan, aujourd'hui Capestang, dans

■ Annales Berliniani, p. 2i3 & seq. Charles le Chauve, entre autres l'abbaye de Saint-

' Ih'ti. p. 221. Hilaire de Poitiers. Il périt en 867, en voulant

' Cet Ecfrid n'est point le comte de Bourges de s'emparer de vive force du Berry sur le comte Gé-

ce nom, puisque ce dernier n'a pas existéj c'est le rard. [E. M.]

comte de Toulouse qui, révoqué après le traité de ^ Voyez tome II, Preuves, Chartes 8c Diplômes,

Fleury-sur-Loire, avait reçu quelques bénéfices de n. LXXXVIII.

An 862

le Narbonnois. Dans l'acte qui nous reste au sujet de ce jugement, le marquis Humfricl est nommé Jnanfred; mais ces deux noms sont' les mêmes. Il paroît, par ce plaid, tenu par les ordres &c sous l'autorité de ce marquis, qu'il étoit en même temps comte particulier de Narbonne. C'est du moins une preuve que la Septimanie étoit encore alors unie à la Marche d'Espagne, & que ces deux provinces ne tormoient quun seul gouvernement gênerai, cai t.i, p. 565. nous savons d'ailleurs qu'Humfrid étendoit son autorité sur la dernière, où il possédoit le comté particulier de Barcelone.

LXXXV. — Charte de Charles, roi de Provence, en faveur de Viviers. Gérard, duc ou gouverneur général de ce royaume.

Nous avons déjà dit que le Vivarais Si le diocèse d'Uzès faisoient alors partie du royaume de Provence possédé par Charles, fils de l'empereur Lothaire, & neveu de Charles le Chauve. Nous en avons en particulier une preuve pour le Vivarais dans une charte que ce prince accorda à l'église de Viviers, à la prière de Gérard, personnage le plus distingué de ses Etats, à qui il en avoit confié le gouvernement général sous le titre de duc de Provence; il l'appelle dans plusieurs de ses chartes^ son père nourricier ^ son maître, à cause du soin qu'il avoit eu de son éducation. Charles donna à l'église de Viviers, dont ce duc lui avoit représenté la pauvreté & à Bernon, qui en étoit alors évêque, une île du Rhône qui étoit de son domaine St qui dépendoit du comté de Vivarais, La charte est datée de la septième année du règne de ce prince, c'est-à-dire de l'an 862 de J.-C, car il comptoit quelquefois les années de son règne depuis la conférence de l'an 856, où ses deux frères lui avoient cédé le royaume de Provence qu'ils lui disputoient; il y en a plusieurs autres 3 exemples. Il comptoit cependant plus ordinairement le temps de son règne depuis la mort de l'empereur Lothaire, son père, arrivée le 28 de septembre "de l'an 855.

Gérard, dans la charte dont nous venons de parler, ne prend que le simple titre de comte**; mais nous trouvons dans plusieurs monumens qu'il se qualifioit duc^, ce qui marque sa supériorité sur tous les autres comtes du royaume de Provence 8c, par conséquent, sur ceux du Vivarais & du pays d'Uzès qui en dépendoient. On peut tirer une nouvelle preuve de la prééminence de Gérard, de^ l'acte d'une assemblée ou diète de ce royaume où il est nommé le premier entre douze comtes qui y assistèrent. Ce seigneur n'eut qu'une fille de Berthe'', son épouse, dame aussi distinguée par sa piété que par sa naissance. Ils consacrèrent l'un St l'autre une partie des biens très-considéra-

' Mabillon, Annales, ad ann. 862, n. 1 08. * Mabillon, Annales, ad ann. 867, n. 76.

* Voyez tome II, Preuves, Chartes 8c Diplô- ' Ihid.

me», n. LXXXIX. — D'Achéry, Spicilegium, 1. 12, ' Baliize, Regum Francorum Capitularia , t. 2,

' D'\chéiy, Spicilegium, t. 12, p. 123. — Ma- ' Lupus, nbbas Ferrariensis, Epist. 22. — Mabillon, Annales, ad ann. 85 1 , n. 87. billon. Annales, ad ann. 867, n. j'i & suiy.

An 862

An 863

blés qu'ils possédoient k la construction de deux monastères, qu'ils fondèrent dans les Etats de Charles , roi de Provence. Un ancien martyrologe donne à Gérard le surnom de Roussillon, mais c'est, à ce qu'il paroît, sans fondement, puisque l'usage des surnoms ne fut introduit que longtemps après.

LXXXVI. — Le Vïvarais ^ le diocèse d'Ujès soumis au roi Lothaire par la mort de Charles, roi de Provence.

Charles, roi de Provence, mourut sans postérité au commencement de l'an 863, d'une attaque d'épilepsie ' à laquelle il étoit sujet 5 il fut inhumé dans l'église de Saint-Pierre de Lyon, célèbre monastère de filles. Ses deux frères Louis, empereur 8t roi d'Italie, &. Lothaire, roi de Lorraine, se rendirent en Provence d'abord après sa mort pour s'emparer de sa succession & tâcher de gagner à l'envi les peuples du pays. Ces deux princes paroissoient disposés à vouloir vider leur querelle par la voie des armes, quand quelques seigneurs de ce royaume, s'étant rendus médiateurs, les firent convenir enfin de renvoyer la décision de leur différend à un autre temps. Ils quittèrent donc la Provence, Se. Lothaire repassa par Lyon au mois de mai ^ de l'an 863. Ces deux princes partagèrent depuis ce royaume à l'amiable. Lothaire eut entre autres pour sa part le Lyonnois, le Viennois, le Vivarais ^ & le pays d'Uzès. Nous voyons"* par le partage qui fut fait de la succession de ce prince après sa mort 8t par diverses chartes, que tous ces pays furent sous sa domination. Lothaire donna à Rostaing, archevêque d'Arles, l'administration de l'abbaye de Cruas, dans le Vivarais. Un de nos modernes^, qui a ignoré, ce semble, le règne de ce prince sur une partie du royaume de Provence, se trompe lorsqu'il avance que ce fut le roi Charles, son frère.

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