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LXXXVII. — Origine de la ville de Tournon

Lothaire confirma <5 la donation que l'empereur, son père, & le roi Charles, son frère, avoient déjà faite à l'église de Lyon, du lieu de Tournon, à présent une des principales villes du Vivarais, située sur le penchant d'une colline qui aboutit à la rive droite du Rhône. C'est le plus ancien monument que nous ayons de cette ville 5 car nous n'avons garde d'adopter la conjecture de ceux'' qui prétendent que c'est le château de Tauredunum dont il est parlé dans Grégoire de Tours ^, puisque ce dernier étoit situé dans le Valais 9,

' Ado, Chroiiicoriy p. 809. — Annales Sertiniani, ' ColuiTibi, Eptscopi Vivancnses^ p. 201.

p. 21 5. "■ D'Achéry, Spicilegium , t. 12, p. 123 & 129

' Miibillon, Annales, ad ann. 8(53, n. I. & suiv. ' Voyez tome IV, Note I. ' Thom. Corneille, Dictionnaire géographique.

Baluze, Kegum Francorum Capituîaria , t. 2, ^ Grégoire de Tours, 1. 4, c. 3i.

A. ^ Ruinart, in Greg. Tur.

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LXXXVIII. — Proscription d'HumJrid, marquis de Gothie, pour s'être emparé de Toulouse sur Raimond, comte de cette ville.

Si la partie orientale de ce que nous appelons aujourd'hui Languedoc fut f 'J' ""^ûJ,' agitée par les troubles qu'excitèrent les prétentions de Louis 8t de Lothaire au royaume de Provence ou à la succession de Charles, leur frère, l'occidentale ne le fut pas moins par l'entreprise que fit' dans le même temps Humfrid, marquis de Gothie, sur la ville de Toulouse, ce qui occasionna sa proscription. Nous ignorons le véritable motif qui engagea ce seigneur à faire cette démarche. S'il étoit cependant permis de donner quelque chose aux conjectures, nous croirions volontiers qu'il étoit de la famille' de saint Guillaume^, duc de Toulouse ou d'Aquitaine & fondateur de l'abbaye de Gellone dont le fils &t le petit-fils avoient possédé ce duché. Or, comme c'étoit alors l'usage que les dignités passassent aux plus proches parens, Humfrid peut avoir eu quelque droit sur le même duché Si s'en être servi comme d'un prétexte plausible pour en déposséder la famille du comte Frédelon à qui il avoir été donné en 849. Peut-être aussi qu'Humfrid avoit été gagné par Pépin ou par Charles, qui prétendoient au royaume d'Aquitaine dont Toulouse étoit la capitale, car le dernier étoit toujours rebelle à Charles le Chauve, son père. Se l'autre n'avdit abandonné que par force ses prétentions sur ce royaume. Quoi qu'il en soit, Humfrid, après avoir ménagé des intelligences secrètes dans Toulouse, se rendit maître de cette ville Si en chassa le comte Raimond, à l'insu Si contre la volonté du roi Charles le Chauve. L'historien"* contemporain ajoute que les Toulousains, accoutumés à se soustraire à l'obéissance de leurs comtes'-', favorisèrent ce marquis dans l'exécution de son entreprise Si l'aidèrent à chasser le comte Raimond de leur ville, ce qui nous donne lieu de croire qu'ils en avoient déjà usé de même à l'égard de quelques autres comtes de Toulouse. Nous n'avons cependant sur cela aucun monument, à moins que cet auteur'^ n'ait voulu faire entendre que Bernard, duc de Septimanie, Si Guillaume, son fils, qui furent l'un Si l'autre dépouillés de leurs dignités par Charles le Chauve, furent trahis par les Toulousains qui les chassèrent peutêtre de leur ville ou la livrèrent à ce prince.

Charles le Chauve, averti de l'équipée du marquis de Gothie, en fut si irrité qu'il le déclara aussitôt déchu de ses dignités Si le traita comme rebelle Si criminel de lèse-majesté. 11 confirma dans une diète qu'il tint à Verberie, sur la fin du mois d'octobre de la même année, la paix qu'il avoit déjà faite avec les Sarrasins, Si mit par là Humfrid hors d'état de se liguer avec ces infidèles, voisins de son gouvernement. Ce seigneur persista néanmoins dans

' Annale^ Bertiniani, p. 2r6 & seq. ^ Annales Beniniani, p. 216 & seq.

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 40. ' Qui comitiius suis eamjem civitatem supplantare

' Nous avons déjà fait remarquer qu'on ne con- sunt sohti.

naissait point l'origine d'Humfrid, marquis de '' Annales Bertiniani, p. 216 & seq. Goihie. lE. M.l

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sa révolte ; elle étoit d'autant plus à. craindre qu'il pouvoit favoriser à son gré ou la rébellion du jeune Charles ou le parti de Pépin.

LXXXIX. — Pépin, ligué avec les Normands, fait des courses dans l'Aquitaine. — Charles, roi d'Aquitaine, se soumet à son père.

Pépin, après avoir perdu l'appui des Bretons par la paix que Charles le Chauve avoit faite enfin avec ces peuples, s'étoit' joint aux Normands dans l'espérance de remonter par leur secours sur le trône d'Aquitaine. Il entra en effet avec eux dans ce royaume^, porta ses courses jusques à Poitiers Si obligea les habitans de se racheter du pillage, après avoir mis le feu à l'église de Saint-Hilaire, située dans un des faubourgs.

Charles le Chauve, pour remédier aux troubles d'Aquitaine, résolut de commencer par soumettre le roi Charles, son fils, qui étoit soutenu de la plupart des seigneurs du pavs. Il assembla toutes ses forces & se mit en marche contre lui d'abord après la diète de Verberie. Ce jeune prince, craignant la colère de son père, ne lui donna pas le temps de passer la Loire. Il alla au-devant de lui & le joignit à Nevers, où il lui fit ses soumissions 8c implora sa clémence. Le roi, touché de la démarche de son fils, lui pardonna après avoir exigé de lui un nouveau serment de fidélité de même que de tous les seigneurs aquitains qui étoient à sa suite, & pour lui ùter toute occasion de tenter à l'avenir de pareilles entreprises, il lui ordonna de demeurer auprès de sa personne.

XC. — Translation des reliques de saint Vincent à Vabhaye de Castres, en

Albigeois.

Il ne restoit à Charles le Chauve, pour pacifier l'Aquitaine, qu'à dompter le jeune Pépin dont la jonction avec les Normands répandoit la terreur dans tout ce royaume. Ces pirates, sous sa conduite, étendirent leurs courses jusques à Toulouse & en formèrent le siège. Aimoin, auteur contemporain, 8c f\°"f^- religieux de Saint-Germain des Prés, fait mention de ce siège dans l'histoire de la translation des reliques de saint Vincent, martyr d'Espagne, à l'abbaye de Castres, en Albigeois, ouvrage qu'il composa à la prière de Bernon, abbé, 8c des religieux de ce monastère.

L'an 855, Hildebert^, moine de l'abbaye de Conques, en Rouergue, se sentit inspiré d'aller à Valence, en Espagne, dans le dessein d'y enlever les reliques de saint Vincent, martyr. Il prit pour compagnon de voyage un de ses confrères, nommé Audalde. L'un 8c l'autre étant tombés malades dans la route, ce dernier continua seul le voyage 8c arriva enfin à Valence où il eut le bonheur de découvrir les reliques du saint martyr. Il les emporta 8c, étant arrivé à Saragosse, Sénieur, évêque de cette ville, s'en saisit sans savoir que

* Annales Bcrùn'icin't, p. 2 i 6 8c seq. ' Acta sancîorum ordints sanct'i Benedicti , saec. 4,

' Ihid. part. 1, p. 6^3, Htst, translattonis S, Vincentii.

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ce fût le corps de saint Vincent. Audalde, dépouillé de ce trésor, retourna à son monastère où il fit à ses confrères le récit de son voyage & du malheur qui lui êtoit arrivé en chemin ; mais, bien loin de vouloir ajouter foi à son témoignage, ils le traitèrent d'imposteur. Ce religieux, piqué des railleries de ses confrères, pria son abbé de lui permettre de passer dans un autre monastère, ce qu'ayant obtenu, Gilbert, abbé de Saint-Benoît de Castres & successeur' d'Hélisachar, le reçut dans le sien. Cet abbé & ses religieux, plus attentifs que ceux de Conques à la relation qu'Audalde leur fit du succès de son voyage d'Espagne St de l'accident qui lui étoit arrivé à Saragosse, résolurent de ne rien omettre pour retirer les reliques de saint Vincent des mains de l'évêque de cette ville. Huit ans & demi après ou l'an 863, s'étant ménagé les bonnes grâces de Salomon, comte de Cerdagne, dans la Marche d'Espagne, qui vivoit alors en bonne intelligence avec les Sarrasins, ils lui communiquèrent leur dessein S<, le supplièrent de vouloir par sa protection & son crédit en favoriser l'exécution.

Le comte entra volontiers dans leur projet Si, à la faveur de la paix qui régnoit dans ce temps-là entre les Maures & les François, il fit un voyage à la cour de Cordoue. Il s'y plaignit au roi des Sarrasins de ce que l'évêque de Saragosse avoit arrêté de sa propre autorité le corps d'un de ses proches parens, nommé Suniarius, qu'il faisoit transporter d'Espagne en France, Se lui demanda un ordre pour Abdalla, gouverneur de cette ville, afin d'obliger ce prélat à le lui remettre. Salomon, ayant obtenu sa demande à la faveur de quelques présens qu'il distribua à propos à la cour de Cordoue, se rendit à Saragosse où il fit avertir les religieux de "Castres d'envoyer quelques-uns d'entre eux dans cette ville. Abdalla, gagné par les présens qu'ils lui firent, exécuta fidèlement les ordres du roi & leur fit remettre par l'évêque Sénieur le précieux dépôt dont il s'étoit saisi. Les religieux de Castres le transportèrent ensuite dans leur monastère, suivis du comte Salomon qui voulut les accompagner. Au rapport d'Aimoin, Dieu opéra divers miracles dans la route par l'intercession de saint Vincent, 8c entre autres à Livia, lieu voisin de Carcassonne, & dans une église de cette ville qui subsistoit alors sous l'invocation de ce saint martyr^.

Suivant l'usage alors presque généralement observé, l'entrée des églises des monastères étoit interdite aux femmes 5 il leur étoit seulement permis de faire leurs prières dans des oratoires qu'on avoit coutume de construire hors de la clôture régulière. Les religieux de Castres, pour satisfaire la piété du peuple envers saint Vincent, déposèrent ses reliques dans la chapelle de Notre-Dame, voisine du monastère, en attendant qu'on eût bâti une église, sous l'invocation du saint, dont l'entrée fût libre aux personnes de l'un S<.

' D'Xchérj, SpiciUgium, t. 7, p. 340. sur l'emplacement actuel de l'église de ce nom. Le

'C'est la plus ancienne mention connue de faubourg dont elle faisait partie était situé au nord

l'église de Saint-Vincent du faubourg de Carcas- de la Cité, & fut détruit, en 1240, par Trencavel,

sonne; mais il ne faut pas croire qu'elle fût située à la suite de son échec devant cette ville. [A. M.]

An 863

An 863 ' '

de l'autre sexe. Tous les peuples des environs contribuèrent à l'envi à ce bâtiment & s'empressèrent d'aller à Castres visiter les reliques du saint, ce qui rendit ce lieu extrêmement célèbre. Hélisachar, évêque de Toulouse, accompagné de son clergé & d'une partie de son peuple, y alla entre autres en pèlerinage &, pour témoigner son respect envers saint Vincent, il descendit de cheval à neuf milles du monastère 8c fit le reste du chemin pieds nus.

XCI. — Pépin assiège Toulouse à la tête des Normands. — Levée du siège.

Les religieux de Castres possédoient depuis peu ce précieux trésor, lorsque les nouvelles courses des Normands les obligèrent de le transporter dans un lieu de sûreté pour le dérober à leur fureur. Ces pirates, qui s'étoient étendus ^Ed.origm^ alors jusqu'aux extrémités de l'Aquitaine, avoient jeté une si grande terreur dans tout ce royaume que Charles ' le Chauve, étant à Nevers au com- ^^^ gg mencement de l'an 864, ordonna à tous les peuples du pays de s'armer & de leur donner la chasse j mais tous les efforts des Aquitains furent inutiles. Si les Normands se répandirent à leur gré en diverses provinces d'Aquitaine. Ces infidèles, après avoir débarqué sur les côtes de la Saintonge & du Bordelois, défirent entièrement Arnaud, duc de Gascogne, fils d'Aimon, comte de Périgord & successeur de Sancion, son oncle, dans ce duché, qui voulut s'opposera leur descente. Ils coururent ensuite impunément ces pays, passèrent dans le Limousin, où ils mirent le feu au monastère de Solignac, pénétrèrent jusques à Clermont^ & jetèrent partout l'épouvante. Etienne, comte d'Auvergne, qui voulut se présenter devant eux pour arrêter leurs courses, fut battu & tué dans un combat qu'ils lui livrèrent, en sorte qu'après avoir ravagé sans obstacle toutes ces provinces^, ils regagnèrent tranquillement leur flotte, chargés des dépouilles des Aquitains.

Pépin '^, qui s'étoit mis à leur tête Si qui, par leur secours, se flattoit de remonter sur le trône, leur persuada ensuite d'aller assiéger Toulouse. Dans cette vue, ces pirates, après avoir équipé une nouvelle flotte, remontèrent la Garonne sous la conduite de ce prince, investirent cette capitale d'Aquitaine Si en poussèrent le siège avec beaucoup de vigueur. Mais enfin, rebutés de la défense opiniâtre des assiégés, ils l'abandonnèrent quelque temps après 81 se contentèrent de faire le dégât dans toute la campagne.

XCIL — Ermengaud, comte d'Albi. — Eglise de Saint-Vincent de Castres.

La frayeur que causa dans tous les pays voisins de Toulouse l'approche des Normands obligea une grande partie des peuples à prendre la fuite 81 à

' Annales Bertiniani, p. 218. — Duchesne, t. 2, ^ Annales Bcrtiniani, p. 218. — Chronicon sancti

p. 400, Translatio S. Fausù, Maxentii, p. 198.

, ' Annales Bertiniani , p. 218. — Chronicon sancti ^ Aimoin , Translatio S. Vincentti ^ dans Du-

Maxentii, p. 198, chesne, t. 2, p. 6jo & 768.

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chercher ailleurs un asile contre leur fureur. Les religieux de Castres abandonnèrent entre autres leur monastère 8t emportèrent avec eux les reliques de saint Vincent. Nous ne savons pas bien le lieu de leur retraite : il paroît cependant qu'ils se réfugièrent à Valderiès, lieu dépendant de leur abbaye & situé en Albigeois, à la droite du Tarn, vers les frontières du Rouergue ; un fait, rapporté par le même Aimoin', nous donne lieu de le croire. Suivant cet historien, Ermengaud, comte d'Albi, après avoir rassemblé les milices de son gouvernement, les distribua en diftérens quartiers pour veiller à la défense du pays, & établit en particulier une nombreuse garnison à Valderiès. Les religieux de Castres, craignant les entreprises de ces troupes, eurent recours à la protection du comte qui la leur accorda fort volontiers 8t défendit à ses soldats de leur faire aucun mal. Cet événement arriva, à ce qu'il paroît, dans le temps que les Normands faisoient le siège de Toulouse; ainsi nous ne doutons pas que les religieux de Castres ne se soient alors retirés avec le corps de saint Vincent dans le même lieu.

La ville de Toulouse heureusement délivrée de ces brigands, les religieux retournèrent à Castres Si remirent le corps du saint martyr dans l'oratoire de Notre-Dame, d'où ils le transportèrent quelque temps après dans l'église de l'abbaye. Il y demeura jusques après le règne de Charles le Chauve, qu'il fut transféré dans la nouvelle église de son nom qui venoit d'être achevée. Louis* le Bègue contribua beaucoup par ses libéralités à la construction de cette église; l'abbé 8c les religieux de Castres la donnèrent dans le treizième siècle à l'ordre de Saint-Dominique. Les reliques de saint Vincent y ont été conservées jusques aux révolutions qui arrivèrent à Castres pendant les guerres de la religion. Les calvinistes les dispersèrent alors de part & d'autre, en sorte qu'on n'en a pu recueillir depuis que quelques fragmens. L'abbaye de Saint-Germain des Prés conserve une partie de la mâchoire qui lui fut donnée^, en I2i5, par l'abbé &. les religieux de Castres, à la prière de Louis, fils de Philippe-Auguste & de Simon, comte de Montfort, seigneur de cette ville.

XCIIL — Humfriâ abandonne Toulouse ô* le marquisat de Gothie.

Humfrid, marquis de Gothie, qui, comme nous l'avons- déjà remarqué, s'étoit emparé de Toulouse avant que Pépin, soutenu des Normands, en eût entrepris le siège "*, la défendit sans doute contre eux, car il paroît qu'il en étoit encore alors en possession. Il est vrai que Charles le Chauve, après l'avoir dépouillé de ses dignités, au commencement de l'année, envoya des commissaires (missos) pour se saisir de cette ville 8c de la Septimanie ; mais ils se virent obligés de se retirer sans avoir rien fait, soit c[ue les peuples du

' Aimoin, Trandatio S. Vincentii, dans Du- ' Aimoin, dans Duchesne, t. 2, p. 644, 653

chesne, t. 2, p. 65 1. & seq.

' Borrel, Antiquités de Castres, p. 8, 12 & siiiv. ■* Annales Bertiniani, p. 218 & 221.

. ^, ioq6 histoire générale de LANGUEDOC. LIV. X.

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Éd- origin. pays se fussent déclarés pour ce seigneur & qu'ils eussent pris les armes en sa faveur, ou plutôt que l'irruption des Normands & le siège qu'ils avoient mis devant Toulouse les eussent empêchés d'exécuter leurs ordres, en sorte qu'Humfrid, malgré sa proscription, se maintint toujours en possession de cette ville de même que du marquisat de Gothie. Cependant, dans la crainte de se voir forcé enfin par le roi à abandonner le pays Se d'être puni de sa révolte, il prit la route d'Italie Si alla chercher un asile auprès de l'empereur. Il partit donc de Toulouse, passa en Provence Si traversa les Alpes, après quoi les anciens historiens ne font plus mention de lui. Nous ignorons s'il laissa des enfans de Berthe, son épouse ; nous savons ' seulement que celle-ci vivoit encore en 877. Charles le Chauve envoya alors de nouveaux commissaires pour se saisir de Toulouse 81 de toutes les places de la Gothie, ce qui fit que le comte Raimond rentra dans la paisible possession de cette capitale de son gouvernement. Le roi ne pourvut cependant, à ce qu'il paroît, au marquisat de Gothie que l'année suivante.

XCIV. — Pépin pris ^ conduit à la diète de Pistes, où il est condamné à une prison perpétuelle. — Mort de ce prince.

Ce prince se rendit au palais de Pistes, sur la Seine Si dans le diocèse de Rouen, où il tint une diète au mois de juin pour prendre des mesures contre les nouvelles incursions des Normands. On lui amena^ alors Pépin qui avoit été fait prisonnier. Voici comment : ce prince, après la levée du siège de Toulouse, s'étant avancé vers les côtes de l'Océan à la tête des Normands, ses alliés, Rainulfe, comte de Poitou Si duc d'Aquitaine, qui vouloit s'assuréfcde sa personne, lui tendit un piège. Il lui fit dire qu'il étoit résolu d'embrasser son parti Si de se déclarer en sa faveur avec plusieurs autres seigneurs, mais qu'il souhaitoit avoir auparavant une conférence avec lui pour délibérer des moyens de le rétablir sur le trône d'Aquitaine. Pépin, comptant trop facilement sur la foi de Rainulfe, le fut trouver; mais ce comte l'arrêta aussitôt 61 l'amena à l'assemblée de Pistes ■*.

Charles le Chauve, charmé d'avoir ce dangereux ennemi en son pouvoir, le fit comparoître devant les prélats 8c les seigneurs de l'assemblée qui le condamnèrent à la mort comme apostat Si traître à la patrie. Il avoit, en effet, abandonné la profession monastique Si causé une infinité de maux dans le royaume par sa ligue avec les Normands, ennemis de l'Etat. Un historien'* moderne ajoute qu'il avoit même renoncé à la religion chrétienne pour embrasser le paganisme ; mais Hincmar^, qui nous a laissé le détail de tous les chefs d'accusation qu'on forma contre ce prince, ne lui impute pas ce crime.

' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 41. ' Annales Bertln'tani, p. 221 & seq. — Aimoin,

' Annales Berùnian'iy p. 221. — Almom , dnns dans Duchesne, t. 2, p. 653 & suiv.

Duchesne, t. 2, p. 644, 653 & suiv. — Ado, Chro- ■* Daniel, Histoire de France, t. i, p. 740.

nicon, p. 810. — Hincmar, Opuscula, p. 82p. ^ Hincmar, Opuscula, p. 829.

Pépin, se voyant sans ressource, témoigna un extrême regret de ses fautes & demanda en grâce qu'il lui fût permis de les expier par la pénitence 8c de reprendre l'habit monastique qu'il avoit quitté. Le roi, qui en vouloit moins à sa vie qu'à ses droits sur le royaume d'Aquitaine auxquels il renonçoit, porta aisément l'assemblée à lui accorder sa demande. Hincmar fut consulté sur la pénitence qu'on devoit lui imposer; il répondit qu'il falloit exhorter ce prince à faire d'abord une confession générale, mais secrète, de ses péchés; qu'il devoit confesser ensuite publiquement dans l'église & en pleine assemblée les crimes qu'il avoit commis & qui, suivant les canons, étoient soumis à la pénitence publique, surtout son apostasie 8c sa ligue avec les infidèles ou les Normands; qu'après cette confession, les évêques lui imposeroient la pénitence, le réconcilieroient à l'Eglise 8c lui donneroient la tonsure cléricale 8c l'habit monastique ; qu'il promettroit solennellement de passer le reste de ses jours dans le cloître, &c qu'on l'admettroit ensuite à la communion. Ce prélat ajouta qu'après sa réconciliation on devoit le traiter avec douceur 8c avec charité, 8c se contenter de le mettre sous bonne garde entre les mains des moines, ses confrères, ou de quelques chanoines qui veilleroient sur sa conduite, qui le porteroient par leur exemple 8c par leurs discours à la piété &c à expier ses crimes par la pénitence, 8c qui l'empêcheroient enfin de s'entuir une seconde tois.

L'avis d'Hincmar fut suivi en tout, 8c Pépin, après avoir exécuté ce que nous venons de rapporter, fut conduit à Senlis 8c enfermé dans une étroite prison. Le silence de nos anciens historiens pourroit faire croire, ou qu'il mourut bientôt après ou qu'il persévéra jusques à la fin de ses jours dans l'état monastique qu'on l'avoit forcé d'embrasser de nouveau. Il paroît cependant, sur l'autorité de l'annaliste' de Metz, qu'il fit une fin malheureuse, d'où on peut conjecturer qu'il s'évada de nouveau de sa prison. Nous avons t!^f;p''f7o. déjà dit que, suivant cet auteur. Pépin I, roi d'Aquitaine, son père, l'avoit destiné à l'état ecclésiastique, dans le temps qu'il étoit encore enfant, 8c qu'il vouloit le faire tonsurer 8c le mettre ensuite sous la conduite de Drogon , évêque de Metz, son oncle, mais que Lothaire, son frère, l'en avoit empêché, parce que ce jeune prince étoit très-bien fait. Cet historien ajoute^ que Pépin I lui laissa le royaume d'Aquitaine, mais que les désordres auxquels il s'abandonna nuit 8c jour furent regardés comme un châtiment dont Dieu le punit pour n'avoir pas suivi sa vocation, 8c qu'entre autres ses excès de bouche lui affoiblirent tellement l'esprit, qu'il devint maniaque 8c périt misérablement.

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