‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 531 sur 553 · XCV. — Monnaie de Narbonne · texte numérisé non relu

XCV. — Monnaie de Narbonne

Quoi qu'il en soit de la manière dont Pépin II mourut, Charles, après avoir terminé l'affaire de ce prince dans la diète de Pistes 8c reçu les dons

• Annales Mettenses, ad ann. 85i. ' Voyez tome II, Note XCVI, n. 17.

An 864

ordinaires des provinces', fit dresser un capitulaire divisé en trente-sept articles. On y désigna neuf villes, outre le palais royal, pour la fabrique de la monnoie dans tout le royaume. La ville de Narbonne, qui avoit déjà joui de ce privilège sous l'empire des Romains Si le règne des Goths, fut de ce nombre. Par un autre article de ce capitulaire^, le roi confirma ceux des peuples qui suivoient les lois romaines dans l'usage où ils étoient de s'en servir.

XCVI. — Entreprise de Bernard, fils du duc de Septimanie de ce nom, contre le roi Charles le Chauve i/ les comtes Robert le Fort b- Rainulje.

Il est^ fait mention d'un seigneur, appelé Bernard, parmi ceux qui assistèrent à l'assemblée de Pistes. C'est le même'* que le fils de Bernard, duc de Septimanie, dont nous avons déjà parlé ^, qui étoit âgé alors de vingt-quatre ans, &, qui devint ensuite comte d'Auvergne 8c marquis de Gothie^. Il paroît que le roi ne lui avoit pas imputé la rébellion de son père, qu'il l'avoit laissé paisible possesseur des biens de ses ancêtres & qu'il lui avoit même donné quelque comté ou gouvernement particulier dès qu'il avoit été en âge de le posséder. Ce seigneur, peu sensible à ces bienfaits Jk, selon les apparences, dans le dessein de tirer vengeance de la mort tragique que ce prince avoit fait soufirir au duc, son père, & à Guillaume, son frère, conspira contre lui. Il lui demanda la permission de quitter la diète avant la conclusion, sous prétexte de quelques affaires extrêmement pressées qui l'appeloient ailleurs, ce qu'ayant obtenu, il partit accompagné de ses gens ; mais, au lieu de continuer son voyage, il se cacba la nuit suivante dans une forêt voisine de Pistes, où il se mit en embuscade pour surprendre le roi, lorsqu'il iroit à la chasse, & attenter en même temps à la vie de Robert le Fort, comte d'Anjou 8c duc du pays d'outre-Seine, 8c de Rainulfe, comte de Poitiers Se duc d'Aquitaine, ses ennemis, qui avoient peut-être contribué à la mort du duc de Septimanie, son père. Ce seigneur ne put pas tenir son complot si secret que le roi n'en fût informé. Ce prince envoya sur-le-champ des gens pour se saisir de sa personne; mais ce seigneur trouva moyen de s'évader 8c de se dérober à leur poursuite. Charles lui fit faire son procès par la diète de Pistes qui le condamna à perdre ses honneurs ou ses dignités dont il disposa en faveur de Robert le Fort, à la vie duquel ce seigneur avoit voulu attenter. Tel est le récit que nous a laissé de cette entreprise un historien ^ contemporain.

On peut entendre par le terme d'honneurs (honores)^ dont cet auteur se

■ Annales Bert'in'ian'i, p. ai 8 & 221. — Baluze, diète de Pistes; il ne fut ni comte d'Auvergne

Capitularia. regum Francorum , t. 2, c. lyZ & seq, ni marquis de Gothie, comme le disent ici les

' Baluze, Capitularia re^um Francorum , ut supra^ Bénédictins. Bernard, comte d^Auvergne, était fils

article 24. de Liutgarde. C'est ce dernier, dont les auteurs de

' Annales Bertinianij p. 2)8 &221. l'Histoire de Languedoc ne paraissent pas avoir

Ihid. soupçonné l'existence, qui fut marquis de Go-

5 Voyez tome II, Woîe LXXXVII, n. 55. — Ma- thie. (Voyez tome II, Note additionnelle à la

hWïon, Annales, ai. ann. 864, n. i3. Note LXXXVII.) [E. M.]

' Bernard, fils de Dodane, était, en effet, à la ' Annales Bertmiani , p. 218 & 221.

sert & dont Bernard fut dépouillé, ou les fiefs que sa famille possédoit en Bourgogne ou plutôt quelque comté ou gouvernement qu'il tenoit de la libéralité du roi; car nous savons d'ailleurs' qu'il avoit dès lors le titre de comte, puisque c'est le même que Bernard, comte d'Auvergne, père de Guillaume, surnommé le Pieux ^, fondateur de l'abbaye de Cluny. Comme il ne fut cependant comte d'Auvergne que longtemps après la diète de Pistes, on pourroit conjecturer que le comté dont il fut privé par cette assemblée, étoit celui d'Autun, sur ce que nous trouvons que deux ans après il s'en empara sur le comte Robert le Fort, qui avoit profité de ses dépouilles. On pourroit croire aussi que Bernard fut dépouillé du marquisat de Gothie ou duché de Septimanie, possédé autrefois par son père, dont il avoit été peut-être pourvu après la révolte d'Humfrid. Nous voyons, en effet, que Charles le Chauve disposa de ce dernier gouvernement l'année suivante. Bernard pourroit donc l'avoir occupé depuis la proscription d'Humfrid jusques à la diète de Pistes, 8c Robert le Fort, qui fut revêtu de ses dignités, peut en avoir été pourvu alors & s'en être démis l'année suivante, lorsque le roi le donna à un autre seigneur, nommé Bernard. Bernard, fils du duc de Septimanie de ce nom, Éd.ori|in. obtint aussi dans la suite le marquisat de Gothie & le transmit à Guillaume le Pieux, son fils, comme nous le verrons ailleurs; il avoit vraisemblablement^ épousé dès lors Ermengarde, mère de ce dernier.

XCVII. — Mort de Ra'imond premier du nom, comte de Toulouse. Bernard, son fils , lui succède.

Il ne paroît pas que Raimond, comte de Toulouse, ait assisté à la diète de

Pistes; peut-être étoit-il alors décédé. Il mourut du moins avant Pâques de

l'année suivante, car Bernard, son fils"*, prend, vers le même temps, le titre An 865 de comte 6* de marquis de Toulouse, dans une charte par laquelle il donne au monastère de Vabre, conjointement avec Bertheiz, sa mère, plusieurs terres situées en Rouergue ; Bernard posséda-^ aussi ce dernier comté Se celui de Querci , qui étoient depuis longtemps dans sa famille''. Les seigneurs regardoient alors ces dignités comme héréditaires, & ils en possédoient plusieurs contre l'ancien usage. Nous en avons un exemple en la personne de Robert le Fort qui', après avoir été comte ou marquis d'Anjou Si duc du pays d'outre-Seine, c'est-à-dire d'une partie de la Neustrie, devint depuis 8(. en même temps comte d'Auxerre, de Nevers 8t d'Autun. La donation de Bernard, comte de Toulouse, dont nous venons de parler, est datée du samedi saint Se de la vingt-cinquième année du règne de Charles le Chauve,

' Voyez tome II, Sote LXXXVII, n. 6i. ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,

' C'est Bernard, fils de Liiitgarde, qui fut père n. XC. de Guillaume le Pieux. (Voir au tome II, la ' Ihid. Note XCIX.

Note additionnelle à la Note LXXXVII, J xiiij. " Ainsi que celui de Limousin. (Voir plus haut,

[E. M.| chap. Lxxix, p. 1084.) [A. M.]

* Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 6i. ' Annales Bertinianif p. 224 8t 227.

An 865

iioo HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. X,

c'est-à-dire de l'an 865 de J.-C. Il la fit pour le salut de son âme & pour le repos de celle de feu Raîmond, son père. Ce comte la souscrivit après Bertheiz, sa mère, qui prend le titre de comtesse. Il se donne dans cette souscription celui de comte ou de duc , parce qu'il étoit ' effectivement duc d'Aquitaine, comme les autres comtes de Toulouse, ses prédécesseurs. Il transmit ce titre à ses descendans. Bégon, vicomte, le même sans doute qui avoit déjà souscrit la charte de fondation du monastère de Vabre, signa cette donation.

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