‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 532 sur 553 · XCVIII. — Bernard II , marquis de Gothîe · texte numérisé non relu

XCVIII. — Bernard II , marquis de Gothîe

Charles le Chauve disposa enfin du marquisat ou gouvernement de Gothie, vacant depuis la révolte d'Humfrid , si tant est que Bernard, fils du duc de Septimanie de ce nom, & après lui Robert le Fort^, n'en eussent pas été pourvus par ce prince, comme nous l'avons déjà dit. Charles 3, se trouvant donc à Servais, au diocèse de Laon, après Pâques de l'an 865, donna une partie de ce gouvernement à Bernard, fils d'un autre Bernard £- d'une fille de Roricon, comte du Maine, appelée Blichilde'* ou Bélichilde. Il pourvut en même temps Robert le Fort des comtés d'Auxerre & de Nevers en dédommagement du marquisat d'Anjou dont ce seigneur s'étoit démis en faveur du prince Louis, son fils aîné, & peut-être aussi du marquisat de Gothie dont il venoit de gratifier Bernard, fils de Blichilde. Ce dernier, que nos anciens historiens distinguent toujours de Bernard, comte de Toulouse, & de Bernard, comte d'Auvergne, fils du duc de Septimanie de même nom, qui vivoient en même temps, mais que quelques modernes'' confondent, étoit '^ fils de Bernard, frère d'Emenon, comte de Poitiers, dont nous avons parlé ailleurs. Sa mère Blichilde eut plusieurs frères, entre autres Goslin, abbé de Saint-Germain des Prés & de Saint-Denis, chancelier de France, & enfin évêque de Paris. Nous l'appellerons dans la suite Bernard II, pour le distinguer des autres ducs de Septimanie ou marquis de Gothie de même nom. Quelques nouveaux historiens ^ ont confondu son père avec celui de Bernard, comte d'Auvergne & ensuite marquis de Gothie, à cause de la conformité des noms 5 mais les anciens auteurs 8t les monumens du temps les distinguent fort bien.

XCIX. — Séparation du marquisat de Gothie d'avec la Marche d'Espagne.

Nous avons dit que Charles le Chauve ne donna à Bernard II qu'une partie de ce marquisat, possédé auparavant en entier ^ par Humfrid. Ce

■ Voyez au tome II, la Note LXXXVII. — C'est '' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 64 & 56.

là une erreur que nous avons maintes fois relevée, ' Ikid. n. 81.

[E. M.] " Ihicl. n°' 54 & 56. — Voyez aussi la généalo-

" Robert le Fort n'a jamais été pourvu du mar- gie d'Emenoji , comte de Poitiers, tome II, Note

quisai de Gothie. (V^oyez tome II, la Note addition- additionnelle à la Note LXXXVII. [E. M.] nelle à la Note LXXXVII.) [E. M.] ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 52.

^ Annales Bertinianij p. 228 & seq. ^ Ihid. n. 42.

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An 865

prince sépara, en effet, alors la Septimanie proprement dite ou la Narbonnoise première d'avec la Marche d'Espagne & en fit deux marquisats ou gouvernemens généraux. Ces deux provinces continuèrent cependant encore longtemps après d'être unies, pour l'ecclésiastique, sous la juridiction du métropolitain de Narbonne. Elles avoient été jointes, pour le civil, depuis l'an 817 Si n'avoient composé qu'un seul 8c même gouvernement également considérable par son étendue, l'importance de sa situation sur les frontières du royaume & son éloignement de la cour, ce qui faisoit qu'il étoit fort recherché. Mais comme plusieurs de ses gouverneurs avoient abusé de leur autorité pour se rendre indépendans 81 qu'ils étoient en état de se faire utp-'fjicraindre en se liguant avec les Sarrasins, ce fut sans doute un des motifs qui engagèrent Charles le Chauve à le partager en deux. Le premier, qui conserva le nom de Gothie 8c dont Bernard II fut pourvu, comprit tout ce qui en dépendoit auparavant en deçà des ' Pyrénées, 8c l'autre, sous le nom de marquisat de Barcelone ou d'Espagne, s'étendit sur tout ce qui étoit au delà de ces montagnes.

C. — Etendue du marquisat de Gothie après sa séparation de la Marche d'Espagne. — Comtes de Roussillon.

Les ducs de Septimanie ou marquis de Gothie furent d'abord comtes particuliers de Barcelone, capitale de ce gouvernement général, ainsi qu'on l'a déjà remarqué. On les trouve, en effet, souvent désignés sous le seul titre de comtes ou ducs de Barcelone, de même que les ducs d'Aquitaine sous celui de comtes ou ducs de Toulouse. Il est vraisemblable que depuis la séparation de la Gothie en deux marquisats ou gouvernemens, ceux qui administrèrent celui de la Septimanie propre furent en même temps comtes particuliers de Narbonne, de même que les gouverneurs de la Marche d'Espagne le furent encore de Barcelone. Wifred ^, surnommé le Velu, est le plus ancien d'entre ces derniers dont nous ayons une connoissance certaine depuis cette séparation ■*. Il succéda'* peut-être dans cette dignité à Salomon, que nous voyons comte de Cerdagne en 863, 8c de Roussillon en 869, à moins qu'il n'en ait été pourvu dans le même temps que Bernard II le fut du marquisat de Gothie. Il paroît, en eftet, que Wifred possédoit déjà le comté de Barcelone en 878, huit ans après la séparation des deux marquisats, 8c il en étoit revêtu certainement avant l'an 888. C'est de lui que descendent les comtes héréditaires de Barcelone qui, comme nous le conjecturons, sortoient d'une même tige avec Humfrid, marquis de Gothie, 8c avec Bernard, duc de Septimanie.

Le gouvernement ou marquisat de Gothie, que Charles le Chauve donna à Bernard II , fut donc borné à la Septimanie proprement dite ou à une

' Baluze, Regum Franc. Capitularia, t. 2, c. 33.'). ' Baliize, Regum Francorum Capitularia , t. 2,

* lhi4. t. i, c. 335. — Voyez tome II, Note c. 335 & seq. LXXXVII , n- 42 & 44. ■• Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 46.

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partie de la Narbonnoise première, savoir : aux diocèses de Narbonne, de Saint-Pons & d'A'let, qui alors n'en formoient qu'un seul, à ceux de Béziers, d'Âgde, de Lodève, de Maguelonne, à présent de Montpellier, de Nimes dont celui d'Alais a été démembré, & enfin, au Roussillon ou diocèse d'Elne', situé en deçà des Pyrénées, qui a toujours été de la dépendance de la métropole de Narbonne. Le reste de la Narbonnoise première étoit soumis alors à d'autres gouvernemens ; le Toulousain, le diocèse de Carcassonne & le Razès composoient le marquisat de Toulouse Se faisoient partie du rovaume d'Aquitaine. Le diocèse d'Uzès, qui avoit été séparé de la Septimanie en 848, étoit compris dans le royaume & duché de Provence.

Le diocèse d'Elne étoit gouverné, de même que les autres de la Septimanie, par des comtes particuliers. Nous avons déjà vu que Gaucelin ou Gaucelme, que l'empereur l/othaire fit périr en 884, étoit comte de Roussillon. Béra, qui paroît avoir été son successeur en 846, étoit vraisemblablement petit-fils^ ou parent du comte de Barcelone de ce nom. Suniarius, dont il est fait mention dans une charte-^ de Charles le Chauve, qu'on rapporte à l'an 85o, étoit alors vraisemblablement comte de Roussillon. Salomon étoit revêtu de cette dignité en 869. Enfin Miron, frère de Wifred le Velu, comte de Barcelone, qui possédoit le comté de Roussillon en 874, le rendit héréditaire'*. Il passa de ses descendans'', vers la fin du douzième siècle, dans la branche des comtes de Barcelone, qui l'unirent à leur domaine. Les uns St les autres reconnurent toujours la souveraineté de nos rois jusque vers le milieu du treizième siècle.

Outre le comté de Roussillon, on met ^ encore dans le diocèse d'Elne ceux de Confient 8c de Valespir dont les comtes ou gouverneurs dévoient être soumis aux marquis de Gothie, car ces pays faisoient partie de la Septimanie proprement dite. Nous n'avons cependant aucune preuve bien certaine que le Valespir ait jamais porté le titre de comté. Il paroît, au contraire, que ce pays a toujours fait partie du comté de Roussillon. Celui de Confient fut uni, ce semble, à ce dernier par le décès du comte Radulphe ou Raoul, frère du comte Miron dont nous venons de parler, ou du moins ses successeurs l'acquirent dans la suite & étejidirent par là leur autorité sur tout le diocèse d'Elne. Le marcjuisat de Gothie étoit donc borné de ce côté-là par les Pyrénées. Au reste, nous voyons, par les chartes^ de ce

' Marco. Hispanica, c. 768 & 794. — BaUize, n'était pas neveu de Raoul, comte de Confient,

Regum Francorum Capilularia, t. 2, c. 1488. comme l'affirme VArt de vérifier les dates. On ne

' Voyez tome II, Note XC. sait quelle était son origine. C'est le premier comte

' Marca Hispanica, c. 785. héréditaire de Roussillon; il mourut en 916. Mi-

■t Ib'id. ron, frère de Wifred le Velu, n'a donc point

'' Gaucelme fut comte de Roussillon, probable- transmis ce comté à ses descendants, comme

ment jusqu'à sa mort, en 834. Suniaire premier l'avancent ici les auteurs de l'Histoire de Lan-

du nom fut son successeur en 873: Miron, fils de guedoc. (E. M.]

Sunifred & frère de Raoul, était comte de Roussil- '' Marca Hispanica, c. 25j.

Ion; il mourut en 895. Suniaire II, comte d'Am- ' Baluze, Rcgum Francorum Capttulana

purias, devint comte de Roussillon en 89,5. Il

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An 865

temps-là, qu'on donnoit alors à la Septimanie ou Gothie le titre de rovauine, Éd. origin. par la raison sans doute que cette province avoit ete autrerois le siège des rois visigoths, & qu'elle comprenoit leur plus ancien domaine en deçà des Alpes.

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