CI. — Mort de Charles, roi d'Aquitaine
Charles le Chauve, après avoir disposé du marquisat de Gothie en faveur de Bernard II, l'envoya aussitôt dans ce gouvernement. Il se rendit lui-même au palais de Verneuil-sur-Oise où il reçut' une députation des principaux prélats & seigneurs d'Aquitaine pour lui demander de permettre que le roi Charles, son fils, qu'il tenoit toujours auprès de sa personne, reprît le gouvernement de ce royaume. Charles se rendit enfin à leurs instances, permit à ce prince de reprendre le titre de roi 8t le fit partir avec eux, quoiqu'il ne fût pas encore guéri des blessures qu'il avoit reçues dans l'occasion suivante : ce jeune prince, étant à Compiègne, résolut, un soir qu'il revenoit fort tard de la chasse, d'éprouver si deux jeunes seigneurs de sa cour nommés Alboin &c Betton étoient aussi braves 8t aussi intrépides qu'on le disoit, 8t tut se cacher dans la forêt de Cuisse. Alboin étant arrivé peu de temps après, le prince courut sur lui comme s'il eût voulu le désarmer. Le premier, ne sachant pas que c'étoit le roi d'Aquitaine, & croyant que l'attaque étoit sérieuse, tire son épée & lui en donne un si rude coup sur la tête, qu'il le renverse de cheval 8c le blesse depuis la tempe gauche jusques à la mâchoire droite; en sorte qu'on voyoit presque la cervelle; il lui porta ensuite plusieurs autres coups jusques à ce qu'ayant enfin reconnu le prince, il prit aussitôt la fuite.
Peu de temps après le retour du jeune Charles dans ses États, les Aquitains battirent^ les Normands, qui, après avoir mis le feu à la ville de Poitiers, s'étoient établis sur la Charente'*; mais il ne jouit pas longtemps du fruit de cette victoire. Il mourut du coup qu'il avoit reçu à la tête, & dont il n'avoit jamais pu guérir, le 29 de décembre de l'an 866, après un règne de onze ans moins quinze jours. Le prince Carloman, son frère, prit soin de ses funérailles Se le fit inhumer dans l'abbaye de Saint-Sulpice de Bourges.
Cil. — Louis le Bègue, roi d'Aquitaine. — Plaid tenu à Narbonne par Bernard H, marquis de Gothie.
Charles le Chauve, d'abord après "* la murt de ce prince, disposa du royaume d'Aquitaine en faveur de Louis, son fils aîné, qu'il fit ensuite couronner à la mi-carême de l'année suivante, dans une maison royale située sur la Loire & ÂÎTsôt" appelée Bellus Pauliacus. Louis, surnommé le Bègue, y fut reconnu solen-
' Annales Bertiniani, p. 218 & 223. — Réginon, ' Annales Bertiniani, p. 224.
Chronicon. * Ibid. p. 227. — MabiUon, Annales, ad
* Annales Bertiniani, p. 214. ann. 866, n. 57.
An 866
An 067 T
nellement pour roi d'Aquitaine par les seigneurs de ce royaume que le roi, son père, y avoit convoqués. Charles lui forma en même temps sa maison & en choisit les officiers parmi ceux de son palais.
Bernard II, marquis de Gothie, après s'être rendu dans son gouvernement, tint, au ' mois de juin de l'an 867, un plaid à Narbonne, où il eut pour assesseurs deux barons ou vassaux du roi & plusieurs autres juges, Bonesinde, abbé de Cessero ou Saint-Thibéry, y porta ses plaintes contre un seigneur nommé Atton, qui avoit usurpé sur son abbaye le monastère de Saint-Volusien, que Charles le Chauve avoit soumis, Se le lieu de Majan, au diocèse de Béziers, dont ce prince avoit fait donation à la même abbaye à la prière d'Humfrid, marquis de Gothie. Cet abbé plaida lui-même sa cause devant l'assemblée Se, ayant prouvé l'usurpation d'Atton par les titres de donation qu'il produisit, il rentra dans la possession des biens usurpés. Le jugement qui fut exécuté par un baron & divers autres juges ou commissaires pris de l'assemblée est daté du i3 de juin, indiction xir^, la trentième année du règne de Charles, ce qui prouve qu'on comptoit quelquefois dans la Septimanie les années du règne de ce prince depuis les derniers mois de l'an 83/, qu'il fut déclaré roi de Neustrie à la diète d'Aix-la-Chapelle.
On conjecture^ qu'Atton, dont il est fait mention dans ce jugement, étoit alors vicomte de Béziers. La conformité de son nom avec celui de plusieurs vicomtes héréditaires de la même ville qui possédèrent cette vicomte après lui, semble confirmer cette conjecture^. On peut l'appuyer d'ailleurs sur ce qu'Antoine'*, vicomte de Béziers, au commencement du règne de Charles le Chauve, avoit un frère ^, appelé Atton, qui fut comte de Pailhas dans la Marche d'Espagne. Cependant, comme il paroît que les vicomtes n'étoient pas alors héréditaires 8c qu'elles le devinrent plus tard que les comtés, il peut se faire qu'Atton, dont nous parlons, étoit vicomte dans le Toulousain, où ^Éd.ori^in. étoit situé le monastère de Saint- Volusien dont il s'étoit emparé, ou que c'est le même que le comte de Pailhas que nous venons de nommer. Aussi voyons-nous que la famille de ce dernier possédoit^ plusieurs terres ou fiefs en Gascogne, vers les frontières d'Espagne & du diocèse de Toulouse.
cm. — Bernard, marquis de Gothie, Bernard, marquis de Toulouse, £,■ un autre marquis de ce nom, se trouvent à la diète de Pistes.
Quoique Charles le Chauve eût fait couronner roi d'Aquitaine Louis, son fils aîné, il s'étoit réservé cependant le gouvernement de ce royaume. Il dis-
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, zième siècle. La fin du paragraphe est tirée de la
n. XCI. charte d'Alaon. [A. M.]
* Mabillon, Annales, ad ann. 867, n. 88. ■• Personnage apocryphe, dont l'origine est éga-
' Le raisonnement de dom Vaissete repose sur lement tirée du même document. [E. M.]
un fait faux; ce sont les vicomtes d'Albi & de ^ Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
Nimes qui s'appelaient Aton, & ils ne possédèrent n. LXVII.
la vicomte de Béziers qu'à partir de la {\n du on- ^ Ibid,
HISTOIRE GENERALE DE LANGUEDOC. LIV. X. iio5
An 867
posa en effet', à la un de l'an 867, en faveur d'un seigneur nommé Egfrid% du comté de Bourges qu'il ôta en même temps à Gérard. Cette nomination causa une cruelle guerre entre les deux compétiteurs. Egfrid, quoique appuyé
de l'autorité du roi, ne put jamais venir à bout de déposséder son concurrent
qui, s'étant mis en armes de son côté, l'assiégea au commencement de l'année An 868 suivante, dans une maison où il s'étoit fortifié. Les gens de Gérard, voyant qu'ils ne pouvoient forcer Egfrid, qui se défendoit avec beaucoup de valeur, mirent le feu à la maison, l'obligèrent à prendre la fuite, se saisirent de sa personne Se lui coupèrent la tête.
Charles étoit au palais de Bellus PauUacus, sur les bords de la Loire, lorsqu'il apprit cet attentat. Ils se mit aussitôt en marche, dans la résolution de le punir, & entra dans le Berry qu'il mit à feu 8t à sang; il ne put cependant en chasser Gérard qui se maintint malgré lui dans le comté ou gouvernement du pays. On prétend que ce dernier est le même que Gérard alors duc de Provence. Pour ce qui est d'Egfrid ou Actred, son compétiteur, il paroît'' qu'il étoit de la même famille que Wifred"*, comte de Bourges, sous le règne de Louis le Débonnaire, avec lequel quelques modernes le confondent; il est vraisemblable qu'il étoit proche parent d'Humfrid, marquis de Gothie, 8c qu'il étoit comme lui de la race de saint Guillaume, duc de Toulouse Se fondateur de Gellone.
Charles^ convoqua ensuite à la mi-août une diète au palais de Pistes, dans le diocèse de Rouen, tant pour y recevoir les dons gratuits que ses sujets avoient coutume de lui présenter tous les ans, que pour délibérer sur les mesures qu'il y avoit à prendre contre les Normands qui continuoient à ravager le royaume, désolé d'ailleurs par la mortalité qu'y causoit en même temps une famine générale, surtout^ en Aquitaine. Ce prince accueillit^ très-gracieusement à leur arrivée à cette diète Bernard, marquis de Toulouse, Bernard, marquis de Gothie, 6- un autre marquis nommé Bernard, dont on ne dit pas le marquisat^. Nous ne doutons pas que ce dernier ne soit le même que Bernard, fils du duc de Septimanie de ce nom, qui, quatre ans auparavant, avoit été disgracié Se dépouillé de ses dignités à une autre diète de Pistes. Il étoit sans doute rentré dans les bonnes grâces de Charles depuis la mort de Robert le Fort 8c de Rainulfe, comte de Poitiers, ses ennemis, qui avoient été tués ' en 866, dans un combat contre les Normands. Comme le roi priva
' Annales Bertimani, p. 229 & seq. ' Ces trois Bernard, auxquels l'Annaliste de ' Cet Egfrid est celui qui avait été comte ou duc Saint-Bertin donne le titre de marquis, étaient ** de Toulouse en 842. [E. M.] Bernard, fils de Raimond, comte ou marquis de ' VoyeztomeII,î/oIfLXXXVII,n.23, 37 &suiv. Toulouse; Bernard, fils de Blichilde, marquis de ' Nous avons déjà fait remarqure qu'il n'y avait Gothie [864-875), & Bernard, fils de Liutgarde, pas eu de comte de Bourges du nom deWifred, sous surnommé Planievelue, comte d'Auvergne & marie règne de Louis le Débonnaire, & donné Us rai- quis de Gothie à partir de 878. Quant à Bernard sons de l'erreur des Bénédictins. [E. M.] fils de Dodane, il était toujours en pleine révolte ' Annales Bcrtiniani, p. i33. & ne pouvait assister à la diète. [E. M.J ' Mabillon, Annales, ad ann. 868, n. 86. ' Annales Bertiniani, p. 226 & 23o. — Annales ' Annales Bertiniani, p. 233. Mettenses, p. 3o9 & seq.
An 868
Éd. orij^in.
leurs enfans de leurs dignités, nous ' avons lieu de croire que Bernard fut rétabli dans le comté d'Autun dont il semble qu'il avoit été dépouillé à la première diète de Pistes & dont Robert le Fort, qui avoit profité de ses dépouilles, avoit été pourvu dans le même temps. C'est sans doute ce comté qui lui donnoit le titre de marquis, à cause de sa situation sur les frontières du royaume de Bourgogne ; car, quoique nous sachions qu'il eut celui d'Auvergne qui, étant situé sur les frontières de l'Aquitaine, pouvoit lui donner aussi le titre de marquis, il paroît cependant qu'il ne fut revêtu de cette dernière dignité qu'après l'an 869. Il fut aussi pourvu du marquisat de Gothie, mais cela arriva beaucoup plus tard.
L'annaliste de Saint-Bertin ^, pour marquer le cas que Charles le Chauve faisoit des trois marquis nommés Bernard, dont nous venons de parler, rap- TTwô porte que ce prince s'étant rendu au commencement de l'année suivante à •Cosne, sur les bords de la Loire 81 dans le diocèse d'Auxerre, oli quelques seigneurs aquitains furent le joindre, s'en retourna fort chagrin de ce qu'ils n'étoient pas venus à sa rencontre comme il avoit espéré. Il vouloit sans doute conférer avec eux sur la triste situation où les courses des Normands réduisoient le royaume, ce qui l'obligea, pour se mettre en état de les repousser, à imposer des subsides extraordinaires, mais, au lieu de tourner ses armes contre ces pirates, il ne songea qu'à se rendre maître des Etats du roi Lothaire, son neveu.
CIV. — Charles le Chauve s'empare d'une partie des Etats de Lothaire après la mort de ce roi. — Louis, empereur i/ roi d'Italie^ reconnu dans le Vivarais 6* le diocèse d'Ujès.
Le roi Lothaire étant mort misérablement à Plaisance, en Italie, le 6 du mois d'août de l'an 86g, sans postérité légitime, 81 Louis, empereur & roi d'Italie, son frère unique, qui devoit naturellement lui succéder, étant occupé alors contre les Sarrasins qui désoloient ses Etats du côté de Bénévent, Charles le Chauve profita de son embarras. Il se rendit d'abord à Metz, s'y fit couronner roi de cette portion de la monarchie 81 s'empara des provinces situées du côté du Rhin. Il comptoit'' que les pays méridionaux du royaume de Lothaire, dont le Vivarais Se le pays d'Uzès faisoient partie, se soumettroient aussi à son obéissance, mais il fut trompé dans son attente. En effet, s'étant rendu, vers la fête de saint Martin, au palais de Gondreville, dans le diocèse de Toul, dans l'espérance que les peuples de Provence &c de la haute Bourgogne lui enverroient des députés pour lui faire leurs soumissions, personne ne parut de leur part"*. Le duc Gérard, qui commandoit dans ces provinces, s'étoit déclaré pour l'empereur 8c les avoit gagnées au parti de ce prince.
' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 60 & suiv. ' Annales Berliniani, p. 238 & secj.
' Annales licrt'in'iani^ p. 234 St. seq. ^ Ibid.
' An 869
Il fut d'autant plus aisé à l'empereur de s'assurer des pays situés le long du Rhône, qu'il étoit déjà maître d'une partie de la Provence qui lui étoit échue de la succession du roi Charles, son frère. Il possédoit entre autres le diocèse d'Arles, comme il paroît par la donation qu'il fit de l'abbaye de Saint- Césaire à Rotland, archevêque de cette ville. Cette donation fut fatale à ce prélat, car, ayant fait bâtir un fort dans l'île de Camargue, dépendante du même monastère, pour arrêter les courses des Sarrasins, ces infidèles qui remontèrent en 86g le long du Rhône, dont ils ravagèrent les deux côtés, le firent prisonnier. Se il mourut entre leurs mains, le 19 de septembre de la même année.
La protection que le Pape Adrien II accorda à l'empereur contribua aussi à le maintenir dans la possession d'une partie des Etats du roi Lothaire, son frère. Ce pontife prit hautement son parti contre Charles le Chauve à qui il envoya des légats pour lui représenter l'injustice de son procédé & le solliciter d'abandonner à ce prince, seul 8c légitime héritier de Lothaire, les provinces dont il s'étoit saisi sur lui 5 mais Charles tut moins touché de ces remontrances, que de celles que lui fit faire, au commencement de l'année suivante, \nS-jo le roi de Germanie, qui, voulant avoir sa part de la succession de Lothaire, le menaça de lui déclarer la guerre, s'il ne sortoit incessamment des pays dont il s'étoit emparé, & dont il lui fit proposer le partage. Charles, pour ne pas s'attirer les armes de son frère, convint, avec ses envoyés, de partager avec lui ce royaume & d'avoir tous les deux une conférence sur ce sujet. En attendant, il s'éloigna du Rhin & se rendit à Compiègne.
CV. — Charles confirme la fondation de l'abbaye de Vabre , à la prière de Bernard, comte de Toulouse. — Ce dernier s'empare des biens de l'église de Reims, situés en Aquitaine.
Il paroît' que Bernard, comte de Toulouse, étoit alors à la suite de Charles. Il se trouvoit du moins à sa cour le 22 de juin de la même année, lorsque ce prince lui accorda, au palais de Marienval, près de Compiègne, une charte pour confirmer la fondation du monastère de Vabre faite par le comte Raimond, son père. Le roi ordonna par ce diplôme, à la demande de Bernard, que Rotland, qui avoit été auparavant clerc ou chapelain du même Raimond, 8c qui ensuite avoit pris l'habit religieux, en auroit le gouvernement, c'est-à-dire qu'il en seroit abbé pendant sa vie, 5c qu'après sa mort, Benoît, frère du comte Bernard, lui succéderoit.
Ce seigneur fut moins attentif à conserver les autres églises dans la possession de leurs biens. Il usurpa entre autres^, sans scrupule, ceux que l'église de Reims possédoit en Aquitaine, tant dans le Poitou que dans le Limousin Se l'Auvergne, Se que saint Rémi lui avoit légués. Hincmar, archevêque de
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ' Flodoard, Historia Remensis ecclesiae, 1. 3
II. XCII. — Mabillon, Annales, ad ann. 870, n. 4. c. 20, 24, 26.
An 870
cette ville, en avoit d'abord confié l'administration au comte Frédelon, oncle de Bernard, Se ensuite à ce dernier 5 ils étoient tous les deux ses proches parens. Celui-ci demanda d'abord à Hincmar qu'il lui cédât ces terres à titre de précaire, au nom de son église, avec promesse d'en payer exactement la rente; mais, sur le refus que fit ce prélat de lui accorder sa demande, sous prétexte que saint Rémi avoit défendu dans son testament d'aliéner ces biens, il s'en empara de sa propre autorité, en disposa comme de son patrimoine Si les Éd.origin. clouna en bénéfice à ses vassaux. Hincmar, irrité de cette entreprise, ôta alors à Bernard l'administration de ces terres qu'il donna à Bernard, comte d'Auvergne. Il écrivit en même temps à Bernard, comte de Rouen ', pour le supplier d'engager, par son crédit, le comte de Toulouse à rendre les biens qu'il avoit usurpés. Dans une lettre extrêmement vive qu'il adressa à ce dernier, il le conjure, au nom de Jésus-Christ, de discontinuer son usurpation 8<. les vexations dont il usoit envers les serfs de l'église de Reims. Il le prie de permettre que Bernard, comte d'Auvergne, qu'il avoit nommé défenseur des biens de son église en Aquitaine, en prenne l'administration. Si le menace, en cas de refus, de l'excommunier solennellement dans une assemblée d'évêques de France Se d'Aquitaine; il termine sa lettre par des passages tirés des canons Si des pères contre les usurpateurs des biens ecclésiastiques; mais le comte de Toulouse ne fit aucun cas ni de ces autorités ni de ces menaces. Ce seigneur étoit de retour en Aquitaine au mois d'août de l'an 870, car il tint alors^ un plaid dans le Querci, où il jugea une affaire que Gairulfe, abbé de Beaulieu, sur les frontières de ce pays Si du Limousin, avoit portée devant lui.
CVI. — Diplômes de Charles le Chauve en faveur de V abbaye de la Grasse
£,• d'Oliba, comte de Carcassonne.
Charles le Chauve se rendit de Compiègne à Attigny, sur la rivière d'Aisne. Il accorda dans ce dernier palais, le 28 de juin de la même année, un diplôme^ à Sunifred, abbé de la Grasse, pour confirmer ce monastère dans la possession de ses biens, entre autres du prieuré ou celle des apôtres saint Pierre Si saint Paul, situé dans l'île de Lee, au diocèse de Narbonne, dont Humfrid, marquis de Gothie, avoit autrefois fait un échange avec Frédold, archevêque de Narbonne, Si qui étoit venu ensuite au pouvoir de cette abbave.
Charles alla ensuite au palais de Pontion'^, où il accorda, par une charte du 20 de juillet suivant^, au comte Oliba, plusieurs fiefs tant dans le pays de Carcassonne que dans le comté de Razès, pour les posséder en propriété, avec pouvoir d'en disposer comme de ses autres biens. Plusieurs autres concessions semblables de ce prince nous donnent lieu de remarquer que les terres du
' RoJomensh. — Duchesne, t. 2, p. 1 3, 27, ' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
186, 594. — A. de Valois, Notitia Galliarum. n. XCIII.
' Voyez tome II, Note XCIX, & aux Preuve;, ' lb,A. n. XCIV.
Chartes & Diplômes, n. XCV. '' Uii.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. iioq ;; —
-' An 870
domaine qui du temps de Charlemagne n'étoient données qu'en bénéfice, c'està-dire à vie, étoient alors possédées héréditairement par les vassaux; ce qui prouve que l'hérédité des fiets fut établie longtemps avant le règne de Charles le Simple, St à peu près en même temps que celle des grandes dignités '. Il est fait mention dans ce diplôme de la viguerie d'Alzone 81 du pays de Cabardés qui faisoient partie du comté de Carcassonne.
Oliba, dont nous venons de parler, étoit comte de Carcassonne, 8c vivoit encore sept ans après, comme nous l'apprenons d'une autre ^ charte. Nous parlerons ailleurs de lui de même que du comte Actred, son frère, avec lequel il possédoit, à ce qu'il paroît, par indivis les comtés de Carcassonne Se de Razès sous l'autorité^ des comtes de Toulouse qui, en qualité de marquis, en étoient suzerains"*.
CVII. — Partage du royaume de Lothaire entre Charles le Chauve &• Louis, roi de Germanie. — Le Vivarais &- le diocèse d'U-^ès soumis au premier. — Boson succède à Gérard, duc de Provence.
Charles le Chauve"' Se Louis, roi de Germanie, son frère, étant convenus enfin du lieu de la conférence pour partager entre eux le royaume de Lothaire, s'abouchèrent le 8 d'août sur la Meuse, au voisinage de Maëstricht, où ils firent ce partage, à l'exclusion de l'empereur, leur neveu. Les pays*^ situés le long du Rhin échurent à Louis, Se Charles eut pour sa part la partie occidentale du même royaume dont il s'étoit déjà emparé avec les comtés situés le long du Rhône, entre autres le Lyonnois, le Viennois, le Vivarais Se le diocèse d'Uzès qui s'étoient soumis à l'empereur.
Ce dernier', voyant que ses deux oncles agissoient de concert pour le déposséder entièrement de la succession de son trère, engagea de nouveau le pape Adrien II à interposer son autorité pour lui conserver cette partie de la monarchie. Le pape épousa ses intérêts avec beaucoup de chaleur, écrivit aux comtes 8c aux seigneurs du royaume de Lothaire pour les exhorter à demeurer fidèles à ce prince, & défendit aux évêques d'en ordonner d'autres dans les sièges vacans que ceux que le même prince auroit nommés ou approuvés; mais ni les uns ni les autres n'eurent aucun égard à ses ordres. Il envoya avec aussi peu de succès des légats aux rois de France 8c de Germanie pour les engager à abandonner à l'empereur les États de Lothaire. Charles,
' Le mot fief, employé dans cette phrase par étrange pour cette époque, où, malgré l'affaibllsdom Vaissete, constitue un anachronisme, puisque sèment du pouvoir royal, les comtés étaient encore ce terme ne paraît guère dans les textes avant le regardés comme des offices, & non comme des propremier tiers du dixième siècle. [A. M.] priétés de famille. [A. M.|
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ■ Annales. Bcrtinian'i, p. 239 & seq.
n. CVII. ** Baluze, Regum Franc. Cap'itularia, t. 2, c. 222,
' Voyez tome II, Note XCIV, n. 1 1. ' Annales Bertiniant, p. 241. — Flodoard, His-
' Acfred n'a jamais été comte de Carcassonne, toria Remensis ecclesiae, 1. 3, c. 18. Hugues de
mais de Razès ; d'ailleurs la possession d'un comté Flavigny, dans Labbe, Bihliotheca nova manuscrip-
par indivis, entre deux frères, serait un fait rorum,t. i,p. 121.
An 870
Eid. oriein.
loin de déférer à ces remontrances, se rendit à Lyon durant l'automne pour soumettre les pays situés le long du Pvhône qui lui étoient échus par le partage dont nous avons parlé, & s'avança vers Vienne qu'il assiégea.
Le duc Gérard, qui commandoit dans le pays au nom de l'empereur 8^ qui avoit retenu les peuples sous l'obéissance de ce prince, s'étoit renfermé dans un château du voisinage & avoit confié la défense de cette ville à la duchesse Berthe, son épouse. Cette dame résista aux attaques de Charles avec beaucoup de valeur Se fit durer le siège bien plus longtemps qu'il ne croyoit. Le roi ravagea pendant ce temps-là tous les pays des environs j mais, désespérant de prendre la place de force, il fit solliciter les habitans & la garnison de se rendre 8c en gagna une partie. Berthe, qui en fut avertie, se voyant sur le point d'être abandonnée de ses troupes, le fit savoir à son époux qui se rendit aussitôt au camp des assiégeans où il convint de la capitulation. Le duc s'engagea de remettre au roi la ville de Vienne avec toutes les autres places fortes du pays, Se donna des otages pour gage de sa parole. Il obtint la liberté de se retirer où il voudroit avec son épouse & ses effets. Cela fait, Charles entra dans Vienne la veille de Noël, 8c se rendit maître, en vertu de la capitulation, du Vivarais, du diocèse d'Uzès 81 des autres pays du royaume de Lothaire situés le long du Rhône, 8c y envoya aussitôt des commissaires pour en prendre possession en son nom. Ce prince donna en même temps le duché ou gouvernement de Vienne 8c des pays voisins à Boson dont il avoit épousé la sœur, nommée Richilde, après la mort de la reine Ermentrude, sa pre- ^^ g raière épouse. Gérard Se Berthe se retirèrent en Bourgogne, où ils avoient des
biens considérables 8c où ils fixèrent leur demeure.
CVin. — Les comtés de Carcassonne &■ de Ra-^ès soumis à Bernard, comte de Toulouse. — Autorité de ce comte.
L'empereur auroit bien voulu' taire valoir par les armes ses droits sur la succession du roi Lothaire, son frère; mais la guerre qu'il avoit à soutenir alors contre les Bénéventins qui s'étoient révoltés, ne le lui permettant pas, il eut encore recours à la voie de la négociation. Il rit partir l'impératrice Engelberge, son épouse, &c l'envoya aux deux rois, ses oncles, pour les engager à lui rendre les pays du royaume de Lothaire dont ils s'étoient emparés. Cette princesse s'aboucha d'abord à Trente avec le roi de Germanie 8c conclut un traité par lequel ce prince, dans l'espérance de succéder à l'empereur qui n'avoit point d'enfans mâles, se ligua avec lui contre Charles le Chauve 8c lui rendit la partie du royaume de Lothaire qu'il avoit eue en ^„ 8 partage. Le dernier s'avança de son côté vers les Alpes, après Pâques de
l'an 872, pour conférer avec l'impératrice; mais, ayant été informé de ses liaisons avec le roi de Germanie, il en prit ombrage Se refusa d'entrer en conférence. Il reprit la route de France Se se rendit au palais de Servais,
' Annales Bertinlani, p. 242. & seq.
An 872
auprès de Laon, où il régla les affaires d'Aquitaine & où les principaux seigneurs du royaume se trouvèrent, entre autres les trois Bernard dont nous avons déjà parlé.
Bernard, comte de Toulouse, l'un des trois, prêta alors serment à ce prince qui lui accorda les villes de Carcassanne £< de Rajès. Ces termes, qui sont de l'annaliste de Saint-Bertin, pourroient donner lieu de croire, comme quelques modernes' l'interprètent, que ce seigneur obtint du roi les comtés ou gouvernemens particuliers de ces deux pays; mais il ne s'agit^ ici que d'une autorité supérieure que ce prince lui donna sur ces deux comtés comme dépendans du marquisat de Toulouse auquel ils avoient été unis en 817^. Nous savons, en effet, qu'Oliba étoit comte de Carcassonne Si de Razès dans le même temps, & reconnu pour tel par Charles le Chauve. Il paroît, d'ailleurs, par des monumens dont nous parlerons dans la suite, que Frédeion, oncle & prédécesseur de Bernard, étendoit son autorité sur le comté de Carcassonne, dans le temps que ce pays étoit gouverné par un comte particulier. Il faut donc qu'Oliba ait refusé de reconnoître la suzeraineté des comtes de Toulouse, & que Bernard ait eu recours à l'autorité de Charles pour conserver sa prééminence sur ces deux comtés, à moins que ce prince ne les eût alors réunis au marquisat de Toulouse. Il pouvoit les en avoir séparés en 865 pour les rejoindre à la Gothie ou Septimanie dont ils dépendoient anciennement, 8c pour agrandir d'un côté ce gouvernement général en dédommagement de la Marche d'Espagne, qu'il en sépara en même temps & qu'il érigea en gouvernement indépendant.
On voit, par ce que nous venons de dire, qu'on ne doit pas confondre les titres de duc, de marquis (y de comte que se donnoient'* alors les comtes de t^f'°"f'"ij' Toulouse, Se qu'outre le comté ou gouvernement particulier de cette ville, ils avoient une autorité supérieure, en qualité de marquis, sur une partie de la Narbonnoise première. Celle de duc leur donnoit la même autorité sur une portion de l'Aquitaine où ils possédoient d'ailleurs, dans ce temps-là, les comtés particuliers de Rouergue & de Querci. Bernard ^ prend entre autres la qualité de comte, de duc 81 de marquis, dans une charte^ qu'il donna le 21 de juillet de l'an 871, en faveur de Frugellus, abbé d'Alaon, dans le diocèse d'Urgel 81 le comté de Pailhas, vers les frontières du diocèse de Toulouse, par laquelle il prend ce monastère & ses dépendances sous sa sauve-
' Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, voir qu'un fait tout particulier, le renouvelle-
p. 6ii. — P. de Marca, Histoire de Bèarn, p. fipS. ment, par Charles le Chauve, à la suite de cir-
' Voyez tome II, ïiote XCIV, n. i i. — Voir à constances «jue nous ne connaissons point, d'une
ce sujet, dan* le même volume, la Note addition- union déjà ancienne. [A. M.]
nelle a. la Note L\X\y II. [E. M.] * Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplô-
' La portée de ce fait, d'ailleurs rapporté par un mes, n. C.
historien contemporain & absolument digne de * Marca Hispanica, c. 309. — Mabillon Anna-
foi, est difficile à apprécier; en effet, il est certain les, ad ann. 871, n. 28.
<]ue Carcassonne a fait partie du marquisat de * Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
Toulouse pendant tout le neuvième siècle, & le n. CVII. — Cette charte est fausse, & se rattache
Razès y fut réuni en 865; peut-être ne faut-il y à la charte d'Alaon. [E. M.]
garde 8c en confirme les privilèges, au nom & sous l'autorité du roi Charles, son seigneur {^senïoris mei). Cette charte, dont le style est le même que celui des diplômes de nos rois de la seconde race en faveur des églises, peut faire juger jusques à quel degré les ducs ou gouverneurs des provinces avoient déjà porté alors leur autorité.
CIX. — Louis le Bègue, roi d'Aquitaine , prend le gouvernement
de ce royaume.
Nous avons déjà dit que Charles le Chauve régla à Servais les affaires d'Aquitaine. Ce prince', qui avoit retenu jusques alors auprès de sa personne le roi Louis le Bègue, son fils, dont la conduite lui étoit toujours un peu suspecte, résolut enfin de l'envoyer dans ce royaume & de lui en confier l'administration. Pour l'empêcher cependant de rien entreprendre de contraire à son devoir & observer toutes ses démarches^, il lui donna pour ministre une personne de confiance sur laquelle il pouvoit se reposer entièrement. Il choisit pour cette importante fonction le duc Boson, son beau-frère, qu'il créa chambellan & maître des huissiers {hostiariorum magister) de ce prince, tk le revêtit en même temps des dignités de Gérard, comte de Bourges. Si ce dernier est le même, comme quelques auteurs modernes le prétendent, que le duc de Provence de ce nom dont on a déjà parlé ailleurs, ce qui est assez vraisemblable, Boson profita de toute sa dépouille, car il lui avoit succédé dans le duché de Provence. Quoi qu'il en soit, Charles fit partir aussitôt le roi d'Aquitaine, son fils, sous la conduite de Boson, pour aller prendre le gouvernement de ses Etats, 8< le fit accompagner par Bernard, marquis de Gothie, Bernard, fils du duc de Septimanie de ce nom, alors comte d'Auvergne, Se Bernard, comte de Toulouse, qu'il renvoya dans cette ville. Il s'étoit sans doute servi du conseil de ces trois seigneurs, qu'il honoroit de sa confiance & qui se trouvoient ensemble à Servais, pour régler les affaires d'Aquitaine.
Charles prit ensuite la route de Bourgogne où il alla apaiser quelques troubles qui s'y étoient élevés à l'occasion d'un différend entre les gens de Bernard, fils de Bernard, 6- Bernard, surnommé le Veau [Vitellus). Celui-ci ayant été tué durant cette dispute, le roi disposa de ses dignités en faveur de l'autre, qui ne paroît pas différent de Bernard, comte d'Auvergne & fils de Bernard, duc de Septimanie ^j nous ignorons de quelles dignités il fut alors revêtu à la place de son adversaire.
■ Annales Bertinian'i , p. 243 & seq. Bllchilde, nommé marquis de Gothie en 864. Le
' Ihid. premier ayant été tué dans cette rencontre, le
^ Bernard Vitellus est le fils de Dodarle qui cher- comté d'Autun fut donné au marquis de Gothie.
chait à se maintenir à main armée dans le comté (Voyez au tome II la tJote additionnelle à la
d'Autun, & Bernard, fils de Bernard, est le fils de Wote LXXXVII.) [E. M.]
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. iii3 , „ ,
An 873
ex. — Plaid tenu à Minerve, dans le diocèse de Narbonne. — Mort de Frédold, archevêque de cette ville.
Il paroît que Bernard, marquis de Gothie, retourna à la cour l'année suivante & qu'il étoit absent de son gouvernement lorsque Salomon, envoyé (missus), & ses collègues, tinrent un plaid', le 28 d'avril de l'an 878, devant le château de Minerve, dans le diocèse de Narbonne. Le procureur de Daniel, abbé de Caunes , produisit des témoins devant l'assemblée pour attester que Frédold, archevêque de Narbonne, mort depuis peu, avoit contracté une dette en faveur de ce monastère & de l'abbé Égica, prédécesseur de Daniel. Il est dit que les témoins comparurent dans le temps marqué, c'est-à-dire^ avant les six mois expirés depuis la mort de Frédold, ce qui prouve que ce prélat étoit encore en vie en 872.
Nous remarquons d'autant plus volontiers cette époque, qu'elle fait voir évidemment^ la fausseté d'une prétendue lettre du pape Nicolas I, à Sigebode, archevêque de Narbonne, dont on se sert.pour prouver la primatie des archevêques de Bourges sur ceux de Narbonne. Il est certain'*, en effet, que ce pape, qui mourut en 867, ne peut avoir écrit à Sigebode, puisque celui-ci succéda au plus tôt à Frédold, vers la fin de l'an 872. Nous savons^, d'ailleurs, que ce dernier étoit encore en vie en 871.
Le même Sigebode consacra <5, le 17 du mois de septembre, & vraisemblablement'' en 873, l'église de Notre-Dame de Formiguera, dans le comté de Éd. ori|in. Ra-^ès , que les comtes Wifred 6* Miron, son frère, 6- les comtes Oliba 6- Agfred, son frère, avoient fait bâtir pour le salut de leurs âmes 0 de leurs parens. Ils en avoient ensuite fait donation au monastère de Saint-Jacques & à Gulfaric, qui en étoit abbé. Celui-ci se joignit à eux pour prier l'archevêque Sigebode de faire la cérémonie de la consécration.
CXI. — Sigebode succède à Frédold. — Origine d'Oliba, comte de Carcassonne. — Frédarius, vicomte de cette ville. — Abbaye de Saint-Jacques de Jocou.
Le monument d'où nous avons tiré ce que nous venons de rapporter nous donne lieu de faire ici quelques remarques ; 1° que le Capcir dont Formiguera est le chef-lieu, & qui dépend aujourd'hui du Roussillon pour le temporel 8c du diocèse d'Alet pour le spirituel, faisoit anciennement partie du comté & pays du Razès; 2° que le comte Oliba, dont il est fait mention dans cet acte, n'étant point différent du comte de Carcassonne de ce nom qui vivoit dans le même temps, lui ou ses proches parens étoient comtes de Razès. Nous
■ Voyez tome II, Note XCVIII & seq. = 0'Achéry, Spicileg'tum , t. 8 , p. 349. — Ma-'
' Marca Hispanica, c. 36o. billon. Annales, ad ann. 871, n. 27.
' Voyez tome II, iVote LXXXVIII. « Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
' D'Achéry, Spicilegium, t. 8, p. 349. — Ma- n. XCIX. billon, ^nna/fî,adann.87i,n.i7. ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 101 & suiv.
^^g 3 II 14 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X.
croirions volontiers qu'il possédoit ce comté par indivis de même que celui de Carcassonne avec le comte Agtred, qui est qualifié ailleurs comte de Carcassonne, & qui possédoit plusieurs terres dans le Razès, ainsi que nous le verrons dans la suite. Nous avons d'autres exemples de cet usage dans ce siècle, 81 nous voyons' que les deux frères Bencion & Gauzbert étoient en même temps comtes de Roussillon ^ en 910 ; 3° cet acte confirme nos conjectures^ sur la descendance commune des comtes héréditaires de Barcelone & des premiers comtes héréditaires de Carcassonne. Car il n'y a pas lieu de douter que les comtes Wifred 8c Miron qui firent cette fondation, conjointement avec les comtes Oliba & Acfred, pour eux 6- pour leurs parens, ne soient les mêmes que Wifred le Velu, comte de Barcelone 8<. marquis de la Marche d'Espagne, & Miron, comte de Roussillon, son frère, qui vivoient vers ce temps-là, Si de qui descendent les comtes héréditaires de Barcelone 81 de Roussillon"^. Oliba 8c Agfred, son frère, comtes de Carcassonne, descendoient^ vraisemblablement d'Oliba I, comte du même pays sous Louis le Débonnaire. Nous parlerons ailleurs de Bencion qui, à ce qu'il paroît, étoit fils d'Oliba II 8c qui lui succéda dans les comtés de Carcassonne Se de Razès. Il est marqué, dans une^ charte de l'an 918, que Frédarius étoit vicomte de Carcassonne du temps du même Oliba ; c'est le premier vicomte de cette ville dont nous ayons connoissance.
L'abbaye de Saint-Jacques dont nous venons de parler est la même que celle de Saint-Jacques de Jocou {de Jocundo) qui subsistoit par conséquent au neuvième siècle 5 elle étoit située sur le ruisseau de Rabenti,au milieu du pays de Sault qui taisoit partie du comté de Razès. Elle a'^ été sous la règle de Saint-Benoît jusques à l'an iSiy, que le pape Jean XXII l'unit à la collégiale de Saint-Paul de Fenouillèdes. L'église de Notre-Dame de Formiguera, dans le Capcir, étoit une prévôté qui dépendoit encore de cette abbaye au onzième siècle.
"TTTtÏ Miron, comte de Roussillon 8c frère de Wifred le Velu, comte de Barce-
lone, présida^, au mois de mars de l'an 874, à un plaid qui se tinta Vernet, lieu situé dans la vallée de Confient, en Roussillon. Suivant cet acte, ce seigneur étoit fils du comte Sunifred, le même sans doute^ qui fut marquis de Gothie au commencement du règne de Charles le Chauve. L'assemblée jugea, suivant les lois vis'tgothiques, de la condition d'une personne que le procureur de ce comte prétendoit être serf. Nous trouvons plusieurs autres jugemens rendus pendant ce siècle 8c les suivans, tant dans la Septimanie que dans la Marche d'Espagne conformément à ces lois. L'usage en étoit alors
■ Marca Hlspanica, c. 383 & 840. de Barcelone, & les comtes héréditaires de Rous-
' Voir plus haut, p. 1 1 02 , note 5 , & p. 1 109 , sillon. [E. M.] n. 4. [A. M.] ' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 1 & siiiv.
' Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 1 or & suiv. " Voyez tome V, Chartes & Diplômes, n. XLII.
^ Nous avons déjà fait remarquer que les Bé- ' Archives de l'archevêché de Narbonne.
nédictins s'étaient trompés , 8c qu'il n'y avait ' Marca Hispanica, c. 36o, 796 & seq.
aucun lien de parenté entre Wifred le Velu, comte ° Voyez tome II, Note LXXXVII, n. 5o.
An 875
plus commun clans ces deux provinces que celui des lois romaines & des saliques, parce que le nombre des Visigoths d'origine y excédoit celui des Romains 8c des François, ce qu'il est aisé de voir par les noms qui étaient alors en usage, qui distinguoient chaque peuple S; dont la plupart sont gothiques.