CXII. — Prieuré de Godet^ en Vêlai. — Concile de la province
de Narbonne.
Sigebode, archevêque de Narbonne, souscrivit une charte par laquelle les évêques de la province de Lyon, assemblés à Châlons-sur-Saône ', l'an SyS, confirmèrent l'abbaye de Tournus dans la possession de ses biens, entre autres du prieuré de Godet, dans le Vêlai. Cet acte fut souscrit aussi par un grand nombre d'évêques de diverses autres provinces, parmi lesquels nous trouvons les noms de Gui de Vêlai, Si d'Aganulfe de Gévaiidan, dans l'Aquitaine première; de Gilbert de Nimes, d'Abbon de Maguelonne, d'Alaric de Béziers, dans la Gothie ou Septimanie; de Frodoin de Barcelone, & de Théotarius t^t,p"f8o. de Girone, dans la Marche d'Espagne, l'un Se l'autre soumis à la métropole ' de Narbonne ; 8<. enfin d'Ethérius d'Albe ou de Viviers , dans la province viennoise.
Le pape Jean VIII écrivit^ au même Sigebode une lettre dont nous ignorons la date; voici à quel sujet : un prêtre de la province de Narbonne ayant excité une émeute, un de ceux qui se trouvèrent présens se saisit de lui , l'éleva en l'air 81 le jeta avec tant de force contre son propre frère, que celui-ci en fut écrasé. Les évêques de la province ne sachant comment se conduire dans cette affaire, se contentèrent de suspendre le prêtre de ses fonctions, 8c en renvoyèrent le jugement définitif à Jean VIII. Ce pape s'excusa de la juger sur ce qu'il n'en étoit pas encore suffisamment instruit. Il chargea en même temps Sigebode de l'examiner avec l'évêque diocésain 8c six autres du voisinage, 8c de la terminer avec ses confrères, c'est-à-dire dans un concile provincial. Nous avons une autre lettre ' de Jean VIII à Aganulfe, évêque de Gévaudan. On lui en attribue** une troisième à Raimond, évêque de Toulouse, dans laquelle il confirme les privilèges de cette église 8c des monastères de Saint-Sernin 8c de Sainte-Marie ou de la Daurade; mais nous ferons voir ailleurs que cette dernière lettre est d'un autre pape de ce nom.
CXIII. — Mort de Bernard, comte de Toulouse. — Odon ou Eudes, son J'rère,
lui succède.
La mort de l'empereur Louis II, qui arriva au mois d'août^ de l'an SyS, rendit Charles le Chauve légitime 8c paisible ptcsesseur de la portion du royaume de Lothaire dont il s'étoit déjà saisi, 8c, par conséquent, du Vivarais
' Conciles, t. 9, c. 275. ' Catel , Mémoires de l'histoire du Languedoc,
' Ibid. t. 9, c. 237. p. 853.
^ Ibtd. t. 9, c. loi. ' Annales Bertinianij p. 247.
An 875
8c du diocèse d'Uzès qui en taisoient partie; car ce prince étant mort sans enfans mâles, sa succession devoit appartenir aux rois de France 8<. de Germanie, ses deux oncles & ses plus proches héritiers. Le premier songea aussitôt à la recueillir entièrement, au préjudice de son frère, & se hâta de se rendre en Italie pour se faire couronner empereur par le pape, qu'il avoit mis dans ses intérêts. Charles manda les principaux de ses vassaux pour l'accompagner. Bernard, comte de Toulouse, ne fut pas sans doute de ce nombre; il paroît que ce comte mourut pendant ce voyage & entre' les mois d'août Se de décembre de l'an SyS.
Nous savons, en effet, qu'il étoit encore en vie peu de temps avant le départ de Charles le Chauve pour l'Italie : c'est ce que l'on voit par une^ nouvelle lettre qu'Hincmar, archevêque de Reims, lui écrivit, dans laquelle il lui fait des instances très-vives pour l'obliger à restituer à son église les biens qu'il avoit usurpés sur elle en Aquitaine. Il le menace, s'il persiste dans son usurpation, de l'excommunier dans un concile d'évêques de France & d'Aquitaine & l'avertit qu'il avoit déjà envoyé des députés à Rome pour solliciter le pape de l'excommunier de son côté dans un autre concile, de même que tous ceux qui envahissoient comme lui les biens ecclésiastiques, 8c qu'il envoyoit pour cela de nouveaux députés qui dévoient partir avec l'empereur. Ceci fait voir qu'Hincmar écrivit cette dernière lettre dans le temps que Charles le Chauve se disposoit pour son premier voyage de Rome, puisque Bernard, comte de Toulouse, étoit déjà mort à la fin de l'an 876 &c avant le second voyage que ce prince fit en Italie.
C'est ce qui paroît entre autres par une donation ^ que Richard Se Rotrude, sa femme, firent au monastère de Vabre 8c à Bernard qui en étoit abbé, au mois de décembre, de plusieurs terres situées en Rouergue pour l'âme de Frédelon, leur seigneur, 6* celles de Raimond 6- Bernard qui avaient été ducs 6- marquis. Cette charte est datée de la trente - cinquième année de Charles, roi de France (S* d'Aquitaine, 8c devroit être par conséquent de l'an 874, mais comme, suivant la lettre d'Hincmar dont nous venons de parler, Bernard, comte de Toulouse, étoit encore en vie dans le temps que Charles entreprit son voyage d'Italie pour s'y faire couronner empereur, il s'ensuit qu'on n'a compté dans cette charte la trente-cinquième année du règne de ce prince que depuis la bataille de Fontenai ou l'an 841. Aussi voyons- nous qu'avant cette bataille on datoit quelquefois, en Aquitaine, par les années du règne de Lothaire, frère de Charles le Chauve, ainsi que nous l'avons déjà remarqué. Enfin Odon ou Eudes, qui succéda immédia- Kd. origin. temcTit à SOU frère Bernard dans le comté de Toulouse 8c ses autres dignités, les occupoit déjà dès l'an 876 '^, ce qui confirme l'époque de la mort de ce dernier.
' Voyez tome II, iVore C. 'Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplô-
" Flodoard, Historla Remensis ecclesiae, 1. 3, mes, n. C. c, 26. ' Voyez tome II, Note C.
' An 875
Suivant une autre lettre ' d'Hincmar, Bernard mourut d'une mort funeste, en punition de ce qu'il avoit usurpé les biens de l'église de Reims. Ce prélat s'en explique en termes exprès dans cette lettre, adressée à Adalgarius, évêque d'Autun, qu'il prie de vouloir prendre l'administration de ces biens conjointement avec Agilmar, évêque de Clermont. 11 l'avoit ôtée à Bernard, comte d'Auvergne, comme on le voit par une autre de ses lettres à un abbé du même pajs. La lettre d'Hincmar à l'évêque d'Autun est postérieure au concile de Troyes de l'an 878, car il marque qu'il lui envoie une copie de l'anathème dont les pères de ce concile avoient frappé les usurpateurs des biens ecclésiastiques.
CXIV, — Charles confie le gouvernement du royaume au roi d'Aquitaine, son fils, pendant son absence. — Il est reconnu empereur.
Charles le Chauve prit la route d'Italie le i" de septembre & ^ confia, avant son départ, le gouvernement du royaume, pendant son absence, au roi d'Aquitaine, son fils 5 il le chargea en particulier de veillera la garde des frontières du côté du Rhin, contre les entreprises du roi de Germanie, qui fit tout son possible pour s'opposer à l'agrandissement de son frère. Ce roi passa en deçà de ce fleuve 8c tâcha de s'emparer de la France, tandis que les princes, ses enfans, travailloient au delà des Alpes à s'assurer du royaume d'Italie ; mais leurs efforts furent inutiles. Charles fut couronné & généralement reconnu empereur à Rome, le jour de Noël de l'an 876. Il tint ensuite, à Pavie, une diète du royaume d'Italie, au mois de février de l'année sui- ÂTstô" vante, S< y fut confirmé dans la possession de l'empire. Enfin, après avoir laissé le gouvernement de l'Italie à Boson, son beau-frère, qu'il fit couronner duc, & qui épousa bientôt après Ermengarde, fille unique de l'empereur Louis, son neveu, il revint en France.
Peu de temps après son arrivée en deçà des Alpes, il convoqua, le 3o de juin, la diète du royaume au palais de Pontion, où se trouvèrent la plupart des prélats 8c des seigneurs de France, qui confirmèrent son élévation à l'empire. Du nombre des premiers furent les évêques Agenulfe de Gévaudan, Gui de Vêlai, 8c Loup d'Albi, en Aquitaine; Éthérius de Viviers, dans la Viennoise, 8c Théotarius de Girone, dans la Marche d'P.spagne, comme il paroît par leurs souscriptions. On n'en voit aucune des évêques de la Septimanie, quoiqu'il soit marqué dans les actes ^ qu'il y en avoit de France ou d'Austrasie, de Neustrie, de Bourgogne, d'Aquitaine , de Septimanie &- de Provence''^ ce qui prouve que les Etats de Charles le Chauve en deçà des Alpes étoient alors divisés en six parties ou royaumes. Cette diète finit le 14 de juillet.
' Flodoard, Historia Remensls eccleslae, c. 14. ' Baluze, Regum Francorum CapkuUria , t. 2,
' Annales Bertiniani , p. 247 & seq. — Baluze, c. 239 & seq. Regum Francorum Capitularia, t. 2, c. lij & seq. ^ liU.
An 876
Il ne restoit à ce prince pour régner sur toute la monarchie Françoise, possédée autrefois en entier par Charlemagne, son aïeul, 8c Louis le Débonnaire, son père, qu'à se rendre maître des États de Louis, roi de Germanie, son frère, & c'est ce qu'il entreprit ' après la mort de ce roi, arrivée le 28 du mois d'août de la même année. Ce dernier laissa trois fils, Carloman, Louis 81 Charles, qui dévoient partager sa succession, 8<. dont les deux derniers dévoient succéder à la portion du royaume de Lothaire qui lui étoit échue. Charles le Chauve ne leur donna pas le temps d'en prendre possession ; il s'avança à la tête de cinquante mille hommes, dans le dessein de s'assurer de cette partie de la monarchie en qualité de successeur de l'empereur Louis II, son neveu. Sur l'avis de sa marche, Louis, roi de la France orientale 81 second fils du roi de Germanie, se mit en état de lui résister 8c s'approcha du Rhin. Il lui envoya en même temps des ambassadeurs pour le prier de lui laisser 8c au roi Charles, son frère, la paisible possession de ce pays; mais n'ayant pu rien gagner sur l'esprit de ce prince, il passa ce fleuve du côté d'Andernach. Charles, le voyant en état de se défendre, chercha alors à l'amuser Se feignit de vouloir accepter les propositions de paix qu'il lui avoit fait offrir; mais, s'étant avancé, il l'attaqua brusquement^, la nuit du 7 au 8 d'octobre. Louis, quoique surpris au milieu des ténèbres, se défendit pourtant avec tant de valeur qu'il mit l'armée de l'empereur, son oncle, en fuite, après en avoir taillé en pièces une bonne partie 8c fait un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels se trouvèrent plusieurs seigneurs de distinction, Éd. origm. q^'\\ renvoya généreusement sans rançon au commencement de l'année sui-
vante ^. Un comte, appelé Bernard, fut de ce nombre, mais nous ignorons
" ^■^ si c'étoit le marquis de Gothie ou le comte d'Auvergne de ce nom.
CXV. — Plaid tenu par l'envoyé de Bernard, marquis de Gothie. — Chartes de l'empereur Charles le Chauve en faveur de l'abbaye de la Grasse 0 d'Oliba, comte de Carcassonne.
Nous avons lieu de croire que le premier avoit accompagné Charles le Chauve dans son voyage d'Italie, car il paroît qu'il étoit absent de son gouvernement, lorsque Isimbert, son envoyé [misso), tint un plaid '^ général dans le Roussillon, au mois de décembre de l'an 8j5. On adjugea dans cette assemblée, à Audessinde, évêque d'Elne, quelques terres que le comte du pays avoit usurpées sur son église. On voit par là que Bernard devoit avoir une autorité supérieure dans le Roussillon, 8c que ce pays faisoit partie du marquisat ou gouvernement général de Gothie, puisque Miron en possédoit alors le comté ou gouvernement particulier.
L'empereur, après sa défaite à Andernach, se retira du côté de la Meuse
■ Annales Bertiniani, p. îSo. — Annales Fulden- ' Annales Fuldenses, p. Syo.
ses, p. 569. — Annales Mcttenses, p. 3i6 & seq. ' Baluze, Regum Francorum Capitularia, Appen-
' Annales Fuldenses, p. 670. dix, t. 2 , c. 1496 & seq.
HISTOIRE GÉNÉRALE DE LANGUEDOC. LIV. X. 1119 ^^ g
8< se rendit au palais à'Elidione, au voisinage de Maëstricht, où il accorda' un diplôme, le 25 d'octobre, en faveur du monastère de la Grasse & de Sunifred, qui en étoit abbé. Il tint^, quelque temps après, une diète générale à Reims où, du consentement des grands du royaume, il disposa de tous ses Etats en faveur du roi d'Aquitaine, son fils. Hincmar rapporte^ que Bernard, comte d'Auvergne, n'assista pas à cette diète, ce qui pourroit taire conjecturer que c'est le même qui avoit été fait prisonnier à la bataille d'Andernach.
Ce comte n'assista pas non plus à une nouvelle diète que Charles le Chauve convoqua à Kiersi, au mois de juin de l'année suivante, dans le dessein de régler les affaires du royaume avant son départ pour l'Italie, où le pape le pressoir de venir incessamment le délivrer de l'oppression des Sarrasins. L'empereur étoit déjà arrivé dans ce palais, le onze de juin, lorsque, à la prière de Frotaire, archevêque de Bourges, il donna '^ par un diplôme à Oliba, comte de Carcassonne, plusieurs alleux situés en divers comtés de la Gothie. Ces biens avoient été confisqués, pour crime de félonie, sur Etilius, fils de Béra, sur Frédarius 8c son épouse Deusiane, & sur Hostolitus & ses frères. On croit ^ que le premier étoit fils de Béra, comte de Barcelone, proscrit en 820. Il paroît que Frédarius n'est point différent du vicomte de Carcassonne de ce nom, dont nous avons déjà parlé, 8c qui étoit contemporain d'Oliba II, comte de cette ville. Si cela est, il faut que la révolte de ce vicomte, d'Hostolitus 8c de ses frères, ses complices, ait été postérieure à celle d'Etilius, qui vivoit longtemps auparavant, 8c qui se joignit, à ce qu'il paroît, au rebelle Aïzon, contre l'empereur Louis le Débonnaire.
CXVI. — L'hérédité des dignités &- des fiefs autorisée à la diète de Kiersi.
L'assemblée de Kiersi commença'' le 14 de juin 8c finit le i" de juillet. On y dressa divers capitulaires pour le gouvernement du royaume dont l'empereur, qui devoit partir bientôt pour l'Italie, confia le soin à Louis, roi d'Aquitaine, son fils, pendant son absence. On y régla aussi le tribut qu'on devoit lever sur le clergé 8c sur le peuple des anciens Etats de Charles le Chauve, 8c dont la somme monta à cinq mille livres pesant d'argent.
Ce prince confirma-', dans la même diète, l'hérédité des grandes dignités 8c des fiefs qui avoit déjà commencé. Il y déclara « que si un comte, dont le « fils seroit à sa suite, venoit à mourir durant son voyage, le roi, son fils, « avec son conseil, feroient administrer par provision le comté vacant, par
' Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes, ■* Voyez tome II, Preuves, Chartes & Diplômes,
n. CV. — Mabillon, Annales, aii ann. 876, n. 79. n. CVII.
' Baluze, Regum Franco.um Capitularia , t. 2 , ' Baluze, Notae in Capitulariis, c, 1286.
c. 261. — Hincmar, Epist, ad Luiovïcum II, c. 7, ' li. Regum Francorum Capitularia, t. J, c. 269
dans Duchesne, t. 2, p. 476. & seq. — Annales Bertiniani, p. 252 & seq.
' Hincmar, Epist. ad Ludovicum II, c. 7, dans ' Baluze, Regum Francorum Capitularia , t. 2,
Duchesne, t. 2, p. 476. c. 263, 269 & seq.
An 877
« les plus proches parens du défunt & par l'évêque diocésain, jusques à ce « qu'il fût informé de la mort du comte, afin de disposer du comté en faveur « du fils ; que si celui-ci étoit en bas âge, il auroit l'administration ppovi- <c sionnelle du comté conjointement avec l'évêque diocésain &c les officiers (i du pays jusques à ce qu'il l'eût nommé aux dignités de son père, 5c qu'enfin « si le comte n'avoit point de fils, le roi d'Aquitaine feroit également admi- « nistrer le comté vacant jusques à ce qu'il en eût disposé lui-même, & « qu'alors celui qui en auroit eu l'administration ne devoit pas se plaindre « s'il la donnoit à qui il jugeroit à propos. II ajouta qu'il en agiroit de même « à l'égard de ses vassaux, & ordonna aux évêques, aux abbés & aux comtes « d'en user ainsi envers les leurs, » ce qui fait voir que l'hérédité des dignités & des fiefs fut autorisée par une loi générale'. Charles promit en même temps de conserver tous ses vassaux dans leurs dignités. Il nomma ^ un t^t'°"fs"' certain nombre des principaux seigneurs de France pour servir de conseillers au roi, son fils, pendant son absence, dans le gouvernement du royaume, &, comme s'il eût eu un secret pressentiment de sa mort, il les déclara ses exécuteurs testamentaires. Bernard, comte d'Auvergne, quoique absent de la diète, fut de ce nombre.
CXVII. — Chartes de Charles le Chauve en faveur de Vahhaye de Saint- Chaffre & de l'église de Viviers.
L'empereur, ayant tout disposé pour son départ, prit^ la route d'Italie. Il passa à Montreuil-sur-Saône (^Monasteriolum), où il accorda, le premier d'août, à Rostaing, abbé de Saint-Chaffre, dans le Vêlai, une charte'* par laquelle il rétablit ce monastère dans son ancienne liberté. Il l'avoit soumis, l'année précédente, à l'administration de Gui, évêque de Vêlai, par une autre charte que ce prélat avoit obtenue sur un faux exposé. Charles se rendit ensuite à Besançon, où il accorda, le onze du même mois, un diplôme^ en faveur de l'église de Viviers 8c d'Eucher, son évêque, qu'il confirma dans la possession de ses biens & de ses privilèges, entre autres de l'abbaye de Donzère, située de l'autre côté du Rhône. Ce prince donna ce diplôme à la prière de Boson, son beau-frère, qui, en qualité de duc de Provence, avoit la principale autorité dans le Vivarais & le diocèse d'Uzès.
Charles le Chauve'' passa enfin les Alpes; mais il ne fit pas un long séjour
' 11 ne faut pas attribuer une telle importance ' Baluze, Regum Francorum Cap'itularia , t. 2,
au Capitulaire de Kiersi ; loi toute de circons- c. 264. — Hincmar, Epist. ad Ludovicum II, c. 7,
tance, il ne faisait que confirmer un usage déjà dans Duchesne, t. 2, p. 476. ancien, & il semble certain qu'il n'a eu qu'une ^ Annales Bertinianij p. 25i & seq.
influence fort restreinte sur le développement* de la * Gallia Christiana, nov. edit., t. 2, p. 221, 268
féodalité. Celle-ci, d'ailleurs, ne consiste pas seu- &. seq. — MabîUon, de Re diplomatlca , p. 646
lement dans l'hérédité des dignités royales, & une & seq.
loi émanant d'un pouvoir depuis longtemps miné '' Columbi, Episcopi Vivarienses, p. 2o3 & seq.
ne pouvait créer une société de toutes pièces : elle — Gallia Christiana, nov. edit., t. 3, c. 1177
n'aurait pu que constater & autoriser un état & seq. antérieur de cette même société. [A. M.] ** Annales Bertinlani, p. 262.
en Italie. Il apprit à Pavie que Carloman, roi de Bavière, voulant faire valoir ses prétentions sur cette partie de la monarchie, s'avançoit à la tête d'une nombreuse armée pour le combattre. L'empereur, ne se sentant pas assez fort pour lui résister, prit le parti de rebrousser chemin & de se retirer dans la vallée de Maurienne, en attendant l'arrivée d'un renfort considérable qui devoit venir le joindre. Entre les généraux qui avoient le commandement des troupes qui composoient ce corps d'armée étoient Boson, duc de Provence, Bernard, comte d'Auvergne, 8c Bernard, marquis de Gothie, chacun à la tête des milices de son gouvernement ; mais ces seigneurs, loin de se rendre au camp de l'empereur, formèrent, de concert avec plusieurs autres des principaux du royaume, une conjuration contre lui.
ex VIII. — Conjuration de Bernard, marquis de Gothie, avec plusieurs autres grands du royaume contre Charles le Chauve. — Mort de cet empereur. — Fin du royaume d'Aquitaine.
Ce prince, informé du complot, 8c n'ayant aucun secours à attendre, désespéra de pouvoir résister au roi Carloman. Il se mit aussitôt en marche pour repasser les monts 8c fut surpris de la fièvre dans sa route. Son médecin, qui étoit peut-être gagné par les conjurés, lui donna une potion empoisonnée dont il mourut en deçà du mont Cenis, onze jours après l'avoir prise 8c le 6 d'octobre de l'an 877. Le roi Louis, son fils unique, qu'on a depuis surnommé le Bègue, à cause de la difficulté qu'il avoit à s'énoncer, lui succéda dans tous ses Etats Se réunit en sa personne l'Aquitaine ou le royaume de Toulouse, qu'il possédoit déjà, au reste de la France. Par là ce royaume, gouverné par des princes particuliers depuis que Charlemagne l'avoit érigé de nouveau en 778, en faveur de Louis le Débonnaire, son fils, fut confondu avec le reste de la monarchie, quoique les successeurs de Charles le Chauve aient joint quelquefois dans la suite au titre de roi de France celui de roi d'Aquitaine. Nous nous arrêterons, pour terminer ce volume, à cette époque qui est, en même temps, celle de l'hérédité des fiefs 8c des grandes dignités. Les ducs 8c les comtes acquirent une nouvelle autorité dans leurs gouvernemens, S<. ils la portèrent si loin peu de temps après, qu'ils se rendirent enfin presque indépendans dans les provinces 8c les diocèses où ils usurpèrent les droits régaliens. Nous traiterons cette matière par rapport à la Province dans le volume suivant, après avoir donné ici une idée succincte des mœurs des peuples Se des usages du pays sous la seconde race de nos rois 8c avant cette usurpation.
CXIX. — Lois des peuples de la Province sous la seconde race.
La Septimanie 8c les autres pays compris aujourd'hui dans le Languedoc furent habités, spus la seconde race de nos rois, par les Romains ou anciens habitans, les Goths 8c les François. Il est fait mention de ces trois peuples
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comme distingués entre eux en divers endroits des capitulaires ' & des anciens auteurs. Aussi conservèrent-ils pendant tout ce temps-là leurs lois 8c leurs coutumes particulières. Nous ne parlerons pas des Juifs qui étoient établis en plusieurs endroits du pays, parce qu'ils étoient regardés comme un peuple étranger.
La plupart des habitans de la Septimanie étoient Goths d'origine ; ainsi la loi gothique y étoit plus en usage que la loi romaine. Celle-ci étoit plus t^i°"58"' commune dans la partie du Languedoc qui dépendoit du royaume d'Aquitaine, parce que le plus grand nombre des habitans étoient Romains ou.Gaulois de naissance. La loi salique étoit moins usitée dans tout le pays & moins connue que les deux autres, à cause que les François y étoient en petit nombre, & qu'ils s'y étoient établis, surtout dans la Septimanie, plus tard que dans le reste des Gaules. De là vient sans doute qu'on ne donnoit alors le nom de France qu'aux pays situés entre la Loire, l'Océan & le Rhin. L'hérédité des fiefs & l'usurpation des droits régaliens par les grands vassaux de la couronne ayant causé un grand changement dans le gouvernement, ces trois peuples se confondirent enfin & n'en formèrent qu'un seul. On vit alors la loi romaine, appelée dans les capitulaires^ la reine iy la maltresse de toutes les lois, prévaloir & être la seule en vigueur dans les provinces méridionales du royaume, où la plus grande partie des habitans étoient Gaulois ou Romains d'origine. Elle y fut depuis généralement observée, à quelques coutumes près qui s'introduisirent, surtout par rapport aux fiefs, inconnus au droit romain & à celui des Visigoths. Par là, cette loi qui avoit été ^ d'abord la seule du Languedoc, Si dont l'usage s'y étoit toujours maintenu'* tant sous la domination des Visigoths que des Francs, y prit le dessus sur toutes les autres 8t devint enfin la loi générale du pays, sous la troisième race de nos rois, ce que nous verrons ailleurs avec plus d'étendue.