‹ Histoire générale de Languedoc avec des notes et les pièces justificativesChapitre 6 sur 553 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

livres.

3,668 liv. '") sols

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Total i5,6ool. 14,2481. 1 s.

Ces deux comptes se balancent en réalité par un excédant de recettes de i,35i livres ig sols, tandis que dans le compte final de dom Vaissete, du 3o octobre 1740, cet excédant est porté comme n'étant que de 47 livres.

Il est à présumer que cette différence fut passée en profits Si pertes pour frais- divers dont il n'avait pas été tenu note. Elle provient peut-être aussi de quelques erreurs de détail que l'on remarque dans les chiffres de dom Vaissete, meilleur historien que comptable.

Ce mémoire est une page de l'histoire de l'art trop curieuse pour que nous n'ayons pas cru devoir lui donner place parmi nos Pièces justificatives ; il nous fixe sur le prix des oeuvres du dessin & de la gravure à cette époque, sur la rémunération que les artistes exigeaient, en raison de leur renommée ou de leur habileté. Ainsi Cazes, directeur de l'Académie royale de peinture & de sculpture, touche 40 livres pour le dessin de chaque vignette Se lettre grise, tandis qu'un autre dessinateur, Humblot, n'en reçoit que 36; le prix de la gravure est uniforme, 140 livres attribuées à Tardieu, comme à Cochin 61 de Poilly. La vignette de la séance des Etats, gravée par Magdelaine Hortemels, la lettre grise qui l'accompagne, ainsi que la Minerve du frontispice, gravées par Cochin, son mari, sont cotées en bloc 258 livres. Le dessin de la Minerve seule valut 48 livres à Cazes; la gravure des quatre planches des Antiquités de Nimes, dans le premier volume, est comptée à Lucas sur le pied de 90 livres 6 sols chacune, celles du Pont Saint-Esprit & de la Tour Magne dans le troisième volume, 75 livres chacune au même; nous n'irons pas plus avant dans cette énumération , engageant le lecteur à consulter, pour en connaître les détails, le mémoire précité de dom Vaissete.

De cet aperçu général des embellissements que les arts graphiques ont ajoutés à l'Histoire de Languedoc , revenons maintenant à l'impression du tome premier. Une lettre de M. de Joubert', du 8 janvier 1728, nous apprend qu'on n'en était encore qu'aux préliminaires. La publication devait s'ouvrir par une épître dédicatoire des auteurs à leurs Mécènes des États.

Le sujet était par lui-même difficile & délicat à traiter. En rappelant tout ce que ces assemblées avaient fait de grand 8< d'utile pour la Province, leur

' CorrC'pOHiiancf , il. 4^,

INTRODUCTION HISTORIQUE. 5i*

vigilance pour le maintien de ses droits, il fallait se garder d'évoquer trop haut le souvenir de ses anciennes libertés & de ses institutions représentatives. La noblesse, domptée par Richelieu 8c Louis XIV, courbée sous le niveau de l'unité monarchique, n'avait plus d'autres privilèges reconnus que celui de servir le maître 8t de lui plaire. Ce sentiment tout moderne de fidélité 8c de dévouement passits à la personne du souverain, d'obéissance à son autorité illimitée, éclate dans cette Epître, de même qu'il s'est empreint dans tout le corps de l'ouvrage. Les papiers de dom Vaissete nous permettent d'assister au laborieux enfantement de ce morceau d'éloquence. Un premier jet qui ne dépasse pas les limites d'un feuillet, se transforme en une rédaction plus étendue, criblée de ratures, pour en produire une troisième, accrue de nouveaux développements 8c où l'on ne remarque plus que trois ou quatre corrections' ; le tout est écrit de la main de dom Vaissete 8c très-probablement son œuvre personnelle. L'intervention de dom Devic, plus expérimenté que lui dans les choses politiques, mieux au fait des convenances 8c des nécessités de la situation, apparaît dans les retouches 8c les additions qu'a reçues une transcription définitive, due à un calligraphe de profession.

Le projet, ainsi amendé, fut soumis par dom Devic à M. de Montferrier 8c communiqué par celui-ci à l'archevêque de Narbonne ; tous les deux s'en montrèrent très-satistaits ^ j il tut lu aux Etats dans une des séances de janvier 1728, 8c après avoir été légèrement modifié par M. de Montferrier^, il tut approuvé à l'unanimité'*.

Ces dispositions préalables, qui avaient pris près de trois années consécutives, étant terminées, rien ne s'opposait à ce que l'impression commençât immédiatement, d'après le désir si souvent manifesté par les États. Une autre entreprise non moins considérable 8c qui était menée de front avec l'Histoire de Languedoc, était le lever de la carte de la Province. Ce travail avait été confié à Guillaume Delisle, le célèbre géographe moderne, membre de l'Académie royale des sciences. Il était mort depuis quelques années (1726), laissant sa veuve héritière de tous ses plans 8c mémoires, 8c entourée des artistes, géomètres 8c dessinateurs qu'il employait 8c qui avaient déjà coopéré aux relèvements préparatoires de la carte. Nous avons dit précédemment comment les exigences de M™* Delisle avaient forcé les syndics à renoncer à ses services ■'' &c à traiter, pour les cartes de l'Histoire de Languedoc, avec Nolin.

' Pièces justificatives, î' série, n. 14, A & B, & des femmes non qualifiées (lettre à dom Vaissete,

Histoire générale Je Languedoc, t. I. du 24 février 1728; Correspondance , n. 46), de-

' Lettre de M. de Montferrier à dom Devic, du mandait pour la carte du Languedoc une somme

24 décembre 1727; Correspondance, n. 43. de 142,000 livres, qui, avec les frais accessoires,

' Lettre de M. de Joubert à dom Vaissete, du pouvait monter jusqu'à 2co,ooo, &, de plus, une

8 janvier 1728, & de M. de Montferrier à dom pension viagère. L'énormité de ces prétentions était

Devic, du 20 janvier ; Correspondance, n'" 44 81 4/). d'autant plus sensible que la misère se faisait sentir

* Pièces justificatives, 1' série, n. 14 & l'annota- en ce moment dans la Province. Sur les représen-

tion finale de M. de Montferrier. talions de M. de Montferrier, l'assemblée venait

'' Mademoiselle Delisle, comme l'appelle M. de de nommer des commissaires pour faire une en-

Montferrier, suivant l'usage observé alors à l'égard quête à ce sujet.

Une fois nanti du manuscrit du premier volume, Vincent le mit sous presse, Se stimulé par nos deux religieux, déploya la plus grande activité. L'impression, commencée en mai 1728, tut achevée avec Tannée 1729, après avoir duré dix-neuf mois. Ces deux dates extrêmes peuvent être établies par le traité conclu entre Vincent Se les auteurs' le 28 avril 1728 Se par les lettres des syndics écrites sur la fin de 1729.

Cependant les États, voulant prévenir toute interruption dans la marche de la publication, votèrent, dans leur séance du i3 décembre, une nouvelle somme de 6,000 livres, applicable aux trais d'impression du deuxième volume 6t du lever de la carte. Deux jours après l'archevêque de Narbonne instruisait dom Devic de cette résolution ^.

Les auteurs Se l'imprimeur avaient réussi à mettre au jour, dans un espace de temps proportionnellement très-court, un volume in-tolio de près de mille pages, d'une exécution matérielle très-compliquée, dans lequel alternent à chaque page des caractères de divers corps Se de genres très-variés, ayant exigé des tirages multipliés à cause des gravures Se des titres en couleur dont il est orné, hérissé de noms propres de personnes Se de lieux, entremêlé de textes en langues mortes; Se ce volume était sorti de leurs mains dans un état de correction 8c de perfection qui en tait un chef-d'œuvre typographique. L'archevêque de Narbonne auquel appartenait, en sa qualité de président des États, l'honneur de le présenter au roi, craignant, sur de faux bruits, que la publication eût lieu avant son arrivée à Paris, 8<. qvTun autre lui enlevât cet honneur, chargea M. de Montferrier de modérer le zèle de dom Vaissete : » Je dois « vous dire, mon très révérend Père, que monseigneur l'archevêque est trèsce fâché que vous pensiés de faire paroître le premier volume de notre Histoire, « qu'il ne soit à Paris. Vous jugés bien que c'est à luy à présenter le premier (( volume au roy. Ainsi rangés les choses de façon que, quand l'impression « sera finie, le sieur Vincent la garde sans affectation jusques à l'arrivée de « monseigneur l'archevêque, qui ne sera, selon les apparences, qu'incontinant « après les Estats prochains. Il vous sera très facile d'alonger la chose sans « commettre monseigneur l'archevêque, Se surtout avec M. de Toulouse qui ic est député cette année ■^. »

Quoique dom Vaissete se fût hâté de rassurer le prélat, un mois après M. de Montferrier revenait à la charge : « J'ay rendu compte à monseigneur » l'archevêque du contenu de vostre dernière letre. Se il est bien persuadé de « vos sentimens; vous voyés bien qu'il ne conviendroit pas que le livre parut « Se fut présenté par un autre que par monseigneur l'archevêque. Ainsi alez « lentement sans que monseigneur l'archevêque de Toulouse ny M. Favier'* <( puissent s'apercevoir qu'il y aye aucune affectation. Je suis ravy en même « tems que ce petit delay vous convienne 3. »

' Pièces justificatives, 2'' série, n. i5. ■" L'un des trois syndics généraux de la Pro-

^ Lettre du |5 décembre 1729; Corresp. n. 62. vince

' Lettre du 14 avril iji(); Correspondance, n. .03. "' Lettre du \6 mai 1729; Correspondance, n. 04.

M. de Montferrier insistait d'autant plus fortement sur l'opportunité de ce délai, que lui-même y était personnellement intéressé; il comptait accompagner M. de Beauvau à Versailles Se se joindre à lui dans cet hommage au roi. Il faisait la confidence à dom \'aissete de ses petits calculs d'ambition : n 11 me paroît juste que j'aye la satisfaction de présenter au roy ce premier « volume, puisque vous sçavés que c'est moy qui ai donné tout le mouve- « ment '. »

L'archevêque de Narbonne, qui n'avait pu se rendre à Paris l'année précédente, se trouva encore empêché en 1729. II fallait donc s'arranger pour traîner les choses en longueur 8c différer jusqu'en lySo; mais nos deux religieux n'eurent pas à se mettre en frais d'imagination pour inventer des prétextes de retard 8c se conformer à la consigne secrète qu'ils avaient reçue. Quoique l'impression fût finie ^ en décembre 1729, il leur manquait les dessins des Antiquités de Nimes qui, au dernier moment, avaient été demandés à l'architecte RoUin pour remplacer ceux d'Evespy. Le 8 janvier 1700, ils n'avaient pas encore reçu le Temple de Diane 8c le Pont du Gard; ce n'est que le 26 février que M. de Joubert les leur fit parvenir''. En calculant le temps nécessaire pour la gravure 8c le tirage de ces deux planches, on arrivait juste au priiitemps, date du voyage projeté de Monseigneur de Narbonne.

Présentation au roi & publication du premier volume. — Le tome second. — Dom Vaissete compromis dans les affaires de la constitution Unigenitus. [lySo-iySS.]

L'époque qui vit éclore notre premier volume au grand jour de la publicité peut être circonscrite dans l'intervalle écoulé d'une part entre la lettre précitée de M. de Joubert, du 26 février i73o, annonçant l'envoi de la quatrième 8c dernière planche de RoUin, le Pont du Gard**, 8c d'autre part le billet adressé par M. de Montferrier à dom Vaissete'" pendant son séjour à Paris 8c très-probablement vers la fin d'avril. On lit, en effet, dans ce billet que quelques exemplaires étaient déjà reliés. Par conséquent, c'est dans ce même mois, vers la Pâque, que l'acte de naissance de cet enfant de tant de veilles 8c d'efforts doit être enregistré.

Il fut offert au roi, dans le courant de l'été, après son retour de Compiègne, par l'archevêque de Narbonne 8c la députation des Etats. Mais une intrigue, dont nous n'avons pas aujourd'hui la clef, fit exclure du cortège précisément

' Lettre du 6 jiinvier 1729 ; Correspondance, ' Voyez les lettres à ces deux dates; Correspon-

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