Dom Plancher
Foissy, prit les mêmes précautions en 1373, lorsque les Anglais vinrent s'emparer du château de Vaux et de Pont-Aubert ; il voulut, de plus, qu'on ôtât les fers de tous les moulins, afin que les ennemis n'en pussent profiter. Il avait agi de même, deux ans auparavant, étant bailli de la Montagne, lorsque le prince Yvain de Galles, allié de la France, passa par la Bourgogne en revenant de la Guyenne (1).
C'est de 1370 que date l'établissement du grenier à sel de Semur, et c'est en cette même année que fut établi par Philippe-le-Hardi, l'impôt de la gabelle (2). Investi par son père du duché de Bourgogne, Philippe, qui avait épuisé ses ressources tant dans les guerres qu'il eut à soutenir en France que dans les magnifiques fêtes qu'il donnait, voulut s'en créer de nouvelles en imposant les habitants de Semur. Cet impôt rencontra tout d'abord une vive opposition de la part des États, et ce ne fut qu'à grand'peine qu'ils y consentirent pour deux ans. Ces deux années une fois expirées, les États le rachetèrent pour la somme de onze mille francs d'or, qu'ils devaient payer au duc qui, de son côté, s'obligea à ôter aux habitants deux sous par livre sur le sel qu'ils prenaient dans les greniers. Cet arrangement ne fut pas de longue durée et bientôt la gabelle devint fixe et immuable.
Le corps des officiers du grenier à sel de Semur portait : de sable à un chevron d'argent.
Nous avons dit qu'en 1359, après l'invasion d'Édouard III, on résolut d'exécuter autour de la ville des travaux de défense. A cet effet, le capitaine Thibaut-Lefôrt fut envoyé à Semur pour organiser la défense de la place et munir le château d'artillerie. Le château et les remparts qui, d'après M. L. Bocquin, datent de l'époque où l'abbaye de Saint-Jean conquit la féodalité dans toute son étendue, furent donc réparés et la défense de Semur complétée par la construction du Donjon, dont les tours subsistent encore aujourd'hui. La Tour Lambert, démolie en 1847 par M. Durupt, et qui était enclavée dans la propriété de M. de Massol, devenue plus tard celle de M. Les-
1. Dom Plancher. — Histoire générale et parfieulière du duché de Bourgogne.
2. L'établissement de cet impôt remonte à Saint-Louis, et il en est parlé dans les Coutumes et Privilèges que ce roi donna à la ville d'Aigues-Mortes en 124G : « ÎS'eque gabellœ salis possint fieri centra homines villœ... » Du saxon fyafte/, qui signifie tribut, ce mot se rapportait autrefois à toutes sortes d'impositions publiques. 11 y avait la gabelle des vins, appelée depuis droit d'aides; la gabelle des draps et enfin la gabelle du sel.
tre, existait déjà en 1378. De même pour la Tour Fromageot, située à l'extrémité de la rue dite du Crôt et probablement aussi pour celles moins importantes que l'on trouve dans la vieille enceinte de la ville. Mais nous reviendrons plus tard sur ce sujet et reprendrons où nous l'avons laissée l'histoire de la capitale de l'Auxois.
Après que Duguesclin et Jean de Foissy eurent débarrassé la Bourgogne des tards-venus et autres pillards, l'Auxois put jouir de quelques années de paix. Philippe-le-Hardi consacra le reste de sa vie à honorer de sa présence les quelques villes et châteaux de son duché et, jusqu'à sa mort, survenue le 27 Avril 1404,1e seul incident que nous ayons à relater est l'élévation, en 1372, de Thibaut-le-Fort, fils de Guillaume-le-Fort, bailli d'Auxois en 1326, à la dignité de gouverneur de Semur.
A Philippe-le-Hardi succéda son fils aîné, Jean, comte de Nevers, surnommé Sans-Peur, à cause de la bravoure dont il fit preuve en maintes circonstances. Son père ne lui ayant laissé que des dettes, les États de Bourgogne lai firent don d'une somme de trente-six mille livres; de son côté, la ville lui prêta, en 1405, douze cents francs d'or, et le prieur de Notre-Dame, Eudes de Roussillon, cent. Mais, deux ans plus tard, le duc se trouvant encore à court d'argent et redevable de sommes considérables à divers marchands de Paris, Pierre Gastelier, son receveur au bailliage d'Auxois, Jean Brandin, grainetier de Semur, et Jacques Espiard, grainetier d'Arnay, durent lui servir de caution (1).
L'année suivante, u.ne vive querelle éclata entre les habitants de Semur et le prieur, au sujet des inhumations. Depuis l'établissement de Notre-Dame, tout habitant pouvait être enterré dans le cimetière de cette église, à la condition de remettre au prieur une certaine somme d'argent. Or, le prieur Eudes ne voulant accorder cette faveur qu'à la condition expresse qu'il lui serait remis trois marcs d'argent et un lit garni, de la valeur de trente à quarante livres, les Semurois se plaignirent au roi Charles VI, qui ordonna aussitôt une information secrète. Voici, dans ses parties les plus essentielles, la lettre que le roi écrivit à ce sujet le 7 janvier 1408 à son sergent, Noidin Roigemont :
(( Donné pour copie sous le scel de moi, Jehan Joly, autrement Noidin de Roigemont, sergent du roi, notre sire, etcom-