Registres de l'Hôtel de Ville
France et notre imprimerie nationale, et que, sous son règne, la rédaction en français des jugements et actes notariés devint obligatoire, ainsi que la tenue régulière, par les curés, des registres de naissance et de décès. Or, c'est encore lui qui institua les collèges dans les provinces et les écoles dans les communes. Semur fut une des premières villes qui eurent un collège et une école. On ignore où ce premier collège était placé, mais les registres de l'Hôtel de Ville nous apprennent que le maire Miles Bourgeois et les échevins le visitèrent en 1566 et prescrivirent les livres qui devaient être mis entre les mains des élèves. Quant à l'école, elle fut établie dans une maison du Bourg-Voisin, connue alors sous le nom de la Trinité et qu'on appelle aujourd'hui le Vieux Collège.
La mairie, qui se trouvait depuis fort longtemps dans l'un des bâtiments qui séparent les deux portes Saiwigny (1), fut transportée en 1561 dans le Donjon où elle resta jusqu'à l'époque de la Révolution. Enfin, l'année suivante, on rebâtit la porte placée près de la tour Lourdaut, porte par laquelle on passe du faubourg des Vaux dans la ville.
C'est à cette même date que s'ouvrit, à Semur, la première boulangerie. Le syndic fut chargé de taxer le pain et chaque boulanger tenu d'avoir sa marque particulière, de bien faire cuire le pain et de donner à l'acheteur le poids exact. Malgré cette injonction, il y avait souvent, paraît-il, des condamnations très sévères, même de. la prison, pour vente au-dessus du taux ou pour manque de poids.
On ne sait de quelle époque date l'institution à Semur des archers et des arbalétriers; mais les registres de l'Hôtel de Ville disent qu'en 1564 leurs jeux étaient dans les fossés de la ville, près de la porte Cuiller, sur l'emplacement du jardin des Frères de la doctrine chrétienne. Ils portent encore que, cette même année, la ville leur accorda dix francs pour la réparation des murailles de leurs jeux, et que Nicolas Renard, roi des archers, et Jean Clavin, roi des arbalétriers, portèrent serment de faire leur devoir pour la défense de la ville et pour assistance à justice. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet, ainsi que sur la Course de la Bague, qui fut instituée en 1566 et a lieu tous les ans le 31 Mai, jour de la foire la plus importante de Semur.
L'année 1567 a été marquée par la mort d'Imbert de la Pla-
1, La porte Sauvigny est souvent appelée, par erreur, porte Guiller.
tière, seigneur de Bourdillon, Époisses, Changy, etc., maréchal de France, chevalier de l'Ordre du roi et bailli d'Auxois. Ce seigneur mourut à Fontainebleau le 4 Avril et fut ramené à Semur, où la ville lui fit de magnifiques obsèques, bien qu'il ne fût pas Bourguignon.
Deux ans plus tard, les Semurois perdirent leur maire. Miles Bourgeois. Ce magistrat fut universellement regretté. « Ses funérailles, dit le registre de 1569, ne furent d'or ni de richesses, mais de louanges à son honneur, pleurs et regrets. » Les superstitieux, et il n'en manquait pas en ce temps-là, avaient présagé cette mort en voyant s'écrouler quelques jours plus tôt un pan des murailles de la ville. La réparation de cette partie du rempart fut encore l'objet de nouveaux démêlés avec les Carmes. Ces religieux, qui avaient été imposés comme les autres habitants, en référèrent à Claude de Saulx, seigneur de Ventoux, qui commandait dans la province en l'absence du maréchal deTavannes, premier lieutenant-général, et du duc d'Aumale, gouverneur. Ils lui exposèrent, dans leur requête, que s'étant rachetés à perpétuité de toutes charges concernant l'entretien des murailles et les guets et gardes, moyennant la cession faite à la ville de sept ouvrées de vignes et de cent francs d'argent comptant, ils ne devaient pas être compris dans la taxe. Cette raison était juste et suffisante; Claude de Saulx les exonéra de l'impôt (1).
La tranquillité dont jouissait Semur depuis 1493 fut tout à coup troublée par les guerres civiles et religieuses qui vinrent désoler la Fiance près d'un siècle plus tard, sous le règne de Henri III. Deux partis s'étaient formés: l'un, composé tout entier de catholiques; l'autre, de catholiques modérés et de protestants. La Bourgogne comptait peu de protestants, mais elle servait de passage aux armées des princes de Navarre (Henri IV) et de Condé, ainsi qu'à celles de l'amiral de Coligny, chef de la religion réformée. Une bataille eut lieu le 26 Juin 1570, près d'Arnay-le-Duc, entre les deux partis. Le maréchal de Cossé, à la tête de l'armée royale, accourut défendre le passage; mais dans une forte escarmouche, qui eut lieu le lendemain et où donna f artillerie, l'avant-garde du roi fut repoussée elle maréchal de Bellegarde, qui la commandait, tué sur le coup. On dut lever le camp et les religionnaires poursuivirent leur route par Autun, Moulins-en-Gilbert, Dam-
1, De Tliyard. — Annales des Carmes.
pierre et Châteauneuf. Semur, bien que resté fidèle au roi, ne prit pas part à la lutte; mais comme un certain nombre de ses habitants suivaient la religion réformée, le maire, Sébastien Champrenaud, trouva prudent, au premier avis de la marche des troupes, de désarmer tous ceux qui professaient cette religion et de les exclure tant des assemblées de la bourgeoisie que des charges publiques.
Lorsqu'en 1573 le duc de Mayenne fut nommé gouverneur de la Bourgogne, il y forma, en faveur du duc de Guise, un parti puissant qui embrassait les principaux membres du clergé et de la noblesse. Semur échappa toutefois à son influence et resta fidèle au roi en évitant, avec sagesse, soit de se laisser entraîner par la Ligue, soit de s'unir à la cause des protestants. C'est ainsi qu'il refusa d'envoyer des députés à Dijon lorsque le duc de Mayenne y rassembla les États. Il n'en fut pas de même pour les États de Blois, où il se fit représenter par François de Bretagne qui, après avoir occupé la charge de Conseiller au Parlement de Dijon, la quitta pour occuper celle de lieutenant-général au bailliage d'Auxois, qu'il remplit avec honneur pendant trente-huit ans. Le duc de Guise était alors tout puissant ; il venait de faire excommunier Henri de Navarre comme chef des hérétiques et d'organiser le Conseil des Seize, composé de 160 délégués des quartiers de Paris. Ce Conseil l'ayant appelé pour défendre la cause des catholiques, il s'y rendit malgré Henri HI, qui déjà n'était plus roi que de nom et voyait en lui un dangereux ad- A^ersaire. C'est alors qu'après la Saint-Barthélemij contre les protestants eut lieu, en 1588, la fameuse Journée des Barricades contre la royauté. Henri HI dut s'enfuir à Chartres; peu de temps après il convoqua les États-Généraux à Blois et eut la lâcheté d'y faire assassiner le duc de Guise et son frère le cardinal. Au milieu de l'effervescence occasionnée par cet événement et à l'approche du duc de Nemours, Charles -Emmanuel de Savoye, qui conduisait une troupe de ligueurs à Lyon, le commandant de Semur, Humbert de Marcilly, seigneur de Cipierre, ne se sentant pas assez fort pour tenir contre les révoltés, sortit de la ville et s'enferma dans son château de Thoisy. Le duc de Nemours entra donc sans obstacle dans Semur, y mit garnison et confia la garde du château à Charles Blanot, maire de la ville, qui devint un ardent ligueur, et celle du Donjon au capitaine N. Laplume. Par ordre de la Chambre, les portes de Semur furent fermées le 12 août 1588,
sauf la porte Lourdeau, où durent se réunir, pour la garder, tous les autres portiers. Le 22 Novembre, les ouvertures des maisons donnant sur les murailles furent bouchées et les habitants obligés de s'armer d'arquebuses, d'arbalètes ou de piques et de monter la garde nuit et jour.
Le roi n'avait plus aucune ville en Bourgogne, bien qu'il y eût encore quelques partisans sincères, entre autres Guillaume de Saulx, comte de Tavannes, qui occupait le château de Courcelles-les-Semur avec une poignée d'hommes. Ce seigneur entreprit de soumettre la province au roi, dont les finances, témoin la lettre ci-contre, étaient alors très obérées :
« De par le Roy,
» Chers et bien a niez, après avoir considéré les dettes et affaires dont notre royaume est demeuré chargé par le moj^en des continuelles guerres et troubles qui ont eu cours en iceluy durant le règne du feu roi Charles notre très honoré sieur et frère, que Dieu absolve, lesquels ne étant encore appaisez ni pacifiez, et que nous avons aussi recherché tous les moyens que nous pouvions trouver de les supporter, nous n'en avons point trouvé de meilleur ny plus expédient que de recourir à nos bons et loyaux subiets, et même à nos très chers et bien amez les gens des trois Estais de nos pays et duché de Bourgogne, comtez de Masconnais, Auxerrois, Chastillon, Bardsur-Seine, Noyers et terres adiaçantes, et les faire requérir de nous ottroyer libéralement en ceste nécessité urgente quelque notable somme de deniers, ayons à ceste fm advisé de faire convoquer et assembler les dits gens des Estais en notre ville de Dijon au 15^ jour de Mai prochain. — A ceste cause nous vous prions que vous ayez à vous trouver au dit jour en l'Assemblée qui se fera des dits Estais en notre ville de Dijon, ainsi qu'avez accoutumé; tenant main de vostre part à ce que nous soyons secourus de la somme pour laquelle nous entendons faire requérir les gens des dits Estais. Ce faisant, vous nous ferez service très agréable.
» Donné à Paris, le jour de Mars 1575.
» Signé : HENRY IIL Signé : Bouland. »
Le comte de Tavannes s'empara d'abord de Flavigny, et cela d'autant plus facilement qu'il avait déjà des intelligences
dans cette ville par le moyen d'un gentilhomme appelé Claude Vallon, seigneur de Barain, qui y habitait (1). De là, il se dirigea sur Semur ; mais comme les Ligueurs occupaient Montbard et qu'il craignait « que les ennemis ne recogneussent le petit nombre d'hommes qui estait près de lui », il fit un détour, gagna le Morvan, revint ensuite sur ses pas, prit les équipages du vicomte de Tavannes, son frère, qui tenait pour la Ligue, battit le capitaine Moreau, près de Beaune, et rejoignit enfin Cipierre à Thoisy, où l'on passa la revue des troupes :
« Il se trouva cent hommes de cheval et sept cens harquebusiers des régimens des barons de Chantai et de Chigny, et l'advis demandé par le dit sieur de Tavannes au sieur de Cipierre et autres capitaines de ce qui estoit à faire; tous ayant dit que puisque le jour estoit venu, que l'on ne pourrait pétarder les portes du chasteau de Semur, comme on eust peu faire la nuict, que les ennemis en auroient advis et qu'il se fallait retirer; sur ce, le sieur de Tavannes leur dit qu'il ne fallait point rompre cette entreprise, qu'il y avait moyen de l'exécuter, ny ayans que les habitans dans la ville et chasteau de Semur; que le Donjon étant au milieu des deux, où il y avait peu de soldats, l'un ou l'autre pris, ils viendroient à composition ; que les habitans y pourroient venir, de crainte qu'on ne brûlast leurs grands faubourgs, où il estoit aisé de loger et que l'on devoit s'acheminer diligemment. A quoy chacun se disposa et furent veus par les habitants, le matin, en deux gros, deux troupes de cavallerie et deux de gens de pied du sieur de Tavannes qui, à mesme temps, les envoya sommer par un gentilhomme de se rendre sous son autorité de lieutenant du roy et de lui obéir en le recevant en leur ville, ce faisant qu'ils ne recevraient aucune incommodité ; y manquant, les troupes iroient incontinent les assaillir; que si leurs faubourgs estoient brûlés, ils en seroient cause, que s'ils vouloient envoyer quelques-uns de leur ville vers luy, il leur donneroit assurance de son dire et pourroient venir et retourner seurement. Ils y envoyèrent, mais sans nulle résolution, disant qu'on leur donnast deux jours pour avertir le frère du président Jannin, à Ragny, et leur bailly, le sieur de Ragny, qui n'estoient éloignés d'eux que de cinq ou six lieues.
Le sieur de Tavannes ayant pris cette réponse pour refus
1 . P. Palliot, — « Le Parlement de Bourgogne, son orfgine, etc. »
et désobéissance, et faisant faire halte à la cavalerie, envoya l'un des régimens de gens de pied, sous la charge du baron de Chantai, en l'un des fauxbourgs et en mesme temps il descendit de cheval, se mit avec le régiment du baron de Chigy, qu'il mena au travers des vignes dedans le grand faubourg, jusqu'à la porte du chasteau de Semur, duquel furent tirées quelques arquebusades; et là, comme on A dulait planter le pétard à la porte, un capitaine de gens de pied, nommé La Baume, avec quelque eschelle et à l'aide de ses compagnons, monta au-dessus de la porte; ce qu'appercevant Blanot, maire de Semur, qui commandait au chasteau, jugeant, comme il se voyait vivement assailly, soit par le pétard ou autrement, qu'il pourroit estre pris en peu d'heures, il demanda les biens et la vie sauve et qu'il ferait ouvrir la porte, ce qui luy fut accordé. Le sieur de Cipierre revenait de l'autre faubourg; trouvant que le sieur de Tavannes entroit déjà au chasteau, l'y accompagna et, à mesme temps, par le commandement du dict sieur de Tavannes, y laissa le sieur de Cipierre, gouverneur, avec establissement de garnison, et luy dit que les gens de pied ayant travaillé, séjourneroient un jour aux faubourgs; et qu'il fist faire aux habitans le serment deu au roy. Et s'en alla, ce jour mesme, le sieur de Tavannes, loger à une lieue de là, en son chasteau de Corcelles, et lit loger la cavallerie au village de Corcelles (1). »
La prise de Semur eut lieu le l*^'" Août 1589, le jour même de l'assassinat de Henri III par Jacques Clément, moine dominicain. La ville reconnut aussitôt Henri IV, roi de Navarre, avec lequel Henri III s'était réconcilié après l'assassinat des Guise, et que ce monarque, avant sa mort, avait reconnu pour son successeur. Semur devint le point de ralliement de tout ce que la Bourgogne conservait de serviteurs dévoués au roi. Une épitaphe gravée sur un marbre noir et attachée à l'un des piliers de l'église Notre-Dame, apprend un fait qui prouve, dit M. de Thyard, la fidélité des Semurois à leur monarque : (( Un ancien militaire, appelé Jean de Bourgdieu, et Marie Soirot, sa femme, tous deux de race noble et antique, dit l'inscription, et d'un âge avancé, persécutés par les Ligueurs, abandonnèrent leur patrie (Dijon) pour se réfugier à Semur, seule ville restée fidèle au roi, toutes les autres ne les ayant pas voulu recevoir. De quatre fils qu'ils avaient,
1. Panthéon litléraire. — Mémoires de Guillaume de Saulx. — Tavannes.
l'un perdit la vie en portant les armes pour le service du roi ; l'autre fut assassiné par les Ligueurs, comme il revenait en Bourgogne après le siège de Paris. Les deux survivants, dont le premier était prieur des chanoines réguliers de Saint-Sympliorien d'Autun, et le second, Conseiller d'État et employé aux affaires du roi, notamment à Rome, près du pape Sixte- Quint, érigèrent ce monument aux auteurs de leur naissance, morts à Semur, l'époux, le 1^'' Janvier 1598, la femme, le 2 Février 1599. »
En 1590, le comte de Tavannes assembla les États-Généraux à Semur, où se rendirent seuls les royalistes des Trois-Ordres. Il s'agissait d'obtenir les hommes et l'argent nécessaires pour chasser les Ligueurs des places qu'ils occupaient encore. Malgré les faibles ressources qui lui furent accordées et le petit nombre de forces dont il put disposer, de Tavannes soumit successivement les châteaux de Grignon, de Juilly, de Ledavrey et autres qui empêchaient le peuple des campagnes d'apporter vivres et denrées aux marchés de Semur et de Flavi-
« Le 15 Mars de cette même année, entre les deux et trois heures du matin, la ville, dit le registre des délibérations, fut en grande allarme et émotion par une escallade contre le Donjon, du côté du pont Pinard, entre les tours David et Geslennes. Un nommé Philibert Fardeau, dit Bonvouloir, Claude Perrin, fils de Claude, Joseph Clair, Joseph Clamor, dit la Tonne, et plusieurs autres, tous natifs de Semur (et faisant partie de la Ligue), avaient dressé des échelles contre les murailles du Donjon; mais que lors la femme d'un nommé Magnot, appelée Brigitte Damp, accoucha d'un fils, et que pour son soulagement il allait appeler l'aide de quelques voisins. Arrêté près le pont, il trouva moyen de s'échapper et cria l'alerte à la sentinelle du château. On fit sonner le toxsin par le moyen duquel les fraudeleurs furent supris au bas des échelles. L'un fut blessé et un autre s'échappa, sans toutefois qu'il en demeura reconnu pour le sieur Claude Perrin ; il fut poursuivi par les habitants pendant que la garnison visitait les rues et faubourgs, et tué d'une arquebusade par un jeune enfant. La dite garnison le trouva mort. Il fut dressé procès-verbal et procédé au jugement sommaire des coupables, qui furent mis
1. Mémoires de Tavannes. — C'est aussi en 1590 que le maire Claude Bretagne, Pierre Fournier, échevin, et Hugues Mallerot, procureur-syndic, reçurent l'ordre de réparer les fortifications et de pourvoir à la sûreté publique.
au poteau. Pour rendre grâce à Dieu, une procession fut faite dans les rues et faubourgs. Le père de l'enfant fut déchargé du Ban-vin et le nouveau-né fut baptisé sous le nom de Henri. On lui donna de la farine pour sa nourriture. Il fut, en outre, donné au père quatre boisseaux de froment et fourni une aune de drap blanc pour faire une robe à l'enfant et deux écus en argent pour aider à sa nourriture. Deux des complices du sieur Fardeau furent pris dans la ville et faits prisonniers. »
Tant en récompense des services qu'ils lui avaient rendus que pour implorer leur protection, la ville de Semur fit présent, le l^'' Janvier 1591, d'une queue de bon vin nouveau, de trois coqs-dinde et de six chapons à M. le comte de Tavannes; d'une queue de vin en trois demi-muids, l'un de blanc et les deux autres de clairet, de deux coqs-dinde, de huit chapons et d'un lapin à M. de Cypierre; enfin de six chapons à M. de la Plume, capitaine du Donjon, aux présidents Crépy et Vaulgrenant, ainsi qu'au baron, lieutenant de M. de Cypierre. Le total de la dépense s'éleva à 68 écus 50 sols.
Disons, à ce propos, que la ville avait coutume de souhaiter la bienvenue à tous les gens de marque qui y étaient de passage, en leur offrant soit le vin d'honneur ou des volailles, soit encore des anis de Flavigny, des pâtes de fruits et des confitures.
Mais revenons aux Ligueurs et à leurs audacieuses entreprises. Le 24 Janvier 1591, le capitaine Vicmont, à la tête d'une poignée d'hommes, fit tout à coup irruption dans Semur et repoussa la compagnie de M. de Cypierre. Dans cette escarmouche, le sieur Munier, lieutenant de la Chancellerie, fut blessé mortellement et le vice-bailly tué sur le coup. Le mois suivant, le duc de Nemours, Charles-Emmanuel de Savoye, s'empara du château d'Époisses et surprit, par trahison, M. Bretagne, qui fut conduit et emprisonné au dit château. Il n'en sortit que le 14 Mars, jour où il affirma à la Chambre réunie que le duc de Nemours avait des « intrigues et affections » dans la ville.
Pendant les troubles de la Ligue, le maréchal d'Aumont, commandant les armées du roy, et dont le quartier général était à Saulieu, réquisitionna à maintes reprises la ville de Semur, dont les ressources étaient déjà très précaires, et qui fut obligée de recourir à un emprunt. D'ailleurs, étant fidèle au roi, elle ne pouvait se refuser à subvenir aux dépenses de l'armée et mettait ainsi en sûreté tous les biens de la ville et
ceux des habitants. L'iiôpital ayant été ravagé par l'ennemi, il fallut loger les soldats blessés ou malades chez les habitants et faire des quêtes dans la ville pour payer les frais de médicaments et de nourriture.
La lettre suivante, adressée le 26 Novembre 1595 aux habitants de Semur, n'était pas faite pour relever l'état des finances de la ville qui, en 1598, se trouvait avoir avancé 9,700 écus au pays :
(( De par le Roy, cliers et bien aimés. Comme la continuation de la guerre de notre royaume nous constitue journellement en nombreuses dépenses, nous sommes aussi contraint, tous autres moyens nous manquant, tant à l'occasion de l'engagement de notre domaine que de la pauvreté et impuissance du pays, assez assiégé du passage et séjour des gens de guerre, de faire lever pour quelque temps nouveaux subsides sur les biens, vins et autres denrées entrant ou sortant des villes de notre royaume de Bourgogne, nous assurant que nos bons et loyaux subjets d'icelui les supporteront d'autant plus volontiers que les subsides sont beaucoup moindres, non-seulement que ceux qui ont été ci-devant imposés par le duc de Mayenne en notre pays de Bourgogne, moins aussi que ceux qui se lèvent en toutes les autres villes et provinces de notre royaume. Au moien de quoy nous vous prions de vous disposer à consentir et permettre l'établissement des dits subsides en votre ville, comme chose qui n'est point sans exemple et qui importe grandement au besoin de notre service, pour qu'il y soit de votre part apporté aucun refus, opposition ou difficulté, surprise de désobéissance. Et s'il se présente occasion de vous grattifier ou autre chose, nous vous ferons toujours bien volontiers parroistre des effets de la bonne volonté que nous vous portons.
» Donné au camp de (illisible), le 26^ jour de Novembre 1595.
» Signé : HENRY. »
Cette lettre était accompagnée d'une autre du maréchal de Byron, engageant les habitants à exécuter les ordres, les assurant que, de son côté, il fera ce qu'il pourra en faveur de la ville, mais que, s'il y était obligé, il se transporterait à Semur avec ses troupes pour en imposer l'exécution, ce qui ne serait pas avantageux pour la ville (1).
1 . L'original de cette lettre du roi, avec son cachet, se trouve dans les archives de la mairie de Semur, ainsi que la lettre du maréchal de Byron.
Le Parlement qui, depuis 1589, siégeait à Flavigny, était très à l'étroit dans cette petite commune et n'avait hésité à se transporter à Semur que dans la crainte de voir les ennemis reprendre cette Aille; mais, dès qu'il vit les mesures que son gouverneur, M. de Tavannes, avait prises (1) et la fidélité des habitants au roi, il résolut de s'y rendre et arriva le 16 Avril 1592, à 2 heures de l'après-midi. Les Semurois etbon nombre de gens de la campagne allèrent à sa rencontre. Le lendemain, une grand'messe du Saint-Esprit fut célébrée, avec diacres et sous-diacres, en l'église Notre-Dame, messe après laquelle le Parlement entra en chambre au prieuré de Notre-Dame, qu'il avait choisi, et où il continua à siéger jusqu'au 16 Juin 1595, après qu'Henri IV se fut ouvert, par la victoire de Fontaine-Française (5 Juin), les portes de la capitale de la Bourgogne.
Tout le temps qu'il siégea à Semur, où le suivit la Chambre des Comptes et le Bureau des Finances, le Parlement ne cessa de travailler avec le plus grand zèle à l'expédition des affaires, ainsi que l'attestent les registres des délibérations qui nous ont été conservés. La ville le secondait de tous ses moyens et ne reculait devant aucun sacrifice pour servir la cause qu'elle avait embrassée. Il résulte d'un compte de l'année 1594 et de l'état des dettes du pays présenté au président Jeannin, en 1600, que ses échevins avancèrent au roi, durant la guerre de la Ligue, la somme de neuf mille sept cent trente-un écus (environ cent cinquante mille francs) (2).
La séance du Parlement à Semur, époque glorieuse pour cette ville, a été célébrée par M. de Chaligny de Plaine, chanoine de Verdun, dans un poème latin de deux cent trente-six vers, inscrits sur un tableau à l'Hôtel de Ville, en 1779. Le poète, en félicitant Semur sur sa fidélité, dit qu'elle s'est acquis une gloire immortelle :
Sine murum, quamvis conscriptum limite parvo, Ecce coronatuni tollit ad astra caput.
Parmi les décisions importantes prises par le Parlement, alors qu'il siégeait à Semur, nous remarquerons celle du 26 Mars 1593, ayant pour but de demander au Parlement royaliste, séant à Tours, l'autorisation d'établir à Semur un rr Bureau à battre monnaie ». Ce bureau fut installé dès le mois