‹ Histoire générale de Semur-en-AuxoisChapitre 28 sur 93 · Benjamin Godard. — Semur-en-Auxois · texte numérisé non relu

Benjamin Godard. — Semur-en-Auxois

d'Avril 1593, avant même que l'autorisation émanant du pouvoir central fut donnée, et les officiers monétaires, qui avaient prêté serment le 28 Mars, frappaient à Semur des sols tournois.

Voici l'arrêt du Conseil du roi, en date du 19 Avril 1593, autorisant la ville à établir un hôtel des monnaies :

Vu par le roi, en son Conseil:

1° La requête des élus des Trois-Etats du pays de Bourgogne tendant à ce que, pour les causes y contenues, il plaira à Sa Majesté confirmer et autoriser la translation de la Monnaie, ci-devant établie en la ville de Dijon rebelle, faite en la dite ville de Semur par l'autorité de la Cour du Parlement y séant, qu'essai soit fait des douzains qui s'y sont fabriqués au pied et titre des Ordonnances, afin que la continuation en soit ordonnée jusqu'à telle somme et quantité qui sera prescrite.

2^ Les Arrêts donnés par la dite Cour les 28 Mars et 9 Avril derniers sur la translation de la dite monnaie faite à Semur et réception d'officiers et d'ouvriers en la dite Monnaie, sous le bon vouloir et plaisir de la dite Majesté.

Le roi, en son Conseil, a confirmé les dites translation et établissement de Monnaie faits à Semur, veut et ordonne qu'elle porte son effet, et pour pouvoir sur la fabrication des dits douzains et régler la somme jusqu'à la dite fabrication s'en fera, a renvoyé et renvoie la dite requête aux généraux des Monnaies (1) établis à Tours pour faire l'essai et ordonner sur le tout, comme il appartiendra.

Fait en Conseil du roi, tenu à Saint-Denis le 19 Avril 1593 (2).

En conséquence de cette décision, le Parlement séant à Semur approuva, par arrêté en date du 29 Août 1593, la translation à Semur de l'Hôtel des Monnaies établi à Dijon, ordonna l'essai des douzains pour en assurer et en continuer l'émission, et entérina l'arrêt du Conseil royal (3).

Il est probable, dit M. P. Bordeaux, que pendant leur séjour à Semur les Pouvoirs qui étaient tout dévoués au roi, ont fait frapper des douzains portant le nom de Henri IV et les

1. Le général des Monnaies charge, en 1592, d'avoir la haute main sur l'atelier de Semur, était Pierre Buatier.

2. Bibliothèque de la Monnaie de Paris. M. S. in-4o, tome 39.

3. Archives du département de la Côte-d'Or. — Registres du Parlement de Semur (1589-1595).

dates de 1593 ou de 1594, mais aucun des documents retrouvés jusqu'ici ne précise le différent qui permettrait de reconnaître les sols tournois émanant de cet atelier (1).

Les monnaies fabriquées à Semur portent au-dessous de l'écu deux P entrelacés et ont un point secret placé sous la treizième lettre des légendes du droit et des revers. Ils portent le nom de Henri IV et la date de 1593.

Nous donnons ci-contre, et d'après M. P. Bordeaux, la reproduction d'un douzain frappé à Semur. — Droit: Ecu de France couronné, accosté de chaque côté d'un H. Au dessous, le différent monétaire P P (entrelacés), placé dans la légende,

HENRI un DG FRANC ET NAVA : REX.

(R° Croix fourchue cantonnée de quatre couronnelles. lég :

SIT NOMEN DNI BENEDICTUM 1593. — Poids, 2&'",35.

Indépendamment des sols tournois, il fut aussi frappé à l'Hôtel des Monnaies de Semur des jetons que les partisans d'Henri IV distribuèrent au nom du roi à l'occasion de la réunion des États royalistes de Bourgogne siégeant en cette ville.

« Le 5 Septembre 1512, dit M. P. Bordeaux, les principaux membres des États, réunis à Semur dans la maison et sous la présidence de M. de Crespy, et qui étaient MM. de Cypierre, Fyot, Fitzjean, Brocard et Humbert, décidèrent qu'il serait frappé SOOjetons d'argent et 1,200 de cuivre. » Le registre des États de Bourgogne, tenus à Flavigny et à Semur, du 2 Mai 1590 au 10 Avril 1595, porte en effet la mention suivante :

(( Seront faicts huict cents jetons d'argent, douze cents de cuivre, d'un côté desquels seront empreints les armes et devises du pays, et de l'autre côté la devise ci-après : légende : Pro . Patria . JURATA . MANUS . PRO . REGE . DEOQ. (2) » Le type du milieu représente : dans le haut. Dieu au moyen du triangle hébreu entouré de rayons. A droite, le roi par la figure en pied de Henri IV couronné, couvert du manteau fleurdelysé et portant le sceptre. A gauche, la patrie, par une femme debout, coiffée d'une couronne murale et portant une palme de la main droite. Au centre, une allégorie, traduisant par le dessin la légende, figure un autel sur lequel les trois Ordres des États de Semur : la Noblesse, le Clergé et

1. « Les ateliers monétaires pendant la ligue de Dijon, de Semur-en-Auxois et de Saint-Jean-de-Losne », par M. P. Bordeaux, numismate.

2. Alliance conclue (par les Trois-Ordres) dans l'intérêt de la patrie, du roi et de Dieu.

Médaille, Jeion, Doiizaiii

Frappés à L 'Jfot^l de^ Monncvie.? Serrai f7S93-./o9o)

le Peuple, symbolisés par trois mains s'enlaçant et placées au-dessus de l'autel, jurent de tout faire pour Dieu, le Roi et la Patrie.

D'après M. P. Bordeaux, cette médaille n'aurait jamais été frappée, d'abord parce qu'on n'en a pas trouvé d'exemplaire, et qu'ensuite ses dimensions diffèrent totalement du module ordinaire des jetons. Enfin, et comme le fait remarquer le savant numismate, on n'y voit pas figuré le futur qui indique que la confection d'autres jetons à ce type devra avoir lieu ultérieurement.

Ce qui confirme l'hypothèse de M. P. Bordeaux, c'est que M. de Fontenoy, dans son Manuel de l'amateur de Jetons, dit, en parlant de ce dernier: « nul ne peut savoir si la décision du Parlement de Semur reçut son exécution. » Du reste, si ce jeton avait été frappé, il est certain que les États royalistes de Semur n'auraient pas acheté, à la fin de la période de la Ligue, les jetons d'argent dont les archives du département de la Côte-d'Or, ainsi que le registre des décrets des États et des délibérations des Élus royalistes, mentionnent l'acquisition.

Dans ses recherches sur ce qui s'est passé à Semur-en-Auxois pendant la Ligue, M. P. Bordeaux a découvert le sceau dont cette cité s'est probablement servie pendant cette époque, c'est-à-dire vers la fin du xvi^ siècle (1). Ce sceau qui figure dans la collection du musée de la ville, pèse 25 grammes et porte la légende suivante : + TURRIS + SEMURIO (la tour de Semur). Elle fait allusion aux armes même de la ville qui sont de gueules, à la tour crénelée d'argent, maçonnée de sable, chargée d'un écu bandé d'or et d'azur de six pièces à bordure de gueules. Le centre du sceau est occupé par ces armoiries, c'est-à-dire par une tour chargée du dit écu qui est Bourgogne ancienne,

« La gravure de ce monument sigillographique, dit M. P. Bordeaux, rappelle, par son type, la représentation figurant sur le jeton connu de M. BORGEOIS MAYEUR A SEMURUS ALEXIENSIUM, daté de 1555, et cité par M. Armanton dans les (( Mémoires de la C»" des Antiquités de la Côte-d'Or ». C'est la même forme de tour et le même aspect général modernisé de quelques années. Ce sceau ne semble pas pouvoir être postérieur au règne de Henri IV, tant à cause de son style que

1. Il existe au musée archéologique de Semur une reproduction en cire d'un sceau du Moyen-Age relatif à cette ville, et que M. de Yervrotte a eu dans sa collection.

parce que ce prince ordonna, en 1603, la destruction du château-fort de Semur. A partir de ce moment, cette ville vit son importance diminuer de plus en plus, sauf une éclaircie momentanée pendant la guerre de la Fronde. Un auteur du temps ajoute : « qu'il est impossible de dire l'empressement que mirent les États de Bourgogne à démolir ce château. » Les habitants de Dijon ont eu probablement hâte de faire disparaître les constructions qui pouvaient donner une certaine importance à la cité qui avait été érigée pendant quelques années comme rivale de la leur. »

Ajoutons, pour ne rien omettre de ce qu'on connaît sur la numismatique de Semur, que M. F. Creusot possède, dans sa belle collection de monnaies, jetons et médailles, un jeton de Charles Blanot, Maire de Semur (1577-1589); qu'en 1710, M. Le Mulier, élu du Tiers-État de Bourgogne, fit, à cette occasion, frapper un jeton qui se trouve au musée de Semur (il porte, au droit : COMITA BURGUNDIA avec les armes de Bourgogne, et au revers l'écusson des Le Mulier), et qu'enfin le dernier jeton gravé se rapportant à cette ville est celui de M. Gueneau d'Aumont, élu de Semur (1787-1790). On était alors près du grand naufrage qui devait engloutir États, Élus, et toutes les anciennes coutumes qui s'y rapportaient.

Vers la fin du xvF siècle vivait à Semur un ligueur fougueux, Gilbert Genebrard, prieur de Notre-Dame. Cet homme, né à Riom, vers 1536, était entré jeune encore dans l'ordre des Bénédictins qui, reconnaissant en lui une intelligence d'élite, l'envoyèrent à Paris pour y achever ses études. Nommé quelque temps après professeur de théologie au Collège royal, il occupa cet emploi jusqu'en 1578, et le quitta avec la promesse de remplacer, à l'archevêché de Lavaur, Monseigneur Pierre Danès, démissionnaire. Mais Henri III lui ayant préféré Pierre Du Faur (1), frère de Guy, seigneur de Pibrac et auteur des (( Quatrains de la Morale de l'enfance », Genebrard en conçut un grand dépit et se jeta, par vengeance, dans le parti de la Ligue qu'il servit avec ardeur, autant par ses écrits que par ses prédications séditieuses. En récompense de ses services, le duc de Mayenne le fit nommer archevêque d'Aix, par le pape Grégoire XIV, en fannée 1593. Une fois en possession de son archevêché, le fougueux prélat devint encore plus violent et composa un ouvrage intitulé: «De sacranim electioniim jure

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