‹ Histoire générale de Semur-en-AuxoisChapitre 43 sur 93 · Y. Duruy. — (Histoire de France · texte numérisé non relu

Y. Duruy. — (Histoire de France

1567. — Défense aux villageois venant au marché avec cochons, volaille, gibier, œufs, beurre et fromages, de traiter de gré à gré avec l'acheteur, et aux revendeurs de vendre leurs victuailles avant l'ouverture du marché,

6* Avril 1709. — Vu la cherté du bled qui se vendait jusqu'à 57 sols la mesure de 25 livres, il fut ordonné aux boulangers de faire tous les trois jours du pain bis, à chacun d'eux alternativement et tous les jours une fournée de ce pain, de façon à vendre le pain blanc 3 sols la livre, et le pain bis de bonne qualité 2 sols.

6 Février Ï7H. — Il est enjoint aux servantes de tous les habitants ayant des maisons dans la ville, au Château et au faubourg de la rue Dessus, de balayer tous les matins devant les dites maisons et amonceler les boues dans le ruisseau pour en faciliter l'enlèvement au voiturier, à peine contre chacune d'elles de 10 sols d'amende qui seront payés par les maîtres et retenus sur leurs gages.

La ville de Semur eut aussi son bourreau et ses fourches patibulaires, sorte de gibet à plusieurs piliers que les seigneurs hauts-justiciers avaient le droit d'élever dans la campagne. Les registres de la mairie nous apprennent qu'en 1569 les gages de l'exécuteur des hautes-œuvres s'élevaient à 12 livres par an, et qu'il avait le droit dehavage, c'est-à-dire de prendre son droit à chaque foire. En revanche, il lui était interdit de rien prendre sur le marché, à moins que celui-ci n'ait été précédé d'une exécution par lui faite.

Le premier bourreau dont il ait été fait mention est Gille Labrie (1650). Viennent ensuite : Jacques Champion, de Paris (1659) ; Jean Blan son (1663); Pierre Revilly (1664); Edme Payen, de Troyes (1665); Nicolas Lasnier, d'Abbeville (1672); Antoine Bataille, de Châtillon-sur-Seine (1681), et Charles Blineau, de Vendôme (1700). Ce dernier était logé aux frais de la ville et recevait tous les trois mois 15 livres de gages. Il percevait en outre :

l*' Sur chaque sac de blé ou de seigle exposé sur les marchés ordinaires des mercredi, vendredi et samedi de chaque semaine, trois deniers.

2° Sur chaque sac de pois, navettes, chevenet, lentilles, trois deniers.

3° Sur chaque sac d'orge, avoine ou autres graines, deux deniers.

4° Sur chaque sac de froment, de seigle, pois, nayettes, lentilles, deux deniers.

5° Sur chaque besacée de tous autres grains, un denier.

6° Sur chaque personne venant au marché pour vendre beurre, fromages, A^olailles et autres denrées, deux deniers.

7° Sur chaque personne venant vendre laine et chanvre, audessous de 10 livres, trois deniers, et au-dessus, six deniers.

8" Sur chaque personne vendant fil, œuvre filasse, au-dessous de 10 livres, quatre deniers, et au-dessus, six deniers.

9° Sur chaque vendeur de fruits, pour chaque charge de bête, quatre deniers, et sur chaque charge d'homme ou de femme, deux deniers.

10° Les marchands de raves, choux et autres racines paieront, pour chaque sac, trois deniers, et pour chaque voiture ou chevrette, un sol.

11° Lorsqu'il y avait exécution à faire le jour, veille ou lendemain du marché, les dits droits doublaient.

12° Il était expressément défendu à l'exécuteur de la haute justice d'user d'aucune voie de fait contre les contrevenants au présent règlement, pour l'exécution duquel il était tenu de se pourvoir à la Chambre.

Ce règlement fut publié au marché, à la diligence du syndic et afin que personne n'en ignore.

A Semur, les fourches patibulaires se composaient de six piliers plantés deux à deux et reliés par des poteaux transversaux, comme l'indique le plan dressé par Sébastien Munster en 1550.

Cette marque de justice seigneuriale se composait d'un nombre déterminé de piliers, suivant le titre du seigneur. Ainsi, le bas-justicier n'en possédait qu'un, le haut-justicier deux, les châtelains trois, les barons, vicomtes et comtes, quatre, les marquis et les ducs six.

Placées en 1671 au Bourg-Voisin, à l'endroit appelé Bois du Pendu et Bois de Justice, les fourches patibulaires furent transportées, en 1699, sur la place publique au faubourg des Vaux, et plus tard près du ruisseau du Brénil, non loin de Fiée, aux lieux dits Bois de la Potence et Pré du Gibet (1).

Les bois de justice furent vendus à l'encan lorsque parut le décret du 13 Avril 1791, lequel supprima tous les instruments de supplice et les remplaça, le 25 Avril 1792, par la guillotine,

1, Ledcuil. — Notice sur les fourches patibulaires à Semur,

alors appelée le rasoir national. A partir de cette époque, il n'y eut plus d'exécution à Semur et les condamnés furent mis à mort sur la place publique de Dijon, chef-lieu de la Cour d'assises.

Au nombre des condamnés qui furent exécutés à Semur, citons : Pierre Lemoyne, vigneron de Semur, qui s'était rendu coupable d'homicide envers la personne de Nicolas Foignot (1653); Edme Poulain, armurier de Semur, qui avait assassiné Urbain Renard, dit Saint-Martin, sergent des tailles (1661) ; François Cernaison, condamné pour infanticide (1669). En 1731, Étienne Bolley, natif de Col longe, convaincu de vol, fut fouetté par le bourreau sur la place publique; enfin, l'année suivante, le nommé Pinot et sa complice, la femme Gatineau, qui s'était rendue coupable d'inceste, furent fouettés en public et sévèrement réprimandés.

Élevée sur la partie culminante de la ville, l'église Notre- Dame a été construite sur l'emplacement qu'occupait jadis celle que Gérard de Roussillon, duc de Provence et comte de Vienne, avait fondée lorsque la chapelle de Saint-Maurice fut devenue insuffisante pour la population. C'est à ce même Gérard que l'on doit l'église Notre-Dame d'Avallon, le couvent de Saint-Père, près Vézelay, et plusieurs autres édifices religieux de la Bourgogne. Quoi qu'il en soit, l'église paroissiale de Semur, qui a beaucoup de ressemblance avec Saint- Bénigne de Dijon, est assurément le plus bel édifice religieux de la province. Aussi n'a-t-elle pas manqué d'historiens et a-t-elle été l'objet de savantes et intéressantes publications de la part de Viollet-le-Duc, Maillard de Chambure, J. Ledeuil et E. Nesle (1).

Commencée en 1060, l'église Notre-Dame fut achevée en 1065, d'autres disent en 1075, ce qui est plus probable, vu qu'il semble impossible qu'un édifice de cette importance ait pu être construit en l'espace de cinq ans. Toutefois, M. Maillard de Chambure dit qu'il ne faut pas s'en étonner, car, à part la nef principale et le portail, qui ont été bâtis avec soin, le reste a été si négligé que trois siècles plus tard, les autres parties de l'église menaçant ruine, il fallut procéder à leur reconstruction. Du reste, telle qu'on la voit aujourd'hui, Notre-Dame de Semur ne donne qu'une idée imparfaite de ce qu'elle devait

1 . Maillard de Chambure. — Histoire et description de l'église Notre-Dame de Semur.

J. Ledeuil. — L'église Notre-Dame de Semur, ses cloches, son carillon.

ï:. Nesle. — Statistique monumentale, historique et pittoresque de la Côte-d'Or,

r'lintoiv|]io IJ.:rlliniiil, Pans

L'Église Notre-Dame. — Portail

être d'après son plan primitif. D'antre part, l'incendie de 1593, qni réduisit en cendres la moitié de la ville, y occasionna de grands dommages. De la rue Chaude où il avait éclaté, le feu se propagea avec une rapidité vertigineuse ; des tisons enflammés furent portés par le vent jusque sur l'église, située audessus de cette rue, la charpente du clocher s'embrasa bientôt et les deux tours furent détruites, malgré la promptitude des secours. Les cloches tombèrent et l'incendie, poursuivant sa marche, ravagea les Bordes et le Bourg-Voisin, dont les maisons étaient couvertes de chaume. Une inscription en lettres d'or, autrefois placée dans cette église, mais qui se trouve depuis 1789 dans le vestibule de l'Hôtel de Ville, nous a transmis la mémoire de cet événement et nous apprend que : « par les soins des magistrats, les clochers et les cloches qui étaient un ornement pour la ville, furent rétablis l'année suivante (1) ».

Le portail fut aussi très endommagé, et ce n'est qu'en 1698 qu'il fut restauré et qu'on maria maladroitement le style Renaissance au style ogival.

L'église Notre-Dame se vit encore atteinte par le feu le 4 Juillet 1672. « Ce jour-là, pour fêter l'heureux succès des armées de Louis XIV, un feu d'artifice fut tiré par ordre des magistrats, tant sur la place située devant l'église que sur la plate-forme des tours. Quelques fusées entrèrent dans la tour de l'horloge et mirent le feu à l'un des piliers du dôme : le plomb commençait à fondre, l'eau était rare ; anxieux et craignant le sinistre de 1593, le maire n'hésita pas à recourir à un moyen héroïque ; il ouvre ses caves et l'incendie est éteint à l'aide de quatre tonneaux de vin (2) ».

En Octobre 1704, on démolit l'autel qui était placé à droite en entrant sous le portail, afin d'éviter les profanations des enfants et des pauvres étrangers. C'est pour une raison analogue que le 5 Février 1735 la Chambre autorisa les fabriciens à faire poser une grille en fer pour fermer le portail de l'église. Cette grille fut enlevée lors des réparations faites par M. Violletle-Duc, architecte du gouvernement, en 1852.

En 1725, le 13 Décembre, un ouragan terrible se déchaîna sur la ville et renversa la croix du clocher de l'église Notre- Dame. La cloche Barbe fut endommagée, le clocher des

1 . Anno 1593, incendium ducentas septuagenta circiter insulas sive domos absumpsit et duo hujus ecclesi<3e campanilia datis pessum tintinnabulis deformavit. Quse cum usui et ornamento essent sequenti anno cura magistratuum restaurata fuere. — Apud nos supremo senatu sedente.

Page 1