‹ Histoire générale de Semur-en-AuxoisChapitre 44 sur 93 · A, Massicot. — Le Temps jadis à Semur · texte numérisé non relu

A, Massicot. — Le Temps jadis à Semur

Carmes abattu, la toiture écrasée et les tours sérieusement dégiadées. Le dommage causé à l'église fut évalué à plus de 1,000 livres ; mais comme la Fabrique n'avait pas assez d'argent pour entreprendre les réparations nécessaires, la Chambre décida que l'on mettrait une calotte en plomb en attendant des jours plus fortunés.

D'après Viollet-le-Duc, qui est une autorité en la matière, il ne resterait plus grand'chose de l'église primitive ; les parties les plus anciennes ne remonteraient pas au-delà du commencement du xiii^ siècle; la nef, les transepts et le chœur seraient du xiii^, ainsi que la flèche ; le porche daterait du xv^ siècle et les deux tours de la façade des xvii^ et xviii^ siècles.

L'édifice, tout entier construit en pierre calcaire tirée des carrières de Pouillenay, s'élève de neuf marches au-dessus du niveau du parvis, et le porche à triple arcade qui précède la nef est surmonté de deux tours carrées à plate-forme réunies par une galerie. Ces portiques sont ornés d'une multitude de statues de saints, de prophètes, d'apôtres, etc., et de basreliefs représentant divers sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament. Au-dessus de la tour de gauche, on voit une horloge dont la cloche, fondue en 1515, porte le nom de Nicolas, et un méridien sonnant inventé par Régnier, de Semur, mort conservateur du musée d'artillerie. La tour de droite renferme la cloche Barbe, qui fut, paraît-il, offerte en 1539 à l'église Notre-Dame par Claude de Semur-en-Brionnais, chevalier et seigneur de Trémontet de Sancenay(l), et eut, pour marraine, Barbe, de Semur, seconde fille de Claude, alors âgée de dixneuf ans. Cette cloche a été fondue neuf fois de 1549 à 1857(2), et a pesé successivement, après les différentes refontes qu'elle a subies :

En 1549 2.847 livres.

t;' -tpri ^ACl ^ Parrain.. Le Mayeur.

r:.n lOO-i O.^tO/ j Marraine. Barbe David.

En 1711 8.789 —

En 1780 10.000 —

En 1857 9.938 livres de 500 grammes.

Le l^'' Juin 1711, la ville fit marché avec deux fondeurs pour

1. Ce Claude aurait épousé Françoise de Belletruche, dont il eut deux filles : Claudine et Barbe de Semur. La première épousa en premières noces Jean de Gorrevod, chevalier, comte de Pont-de-Vaux, puis, en deuxième noces, Jean-Jacques de Suzannes, seigneur de Fourg, près Besançon. La seconde, qui naquit en 1520, mourut en 1542 à Fourg et fut inhumée dans la chapelle du château.

2. Le 6 Septembre 1548, la foudre tomba sur la tour de l'horloge, brisa cette horloge et fêla la cloche Barbe cjui, à U refonte, fut diminuée de trois doigts sur sa

L'Église Notre-Dame. — Abside

la refonte de la cloche Barbe, qui avait été cassée. Ils s'engagèrent à faire ce travail pour 10,000 livres et à livrer la cloche le jour de la Saint-Remy (1^'' Octobre). La ville n'ayant pas d'argent pour payer, une quête fut faite à Semur et aux environs par les fabriciens, les notables et les prêtres. Claude Damotte, meunier, et Augustin Guérard, de Buffon, se chargèrent de descendre et de remonter la dite cloche moyennant 260 livres. Elle ne fut remise en place que le 29 Novembre suivant. La matière de l'ancienne cloche pesait 8,467 livres et celle de la nouvelle, 8,789; le surplus fut payé aux fondeurs à raison de 20 sols la livre, soit 322 livres. Lors de l'avant-dernière fonte, les habitants de la ville jetèrent dans le fourneau pour 10,000 francs de vaisselle d'argent, ce qui n'a pas peu contribué à lui donner le son harmonieux qui la distingue. Avant 1789, on la sonnait pour détourner les orages et chaque chef de maison donnait cinq sous pour les frais de cette sonnerie. On sonnait encore cette cloche pour donner aux habitants l'heure à laquelle ils devaient se rendre au travail, pour la Course de la Bague, pour annoncer l'audience du maire, que les vignerons appelaient la Messe du Diable, et enfin pour l'ouverture du marché.

Ce dernier usage, qui subsistait depuis fort longtemps, a été aboli en 1729. Enfin, la Flèche ou clocher des morts, qui a été l'objet de remaniements importants en 1608, 1642 et 1725, possédait encore, en 1729, un très beau carillon, appelé Trezeaii, composé de douze cloches, dont six grosses et six petites. La première des plus grosses était la cloche de Jésus, qui servait pour sonner le tocsin en cas d'incendie ; la cloche Antoine ou du curé, fondue en 1507, et qu'on sonnait pour avertir qu'on allait porter le viatique aux malades; la cloche Jeanne ou de Vagonie, qui tintait le glas ; la cloche des moines et de la mairie, qui servait à convoquer le Chapitre des religieux et du mépart, comme aussi l'audience de la mairie tous les mercredis; la cloche ciselée ou du mépart, ciselée en dedans et qu'on sonnait avec celle des moines pour convoquer le mépart; enfin, la cloche des messes, qui annonçait la messe de 5 heures et toutes les autres messes basses. Les six autres cloches, dites du Carillon, ne servaient, avec la cloche Barbe, que les jours de fêtes carillonnées (1).

hauteur. Les réparations du clocher exigèrent l'emploi de 12,000 livres de plomb, 4,000 ardoises et 27 livres et demie d'étain. (Registres de la ville.) |. Manuscrit du prieur Nicolas Maurçl,

Le clocher renferme actuellement : Louise, qui a l'^jSS de diamètre ; Marie, l'",20; et le Grelin, qui ne mesure que 0™,68. Ces cloches ont remplacé celles du Trezeau, qui furent fondues en 1616 et converties en monnaies pendant la Révolution.

Les sonneurs étaient payés cinq sols par ménage et par an; ils recevaient aussi quelques indemnités de la fabrique et à l'occasion des enterrements. L'été, ils couchaient dans le clocher pour être prêts à sonner l'Angelus dès l'aube, à réveiller les vignerons et à carillonner chaque fois qu'il y avait de l'orage. Ils étaient au nombre de quatre, tous vignerons, et se faisaient aider par leurs femmes et leurs enfants, qui couchaient aussi dans le clocher. On convoquait les sonneurs à l'aide du Grelin qu'on sonnait précipitamment (1).

Le maire et les échevins, par arrêt du Parlement de Dijon du 13 Avril 1729, étaient en droit de faire sonner les cloches, comme cela se faisait déjà, pour appeler la police, mais non pas pour la Course de la Bague, ni pour annoncer l'arrivée des grands personnages. Les fabriciens ne pouvaient les faire sonner pour les services faits dans d'autres églises.

L'église mesure 73 mètres de longueur, 24 mètres seulement de largeur et 21 mètres de hauteur sous la clef; elle est comparativement un peu étroite, mais sa nef élancée, la hauteur de ses arcades, l'élégance de ses colonnes, la légèreté de la galerie qui entoure la nef, en font un édifice très remarquable. Des cinquante-sept clefs de la voûte, toutes très artistiques, la plus belle estxelle de l'abside, qui représente le couronnement de la Vierge et date du xni'^ siècle. Son extérieur, vu de l'abside, avec ses charmantes chapelles au toit conique, saisit par la noblesse de son architecture à la fois simple et grandiose.

A l'extrémité de la branche nord du transept, se trouve la Porte aux Bleds, qui donnait autrefois sur des champs cultivés, et sous laquelle reposent, dit-on, les restes du duc Robert-le- Vieux. Cette porte est surmontée d'un bas-relief du xiii^ siècle, composé de trois parties, et passe pour être la représentation de l'assassinat de Dalmace, seigneur deSemuren-Brionnais, du repentir et du vœu de Robert, son assassin,

1. On fit, paraît-il, un tel abus des cloches au commencement du xviiF siècle, que par délibération en date du 19 Décembre 1713, la Chambre de Semur décida que quiconque voudrait faire sonner la cloche Barbe ou faire carillonner paierait quatre livres, et que désormais ces cloches ne pourraient plus être sonnées pour dissiper les nuages.

de raccomplissement de ce vœu et enfin du pardon accordé au coupable.

Voici, en substance, l'explication que donne M. Maillard de Chambure de ces bas-reliefs qu'il lit dans le même ordre que l'écriture hébraïque, c'est-à-dire en commençant par le bas à droite et en continuant par la gauche en remontant.

La première de ces trois parties est composée de quatre groupes.

Dans le premier, cinq personnages sont assis à une table. L'un d'eux, placé sur une estrade et assis sur un pliant de forme antique, est le duc Robert; il a la tête ceinte de la couronne ducale. Près de lui sont deux femmes également couronnées, la duchesse Hélie et sa mère, sans doute. Cette dernière, dont le maintien exprime à la fois l'effroi et la douleur, montre du doigt la victime qui tombe à la renverse dans d'horribles convulsions. Au fond, à droite, un moine s'entretient avec l'aumônier sur le breuvage fatal. Sur le devant, à côté de la victime, un chien emporte une main, symbole de la bonne foi qui fuit le crime.

Le second groupe représente Robert, que les premiers remords commencent à agiter. Il a auprès de lui le moine et son aumônier; probablement il ordonne à celui-ci les aumônes qu'on lui voit faire au troisième groupe.

Le duc (la tête de cette figure manque), au quatrième groupe, vient en pénitent implorer le pardon de son épouse, qui pleure dans son château la mort de son père. L'aumônier, reconnaissable au livre qu'il porte dans tous les groupes, bénit Robert, qui reçoit à genoux cette bénédiction, ainsi que le pardon de la duchesse.

La seconde partie n'est composée que de trois groupes.

Robert, que les aumônes qu'il a fait faire, pas plus que le pardon de sa femme et la bénédiction de. son aumônier ne peuvent soulager, envoie à Rome, afin d'obtenir du Saint-Père la remise de son crime. Le moine et son aumônier sont en route pour cette mission. L'un porte devant lui l'épée du duc dans son fourreau, l'autre semble donner des ordres au matelot qui est en avant de la barque et qui paraît être très attentif. A l'arrière est un personnage dont les bras sont cassés; probablement c'est encore un matelot ou quelqu'un chargé des présents qui devaient nécessairement accompagner l'épée. Courtépée et M. de Thyardont vu dans ce groupe la barque de Caron emportant l'âme de Robert.

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Au deuxième groupe, les envoyés sont de retour; ils rendent compte à Robert de leur mission et lui rapportent son épée ; le duc est sans couronne, mais sa barbe et ses longs cheveux le font reconnaître; il semble questionner ou prendre conseil du moine; l'aumônier fait un geste approbatif.

Au dernier groupe, Robert, toujours sans couronne et de plus en plus tourmenté par les remords, découvre et fait voir dans son entier la plaie de son cœur à son aumônier; lequel, guidé par la main de son maître, ne craint pas de la toucher du doigt. iC'est alors que l'aumônier lui conseille, en expiation de son crime, l'édification de Notre-Dame, représentée près d'eux dans sa construction primitive.

La troisième partie représente Dieu bénissant; il tient dans sa main gauche un globe. Deux anges ailés, placés de chaque côté, lui offrent de l'encens.

D'après M. E. Nesle, ce bas-relief, qui devrait être lu de gauche à droite et non de droite à gauche, serait une allusion à la conversion des peuples au christianisme et se rapporterait parfaitement à la Légende dorée, dont voici la traduction :

(( Comme l'apôtre Thomas était à Césarée, Notre-Seigneur lui apparut et lui dit : Gondofore, roi des Indes, a envoyé ici Abanès, son intendant, pour lui trouver un homme habile dans l'architecture. Hé bien ! j'ai résolu de t'envoyer vers lui. Thomas répondit : Seigneur, envoyez-moi partout où vous voudrez, hormis chez les Indiens. Va sans crainte, lui dit le Seigneur, je serai ton gardien. Quand tu auras converti les Indiens, tu viendras à moi avec la couronne du martyre. Vous êtes mon Seigneur, répondit Thomas, je suis votre serviteur, que votre volonté soit faite. Et Jésus montre à Thomas la plaie qu'il a au côté. (Tel est l'objet du premier groupe.)

» Pendant ce temps-là, l'intendant se promenait sur la place publique. Le Seigneur lui dit : Jeune homme, que voulez-vous acheter? Mon maître, répondit l'intendant, ayant dessein de faire construire un palais dans le goût des Romains, m'a envoyé pour engager à son service des ouvriers habiles dans l'art de bâtir. Alors Notre-Seigneur lui donna Thomas, l'assurant de son habileté. (2^ groupe.)

» Thomas et l'intendant s'étant embarqués arrivèrent dans une ville où le roi célébrait les noces de sa fille. (3« groupe.)

» Le prince avait fait publier qu'il conviait tout le monde à la fête et que ceux-là le mécontenteraient fort qui n'y assiste-

raient pas, ce qui fit que l'apôtre et l'intendants y trouvèrent. Il y avait là une jeune fille juive qui, tenant une flûte à la main, chantait les louanges de chacun. Elle comprit que l'apôtre était Hébreu ; ayant remarqué qu'au lieu de manger, il tenait les yeux tournés vers le ciel, la jeune fille alors chanta en hébreu, disant : Les Hébreux ont un seul Dieu qui a créé toutes choses, qui a posé les fondements des murs. Unéchanson voyant que Thomas ne buvait ni ne mangeait et avait toujours les yeux fixés au ciel, lui donna un soufflet. L'apôtre de Dieu se contenta de lui dire : Il est avantageux pour toi d'obtenir l'indulgence dans l'avenir au prix d'un châtiment passager que tu vas subir à l'instant, car je ne me lèverai pas de mon siège que la main qui m'a frappé n'ait été apportée ici par des chiens. L'échanson sortit peu après pour puiser de l'eau. Un lion énorme le tua et but son sang, et pendant que des chiens se disputaient les lambeaux de son corps, un chien noir apporta sa main droite au milieu du festin. Tout le monde fut frappé de stupeur; la jeune fille jeta sa flûte en rappelant les paroles de l'apôtre, et en même temps elle se précipita à genoux. Quand l'apôtre fut sorti, un rameau chargé de dattes se trouva dans la main du jeune marié. Les époux en ayant mangé s'endormirent tous deux et eurent un songe semblable ; il leur semblait qu'un roi couvert de pierreries les embrassait en leur disant : Mon apôtre vous a bénis afin que vous soyez participants à la ville éternelle. Après qu'ils se furent éveillés et raconté leur songe, l'apôtre se présenta devant eux et leur dit : Tout à l'heure mon roi vous est apparu et m'a introduit ici les portes fermées, afin que ma bénédiction sur vous porte ses fruits ; gardez l'intégrité de la chair (pratiquez la continence), qui est la reine de toutes les vertus, le fruit du salut éternel.

» La virginité est la sœur des anges, la possession de tous les biens, le triomphe remporté sur les passions, le trophée de la foi, la défaite des démons, la suave jouissance des joies éternelles. De la volupté, au contraire, naît la corruption ; de la corruption, la souillure ; de la souillure, l'état de péché ; de l'état de péché, la confusion. L'apôtre achevant son exhortation, deux anges leur apparurent et leur dirent : Nous sommes des anges envoyés pour vous protéger, et si vous observez fidèlement les prescriptions de l'apôtre, nous offrirons à Dieu tous vos vœux. Après quoi, l'apôtre les baptisa et les instruisit avec soin sur la foi. Longtemps après, l'épouse, qui

avait pris le voile et avait été consacrée sous le nom de Pélagie, souffrit le martyre, et l'époux, sous le nom de Denis, fut ordonné évêque de la ville. (4'' groupe.)

» L'apôtre et l'intendant se rendirent auprès du roi de l'Inde. Celui-ci donna à l'apôtre le projet d'un palais superbe et un immense trésor, puis s'en alla dans une autre province. (5^ groupe.)

» L'apôtre commença à distribuer le trésor aux pauvres et, pendant deux ans que dura l'absence du roi, il se livra à la prédication et convertit à la foi une foule innombrable. Le roi, à son retour, voyant ce que l'apôtre avait fait, le jeta avec Albanès dans le fond d'un cachot pour, plus tard, le faire écorcher vif et le livrer aux flammes vengeresses. Entre ce temps, God, frère du roi, vint à mourir. On faisait les apprêts de ses funérailles avec une excessive magnificence, lorsque quatre jours après sa mort le défunt ressuscite; à cette vue, tous prennent la fuite d'épouvante, et cependant il disait au roi son frère : Cet homme que vous vous promettiez d'écorcher et de rôtir est un ami de Dieu; il est servi par les anges. Ceux qui me conduisaient en Paradis m'ont montré un palais d'argent, d'or et de pierres précieuses, bâti avec un art infini. Pendant que j'en admirais la beauté, ils m'ont dit : Voilà le palais que Thomas a bâti à votre frère. Et comme je manifestais l'ardent désir d'en être le portier, ils ont ajouté : Votre frère ne vous a pas mérité cet avantage ; mais si vous tenez à y demeurer, nous prierons Dieu de vouloir bien vous ressusciter, afin que ,vous puissiez en faire l'achat, en rendant à votre frère l'argent qu'il s'imagine avoir perdu. Là-dessus, il pria son frère d'user d'indulgence, et courut à la prison. Après avoir débarrassé l'apôtre de ses liens, il le pria de recevoir un habit précieux. Vous ignorez, dit le prisonnier, que ceux qui veulent avoir la jouissance dans les choses du ciel ne convoitent rien de charnel, rien de terrestre. Au moment où l'apôtre sortait de sa prison, il rencontra le roi qui se jeta à ses pieds et iriiplora son pardon. Dieu, dit l'apôtre, a voulu vour accorder la faveur de connaître ses mystères. Croyez en Jésus- Christ, et recevez le baptême, afin que vous ayez part au royaume éternel. J'ai vu, dit alors le frère du roi, le palais que vous avez élevé à mon frère; je suis venu pour l'acheter. Cela, répondit l'apôtre, dépend de la volonté de votre frère. Celui-ci est pour moi, répondit le roi aussitôt; que l'apôtre t'en bâtisse un autre; et en cas qu'il ne puisse, celui-ci sera

pour moi et pour toi. Il y a dans le ciel, ajouta l'apôtre, des palais sans nombre, préparés dès le commencement des siècles, qui s'acquièrent par la foi, par les prières et les aumônes. Vos richesses peuvent bien vous précéder dans ces demeures; vous y suivre, jamais!... Alors le roi se jeta aux genoux de l'apôtre et lui demanda sa bénédiction. (6^ groupe.)

Le père Cahier, se fondant sur la légende de saint Thomas, rapportée dans la première partie de (( l'histoire des Normands d'Orderic Vital », réfute ingénieusement l'opinion établie. Selon lui, ces sculptures ne représenteraient pas le meurtre de Dalmace, mais bien la légende de saint Thomas, apôtre des Indes (1).

La scène du banquet, c'est le festin donné par le roi Gundaforus à saint Thomas; le personnage courbé en deux qui semble tomber à terre, c'est la bayadère de la légende qui exécute ses cabrioles ; la femme qui apparaît hors de la tour, c'est la jeune chrétienne indoue qui joue un si grand rôle dans cette histoire, enfermée en prison; le moine qui montre des plans de cathédrale et qui désigne du doigt un édifice achevé, c'est saint Thomas, habile architecte comme on sait, qui montre au roi Gundaforus l'exécution des ordres dont il l'a chargé; le personnage qui passe le fleuve, c'est saint Thomas qui traverse le Gange, etc., etc.

Les sculptures qui accompagnent ce magnifique bas-relief personnifient les travaux relatifs à chaque saison. Quant aux statues qui, d'après Courtépée et M. de Thyard, seraient les figures du duc Robert et d'Hélie de Semur, elles peuvent tout aussi bien représenter le premier bienfaiteur du prieuré. Deux de ces figures sont celles de Saint Jean-Baptiste et de Saint- Jean l'Evangéliste.

Les ornementations du portail, mutilées pendant la Révolution, comprennent une infinité de figures d'anges, vingtdeux grandes statues et plusieurs bas-reliefs représentant des patriarches et des prophètes ainsi qu'un calendrier de pierre, certainement postérieur aux autres bas-reliefs, et dont le Livret-Guide de l'Auxois donne l'explication suivante :

Janvier, un homme attablé et tenant une coupe; Février, un homme se chauffant;

Mars, un homme choisissant des plants dans une forêt ; Avril, un homme faisant des plantations de vigne et d'arbres ;

- 1. Émile Montégut, Souvenirs de Bourgogne. — (Hachette et C'e.)

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