‹ Histoire générale de Semur-en-AuxoisChapitre 47 sur 93 · Voisenet était né à Saulieu (Côte-d'Oi · texte numérisé non relu

Voisenet était né à Saulieu (Côte-d'Oi

des marchés et la tenue des audiences au moyen de la cloche Barbe. « Il veut, dit le maire, se faire honneur des embellissements qu'il a l'intention d'entreprendre dans l'église Notre- Dame comme s'il devait en supporter la dépense sur son bien propre; tandis qu'il dissimule un point, qu'il destine à cet emploi une partie des sommes qui proviennent du prieuré de Bard-le-Régulier, et non point celles qu'il tire depuis quinze ou seize ans de son prieuré de Semur. »

Après cet exode, le maire divise son Mémoire en deux propositions, puis s'attache à réfuter les cinq chefs de demandes du prieur Maurel.

Dans la première proposition qui comprend deux parties, il démontre d'abord que la ville de Semur est plus ancienne que son église et fait, à ce propos, l'historique de l'une et de l'autre.

En second lieu, il s'étonne de voir le sieur Maurel prétendre que l'introduction de la paroisse dans l'église de Semur n'ait eut lieu que par la permission du prieur, et s'intitule maître, seigneur et propriétaire de la dite église, dont pourtant les vastes proportions, les fonts baptismaux, le grand nombre de cloches et le cimetière public qui l'environne sont autant de preuves qu'elle a été construite pour servir de paroisse et non pour permettre à quelques religieux d'y célébrer leurs offices. Du reste, ajoute Voisenet, lorsqu'au siècle le désordre régnait parmi les ecclésiastiques séculiers, on dût confier aux réguliers l'administration des paroisses et le gouvernement des âmes. Or, c'est à cette époque que fut bâtie, par le duc Robert, l'église Notre-Dame, qui dépendit du monastère jusqu'au moment où les disciples de Saint-Benoît ne furent plus aptes à remplir les fonctions pastorales. Ils se trouvèrent alors dans l'obligation d'avoir un chapelain qu'ils rétribuèrent, tout en conservant pour eux les dîmes et les res^enus : « In ecclesiam ubi monachi habitant, populus per monachum non regatur ; sed Capellanus populum regat. ))

Le maire rappelle ensuite les plaintes faites en 1408 par les habitants au sujet des sommes exagérées que percevaient le prieur et le curé de Notre-Dame pour les sépultures ; il fait remarquer, entre autres, que les armes de la ville de Semur apparaissent à côté des armes de Bourgogne sur la grande porte d'entrée de l'église et sur l'une des faces de la balustrade qui règne au-dessus de la tour où se trouve la cloche Barbe;

qu'on les voit sculptées sur le buffet de l'orgue, avec une inscnption en lettres d'or prouvant que cet orgue est la propriété de la ville; qu'enfin, si en 1668 le maire et les échevins eurent la condescendance de ne pas faire poser sur le frontispice de Notre-Dame, réédifiée à leurs frais, les armes de la ville, et qu'ils se contentèrent de l'inscription « Dei parce assumptse fabricae impensis », c'est qu'ils voulurent éviter encore un procès avec le prieur, lequel craignait que cette église ne fût réputée paroissiale.

Dans sa seconde proposition, le maire Voisenet déclare que le sienr Maurel s'arroge, à tort, le droit de justice sur l'église de Semur, droit qui n'appartient qu'au Roi, au maire et aux échevins, auxquels Sa Majesté a transmis l'exercice de la justice. Le terrier du roi dit en effet: «Le Roy est seigneur en toute justice, haute, moyenne et basse, de la dite ville de Semur, châtel, donjon, fauxbourgs et de tout le flnage et banlieue d'icelle ville de Semur. Quand les maires et échevins sont élus et qu'ils ont prêté serment, ils ont dès lors F administration et le gouvernement de toute la justice de la ville de Semur et banlieue d'icelle; et sont tous: édits, statuts, ordonnances, publiés tant à son de cloche qu'autrement. Qu'au regard de ces criminels ils sajugent par les mayeurs et échevins à rencontre des délinquants au prieuré et couvent du prieuré du dit Semur, pour montrer que le Roy a toute justice en cette ville. »

Pour preuve que le maire et ses échevins ont le droit de se faire accompagner dans le chœur de l'église Notre-Dame par les valets de ville, Voisenet rappelle la déclaration du roi de 1697, ainsi que les divers édits ou règlements spécifiant que la municipalité occupera les hauts sièges du chœur, vis-à-vis et à gauche des officiers du Présidial, dont les huissiers sont admis dans le dit chœur.

L'usage des cloches, notamment de la cloche Barbe, appartient, dit le maire, aux habitants. Ce sont eux qui ont supporté la dépense de la fonte et de la refonte des cloches, et lorsqu'en 1593 les clochers de l'église ont été détruits par le feu, c'est aux frais de la ville qu'ils furent reconstruits. Bien plus, les extraits des délibérations du 24 Juillet et du 28 Août 1567, que frère Maurel révoqua en doute, disent que le son de la cloche a été employé pour indiquer aux habitants le moment pendant lequel il leur est permis d'acheter du grain ; à plus forte raison pouvait-on s'en servir pour tous les actes civils et de police. Bref, jamais les canonistes et les juriscon-

suites n'ont compris les cloches dans les objets désignés aux cultes.

Bien que le sieur Maurel appelle l'église Notre-Dame domiis mea, il ne peut en changer la disposition, et son évêque seul peut l'autoriser à en agrandir le chœur au détriment de la nef.

Quant à ses droits de justice, le maire Voisenet prétend que le prieur les dépasse avec un sans-gêne incroyable lorsqu'au lieu de tenir ses audiences dans l'enclos du prieuré, il les tient dans le vestibule de l'église et jusque sur le parvis.

Enfin, le titre de Dom que porte le frère Maurel est encore contesté par le maire de Semur, qui reproche au prieur d'avoir fait placer sur la maison priorale des armes avec cordon, houpes et chapeaux, absolument comme celles qui sont sur le portail de l'archevêché de Reims.

Aux attaques du maire, dom Maurel riposte avec la plus grande énergie. Il prétend d'abord que l'église Notre- Dame est plus ancienne que la ville, et qu'à l'origine elle dépendait du prieuré de Saint-Benoît. Lorsque cette église fut construite, dit le prieur, Semur n'était qu'un château fort, et ce n'est qu'après sa construction qu'ont été bâtis le Donjon, puis le bourg, qui nè fut entouré de murailles que vers la fin du xvi^ siècle. Ce bourg renfermait 140 maisons et ses habitants étaient serfs du prince ou du prieur. Les serfs du prince ne furent affranchis qu'en 1276, alors que, déjà en 1262, le prieur avait déclaré ses hommes libres, tout en se réservant le droit de justice sur 69 mainmortables. Au xiv^ siècle, Semur était si peu de chose que le maire et les échevins ont convenu, en 1616, au cours d'un procès, qu'à cette époque il n'y avait pas un boulanger dans la ville. Du reste, la place où a été bâti le couvent des RR. PP. Carmes était une portion du bois de Tremblay, donné par le seigneur de Montille en 1360. Cette forêt touchait au bourg de Semur, s'étendait fort loin et enveloppait la plupart du faubourg des Chaumes.

Dom Maurel reproche encore au maire Voisenet de n'appuyer d'aucun titre sérieux les différentes preuves qu'il donne sur l'antiquité de Semur, et dit que le mot Castriim s'applique aussi bien à une place de défense qu'à une ville. Suivant lui, Geoffroy n'était pas le défenseur du peuple, mais bien celui de l'abbaye de Saint-Jean ; de même Gozbert n'aurait pas été un comté établi par le roi, mais, ce qui est bien différent, un préposé de l'évêque d'Autun, auquel, d'après du

Gange, on donnait aussi le nom de comte. Quant à Arlebade, cet officier qui commandait le CasteUiim sine miiro et qui transporta la paroisse de l'église du château à l'église Notre- Dame, il fut excommunié pour cette action d'audace.

L'église Notre-Dame n'était que priorale à l'origine, affirme dom Maurel, car si Arlebade, gouverneur du château, a dispersé les chanoines et les a privés de leur paroisse pour la donner à Notre-Dame, c'est que cette dernière n'avait pas été construite dans ce but; et si, à plusieurs reprises, les chanoines du château disputèrent la paroisse au prieur, c'est qu'évidemment son église n'avait pas été affectée à cet usage par son fondateur le duc Robert. D'autre part, dit le prieur, il est reconnu que quand les séculiers furent introduits dans Notre- Dame pour la desservir, les religieux ne cédèrent aux paroissiens qu'un autel particulier, à gauche du grand autel, et séparé du reste de l'église par un mur qui ne fut démoli que 600 ans après.

Quant à l'égalité des droits entre le prieur et les habitants, elle ne date, suivant dom Maurel, que du xvi^ siècle; jusqu'alors, et de par la charte d'Eudes III, duc de Bourgogne, le prieur avait le droit de changer, ordonner, disposer, etc. ; lui seul possédait les clefs de l'église, et le curé, qui n'était que son vicaire, ne pouvait rien sans son autorisation, et n'avait séance dans le chœur qu'après le dernier des novices du monastère. (( Aussi les habitants, sentant qu'ils n'avaient qu'une église d'emprunt, se pourvurent- ils à l'Official d'Autun pour procéder à l'édification d'une église. Et si, le 13 Janvier 1540, le maire et les échevins abandonnèrent le projet de bâtir une église paroissiale, c'est que les prieurs consentirent à ce que les fondations fussent acquittées conjointement avec les curés; néanmoins, le prieur eut double portion.

(( L'église Notre-Dame, dit le sieur Voisenet, est d'une structure magnifique; est-il possible qu'une si belle basilique ait été construite pour quelques moines? Eh bien, Vézelay, Saint- Thibault, Clugny, Saint-Nicaise de Reims, Saint-Bénigne de Dijon sont-elles paroissiales ou priorales? Les prieurs ont rarement fait construire des églises paroissiales ; ils en laissent le soin aux habitants... »

«... Que dire des observations du maire Voisenet quant aux armes placées sur l'église? Il ne trouvera pas mauvais qu'on lui prouve ici son ignorance. Les armes de la ville de Semur actuelle sont une tour ronde crénelée, chargée de Vécu de Bour-

gogne au milieu, et l'on voit sur le pilier qui partage la grande porte d'entrée un château avec ses tours carrées, sans écu de Bourgogne, ce qui désigne le château de Semur, le Castrum sine muro. Et puis, les armoiries ne datent que du temps des Croisades, tandis que l'église est du commencement du xi^ siècle; or Semur n'a eu le droit de commune qu'en 1276, ce n'est donc qu'à partir de cette époque qu'elle a eu le droit de prendre des armes. Le maire Voisenet ose parler de condescendance au sujet de la prétention exorbitante qu'eurent, en 1668, le maire et les échevins de placer les armes de la ville sur le frontispice de Notre-Dame. Les armes furent placées, soit! mais enlevées immédiatement sur la sommation du prieur. »

D'après dom Maurel, la justice du prieur fut fondée sur les lettres de Hugues, duc de Bourgogne (1181). En 1182, le duc ajouta le droit de justice dans la ville et la banlieue de Semur, la veille de la foire de la mi-août, et malgré les prétentions des maires, les prieurs ont toujours conservé ces droits. Quand en 1262 le prieur donna l'affranchissement à ses serfs, il se réserva le droit de justice et un droit d'abonnement et d'affranchissement sur chaque chef de famille, lequel se payait annuellement dans l'église entre les mains du prévôt du prieur.

Quant au droit d'entrée des valets de ville dans le chœur et le sanctuaire de l'église, le prieur fait remarquer au maire que ses prétentions sont contraires aux usages, et que s'il lui faut un bedeau ou un massier pour le recevoir, on lui en fournira un avec habit de cérémonie.

Au sujet des droits revendiqués par le maire Voisenet de faire sonner la cloche Barbe pour annoncer les marchés, les réunions du Conseil municipal, appelées messes du diable par le prieur, l'ouverture de la Course de la Bague et l'arrivée des personnages de distinction, dom Maurel soutient que toute cloche est bénite et que son usage se résume ainsi : Laudo Deum verum, plebem voco, congrego clerum, defunctos ploro, pestem fugo, [esta decoro. « Les canonistes et les évêques, ajoute le prieur, défendent d'employer les cloches à des usages civils, et Henri II, lui-même, en 1556, défendit qu'aux jours ouvrables on sonnât plus d'une cloche dans les églises, afin de conserver, dans les jours de fête, ]si révérence de la sonnerie. Par un autre édit, il ordonna encore que les cloches, dont la destination était de chanter des chansons profanes, seraient ôtées des clochers pour en faire monnaie.

« De ce que, dit le prieur, les habitants ont fait refondre les cloches, et que celles-ci portent les armes de la ville, ces dernières n'en sont pas moins affectées exclusivement à des services religieux. Ce n'est qu'au xvi^ siècle qu'il a été question du droit des habitants sur les cloches, et chaque fois qu'ils l'ont outrepassé, ils se sont vu dresser procès-verbal. »

Le prieur Maurel donne pour raison de son projet d'agrandissement du chœur, que celui-ci est trop exigu, le nombre des chanoines attaché à la collégiale considérable, et l'espace laissé aux habitants plus que suffisant. En ce qui touche la chaire, il déclare qu'elle est mal placée, que le prédicateur y souffre du froid, et que sa voix n'est entendue que par un petit nombre de fidèles.

Pour le droit de justice, dit dom Maurel, il appartient à l'église, sur son sol et sur le portique qui en fait partie. Le prieur a également droit de justice dans l'enceinte du prieuré dépendant de la dite église, sur les moulins et la banalité dans l'Armançon.

« Quant à la qualité de Dom, ajoute le prieur, le maire Voisenet ignore que ce titre dérive de sire et de Domimis, et que, de tout temps, les dignitaires ecclésiastiques ont reçu le nom de sire ou messire. Dans les actes solennels, les prieurs ont toujours pris le titre de Dom qui honore, sinon leur personne, du moins les fonctions qu'ils remplissent. Du reste, les Constitutions de l'Ordre de Saint-Benoît donnent ce titre à tous les supérieurs; or le prieur de Notre-Dame, chef du clergé de Semiir, patron, curé primitif, prétend être en droit de conserver ce titre.

Enfin, doin Maurel reproche au maire d'autoriser les vignerons à s'installer dans la nef de l'église, le matin du jour de Pâques, pour y prendre leur repas. « Cette coutume, dit le prieur, est irrespectueuse pour la maison du Seigneur, et cet espèce de cabaret devrait se tenir sous le portique. Si le maire veut que le repas se prenne dans la nef, c'est, sans doute, parce qu'ayant inspection sur les cabarets, il trouve ce moyen commode pour introduire sa police jusque dans l'intérieur de l'église (1). »

4. Les pièces de ce procès se trouvent à la bibliothèque de la ville de Semur; elles ont été résumées et analysées par M. le commandant A. Massicot, qui a eu l'extrême obligeance de nous communiquer son manuscrit, et a bien voulu nous autoriser à y puiser largement.

Au XVII® siècle, le maire et les échevins exerçaient une sorte de juridiction sur l'église à titre de marguilliers honoraires et limitaient à tel point les pouvoirs des fabriciens que ceux-ci n'avaient, pour ainsi dire, aucune influence»

Tous les trois ans, le corps de ville nommait deux marguilliers; ce furent, pour les années 1728, 1729 et 1730, le sieur Creusot, avocat, fils aîné de l'avocat du roi, et Bollenat, procureur au bailliage.

Durant la période suivante, ce furent l'avocat Creusot et le sieur Vallote, marchand. Ces fabriciens rendaient leurs comptes à la Chambre de ville, et ceux-ci étaient ensuite vérifiés par l'évêque d'Autun, conformément aux déclarations du roi.

Jusqu'au xviii® siècle, il était de coutume d'offrir aux religieux, le jour des Morts et pendant la grand'messe, du pain et du vin. A cet effet, on mettait un tonneau défoncé à côté de la balustrade du chœur, contre le grand pilier, placé près de l'épître, pour recevoir le vin.

Aux enterrements, et lorsque le mépart y assistait, on faisait deux offrandes : l'une au grand chœur et l'autre au chœur de paroisse. Elles consistaient en cierges, pain, vin et quelques pièces d'argent qu'on attachait aux cierges. Le religieux faisant fonction de sacristain recevait les offrandes destinées au prieur à la balustrade du maître-autel, et le vicaire perpétuel recevait les siennes au chœur deparoisse. Il en était de même le jour de l'adoration de la Croix et le Vendredi-Saint.

Suivant l'Ordonnance d'Orléans du mois de Janvier 1560, il y avait dans les églises-cathédrales une prébende théologale établie lorsque le nombre des prébendes ordinaires était supérieur ou tout au moins égal à dix. Or, vers 1560, les maire et échevins de Semur demandèrent l'établissement d'un théologal dans l'église Notre-Dame qu'ils qualifiaient de collégiale à cause du collège des prêtres (ils étaient au nombre de 18) qui y était établi depuis 1540. Ils obtinrent d'abord un Arrêt préparatoire en 1565, puis une sentence au bailliage d'Auxois le 28 Octobre 1566, et flnalement transigèrent avec le prieur en 1568 pour l'établissement et la prébende d'un théologal (1). Cet accord fut confirmé par une sentence arbi-

1. On appelait théologal un prêtre séculier, bachelier ou docteur en théologie, chargé de prêcher et d'enseigner la religion aux fidèles. D'après les résolutions du Concile de Trente, les fonctions de théologal étaient remplies par un religieux ayant les capacités nécessaires, lorsqu'il ne se trouvait pas un prêtre séculier qui fut bachelier ou docteur.

traie du 23 Juillet 1615, par un Arrêt du 22 Mars 1627, et par un autre du 29 Janvier 1638, en faveur du R. P. Potier, religieux Carme.

Ce fut le prieur Etienne Clutin qui traita avec la ville en 1568 et consentit l'établissement d'un théologal. La ville lui fournit une prébende monacale fixée à 75 livres et lui donna la chapelle de la Plote qui valait environ 40 écus de revenu.

Lorsque fut érigé le chapitre de Notre-Dame, c'est-à-dire le 4 Novembre 1724, la ville consentit à ce que le théologal fut réuni au chapitre.

Le dernier théologal fut le sieur Poussy, décédé le 4 Mai 1724. C'est lui qui introduisit l'usage de ne prêcher que neuf discours et aux époques suivantes : 1" le jour de la Circoncision; 2° de l'Épiphanie; 3^ de la Purification; 4° de TAscension; 5° de la Pentecôte; 6° de l'Assomption; 7° de la Nativité; 8° de la Toussaint; 9° de la Dédicace.

Après la mort du sieur Poussy, la prébende ayant été réunie au chapitre, ce fut le prieur qui nomma lui-même les prédicateurs. Ceux-ci étaient généralement des Capucins ou des Carmes.

Afin de donner plus d'importance à son église et de faire cesser les luttes fréquentes qui éclataient entre le prieur, le vicaire perpétuel, les religieux et les mépartistes, le prieur Nicolas Maurel, dès son arrivée à Semur, le 17 Mars 1723, entreprit d'ériger Notre-Dame en collégiale.

Dès 1724, il obtint du roi des brevets et des lettres l'autorisant à solliciter en Cour de Rome férection d'un chapitre dans son église et la sécularisation de celle-ci. Pour contribuer à la dotation de ce chapitre, le roi fit don à Notre-Dame du prieuré de Saint-Jean l'Évangéliste de Bar, lequel était un bénéfice de 1,200 livres. Le prieur Maurel laissa en échange à Sa Majesté la disposition du personnel de chantre avec sa prébende canonicale et de trois autres prébendes également canonicales. La ville de Semur offrit mille écus pour parer aux frais des bulles, et Monseigneur l'évêque d'Autun, ainsi que le nonce, donnèrent leur entière approbation. Mais le pape, prétextant que sous le pontificat d'un pape religieux on n'avait jamais sécularisé les églises régulières, empêcha l'expédition de la bulle, et les choses restèrent en l'état jusqu'en 1731, époque où Notre-Dame de Semur fut enfin sécularisée et érigée en collégiale.

Ne quittons pas l'église Notre-Dame sans dire quelques

mots des usages qui y étaient établis, des faits qui s'y sont passés et des événements dont elle a été témoin.

Tout d'abord, le service divin qui avait été réglé le 15 Octobre 1526 par un Arrêt du Parlement de Dijon, fut considérablement modifié le 15 Octobre 1790 par la municipalité de Semur et de concert avec le curé constitutionnel Carimantrant, lequel trouvait que le chapitre de l'église collégiale et paroissiale en usait trop à son aise.

Citons les passages les plus curieux de cet arrangement, comme dit le 26^ registre de la ville :

Art. 13. — MM. les ci-devant chanoines, qui demeureront à Semur, y payant impôts, pourront, quand cela leur conviendra, célébrer leur messe au maître-autel, lorsque cela ne gênera pas les fonctions cariâtes, ou en telle chapelle qu'il leur plaira; ils pourront se servir des vases sacrés, ornements, linges, luminaires de la sacristie ; ils se fourniront seulement de vin.

Art. 14. — Les membres du ci-devant chapitre, demeurant à la ville, y payant impôts, pourront assister aux messes de paroisse et aux vêpres, se placer au chœur dans les hautes stalles, après les vicaires, à charge d'y assister en habit de chœur suivant les saisons.

Art. 18. — Les dimanches et fêtes solennelles seront annoncés, la veille, par la sonnerie de la cloche Barbe et du carillon, à midi.

Art. 22. — Sur la réquisition de M. le curé, il a été arrêté que la chaire sera transportée au pilier suivant, à la même hauteur.

Art. 24. — MM. les notables désirant avoir une place distinguée dans l'église paroissiale, s'en remettront à ce qui sera décidé par le Directoire du département.

Nous avons dit qu'en 1573 la ville de Semur avait établi un garde des pauvres, ou chasse-coquins, chargé, entre autres choses, d'empêcher les pauvres de mendier dans l'église au moment des offices. Or il est à supposer que la surveillance dans le saint lieu fut peu à peu abandonnée, car nous voyons dans le 21^ registre des délibérations que : « le 10 Mars 1714, le syndic remontre à la Chambre que plusieurs plaintes lui ont été faites des désordres extrêmes commis par les pauvres dans l'église Notre-Dame, en quêtant pendant le service divin, les jours de fêtes et dimanches, ce qui distrait les fidèles de l'attention qu'ils doivent aux mystères; outre que les pauvres

font de l'église leur maison propre où ils prennent leurs repas, courent les uns après les autres et s'y battent même. »

« La Chambre, pour obvier aux dits désordres, nomme Philibert Manbre aux fonctions de chasse-coquins aux gages de 20 livres par an, à la charge par lui de chasser les dits pauvres de la dite église pendant la messe et les vêpres ; et auquel il sera donné un habit rouge, doublé de serge bleue avec parements de même couleur tous les trois ans. Il lui sera fait un juste-au-corps coûtant, avec un chapeau, 28 livres 10 sols. »

Par testament reçu par Seguin, notaire à Semur, le 26 Avril 1724, M. Bernard Poussy, prêtre, bachelier en théologie de Notre-Dame, légua à la fabrique de Semur une croix d'or pesant une once moins un demi-gros, et qui est la véritable croix donnée au dit Poussy par M. Genebrard, en son vivant prieur de Notre-Dame et archevêque d'Aix, « pour être attachée au soleil (ostensoir) de la dite église où repose le Saint-Sacrement. Cette croix fut remise aux fabriciens, et M. Jean Creusot, avocat au Parlement et l'un des dits fabriciens, fit faire une chaîne d'or pour l'attacher au dit soleil, suivant l'intention du sieur Poussy. » Cette chaîne provenait de la libéralité de M""^ Henry, dont le mari était lieutenant général du bailliage.

De temps immémorial, de fréquentes processions partaient chaque année de Notre-Dame, soit à l'occasion de fléaux qui dévastaient la ville, soit pour rendre grâce à Dieu des faveurs qu'il avait accordées. C'est ainsi qu'en 1579 il y eut procession à Sainte-Reine, à la réquisition du clergé et des habitants, et qu'en 1583 il y en eut une autre à Montbard. Le 23 Décembre 1594, on fit dans la ville même une procession an souvenir dn grand accident de feu qui était arrivé le même jour de l'année précédente. En 1596, les 19 et 23 Mai, on reçut les habitants de Flavigny, puis ceux de Vitteaux, venus en procession à Semur. Le 26 Mai de la même année, le clergé se rendit à son tour à Flavigny. Trois ans plus tard, le 21 Novembre 1599, on alla processionnellement à l'église Saint-Jean de Semur, pour apaiser la colère de Dieu et guérir les maladies par le fait desquelles la ville est destituée d'habitants. En 1603, une première procession fut faite à Moutiers-Saint-Jean pour obtenir la fm de la sécheresse, puis une seconde à Montbard, en faveur de la paix.

En 1610, il y eut procession dans la ville pour rendre grâce

à Dieu au sujet de rabondance. Enfin, et pour ne citer que les principales, on fit, le 2 Janvier 1637, à l'occasion de la peste qui décimait les habitants de Semur, une procession pour le \œu de Sainte-Anne, lequel fut, paraît-il, pleinement exaucé.

Le 22 Juillet 1728, le jour de la Sainte-Madeleine, MM. les sociétaires du mépart n'ayant pas pris part à la procession qui avait lieu chaque année à cette date pour demander à Dieu la grâce de la conservation de la dite ville et la garantir de toute hostilité, le sieur Prudhom, échevin, alla à la sacristie pour en savoir le motif. Ces messieurs lui répondirent qu'ils n'avaient pas d'explications à lui donner et lui fermèrent la porte au nez. La Chambre, conformément à la transaction de 1540, décida que les dits sociétaires seraient invités à faire toutes les processions, et qu'en cas contraire on se pourvoirait.

Au xvi^ siècle, la Chambre payait aux prédicateurs de l'Avent de 40 à 60 livres, et leur donnait, en outre, du vin et du poisson. Elle chosissait ces religieux, tantôt parmi les Jacobins, les Cordeliers ou les Carmes, tantôt parmi les Minimes ou les Bénédictins.

Le pain bénit, resté jusqu'en 1584 à la charge de la paroisse, passa à celle des habitants qui furent tenus de payer tous les ans et à tour de rôle la somme de cinq deniers. Mais à partir de 1588, le maire, Pierre Fournier, donna le pain bénit et l'usage se continua de maison en maison. En 1652, Jean Maillot, procureur du bailliage, ayant refusé de foffrir, on le distribua à ses frais, et le syndic reçut l'ordre « d'exécuter ledit Maillot dans ses meubles par forme de police jusqu'au remboursement de la somme de quatre livres prélevée pour cette dépense ».

En Novembre 1584, Notre-Dame fut dotée de grandes orgues, et un mépartiste, chargé de les tenir, reçut pour cet emploi le traitement de 20 livres. L'inscription suivante, écrite en latin, fut placée contre l'un des piliers de l'église le jour même de l'inauguration : « Ceci a eu lieu dans cette heureuse année, grâce à la vigilance paternelle de Jacob Lemulier, conseiller du Roy et sous-prêteur, sous l'édilité de Hugon Lasseret, conseiller à la même Cour, d'Antoine Chifflot, avocat, de Jacob de Vercy, conseiller rétribué, de Jean Lestre et du procureur Jacob Varenne. Pour rendre à Dieu les honneurs perpétuels, ils ont placé cet orgue aux frais des citoyens, en présence du même administrateur qui présidait les Assemblées générales en l'an 1582. Ils ont, en outre, donné 5,000 livres pour acheter

les trois maisons formant îlot devant cette église, afin qu'en les démolissant la place fût élargie et par là-même embellie. »

A propos de l'orgue de Notre-Dame, M. A. Massicot, dans son livre : (( Le Temps jadis à Semur », rapporte deux faits assez plaisants : « En 1628, un organiste, nommé Tanron, cause un véritable scandale en touchant les grandes orgues pendant que Von chantait la musique à la tribune du petit orgue. — En 1687, affaire bien plus grave. Un matin, l'organiste voulant jouer des grandes orgues, s'aperçut que trois tuyaux de la trompette avaient disparu. Grand émoi parmi le clergé ; on chercha le coupable, et bientôt on mit la main sur un petit moine, le frère Claude Debadier, l'auteur du méfait. A partir de cette époque, l'entrée des orgues fut sévèrement interdite. »

L'instrument d'alors fut reconnu, en Floréal an III, par un nommé Clerc, ancien organiste de Flavigny, pour un quatre pieds avec positif sans pédales et montre d'un huit pieds. Cet orgue a été vendu pendant la Révolution et remplacé par celui que Ton voit encore aujourd'hui et qui est beaucoup plus complet. Il se composait primitivement de 36 jeiix et de trois pédales, mais depuis qu'il a été réparé, il ne possède plus que 32 jeux, ce qui est encore suffisant.

L'orgue d'accompagnement ou petit orgue, dont il a été parlé plus haut, avait été donné à l'église Notre-Dame en 1627 par le Père Isac Garnetot; il était placé entre la chapelle Saint-Biaise et les piliers du chœur.

En 1718, le 18 Février, une convention fut passée avec Nicolas Monin, organiste, qui s'obligea de toucher de l'orgue pendant dix années, d'entretenir ledit orgue de toute réparation, grosses ou petites, mais non la boîte, moyennant 100 livres par an. Il fut déclaré exempt de logement des gens de guerre et sa taille réglée pendant les dites années à 22 sols du pied de 1,000 livres.

Deux assassinats furent commis dans l'église de Semur : le premier en 1598 et le second en 1602. Ce dernier eut pour victime le procureur Jacques Boudier, tué par son frère.

Le 20 Janvier 1668, le vent ayant emporté les hosties consacrées que le curé transportait, les magistrats de la ville ordonnèrent que la boue où elles étaient tombées fut enterrée au cimetière. — La même année, une discussion s'étant élevée entre le prieur et le maire, au sujet des armoiries de la ville que celui-ci voulait faire placer sur le frontispice de l'église,

on trancha la question en faisant graver sur la façade, et en lettres d'or, l'inscription suivante : Dei parœ assiimptae fabricx impensis.

Jusqu'en 1698, il n'y avait dans l'église que des sièges mobiles; à cette époque, le sieur Creusot, qui était alors avocat du Roi et fabricien, y fit établir des bancs fixes réservés aux notables. Ces bancs, que leurs propriétaires louaient à des prix élevés, furent remplacés, en 1726, par des chaises dont tous les habitants purent disposer.

Cette même année, les Jacobins apportèrent des troubles dans l'exercice du culte religieux, et l'édifice lui-même eut à souffrir du vandalisme du parti avancé. Beaucoup de remarquables sculptures qui le décoraient extérieurement furent brisées à coups de marteaux, et plusieurs chefs-d'œuvre du Moyen-Age disparurent sous les coups furieux des iconoclastes. Sous prétexte de faire la guerre aux institutions, aux privilèges et aux abus, les barbares de l'époque assouvissaient leur rage sur les savantes productions de l'art qui pourtant avaient traversé plusieurs siècles et auraient dû être, par cela seul, religieusement respectées.

En 1569 se trouvait encore, sur la place de l'église, une petite maison qui avait été bâtie avec la permission des magistrats par le sieur Guiot Jacob. Cette maison servit à loger les lépreux jusqu'au 28 Septembre 1569; mais, à cette époque, les héritiers Jacob la cédèrent moyennant une indemnité de 10 livres 10 sols à la fabrique qui y logea le sieur Debussy, bedeau de la paroisse Notre-Dame.

A l'origine, le cimetière de Semur se trouvait derrière Féglise, et fon y voyait encore, en 1760, une chaire en pierre, de forme très antique, adossée au mur de la paroisse. « On croit, dit l'abbé Varenne, que c'est sur cet emplacement que se trouvait jadis une église antérieure à Notre-Dame et fondée par Gérard de Roussillon. Quant à la chaire, quelques-uns prétendent qu'elle aurait été construite pendant la contagion pour y prêcher les pestiférés et les lépreux » (1).

Jusqu'en 1687, on enterra les morts, non seulement dans féglise, au cloître et sous le portail, mais encore derrière Notre-Dame, autour, sur la place et le long de la rue qui fait face à l'église. La place, qui était alors très petite, faisait partie de l'ancien domaine du Prieuré ; on y voyait trois mai-

i. L'abbé Yarenne, curé de Semur, — Notes manuscrites,

sons distantes de 30 à 40 pieds de l'église et une croix de pierre qui tomba en 1595 et dont les débris restèrent longtemps dans l'allée du cloître.

Une sentence arbitrale datée de 1440, le registre du prieuré de 1486-1487, enfin des pierres tombales, trouvées sur la place en 1729, prouvent bien qu'il y avait là un cimetière. La partie de ce champ de repos qui longeait le côté gauche de l'église, où se trouve la porte des Bleds, portait le nom de la Loge, probablement à cause de la petite maison ou loge adossée à l'église et qui servait aux fabriciens pour y enfermer le matériel. D'après M. J. Ledeuil, on entrait dans ce cimetière par une porte qui était voisine de celle des Bleds. La rue Notre-Dame, que l'on appelait la rue du Cimetière, venait aboutir à cet endroit, et la ruelle qui y débouche existait déjà en 1650. Durant la peste de 1562, qui sévit principalement dans la rue des Bordes, on établit un cimetière derrière les Carmes pour y enterrer les pestiférés.

Le cimetière du Verger, placé derrière l'église, avait primitivement servi de verger aux religieux. Ce cimetière avait été en partie cédé par la ville au sieur Mynard pour en faire un jardin, mais un arrêt du Parlement, en date de Juillet 1637, ordonna que ce terrain fût rendu à sa destination première.

Vers 1675, la ville ou les fabriciens cédèrent de nouveau une partie de ce cimetière à la famille Logerot qui la revendit au sieur Thétion, lieutenant particulier au bailliage.

Le prieur Maurel dit avoir trouvé, en 1723, des ossements sous la cuisine et l'office du prieuré, ce qui lui fit supposer qu'autrefois les bâtiments de cette ancienne communauté ne devaient pas se trouver sur cet emplacement.

Le jardin delà cure était vis-à-vis la maison curiale, laquelle fut vendue le 15 Novembre 1763 à M"^ Clerc, et le 3 Avril 1771 à M. de Massol, qui en resta propriétaire jusqu'à la Révolution (1).

En 1780, le cimetière de la Loge fut fermé, et la municipalité, par raison d'hygiène, établit en dehors de la ville le cimetière actuel où l'on commença à inhumer en 1780, et qui fut considérablement agrandi, d'abord en 1839, puis après la guerre de 1870-1871.

Le dernier édifice compris dans l'enceinte de la ville, et dont nous ayons encore à nous occuper, est le Logis du Roi, situé

1, J. Ledeuil. — Notice sur Semur-en-Auxois.

Vue du CiTYielière

(ail milie-ii du XVIlPSiécle)

rue du Vieux-Marché, autrefois rue du Marché-du-Blé. Ce bâtiment, qui servait en 1561 d'auditoire pour rendre la justice, fut successivement occupé par le bailliage, le présidial érigé en 1696, le tribunal du district, et, jusqu'en 1844, par le tribunal de première instance, transféré à cette époque dans l'hôtel de la sous-préfecture.

Rappelons enfin que c'est au coin des rues du Cliâteau et du Tribunal que se trouve la maison où le Parlement de Bourgogne tint ses séances en 1637 et 1692.

La troisième et dernière enceinte de Semur est en même temps la plus considérable. C'est celle dite des Couvents, dont les principales rues sont : l'ancienne place d'Armes, aujourd'hui place de la Liberté; la rue de la Liberté, qui était appelée rue des Carmes avant la Révolution, rue Mirabeau en 1791, rue de la Montagne en l'an II, rue de la Liberté en l'an III, rue Bourbon et enfin rue Lafayette en 1831 ; la rue de l'Ancienne-Comédie, Fossé- des -Jacobins avant la Révolution et rue de la Comédie en 1791 ; la rue du Bourg- Voisin, rue des Bons-Enfants en 1791 ; la rue des Carmes et celle de la Bibliothèque, établies le 23 Prairial an II; la rue des Bordes, appelée rue Vernier en 1791, puis rue du Raisin, par délibération du 2 Nivôse an II; la rue du Collège, rue dés Capucins, rue de Thyard en 1791; la rue Sainte-Marie, enfin le champ de foire établi en 1860 sur l'emplacement de la ruelle aux Loups, et la rue Voltaire, appelée rue de la Visitation jusqu'en 1791.

Cette troisième enceinte avait ses portes : l'une à l'entrée des Carmes (rue de la Liberté), qui fut détruite en 1761 ; une autre à l'extrémité de la rue Vernier (rue des Bordes), démolie en 1784; enfin, la troisième, au bout de la rue des Bons- Enfants (rue du Bourg- Voisin), et qui fut également abattue vers la même époque.

C'est dans cette partie de la ville qu'étaient réunis les divers Établissements religieux dont nous avons parlé en faisant l'historique de Semur. C'est là aussi que se trouvent la Sous- Préfecture, le Tribunal et la Gendarmerie, la Bibliothèque, le Musée, le Collège, le Champ de Foire, l'Orphelinat et le Cours.

La Sous-Préfecture fut transférée en 1843 dans une partie des bâtiments occupés jadis par les Ursulines, et qui, le 11 Juillet 1811, furent affectés à un dépôt de mendicité pouvant contenir 300 mendiants des deux sexes. Par ordonnance royale, en date du 13 Février 1822, ce dépôt fut supprimé, et le local qu'il occupait transformé en hospice départemental

devant donner asile aux aliénés, aux épileptiques, aux infirmes et aux incurables. Mais cette décision ne fut pas maintenue, et l'ancien couvent devint la sous-préfecture. La gendarmerie y avait été installée en 1842, et le tribunal civil le fut en 1844. Disons, à ce propos, que la prison, qui, jusqu'en 1863, avait été établie dans l'une des tours du Donjon, fut transférée à cette même époque dans un bâtiment spécial, construit sur l'emplacement de l'ancien Jardin des Plantes.

Ce jardin dépendait aussi du couvent des Ursulines, et avait été créé en 1833 par la municipalité sur les conseils de M. Larribe (1), alors sous-préfet de Semur. Une belle allée le traversait, et, de chaque côté, s'étendaient d'immenses platesbandes rectangulaires où étaient rassemblées par genres, par familles et par espèces, les plantes de l'arrondissement utiles aux arts et à la médecine. Un autre carré était planté d'arbres d'essences diverses; plus loin, s'en trouvait un troisième où l'on tentait d'acclimater les plantes exotiques; enfin, dans la salle Saint-Joseph, placée au bout de l'allée principale, se trouvait une collection de toutes les productions naturelles de l'arrondissement. Deux savants professeurs, M. Nodot, pour la géologie, et M. Lionnet, pour la botanique, étaient attachés à cet établissement et y faisaient des cours assidûment suivis par les habitants de la ville. Il est très regrettable que ce jardin ait été supprimé, car, en même temps qu'un lieu d'étude, c'était aussi une des plus délicieuses promenades de Semur.

C'est dans cette même salle Saint-Joseph que le Comité d'Agriculture tenait ses séances. Cette Société, fondée en 1819, a pour but le progrès de l'agriculture ; elle fut réorganisée en 1831 sous le nom de Comité d'Agriculture et d'Industrie agricole de l'arrondissement de Semur, et elle apporte d'utiles contributions à cette branche de la science. Depuis le 1^^ Mars 1893, l'arrondissement de Semur, grâce à l'initiative des Frères des Écoles chrétiennes, possède une ferme-école qui rend déjà de grands services.

Puisque nous parlons des Sociétés établies à Semur, n'oublions pas de mentionner la Société de Secours mutuels, approuvée par arrêté préfectoral du 14 Décembre 1855, mais qui n'a commencé à fonctionner que le l^'' Août suivant. Cette Société, qui déjà comptait au l^'" Janvier 1860 cent dix-huit

1. M. Larribe, dont le nom est resté cher au pays, était un homme instruit et intelligent, (jui dota la commune de non^breuses et utiles institutions,

membres participants et quarante membres honoraires, est actuellement très florissante. En plus des indemnités et des secours qu'elle alloue à ses membres, elle prend à sa charge les visites de médecins, les frais pharmaceutiques, etc., auxquels ils ne peuvent subvenir.

A côté de cette Société de secours, se place le Bureau de Bienfaisance, composé du Maire, président, d'administrateurs et d'un certain nombre de dames de charité. Le Bureau délivre aux indigents des secours en argent et en nature ; ceuxci reçoivent, en outre, des soins médicaux gratuits et les produits pharmaceutiques dont ils peuvent avoir besoin. Tous les mois, le Conseil se réunit dans l'une des salles de la mairie et délibère sur les résolutions à prendre en vue de procurer aux malheureux le plus de soulagements possibles.

La Bibliothèque, qui se trouve, ainsi que le Musée, sur l'ancien emplacement du couvent des Jacobins, se compose de plus de 15,000 volumes, dont beaucoup proviennent des abbayes de Moutiers-Saint-Jean, de Flavigny, de Sainte-Beine et des diverses communautés de la ville; elle s'est considérablement accrue depuis une cinquantaine d'années, tant par les dons des particuliers que par ceux du gouvernement. Sous le règne de Louis-Philippe, M. Vatout, le célèbre historien, qui y coopéra par lui-même, obtint de beaux et de nombreux ouvrages du ministère. La Bibliothèque renferme, entre autres livres, le grand ouvrage sur l'Egypte, exécuté sur les données et par les ordres de Napoléon; la collection complète des classiques latins; les œuvres de Buffon, de Daubenton et de Réaumur ; l'Encyclopédie méthodique ; 96 incunables (1) ; 104 manuscrits, dont un parchemin du xi^ siècle reproduisant l'histoire de la fondation de Moutiers-Saint-Jean, écrite par le moine Jonas en 660; environ 4,000 volumes ayant trait à la théologie; l'Histoire de France par Sismonde de Sismondi, etc., etc. C'est, en somme, une très belle collection où les lettres, quoique la littérature grecque fasse entièrement défaut, sont surtout bien représentées.

La création du Musée remonte au 10 Février 1834; elle est due à l'initiative de M. Bouhot, artiste de talent, qui fut pendant de longues années professeur à l'école de dessin de Semur. Nous ne saurions donner une meilleure description de cette galerie artistique, que celle faite par la plume au-

i. Ouvrages datant de l'origine de l'imprimerie.

torisée de M. E. Nesle, l'auteur de la « Statistique monumentale, liistorîrique et pittoresque de la Côte-d'Or », et qui lui-même était un artiste de mérite. Voici en quels termes s'exprime M. E. Nesle:

(( ... C'est encore l'obligeant M. Bouhot qui va nous faire les honneurs du Musée, nous pourrions presque dire de son Musée, car il en est le créateur. Non content des succès qu'il obtenait dans son école, ce cher maître, afin de répandre dans le pays le goût des arts d'une manière plus efficace, crut devoir compléter son œuvre en sollicitant de la ville une salle pour la formation d'un Musée, où l'élève et l'amateur pourraient avoir constamment à consulter des œuvres d'un mérite reconnu. Les études que M. Larribe avait obtenues des artistes pour les besoins de l'école lui avaient inspiré cette idée; il communiqua ce projet à cet habile et zélé administrateur, qui le reçut avec enthousiasme. Appuyé de lui et de M. Vatout, il obtint, après deux ans de sollicitations, une des belles salles où nous allons entrer. Une fois M. Bouhot en possession de la salle tant désirée, la petite collection s'accrut rapidement. M. Larribe veillait avec soin à son développement, et, de concert avec M. Vatout, ils attirèrent sur le Musée naissant l'attention ainsi que les faveurs du gouvernement. Avant 1848, cet établissement comptait déjà près de soixante tableaux; aujourd'hui, grâce à l'infatigable activité de son fondateur, il en compte environ quatre-vingts, dont au moins quarante ont été donnés ou obtenus par ses soins. M. Larribe, quoique n'habitant plus qu'accidentellement l'arrondissement de Semur, veille encore avec la même sollicitude qu'autrefois à la prospérité du Musée, et l'enrichit fort souvent de ses dons; il n'oublie pas non plus l'École de dessin qu'il a créée, et s'intéresse vivement aux nombreux élèves auxquels il a ouvert une carrière. Qu'il daigne donc nous permettre de lui faire agréer ici, ainsi qu'à M. Bouhot, nos sentiments particuliers de profonde gratitude.

» L'autorité municipale prêta toujours son actif concours au Musée; commencé sous l'administration de M. Laurent- Guényot, il doit sa seconde salle à celle de M. Joly de Saint- Florent.

» Parmi les belles toiles du Musée, nous remarquons les Ruines du pont de la Poissonnerie, après l'inondation de 1735, par M. Bouhot. (Cette œuvre, d'un intérêt local, est d'une

grande puissance de couleurs et d'effet) ; Un prisonnier renversé sur le sol d'une prison, par Heim, vrai chef-d'œuvre de raccourci; Diomède enlevant le palladium, par Allaux; le portrait de Napoléon Z^'", par Rouget ; deux beaux paysages de grandes dimensions, par Rémond; un très beau portrait en pied du roi Louis-Philippe, par Delanoë; celui de M. Vatout, par Raverat; la Clémence de Louis XII, par Pérignon; une admirable Tête de vieille femme, par Oranger; un Moine, par Horace Vernet; un Mendiant, par Bellanger ; et enfin diverses toiles par David, Girodet, Abel de Pujol, Blondel, Monvoisin, Boilly, Delorme, Desgoffe, Grassie, Pérignon, Corot, etc., etc.

» Et parmi les anciens tableaux, deux volets hyptiques du xv*^ siècle, représentant, l'un Y Adoration des Mages; l'autre, la Circoncision ; Saint-Gérôme dans une grotte, par Jacques Palma. (Ce délicieux petit tableau est peint snr cuivre; sur le revers sont peintes les armes de France, au centre desquelles est représenté Louis XIII); le Bon pharisien, par Le Bassan; Sainte Cécile, belle copie ancienne, d'après Carlo Dolci; Saint Antoine, par Vignon. (Cette peinture, exécutée avec une facilité de brosse très remarquable, a été gravée par Hiéronyme David); Une Mendiante, par Lenain; un Paysage, par Laurent de la Hyre, et enfin les portraits de Charles-le-Témé~ raire, de Jean- sans-Peur et de Marguerite de Bavière, mère de Philippe-le-Bon, attribués à Jean de Bruges. »

Le musée de Semur possède aussi de très beaux dessins et quelques jolies aquarelles. Citons entre autres : Objets trouvés dans les fouilles faites en 1836 aux sources de la Seine, par M. Etienne Bouhot; Vue de Semur (ponts et tours), par M. Armand Bruzard; Temple et ex-voto de la Fontaine-Saint-Cyr à Massingy-les-Vitteaux, aquarelle du même auteur; Mater dolorosa, dessin au crayon de Couder; V École d'Athènes, de Dubois ; Parus blessé, apporté devant Alexandre, sépia de Ch. Meynier; Paysage, de Pernot; Amours battant le blé, grisaille de Sauvage; Vue prise dans la vallée de Lauterbrunn, pastel de Jean Thenot; enfin, un Moine en prières, aquarelle ancienne sur vélin dont l'auteur est resté inconnu.

Le nombre des œuvres de sculpture est encore très restreint; toutefois, étant maire de Semur, M. Armand Bruzard a considérablement agrandi le Musée et y a placé les œuvres originales du sculpteur Augustin-Alexandre Dumont, son ami, qui a bien voulu, sur sa demande, en faire don à la ville.

Ce sont: le Commerce, statue dont l'original se trouve devant la façade du palais de la Bourse, à Paris ; la Muse de l'Harmonie couronnant le buste de Cherubini, modèle du basrelief en marbre qui décore le tombeau de ce compositeur ; Ducis ; la Gloire et V Immortalité ; la Paix et la Guerre; Bacchus enfant, élevé par la nymphe Leucothée; Napoléon 7^''; le maréchal Davout ; le maréchal Bugeaud ; le Génie de la Liberté, etc.

A côté de ces chefs-d'œuvre, se trouvent le Scamandre suppliant Jupiter de lui rendre ses eaux, par Claude-Michel Clodion; le Soldat de Marathon, par J.-P. Cortot; Moïse, joli marbre parF. Creusot, élève deM. Bouhot,néà Semur en 1832; le Christ, de Duret; M. de Franqueville, d'Antoine Étex; la Force, de Guillaume; Buffon, par Houdon; la Mort de l'archevêque de Paris (Monseigneur Affre,. 1848), par F. Jouffroy; Vercingétorix, d'Aimé Millet; Hébé, de Rude; la Rêverie, Bouhot, Joly de Saint-Florent, maire de Semur, par Travaux, né à Corsaint, arrondissement de Semur ; Cheval au piquet, bronze de Fremiet, etc., etc.

La galerie géologique contient un nombre considérable d'échantillons de roches, de minéraux et de fossiles exclusivement recueillis dans le bassin septentrional de l'Auxois, sur les plateaux oolithiques qui en forment l'enceinte du N.-O. au S.-E., en passant par le N., et sur les parties du Morvan qui limitent le bassin précité au S. et au S.-O. Ces pierres sont rangées dans des vitrines ou sur des gradins, groupées par séries et étiquetées; elles proviennent de dons faits au musée par trois géologues de Semur, MM. Collenot (1), Bréon et Bochard, qui en ont été nommés conservateursà vie et sont les membres principaux de la Société des Sciences naturelles de cette ville (2).

Le musée géologique possède 280 échantillons de minéraux (silicides, carbonides, sulfurides, chrômides, fluorides, phosphorides, titanides, manganides et sidérides.)

Le nombre de ses échantillons de roches, provenant des terrains primitifs (gneiss et micaschistes), des roches éruptives et des roches sédimentaires s'élève à 305.

La collection paléontologique (formations paléozoïque,

1. M. Collenot a publié, en 1873, la description géologique de l'Auxois.

2. Suivant acte passé devant M" Breuillé et Aubert, notaires à Semur, le 23 Mai 1866, MM. Collenot, Bréon et Bochard firent donation à la ville de Semur de leurs collections géologiques. Ces collections se composent de 10,930 échantillons provenant principalement du lias.

secondaire, tertiaire et quartenaire), comprend 10,119 échantillons fort remarquables.

Enfin, ce Musée possède 226 spécimens de roches sédimentaires et éruptives pris dans le Morvan.

MM. les conservateurs du Musée géologique de Semur ont publié un catalogue (1) très bien dressé de cette riche collection; toutefois, ils n'ont pu suivre, pour les divisions du sol, la nomenclature adoptée en 1881 par le Congrès international de géologie tenu à Bologne, car leur travail était achevé à cette époque; mais il est facile de faire la substitution d'après les règles indiquées au compte-rendu du Congrès, pages 196 et suivantes.

Les Semurois et les géologues doivent d'autant plus de reconnaissance à MM. Collenot, Bréon et Bochard, que nonseulement ces savants ont fait don au Musée de leurs collections, mais aussi parce que ce n'est qu'à la suite de patientes recherches et de nombreuses excursions, poursuivies pendant plus de quarante années, qu'ils ont pu recueillir, dépouiller de leurs gangues et classer en catégories distinctes, et, pour la partie paléontologique, par étages et par zones, les échantillons divers provenant du pays; en un mot, réunir un ensemble assez considérable pour attirer l'attention du monde savant.

Du reste, la Société géologique de France, lors de sa réunion extraordinaire à Semur, en 1879, a été unanime pour exprimer aux géologues sinemuriens ses plus vives félicitations pour le soin apporté dans le choix des échantillons, ainsi que dans leur classement méthodique, et pour déclarer que cette collection, unique en France, peut être citée comme un modèle accompli de ce que doivent être les collections régionales dans les contrées classiques.

La galerie zoologique renferme une assez belle collection de mammifères, d'oiseaux, de reptiles, de poissons, de mollusques et d'insectes, classés par M. Henri Miot qui, lui aussi, a fait don de sa collection entomologique.

La plupart des objets qui composent la collection archéologique du Musée de Semur ont été recueillis dans l'Auxois. Ils sont représentés par 1,832 échantillons, classés dans deux

1. Il existe également un catalogue des collections de tableaux et sculptures, par M. E. de Luze; un catalogue de la collection archéologique, par M. Collenot, et un catalogue de la collection de numismatique, par M. E. de Luze, ancien sous-préfet de Semur.

grandes divisions : l'ère préhistorique, relative aux époques inconnues, et l'ère historique, qui comprend les époques dont l'existence est établie par l'histoire.

Chacune de ces grandes divisions a été partagée en périodes bien distinctes et qui sont: 1° les périodes paléolitique etnéolitique (âge de pierre), la période du bronze et l'âge des tumulus; 2*^ l'époque gauloise, l'époque gallo-romaine, les époques mérovingienne, carlovingienne et capétienne (Moyen-Age), l'époque de la Renaissance et celle des temps modernes.

M. Collenot, qui a bien voulu dresser le catalogue des richesses archéologiques du Musée, a classé, par commune, tous les vestiges propres aux deux divisions de la pierre et recueillis dans l'arrondissement de Semur; il a pris soin d'indiquer ensuite par l'étiquette et par une couleur différente de la carte qui supporte chacun d'eux, l'âge auquel il appartient.

On voit figurer dans cette précieuse collection les instruments en os d'Elephas antiqiiiis dont se servaient les premiers hommes; des silex éclatés (langues de chat), de forme de plus en plus perfectionnée, suivant l'époque; des silex taillés, des celts, des haches emmanchées, des grattoirs, etc. (âge de pierre).

L'âge de bronze est représenté par des haches, des pointes de lance, un couteau, un bracelet et divers fragments de vases ornementés.

Comme provenant de l'âge des tumulus, le Musée ne possède que quelques vestiges trouvés dans des sépultures et qui montrent que c'est à cette époque qu'a été découvert le fer et qu'ont été fabriqués les premiers instruments faits avec ce métal.

Les objets de l'époque gauloise sont peu nombreux et limités à quelques armes découvertes dans les fouilles des tranchées de César à Alise. Un grand nombre de monnaies trouvées dans les ruines de l'antique cité ont été dispersées de côté et d'autre. Il en est de même pour les poteries et pour un bon nombre d'ustensiles en fer.

La collection gallo-romaine est assez riche, ce qui s'explique par le voisinage d'Alise, centre où aboutissaient de nombreuses voies romaines conservées par tronçons. On y voit beaucoup d'agrafes ou fibules; quelques statuettes; divers ornements, des pierres gravées, des ustensiles, des busandales, des vases en terre, des aiguières en bronze, des figurines, des lacrymatoires, des débris de miroirs, des ex-voto, des

pelles, un marteau, un bas-relief à trois personnages, des meules, des sculptures, etc.

Le Moyen-Age est représenté par des débris d'armes et d'ornements, quelques peintures sur bois, des clefs en fer, des sceaux, un reliquaire, des couleuvrines, des canons en fer battu, des casques, des cuirasses, etc.

La Renaissance, enfin, est caractérisée par des clefs, des serrures artistiques, des cachets de différentes époques, un Yase de Bernard Palissy, des armes, un miroir en cuivre doré, repoussé et ciselé, des poids et des mesures, par divers tableaux et portraits remarquables des Ecoles Italienne, Flamande et Française, et enfin par quelques fragments de sculptures qui proviennent, pour la plupart, des églises et des chapelles fermées dans l'Auxois pendant la Révolution française.

Comme le dit très bien M. de Luze dans l'introduction de son catalogue : « La collection de numismatique du musée de Semur, sans être très complète, présente néanmoins des spécimens assez nombreux et assez variés de diverses époques de l'histoire, pour offrir un réel intérêt. On y voit des monnaies des principaux peuples de la Gaule, un grand nombre de monnaies romaines, des monnaies des rois de France, une série importante de jetons de Bourgogne et autres, des médailles commémoratives, des monnaies seigneuriales, étrangères, etc. Plusieurs de ces pièces sont en or ou en argent et quelques-unes peuvent être regardées comme rares. Mais ce qui importe surtout, à notre avis, dans une collection de ce genre, c'est qu'on y trouve des renseignements suffisants pour pouvoir immédiatement déterminer, par la comparaison, une monnaie, un jeton ou une médaille. Le sol de l'Auxois est fertile au point de vue de la numismatique, et il reste bien des endroits à fouiller. Sous ce rapport, la collection du Musée de Semur peut donc fournir des indications utiles aux amateurs d'antiquités, que le hasard met en présence d'une pièce inconnue ou illisible. Mais elle n'en est pas moins instructive pour le public en général, qui y trouvera d'abondants sujets d'études ou d'observations. »

La collection du musée comprend un lot de 993 monnaies, jetons ou médailles ainsi répartis : 38 monnaies gauloises; 244 romaines; 191 françaises; 73 seigneuriales; 191 étrangères; 45 jetons; 71 monnaies frappées, dit-on, à Dijon; S à Semur; 5 à Beaune; 1 à Auxonne; 1 à Nuits; 62 jetons historiques;

34 jetons des administrations royales et 34 médailles ou médaillons (1).

Nous avons dit que M. Bouliot avait été professeur à l'école de dessin de Semur. Or, c'est grâce à lui que cet établissement a obtenu de nombreux succès et formé des artistes de mérite. Fondée en 1833 par M. Larribe, cette école ne tarda pas à prendre une rapide extension.

M. Larribe fit appel aux artistes de Paris qui envoyèrent de nombreux modèles, et M. Vatout, tout dévoué à cette nouvelle institution, obtint du gouvernement des dessins et des gravures, des plâtres moulés sur l'antique et plusieurs tableaux.

L'école a été inaugurée le 10 Février 1834; elle se compose de deux belles salles, décorées avec goût, et que fréquentent chaque année plus de cinquante élèves. Bon nombre de ceuxci sont devenus de vrais artistes, et nous citerons parmi eux le sculpteur Travaux, qui a obtenu une médaille en 1852 et une autre en 1855 ; Creusot, qui a obtenu le premier prix à l'École des Beaux-Arts de Dijon; Renard, sculpteur ornemaniste de premier ordre; Meunier, Benoît, Nesles, etc., etc.

Le bâtiment du Collège, établi dans l'ancien couvent des Capucins, a été construit en 1634 et reconstruit en 1758. Il se trouve près de la rue des Bordes, sur l'emplacement qui servait autrefois de Jeu de Paume, et près de la chapelle des Pères capucins, élevée en 1692. Cette chapelle, dit M. J. Ledeuil, auquel nous empruntons ces renseignements, était voisine de leur église, consacrée le 8 Juin 1643, et dont il ne reste plus aucune trace.

Le collège forme une vaste construction rectangulaire, placée entre cour et jardin, en un lieu un peu isolé, ce qui, pour un établissement de ce genre, est un avantage inappréciable. Les salles d'études sont parfaitement aménagées et aérées, ainsi que les classes et les dortoirs, et les élèves trouvent dans ce local tous les éléments indispensables à l'accomplissement de leurs travaux.

Au début, le collège n'était qu'une simple escholle, dont les recteurs se contentaient d'enseigner la lecture, l'écriture et

1. Dans son ouvrage intitulé : « Les Libertés de la Bourgogne d'après les Jetons de ses États » (Autun 1851), M. Rossignol affirme qu'aucune de ces monnaies n'a été frappée à Dijon, et qu'à l'exception des douzains de 1593-1594, les pièces qui passent pour avoir été frappées à Semur, à Beaune, à Auxerre et à Nuits, sauf les deniers fort anciens des Comtes, l'ont toutes été à Paris.

quelques éléments de la langue latine. On ne peut même assigner la date précise de sa fondation, ni dire où il se trouvait en 1556, époque où le mayeur et les échevins de la ville de Semur adressèrent à Jacob de Nolay, recepveur, le mandement par lequel il lui fut enjoint d'avoir à(( bailler et délivrer des deniers de sa recepte à maistre Jean Geoffroy, recteur des escolles de ladite ville, la somme de quinze gros, monnaie courante, qu'il lui a esté donné et ordonné de prendre sur les deniers de la recepte, pour sa despense en ladite ville depuis la feste de la Nativité de Notre-Dame, auquel temps le dit maistre Jehan fut institué recteur des escolles » (1).

Par décision de la Chambre, en date du 23 Novembre 1561, l'école fut transportée rue des Bordes, dans les bâtiments de la chapelle de la Trinité. Elle se trouvait alors, dit le registre des délibérations, près la rivière, dans un endroit infect où les eaux croupissaient.

La distinction entre cette escolle et le collège n'a été parfaifaitement établie qu'en 1581, le jour où, grâce au testament de Nicolle Frolois, la Chambre de ville passa un traité avec le sieur Burlot (pour le faict du collège), et mandata une somme de deux écus à René Leclousier, écrivain.

En 1560, les échevins, d'accord avec le recteur, fixèrent à 20 deniers par mois le taux de la rétribution des écoliers âgés de plus de six ans, et à dix deniers pour ceux qui n'avaient pas encore atteint cet âge.

L'année suivante, le recteur David Brelucque adressa au maire et aux échevins une requête pour que ceux-ci lui viennent en aide, vu les grands frais qu'il avait à faire « tant par l'infortune et accident de peste, que par la chierté de toutes choses appartenant à la vie humaine. » Ordre fut donné au syndic de lui payer « la somme de cent sols », dont il donna quittance le 14 Décembre 1562 (2).

Le 7 Janvier 1571, le « maistre d'escolle », Biaise Martin, signa avec les magistrats de la ville un traité par lequel la direction du collège lui était confiée pour trois ans, moyennant — ce qui n'avait pas encore eu lieu jusqu'ici — une rétribution de quatre-vingts livres pour la première année, et de soixante livres pour chacune des deux autres. Il reçut, en outre, le droit exclusif de « tenir escolle » (3).

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