Hairangue dé vigneron de Dijon
2. Clément-Jeanin. — Sobriquets des villes et villages.de la Côte-d'Or (Dijon 1877).
Ou que, comme un blanc tablier,
La neige en flocons s'amoncelle, A minuit Saint-Vernier, Les bras chargés d'osier.
Revient trottant parmi les treilles, Ses pieds dans ses sabots, Sur son dos l'hotriau;
Il chante! prêtons-lui l'oreille.
Bon compagnon du bois tortu.
Dit-il, tes douleurs sont passées, Pour toi l'espoir est revenu Avecque la nouvelle année.
Le sarment pleure et le bourgeon.
Dans sa barbe de laine blanche.
Se gonfle, éclate et montre au fond Le raisin, ses feuilles, sa branche.
Le messie apparaît.
Ce petit chapelet C'est lui! Dieu veuille le soustraire
A la bise de Mai
Car celui qui l'a fait Et qui tout fait, peut tout défaire.
Mais voici qu'il a passé fleur.
L'été s'en va, voici l'automne, Voici les joyeux vendangeurs, De leurs cris le coteau résonne;
Et sous ton pied foulant
Les raisins débordant La cuve aux lèvres violettes.
Dans ton cellier croûlant
Tu redis en chantant Adieu paniers, vendanges sont faites. »
Enfin, et bien qu'on les accuse encore de médisance, défaut qui n'est certes pas particulier à la capitale de l'Auxois, les Semurois n'en sont pas moins de braves gens, très charitables, et au besoin très reconnaissants. Nous en donnerons pour preuve les témoignages qu'ils rendaient aux étrangers, voire même aux autorités, lorsqu'ils voulaient leur exprimer leur satisfaction ou leur faire honneur. Ces témoignages consistaient en des harangues et en des présents dont plusieurs ont été consignés dans les archives de la ville. Nous y voyons, en effet : « six cimaises de bon vin offertes au roi de Pologne lors de son voj^age à Semur ; une queue de vin vieux donnée à M. de Cipierre, en reconnaissance des faveurs et amitiés dont il a honoré la ville ; six feuillettes de vin et deux moutons au même, lors du baptême de sa fille; à M. le prince de Condé, six chevaux qu'il refuse; à M. de Tavannes, pendant son séjour à Courcelles-les-Semur, et pour obtenir ses bonnes
grâces, du vin, des levreaux et d'autres venaisons ; à M. Le Mulier, assesseur du pays, 200 francs de vaisselle d'argent ; à M. Vanteau, élu de la noblesse en 1656, des pots d'œillets, etc. ; à M. d'Aumont, lorsqu'il revint des États de la Province, les vins d'honneur qui lui furent présentés sur la route de Montbard, où on était allé à sa rencontre avec des fifres, des haut-bois et la milice bourgeoise... »
Lorsqu'en 1821 le célèbre poète-chansonnier Jean-Pierre de Béranger, sous prétexte d'outrage à la morale publique et religieuse, et de délit envers la personne du Roi, fut destitué de son modique emploi de commis-expéditionnaire au secrétariat de l'Université, et poursuivi devant la Cour d'assises de la Seine, qui le condamna à l'emprisonnement et à une amende de dix mille francs, un groupe de jeunes gens du parti libéral de Semur, à la tête duquel se trouvait Touzet, envoya à Béranger un panier de vins de Bourgogne, en même temps qu'une lettre très spirituelle du dit Touzet. A cet envoi, le poète répondit par une chanson intitulée : a Ma Guérison», et qui avait pour sous-titre : « Réponse à des Semurois qui, pour faire passer la folie que j'ai eue d'essayer de guérir des gens incurables, m'ont envoyé du vin de Chambertin et de Romanée, en m'ordonnant des douches intérieures pendant mon séjour à Sainte- Pélagie. »
Voici le premier couplet de cette chanson :
(Air : La Treille de sincérité.)
J'espère que'le vin opère.
Oui, tout est bien, même en prison :
Le vin m'a rendu la raison, (bis)
Après un coup de Romanée,
La douche ayant calmé mes sens,
J'ai maudit ma muse obstinée,
A railler les hommes puissants, (bis)
Un accès pouvait me reprendre ;
Mais, du topique effet certain !
J'avais de l'encens à leur vendre
Après un coup de Chambertin.
J'espère que le vin opère.
Etc., etc., etc.
Une coutume assez bizarre, mais très pratique, obligeait, au xvi^ siècle, les jeunes mariés de faire planter sur les chemins de la ville et les terrains vagues, deux arbres, ormes ou noyers, de l'âge de six ans. Ils étaient libres de les prendre ¥ où bon leur semblait, mais étaient tenus de les soigner, sous peine de 30 sols d'amende.
Comme bien d'autres villes de France, Seniur avait mt^fois sa rosière. Chaque année, au mois de Décembre, l'élue était couronnée par le maire, qui lui remettait en grande pompe une dot de 400 francs. Mais bientôt cet usage se perdit à cause des difficultés qu'éprouvaient les commissaires à trouver une jeune fille réunissant toutes les conditions voulues. Il ne suffisait pas, en effet, à la postulante d'être la plus vertueuse de la commune; il fallait aussi qu'elle fut unie le même jour à un jeune homme ayant /«zï /a guerre. Or, comme il lui était souvent impossible de réaliser cette seconde condition, cette coutume ne tarda pas à tomber en désuétude.
Voici, du reste, ce que porte la délibération du Conseil municipal en date du 20 Octobre 1809 :
«... Il résulte du rapport des Commissaires que, parmi toutes les filles de la ville qui, par leur sagesse et leurs vertus domestiques mériteraient de fixer le choix du Conseil, il n'en est aucune qui ait trouvé pour époux un militaire ayant fait la guerre; de sorte que les recherches des Commissaires se trouvant infructueuses sous ce point de vue, le Conseil s'est ajourné au 24 de ce mois, d'ici auquel temps chacun de ses membres prendra tous nouveaux renseignements pour parvenir à trouver une rosière qui réunisse, tant par elle que par son époux, les conditions voulues. »
Par édits royaux, en date de 1656 et du 9 Décembre 1666, les ménages légitimes ayant au moins dix enfants étaient exemptés de tailles et charges de toutes sortes.
Semur et ses environs ont donné à la France plusieurs personnages illustres, dont quelques-uns se sont fait une réputation impérissable. Aussi, est-ce par la biographie de tous ces gens de bien, de science et de talent, que nous avons voulu terminer notre histoire de la capitale de l'Auxois.
La première de ces célébrités est le savant Charles Févret, auteur du « Traité de l'Abus )>, et l'un de nos plus grands jurisconsultes. Févret, né à Semur le 16 Décembre 1583, fit au collège de cette ville une grande partie de ses études. Son père, Jacques Févret, un des plus habiles jurisconsultes de son temps, était avocat au Conseil d'État. Cette famille était originaire de Semur, et la maison qu'ils habitaient était située rue des Carmes. L'ouvrage de Charles Févret, « chef-d'œuvre en son genre, sert de règle dans tous nos tribunaux, et lui
assure une vie immortelle, ou du moins ne met d'autre terme à la gloire de son nom que celui de notre jurisprudence (1). »
«Il était digne, dit L. Bocquin, de celui qui avait pris pour devise : « Conscientia virtiiti satis ampliim theatriim est (2). )> Louis XIII, harangué par lui dans son voyage à Dijon, lui donna la charge de conseiller au Parlement; mais il était avocat et sa réponse fut un refus. Il voulait vivre dans la profession qui l'avait illustré. Charles Févret, appelé par Gronovius, le Varron de son siècle, mourut à Dijon le 12 Août 1661 et fut inhumé dans l'ancienne église de Saint- Jean, à Dijon. Son savant traité parut en 1653 et lui fit une grande réputation. On a réimprimé depuis plusieurs fois cet ouvrage, dont la meilleure édition avec des commentaires est celle de Lj^on en 1756 (2 vol. in-folio).
Jean de la Grange, appelé en latin Grangianus, avocat au Parlement de Paris, est également né à Semur. La Croix du Maine dit que la Grange a fait quelques ouvrages, tant en latin qu'en français, mais qui n'ont pas dû être imprimés, car on ne trouve nulle part trace de ses écrits. Ce magistrat vivait sur la fin du xvi^ siècle, du temps de La Croix du Maine (1552-1592). .
Dans le même temps que Févret viennent se placer les deux Saumaise, Bénigne et Claude, tous deux nés dans ce joli petit hameau qui borde l'Armançon. Le premier était né vers l'an 1560; il est l'auteur de la traduction en vers français de la Géographie, de Denis Périégète. « A peine, dit-il lui-même, avais-je atteint fâge de vingt ans quand je fentrepris; il y a quatorze ans et plus que je la tenais sous clef; et elle n'était prête de voir le jour si l'importunité de mes plus chers amis ne l'eût tirée de mon étude comme par force. » Quoique peu fidèle, cette traduction a néanmoins une grande valeur à cause des notes qui raccompagnent et sont le fait d'une vaste érudition. Bénigne Saumaise était seigneur de Tailly, d'une famille noble et ancienne. Il était fils d'Etienne de Saumaise, lieutenant particulier en la chancellerie de Semur-en-Auxois, et d'Antoinette Sayve, fille de Jean Sayve, seigneur de Flavignerot, président à mortier au Parlement de Dijon. Bénigne Saumaise épousa Élisabeth Virot, fille d'Antoine Virot, sei-