La conscience est pour la vertu un théâtre assez vaste
IG
gneur de Tailly, et nièce de Guillaume Virot, conseiller à la Cour.
Son fils, Claude Saumaise, naquit le 15 Avril 1588 et fut baptisé à Semur le 21 du même mois. C'est avec son père qu'il fit ses premières études grecques et latines; il apprit sans maître le persan, le chaldéen, le copte, l'hébreu, farabe, et même les principes du chinois et de l'indou. « C'était un homme d'une érudition si prodigieuse, dit l'abbé Papillon (1), que je n'ai pas besoin de parler des savants commentaires qu'il a mis au jour sur les écrivains de l'histoire d'Auguste, sur Solon, sur Tertullien. Je dirai seulement que sa religion l'empêcha de parvenir en France aux charges qu'il devait remplir et qu'il se retira à Leyde, où il vécut admiré, et où il mourut en 1658, dans la religion calviniste qu'il avait embrassée à son arrivée en Allemagne. »
A la mort de Scaliger, président de l'Université de Leyde, Claude Saumaise fut jugé seul digne de lui succéder. A deux reprises différentes, le gouvernement français avait tenté de le conserver et, dans cet espoir, lui avait accordé le collier de Saint-Michel et le titre de Conseiller d'État. Mais rien ne put le retenir; il refusa même au cardinal Richelieu, qui lui avait fait offrir 12,000 francs dans ce but, de faire sa propre biographie. « Je ne sais point flatter », répondit simplement l'illustre linguiste, et il s'en retourna à Leyde reprendre ses fonctions de président. Chargé par Charles II, proscrit en Angleterre, de l'apologie de la mémoire de son père, il s'acquitta de cette tache avec un zèle digne de la grande cause qu'il soutenait. La reine de Bohême et la reine de Suède avaient pour lui une grande admiration, au point même que cette dernière ne craignit pas de lui écrire quelle ne pourrait vivre contente sans lui. Il se rendit à son désir, mais ne fit auprès d'elle qu'un court séjour et revint à Leyde, dont les Académiciens avaient déclaré que le monde ne pouvait se passer de la présence d'un soleil, ni leur Académie de celle de Saumaise.
Sa mort fut une perte pour l'Europe entière, car l'universalité de ses connaissances l'avait fait placer au-dessus de tous les commentateurs de son temps, tels que Ménage, Grotius, etc., dont les travaux nous sont connus et dans lesquels nous ne savons pas ce que nous devons admirer le
1. L'abbé Papillon. — Bibliothèque de Bourgogne (biographie).
plus, ou la profondeur des connaissances, ou l'immensité des recherches, ou la patience de rédaction.
Claude Saumaise s'était marié le 5 Septembre 1623 avec Anne Mercier, fille de Josas Mercier, sieur des Bordes, l'un des hommes les plus accrédités parmi les protestants de France, et qui d'ailleurs avait donné plusieurs preuves de son savoir. Anne Mercier était une femme hautaine, mais vertueuse, qui était tendrement attachée à son mari, le plus honnête et le plus sociable des hommes, et qu'elle se glorifiait d'appeler « le plus savant des nobles et le plus noble des savants». Ce qui n'empêchait pas, ajoute Benjamin Guérard, qu'elle ne mît souvent à l'épreuve la patience et la douceur inaltérable de son époux. — C'est à sa résidence de Grigny, près Paris, que Claude Saumaise mit la dernière main à son grand ouvrage sur Solon, ou, pour mieux dire, sur VHistoire de Pline, qui parut à Paris, en deux volumes, en 1629 (1).
A peu près à la même époque, mais successivement, se distinguèrent plusieurs hommes de grande valeur : François et Claude de Bretagne, Claude David et Hugues Bourrault. Le premier, Claude de Bretagne, seigneur de Nan-sous-Thil, exerça d'abord pendant plusieurs années une charge de conseiller aux requêtes du Parlement de Dijon, puis occupa celle de lieutenant général du bailliage d'Auxois, que lui résigna François de Bretagne, son oncle, et qu'il conserva avec honneur pendant trente-huit ans (2).
Son fils, François de Bretagne, était un homme de grand esprit et de grand savoir, et fut, à ce double titre, choisi parmi les Semurois pour haranguer Louis XIV à son passage à Montbard en 1650. Il donna plusieurs preuves de son attachement au roi et à la reine régente, et composa un panégyrique intitulé : Le Roi Mineur, que possède la bibliothèque de Semur et qui lui valut un brevet de Conseiller d'Etat. « Son ouvrage, dit L. Bocquin (3), est empreint du goût et des maximes politiques du temps. Il y a chez lui, comme dans Voiture, recherche dans les pensées, affectation dans le style ; mais, à travers ces défauts, se montre une imagination vive et des passages qui décèlent l'homme de bien. Sa famille a tenu un rang distingué dans la magistrature, et la plupart
4. Voltaire. — Siècle deLouis XIV — delà Monnaye — Abbé Papillon — L. Bocquin — Bery — Guérard.
2. Palliot. — Le gouvernement de Bourgogne, son origine, etc.
3. L. Bocquin. — Esquisse pittoresque, morale et historique de la ville de Semur.
de ses membres ont rendu d'immenses services comme citoyens. »
L'abbé Papillon, dans sa Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne, parle d'un Claude de Bretagne, frère ou cousin du précédent, qui naquit à Semur en 1625. Ce dernier entra de bonne heure dans la congrégation de Saint-Maur, fit ses vœux à Moutiers-Saint-Jean le 6 Novembre 1644, à l'âge de 19 ans, et mourut à Rouen le 25 Juillet 1694. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages religieux assez estimés.
En même temps que les de Bretagne, vivait Claude David, docteur en droit de l'Université d'Avignon, et qui fut le maître du célèbre Nicolas-Claude Fabri de Peiresc. D'abord conseiller au Parlement de Provence, il quitta bientôt cette honorable fonction pour prendre la charge de lieutenant-criminel du bailliage que Semur lui avait offerte. Il employa ses loisirs à composer quelques pièces de poésie qui n'ont pas dû être imprimées, car l'abbé Papillon dit, dans sa Bibliothèque de Bourgogne, avoir fait des recherches infructueuses pour les trouver, et conclut de là qu'elles sont restées manuscrites.
Hugues Boursault, lieutenant au bailliage d'Auxois, naquit à Semur vers 1560 et tut reçu avocat général en 1581, puis conseiller en 1586. On lui doit un ouvrage qui a pour titre : Cent discours réduits à leurs espèces, et qui fut imprimé en 1613, après sa mort. C'était un essai analytique qui eut, à l'époque, un très grand retentissement, mais qui est oublié aujourd'hui. Boursault mourut à Semur en 1602.
C'est encore dans la capitale de l'Auxois que naquit, en 1631, Gabrielle Suchon, originaire d'une des plus anciennes familles de cette ville. Ses parents lui firent prendre le voile aux Jacobines de Semur, mais elle n'avait, pour l'état religieux, qu'une vocation douteuse et réclama quelques années après contre ses vœux. Elle n'en eut pas moins à soutenir contre sa famille un procès qui infirma l'autorisation du Pape et la condamna à rentrer dans son monastère. Néanmoins, elle trouva le moyen d'éluder l'arrêt du Parlement de Dijon et se livra tout entière à la littérature. Elle mourut à Dijon le 5 Mars 1703. « Cette fille, dit l'abbé Papillon, avait toujours sur la tête un espèce de voile qui lui rappelait le souvenir de son premier état. Comme elle était très laborieuse, elle employait presque tout son temps à lire ou à écrire ou à enseigner des enfants. Son entretien était fort agréable. Je me
souviens d'une conversation que j'eus avec elle, où elle étala les avantages de son sexe, qu'elle défendait avec beaucoup de fermeté. Elle en a donné les marques dans l'ouvrage suivant : Traité de la morale et de la politique, divisé en trois parties, savoir : la liberté, la science et l'autorité, où l'on voit que les personnes d'un sexe, pour en être privées, ne laissent pas d'avoir une capacité naturelle qui peut les en rendre participantes. Elle publia encore un Traité de la faiblesse, de la légèreté et de l'inconstance qu'on attribue mal à propos aux femmes (in-4°, 1693). »
M. le président Cousin, qui donna un extrait de ce livre dans le Journal des Sçavans, de 1694, dit que cet ouvrage, composé en moins d'un an, sans aucun conseil ni aucun secours étranger, n'est pas une des moindres preuves de ce que la personne qui l'a écrit soutient à l'avantage de son sexe. L'auteur dut, sans doute, ce jugement à la politique de Cousin, car son livre est très médiocre et est entièrement tombé. L'ouvrage suivant est meilleur : Traité du célibat volontaire ou la vie sans engagement (in-8°, Paris, 1700, 2 volumes). On en trouve un extrait et un éloge dans les Nouvelles de la République des Lettres, par Bernard (Mai 1700) (1).
Avec Claude Varenne, le célèbre avocat, nous arrivons à cette période brillante qui jeta tant d'éclat sur Semur. Claude Varemie naquit en cette ville le 4 Octobre 1659; il devint un des plus célèbres avocats de Dijon et fut, pendant de longues années, secrétaire du roi en la chancellerie de Bourgogne.
«Il serait à souhaiter, dit l'abbé Papillon, que les plaidoyers de cet éloquent orateur fussent imprimés. Les connaisseurs y trouveraient toutes les délicatesses de l'art, et les questions les plus épineuses du droit romain et de notre coutume, développées avec cette facilité qui était si naturelle à M. Varenne et qui n'appartient qu'à ces hommes nés pour instruire les autres: a Quels meliore luro fmxit precordia Titan yy. Mais la modestie, dans cette occasion, l'a par malheur emporté sur l'utilité publique, et je ne connais de M. Varenne que l'extrait d'un de ses plaidoyers, qui fut imprimé en 1685 chez M. J. Oranger, à Dijon. Il fut fait pour le procès que S. Exc. le cardinal Le Camus, évêque de Grenoble, eut avec les religieux de Mont-Fleury.
» On doit, à la vérité, tenir compte à M. Varenne de tous les