Abbé Papillon. — Bibliothèque des auteurs de Bourgogne
Factums qu'il a donnés au public pendant le cours d'une longue et laborieuse vie, dans une infinité d'affaires de la première conséquence, dont le détail sera difficile à faire. Ces Factums peuvent servir à ceux qui cherchent des modèles de perfection pour l'arrangement des faits, pour la solidité des preuves, pour la force et les agréments du style ; ils ont, en un mot, toutes les qualités que les maîtres de l'art demandent dans ces sortes d'ouvrages; et comme ils sont faits pour persuader un lecteur qui, dans le silence du cabinet, est maître de ses réflexions et à qui rien de ce qui l'environne n'impose; il y faut de la justesse, de la précision, de la variété, de la méthode et une sagesse qui le soutiennent toujours. Mais je ne prends pas garde que je m'écarte et que je ne consulte pas assez mes forces lorsque j'entreprends de faire l'éloge d'un si grand orateur. »
M. de la Monnaye, à la page 288 (tome III) de son Menagiana, lui consacre quelques vers, et M. le président Bouhier, dans la préface de son ouvrage sur La Coutume de Bourgogne, en parle d'une façon très élogieuse.
M. Claude Varenne, dont l'un des petits-neveux habite Semur, est mort à Dijon le 12 Juillet 1734, regretté de tous ceux qui ont su apprécier son rare talent, la noblesse de son cœur et la droiture de son caractère.
Né à Semur en 1721, Claude-François-Simon de Calvi, écrivain de mérite, a donné au Théâtre-Français : Les Fausses Confidences. Mais cette pièce, que l'auteur fit étant encore très jeune, fut jouée sans grand succès. Découragé par ce début, il quitta la France pour se rendre en Portugal, où il fut chargé de l'éducation de M. le duc de Cadaval, prince du sang de Bragance. A son retour en France, c'est-à-dire six ans après avoir quitté Semur, il publia un poème en quatre chants, intitulé: L'Education, qu'il dédia à son élève et qui fut imprimé en 1747. Claude de Calvi mourut à Paris en 1761, au moment où il se disposait à donner au public sa tragédie de Cyrus. Bien qu'une des gloires de Semur, ce savant écrivain est resté méconnu.
Nicolas Creusot, qui fut supérieur du collège Sainte-Barbe, à Paris, puis curé de Saint-Loup, à Auxerre, où il mourut en 1771, est encore une des illustrations de Semur.
Semur compte aussi un poète, le chevalier Bernard de Bonnard, né à Semur en Septembre 1744, et dont un érudit,
M. l'abbé J. Utiiiet, curé de Vic-de-Chassenay, a donné la biographie dans le Bulletin de la Société des Sciences historiques et naturelles de Semur (année 1901).
Bonnard, qui commença ses études à l'école de Semur et les termina au collège de Dijon, montra de bonne heure des aptitudes particulières, non-seulement pour la poésie, mais encore pour les sciences exactes. Ami de Gueneau de Montbeillard, il reçut de ce savant, ainsi que du marquis de Thyard, et de BufTon lui-même, de précieux encouragements. Reçu premier à l'examen qu'il passa pour entrer comme officier dans le corps royal de l'artillerie, il abandonna néanmoins bientôt cette carrière pour entrer, en 1777, chez le duc de Chartres, en qualité de sous-gouverneur de ses enfants.
Nommé chevalier de Saint-Louis, en 1783, il était désigné pour être précepteur du Dauphin, lorsqu'il mourut le 13 Septembre 1784, des suites d'une variole contractée au chevet de son fils, atteint de cette cruelle maladie.
Le chevalier de Bonnard publia ses premières poésies dans VAlmanach des Muses. Nous en extrayons le triolet suivant, dédié à une jeune fille, et qui donnera une idée du genre aimable de ce poète :
Grondez-moi, si vous le pouvez, Mais je vous aime à la folie; Maintenant que vous le savez, Grondez-moi, si vous le pouvez.
A la beauté que vous avez.
Unir raison, grâce et saillie!...
Grondez-moi, si vous le pouvez, Mais je vous aime à la folie.
Les œuvres de Bonnard ont été publiées une première fois à Paris, en 1791; puis, en 1824, en 1828, et enfin, mais seulement en partie, en 1884, par l'éditeur Quantin.
Jacques SaA^ary, docteur en médecine, attaché à la marine royale, à Brest, était né à Semur ou dans les environs. Il fut un des collaborateurs à la Collection académique et publia un traité sur L'Hydropisie. Cet homme, d'un mérite incontestable et incontesté, mourut prématurément dans son pays natal en 1769.
C'est M. Gueneau de Montbeillard, né à Semur le 2 Avril 1720, mort le 25 Novembre 1785, qui fut chargé de l'édition de la Collection académique, à laquelle collabora le docteur Savary. Philibert Gueneau annonça, dès son enfance, les plus heureuses dispositions, qu'il cultiva d'abord par une
éducation de famille et qu'il perfectionna par l'instruction qu'il reçut au collège d'Harcourt (Saint-Louis), à Paris. Ses études terminées, il revint à Semur, fit la connaissance du célèbre BufFon, qui se l'attacha et en fit son collaborateur. La description du coq, du paon, du rossignol, du serein, de l'oiseau-mouche, etc., sont autant de chefs-d'œuvre dûs à sa plume autorisée. Entre temps, il travaillait à sa Collection, dont il fit le discours préliminaire ainsi que les avertissements des tomes IV, V et VL Gueneau de Montbeillard a fait aussi quelques Mémoires pour l'Académie de Dijon, dont il était membre, et a fourni divers articles pour le Dictionnaire Encyclopédique, parmi lesquels celui Etendue est des plus remarquables.
M"'^ de Montbeillard, sa femme, a coopéré à tous ses ouvrages. C'était une savante modeste et un écrivain de talent qui traduisait avec la plus grande facilité le latin, l'italien et l'anglais. Voici ce qu'elle dit de M. de Montbeillard dans une Notice qu'elle a écrite sur son illustre mari :
« ...Toute association est un joug, et M. de Montbeillard ne tarda pas à en sentir le poids; ce fut avec plaisir qu'il abandonna l'histoire des oiseaux, où il fallait travailler de concert avec Buffon, pour entreprendre YInsectologie, où il pouvait marcher seul et débarrassé de toute entrave. Il passa plusieurs années pour rassembler les matériaux de ce grand ouvrage et fit d'immenses études pour se mettre au courant d'une étude nouvelle... »
M"'^ de Montbeillard est morte à Semur en 1790.
François-Fiacre Pbtot de Montbeillard, frère, dit-on, de M™^ de Montbeillard, fut colonel d'artillerie, inspecteur de la manufacture d'armes de Charleville. C'était uu brave et excellent officier, qui a écrit plusieurs Mémoires intéressants sur fart militaire et a publié quelques articles sur l'artillerie et la fabrication des armes dans le supplément du Dictionnaire Encyclopédique. Ce savant officier est mort le 31 Décembre 1778.
M. Gaspard Pontus, marquis de Thyard, qui a donné une Histoire de Semur, manuscrit qui est à la bibliothèque de cette ville et nous a été d'un grand secours pour la rédaction de ce livre, est presque un Semurois; il est né au château de Juilly, près de Semur, le 26 Mars 1723, et a toujours considéré cette commune, qu'il a longtemps habitée, comme sa
propre patrie. Il était allié aux de Pibrac, et Guy du Four était l'un de ses aïeux maternels.
Obligé de quitter le service militaire pour cause de faiblesse de constitution, il vint se fixer à Semur et y consacra tous ses loisirs à la littérature. Nommé membre honoraire et correspondant de l'Académie de Dijon, il devint le collègue des hommes illustres de son temps, de Voltaire, Buffon, Daubenton, Lucerne de Sainte-Palaye, de Bissy, Boufflers, etc., tous hommes de grand talent et d'incontestable mérite. En 1775, il fut élu membre de la Société patriotique de Hesse- Hombourg, puis, bientôt après, membre honoraire de la Société des Antiquités de Gand.
On doit à M. le marquis de Thyard un Mémoire sur un Mercure gaulois, trouvé dans l'abbaye de Saint-Germain, à Auxerre; quatre Mémoires sur la Bonne c/îé/*e des anciens, dont deux sont restés inédits; un autre Mémoire sur la vie de Salluste, lu à l'Académie de Dijon, et dont la Bibliothèque de Semur possède le manuscrit. Enfin, il a publié, dans YAlmanach des Muses, diverses poésies dans l'une desquelles il est question de l'Aspic (1) qui, dans la tragédie de Cléopâtre, donnée par Marmontel en 1750, devait siffler en piquant l'héroïne. Un des spectateurs, auquel on avait demandé ce qu'il pensait de cette pièce, aurait répondu : (( Je suis de l'avis de l'aspic. » Or, c'est cette épigramme que M. de Thyard a mise en vers, et qu'après M. L. Bocquin nous reproduisons ici :
Quand les Français donnèrent Cléopâtre, De Vaucanson l'esprit industrieux Imagina, pour ce jeu de théâtre, Certain aspic, ouvrage curieux Que la Clairon sur sa gorge d'albâtre Faisait rouler, darder, siffler au mieux. Un spectateur qui, de la tragédie Ne goûtait pas le style échaflfaudé.
Interrogé sur cette rapsodie Dit : Je me tais, l'aspic a décidé.
Le marquis de Thyard qui, comme nous, était enthousiaste de Semur, fut unanimement regretté lorsqu'il mourut. Ce fut le 28 avril 1786, jour de deuil pour Semur qui, tout entier, l'accompagna jusqu'à sa dernière demeure, regrettant en lui, et tout à la fois, l'homme de bien et l'homme du monde.
M. Le Mulier appartient encore à l'une des plus anciennes familles de Semur, famille dans laquelle figurent des hommes