LIVRE PREMIER
Mian^e ancien.
Histoire du Monde depuis Torigine du genre humain ,
ou depuis le commencement des notions historiques
jusqu'à la grande migration des peuples.
Depuis l*an premier du monde ou Vau 8988 ATnnt Jesiis-Chrtitt jusqu'à Tan 400 de Tère chrétienne.
Jntr^dttct i0n.
Chronologie,
Xj'orioine de la Terre et du Genre humain étant réculée au delà des bornes de la mémoire humaine n'est sans doute pas un fait historique. On peut néanmoins la prendre pour point initial de lUistoire générale dont la tâche est de pousser ses recherches, autant que possible, jusqu'à la naissance du Genre humain et à l'origine de sa demeure. Nous pouvons aussi admettre avec quelque certitude , qhe cette origine remonte au moins à quatre mille ans avant J. C parceque l'existence de plusieurs états puissants et civilisés dans diverses parties du monde , comme en Egypte , dans TAsie moyenne et l'Asie orientale , existence entrevue à travers les ténèbres des plus anciennes traditions , remontant , dans toutes les hypothèses, à deux mille ans avant J. C. , et jointe à la lenteur des progrès humains et du passage de l'état de barbarie à celui de la civilisation , prouvée par l'anthropologie et l'expérience ne permet pas de supposer un âge moindre pour le genre humain. Il parait donc convenable d'admettre , du moins en hypothèse , comme bâte de Tancienne
chronologie, un espace de temps à-pea-près pareil, appuyé sur l'autorité de documens révérés parmi nous comme sacrés , et qui pour cette raison a été adopté dans presque tous les ouvrages historiques anciens (à compter du moyen-âge) et dans la plupart des modernes ; nous ne prétendons cependant pas donner cette assertion comme positive , encore moins y, reconnaître un moyen infaillible de classer les divers événemens du Monde ancien selon leur con* temporanéité ou la série des temps. Nous reconnaissons au contraire que la plus ancienne chronologie est plongée dans des ténèbres impénétrables et dans un abîme de confusion , car :
i** Les auteurs profanes difïèrent prodigieusement des livres saints quant à la supputation des temps , et surtout quant à lage du monde *). C'est trancher la difficulté et non pas la résoudre que de rejeter tout net les assertions des premiers. Cepejidant l'on ne s'en trouve guère plus avancé , car :
a** Les désignations des époques même dans nos livres saints sont obscures , incertaines et même ne s'accordent pas entr'elles, surtout dans le Pentateuque, puisque Moïse compte d'après les années
*J Hérodote donne plus «le i3,ooo ans au royaume d'Egypte, Diodore 23,ooo, et une chronique anonyme lut donne même 36,000 ans. Les Babyloniens faisaient avec ostentation remonter leur existence à des milliers de siècles et les Chinois n des million» d*annécs !
des PatrUrches, ce qui est sujet à diverses interprétfttions.
30 II y a en outre plusieurs textes de TEcriture^ sainte ; le texte hébreu ^ le samaritain et le texte grec des Septante. Tous les trois difTèrent considérablement entr'eux ; et surtout l'original hébreu dans lequel on cherche inutilement le patriarche Caïnan, que la version des Septante place après Arphaxad. On ajoute à ces trois textes la chronologie de Joseph Flavius , par rapport à son antiquité et à son authenticité; ce qui fait quatre* sources principales on bases différentes de la chronologie ancienne.
4** Ces dififérences ont toutes été soigneusement recherchées, examinées, approfondies, commentées et comparées ; on a même eu recours aux écrivains profanes pour obtenir quelque lueur au sein de ces ténèbres. Tout fut en vain ! Elles n'en sont dévenues que plus épaisses. Une foule de savans , parmi lesquels plusieurs hommes de génie, tels que: Scaliger,Bochart,Marsham, Newton, Jackson, Petau, Uscher, Pezron, Lenglet du Fresnoy, et dans les temps les plus récents Batsch, Frank, Ideler etc. ont prodigué à ce travail ingrat leurs talens et leurs.efforts, et il en résulte , que nous possédons plus de cent systèmes divers qui diffèrent cntr'eux de plus de quatorze cents ans , mais qui l'un comme l'autre , d'après l'expression pi-
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quante de Bolingbrock , ressemblent à des cbâteaut enchantés qui s'évanouissent quand le charme est rompu ou qu'on les considère de plus près.
Ce peu d'observations prouvant suffisamment Fimpossibilité morale de découvrir jamais la vérité, quant à la chronologie ancienne , il ne nous reste d'autre parti que de venir , par une fixation de temps conventionnelle , au secours de la mémoire et de Timagination pour les faits rangés selon les époques dont la recherche a été faite avec autant de soin que possible. On fera donc bien de s'en tenir' généralement à un système quelconque , peu importe à-peu-près lequel ; de chercher à se graver dans la mémoire quelques dates pour les principaux événemens, et plutôt en nombre rond, ou facile a garder, surtout un nombre court , (il y a plusieurs méthodes d'y parvenir); et afin de retenir la liaison des temps ou les intervalles quant aux autres événemens, on viendra au secours de la mémoire en faisant usage de tables synoptiques , en méditant sur les rapprochemens des faits ou des personnages , ou en se servant d'autres associations d'idées ou ressources de la mnémonique (voir niistoire du monde par Schlozer: Introduction). Nous adoptons la chronologie hébraïque corrigée par Denys Petau et nous nous y tiendrons , souvent même dans les cas où nous serions^ fondés à l'accuser d'erreur , parcequ'il nous semble moins nuisible de passer sur de pareilles fautes légères,
que de vouloir , par de prétendues corrections qui au surplus ne plairaient également pas à tout le monde , augmenter la quantité effrayante des systèmes chronologiques. C'est aussi pourquoi nous avons conservé, comme mesure chronologique du monde antédiluvien les années des patriarches d'après Moïse, quoique nous ne prétendions nullement défendre cette supputation. Mais quoiqu'il en soit de cette manière de compter , il existe , comme nous l'avons déjà observé, plusieurs autres motifs de présumer que la durée du monde, c'est-à-dire , du genre humain répond approximativement à ce calcul. Ce serait en outre surcharger de diffiadtés l'étude de l'Histoire, que d'indiquer différentes dates pour les mêmes événemens.
Nous indiquons ordinairement les dates simplement à compter de Tannée de la création du inonde, parceque , pour le même système , celle de la naissance de Jesus-Christ se trouve également indiquée en sens rétrograde. Qu'on soustraie par exemple, de nombre SgSS celui de l'année courante et l'on aura le nombre cherché. Il y aurait peu d'avantage à compter du déluge, puisque les nombres s'élèveraient pourtant à des milliers. En remontant en arrière à dater de la naissance de J. G. le domaine plus distinct et plus fertile de l'Histoire ne s'étend pas tout-à-fait à mille ans. Le soulagement qui en résulte pour la mémoire s'obtient également avec la manière de
compter d'après la création, lorsqu'on défalque en idée les premiers trois mille ans ou lorsqu'on repose son attention on ses souvenirs de préférence ou presque exclusivement sur les événemens ou les nombres postérieurs au troisième millénaire, c'està-dire , depuis Tan 3ooo jusqu'à l'an SgSÎ , et que par conséquent il ne s'agit que de se familiariser avec le court espace de 983 ans *). On évitera aussi de cette manière la fatigue et la confusion de cette méthode peu naturelle de compter à rebours, et de marquer les dates des événemens antérieurs avec de grands chiffres, et avec de petits celles des événemens postérieurs. On a placé à la fin de ce volume une table chronologique pour faciliter le coup d'œil général par aperçu.
Caractère de V Histoire du Monde ancien et de ses périodes.
Afin de saisir plus facilement le long espace de quatre mille cinq cents années à admettre pour l'Histoire ancienne , nous le partagerons en trois périodes que nous distinguerons de la manière suivante :
La première période du Monde ancien , qui commence depuis Adam , c'est-à-dire depuis Torigine du genre humain jusqu'à Cyrus fondateur du grand empire Medo-perse (d'après notre supputation depuis
*) Jean de Millier (œuvres complètes. XI. partie) rejette aussi le calcul d'nnnceâ rétrograde à compter de la naissance de J. C.
Tan I jusqu'à la 34^ 5** année) , se perd dans l'obscurité. Les deux premiers millénaires sont entière^ ment nuls poiu* lUistoire. I^ peu de traditions trèsdifférentes les unes des autres et dont on ne se souvient qu'à peine sont si loin de nous et ensevelies dans de si épaisses ténèbres que Ion ne saurait reconnaître si elles ont quelque fondement ou si elles ne sont que des rêves de l'imagination. Ces ténèbres s'étendent encore sur le troisième millier d'années et jusque vers la fin de la période et ne se dissipent que ça et là par des lueurs incertaines qui vers la première moitié du quatrième millénaire amènent enfin Taurore. U est vrai qu'on aperçoit alors une plus grande quantité d'objets , mais sous des formes vagues et étranges, semblables à celles qui vers la crépuscule du matin passent comme un songe devant nos yeux encore appesantis par le sommeil. Presque tout ce que nous possédons des histoires des peuples pendant ce long intervalle ne sont que des traditions ou des fables , ou du moins les détdils proprement historiques en sont entremêlés et rapportés dans un style plein d'images et symbolique qui les rend inintelligibles. Cependant le peu qu'on entrevoit à. travei^s ce voile nous montre les peuples et tout le genre humain alors dans l'enfance ou dans l'âge de minorité. Nous le voyons , dans un lointain à perte de vtje , naître et se multiplier successivement sur la surface de la terre , mais tout décèle cncoi;c une existence
toute neuve. Nous apercevons déjà distinctement en lui la disposition au bien et au mal y mais le développement n'est point encore achevé. Plein de santé et de vigueur , au moral comme* au physique , Thomme se réveille dans le sentiment de sa force et la manifeste sans retenue et avec le feu de la jeunesse dans toutes les situations de la vie. Il manque encore d'expérience , c'est encore l'enfant de la nature , il n'est ni formé par l'éducation , ni gâté ; sou état tient le milieu entre la civilisation et la dépravation. Cependant son éducation a commencé ; les soucis et les maux qu'il s'est attirés lui-même l'ont fait réfléchir et il a reconnu son mal héréditaire , les deux sources de ses peines, l'égoïsme et la sensualité. Aussi a-t-il recherché les moyens d'en guérir ; il a renoncé à l'isolement du misanthrope ; il s'est soumis à l'empire des lois , il est devenu citoyen , et il a cherché à élever son ame en portant ses regards vers un monde métaphysique : mais il s'est préparé par là d'autres maux ; il est devenu tour-à-tour victime de l'anarchie et du despotisme , et il a échangé ses pressentimens les plus sacres contre les erreurs de l'illusion. Les prêtres ont comprimé l'essor de son esprit , et les princes ont traité les peuples comme des troupeaux. Les oppresseurs des peuples , les conquérants , les fondateurs des empires se sont montrés et la perversité hiunaine les a encensés. Un seul petit peuple , les Juifs, conserve avec de pénibles efforts le précieux
trésor du culte divin dans sa pureté , et un autre peuple, les Phéniciens préfèrent les arts de la paix à la gloire des armes. On remarque aussi dans TOccident diverses tentatives, quoique peu habiles, pour parvenir à ime organisation libre , et légale , et Ton reconnaît déjà de plusieurs manières l'influence du climat qui rend les Orientaux indolents et patients tandis que les Occidentaux sont agiles et actifs* Dans les contrées chaudes et fertiles de l'Orient l'homme est enclin aux jouissances et au repos ; le loisir le porte de bonne heure à une demi-civilisation ; les arts et les sciences embellissent son existence : mais il s'endort à moitié chemin ou s'abandonne à la mollesse et à la sensualité ; dans les régions plus froides de l'occident, l'empire du besoin éveille et anime les facultés de l'homme et le sentiment de sa propre force donne de la consistance et de la dignité à son caractère. Il est vrai cependant que Ion verra plusieurs races qui commencent à dégénérer , mais elles ne perdent rien de leur force et restent susc^tibles de bonnes impressions. Dautres peuples marchent avec succès dans la carrière d'une civilisation plus perfectionnée , et dans les régions fortunées de la Grèce et de lltalie se préparent les champs qui ensemencés de germes étrangers porteront les plus beaux fruits de la culture de l'esprit et de la civilisation.
La seconde période commençant par Cyrus s'étend jusqu'à Auguste ou jusqii'au renversement de la Ré-
publique romaine , d^uis l*an dit monde 34si5 jusqu'à 3953 (avant J. C. de 558 jusqu'à 3o) , 5a8 i^ns.
Si dans la première période nous sommes forcés de nous en tenir presque uniquement aux traditions, et que même les récits historiques soient marqués au coin du merveilleux et du fabuleux ; si nous y reconnaissons également et surtout dans le développement à peine commencé de toutes les facultés de rhomme , de même que des institutions sociales , le caractère de l'enfance ou de l'âge de minorité du genre humain , nous verrons dans la seconde période dominer le caractère de Vadolescence et de la virilité ; nous reconnaîtrons dans l'homme un sentiment plus distinct de sa propre dignité, des souvenirs plus positifs, mieux liés entr'eux , et des efforts dirigés avec persévérance vers des buts plus importants et plus élevés. Ce n'est que de ce moment que nous verrons les organisations sociales acquérir, quoique par deiiXs voies différentes , une espèce de consistance. Car , d'un côté le despotisme s'affermit par la fondation des empires; dun autre la liberté par des efforts continus parvient à s'asseoir sur des bases plus solides, ou du moins on reconnaît la route à suivre poiu* l'obtenir et ne plus s'exposer à la perdre par suite de l'erreur, et plus souvent par l'effet de la perversité et des passions. Si de cette manière les institutions sociales, quant aux rapports intérieurs, s'établissent à l'aide de reflexions plus profondes et
d'une logique plus saine ^ Fou aperçoit aussi dans les rapports extérieiu*s , les progrès de la maturité sur la raison. Ce n'est plus alors l'avidité des conquêtes, la soif du . sang , le besoin de se signaler par des ^ exploits qui fait éclater les guerres ; ce n'est plus le désir de la vengeauce , la rivalité des nations ou la fougue des passions de la jeunesse qui arme les peuples. C'est la Politique ^ c'est l'ambition ou l'amour de la gloire qui siégeant au conseil des ix>is et des peuples décident avec préméditation la guerre o\\ la paix. Il en est de même dans toutes les sphères de la vie active ou passive. A l'enthousiasme de la jeunesse avec lequel on adoptait les opinions religieuses, a succédé peu-à-peu une sagacité qui examine avec plus de calme et la Religion se subordonne k la Politique. Parmi les sciences et les arts on ne voit fleurir , dans les temps antérieurs , que ceux qui intéressent l'imagination ; plus tard les graves doctrines se perfectionnent. Les mœurs se polissent et s'épurent , mais elles inclinent vers le luxe ; les vices de la corruption ont succédé à ceux de l'incidture etc. Il s'entend néanmoins de soi-^même que cette charactéristique générale ne dépeint que les nations placées sur l'avant-scène du théâtre de l'Histoire du monde. Car il y avait et il y a même encore , de notre temps , en seconde ligne des peuples particuliers qui se trouvent dans la période de l'enfance ; mais ce n'est pas de ces derniers qu'il
faut saisir les traits principaux dans l'ébauche d'un tableau général.
L'âge de l'adolescence et de la virilité est celui de la force , et celle-ci se manifeste aussi dans tout ce qui se passe sur la scène du monde dans cette période. De grands empires s'élèvent , les uns, subitement par des efforts gigantesques, d'autres, petit-à-petit par la sagesse et la persévérance du courage. De petits états se défendent avec succès contre les puissances les plus redoutables , ou succombent avec gloire dans une lutte inégale. Aucun âge du monde n'est aussi fertile en prodiges de patriotisme et d'amour de la liberté ; aucim n'a produit tant de sages et de héros ; mais aussi ce qui , dans cette période , inspire la terreiur ou la pitié , ce sont les suites funestes d'une fausse direction donnée à la force , et celles de l'égoïsme né de Forgueil national ou du fanatisme républicain. On y découvre plus de crimes que de belles actions, plus de coupables que de héros. A peine reste- t-il encore quelque vestige des uns et des autres , ou de leurs actions: ils ne vivent plus que dans les souvenirs pour servir d'exemple ou de leçon. Mais l'influence de ce que l'esprit humain a enfanté , de ce qu'il a produit en fait d'arts et de sciences continue toujours d'agir immédiatement, même dans les temps les plus modernes. C'est là ce qui fait. V pix)prement la gloire de cette période de l'Histoire
dti monde ancien. Bien que le destin ne nous ait laissé que peu de monumens d'arts de cette époque^ Us suffisent à maintenir, comme modèles sublimes , les lois étemelles du vrai beau , dans les t^nps les phis récents : et malgré la perte d'une infinité d'onvrages savants écrits dans tous les genres de sciences et d'art , ce qui nous en a été conservé est encore un trésor d'un prix immense. Il est vrai que nos progrès sont plus grands ; mais en réfléchissant combien les Anciens avaient peu de ressoiu*ces en comparaison des nôtres , et combien chez eux l'in* fiuence de l'activité morale devait être entravée sur un si petit nombre de peuples, nous admirerons avec raison la force de génie qui avec si peu de moyens a produit de si grandes choses. Et elle en aurait produit de plus grandes encore, si la liberté et la moralité, ces deux principes nourriciers de tout ce qui est bon et beau n'eussent succombé de bonne heure à l'action destructrice de la tyrannie et de la corruption. Les progrès de cette corruption se propagèrent dans la même direction que ceux de la civilisation précédente , c'est-à-dire , d'Orient en Occident, et à la fin de la période le monde historique se trouve partagé entre la barbarie et la dégéné* ration.
Cependant , malgré la perversité morale toujours croissante jusque vers la fin de la seconde période, le résultat principal de son histoire parut faire pres-
sentir une tendance au bien. Par une progression rapide les peuples s'étaient élevés. de l'état sauvtgeà la civilisation , de la taiblesse à la force , de l'inexpérience à la sagesse. Les états s'étaient organisés promptement et avec succès , les uns sur les bases de la liberté, les autres sur celles du pouvoir monarchique. L'esprit, en mûrissant, avait recueilli dans les choses divines et humaines un trésor de connaissances dont la pratique s'était répandue dans la vie privée et dans la société. L'industrie, les arts, les sciences et le commerce entre les homnjes et les peuples avaient midtiplié progressivement les . agrémens et les jouissances de la vie , et finalement les nations les plus considérables de la terre s'étaient réunies en un grand ensemble et étaient entrées par là dans un système de communauté pour l'emploi dç leurs forces jadis séparées ou opposées.
D'après des progrès si importants et une si abon-i dante récolte d'expériences n'était-on pas fondé à attendre de plus grands résultats pour la suite ? Mais malgré ces espérances, — si jamais on les conçut, — nous apercevons dans la troisième période , depuis Auguste jusqu'à Théodose le grand, ou depuis la bataille d'Actium jusqu'à la grande migration des peuples , (de SgSS avant J. C. jusqu'à 3g5 après sa naissance, 4^^ ^^^) une triste interruption, même im mouvement rétrograde dans le cours des destinées humaines. Comme si l'on fût parvenu au point le
plus élevé qu'il fût possible d'atteindre dans les circonstances de ces temps^là et d'après les progrès de la civilisation d*alors , la marche rétrograde commença inévitablement , de même qu'à la vigueur de l'âge viril succède la débilité de la vieillesse. Les ressorts des anciennes institutions qui devaient soa-» tenir la liberté étaient usés, et le génie ou la force nécessaire pour les réparer ou en construire d'autres n'existait plus. Epuisés par une trop longue durée d^efForts, les citoyens du plus grand empire qui jamais eût existé et qui renfermait la plus noble portion de rbumanité s'abandonnèrent au pouvoir illimité d'un seul , avec la même apathie que les peuples supportèrent dans la suite l'anéantissement de leur nationalité qu'ik avaient défendue avec tant de persévérance. On semblait ne plus ressentir d'autre besoin que celui du repos, et des douceurs de la vie; et l'attrait de toutes les jouissances croissait en raison inverse de la susceptibilité. Les traces du génie avaient presque totalement disparu ; les forces diminuaient ail physique comme au moral ; on suivait avec tiédeur et l'on finit par abandonner entièrement les inventions et les découvertes antérieures ; on se traînait nonchalamment sur les routes déjà fi*ayées , mais les arts et les sciences ne faisaient plus de nouveaux progrès ; aux opinions religieuses vinrent se mêler les superstitions puériles , et même les
erreurs de rincrédulité ; et de ce relâchement général, secondé encore par des orages extérieurs , résulta la chute totale He l'empire.
Il est vrai que ces traits ne caractérisent que Tempire romain ; mais c'était précisément cet empire qui embrassait la plus grande portion du genre humain , du moins la plus remarquable et presque la seule connue dans l'histoire. D'après cela on serait tenté de croire qu'il ne faut rechercher la cause de ces tristes résultats que dans la forme de, ce grand empire , laquelle liait aux destinées de Rome seule celles de tous les peuples , et qu'il ne faut pas l'attribuer au déclin de l'âge du genre humain. Mais jamais ce grand empire p'eût pris naissance au sein des peuples les plus généreux , ni la monarchie de^>otique ne s'y fut établie , si la force morale et le génie ne se fussent relâchés auparavant. Ce n'était que sur des états affaiblis par l'âge que Rome put avec si peu d'efforts étendre son sceptre, et si les grands états dont les ruines servirent de base à son élévation eussent possédé la jeune vigueiu* des Espagnols, Rome aurait succombé au lieu de vaincre. Et Rome elle-même, si elle ne ^ fut ressentie du déclin de l'âge, eût été par la vertu des Gaton^ et le courage des Bru tu s, préservée des Césart et des Auguste^.
. Quelque vraie et quelque juste que soit d'ailleurs l'idée de la gradation de l'âge des peuples et du
genre humain en général, die ne doit cependant servir ici qu*à rendre plus sensible la forme principale des grandes périodes, à en faciliter* Fin telligenee pour le coup d'œil général , à les caractériser par les traits les plus saillants. Les détails ultérieurs sont du ressort de la philosophie de Thistoii^e du genre humain. L'histoire du monde, consi* dérée comme science resserrée <lan3 des bornes plus étroites , ne doit pas aller se perdre dans la région des idées, mais se borner à la liaison des événe* mens et des faits racontés d'une manière positive.
Dans ce sens , le caractère distinctif de la troisième période consiste dans le tableau imposant d'ime monarchie universelle et de ses effet^ prospères ou f imestes. Car , l'empire de Rome excepté , l'histoire de cette période ne nous offre presque rien , parce que le destin semble avoir préparé et rassemblé toutes les circonstances relatives à cet empire, uniquement exprès pour nous Êûre voir clairement et jusqu'à l'évidence, dans toutes les hypotlièses, toutes les «uites d'un pareil pouvoir.
Théâtre des événemens.
Dans la première période le théâtre des événemens comprend tous les pays depuis le midi de la chaîne des montagnes de la Haute-Asie et depuis la Mer-noire et la Mer-caspienne , jusqu'à la
Méditerranée et la Mer des Indes , même jusqu'à la Mer de la Chine, de manière cependant que dans le' détail des évén^oiens il n'est que peu question de Tlnde et pas du tout de la Chine; que la partie septentrionale de l'Arabie y figure seule et qu'on ne fait qu'entrevoir , comme à travers un brouillard , quelques contrées de l'Asie intérieure; il comprend en outre une grande étendue des côtes du nord de l'Afrique et surtout la fertile vallée d u !N i 1 : enfin , presque toutes les côtes de l'Europe et les îles de la Méditerranée , nommément la Grèce et l'Italie et dans le fond du tableau les déserts de la Scythie et les sables de l'Ethiopie et de la Lybie. Telle est l'étendue des pays dont cette période fait mention plus ou moins; mais il y a une* grande différence dans la part que prennent à la marche générale des événemens les peuples qui habitent ces contrées. Les uns, tels que les Chinois sont entièrement isolés des autres peuples. L'existence des Indiens, des Éthiopiens, des Celtes et des Scythes est à peine indiquée par quelques vestiges épars et légers. Les peuplades de 1 ' A r a b i e , de l'Asie^mineure, des côtes de la Syrie, de l'Italie sont faibles et peu nombreuses; plusieurs d'entr'elles cependant se sont acquis de la célébrité par les sciences, leur religion, ou le commerce; tels sont les habitans de l'Ionie, les Hébreux, les Phéniciens. Quelques-uns ne font que de naître
ou travaillent encore à poser les fondemens de leur grandeur future; ce sont les Carthaginois, les Romains, les Grecs; d'autres se sont déjà élevés jusqu'à la domination , et cessent même déjà de briller sur le théâtre du monde ; nous rangeront dans cette classe les Égyptiens, les Babylo*niens, les Assyriens et finalement les Médes et les Perses (Médo^ perses) lesquels ne paraissent sur la scène que vers la fin de la période.
A la seconde période la scène des événemens s'étend dans toutes les directions beaucoup plus loin qu'à la première. < Le flambeau de l'histoire jette son éclat sur maint pays que Ion n'entrevoyait qu'à la faible lueur du crépusaile. Mais c'est surtout dans l'Occident que s'agrandit la scène, où l'Italie, l'Espagne, les Gaules et une grande partie de l'Afrique septentrionale deviennent le théâtre des plus importantes révolutions, auxquelles les Celtes bretons et les Teutons prennent une part importante. Le commerce et la guerre font aussi connaître plus particulièrement les Scythes et les Indiens; et les pays situés entre le Tigris et 1 * I n d u s attirent<x>nstamment notre attention comme le siège de grands empires qui se sont succédé.
Dans la foule des peuples qui couvrent cet espace immense il en est qui prédominent si éminemment qu'ils éclipsent tous les autres. Ce sont les Perses, les Grecs, les Macédoniens et les Romains
qui règlent la marche des destinées humaines y. et dans l'histoire desquels celles de tous les autres peuples, sans même en excepter les Par thés et les Carthaginois, se trouvent mêlées si naturellement , ou soutiennent si peu la comparaison , qu'elles ne méritent guère d*étre traitées séparément, et qu'elles servent plutôt d'épisode ou de supplément aux his* toires de ces quatre principaux peuples.
A la troisième période l'histoire du monde est circonscrite à peu près dans les bornes de l'empire romain , théâtre sans contredit assez vaste , qui renfermait les plus belles contrées des trois grandes parties du monde et sur lequel se mouvaient naguère nombre de peuples de langage différent. Ce théâtre est maintenant , à l'exception de quelques scènes sanglantes , silencieux et désert , le mouvement et la vie ont cessé y et ce que l'histoire peut nous en dire se borne aux révolutions de la capitale ou à la chn> nique de la cour du monarque. Les noms même de la plupart des nations se perdent comme leur caractère primitif et la plus noble portion du genre humain se change en un troupeau arbitrairement isolé qui , en comparaison du maître , ne mérite aucune attention. Si , détournant nos regards de cet affligeant spectacle, nous les portons au delà des bornes de l'empire romain , nous apercevons du côté de l'orient, à la faible lueur du crépuscule, un pareil spectacle dans la Parthie, (qui plus tard fut com-
prise dans la Perse) et en Chine; le sud n'ofire qu'un désert sans aucun indice de \ie ; mais au nord et au nord*est, dans les contrées les plus sauvages, le génie du courage et dç la liberté prend son élan. Les forets de la Germanie et les vastes landes de la Scythie, jadis ensevelies dans d'impénétrables ténèbres, se découvra[it à nos yeux, et nous contemplons avec une nouvelle chaleur d'intérêt ces sauvages et robustes enfams de la nature, dont la destinée est de régénérei les mœurs abâtardies par le commerce des Romains et de donner une nouvdle vie à l'espèce humaine dépérissante.
Pour faciliter l'intelligence de l'histoire de ces peuples, il est nécessaire de jeter un coup d'oeil, au moins par aperçu , sur les pays les plus importants compris dans les limites dont nous avons fait mention.
Le flambeau de l'histoire n*éclaire que la partie occidentale du midi de l'Asie, demeure primitive de Tespèce humaine ou du moins de la civilisation. La Chine est encore pour nous une terre absolument inconnue; et quant à l'Inde, ce pays si favorisé de la native et si florissant par le commerce^ nous n'en connaissons guère plus que la division en deçà et au delà du Gange et, par l'expédition d'Alexandre le Grand, les environs du fleuve de l'Indus et de ses affluents.
L'espace entre l'Indus et l'Euphrate est le théâtre mieux connu de nombreuses et diverses ré-
volutions , ainsi que le siège d'empires très-étendus. C'est là que se porteront nos premiers regards.
Au milieu et près des deux fleuves del'Euphrate et du Tigre, depuis leur sortie des montagnes de l'Arménie jusqu'à leur confluent et de là jusqu'à leur eml>ouçhure commune dans le Golfe Persique, sont situés la Mésopotamie, l'Assyrie et Babylone, trois pays dont les imposants souvenirs forment un contraste frappant avec leur misère actuelle. Aux environs du Bas- Euphrate et depuis la Susiane (Kousistan) jusqu'au désert de l'Arabie s'étend le pays de Babylone (Irak- Babeli), riche en pâturages et en moissons dans toute l'étendue des submersions du fleuve qui , jadis presqu'aussi bienfaisant que le Nil et comme ce dernier dirigé par de nombreux canaux, fertilisait ces landes sablonneuses. La plupart de ces canaux*) sont maintenant détruits et la moitié du pays n'est ^lus qu'un désert. Babylone n'offre d'autres monumens de son ancienne magnificence que des restes calcinés de constructions en briques , qui n'indiquent que confusément l'ancien emplacement de villes , de temples et de palais superbes. Ce pays , manquant de pierres et de bois, ne fournissait pas d'autres mar tériaux de construction , et nombre d'édifices se sont affaissés dans ce terrain amolli par les eaux.
La Mésopotamie (Aram Naharaim, Al
*) Le grand canal-royal, Nahar-malta, peut être comparé au lac Moeris.
Dshesira, ce qui veut dire à peu près ile des fleuves, étaut enfermée entre les deux fleuves) au nord de Babylone, et liée par sa position à la destinée de cette ville ou de l'Assyrie, présente ime variété remarquable de montagnes et de landes , de déserts et de plaines fertiles, et sa surface, jadis le théâtre ^e batailles mémorables , est couverte de villes et de ruines de cités.
Âii-delà du Tigre (ce mot signifie flèche et fut donné à ce fleuve par analogie à la rapidité de son cours) est située l'A s s y r i e (aujourd'huiK u r d i s t a n), patrie de plusieurs peuples belliqueux et le foyer primitif de cette ardeur féroce de conquêtes plus funeste que lesam(samum), souffle destructeur exhalé par les montagnes sulfureuses du Kurdistan , qui dessèche toute végétation et porte la mort jusque dans les contrées lointaines.
La Médie (aussi appelée Aderbeidschan , ' Chirwan et, dans un sens plus étendu , Gilan, Masanderan etirak A ds hé mi), soumise pendant long-temps à la domination des Assyriens, jusqu'à ce qu'elle se fifit élevée elle-m^e au rang des empires, s'étend du côté du nord et du nord-est jusqu'aux rivages de la mer Caspienne et à la Bactérie, Plusieurs chaînes de montagnes parcourant cette contrée ceignent des vallées fertiles; mais le pays élevé, s'abaissant par une chute soudaine, se termine par ime étendue basse de terrain abondant en sources
de bitume-naphte 9 et où le feu sacré des Parsis bràle encore de nos jours. Ecbatane et Gaza, ces orgueilleuses cités, ont cessé depuis long- temps d'exister.
On voit encore les ruines de cette dernière ; quant à la première, on croit qu'elle fut jadis située sur le terrain qu'occupe aujourd'hui Hamdan.
A l'est des riantes contrées de la Susiane (y compris Elymais), au sud du golfe Persique, à l'orient de la Car manie et borné du coté du nord par la vaste Médie est situé le Per sis (Farsistan). Sa superficie, à-peu-près égale à celle de l'Italie , est couverte de montagnes , les unes élevées , les autres arides , d'autres abondantes en pâturages ; le terrain qui s'étend vers la mer est plat et brûlé par le soleil; Ce pays jouit d'im ciel constamment serein, (aussi Pars signifie-t-il terre de lumière) et d'un air frais , en raison de son élévation. Vers le nord l'air y est même froid. Le terrain, mieux arrosé que celui des pays voisins, porte des fruits délicieux , des grains et des pâturages en abondance. I^es habitans , sains et robustes de tout temps, ont aujourd'hui diminué en uQmbre , et sont devenus moins industrieux depuis que le dogme deZoroastre, favorable à l'agriculuire, a cédé à celui qu'imposèrent les armes de Mahomet. C'est pourquoi Persis est en majeure partie désert , et cette solitude forme un accord affligeant avec les ruines qui réveillent les grands souvenirs de Persépolis.
Plus de deux mille yiAdcs/se sont écoulés depuis qu'Alexandre, dans Fivresse de la victoire ou du vin^ détruisit cette cité vénérable ; mais ses ruines sub-» sisteront plus long-temps que les palais les plus modernes* C'est à l'extrémité de la lande sablonneuse , au pied des premières montagnes de là chaîne et entre deux ramifications de cette chaîne que se voient ces ruines mystérieuses. On admire des colonnes, des escaliers gigantesques , des murailles , des appartemens, des tombeaux, construits d'énormes masses de marbre et bizarranent entremêlés, les uns sur pied , les autres renversés , chargés de figures énigmatiques d'animaux , et les murailles couvertes d'emblèmes et d'hiéroglyphes difficiles à expliquer, ou de caractères d'une écriture depuis long-tems perdue. Le pays depuis l' Indus et 1 ' Oxus jusqu'au Tigre et à l'Océan des Indes, nommé autrefois Iran (par opposition à Tur a n , au nord de l'ûxus) s'appe^ kit du même nom Ariana chez les Grecs, (Eriene dans la langue du Zend). Outre les provinces déjà mentionnées d'Assyrie et de Médie, il comprenait au sud les déserts de Carmanie et de Gédrosie, au nord, vers la mer Caspienne, l'Hyrcanie et la Parthie qui depuis se rendit si formidable; au nord-est et à l'est enfin la Bactrie et la Sogdiane si anciennement connues par leur commerce (cette dernière située encore au-delà de TOxus), l'A rie, l'Arachosie etleParopamisus, pays limitrophe
de l*Inde. Malgré toute la diversité des climats et des produits, que fait supposer une aussi grande étendue de pays , ces contrées ont néanmoins pour la plupart, à l'exception des cotes de la mer, la même élévation , le même air sec , et la même disette d'eau.
L'espace entre l'Euphrate et la Méditerranée d^uis les gorges des montagnes de TAmanus et la cime du Taurus jusqu'à l'Arabiedéserte, ou dans un sens plus resserré jusqu'à l'Ântiliban, est la Syrie (appelée dans la bible A ram, du fils de Se m, et par les Arabes Sham, pays à gauche, aujourd'hui Soristan), quoique plusieurs pays au-delà de l'Euphrate, principalement la Mésopotamie (Aram Naharaïm^, soient souvent regardés comme faisant partie de la Syrie, et que même l'Assyrie ait été. quelquefois comprise sous cette dénomination. Nous ne parlons ici que de la Syrie proprement dite, jusqu'à l*Antiliban (par conséquent à l'exclusion de la Palestine , mais en y comprenant laPhénicie qui n'est qu'une partie des côtes de la Syrie).
Aux deux chaînes de montagnes qui depuis la Cilicie traversent la Syrie et dont celle de l'est, côtoyant la mer est riche en forets et en sources^ tandis que celle qui parcourt l'intérieur est aride et sans végétation , se joignent diverses vallées et étendues de terrain, qui par la même raison offrent les contrastes les plus frappants de sécheresse et de fertilité. Le majestueux Liban, autrefois abondant
en cèdres et dont la cime est le plus souvent couverte de neige, et TAntiliban, situé plus an midii^ avec leurs vallées sinueuses augmentent la variété des points de vue et des productions. I-.a vallée qui s'ouvre vers le nord-est et se prolonge resserrée entre les deuxLibans, appelée Coelesyria, Syrie creuse, abonde en beautés naturelles, et en chefs-d'œuvre de l'industrie humaine. C'est là que brille encore de nos jours l'antique cité de Damas au sein d'tm paradis terrestre, et qu'on admire les ruines imposantes qui constatent l'ancienne magnificence de Baalbek (Heliopolis). Beaucoup d'autres villes sont ou étaient épaisses sur cette étendue de terre et dans toute la Syrie ; les unes sur les côtes de la mer où , surtout au sud, les villes phéniciennes embellissaient un rivage presque, entièrement stérile ; d'autres le long de l'Oronte qui, dirigeant son cours tortueux vers le nord-ouest , va porter ses eaux dans la Méditerranée; d'autres encore dans l'intérieur du pays , arrosé ça et là par des rivières qui vont se perdre isolément dans les sables. Le sol perd visiblement de sa fertilité aux environs de TEuphrate: il est arrosé ça et là par des canaux d'irrigation ou des sources naturelles; mais il est en majeure partie aride jusqu'à ce qu'enfin au midi dePalmyre, dont les ruines sont encore debout au milieu d'une solitude silencieuse, la vie organique se perd dans les vastes plaines de sable.
La Palestine appartient aussi à la Syrie dans une acception vague. Depuis le revers de TAntiliban, auquel s'appuie le Hermon avec sa cime de neige, se prolongent vers le sud plusieurs chaînes de mon* tagnes , jusqu'au*delà de la Mer-morte où elles commencent à se rehausser et à former un amoncèlement que Ptolemée nomme les Monts-brùlés et dont le majestueux Sinaî est le point central. Â l'est ces chaînes s'applatissent vers leDésertdeSyrieetà l'ouest vers la Méditerranée.
C'est dans ces limites naturelles qu'est renfermée la Palestine, considérée dans un sens plus étendu, c'est-à-dire en y comprenant laPhilistéeau sudouest, Edom au sud et à l'est le pays desMoabites, des Ammonites etc. Dans l'acception étroite de cette dénomination , l'on ne désigne que l'espace entre le Jourdain et la Méditerrannée, comprenant une sur£aice d'environ 5oo milles carré. Ce fleuve prend sa source à l'extrémité septentrionale du pays, forme dans sa course vers le midi plusieurs lacs, entr'autres celui de Génézareth, et se décharge dans la Mer-morte autour de laquelle la nature ainsi que les traditions ont accumulé les terreurs. Dans la basse-marée elle met à découvert des ruines sinistres ; la tradition prétend que ce sont celles de Sodome. Car à cette place exista jadis un pays prospère couvert de villes florissantes. Ije sol fertile , quoique imprégné de naphte , miné par les
écotikniens du Jourdain, s'enfl&moia, s'abima et Sodome ainsi que Gomorrhe disparurent de sa •surÊice. Au demeurant la Palestine présente aux yeux une yariété successive dé sites montagneux et de plaines , d'espaces arides ^ et de champs fertiles. En général la partie septentrionale (nommée dans la suite Galilée) est bien plus productive que la méridionale. C'est là que dominait le superbe Mont- Carmel entouré de ses collines couvertes de vignes ; et du milieu des riantes plaines de Jesreel s'élevait avecmoins d'orgueil le modeste Thabor. Garizim,le mont des moissonneurs , décorait la terre d'Ephraïm. Au Ion (les terrains ^s auprès du Jourdain) et la côte de Saron (à la Méditerranée) offraient de gras pâturages. La partie méridionale était célèbre par les jardins balsamiques et les bois de palmiers de Je r i cho, la Vallée de bénédictions et d'autres contrées fortunées, et l'industrie active des Hébreux corrigeait les torts de la nature en arrosant les landes arides ou en couvrant de terre la nudité des rochers. ' Au nord de la Syrie et de la Mésopotamie, au milieu des montagnes où TEuphrate et leTigre et plus loin le Lycus, le Phase, le Cyrus et l'Araxes prennent leur source, et où le grand lac de Wan (lelacMatianique) reçoit les eaux dune quantité de rivières, est située l'Arménie (aujourd'hui Turcomanie et Erivan), depuis la Cappadoce jusqu'aux fix)ntières de la Médie.
Ba
L'Euphrale la divise en deux parties inégales ; cell^ 4u côté de l'occidaat sappelle la Petite* Arménie , et loeUe à l'orient la Grande-^Arméoie. Nous reconnaissons tci> quant au climat et aux productions du pays ^ quant au caractère et aux mœurs des babitans, les qualités ordinaires aux pays montagneux et aux peuples monr tagnards.
A Toccident de l'Arménie se présente à nos regards enchantés l'Asie mineure, grande et délicieuse presqu'île (appelée en Europe le Levant, ou l'Orient). Quelques-uns prétendent que cette presqu'île , déjà très populeuse et parsemée de villes florissantes dans les temps les ^lus reculés « a pour limite orientale le H al y s (aujourd'hui Kizil Xrmak)^ fleuve qui a son cours entre la Pdphlagonle et le Pont et son embouchure dans la Mer^-noire; mais d'autres lui assignent l'Euphrate avec plus de raison. I.^es trois autres cotés sont baignés par la mer. Un grand amas de montagnes , appelé T a u r u s , (peut-être de Tur qui en Syriaque aigaifie générale* ment montagne) qui à l'est communique aux montagnes de l'Arménie, et au nord avec le Caucase par la chaîne de montagnes deMoschis? couvre le pays qu'il parcourt en diverses ramifications de hauteurs inégales (les sommets de ipielques-unes de ces montagnes sont perpétuellement couverts de neige, ceux de quelques autres vomissent du feu) et se lie , au moyen de plusieurs îles et groupes d'îles ,
k travers les mers et les détroits qui séparent l'Asie mineare de l'Europe, au mont Hémus hérissé de forêts , et à ses diverses ramifications qui projettent un nombre égal de promontoires^ Du sommet ver* doyant de l'Ida, au pied duquel fut située la mal* faeureuseTroie, on découvre les cimes des montagnes de la Macédoine et <le la Thrace, ainsi que l'aspect enchanteur de rarchipel de ia mer Egée. Beaucoup d*autres montagnes de TAsie mineur^ ont été célébrées par les poètes et les historiens ; les unes sont couvertes d'une riche végétation , d*autres renferment des métaux dans leur sein ; d'autres sont arides et nues. De la chaîne princ^ale du Taurus; vers le point ou l'Asie mineure se rapproche de la grande Asie, s'étendent deux branches, l'une au nord, l'autre au midi ^ l'Antitaurus et TAmanus; c'est à travers 'ces montagnes que conduisent les célèbres forges ou défilés de Cilicie et de Syrie.
Il est évident que dans ce vaste pays, traversé en divers sens par des chaînes de montagnes , arrosé par plusieurs fleuves (qui à la vérité ne sont que des rivières de cotes) , et borné par trois mers différentes; le climat et les productions doivent présenter néces sairement la plus grande variété. Vers le nord la pente du terrain et les vapeurs de la mer tioire rendent humide et frais le climat de laBythynie, de la Paphlagonie et du Pont; par contre celui de la Lycie, de la Pamphilie et de la mon*
tagn«use Cilicîe (y compris 1 ' Isa urie), situées k la mer de Syrie, est ordiaairement chaud et sec. La Phrygie (avec la Pisidieet la Lycaonie), la Galatie et la Cappadoce (y cctapris la Petite* Arménie), dans Tintérieur du pays , présentent une variété continuelle de montagnes, de landes, de pâturages, et de champs; mais la plus belle contrée c'est la côte occidentale , la Mysie (avec Troas ou la Petite-Phrygie) , la Lydie et la Carie. C'est là que se forma la célèbre alliance des colonies grecques; l'Aeolienne, l'Ionienne, et la Dorique; et l'expression cield'Ionie, qui s'est conservée j usqu'à nous , désigne suffisamment la douceur du climat et la richesse de la nature dans cette contrée.
L'isthme de Suez joint la Palestine à l'Egypte, le pays historique le plus important du continent de l'Afrique.
Sous le. tropique du cancer , à la pointe nord-est de l'Afrique, le Nil, après avoir parcouru l'Abbyssinie d'où il tire ses sources principales, et la haute Nubie, se précipite en mugissant par dessus des masses énormes de rochers, dans une vallée profonde qui, formant divers détours et n'ayant le plus souvent que deux à trois tailles de largeur, s'étend au loin vers le nord , jusqu'à ce que les parois de rochers s'écartant peu-à-peu des deux côtés, la changent en une vaste plaine à travers laquelle le Nil, partagé en plusieurs branches, va se jeter dans
kl MéclUerrauée. I^es bouches de ce fleuve sont d}fttante$ entr*elles de cinquante milles; de la mer jusqu'aux cataractes on compte vingt journées de marche, et tout le terrain que parcourt le Nil en Egypte n'a pas 800 milles carrés. Le pays aride et des deux càtés couvert de montagnes et de landes, dont l'extrémité droite touche au golfe Arabique, et dont la gauche se perd dans les déserts sabloimeux de la Tibye, est d'une bien plus grande étendue. Quelques espaces de terrain couverts de végétation , épars ça et là, ressemblent à de petites îles au milieu de cette mer de sable; on les appelle des Oasis; Fuue de celles^ri , à gauche des montagnes de basalte du Harutsch, servit un jour d'asile à Jupiter A mm on dans une de ses courses mystérieuses. L'Egypte serait restée un désert sinistre, pareil a celui de Sahara situé à-peu-pres sous le même degré de latitude, elle ne serait que faiblement peuplée d'autruches et de gazelles , si le Nil par sa puissance créatrice n'avait répandu sur sa surface les trésors d'une vie d'abondance et ne lui eut donné , selon l'heureuse expression de Volney, sa propre existence physique et morale.
Car non seulement une partie du Delta (ainsi s'appelle, à cause de sa conformation, la partie de la basse-Egypte resserrée entre les bras du Nil) s'est formé des arooncèlemens amenés par le Nil , lesquels, s accumulant devant ses bouches, se sont élevés au
dessus de la mer ; mais encore ce fleuve a étendu ^ir la terre calcmre couverte d'un sable rougeàtre^ formant la base du sol égyptien , une couche de terre fertile qui s'est éleyée gradudlement et fait germer une végétation vigoureuse. Presque tons les fleuves de la zone torride sortent de leur lit dans la saison des pluies ; mais les débordemens sumuels dil? Nil, bien plus abondants et accompagnés de diverses circonstances heiveûses, se r^andent dans toute rÉgypte. Elle paraît alors comme une mer, du sein de laquelle, semblables à des îles , s'élèvent les villes et les villages. Mais quand les eaux rentrent dans leur lit, on voit prospéra dans cette marne vaseuse la plus riche végétation, ^ TÉgypte est devenue ua immense et superbe jardin. Parmi les plantes précieuses et indigàties croissent les fruits du midi , lea Ués , et les légumes les plus savoureux ; les champs rapportent plus d'une récolte, et nous serions tentés d'en croire Hérodote, qui assure que l'Egypte (devenue par la suite le grenier de Kome^et de Constantin op le) comptait vingt mille villes et bourgs. Il est vrai cependant que c'est de ces contrées prospères que vient la peste; soit que la vase croupissante du Nil produise des miasmes venimeux , soit que le redoutable Sirbon (golfe de la Méditerranée aux confins de l'Asie , lequel entrait autrefois fort avant dans les terres) les ait exhalés , peu importe : il
suffît que la peate , qui a soiivent exercé ses ravages «lails l'orient et dans roccident, soit venue d'Egypte. Toat le nord de T Afrique, à l'exception de l'Egypte i eut pour aborigènes les peuples libyens, d'après lesquels les Grecs donnèrent le nom de Libye à ttnite cette partie du monde et dont les descendans, €x>nnu9 sous le nom de Berbers*), habitent encore aujourd'hui le pays situé entre le Tibbos et 1^ Tuarik, au midi de celui qu'occupèrent plus tard les Maures, jusqu'à la Nigritie. La plupart de ces peuples, depuis la Cyrénaïque, à travers le pays des Syrtes, le territoire de Carthage, la Numidie et la Mauritanie jusqu'à la mer atlan-* tique^ vivaient en nomades ; ils ne connurent l'agri* culture que dans les terres voisines, sous la domi<^ nation de Carthage. Toute l'extrémité septentrionale de l'Afrique forme, d'après Hérodote, la Libye, aujourd'hui Barbarie; le même auteur appelle, Libye abondante en animaux, l'étendue de paysla plus voisine au midi, et Libye sablonneuse ou sables de la Libye, une troisième contrée située ena>re plus au midi« La première de ces deux régions, appelée postérieurement Gétulie et aujourd'hui Biledulgerid (Belad al Jerid, pays des diMes), est formée en majeure partie par la longue diaine de montagnes qui, traversant W nord de
*) Aussi Berbres oo Bcbres: voir le Dictionnaire g4ograpliique oniTersel.
]*Afrîque pi>çsque en ligne [xiraHèk uvec les côtes de la MéUrterVanée y s^appelle à Touest Mont-Âtla» etàTest Mont-Harudsch (moiisater, mons aurasius) et finit par se perdre daiis le grand désert. Elle abonde encore aujourd'hui en gazelles ^ autruches, singes , lions et panthères ; les hommes y sont en moindre nombre, le pays n'offrant d'autres ressources pour sidjsister que le produit de quelque bétail et le fruit du palmier. Les peuples de la Gétulie, au nombre desquels on classe les Garamantes dans le pays que nous appelons actuellement Fez, et les Nasamons, leurs voisins au nord, disaient partie de la race libyenne. Entre la G é t u 1 i e et la N i g r i tie est située la Libye sablonneuse. Cette dernière région présente un aspect effrayant. Sur une surface à-peu-près triple de celle de la Méditerranée s'étend une mer de sable brûlant des deux cotés du tropique, et par conséquent dans la plus grande largeur de l'Afrique, depuis Textrémité occidentale jusqu'à l'extrémité orientale de ce continent , et même , comme le remarque avec justesse le savant Hérodote, die se prolonge encore plus loin que les golfes arabique et persique, au delà de Yemen, de Kerman et de Mekran jusqu'à Multan dans les Indesseptentrionales. Néanmoins, au milieu de cet immense empire de la mort, (il variedans sa largeur, mais en général il est plus affreux à louest qu'à I>5t), on voit couverts de végétation quelques points
plus ou moins étendus, semblables à' des Uas au roiheu de la mer, et ces points se nomment oasis en langue égyptienne. Ils sont arrosés de quelques sources isolées et ce n*est qu'au moyen de ces oasis, conséquanment au moyen des voies immuablement indiquées par la natui*e elle-même , quHl est possible d'entretenir une communication entre le nord et l'intérieur de l'Afrique.
Il nous reste encore quelque chose de particulier à faire observer rdativement au territoire de Car thage dans TAfrique septentrionale.
Presque au milieu entre la frontière de TÉgypte et les colonnes d'Hercule , au point où la cote saillante d'Afrique rentre subitement vers le midi, est une baie profonde (aujourd'hui le golfe de Tunis) du fond de laquelle se projette ime presqu'île. C'est sur cette presqu'île fortifiée par la nature que fut construite Car thage. La citadelle de Byrsa défendait la ville du coté de la terre , et ime langue étroite de terre , s avançant dans la baie , formait un double port. Cette baie, maintenant comblée par les ensablemens successifs , n'est plus reconnaissable , mais l'on sait encore que Tunis et U tique étaient aux deux cotés de cette cité , la première à un mille , l'autre à un mille et demi de distance.
Jje pays voisin partagé en deux provinces, Tune au nord, appelée Zeugis, l'autre Bysanzium (ainsi nommée des Bysantins) au midi, ressemblait
k un jardin immense parsemé d'un grand nombre de yilles flortsaantes , dont les habitans étaient d'ori* gine mélangée carthaginoise et libyenne (d'où dérive la dénomination Libyphoenices). Les environs du kc de Triton (Trilonis palus) et de la Petite-» 8y rtie étaient encore plus fertiles ; on appelait cette contrée Emporia, parce qu'elle restemblait à un marché abondant; mais au delà de ce pays et plus loin le long de la côte jusque derrière la Grande- Syrtie? s'étendait sur un espace de plus de cent lieues une région sablonneuse faiblement peuplée de tribus nomades, telles que lesLotophages, les Psylles etlesNasamons qui, aveclesCyrénéens sétaient soumis i la dcmiination des Carthaginois, par un traité fixant les limites (après Tan 35oo).
Tout l'intérieur de l'Afrique avec sa partie méridionale depuis la limite méridionale de l'Egypte et depuis le désert deSaharaest ordinairement appelé Ethiopie par les anciens géographes, qui l'ont divisé d'une manière assez vague en extérieure et intérieure; (division également adoptée pour la Libye). Le nom d'Éthiopien est encore plus généralement employé, etxlans un sens moins géographique que générique, pour désigner les races d'hommes qui se distinguent des autres par la noirceur ou la couleur rembnmie du teint, et d'après cette désignation il y eut aussi des Éthiopiens dans l'Asie méridionale, laquelle a pu être supposée cohé-
rente à l'Afrique par ceux qiii sont peu versés dans la géographie. 11 n'est pas possible de sq>arer de l'histoire succincte des Éthiopiens les notices qui se rapportait à la géographie de leur pays (voir ci^près).
Passons maintenant aux pays de l'Europe, dont ceux oïl se parle la langue grecque excitent d'abord notre intérêt.
Au midi des Monts-Hémus , qui s'étendent depuis la Mér- noire jusqu'aux cotés de l'Adriatique où ils communiquent avec la chaîne des monts Illyriens y laquelte commence axa. Alpes j est située une presqu'île peu considérable par son étendue (sa surface est à peine de 5ooo milles carrés ), mais remarquable quant aux dons de la nature et aux souvenirs historiques. I^ partie septentrionale de cette presqu'île contient la Thrace j la Macédoine et ime partie de rillyrie; la partie méridionale, d^uis les monti^nes du Kamhun renferme la Thessalie et l'Épire, le pays de Hellas et le Péloponnèse. La première est traversée par les ramifications de l'Hémus, parmi lesquelles sont le Rhodope et le P a n g é e riche en mines d'or , la seconde est traversée en plusieurs sens par une^ prolongation de la chaîne des montagnes illyriennes , d'où il résulte que ce petit pays , surtout dans sa partie méridionale , présente quant à la température et aux productions, une étonnante variété et uue. infinité de points naturellement fortifiés. Il semble que dans cette région la nature
ait en le projet de n'y point laisser s'établir une domination étendue , mais d'y faire prospérer libres , H indépendantes Tune de l'autre , plusieurs tribus , jouissant chacune des avantages d'un climat particulier et de la multiplicité des moyens de développement quant à la civilisation.
I^ conformation de ce pays dans la proximité des mers exerce , encore plus que la variété du sol , une influence puissante sur la marche et le perfectionne^ ment de la civilisation. Il est d'une notoriété presque générale , que les habitans de l'intérieur d'un pays se civilisent plus tard que ceux des cotes, et que le génie et l'industrie se développent en raison des relations commerciales par eau, surtout par mer. Comparons par exemple l'Afrique avec l'Europe! Or les cotes diversement échancrées et découpées du Péloponnèse donnent à ce pays les contours de la feuille du pampre ; lllellas et la Thessalie présentent aussi une variété infinie de pointes de terre saillantes et d*anses , de promontoires et de baies ; en un mot, toute la Grèce est tellement entourée d'îles qui en font naturellement partie , qu'on peut dii*e avec vérité , que , sur tout le globe , il n'existe aucun autre pays , qui dans une surface aussi resserrée possède une ligne de cotes plus étendue , autant de communications avec la mer , autant de ports et de points d'abordage. Cette Grèce ainsi conformée , si* tuée entre trois parties du monde, n'est-elle donc
p;is destinée par la nature à favoriser les relations commerciales les plus multipliées, l'industrie la plus active t par conséquent à seconder l'adoption et la circulation des idées et des découvertes, de même que celle des marchandises, et à servir de centre de réunion aux peuples, comme aux connaissances humaines ?
£n jetant un coup d'oeil sur la forme multi* ^anguleuse des côtes de la Grèce et sur cette quantité d'iles dispersées sans symétrie jusque vers l'Asie mineure, on ne saurait presque -douter de la vérité des assertions de plusieiu^s anciens auteurs, et des traditions très-importantes que Diodore a conser* vées sur la Samothrace, et d'après lesquelles l'espace maintenant couvert des eaux de la Mer^Égée, aurait jadis été un continent qui depuis fut sul> ' roergé,englouti,et brisé par quelque grande révolution de la nature. Des masses de rocher isolées , — aujourd'hui les îles de l'Archipel , — et des chaînes de montagnes, bases du sol de la Grèce, après avoir bravé l'efiEort des vagues dont elles dépassent la surface , montrent aujourd'hui leurs flancs entr'ouverts comme pour attester cette désastreuse catastrophe, probablement la même qui ouvrit à la Mer-noire un passage à travers le Bosphore de Thrace et l'Hellespont et qui, peut-être, joignit l'Atlantique à la Méditerranée en lui frayant un chemin à travers les colonnes d'Hercule.
Le climat de la Grèce et de toute la presquile dHénuis n*est pas si dotix qu'on le présume en général et que le.£sut supposer son d^ré de latitude. D'un c6té la situation du p*ys vers Test , qui dans notre continent est généralement plus froid , de l'autre les cimes des hautes mon^gnes souvent couvertes de neige, produisent, à l'exception de quelques bas -fonds et des vallées dont l'exposition est au midi , une fraîcheur qui , dans les temps anciens où les bois sacrés décoraient les sommets des monts^ dégénérait souvent en froid excessif. L'histoire nous apprend que les peuples de la Gaule sous Brennus purent à peine supporter le froid au pied du Par^ nasse (sous le même degré de latitude que Valence), et que le fleuve Hédus fenThrace), dontl'embou» chure est plus au midi que Rome , gela souvent ; et les expressions dont se sert Hésiode pour décrire l'hiver (à Asera en Béatie sous le même degré de latitude que Naples) pomraient, d'après la remarque frappante de Pauw, s'appliquer à la description d'un hiver en Pologne.
D'après cela les peuples de la Grèce , selon Hippocrate, jouissaient du plus heureux climat , également favorable au corps et à l'esprit, car ils ne se ressentaient ni du relâchement des peuples méridionaux, ni, les étés étant du moins fort chauds , de la stupidité des habitans du nord.
Quelques particularités relatives à certain» contrées
de la Grèce sercuit . rapportées dans le cours de l'histoire.
Après la Grèce nos regards se portent sur Htalie^ berceau de l'empire romain.
Les majestueuses Alpes , qui dessinent une ligne circulaire de i88 milles géographiques et dont les cimes principales surpassent en hauteur toutes les montagnes du continent , bornent au nord la célèbre Italie — jadis nommée OËnotrie^ Aus'onie, Saturnie et par les Grecs Hespéride. A propre* ment parler, ce pays est formé par la chaîne des Apennins qui, commençant à Textrémité de celle des Alpes au sud-ouest près de la mer, se prolonge d'abord vers le nord-est et de là dans une direction sud-est jusqu'à l'extrémité la plus éloignée de la presqu'île. C'est des atterrissemens au pied et autour de ces masses brutes que s*est formé le sol de lltalie, qui, semblable à celui de la Grèce, laisse voir différents indices de la force des eau%et offre , par cette raison , de fréquents contrastes entre la nudité des rochers et la plus riche fertilité. La longue étendue de la chaîne des Apennins formant une ligne de partage de température et des eaux, opère une éton« nante variété de climat et de productions dans les contrées les plus rapprochées, et présente aux tac^ ticiens un terrain très favorable à l'étude des opérations militaires. Nombre de rivières s'échappent des deux versans de ces montagnes, mais, vu la con-
formation de la presqu'île, elles atteignent trop tôt la inér, et pour cette raison il n'y en a que fort peu de navigables. Ce n'est que dans l'Italie supérieure que, Taffluence des eaux jaillissant de la pente méridionale des Alpes , se forme le Pô, fleuve majestueux qui , après avoir recueilli dans son cours au nord les eaux du Tessin, de l'Oglio, de TAdda et du Mincio, lesquels traversent tous de grands lacs, et au midi celles de la Trebbia et de plusieurs autres rivières des Alpes et des Apennins , va par sept embouchures (il n'y en avait jadis que deux) se jeter dans la mer Adriatique.
Les autres pays de l'Europe dont il est fait mention dans l'histoire ancienne, de même que ceux où se parlait la langue celtique , sont généralement connus quant à leur situation et à leurs propriétés naturelles, et le détail des choses et des événemens remarquables de l'antiquité qui s'y rapportent ne peut être séparé de l'histoire mém^ H en est de même des vastes régions de l'Asie ou de l'Afrique que nous n'entrevoyons dans les temps les plus reculés qu'à travers un brouillard vague , et dont nous ne ferons mention que sous le titre général d'histoire des peuples qui ont existé dans les temps les plus reculés et au commencement des notions de la géographie ancienne. Nous en parlerons aussi en partie plus particulièrement dans l'histoire du moyenâge et l'histoire moderne.