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toujours vraisemblable que ce fut un Phénicien. Cest de lui que viennent non seulement les lettres hébraïques, mais aussi les lettres grecques (que Ja tradition prétend avoir été apportées à Thèbes par Cadmus) y comme le prouvent le nom , la forme et Tordre des principaux signes alphabétique^ , ' et par conséquent tous les alphabets de Toccident.
iÇidtoirr bhaiUér îrr la ptemièrt périoîrr
Monde imtédiluvien.
On ne saurait nier que la terre n'existe depuis infiniment plus long -temps que Tespèce humaine. Elle porte daiîs son sein et sur sa superficie des vestiges indubitables de divers changemens de forme, et il est incontestable que plusieurs mondes ou séries d'êtres animés se sont éteints sur sa surface , avant que Thomme y prît naissance. D'après les diverses couches internes dont se compose son enveloppe et où se montrent , dans une admirable variété , tantôt des indices de feu ou d'eau , tantôt des pétrifications de plantes et d'animaux dont l'espèce originale ne se retrouve plus en vie ; d'après les masses d'animaux marins et"" de plantes marines pétrifiées qu'on dé-
couvre sur les cimes des monts les plus élevés; d'après les morcellemens de montagnes , d'iles ^t de côtes maritimes , et plusieurs autres phénomènes géognostiques , les physiciens ont démontré jusqu'à l'évidence ces thèses importantes et prouvé que notre gl6be fut jadis , et peut - être immédiatement avant sa dernière grande révohition , un océan universel qui couvrait toute la terre. Mais le naturaliste le plus pénétrant ne peut établir que des conjectures sur l'écoulement des eaux de cet océan universel , sur la manière dont la terre s'est élevée du fond des abîmes et a produit une nature végétale et animale. Moïse nous a raconté ces merveilles exactement et en détail , avec l'assurance de l'observateur clairvoyant , et nous reconnaissons que son récit , d'ailleurs è la pk)rtéé dû peuple quant au stylé et aux images , renferme, à la faveur de la latitude des înterprétar fions , un sens profond et des vérités philosophiques ; mais l'historien abandonne ces explications aux naturalistes et aux géologues.
H décrit aussi avec un sens profond l'origine de l'homme, chef-d'œuvre et but de la création terrestre ; — l'homme est formé de la terre , car la matière première de son corps est la terre ; mais son ame raisonnable , qui habite ce corps , est d'extraction divine , telle qu'une émanation de l'esprit céleste , k la ressemblance duquel elle est formée. Il lui a* été donné une compagne qiii est la chair de
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sa cbair , et le sang de son sang , pour en être inséparable et ne faire qu'un avec lui. Comment ne pas reconnaître que c'est de lui (Adam , l'homme terrestre) , et d'elle (Eve , mère des vivants), que nous descendons tous , puisque nous avons tous le même naturel , la même essence et la même destination.
C'est avec la même vérité philosophique que Moïse rapporte l'histoire du premier couple humain. Sa première demeure fut un jardin ; c'est-à-dire une contrée agréable , fertile , telle qu'il la fallait pour la sustentation de l'homme qui vient de naître exempt d'artifice , dénué d'expérience. La situation géographique du Paradis est également décrite, de manière que l'historien philosophique dégagé de prévention y reconnaît le siège primitif de notre espèce. Une contrée montagneuse à l'orient de l'Asieantérieure où plusieurs fleuves considérables prennent leur source ; par conséquent l'étendue de pays au centre de la Haute- Asie, laquelle d'après, les recherches des naturalistes , produit les plantes et les espèces d'animaux les phis utiles à l'honune. Cette contrée convenait donc particulièrement à Thorome pour sa première demeure et comme foyer de la propagation de son espèce.
Mais bientôt se perdit l'innocence d'une vie aussi délicieuse. Séduits par le serpent , nos premiers parens goûtèrent du fruit de l'arbre de science , auquel il leur avait été défendu de toucher, et furent punis
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de leur désobéissance par leur expulsion du jardin d'Eden , par d'autres maux physiques et enfin par la condamnation à la mortalité. Le sejis de cet apologue qui, comme d'autres essais d'écrivains qui ont cherché à éclairer les peuples , a pour but de concilier l'existence des maux sans nombre de la vie , avec l'idée d'un créateur infiniment sage , infiniment bon , et tout-puissant , est facile à saisir.
Cette fiction semble donc être une leçon phiiosofique, qui nous représente les maux physiques comme la suite et la punition du mal moral. Tel est le but de l'allégorie de la boîte de Pandore et de plusieurs autres fables accréditées chez divers peuples ; mats la fiction de Moïse se distingue de toutes par des images plus ingénieuses et plus vraies. „Un seul arbre est prohibé dans le paradis terrestre — dit le penseur Ilerder — et cet arbre , d'après le discours séducteur du serpent, porte le fruit de la science divine, à laquelle l'homme aspire. L'homme pouvait-il rien désirer de plus sublime ? Pouvait-il se montrer plus grand dans sa chute ?"
La continuation de l'histoire primitive du genre humain est affligeante pour l'homme. Ses premières pages sont souillées par le récit d'un fratricide. I^ vénérable Moïse a-t-il aussi été fidèle à la vérité dans ce récit? Caïn et Abel peuvent-ils être considérés comme les représentans de toute l'espèce
humaine , et leur inimitié comme le tableau de l'état de la nature humaine en général ? Pourquoi fautil , hélas ! que la réponse à cette question ne puisse être négative ? Il est philosophiquement vrai , et l'histoire des peuples le constate , que le rapport naturel (hors de l'état social) de l'homme à l'homme est un état dTiostilité de tous, contre tous. Comment eut-il été possible de représenter cet état d'hostilité de la liberté souillée de sang d'une manière plus frappante et plus effrayante que par une scène de fratricide ?
C'est le sentiment des rapports pénibles et des embarras résultant de cet état d'hostilité qui , d'après les préceptes de la philosophie , a porté les hommes à se réunir en sociétés civiles. On trouve déjà dans l'histoire du monde antédiluvien des traces de ce? sociétés , dans la séparation des diverses branches d'industrie, dans la fondation des villes et dans les avantages dont jouissaient les enfans de Dieu sur les enfans des hommes. Bientôt aussi l'on vit, par les suites d'organisations sociales mal -conçues, s'élever des tyrans qui, joignant à la force des bras de leurs combattans, et au tranchant des armes nouvellement inventées , l'autorité du maître , menacèrent de perpétuer l'asservissement de l'espèce humaine. . Successivement les représentations symboliques deviennent historiques, et c'est ainsi que dans les écrits de Moïse l'histoire du genre humain devient
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celle de sa nation et de la tribu dont^lle était issue. Il fait encore mention de deux événemens généraux, le déluge et la disp-ersion des peuples. Nous allons en parler plus en détail
Déluge et dispersion des peuples^
Ix}rsque l'espèce humaine se fut détournée de la bonne voie et que les plaisirs grossiers des sens et l'abus du pouvoir la plongèrent dans Tabime de la corruption , Dieu résolut de l'exterminer par une submersion générale. Par des pluies continues et le débordement des sources de l'océan , les eaux grossirent et s'élevèrent jusque par dessus le sommet des montagnes , et tout ce qui avait vie fut submergé ; il n'y eut d'exception qu'en faveur de Noé , qui avec sa famille et un couple de chaque espèce d'animaux, se sauva dans une arche qu'il avait construite par ordre divin.
L'arche de Noé s'arrêta sur le Mont-Ara rat (nous nous dispenserons , comme de juste , de rechercher , si cette montagne fait partie de la chaîne des mons d'Arménie ou de Mésopotamie , ou si c'est le loiutain Paropamise), et la famille sauvée s'y établit. Plus tard les descendans de Noé, ou du moins une partie , quittèrent cette contrée et allèrent se fixer vers le sud-ouest , aux bords del'Euphrate inférieur, dans la Babylonie, pays abondant en
pâturages, ou dans la plaine de Schinear où, i!)3 ans après le déluge , ils entreprirent la construction de la grande-Tour; entreprise qui, portant obstacle à Fextension du genre humain sur la terre, déplut à Dieu et fut déjouée par le miracle de la confusion des langues.
Il est impossible de savoir avec certitude, si ces traditionsdesHébreuxsontde pures fictions, ou si cesont des faits réels , c'es^à-dire , appartenants à l'histoire véritable de leur tribu. Dans la première hypothèse , elles paraissent n'avoir point de but^ et dans la seconde, elles sont peu importantes pour l'histoire du monde. Nous trouvons chez plusieurspeuplesdestraditionsdegrandes inondations arrivées dans les temps les plus reculés , et Ton conçoit que , dans l'enfance de la terre , la lutte des élémens n'étant pas encore terminée , et le lit des fleuves n'étant encore ni fixé , ni assez profond , il y ait eu ça et là de grandes inondations et que ces inondations s'étendant sur une grande surface, au delà ^'s bornes des notions géographiques des ignorans habitants , aient paru à ces derniers une inondation générale^ puisqu'elle couvrait leur monde. Le naturaliste instruit ne voit cependant dans ces inondations que des événemens partiels , et ne les confond pas non plus avec la première submersion générale de la terre entière sous Tocéan , laquelle d'après plusieurs indices eut incontestablement lieu avant la création d'Adam. Il n'admet donc nullement
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Noé comme une sècoiiyde souche du genre humain , mais il se contente de regarder comme telle notre premier père Adam, si toutefois il est disposé à re* connaître une pareille origine commune. Il n'approprie pas non plus à l'histoire, mais il abandonne au jugement des théologiens» les détails accessoires racontés par Moïse relativement au prétendu déluge, considéré comme une punition divine.
Il rejette nécessairement , d'après ce point de vue , toute théorie de population de la terre dont la filiation remonte aux fils de Noé, Sem, Cham et Japhet; et il sait qu'au temps où le récit de Moïse place les enfans de Noé ou leurs plus proches descendans, il existait réellement en Asie et en Afrique des royaumes et des peuples , qui par conséquent ne sont pas de la race des Noachides. Ces derniers donc peuvent bien avoir envoyé des colonies parmi ces peuples , peut-être même avoir été cause de la fondation de quelques nouveaux états , mais ils n'en ont pas été les seids fondateurs.
Quant à ce qui concerne les progrès de la popu* lation terrestre , si , comme nous y porte un intérêt pratique fondé sur la raison , nous la faisons descendre d'un premier père commun (supposons Adam), nous ne pouvons établir que peu de thèses générales , qui pour la plupart sont plutôt des conjectures raison» nables , que des faits réellement avérés» Les voici.
a) La première demeure de l'homme (le Paradis) devra être supposée au pied du nœud des montagnes dont la chaîne , se prolongeant dans l'intérieur de rAsiemoyenne^adù s'élever la première au dessus des eaux de l'océan général lors de la formation de la terre , et présenter ainsi aux hommes et aux animaux la première surface habitable. Plusieurs vallées s'étendant au midi , et exposées aux rayons bienfaisants du soleil 9 montrent la nature dans toute sa vigueur y la végétation la plus abondante et des animaux à foison. Une de ces vallées (indiquerons-nous d'après Her der et plusieurs autres écrivains la vallée deKashmir, connue de nos jours encore sous la dénomination de Paradis terrestre ? ) fut apparemment le lieu natal , le séjour primitif de l'homme ; et si nous examinons les traces multipliées de la première culture humaine dans l'Indostan, ainsi que ses traditions et ses coutumes remontant aux temps les plus reculés , nous sommes réellement tentés d'indiquer au moins conjecturalement comme berceau du genre humain la chaîne des montagnes qui bordent les Indes septentrionales.
b) Longeant de là le pied de la ligne des montagnes qui s'étendent vers l'orient et l'occident, et suivant le cours riant des fleuves, les hommes peuvent être venus s'établir dans les plaines de l'Asie méridionale et occidentale, en laissant quelques
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intervalles dont Taridité ou l'inaccessibilité aura détourné leur marche.
c) La mer , qui dans les commencemens fut un obstacle à la marche progressive de la population , dut , par le progrès des connaissances , devenir le meilleiur moyen de la seconder. C'est en traversant le golfe-persique et plus loin le golfe-ara bique, que les peuples d'Asie seront arrivés de bonne heure aux cotes d'Afrique; et ce n'est point par l'isthme de Suez, mais de l'Ethiopie (la Nubie et l'Abyssinie) que l'Egypte a tiré la plus ancienne et la majeure partie de sa population.
d) Mais des essaims d'hommes bien plus nombreux traversèrent la Méditerranée. La plupart des îles , et presque toutes les côtes de cette mer et de ses vastes golfes ont été peuplées peu à peu , médiatement ou immédiatement par des colonies venues des côtes occidentales de l'Asie. Chacun de ces établissemens devint un nouveau point central de propagation ultérieure , et ces colonies sont devenues pour l'Asie, l'Afrique et l'Europe une source multipliée et réciproque de richesses.
e) Ces colons pénétrèrent successivement aussi dans l'Afrique intérieure et dans l'Europe intérieure et s'y mêlèrent aux races venues du midi et du septentrion.
f) Le nord de l'Asie fut traversé plus tard que le sud , mais néanmoins dans des temps très-reculés, par
byGoegle
des races humaines. Ijq cours des fleures qui , sortant du sein des montagnes , coulaient vers le septentrion y les avait également guidés dans ces pays , mais les progrès de la population furent moins sensibles et plus tardifs dans ce climat inhospitalier. Des races plus endurcies , après avoir erré dans les déserts du côté de l'occident , finirent par arriver aux rivages de la Baltique. De là elles se dirigèrent pour la plupart vers le midi et se réunirent dans l'intérieur de notre continent aux essaims nombreux qui y étaient an*ivés du nord et du midi.
On ne saurait affirmer avec certitude , que toutes les contrées dont il vient d'être fait mention aient été déjà entièrement peuplées dans la première période. Nous avons déjà fait observer jusqu'où remontent les notions historiques de cette époque. Cependant quelques migrations remarquables , avec leurs indications géographiques et chronologiques, trouveront dans l'histoire particulière des peuples, pendant la seconde période et les suivantes , la place qui leur convient.
Nous nous bornerons seulement encore à remarquer, que la supposition de l'existence de plusieurs souches ou chefs de races s'appuie aussi sur plusieurs raisons plausibles , surtout sur la diversité frappante et générique des ra/^ principales de notre espèce , et que l'attention de l'observateur peut être réclamée à juste titre sur Thypothèsc de trois de ces races
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principales, savoir: i*' la race européo-arabc ou des habitansda Caucase; a'' la race mongole; 3^ Li race éthiopienne ou nègre, et par conséquent siir l'hypothèse de trois sources différentes de la population , nommément i^ le versant méridional de la chaîne de montagnes depuis les monts Himmalaja jusqu'au caucase ; a*^ le plateau de la haute Asie depuis le mont Mous-thag jusqu'à l'Altaï ; 3** la chaîne des montagnes de la lune en Afrique.
{Çfdtotrr î^u prupU ï\ibveu.
Histoire ancienne Jusqu*à Moïse,
Deux siècles s'étaient écoulés depuis que les descendans de Noé s'étaient dispersés et avaient abandonné les plaines de Schinear , lorsque Abram [né l'an 1947] (nommé dans la suite Abraham, et issu de Sem par Peleg) , vint d'Ur en Chaldée ou delà Mésopotamie septentrionale, s'établir au midi à Haran et de là, plus tard, enCanaan(aoaa). Le pays de Canaan n'étant alors encore que faiblement peuplé , il est probable que l'Émir étranger (c'est la d'ésignation qu'on FBI donnerait de nos jours) trouva le long du Jourdain, et plus avant dans le pays , des pâturages en su£Ssance pour ses
nombreux troupeaux. Les habitaos l'appelèrenl Eber, c'est-à-dire, venu d'au-delà (de TEu^ phrate), d'où dérive k nom d'Hébreu que portent ses descendans. Mais non seulement les Hébreux — qu'on nomme aussi Israélites d'après un surnom énigroatique de son petit -fils Jacob , et les Juifs ainsi nommés d'après Juda,fils de ce dernier et père d'une nombreuse postérité , mais encore plu-* sieurs tribus arabes font remonter leur origine jusqu'à lui. Ses vertus, sa dignité partriarchale et ses richesses le rendirent célèbre pendant sa vie, et même de nos jours les peuples de l'orient ne le nomment qu'avec vénération.
Ses voyages et les événemens de sa vie , ainsi que ceux de son fils Isaac et de son petit-fils Jacob, donnent à la vérité quelques détails sur les moeurs patriarchales , mais ils sont d'un faible intérêt pour l'histoire du monde. Joseph, un des fils de Jacob, parvenu par un enchaînement d'aventures roma* nesques et merveilletises à la dignité de grand - visir du roi d'Egypte et qui par sa sagesse et ses vertus méritait une telle fortune , fit venir son père et ses frères en Egypte où , sans se mêler avec les Egyptiens, ils continuèrent à vivre en nomades dans le pays de Gosen qu'on leur avait cédé (probablement dans les pacages et les déHrts autour du mont Casius et plus loin vers le midi). Mais une nouvelle dynastie étant montée sur le trône et les services de Joseph
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étant successivement tombés dans l'oubli, l'ancienne haine des Egyptiens contre les peuples pasteurs se réveilla et prit de nouvelles forces par les inquiétudes que faisait naturellement naître l'accroissement rapide des hordes israélites. On les contraignit d'abandonner leur genre de vie oisive et nomade (peut-être aussi le brigandage) , de bâtir des villes , d'exercer des métiers à la manière des Egyptiens , et on leur fit sentir, à eux qui ne se soumettaient qu'avec répugnance 9 tout le poids de la haine , de l'oppression et de la tyrannie.
Dans cestempscalamiteuxAmram, de la tribu de Lévi, devint père d'un fils (a373) qui fut nommé Moïse (en cophte , Moudshe c. a. d. sauvé des eaux), nom analogue au sort funeste qui lui avait été réservé dans son enfance. Condamné à périr dans les eaux , il fiit sauvé par la fille du roi , reçut à la cour une éducation soignée et fut initié dans les sciences des prêtres égyptiens. Mais la nature ou Dieu l'avait comblé de dons bien supérieurs aux avantages que l'on peut retirer de l'éducation ; une ame élevée et ferme , brûlant de l'amour de l'indépendance et de la liberté , et douée de toutes les dispositions à la sagesse et à la vertu. Ayant un jour tué un Egyptien qui maltraitait un Israélite, il s'enfuit à Midi an où il garda pendant plusieurs années, dans la vallée de Sinaï , les troupeaux d'un seigneur arabe.
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Sa vocation divine pour la. délivrance de son peuple , et la manière dont son frère Aaron et lui remplirent leur mission à la cour de Pharaon , sont enveloppées de ténèbres mystérieuses. Nous nous abstenons avec raison de parler de ces merveiUes et de plusieurs autres racontées par Moïse, et surtout de celles que le narrateur a puisées dans les traditions des Hébreux. Quant aux prodiges dont Moise fait mention comme les ayant vus ou opérés luimême y on y reconnaît quelquefois distinctement que le récit est fondé sur un fait réel qui , tantôt par son claractère particulier , tantôt par l'exaltation des spectateurs , tantôt par son style poétique et figuré , peut-être aussi par une sage politique que le narrateur sut approprier aux circonstances , peut facilement paraître merveilleux.
Le peuple que Moïse a emmené hors de l'Egypte n'était sous aucun rapport tel que l'exigeait l'accomplissement de ses grands desseins. Il voulait conqtiérir un pays habité par des peuplades belliqueuses et faire des Israélites une nation libre , indépendante et fermement attachée au culte de Jehova. Mais leur long esclavage en Egypte avait abruti leur esprit ; accoutumés à la servitude , ils redoutaient une liberté qu'il fallait acheter par des sacrifices , et la moindre privation leur faisait regretter les oignons d'Egypte. Ils étaient en outre arrogants , effrénés comme l'esclave qui croit avoir brisé ses fers^ rc-
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belles à leur propre chef , s'il ne s'entourait journellement des foudres menaçantes de Jehova , et plus propres à piller et à dévaster les pays , qu'à former un état policé. Moïse reconnut donc l'impossibilité de réussir avec Hue telle génération dans l'exécution de ses projets et fonda ses espérances sur la génération suivante qui , composée d'hommes nés libres dans le désert , mais néanmoins soumis à l'ordre et aux lois et réunis étroitement en im seul peuple par le culte de Jehova, pût un jour^ dans le pays reconquis de ses pères , sans se mêler à d'autres peuples , et sans dégénérer , soutenir son indépendance et sa dignité. Tel était le but ingénieux et sublime pour lequel Moïse avait combiné toutes ses mesures et qui explique même la dureté avec laquelle il traita les Cananéens. Ce ne fut cependant pas l'esprit divin , esprit de charité et de justice, qui inspira à Moïse les lois barbares qu'il imposa aux Cananéens ; mais enthousiasmé de son vaste projet, il en poursuivait l'éxecution , ainsi que le fit maint homme de bien en pareille occasion , sans aucun égard -pour ce qui pouvait blesser la justice et l'humanité. Cependant , î^ne vit pas de ses propres yeux l'achèvement de ses travaux; après avoir attaqué sans succès la terre de Canaan du coté du midi et s*avançant de l'orient vers le Jourdain, en tournant autour du pays d'Edom , il sentit approcher sa fin. Il contempla encore du sommet d'une montagne le beau pays
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dont la possession était promise k son peuple alors devenu plus puissant , et alla rejoindre ses pères (l'an 3493 ). Trente -trois siècles se sont écoulés depuis cette époque , et cependant le nom de ce législateur est encore en vénération parmi les nations , plus que celui d'aucun autre mortel.
/osué et les Juges.
La mort de Moïse et la conquête de la Palestine ouvrent une nouvelle période dans l'histoire des Hébreux. Car de ce ramas de nomades errants et malunis entr'eux s'est formé depuis cette époque im peuple sédentaire , uni , cultivant l'agriculture , et qui , par la force et la consistance que lui ont données les lois de Moïse , commence à jouer un rôle important dans l'histoire du monde.
Moïse ne conquit en personne que le pays situé à l'est du Jourdain, et c'est là que s'établirent les tribus *) de Ruben , de G ad et la moitié de celle de Ma nasse. La Palestine proprement dite daiîs
*) Cette division en tribus provient des douze fils de Jacob : (Ruben 9 Siméon^Lévi, Juda, Dan, NeplitaH^Gad, Asser, Issachar, Znbulon, Joseph et Benjamin), leS' queb en furent les souches. Cependant on reconnaît comme pères de la tribu de Joseph les deux fils de ce déifier, Ephraïm et Manassé, que Jacob avait adoptés; et la tribu de Lévi, tribu des prêtres , n'eut point de pays qui lui fût particulicremeut assigné , mais elle se dispersa parmi toutes les autres tribus.
laquelle les autres tribus se fixèrent ensuite, fut d'abord conquise par les armes de Josué , qui extermina la plus grande partie du peuple cananéen dans une guerre sanglante qui dura six ans. Mais enfin le courroux des vainqueurs s'appaisa et le peu d'habitans pui restèrent furent tolérés dans le pays, à charge de tribut et sous le poids de l'oppression. Le lien principal qui unissait les Israélites, et qui par conséquent faisait leur force nationale , était le culte de Jehova. Mais au lieu d'y rester fidèles , ils se montrèrent enclins à l'abjurer et à rendre hommage aux idoles des peuples qu'ils avaient vaincus et des nations voisines. C'est ainsi que se rompit le lien qui les unissait , et ils se divisèrent en autant de peuples que de tribus, qui s'entrendéchirèrent par des guerres intestines. Les peuples soumis et les tribus ennemies voisines profitèrent de cet état de désunion et firent sentir fréquemment aux imprudents Israélites les effets de leur ressentiment et du retour de leurs forces. Ces derniers furent presque tous , tour-à-tour, assujettis par leurs voisins , et ce fut avec raison que leurs sages expliquèrent ces calamités comme im juste châtiment de leur renonciation au culte du vrai Dieu. Mais toutes les fois qu'ils retournaient à lui et qu'ils rétablissaient par là le lien de leur union , ils redevenaient puissants , et sous le commandement de chefs ou de capitaines particuliers librement élus (vulgairement appelés Schopatim , faussement
interprété par le mot juge), ils usaient amplement de représailles.
Le gouvernement intérieur du peuple hébreu pendant cette période fut entre les mains des princes des tribus et des anciens sous l'influence prédor minante du grand -prêtre, jusqu'à ce que ce dernier, ambitionnant la possession héréditaire de la suprér matie du pouvoir civil et ecclésiastique, fit redouter au peuple le poids d'un despotisme illimité. L'arrogance et les désordres des fils d'£ji et de Samuel ouvrirent les yeux au peuple qui demanda un roi. Ce fut en vain que Samuel, défenseur sage mais intéressé de la théocratie , lui représenta éloquemment les dangers du gouvernement monarchique ; le peuple persista dans sa demande jusqu'à ce que Samuel, se rendant à ses vœux, sacra, par une politique adroite (l'an 2916), Benjamin, issu d'ime des moindres familles de la moins puissante des tribus, lequel, bien qu'il se fût déjà distinijué par son esprit et sa valeur , ne faisait pas redouter au pontife une restriction sensible d'autorité de la pant d'un homme qui, sorti de la poussière, lui devait son élévation.
Le% rois.
Saûl fut reconnu roi , et cet établissement de la monarchie chez les Hébreux ouvre la troisième pé-
riode historique , pendant laquelle le royaume d'Israël subit de grands changemens à Fintérieur et à Textérieur ; car ce ne fut qu'alors , qu'une plus grande force de pouvoir central , donnant de la régularité et de la consistance à l'administration , put seconder l'accroissement du bien-être public et les progrès de la civilisation ; ce ne fut qu'alors également , que par l'accord de la religion et de la politique , la puissance du peuple put agir avec succès à l'extérieur. Cependant l'un et l'autre de ces effets ne furent guère visibles sous le premier gouvernement , étant anéantis par la funeste scission qui existait entre le pouvoir monarchique et la dignité pontificale. Car Samuel ne laissait échapper qu'avec regret un pouvoir dont il avait joui long -temps, et Saûl dédaignait de n'être qu'un mannequin royal que le grand-prêtre fit mouvoir. Saûl , se hasardant quelquefois à ne pas obéir aveuglément * au pontife qui voulait que ses ordres fussent regardés comme divins , et s'étant même permis un jour d'offrir un holocauste et de faire les fonctions de sacrificateur en l'absence de Samuel , ce prêtre ambitieux et implacable le déclara rejeté de Dieu et , sous le prétexte d'un ordre divin , sacra roi d'Israël David de la tribu de Juda. C'est ainsi que les dernières années de Saûl furent trublées par des guerres intestines, auxquelles se joignèrent encore les maux des guerres extérieures. L'infortuné monarque , après avoir perdu
contre les Philistins, perpétuels et vigilants ennemis des Israélites , une bataille décisive dans laquelle périrent ses trois fils, entr'autres le magnanime Jonathan, se donna la mort (l'an ^9^9). Cependant, quoique la parole du grand - prêtre , la gloire de plusieurs exploits et le zèle des hommes de sa tribu; parlassent en faveur de David , les onze autres tribus se déclarèrent pendant plusieurs années pour xm fils de Saûl, nommé Isboseth, jusqu'à la mort de ce dernier qui succomba avec Abner, l'un de ses généraux , sous le fer des assassins. Après cet événe-. ment David fut reconnu roi dans tout Israël (l'an 2937).
David traitait avec vénération le grand-prêtre qui le respectait à son tour , et cet accord affermit la puissance royale. Cependant il éprouva — par suite de ses égaremens — bien des malheurs publics et des chagrins domestiques. Ses enfans se déshonorèrent par l'inceste et le fratricide ; deux de ses fils se révoltèrent contre ce père trop indulgent , qui dans sa fuite devant A b sa Ion dut porter envie au dernier de ses sujets; et les fléaux du genre humain , la guerre , la peste et la £amine désolèrent son peuple.
Abstraction faite de l'irrégularité de ses moeurs, David fut un prince sage et d'un caractère énergique, et son règne , considéré en général , fut glorieux. Il vainquit et soumit tous les peuples voisins et enne-
mis d'Israël, les Philistins, les Amalécites^ les habitans de la fertile Idumée, les Moabites, et les Ammonites, et toutes les tribus cananéennes qui restaient encore. Par la mémorable guerre nésibénienne il s'empara d'une grande partie de la Syrie, et sa domination s'étendit depuis l'Egypte jusqu'à l'Euphrate et vers les mon* tagnes de l'Arménie. Il conclut un traité de commerce avec Tyr, d'où il fit venir les cèdres qui furent employés à la consti'uction de son palais à Jébus (citadelle de Jérusalem conquise sur les Jébusites). Les environs de cette ville sont faiblement arrosés et n'offrent en partie que de vastes landes. Mais la splendeiu' de la cour du roi y attira les courtisans , les trésors et la magnificence , tandis que les provinces éloignées s'appauvrissaient. L'établissement d'une résidence permanente influa en général puissamment sur l'esprit du gouvernement et sur l'état du peuple, influence qui devint encore bien plus frappante sous le règne de Salomon; car ce fut lui, son fils cadet né deBethsabé, que David, séduit par les artifices de cette femme, nomma en mourant son successeur , au préjudice d'Adonaï son fils aine.
Salomon monta sur le trône l'an 2969. La renommée de sa sagesse l'avait devancé et donnait au peuple les plus belles espérances. Il n'y répondit qu'imparfaitement et pendant peu de temps. Après
avoir a^*mi sa domination par la destruction de ses adversaires , il soumit , à la vérité , les faibles restes des Cananéens, mais il perdit Timportante Idumée , et Damas, la plus belle de toutes les conquêtes de David , et si dans les commencemens il seconda Tindustiùe de son peuple , établit un commerce avantageux avec l'étranger , embellit Jérusa*lem d'édifices superbes et fit fleurir la littéràtiu*e hébraïque par ses encouragemens et son exemple ; il anéantit tous ces heureux effets par ses prodigalités» son luxe et son despotisme. Les Hébreux , dans leur simplicité , se laissèrent éblouir par Téclat de son trône , par la magnificence jusqu'alors sans pareille de son temple de Je ho va et par d'autres merveilles de l'industrie des Phéniciens. Ils célébrèrent avec exaltation la sagesse de Salomon , mais ils sentirent douloureusement le poids des travaux , des impôts et toute l'humiliation d'un gouvernement despotique. Salomon se déshonora même enfin par une honteuse superstition et l'idolâtrie. Les prêtres de Jehova attisèrent l'étincelle de mécontentement qui couvait sourdement dans les esprits. Jéroboam fut sacré antiroi ; mais n'ayant pu se maintenir , il fut contraint de se réfugier en Egypte.
Le royaume t^st partage entre Israël et Juda, Chute de Cun et de Vautre,
Cependant, après la mort de Salomon (Fan Soog) le £bu de la sédition se ralluma par l'imprudente dureté de Ro boa m, son fils. S'étant refusé à diminuer les impôts excessifs , il souleva contre lui dix tribus de la race de David. Celles de Juda et de Benjamin lui restèrent fidèles; Jéroboam devint roi des autres. De cette manière l'empire resta longtemps divisé en deux royaumes ennemis qui s'appelèrent Juda et Israël.
L'un et l'autre recelaient dans leur sein , d'après leurs rapports intérieurs et extérieurs , le germe de la destruction ; car , la scission religieuse s'étant jointe à la politique , toute réconciliation sincère devenait impossible , et les forces des deux royaumes étant à - peu - près égales , la xîontinuité de leurs discordes devait les épuiser réciproquement. Outre cela le caractère des deux peuples et celui des cours dégénérait de plus en plus ; le parjure et la perfidie , la fîireur et l'égarement , ainsi que les vices de toute espèce souillent maintenant les pages de l'histoire des Israélites.
C'est dans ces entrefaites que sous de féroces conquérants s'éleva la puissance menaçante de la N ou-, vel le -Assyrie et de la Nouvelle -Baby Ion e, à laquelle les rois d'Egypte, alarmés et envieux, opposèrent la leur. Juda et Israël, par leur position
entre ces deux états belligérants et par leur affaiblissement, suite de leur démoralisation, durent nécessairement devenir la victime de cette lutte. Ces calamités furent prévues par j^s hommes éclairés
qui, animés d'im en thousiasiiMnP^^i^îo^^u^y s'élevèrent avec énerdK contre les nMKeurs et la corruption de leur temps. Ces sajj|||ipn;aient des écoles des prophètes , florrissantes depuis Samuel , où se formèrent nombre de respectables et intrépides défenseurs des droits du peuple et du culte du vrai Dieu ; mais il y en eut aussi parmi eux , qui , semblables aux prêtres du moyen - âge , se laissèrent entraîner par un fanatisme aveugle ou séduire par un vil intérêt. Isaïe, issu de sang royal , fut un des prophètes qui se signala le plus par la richesse de ses idées et par la force de ses images.
Ses prophéties, ainsi que celles des autres sages, ne furent accomplies que trop tôt à Tégard dlsraël etde Juda. Israël (autrement nommée Samarie, du nom de la ville bâtie parAmri), après avoir gémi sous la tyrannie de plusieurs rois de diverses dynasties , pour la plupart indignes de régner et parvenus au trône par la rébellion et l'assassinat , devint la proie des Assyriens. Ahas, roi de Juda, les avait appelés à son secours contre Israël, et Tiglath-Pul-Assar emmena sous Pekah une partie des Israélites en servitude (Fan Saa/i) , et Ho se ah ayant tenté de les délivrer de ce honteux
asservissement , Sa marie fut conquise par Salmanassar, et les autres Israélites furent pris et conduite en M,édie- (l'an 3263). I^e royaume avait subsisté 254 ans.
Le royaume de Juda se soutint un peu plus longtemps , parce qu'il ne fut pas , comme celui dlsraël , déchiré par des guerres intestines , suites sanglantes de changemens de dynastie , et qu'il fut presque toujours gouverné par des rois de la maison de David qui se succédèrent paisiblement. Ceux-ci cependant ne purent sauver l'état chancelant. Dévasté tour-à-tour par les Egyptien s, leslsraélites et les Assyriens , jouissant ensuite de quelques intervalles de repos, et reprenant même ses forces, le royaume de Juda succomba sous le bras puissant du héros babylonien Nebucadnezar *) (Nabocollasar) qui, après avoir remporté une victoire Sur les Egyptiens prés de Karschemisch, étendit sa domination jusqu'à la Méditerranée. Deux rois, Joachim (l'an 3385) et Sédékiah**) (ran3395), incités par l'Egypte , osèrent tenter de secouer le joug de Babylone ; ils subirent l'un et l'autre le châtiment de leur parjure. Jérusalem fut conquise,
*) Selon plusieurs tniducteurs français Nnbuchodonozor.
(Note du tmdj
•*) D'autres ont tient Séildcias.
' (Note du trad,J
le temple détruit et les Juifs conduits en captivité i Babylone.
Ce précis de Fhistoire des Hébreux fait connaître la forme du gouvernement civil de ce peuple; dans tous les changemens de son gouvernement le pouvoir sacerdotal se montre, tantôt comme base primitive de l'union sociale de la nation , tantôt comme principe permanent de sa durée , tantôt comme gouvernement oppresseur , tantôt comme barrière opposée au despotisme, quoique despotique lui-même dans son essence sous cette dernière forme , n'étant pas émané du peuple , ni lié à l'intérêt de la chose publique.
Les peuples voisins des Hébreux, tels que les Philistins, leslduméens, les Ammonites et les Moabites (les Âmalécites avaient déjà ét{ détruits par Saûl), furent engloutis par le torrei qui submergea Israël et Juda ; et quoique leii sort fut moins cruel que celui de ces derniers , leurs noms (à l'exception de celui des Iduméens) cesse de figurer dans l'histoire. Cependant , au nord de la Palestine, où jadis avaient dominé les dix tribus d'Israël, s'était formé un nouveau peuple , les Samaritains. Il se composait de colons étrangers, auxquels s'étaient joints le peu d'Israélites qui s'étaient soustraits au fer du vainqueur ou à la captivité. Ce peuple mélangé adopta aussi un culte mixte, formé de celui de Jehova et de celui des
et
idoles du paganisme, que les sectateurs du Judaïsme pur regardèrent comme hétérodoxe. La population croissante de S^marie couvrait déjà tout le pays dlsraël et la Judée était encore déserte quand , soixante et dix ans après que Jechonias (fils de Joachim, Fan 3385) eut été emmené en captivité , Cyrus , vainqueur et maître de Babylone , permit aux Juifs captifs de retourner au pays de leurs pères (l'an 3455) et devint par là le fondateur d'un nouvel état jui£
j^idtoitf \fts €j^ptim0.
Origine des Egyptiens et de leur civilisation.
Nous tournerons maintenant nos regards du coté de l'Egypte, pays remarquable par des signes dis* tinctifs particuliers, par les merveilles de la nature et de l'art, et qui fîit le foyer de» lumières et le berceau de la civilisation dans le monde occidental.
La population et la culture de l'Egypte remontent au delà du déluge. Si cette calamité s'était étendue sur l'Egjrpte, Abraham y aurait -il trouvé un état policé et une cour brillante ? et surtout dans la Basse - Egypte qui , elle - même moins ancienne que la vallée du Nil , n'a pu devenir habitable qu'après des efforts de plusieurs siècles ? Ainsi les premiers
habitans de FEgypte ne furent pas des descendans de Noé, bien que certaines colonies deNoachides s'y fussent établies plus tard ; mais la masse de la population est oiiginaire d'Ethiopie, comme le prouve la description que fait Hérodote de la conformation des naturels du pays, laquelle approche des formes distinctives de la race des Nègres.
Cette opinion , en admettant que des colonies sont venues s'établir postérieurement en Egypte, peut se concilier en quelque façon avec celle de De non qui , d'après les contours plus nobles des figures humaines représentées sur les monumens égyptiens , conjecture que les castes des prêtres et des guerriers étaient issues d'A.s.ie (peut-être de la race qui habitait les Monts-Caucase). Cependant il parait impossible de découvrir désormais, si la population éthiopienne est venue de l'Inde-orientale ou de l'Arabie méridionale en Afrique, ou si elle fait partie d'une race d'hommes particulière de ce continent. La prédilection dont nous avons déjà fait preuve pour l'hypothèse d'un seul père commun, nous fait pencher pour la première de ces deux opinions.
Ainsi donc, côtoyant le Nil et traversant la Nubie de même que la chaîne de montagnes , une horde d'Ethiopiens arriva dans la fertile vallée , et s'il est vrai que parmi d'autres végétaux elle y trouva du blé sauvage , nous concevrons facilement qu'elle s'y
soit établie. Les cavités et les crevasses des rochers qui bordent le Nil des deux côtés, offraient à ces étrangers des habitations toutes faites , et d'autant •plus à leur gré que toute l'Egypte ne produit que fort peu de bois de construction. Ils agrandirent, roultiplièrent , étayèrent ces cavernes , et c'est ainsi que leur architecture primitive , inventée d'après la conformation du pays , conserva un caractèi'e distinctif , qui se reconnaît dans tous les édifices qu'ils ont construits postérieurement. La haute Egypte s'étant successivement remplie d'habitants , la population s'étendit le long du Nil vers* la moyenne Egypte et finalement vers la basse Egypte , fai«sant par -tout valoir le terrain qu'engraissaient les inondations du fleuve , élevant par • tout des digues transversales pour préserver des dégâts des débordemens un sol précieux pour sa fertilité , creusant des canaux pour répandre aussi loin que possible les eaux du Nil , et établissant leurs habitations au dessus des eaux sur des montagnes que la main de l'homme avait exhaussées.
De pareils travaux font déjà supposer un haut degré de civilisation ; mais la rapidité de ces progrès ne doit pas nous surprendre , quand même les Egyptiens auraient encore été dans l'état de barbarie à leur sortie d'Ethiopie (cependant diverses raisons viennent à Tappui de l'opinion contraire). Car l'agriculture produit et exige la civilisation , l'unanimité
d'eflforts et Tordre social. Une fois lanèé dans celte carrière , un peuple trouvera toujours , dans la con* diction intime des avantages acquis , un nouvel acheminement à la perfection ; les obstacles , à nioin^ qu'ils ne soient insurmontables , ne feront qu'animer son zèle et aiguiser sa sagacité; l'agriculture et la civilisation générale se seconderont et s'élèveront réciproquement. Faut -il donc s'étonner qu'en Egypte, dont les campagnes arrosées par le fleuve n'ont besoin que d'être ensemencées et moissonnées, l'agriculture soit devenue l'occupation favorite de fies habitans et que le riche produit des récoltes le^ ait portés à inventer, les moyens de conserver et de multiplier cette fertilité , et à former des institutions sociales qui assuraient et répandaient ces avantages? Faut-il s'étonner qu'au sein du cercle resserré d'une population croissante se soient élevés des monumens qui tiennent du prodige ?
Mais un second principe favorisait en outre chez les Egyptiens les progrès de la civilisation ; c'étaient la religion et le pouvoir sacerdotal. Ils avaient amené d'Ethiopie , ou accueilli , dans les premiers temps , à sa sortie de Mœroé ime caste nombreuse de prêtres éclairés qui , bientôt revêtus de l'autorité et du pouvoir par l'ascendant naturel qiie la supériorité du génie exerce sur l'inexpérience, devinrent les dépositaires exclusifs de connaissanc63 scientifiques ou occultes et tinrent la nation en tutèle.
lie celte première colonie de prêtres se détachèrent peu -à -peu plusieurs essaims qui allèrent '- s^établir dans des contrées plus éloignées , et chaque temple qu'ils élevaient devenait un nouveau point central d'institutions religieuses ou civiles. De là , ou peut-être aussi par d'autres circonstances se for^ înèrent en Egypte plusieurs royaumes , car il exi^e des preuves incontestables , que ce pays fut souvent et long temps divisé en plusieurs états. Plusieurs de ces états, outre les principaux, tels queThèbes et Memphis, ont laissé des traces visibles de leur existence, par exemple*: Eléphantine, Héraclée, This, et plus tard Tanis, Bubaste, Sais, Mendes et Sebennytus, ces quatre derniers dans la basse Egypte. Il était donc impossible que dans la suite l'un ou l'autre de ces états n'augmentât en puissance et n'envahit tous lea autres pour plus ou moins de temps. La magnificence des cités principales, la grandeur colossale de quelques édifices et de quelques monumens d'architecture hydraulique , fait supposer un degré de puissance et d'opulence qui ne pouvait être que le partage du souverain de toute l'Egypte et certainement pas celui du chef -d'une petite principauté (Nomus). Quoique nous ne puissions indiquer avec précision les changemens sans doute nombreux qui eurent lieu pani[ii les puissances qui dominèrent en Egypte , il est néanmoins évident que dans les commencemens Thèbes
prédomina pendant un assez long espace de temps, que Memphis s'éleva ensuite , et que plus tard diverses villes de la Basse -Egypte furent tantôt tourà-tour , tantôt en même temps , la résidence des souverains. L'Egypte devint aussi plusieurs fois la proie de conquérans étrangers , parmi lesquels on cite principalement les Hyksos , rois pasteurs (peut-être che& de hordes nomades d'Arabie), lors du séjour des Israélites en Egypte (lesquels pour cette raison ont même été confondus avec eux par quelques écrivains), et l'Ethiopien Sabako; car l'Egypte, dont les soldats formaient une classe particulière, et dont la population n'était guère belliqueuse (car le gouvernement des prêtres inspire la soumission , mais non pas le courage), devait succomber après peu de combats. Cependant l'esprit de leur organisation , celui d'im pouvoir monarchique tempéré par l'autorité sacerdotale , se maintint , à travers quelques orages passagers , jusqu'à la domination des Perses.
La caste des prêtres , sans se mêler avec les aborigènes , continua de se soutenir , comme la plus noble , la seide versée dans les sciences et par conséquent la plus propre à diriger le peuple. Cette caste avait amené avec elle en Egypte une tribu de guerriers , ou bien , ce qui est plus vraisemblable , ces prêtres, pour affermir leur puissance et défendre à l'extérieur les frontières de leur empire toujours croissant , avaient , d'un ramas de hordes voisines ou
indigènes , fornlé ce corps de guerriers. Il était in* diispensable que la caste militaire , en qui résidait 1^ force du pouvoir , acquit des richesses et de l'autorité. Cependant , et quoique ce fut dans cette caste qu'on élût les rois y nommés Pharaons , les prêtres , par la supériorité naturelle de l'esprit sur la force physique, et par les sentimens religieux qu'ils avaient profondément inculqués à tout le peuple , se soutinrent constamment au premier rang , prescrivirent au roi , par une étiquette sévère, la conduite qu'il avait à tenir publiquement et en particulier, et le jugeaient publiquement âpres sa mort.
La masse restante du peuple, également divisée en plusieurs castes, était infiniment au dessous de ces deux castes dominantes. Les relations contradictoires d'Hérodote et de Diodore ne nous permettent pas d'indiquer au juste leur nombre , ni leur dénomination. D'après Heer^n, qui par rapport à la vraisemblance des détails semble mériter quelque foi, il y avait en outre quatre castçs ; les pasteurs , les nautonniers, les artisans et les interprètes.
D'après ce que nous venons de dire , l'origine des deux premières castes dont il a été fait mention pluç haut , et leur séparation d'avec les autres , n'a rien qui doive étonner ; nous trouverons aussi dans les circonstances locales du pays , et dans quelques reqseignemens historiques les causes de la formatioa des castes inférieures. Le besoin d'entretenir 1^
communications dans Fétroite vallée du Nil , surtout dans la saison des débordemens, donna naturellement naissance à Fart de conduire les barques , et il est vraisemblable que ce furent les portions du peuple devenues, par l'exercice de la pêche, familièi*es avec les eaux du fleuve qui formèrent dans la suite la caste des nautonniers; L'origine de celle des pasteurs est encore plus naturelle; car il y a en Egypte (surtout danâ la région montagneuse à Fest vers la mer-arabique) plusieurs étendues de terrain , et dans la basse Egypte plusieurs contrées marécageuses , qui , peu propres à la culture , ne peuvent être utilisées que comme pacages! Les tribus indi* gènes ou les colonies nomades, qui se fixèrent dànl ces contrées sous la domination dès Pharaons , fufertt les fondateurs de la caste des pasteurs, dans laquelle on comprit, plus tard, les cultivateurs dont l'occupation favorite était Fentretien du bétail. L'ortgine de la caste des artisans -fut sans doute plus tardive, parce que Fexercice des métiers fait sup^ poser des progrès plus avancés dans la civilisation. H ne parait pas que cette caste ait été subdivisée selon tes diverses branches d'industrie. Finalement la caste des interprêtes prit naissance sous P s amitié ticu s; car ce prince, ami des Grecs, fit instruire dans la langue et les moeurs de la Grèce un grand nombre d'enfans égyptiens , qui plus tard , lors de Fextension du commerce de FEgypte avec les autres
L lo
peuples y servirent dHnterprétes » de courtiers etc, mais qui i par suite de la haine des Egyptiens pour tout ce qtii est étranger , ayant été repoussés par eux, formèrent ime corporation particulière.
Cette hiérarchie de castes et surtout la rigide oh» senrance de l'hérédité des castes (car , dans aucun cas, il n'était permis] d'en changer), ainsi que les privilèges extraordinaires concédés aux prêtres et aux soldats et qui ne laissaient aux castes inférieures qu'une part trop modique aux avantages de l'asso* dation civile, établirent le despotisme des deux premières à l'égard des autres , et la masse du peuple égyptien vivait (à le prendre dans le sens le plus ménagé) sous une tutèle supportable , à la vérité , mais cependant telle qu'il ne pouvait jamais parvenir à Témancipation. Néanmoins , l'existence ou le conflit de deux classes privilégiées opposait au despo^ tisme une digue qui sauvait la nation ; car sans la caste des prêtres , celle des guerriers , le roi à leur tête , aurait traité les Egyptiens encore plus dure* ment que les Mameluks ne traitèrent les Cophtes, et sans la crainte de Pharaon, les prêtres seraient peut-être devenus pires que les Schamans *).
*} Les Schamans sont des prêtres qui dans la Grande* Tartarie, le Mogol^ une partie de la Chine, en Sibérie et dans le Kamtschatka sont médecins et passent pour endianleurs et nécromanciens^
(Nott du irad.)
Epoques principalts de rhUtoire des Pharaons.
• Ijb preniier roi d'Egypte (car avant liii ce furent des dieux qui y régnèrent pendant des myriades d'années ) est unanimement appelé . M e n è s ou Mi n« Ce fut lui , si Ton en croit Hérodote , qui bâtit Memphis , mais cette assertion n'est qu'une fanfaronnade des prêtres de Memphis ; il est plus vraisemblable selon Diodore, que Thèbes (Luxor) fut bâtie la première (par BusirisII), et qu'après qu'elle eut servi de résidence à neuf rois (parmi lesqueb on compte le sage Osymandias) , Uchoreus fonda la nouvelle capitale, Memphis. Ce fujt un coup funeste porté à la splendeur de Th.èbes , nommée Hekatompylos à cause de ses cent portes , et dont les restes , après tant de révolutions et après avoir essuyé j pendant plus de deux mille ans , les outrages des saisons et de la barbarie , inspirent encore au^ jourd'hui , par leur imposante grandeur , une respec* tueuse admiration. Il est fait mention plus tard, dans Hérodote ainsi que dans Dtodore, de Mœris qui a donné son nom au lac voisin , ou qui du moins fit construire les écluses qui unissent ce lac au Nil.
Après Mœris , qui d'après Hérodote régna neuf cents ans avant l'arrivée de cet historien en Ëgjrpte, vient (après un intervalle de sept générations, à ce que prétend Diodore)*Sesostris ou Sesoosis, l'Alexandre de l'Egypte. On a révoqué son existence
en doute ; mais il n'est guère vraisemblable qne tant d'exploits qu'on rapporte presque unanimement sur son compte, niaient aucun fondement historique.
Peu importe à l'histoire que celui qui fit sculpter le premier obélisque s'appelât Rh a msi ni tus^); que les trois grandes pyramides près de Memphis aient été construites par Chéops, Céphrénes ou Mycerinus. C'est la signification et l'examen de ces grands ouvrages qui mérite notre attention. La manière de voir les objets varie beaucoup à cet égard ; mais quoi qu'on puisse dire d'un sens mystérieux , d'intentions religieuses , d'un but astronomique , on ne pourra cependant y méconnaître la dispror portion entre le but et les moyens , l'imperfection de l'art et la servitude d'un peuple qui, patient 6omme les bétes de somme et obéissant au moindre signe du despote , consomma ces immenses travaux au prix de ses sueurs et de celles de plusieurs générations.
Bochoris le Sage (le 'législateur Asychis dans Hérodote ?) perpétua bien phis glorieusement sa mémoire par une sage législation , dont Sol on adopta dans la suite les points principaux. Cependant , malgré s^ sagesse, il ne put mettre un terme aux maux qui accablaient FEgypte par suite des fautes de ses
*) Aussi appelé Rherophls et Rhempsini tus. Voir l'histoire uniTerselle , traduite de l'anglais par une société de gens de lettres. Ëdit. d'Amsterdam i7/,a.
' • . '• fNote du tradj
prédécesseurs , et de raccroissement de la puissance de l'Assyrie. Des troubles intérieurs (tels que la dissolution du gouvernement de Diospolts , l'éta*blissement de nouvelles dynasties dans la basse Egypte) se joignir^it aux orages extérieurs. Pour résister aux Assyriens, les Pharaons eurent l'imprudence d'appeler à leur secours les Ethiopiens, dont les princes régnèrent ensuite en Egypte pendant cinquante ans. Ce fut en vain que celle-ci attendit son salut d'un changement de dynastie. Se thon, prêtre de Phtha*), d'abord vassal d'Ethiopie, puis monarque , offensa la caste militaire en la dépouillant de ses terres , dans le temps même que Sennacherib menaçait le royaume. Les soldats refusèrent de combattre , et c'en était fait de l'Egypte si elle n'eût été sauvée par un prodige ; vraisemblablement celui qui est également cité comme miracle de Jehova dans l'histoire des Hébreux ; c'est - à - dire l'épidémie qui fit périr l'armée assyrienne , et à laquelle se joignit la crainte qu'inspira à Sennacherib l'approche du roi d'Ethiopie* Mais les divisions intestines continuèrent de déchirer l'Egypte qui, après plusieurs années d'anarchie , fîit enfin partagée entre, douze princes au-dessus desquels s'éleva, par ses qualités et la faveur du destin, Psamméticus
*) Vulcain, selon la traduction française, de Thistoire universelle en anglais.
(Note du trad.)
de Sais qui, avec le secours de soldats Cariens et Ioniens, se rendit maître de tout le royaume.
Psammé[ticus ayant ainsi ouvert aux étrangers (l'an 33 1 3) l'entrée de l'Egypte, ayant adopté les mœurs de ces peuples, et accordant sa confiance à des mercenaires étrangers de préférence à ses compav triotes de la caste militaire, excita le mécontentement général , et 200,000 hommes de la tribu des giierriers quittèrent le royaume à l'époque où ils étaient le plus nécessaires , puisque la prépondérance de l'Assyrie forçait l'Egypte à s'agrandir à son tour ou à perdre son indépendance. Necho , successeur de Psamméticus, avait les principes de son père , mais son génie méditait des desseins plus vastes, plus audacieux. Dédaignant la politique timorée des anciens Pharaons et cherchant à étendre ses relations commerciales, il essaya, quoique sans succès , de joindre les deux mers par un canal , et fit sonder toutes les cotes de l'Afrique par des navigateurs phéniciens , expédition jusqu'alors sans exemple et tout- à -fait isolée. Ses exploits guerriers ne furent guère moins éclatants. Il disposa k son gré du royaume de Xuda , battit les Syriens , et Continua quelque temps avec succès la guerre dans l'Asie - centrale contre la nouvelle Babylonie, élevée sur les ruines de l'Assyrie, jusqu'à l'an 338a, où il fut battu à Circésium par le
féroce Nébucadnézar y qui par cette Tictoire porta le dernier coup à la puissance de FEgypte.
Chute du royawnt d Egypte.
Après le régne de quelques rois peu importants pour rhistoire, le trône d'Egypte fut occupé (l'an 34'^) pdi" le rebelle Amasis qui ne s'en montra pas indigne. L'état parut refleurir , mais cette apparence de -prospérité et de vigueur n'était qu'illusoire. Le peuple égyptien , se défiant de sop goiXvernement et de lui - même , désuni et découragé , ne pouvïiit se soustraire au joug d'un voisin puissant. Amasis voyait approcher l'orage qui devait écraser son royaume. Le belliqueux Cyrus plus redoutable encore que Nebucadnézar , menaçait l'Egypte qui s'était alliée avec la Lydie pour résister à sa puissance. Cependant ce fut plus tard que Cambyse vengea son père sur l'infortuné Psamménite^fils d'Âmasis. La superbe Memphis succomba dés la' première année de sa domination (3459), après la perte d'une seule bataille, et le prince trahi tomba au pouvoir du vainqueur féroce. Le trône des Pharaons s'écroula.
Caractéristique générale,
La connaissance des changemens multipliés que subirent y dans la haute antiquité , les gouvernemens (des hordes belliqueuses de l'Asie-centrale n'est parvenue jusqu'à nous qu'au moyen de traditions vagues , sans indication précise d'époques et défigurées par l'orgueil , la passion et l'ignorance de certaines tribus et le manque de notions géographiques ; et les écrivains postérieurs , qui ont recueilli ces traditions , n'ont également pu éviter le défaut de ne présenter les objets que sous le point de vue partial des premiers narrateurs. Le peu de renseignemens surs que nous avons acquis par cette voie , sont en si petit nombre et ont si peu de cohérence entr'eux, que l'on peut à peine admettre ime histoire de l'Asiecentrale antérieure à Cyrus. Cette perte est -elle à regretter ? Il semble que l'on peut supposer , pour les .temps antérieurs aux premières connaissances historiques, cette même rotation perpétuelle qui ramène tour -à-tour la force naissante, la splendeur et la puissance, la dégénération, le déclin, et la chute , vicissitudes auxquelles le destin a condamné toutes les dynasties de l'orient depuis le commencement de rhistoire jusqu'à nos jours ; et que si l'on pouvait vérifier les fastes des monarchies de Baby-
lone , d'Assyrie et des M èdes , l'histoire du inonde , déjà siabandante en dynasties , n'en retirerait d'autre avantage, que d'en compter quelques-unes de plus.
Ancienne Assyrie,
Parmi les pays que parcoururent de préférence les descendans de Noé , ceux situés vers le Bas- Euphrate et le Tigre furent les premiers où se formèrent des royaumes proprement dits , soit que la population plus resserrée rendît nécessaire l'établissement d'un ordre social plus rigide , soit que le peuple , amolli par la sensualité , se laissât plus facilement dompter par des Nemrod indigènes, ou subjuguer par des hordes étrangères. On peut supposer que de pareilles hordes, sorties des montagnes au nord de Sinear , vinrent s'emparer , par la force des armes, des productions de la terre sous le climat tempéré du sud , et de celles de l'industrie d'un peuple civilisé. La fortune, la valeur et le génie des chefs balança la prépondérance des diverses hordes entr'elles , jusqu'à ce qu'ayant englouti la plupart des autres , l'une d'elles , semblable à un torrent qui se déborde , se fut répandue sur toute la surface des divers pays. La horde victorieuse accumula les dépouilles des nations dans un camp qu'elle fit entourer de fossés et de remparts , à la construction desquels elle condamna les vaincus. De ces camps se for-
mèr^Bt les cités qui, dans les commedcemens rea« fermant des champs et des pâturages , étaient d'une étendue immense. Babylone (Bab-Bal, cour du seigneur), traversée par FEuphrate , formant un carré régulier , avait une étendue de 480 stades (i5 milles d'allemagne *)) et cent portes. Nin ivé, (Nave-Nin, demeure de Nin), ville encore plus grande , avait le long du Tigre une étendue de trois' journées de marche. Il n'y a plus moyen de découvrir, si Bel, fondateur de Babylone, fut le Xisuthrus dont parle Bérose, ou le Nemrod de Moïse ; si ce fut aussi lui qui constniisit Ninivé ou. si ce fut son fils Âsur, dont le nom vit encore en Assyrie, ou enfin N i n u s ( fils de Bélus). Mais t>n cite presque unanimement ce dernier comme le fondateur de l'ancienne monarchie assyrienne (Fan 1874)9 qu'il étendit sur Babylone, la Médie et la Bac trie, et que la grande Sémi* ramis, son épouse, étendit encore plus loin (19^6) ▼ers l'est et le sud jusqu'à l'Ethiopie.
La monarchie de la Grande - Assyrie subsista pendant plusieiu^ siècles, et il est bien vraisemblable que pendant ce long espace de temps elle éprouva diverses secousses, de même que des changemens de dynasties, quoique nous n'ayons guère d'autres vestiges de cet état qu'une série aride de noms de
*) he mille d'AIUmiignc fait à peu près i V4 lieue de po»te.
{'Note du tmd.J
rois. La vie voluptueuse dé Ninyas (Tan 1968) et de ses successeurs qui , plongés dans les délices du sérail , gouvernaient par leurs visirs et leurs satrapes, est, comme signe caractéristique des gou* vernemens asiatiques , généralement avérée y de même qu'il est constaté que Sardanapale fut (l'an 3 108) du grand nombre de ceux , qui expièrent les fautes de leurs ancêtres.
.Nouvelle Assyrie , noupelle Babylone , MédU.
B é 1 é s i s , grand - prêtre de Babylone, el A r b a c è s ) gouverneur de la Méd i e , ayant terminé heureusement leur révolte par la prise de Ninivé, (Sardanapale eut l'âme assez élevée pour préférer à une capitulation honteuse la mort sous les ruines fumantes de son palais), la Grande- Assyrie fut morcelée en autant de principautés qu'il y avait de satrapies, et leur capitale commune devait être Ecbatane. Mais bientôt les désordres de l'anarchie donnèrent naissancie à trois nouveaux royaumes, l'Assyrie, Babylone et la Médie, parmi lesquels celui de la Nouvelle-Assyrie fut de rechef le plus puissant. L'histoire ne nous a conservé de ses rois que les actions guerrières , et encore les versions varient -elles quant aux noms et aux dates. Ce que nous en savons de plus positif, quoique défectueux quant à la liaison des faits , se trouve dans
les relations des Hébreux, leurs contemporains et leurs voisins , qui en eurent beaucoup à * souffrir. Piiul, quij après plus d'un siècle de troubles et de désordres, releva le premier la puissance de l'Assyrie, tourna (déjà en Sa 1 3) ses armes contre Israël, et les efiforts de ses successeurs continuèrent à se diriger du côté de l'ouest, vers les côtes de la M é" diterranée. La Syrie et Israël succombèrent dans une lutte inégale contre Tiglath-Pul-Assar et Salmanassar (3^45 et 3261), et les vaincus furent emmenés , comme de vils troupeaux , par leurs barbares vainqueurs dans des régions lointaines. L'Egypte et même l'Ethiopie souffrirent beaucoup des armes de Salmanassar; Juda ne se défendit qu'avec beaucoup de peines; mais Tyr, par sa puissance maritime , sortit victorieuse de la lutte. Sennachérib (l'an 3270) dévasta le royaume de Juda, menaça l'Egypte, mais son armée fut détruite par la peste et il fut assassiné par ses fib. Alors la Médie secoua de nouveau le joug des Assyriens, et Assarhaddon^) (SaSo), prince jadis très -puissant , qui soumit Babylone et humilia Juda , ne put plus la réduire. Plusieurs historiens profanes citent encore plusieurs rois qui , après lui , soutinrent une grande guerre pour s'opposer à l'agrandissement de la Médie. Cette guerre fut inter-
*} D*autres écrivent: Assar-addini et Essar-haddon.
(Note du tnui.)
rompue par une invasion que fit dans le pays une horde de Scythes, et recommença après leur ^es-^ truction. Le rebelle Nabopolassar, Chaldéen, se joignit aux Mèdes, elTÂssyrie succomba sous les efforts réunis de ces deux puissances. La superbe Ninivé fut détruite (vers l'an 338o) et ne se releva plus de ses ruines. Vis-à-vis de Mossoul se prolonge une chaîne de collines qui borde le fleuve; sur Tune de ces hauteurs est un village appelé Nunia, et Ion présume que ces collines sont formées des décombres de Ninivé.
Cent - vingt - neuf ans après la mort de Sardanapale, parait un roi de Babylone , nommé Nabonassar (SaSy). C'est par lui que le célèbre mathématicien Ptolemée d'Alexandrie commence son fameux canon des rois de Baby lone ; mais nous ne connaissons pas ses ancêtres, et nous ignorons si lui-même et ses plus proches successeurs furent souverains ou vassaux de l'Assyrie. Ce canon fait mention plus tard des monarques assyriens Assarhaddon, Saosduchin et Chyniladdan comme souverains de Babylone, ce qui du moins prouve à cette époque l'asservissement de cette puisp sance. Mais ensuite le Chaldéen Nabopolassar, gouverneur de Babylone *) , se soulève contre l'Assyrie , aide Cyaxare de Médie à détruire Ninivé et
*) Des écrivains modernes le croient chef d'une horde du Kurdistan qui Tenait de faire une irruption dans le pays.> *
fidnde Tempire Chaldéo-Babyionien (Fan 3359).^ Il y avait déjà long^temps que ces Chaldéens, venus d'une contrée montagneuse du nord j s'étaient établis à Babylone (il n'est plus possible de reconnaître À quelle époque). Leur nom resta en propre à une tribu particulière. Nabopolassar, douéd'im génie belliqueux , étendit sa domination jusque vers la Méditerranée. Le Pharaon Necho*) le repoussa , à la vérité ; mais la puissance de l'Egypte fut anéan* tie (ran3$77) près deCircésiumfKarchcmisch) par le redoutable Nébucadnézar (Nabocolas^ sar), fils de Nabopolassar. Jérusalem et Tyr furent réduites par ses armes , et ses drapeaux flot^p tèrent en Ibérie, en Arabie, en Egypte et en Libye. C'est à lui et à Nitokris, son épouse, que Babylone doit, à ce qu'on prétend , ces magnifiques constructions que la tradition attribue à Sémiramis, reine de Tancienne AssyTie.
Ces édifices, cette ville immense ne sont plus; de savants voyageurs ont reconnu les vestiges de Ba-* bylone dans des monceaux de ruines dispersés au loin , des deux côtés du fleuve , près d'une petite ville qui s'appelle H il la.
Nabocolassar mounit (l'an 34^0) , et avant qu'une génération se fut écoulée , son empire avait cessé d'exister , parce qu'il n'avait été fondé que sur
*) Quelques» uns écrivent Nechuft.
(Noie du irad.)
la force de ses armes , et non sur la sagesse dont les effets survivent au fondateur. C'^t pourquoi après le court règne de quelques princes sans mé« rite, Nabonid *) (peut-être le Belsazar de Daniel), le plus jeune des fils de Nébucadnézar , perdit Icf trône et la vie contre Cyrus le Médo-Perse (Fan
La Médie (on prétend que ce nom dérive de Madaî, fils de Japhet) fut pendant plusieurs siècles le théâtre des combats de plusieurs hordeflf sauvages et guerrières , parmi lesquelles se trouvait, dans la Médie proprement dite, la tribu des Mages outre cinq autres tribus. En proie aux dissensions et à l'anarchie, lesMèdes durent nécessairement suc^ comber sous les coups d'une puissance régulièrement organisée. C'est pourquoi l'ancienne Assyrie soumit bientôt ce pays, où cependant des hordes Scythes et des tribus indigènes exerçaient un poiF voir sans firein. Ce ne fut que deux siècles après la mort de Sardanapale que , selon Hérodote , com* mença la race des rois de Médie. Le premier roi fiit Déjocès (3a88) , célèbre par sa sagesse et son équité. Lorbque après la mort deSennachérib et la destruction de la race royale de la nouvelle Assyrie ,
*) Aassi désigné par les noms de Niibondius, de Labynthins, deNabannidochus» deNaboandel. (Voir Thistoire «aîverselle , traduite de l'anglais.)
(CVble tbt imdj
les Mèdes, qui avaient secoué le joug , repentirent les maux de l'anarchie , Déjocès fiil choisi par ces derniers pour arbitre et finalement proclamé roi. Pour accoutumer son peuple à l'obéissance, il jugea néces^ saire de s'environner de l'extérieur pompeux et imposant de la majesté royale. Il se tint enfermé dans son palais qu'il avait fait construire à Ecbatane avec une magnificence sans bornes. Ce palais était ceint de sept murailles de différentes couleurs et resplendissait d'un éclat qui tenait de l'enchantement. Une étiquette minutieuse et sévère accoutuma ses sujets à ne porter les regards sur lui que comme sur un être d'une nature supérieure. Il est évident qu'il alla trop loin. Les Mèdes , jadis hommes libres et indomptés , devinrent de vils esclaves.
Son fils Phr aortes (l'an 33îi8) vainquit lesPerses et fit la guerre aux Assyriens. Cyaxarès continua cette guerre (333o); mais à travers les défilés du Caucase déboucha unehordedeScythes sauvages qui inondèrent la Médie et les pays voisins. Cyaxarès fut alors forcé de défendre son propre royaume^ Cette guerre dura vingt-huit ans , jusqu'à ce qu'enfila les Mèdes , par une trahison sanglante j parvinrent à se défaire de ces féroces brigands. Ils aidèrent ensuite le conquérant Nabopolassar à réduire Ninivé. C'est ainsi que peu -à- peu se concentra la puissance de l'Asieoccidentale ; elle était encore partagée entre Babylone et la Médie; mais il était naturel que
Tunion ne pouvait subsister long -temps entre ces deux états ; cependant , si la lutte s'engageait , quel que fât cdtii des deux qui remportât la victoire , il atteignait infailliblement le faîte de la grandeur.
Cyrus,
Ce degré d'élévation était réservé à la Médie, mais elle dut auparavant se rajeunir elle-même par des révolutions intérieures. Astyagès, fils et successeur de Cyaxarès, courut (Fan 3390) au devant de son destin en voulant l'éviter. Des songes sinistres lui avaient annoncé , que son petit - fils lui ravirait la couronne ; ayant en conséquence marié sa fille Mandane à un certain Cambyse, seigneur perse d'un mérite médiocre , il ordonna de mettre à mort Tenfant né de ce mariage. L'humanité dlïarpage, ministre du roi , sauva le jeune Cyr^s, qui fut élevé parmi des bergers ; le secret de sa naissance ayant été découvert, on l'envoya à Persis. -Cyrus étant devenu homme , Harpage , qui avaît -été cruellement puni de son humanité par le roi , Texcita à se soulever contre le tyrati et lui procura la victoire par un stratagème. Cyrus monta (l'an 34^5) sur le trône et Astyagès mourut eti prison. Ce récit d'Hérodote répond mieux au caractère du belli* queux Cyrus , prouvé par sa conduite en gëhétal , que le portrait qu'en fait Xénophon , qui nous le
dépeint comme un prince sans reproche et le modèle des autres princes. Le résultat, au surplus , de ces yariantes, c'est que Cyrus, issu de la race des souverains de Perse , devint le fondateur d'une nouvelle dynastie dans le royaume de Médie, et que pro6tant avec sagesse et fermeté des circonstances du temps , il opéra une révolution jusqu'alors sans exemple dans les annales du monde.
t^^tcite it dgrir rt it pt)rni(ir.
S^ rient.
Les Phéniciens et les Syriens sont deux peuples distincts quant à leur origine , à leur caractère et aux événemens dont se compose leur histoire. Nous les comprenons cependant dans le même chapitre , parce qu'ils habitèrent le même pays et finirent par subir le même destin , le joug des potentats de l'Asie"- centrale.
Les Syriens passent pour descendans de Sem, venus en partie d'au delà l'Euphrate, en partie de l'Arabie. Mais les Phéniciens, comme étant de la race des Cananéens , sont censés descendre de Cham et être venus des bords de la Mer-rouge s'établir sur les côtes de JSyrie , déjà avant Abra-
ham. Dans les temps posténeiirs se joignirent à eux. des colonies d'Egypte, et peut-être aussi quelques tribus indigènes s'y mélèrent-elles , lorsqu'ils vivaient encore en nomades. Sous plusieurs rapports principaux, tels que ceux de la langue, de l'écriture, de l'organisa tiob sociale , de la religion et des mœure , il y avait une analogie frappante entre les deux peuples, quoique les Phéniciens, favorisés par diverses circonstances , eussent bientôt acquis de grands avantages sur les autres Syriens, quant aux relations commerciales et à la culture des arts de la paix, et que de leur territoire infertile, resserré et baigné par la mer, ils eussent formé un des états les plus floif^issants du monde.
Dans les temps les plus reculés la Syrie , de même que tous les pays, était divisée. en plusieurs petits états ou territoires de hordes séparées , qui se réunirent peu-à-peu et qui , selon les conjonctures intérieures ou extérieures , se civilisèrent , s'enrichirent et prospérèrent plus ou moins. Déjà dans la genèse il est parlé de Damas (Damascus, Dammesek). Hamath(Epiphania),au bord de l'Oronte, n'a guère moins d'antiquité. On cite encore Gessur, Rehob, Ischtob et d'autres villes moins célèbres et dont l'existence est moins ancienne.
Pendant le règne de David (vers l'an 2940), Hadarésar, roi de Zobah (Nésibis) en Mésopotamie, étendit son sceptre vers la Syrie proprement
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dite: le roi de Damas s'était allié arec lui contre celui de Ha math , David prit le parti de l'opprimé , vainquit les alliés et se rendit maître d'une partie de la Syrie. Une seconde guerre nésibénienne , à laquelle l'Assyrie et Ammon prirent part, se termina encore plus glorieusement pour David; les royaumes syriens disparurent.
Mais déjà sous Salomon (vers l'an 3ooo) Damas se releva. Rézon , après avoir secoué le joug des Hébreux, devint le fondateur d'un royaume qui s'étendit bientôt de Damas sur toute la Syrie. La division qui régnait entre les royaumes de Juda et d'Israël hii fut particulièrement favorable, et les successeurs de Rézon joignirent d'abord leurs armes à celles de Juda contre Israël; ensuite ils combattirent contre les deux états réconciliés, et finalement avec Israël contre J u d a. Dans ce même temps les Assyriens, profitant des divisions existantes entre les petits états , opprimèrent l'Asie-antérieure. Phul fut appelé ausecoursdela Syrie contre Israël, et lorsque plus tard ces deux puissances attaquèrent Juda, A h as réclama l'assistance du redoutable Tiglath - Pul - A ssàr. Il accourut (3a45), reuvei'sa le trône de D a m a s et emmena les Syriens par troupes dans les déserts lointaii^s du Caucase.
P hén ic ien s.
T^Phénicie se soutint plus long-temps ; le génie et l'industrie de cette petitç étendue de côtes couverte de roches et dont la surface est à peine de a5o milles carrés , sut se rendre tributaires la plupart des pays que baigne la Méditerranée , ainsi que plusieurs grands états du continent. Fatigués des scènes continuelles de guerre et de dévastation que présente l'histoire du monde , nous porterons avec plaisir nos regards sur un peuple qui doit sa grandeur , non pas aux armes, mais aux arts paisibles ; qui, par des relations établies sur l'échange des jouissances de la vie , rapproche les masses d'hommes hostilement séparées par la force ou la crainte , et resserre les liens de la société en facilitant la possession en commun des biens que produisent la terre et l'industrie humaine. Mais hélas ^ ce n'est plus chez lç8 Phéniciens eux - mêmes que nous trouverons leurs annales ! et les historiens étrangers , quoique plusieurs d'entr'eux , par leurs relations et leur contemporanéité , eussent sans doute été à portée de recueillir des renseignemens satisfaisants,, se sont occupés davantage de l'énumération des batailles et des changemens de dynasties > et ont négligé de nous instruire des développemens successifs de l'industrie et de la grandeur commwciale chez les Phéniciens. Nous serons donc forcés de nous coutenler de
quelques données générales et sans suite , dont voici à - peu - près le sommaire :
Quelque bornjée que fût l'étendue de la Phénicie, elle ne formait cependant pas un état seul, mais plusieurs états particuliers , ou , pour mieux dire , territoires de cités, tels que ceux de Si don, de Tyr, d'Aradus, Byblus, Beryte, Sarephtha et Tripoli, lesquels, d'après leur organisation et leurs droits , bien qu'ils fussent alliés entr'eux , ou que même , parfois , les plus puissants exerçassent une espèce de domination , étaient néanmoins libres et indépendants. Les chefs de ces territoires ou banlieues avaient le nom de rois, quoique la plupart, soit d'après le peu d'étendue de leur petit état , soit d'après les bornes étroites de leur pouvoir , ne pussent guère prétendre à ce titre. Ce ne furent pas non plus les rois , mais les peuples qui jouèrent en Phénicie le rôle le plus important, et surtout ceux de Tyr et deSidon. Du temps de Jacob, Sidon existait déjà, et elle était puissante (vers l'an 2 5oo, du tempsdeJosué), mais Tyr, colonie de Sidon (vers 2732), s'éleva plus haut que sa métropole et passa généralement pour la principale des villes de Phénicie. „Elle a réjoui les peuples par la traite des marchandises quelle leur envoyait au delà des mers, et elle a enrichi les rois par la grandeur de ses richesses et de son commerce". Ezéchiel , chap. XXVII , verset 33. Ce fut de Tyr que Salomon fit venir
les architectes et les chefs des ou^iers qui construisirent son temple. Ce furent aussi des Tyr iens qui fondèrent Carthage, la reine de la mer, et beaucoup d'autres colonies ; Salmanassar, à qui tout le reste de la Phénicie était soumise , fut battu sur mer par les , Tyriens , et 4e terrible Nébucadnézar , après un siège de treize ans-, parvint bien à détruire les murailles de la ville , mais il ne put abattre le courage des habitans ; car ces derniers construisirent dans une île voisine une nouvelle Tyr qui surpassa même Tancienne en magnificence. Cette dernière continua de fleurir (dans la période suivante) sous la domination des Perses , jusqu'à l'époque où elle succomba dans sa hitte glorieuse, mais funeste , contre Alexandrele - grand.
Ije grand nombre de colonies venues de la Phénicie prouve l'étendue de son commerce et son importance politique. Outre les Cyclades, les Sporades et d'autres petites îles de l'Archipel, Chypre, Crête et Rhode, ainsi que plusieurs points du littoral de l'Asie-mineure, accueillirent des colonies phéniciennes. Mais lors de l'accroissement des tribus grecques , les Phéniciens leur abandonnèrent cette contrée et se retirèrent du côté du midi et de l'oueit. Repoussés des côtes de l'Egypte , par la défiante politique des Pharaons , ils formèrent un établissement dans l'intérieur du pays. Us habitèrent un quartier tout entier de la majestueuse M e m p h i s , et l'Afrique
orientale fut iribi^aire de leurs caravanes. Pins 'tard ils bâtirent au centre des côtes septentrionales de FAirique Utique, Carthage, Adroumète et d'autres villes f occupèrent ensuite la Sicile , U Sardaigne (les Grecs et les Etrusques s'opposèrent à leur établissement en- Italie), ainsi qu'une partie des II es - Baléares , et fondèrent une grande colçnie au sud -ouest de l'Espagne. Ce fut dans ce pays délicieux ( TAndalousie ) , dont les plaines riantes et fertiles sont traversées par le célèbre Bétis (aujourd'hui Guadalquivir) , que les Phéniciens firent fleurir Tarte ssus (vraisemblablement nom commun à plusieurs établisscmens dans ce pays) , G a dé s (Cadix), Cartéja (maintenant Algésiras), Malacca et Hispalis (Malaga et Séville) et près de deux cents autres villes moindres ou bourgades, où l'accroissement et la prospérité d'une population mêlée de naturels du pays (Turdetans) et de colons (Bastuli-Pôni), firent paraître dans tout leur éclat les avantages et les bienfaits du commerce. Il paraît d'ailleurs que les relations de toutes ces colonies avec la mère -patrie ne consistaient que dans la liberté du commerce et dans le lien d'attachement réciproque ^ et non pas dans la soumission.
De l'Espagne, qui alors, parmi beaucoup d'autres objets de comiperce, produisait des métaux de toute espèce et surtout de l'argent , les audacieux Phéniciens naviguèrent plus avant sur l'Océan - atlantique , le
long des cotes occidentales de l'Europe •jusqu'aux îles Cassitérides (c. à d. britanniques) et aux îles Sorlingues (c. à d. abondances en étain), et vraisemblablement jusqu'aux côtes prussiennes de la Baltique où se pèche l'ambre. ^ Mais au sud , si Ton s'e» rapporte a quelques vestiges assez vagues et à quelques récits peu sûrs , ils parcoururent l'île de Madère et les Canaries, ainsi que la côte occidentale de l'Afrique, où ils fondèrent près de trois cents villes ou bourgades.
I^xstoxve îrr T^lôîe - minntrr.
Obsen*ation générale.
L'Asie-mineure fut un des plus anciens et des principaux foyers de la civilisation , le théâtre des révolutions d'un grand nombre de peuples dans leur enfance et le noyau de la population européenne. Mais autant ce résultat se démêle à travers les ténèbres de l'antiquité , autant la première histoire de l'Asie -mineure est confuse et défectueuse quant aux faits en détail. Il y a eu beaucoup de pays et de peuples de l'Asie -mineure dont il ne nous est resté aucun vestige, et d'autres dont les événemens se confondent par le manque de dates ; partout l'historique a été dénaturé par le fabuleux. D'après les
données confuses ou les indices qui sont parvenus jusqu'à nous , nous pouvons admettre comme résultats généraux.
4*> Que laThrace et la Mysie*) en Europe furent vraisemblablement peuplées par les Teucres**)et les Mœsiens, venus du nord-ouest de la presqu'île. La position géographique du premier de ces états et la similitude de nom du second semblent venir à Tappui de ce qu'en disent les vieilles traditions.
a** Que le reste de la côte occidentale et une partie de la méridionale furent habités par de nombreuses tribus , désignées sous la dénomination vague de Pélasgiensy lesquelles étaient cependant entremêlées de Phéniciens , .et que ces tribus furent petit-à-petit remplacées par diverses colonies étrangères.
3<^ Que la renommée des Phrygiens fut très répandue dans l'intérieur du pays.
4** Que des races d'Assyriens et de Syriens, peut-être même d'Israélites (après la chute de Samarie) vinrent s'établir dans l'Asie-mineure , et que c'est de ces races que descendent les Cappadociens et les Leucosyriens (Syriens blancs).
5** Que la destruction de Troie, la transmigration
*) En latin Mœsio.
flS^ote du trad.J
**) Hablt.'ins de In Troade, ainsi nommés de Teucer, leur roi.
{Note du trad,J
des peuples de la Grèce causée par les Héraclides, * les invasions des hordes du nord et enfin l'accroissement du royaume de Lydie , ainsi que sa prompte chute, occasionnèrent médiatement et immédiatement le mélange multiplié des peuples de TA s i e - m i n e u r e, la fondation et la chute de nouveaux états etjde nouvelles colonies, ainsi que divers changemens qui eurent lieu parmi les potentats. Dans ce mouvement confîis de tant de peuples il n'y a que quelques faits principaux qui , pour l'histoire , méritent un examen particulier. Nous allons les parcourir rapidement.
Obsen>ations sur quelques peuples en particulier.
I. La Phrygie. Nannacus, premier roi de ce pays , est, dit-on, plus ancien que Deucalion. L'histoire de ce prince et de ses successeurs est enveloppée du voile de la fable. On y démêle cependant, que la civilisation fut très - ancienne chez les Phrygiens. C'est ce que prouvent la construction industrieuse des machines à tisser (opusphrygium), l'invention de l'ancre , celle des chars à quatre roues , etc., ainsi que l'exploitation de leurs mines, dans les temps les plus reculés (dont il est question dans la fable de M i d a s L) , comme le constatent aussi leur historiographe Dar es et leur ingénieux fabuliste Esope. I^a Phrygie fleurit principalement sous le règne de Midas IIL , qui ^y envoya en don au temple de Delphes un trône,
chef dWivre de rindustrie. Midas IV. étant mort sans héritier 5 le pays échut à k Lydie.
IL LaTroade(aussi nommée Phrygie-mineure, quoique ses habitans ne fussent pas de race phrygiennne > ) fiit florrissante pendant environ trois siècles (depuis Fan aSoo jusqu'à a8oo). Elle n'était pas un <îes moindres étatç de l'Asie-roineure; cependant çlje ne nous intéresserait que médiocrement, si la muse d'ua Homère n'eut chanté sa catastrophe. Trois mille ans se sont écoulés depuis qu'il ion est en cendres ; mais les héros des deux armées nous ont laissé de touchants souvenirs. On ne reconnait plus la place qu'occupa jadis la résidence de l'infortuné Pria m. Une seconde Troie , construite darrs les environs de l'ancienne, a également cessé d'exister. Les suites de la ruine de Troie furent d'une haute importance pour l'Asie- mineure et la Grèce. he& diverses migrations des peuples et les changemens dans les gouvernemens de l'Asie- mineure, une union plus étroite entre les petits états de la Grèce lesquels depuis cette époque devinrent successivement des républiques , et enfin l'établissement dç diverses colonies de Troïens , qui cherchèrent un refuge sur des cotes lointaines, furent les résultats les plus frappants de cette catastrophe.
III. La Carie est située à l'angle sud -ouest de TAsie-mineure. Ses habitans , adonnés au commerce ' et k la navigation , exercèrent aussi la piraterie et
furent par là long - temps redoutables aux Grecs. Ik firent aussi la guen*e , comme mercenaires , pour des puissances étrangères. Ils cototruisirMt Milet, cette ville qui devînt la mère de nombreuses colonies^ et après avoir perdu par le sort des atmes la plus belle partie de leur territoire contre les Ioniens et les Do ri en s , ainsi que leur liberté contre Crésus, ils continuèrent néanmoins , sous la dominatioh des Perses , d'avoir leurs princes particuliers et une ma+ rine importante.
IV. C'est sur tous ces états et sur toute l'Asie-^ mineure jusqu'au Halys, que s'étendit la domination de la Lydie qui l'emportait aussi sur la plupart de ces pays pour la fertilité et l'agrément de ises contrées. Elle s'appelait Mseonie du nom de ses premiers habitans; les Lydiens venus d'Egypte ne l'habitèrent , dit-on , que plus tard. L'histoire dei deux plus anciennes races de ses rois, les Atyades et lesHéraclides, est fabuleuse et de peu d'importance. Ce n'est qu'à compter de la troisième race, celle des Mermnades (l'an Sayo), que l'histoire des Lydiens mérite quelque foi. Gygès , l'assassin de. Candaule son roi et son ami, fut le premier de cette race; il fit la conquête de Colophon et de toute la Troade. Ses successeurs fiirent guerriers comme lui. Une émigration considérable de peuple mit alors obstacle à l'accroissement de la Lydie et de la
Médie. Les Cimbres*), ou si Ton veut d'après Moïse, les Gomérites**), qui habitaient an nord de la Mer-noire entre le Tan aï s (Don) et 1« Dniester , chassés de leur pays par les Scythes, refluèrent en hordes nombreuses dans l' Asie-mineure après avoir passé par les défilés du Caucase, inondèrent la Lydie, s'emparèrent de Sardes et ne furent détruits qu'à la suite d'une guerre longue et pénible. Dans ces entrefaites les hordes Scythes, poursuivant les Cirabres, avaient également pénétré au delà du Caucase , à travers les gorges de l'est ; ils avaient retardé la chute de Ninivé et avaient fait, pendant vingt -huit ans, de la Médie et de toute l'Asîe-antérieure le théâtre de leurs dévastations. AUyatès II., pour avoir accordé asile à un essaim de Scythes fugitifs , fut engagé dans une guerre contre Cyaxarès. Son fils fut le célèbre Crésus, dont les victoires rapides soumirent en peu de temps tout le pays en deçà du Halys et qui contraignit
•) I^es Cimbres paraissent être les mêmes que les Gaulois ou Celtes sous des noms différents : les G a 11 o i s qui sont descen* dus des Gaulois se donnent aussi le nom de Kumero ou CymroetdeCumers. (Voyez Thist. univ. traduite de l'anglais.) Ces dernières dénominations répondent a celle de Rimmerier que M. de Rotteck emploie dans le texte. CNote du trad.J
**) D'après l'histoire universelle traduite de l'anglais , ceux qui font dériver les Cimbres deGomer ne sont pas mal fondés dans leur conjecture , parceque les Go mérites furent appelés par les Grecs, Galates qui étaient les Gaulois de l'Asie-mineure.
(Note du trad^
même les villes de la Grèce à le reconnaître pour maître. Il se crut ensuite assez puissant pour épouser les ressentimens d'Astyagès, détronépar Taudacieux Cyrus. Personne n'ignofe quelle fut pour lui la funeste issue de cette guerre , et comment il échappa il la mort sur un bûcher^ en répétant à son arrogant vainqueur la sentence prophétique de Solon. Ce trait, fut-il même fabuleux, est plus instructif, plus moral que maint fait historique. A la mort de Crésus la Lydie cessa d'être comptée au nombre des états ; elle passa sous la domination des Perses.
V. L'histoire des colonies grecques sur les côtes de TAsie-mineure trouvera plus convenablement sa place dans celle des peuples de la Grèce.
^i0t0trr ir$ (bvecs.
Leur origine et leur accroissement.
L'histoire grecque nous offre une plus ample récolte que toutes les histoires rapportées jusqu'ici , même que toutes celles de l'antiquité, excepté cependant l'histoire romaine. Non seulement nous la puisons dans des sources plus nombreuses et plus abondantes, car qu'est-ce que l'histoire des Hébreux , même en comparaison de celle des Grecs ? mais encore nous y trouvons l'utile joint à l'agréable. Au lieu de rois et d'armées dont toutes les autres histoires sur-r
abondent, nous verrons dans celle-ci des hommes et des peuples , non tels que ceux de presque tout l'orient , existant des milliers d'années dans une triste uniformité de vie prescrite par des lois aqtiquès et immuables , ou caitsée par l'irrésistible influence du climat, mais des peuples qui par leur énergie propre et innée se dégagent de toute entrave , et déploient ainsi le perfectîoiinement de toutes les facultés de Famé. Nous verrons dans leur histqire , plus que dans toute autre, la solution du grand problème de l'organisation des états libres : nous y verrons enfin les sciences et les arts au degré de culture le plus florrissant et le plus durable.
Il est vrai que les temps antérieurs à Cyrus, par conséquent la plus longue période de l'histoire grecque , ne nous offrent guère de faits importants pour l'histoire du monde. Les progrès de la civilisation chez les Grecs , le perfectionnement et l'afFermissemeut des formes de leurs gouvernemens républicains , les puissants efforts de la force nationale , tout cela n'appartient qu'à la période suivante , qui cependant ne nous fournit aussi que des sources peu abondantes ; car , à l'exception de quelques poètes, les grands écrivains grecs n'ont vécu que plus tard ; et leurs écrits , malgré la description la plus fidèle et la plus détaillée de leur propre temps, ne contiennent quant à la haute antiquité que des esquisses légères et confuses. Cependant nous trou-
vons dans Homère et dans Hésiode, de même que dans quelques souvenirs conservés par les poètes qui chantèrent l'expédition des Argonautes , des renseigne- Inens précieux sur l'état et les mœurs de la Grèce ancienne ; et ces renseignemens , qui sufiOsent pour ébaucher un tableau général, nous font moins regretter la perle de détails plus positifs sur ces temps fabuleux et héroïques de la Grèce , temps auxquels la magie de la poésie et le voile de la fiction ont donné un intérêt qu'ils n'eussent jamais fait naître d'eux - mêmes.
Sous le nom de Grèce on n'entend communément que le Péloponnèse , Hellas*) et la Thessalie, et peut - être encore les îles des mers voisines. Mais le peuple grec (considéré génériquement d'après sa descendance) s'est répandu bien au delà de ces limites, dans toutes les parties du monde. Non seulement la plus belle partie des côtes occidentales de l' Asiemineure a été habitée par des Grecs; mais encore l'Italie inférieure (la Grande-Grèce) et la Sicile ont été peuplées par des essaims sortis de la Grèce ; ce peuple forma des colonies sur toutes les
*) Des recherches sur le mot Hellas donnent pour résultat, que Ton comprenait sous ce nom rintérieur de la Grèce, divisé en huit contrées ou proTÎnces , et que ce nom vient de Hel len , fils de Dcucalion et de Pyrrha , lequel donna son nom i la D o r i d e. Il s'ensuivrait de là, que le pays de Hellas pourrait être désigné ici sons le nom de D o r i d e ; néanmoins le traducteur n*a pas osé se permettre celte altération du texte. (Note du tratlj