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côtes de la Méditerranée et de la Mer-noire; et finalement les expéditions militaires d'Alexandre- 4e*Grand, ainsi que de nombreux établissemens et la fondation de plusieurs villes coloniales répandirent la langue et les mœurs des Grecs ^ et propagèrent même leur race dans TAsie- intérieure jusqu'à rindus et à TOxus. II est évident, que les destinées des peuplades grecques tellement dispersées ne pouvaient avoir un cours uniforme ; aussi sous le titre d'histoire de la Grèce ne rassemblera -t-on que les événemens et les faits qui , relativement à cette nation , ont entr'eux une liaison plus étroite et plus suivie.
D'après les tanciennes raditions grecques y c'est de l'Asie-mineure que s'épancha le flux principal de la population de tout le midi des Monts- Hémus. La situation du pays semble constater ce fait , sans qu'il soit nécessaire de recourir aux sources historiques. La nature elle-même avait tracé aux races nombreuses de l'Asie-mineure le chemin de la Th race et de la Grèce à travers les deux bosphores et les détroits resserrés entre les îles de la Mer- Egée, et elles se frayèrent ce passage dès les temps les plus reculés. Les premiers colons arrivés sur le sol de la Grèce, s'appelèrent Pélasges, dénomination générale qu'on pourrait appliquer à toutes les hordes venues de delà les mers , quoique la tradition assigne à ces anciens Pélasges, comme à un peuple parti-
ciilier , leurs babitatioits dans l'Asie -mineure. Postérieurement à ces Pélasges qui furent les premiers habitans du Péloponnèse, parurent les Hellènes également venus d'outi*e mer, mais dans une direction opposée, c'est <- à -dire du nord au sud. Ils errèrent pendant quelques siècles , sans avoir de nom distinctif , reçurent enfin celui d'Hellènes, dérivédeHellen , filsdeDeucalion, et chassèrent peu -à * peu les Pélasges. Les dates de ces événemens sont perdues. U a bien été question d'un royaume de Sicyon qui doit avoir déjà existé l'an i850) ce' qui cependant parait fabuleux. Mais Inachus, prince d'Argos (l'an ai3o), peut être censé le plus ancien chef des Pélasges en Grèce. Cependant Deucalion, père de la race des Hellènes (quoique la tradition en cite de phis anciens), étant venu du Parnasse en Thessalie (l'an al^'jo*)) doit en avoir expulsé les Pélasges. On connaît généralement la grande inondation qui eut lieu de son temps**). Peu-à-peu se perd la trace des Pélasges, qui ne se retrouvent qu'avec peine dans l'A rcadie. Ils se mêlent partout avec les victorieux descendans de Deucalion, ou bien ils vont s'établir en Italie et dans différentes
') Selon Pëtau. — Selon les marbres de Puros on d'Arundet le délage de Deucalion arriva l'an a454-
**) Les anciennes traditions font mention de plusieurs révolntions de la nature qui eurent Heu en Grèce rers ces temps -là. On met de ce nombre le déluge d*Ogygès, premier roi des Pëlnsgiens (TanaaSo).
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lies , et plus tard les habitans de la Grèce sont généralement appelés Hellènes. Cependant Homère les nomme Achéens, Danaïdes, Argiens, et le Hom de Grecs yçautol '■ — dont il est aussi question dans les marbres de Paros *), et qui dérive du Pélasge Grâkus dont la race fut connue en Italie avant les autres , prévalut.
Ces antiques hordes de Pélasges et de Hellènes figurent pendant long -temps comme sauvages. Ils errent sans lois et sans mœurs dans les forets de la Grèce, se nourrissent de glands et de chair crue, ne connaissent pas les liens du mariage et s'entredétruisent par des guerres continuelles. C'est chez les Pélasges que se montrent les premières lueurs de la civilisation. La barbarie dura encore plus longtemps parmi les Hellènes.
Temps héroïques de la Grèce,
Les Grecs ne sortirent de cet état de barbarie que lorsque de nouvelles colonies , venant en partie d'Asie par des routes depuis long -temps connues, et en partie d'Egypte et de Phénicie, s'établirent chez eux et y apportèrent leurs richesses et leur ci-
') Les marbres de Paros, ou d'Arnndel sont des tables de marbre de Paros ou de Smyme, appartenant autrefois au comte Arundel, lesquelles contiennent une chronique de la Grèce depuis Tan 1 582 — à a64 avant J. C (^Note du trad.)
vilisation. Leur arrivée fait époque en Grèce et mérite Tattention de ceux, qui étudient l'histoire du monde.
Déjà avant le déluge de Deucalion (l'an là^'iS selon Pétau, ou ^4^' d'après les marbres de Paros), Cécrops avec une colonie égyptienne était venu de Sais dans l'Attique, où depuis Ogygès les Pela sg es menaient une vie sauvage et vagabonde. Il bâtit sur une montagne la forteresse de Cécropia, qui bientôt après entourée de temples et de maisons que Ton construisit peu - à - peu , devint une ville qu'on nomma Athènes du nom d'I^^^Jr^ qu'ils choisirent pour leur déesse tutélaire. Par ses préceptes et son exemple il parvint à réunir en société les sauvages épars dans les environs, adoucit leurs mœiu's , les fit renoncer à leur vie errante , leur apprit à honorer les dieux et à respecter les liens du mariage , et devint ainsi le véritable fondateur d'un état policé d'où jaillit une lumière bienfaisante , qui se répandit sur tous les pays*
Quelques générations plus tard le Phénicien Cadmus vint en Béotie, bâtit Cadméis (qui fut pour Thèbes ce que Cécropia fut pour Athènes), devint le bienfaiteur de la contrée , en montrant aux habitans l'art de cultiver la terre et en polissant leurs mœurs , et celui de toute la Grèce par l'invention de l'écriture. Ce n'est que depuis cette époque
que la civilisation put jeter des racines et porter des fruits.
C'est à Danaïs (de Cbemnis dans la Ilaute-^ Egypte, l'an %/i'jQ. ou aSoc), selon qu'on s'en rapporte à Pétau ou aux marbres de Paros) que le Péloponnèse dut sa civilisation, et le Phrygien Pélops la perfectionna deux cents ans plus tard. Mais ce que nous lisons ultérieurement de ces deux cheÉs et de leui*s maisons, est défiguré par la fiction ou inspire l'horreur par les images du crime.
Pendant que , grâces à ces colonies , les germes d'une civilisation étrangère fructifiaient chez les Grecs, les chants de leurs propres poètes et leur religion , fondée sur d'antiques mystères , leur inspiraient des mœurs plus douces ; et Minos (I? vers a55o), roi de Crête, ayant dompté les pirates qui depuis long -temps portaient obstacle à la culture du sol sur les côtes de la Grèce , les Grecs purent enfin jouir des douceurs de leur situation .actuelle et exercer les arts de la paix.
Voilà à - peu - près les seuls noms qui , dans la foule de ceux des dieux et des héros qui remplissent pendant plus de cinq siècles les pages de l'histoire grecque, méritent l'attention de l'historien. Qu'on scrute leurs fastes fabuleux et héroïques, étroitement liés entr'eux , et dans le long intervalle qui s'est écoulé depuis Inachus jusqu'aux conquêtes des Héraclides , on ne verra figurer sur la scène de leur
histoire que des dieux , des demi-dieux et des héros aventurions* Parmi ces fictions , enfantées par l'en* thousiasme de la reconnaissance et de Fadmiration ou par l'orgueil national , il en est qui tiennent à Tastronoroie et à la physique et qui n'ont d'intérêt que pour les philologues ou les beaux - esprits.
Pour ajouter à l'intérêt de ces histoires particulières dans leurs rapports avec l'histoire universelle , il est bon de jeter un coup d'œil sur la carte. La Grèce entière ^ y compris les îles de l'Archipel , a un peu plus de aooo milles carrés d'étendue. Sur cette surface , qui égale à peine la cinquième partie de l'Allemagne se meuvent peut-être cent peuples avec leurs rois (c. à. d. des hordes avec leurs caciques). Quel intérêt peuvent - ils avoir pour nous avant leur civilisation , avant leur réunion en un ensemble commun ? Nous avons parlé de leurs premiers pas vers la civilisation, nous allons suivre les progrès de leur concentration en masse nationale.
Réunion des peuples de la Grèce,
Le premier objet qui , sous ce rapport , attirera notre attention , doit être la vaste étendue de terrain sur lequel se 'sont répandus les Hellènes. Quatre races, issues d'une souche commune, couvrent tout le territoire de la Grèce. C'est d'Eole et de Dorus, fils d'Hellen, et d'Achée et d'Ion ses petits-fils
(par Xutus) , que dérivent les noms d'Eoliens^ de Doriens, d'Achéens et d*Ioniens qui désignent ces races y lesquelles , bien qu'elles différassent Tune de l'autre par des caractères distinctife particuliers y n'en formaient pas moins , prises ensemble ^ une race commune qui non seulement conserva en propre et comme type national j ses traditions et sa langue , mais encore les communiqua et les fit adopter aux autres hordes qu'elle s'associa ou soumit. Ce lien de communauté de traditions et plus encore de l'idiome dans lequel elles se propageaient , attachait nécessairement à la masse de la race prédominante ces diverses peuplades grecques, quelles que fussent d'ailleurs la différence de leur origine et leurs variétés entr'elles , et en faisait une nation qui, à l'inverse des peuples non -grecs, formait un ensemble qui se soutenait , malgré toutes les dissensions intestines.
Ce lien naturel fut bientôt consolidé par des institutions positives. De ce nombre sont , l'assemblée des amphyctions (vers l'an a4fto); une confédération hellénique qui s'assemblait deux fois tous les ans à Delphes et à Anthela; l'oracle de Delphes et les jeux olympiques *j.
*) Les jeux olympiques, qui depuis 3ao8 se célébraient régulièrement tous les quatre ans et que l'on observait exactement, servent ici de base à la chronologie grecque, qui cependant n'est positive qu'à compter de la a8« olympiade , et qui plus tard n'est pas exempte de difficultés.
Les Grecs y animés d'un même sentiment et poussés par ime conformité de circonstances, ayant peu-à-peu réformé le pouvoir monarchique et introduit généralement entre eux les formes du gouvernement républicain , il en résulta un nouveau et puissant lien d'intérêt conmaun qui établit , parmi tous les Grecs^ contre les rois étrangers, un système d'alliance natu-* relie et de défense réciproque , pour la cause commune de la liberté contre la tyrannie.
D'après le cours des choses humaines , il était inévitable que parmi la quantité de ce^ républiques alliées , quelques unes ne devinssent prépondérantes et entraînassent , comme centre de gravitation , les destinées des autres. Des circonstances particulières favorisèrent l'accroissement de Sparte et d'Athènes f et plus tard celui de Thèbes. C'est des intérêts ou des passions des peuples de ces trois états tour-à-tour prédominants que dépendit , surtout dans la période suivante , le sort de tous les états moins puissants de la Grèce , et leur histoire renferme ou éclipse celles de tous les autres.
Histoire générale des Grecs , jusqu'à la fondation des républiques.
Dans cette première période il a été fait phis d'une fois mention de cette alliance des peuples grecs , qui rejaillit puissamment sur les relations pour lesquelles elle fut conclue. L'histoire du monde , en
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parlant de ce pays , ne traitera que des évéïiemens crun intérêt général pour toute la Grèce.
Au nombre de ces derniers nous compterons la célèbre expédition des Argonautes , la guerre de Thèbes et le siège de Troie (de -1790 à aSoo), auquel succédèrent des désordres qui agitèrent la Grèce pendant long*temps , et qui finirent par amener un nouvel ordre de choses aussi bien quant au territoire des divers peuples que quant à leur orga* nisation intérieure.
Les prétentions des Héraçlides en furent la première cause. Héraclès (Hercule), le plus £simeux des héros grecs, ayant été dépouillé d'une grande partie du Péloponnèse qui appartenait à sa maison , ses descendans furent entièrement dépossédés de leur héritage par les Pélopides. Avant la guerre de Troie ils avaient fait une tentative infructueuse pour rentrer dans leurs droits , et ils la renouvelèrent après la destraction de cette ville; mais ce ne fut qu'à la cinquième génération que les Héradides parvinrent , à l'aide des Doriens(etde quelques hordes d'Etoliens sauvages), à faire valoir leurs prétentions et soumettre la puissante Argos (avec Sycion et Mycènes) , ensuite la Messénie et finalement la Laconie (l'an 2880).
Ces conquêtes furent de la plus grand importance pour toute la Grèce. La domination des Achéens cessa dans le PéToponnèse , le» Doriens de-
vinrent maîtres d'Argos, de Messène et de Lacédémone^etlesEoliens, d'Elis, LesÂchéens, expulsés de leurs anciennes demeures j conquirent £g talée sur les Ioniens et lui donnèrent le nom d'Achàïe 9 et les Ioniens se réfugièrent dans TÀttique.
Les vibrations de ces grands mouvemens durèrent encore long -temps. C'est ainsi que nous voyons encore (Tan ^91 3) Athènes vivement assaillie par les Héraclides, mais sauvée par le magnanime dévouement de son roi Codrns. Un long épuisement, le retour de la barbarie et plusieurs migrations furent les suites de ces guerres. Ce fut cependant alors que s'affermii^ent les états dans la Grèce, et quMls continuèrent à se maintenir jusqirà sa chute sans subir de changemens considérables quant aux limites ; et sur les ruines de la monarchie renversée s'élevèrent partout , sous des formes diverses , les gouvernemens républicains. Il est à regretter qu'il ne nous reste que fort peu de documens relatifs à cette période mémorable , et nous ne pouvons établir que des conjectures sur les causes de cette révolution générale. Mais dès que les ténèbres se dissipent, nous voyons de toutes parts à la place des vieilles monarchies grandir paisiblement de jeunes républiques.
Des états de la Grèce en particulier.
Dans cette transition des ténèbres de Tantiquité à la clarté des temps postérieurs dans Thistoire-de la Grèce , il est à propos de jeter, une fois pour toutes, un coup d'œil rapide sur ses principaux états en particulier. Dans la suite nous nous occuperons exclusivement des états les plus puissants.
Au centre du Péloponnèse (laMorée) s^élèvent les montagnes de TArcadie jadis habitée par des bergers, paya presqu'aussi riche en beautés naturelles que la Suisse , et qui fut long - temps , comme elle, Tasile des mœurs douces et innocentes de la vie champêtre. Cest à la musique et à la poésie que les babitans durent Taménité de leur caractère; mais leur civilisation ne s'éleva pas à un degré supérieur. Ils étaient Pélasges d'origine, et la conformation de leur pays couvert de montagnes les préserva d'invasions étrangères. La simplicité de la vie pastorale fut constamment leur goût dominant , quoique plus tard ils aient eu des villes, dont presque chacune fut une république particulière.
Du sein de ces montagnes s'épanchent plusieurs rivières qui se dirigent vers les points cardinaux; au midi vers la Laconie et la Messénie, à l'occident vers l'Elide, au nord vers l'Achaïe et à l'orient vers Argos. Plusieurs chaînes de montagnes et de collines de l'Arcadie se prolongent aussi jusqu'aux derniers confins du Péloponnèse.
Deux de ces chaînes, descendant vers le sud, enceignent avec le golfe de Laconie la remarquable vallée du même nom, arrosée par l'Eu rota S coulant à travers des bois de myrthes et de lauriers, et où fut jadis Torgueilleuse Sparte. I^es Leléges^ nomades d'origine pélasge, furent les premiers qui l'habitèrent ; les H e 1 1 é n e s les remplacèrent ; vinrent ensuite les premiers princes de la race de Persée, et finalement ceux de la maison de Pélops. Ces derniers furent chassés par les H é r a c 1 i d e s. Cette révolution jeta les fondements de la grandeur de Sparte.
LaMessénie, contrée presque aus$i belle , mais que ses malheurs rendirent célèbre , est située à l'occident de la Laconie. Elle tomba au pouvoir des Spartiates, quoique les rois des deux peuples fussent de la race des Héraclides. La ville de Messène ne fut construite que dans la période suivante.
L 'Eli de, divisée en trois parties, occupe la plus grande étendue des côtes occidentales du Péloponnèse. Elle comprenait la Triphylie (Pylos Triphyliakos), gouvernée par le sage Nestor, et Elis qui n'avait d'autre boulevard que le respect qu'où portait aux dieux ; entre ces deux villes se trouvait Olympie, fameuse par les jeux qui s'y célébraient. Eli^ est de peu d'importance pour l'histoire.
L'Achaïe^ partie septentrionale du Péloponnèse, et r A r g o 1 i d e I presqu'île prolongée vers le sudest , sont plus dignes de l'attention de l'historien. Dans toute l'histoire ancienne de la Grèce aucun pays n'est plus important que l'Argolide. C'est du nom de ce pays que dérive celui d'Argivesou Argiens , employé quelquefois pour désigner les Qrecs en général. Argos, Mycène, Tiryus avec toutes les autres villes ornèrent le pays où régnèrent Inachus, Danaus, Persée, Pélops, Agamemnon et autres. Les descendans d'Agamemnon furent chassés de leur royaume par lesHéraclides, et plus tard (yers l'an 3ooo) les villes argiennes adoptèrent le gouvernement républicain. Phi don, Héraclide d'orignie ^ donna de sages lois à Argos. Les Argiens furent presque toujours en guerre avec les Spartiates.
L' Achaïe, la côte septentrionale du Péloponnèse, appelée jadis Egyalée, ensuite lonie et enfin Achaïe dû nom des colonies qui vinrent s'y établir successivement, s'étend le long du golfe de Corinthe. Douze villes florrissantes , imies entr'elles par une confédération étroite , formaient l'Achaie proprement dite: mais l'antique Sycion , siège des beaux -arts , qui pendant long- temps forma un royaume particulier, et la commerçante Co rin the sur l'isthme de ce nom , avec des ports aux deux mers , la métropole de Syracuse et de plusieurs autres
villes et la clef du Péloponnèse, étaient censées faire partie de TA^chaïe prise dans une acception plus étendue. La race des Bacchiades fut puissante à Corinthe. Cipsélus et le éage Périandre .y régnèrent sous le titre de tyrans.
La situation de Fétroite langue de terre qui joint le Péloponnèse au continent de la Grèce ou àHellas (la Livadie *)) en fait une position militaire importante. Cest par là , qu'en traversant les stériles rochers de Sciros on arrivait à la petite ville de TWègar e , qui défendit heureusement sa liberté contre Corinthe et Athènes avec le courage ordinaire aux peuples montagnards.
L'A t tique, où Ton arrive ensuite, est Tun des plus vastes états et sans contredit le plus important de toute la Grèce. Elle forme également une presqu'île projetée dans la mer du côté sud - est. Le littoral des deux côtés s'appelait autrefois la Pa relie (Paralia). L'aridité de ces côtes et du terroir encore plus stérile de l'Attique , ne tentant guère la rapacité des hordes étrangères et astreignant les habitans aux travaux de l'agriculture , fut cause de la civilisation précoce et de la puissance de cet état.
*) H e 1 1 a 8 est le nom d'une ville de peu d'importance dans là Theisaliotide. C'est de cette ville ou, pour mieux tlire^ des Hellènes que dérive le nom de H cl la s fréquemment employé pour désigner toute la Grèce en général , mais le plus souvent on ne s'en sert que pour indiquer la partie centrale de la Grèce.
Au nord de la Parélie s'élevaient les montagnes moins infertiles de la Diacrie, que la tradition prétend avoir été la demeure primitive des peuples de TAttique. Ils étaient d'origine pélasge. Il a déjà été fait mention d'Ogygès leur roi (Tan aaaS), du dé- Juge arrivé sous son règne , ensuite de l'Egjrptîen Cécrops qui jeta les fondemens d'Athènes. La contrée qui environne cette ville s'appelait Pédion; elle était la plus belle de toute l'Attique , richement plantée d'oliviers et arrosée par leCéphise, l'Hisse et l'Eridan, I-ie territoire d'Eleusis où, d'après la tradition, prospérèrent les premiers dons de Gérés (sur un champ appelé Rharia) fut réuni plus tard à l'Attique.
Au delà du pays de Mégare et de FAttique , depuis la mer d'Alcyon jusqu'à celle d'Eubée, s'étendait la Béotie; ce n'était pas le territoire d'une ville dominante , mais elle contenait autant de gouvernemens municipaux indépendants qu'elle avait de villes , quoique la plupart conclussent plus tard une confédération , à la tête de laquelle était la célèbre Thèbes, illustrée par son fondateur G a dm us et plusieurs autres héros cités dans les fastes de la Grèce. Mais plusieurs villes , et surtout PI a té e , jalouse de sa liberté, refusèrent de se soumettre au joug. Cette désunion et l'organisation imparfaite des r^u bliques béotiennes , entreprise dans laquelle le Gorinthien Philo laûs lui-même, ce sage législateur de
Thèbes, ne put réussir entiéremeut , empêchèrent la Bét>tie de parvenir au degré de puissance auquel sa position et son étendue lui eussent perifiis d'aspirer. L'atmosphère de ce climat , s'il faut en croire les anciens , rendait enclin à l'indolence , et cependant ce pays vit naître, outre beaucoup de héros, un Hésiode, unPindare, une Corinne, unPlutarque, un Pélopidas et un Epaminondas, et le bois sacré des muses couronnait le sommet de l'Hélicon. Trçis autres états bornaient la Béotie à l'orient depuis le golfe de Corinthe jusqu'aux chaînes des Monts-Oeta ; c'étaient la Pbocide,'la Doride et la triple Locride. Le premier de ces pays doit sa célébrité au temple de Delphes sur le mont Parnasse ; et le second est remarquable , comme étant le point d'où les Héraçlides se mirent en marche pour aller faire la conquête du Péloponnèse. Les Doriens et les Phocéens étaient Hellènes, ainsi que les Locriens. Ces derniers étaient subdivisés en trois tribus: les Ozoléens qui habitaient au midi vers le golfe de Corinthe ; les Opuntii et les Epicnémidiens établis sur les côtes de la Mer- Eubée. Pour venir de Thessalie chez les Epicnémidiens on arrivait, entre la mer et les rochers escarpés de l'Oeta , au célèbre défilé .des Thermopyles qui rappelle un des plus glorieux faits d'armes de toute 'l'antiquité. Les anciens habitans de la
Locride n'eurent qu'une fisiible part à la gloire des armes grecques.
On peut en dire autant des habitans de TEtolide et de l'Âcarnanie, situées à l'occident de Hellas. Les Etoliens passaient pour des hordes sauvages , avides de butin , et ils justifiaient leur renommée. Ce ne fut que lors de la décadence de la Grèce , après Alexandre-le-Grand, qu'ils jouèrent im rôle important.
Sous le nom de Grèce septentrionale quelquesuns ne comprennent que la Thessalie (Janniah); d'autres y ajoutent l'Epire qui y confine du côté de l'occident. Mais la plupart des habitans de ce dernier pays , parmi lesquels on cite principalement les Chaones, lesThesprotesetlesMolosses, n'étaient pas d'origine grecque et passèrent long-temps parmi les Grecs pour des barbares. Cependant ils révéraient l'antique oracle de Delphes , et la race royale des Eacides était originaire de Grèce. Ce n'est que dans la période suivante qu'on verra l'Epire acquérir de la célébrité ; mais la Thessalie eut plus d'éclat dans les temps anciens.
La Thessalie est bornée de trois côtés par les chaînes de montagnes de l'Oeta, du Pinde et de , l'Olympe. Plusieurs lignes de montagnes parcourent transversalement l'intérieur du pays , dont les rivières , confondant leurs eaux avec celles du Pénée, vont s'épancher avec lui dans le golfe de Th.erme, après
avoir arrosé la riante vallée de Tempe. La place que la Thessalie occupe dans la mythologie et dans l'histoire des héros, est importante. Les Titans, les Lapithes et les Centaures (dompteurs de chevaux) , Japet et Prométhée, les chefe même des deux principales races des Grecs, Pélasge (Thessalus et Grœcus étaient ses descendans) et Deucalion , en outre Achille, Philoctéte, Jason et d'autres appartiennent à la Thessalie, qui fut long-temps le théâtre des exploits de presque tous les héros. Du temps de la guerre de Troie , la Thessalie contenait dix états qui tous aspiraient à la liberté, et qui faisaient presque tous partie de la confédération des Âmphyctions , mais qui néanmoins (on cite surtout Larisse et Phérée) furent souvent gouvernés par des tyrans.
Iles de la Grèce,
Des colonies grecques vinrent aussi occuper les îles voisines des deux côtes et jusqu'à l'Asie, après en avoir chassé leurs premiers habitans (pour laplupart Phéniciens et Cariens dans les îles de la Mer -Egée).
Corcyre (Corfou), colonie corinthienne dans la Mer-Ionienne, fut importante sous le rapport du commerce et de la navigation. Cephalonie et Zante (Zacynthe) méritent également d'être citées. ^ '
Les lies situées à la cote orientale et vers TAsie sont encore plus remarquables , principalement les quatre grandes tles d'Eubée, de Crète, de Rhodes et de Cypre.
L'Eu bée {aujourd'hui Nègrepont), le long des cotes orientales de Hellas , île vaste et fertile , contenait plusieurs villes libres, parmi lesquelles Chalcis sur la côte du détroit d*Euripe, métropole de plusieurs villes coloniales , etErétrie furent les plus remarquables. Cette île, dans la suite, ne put se soustraire à la domination d'Athènes.
La Crète *) , île encore plus grande, dont cependant la totalité des habitans n'étaient pas d'origine grecque , conserva son indépendance , et sans les divisions qui la troublèrent, elle aurait pu devenir assez puissante pour dominer la Grèce. Mais ses villes les plus importantes, Gnossus , Gortyne et Cy d o n i e , s'affaiblirent mutuellement par des guerres continuelles, et cette Crète, qui avait été si florissante et si redoutable sous les règnes de ses deux Minos (l'an a55o et ^700), qui châtia les pirates de Carie , imposa un tribut aux Athéniens , et qui se glorifiait de la sagesse de ses lois, cette Crète, malgré la prospérité de son commerce , et quoiqu'elle n'eût jamais été attaquée par des ennemis extérieurs , vit cependant , par suite de ses dissensions civiles et
*) Aajonrdlrai Candie. (Note du trad.)
des orages révolutionnaires , s'éteindre son éclat et sa gloire.
L'île de Cypre (Chypre), dans la mer de Pamphy lie *) , fut également affaiblie par des discordes intestines. Elle contenait neuf royaumes , parmi lesquels celui de Salami ne était le plus puissant. Elle était peuplée de Grecs, dePhéniciens et d'Africains. Sa situation la tint presque toujours dans la dépendance des Phéniciens et finalement des Perses.
Rhodes, près des côtes de la Carie, peuplée en majeure partie de Doriens, faisait déjà dans ces temps-là un commerce important ; cependant l'époque de sa grandeur et celle de la fondation de la supeii>e ville du même nom appartiennent à la période suivante.
Des colonies grecques.
Les colonies grecques propagèrent cependant bien au delà de ces îles et presque sur toutes les cotes de la Méditerranée et de la Mer-noire la descendance, le nom, la domination et les moeurs des Grecs; et l'histoire de ces colonies est, pour diverses raisons , digne de notre attention pa]i:iculière. Nous réunissons ici , pour l'unité de l'ensemble , toutes les colonies fondées depuis la guerre de Troie jus-
*) La Pamphylie est une petite étendue de côtes dans Tintérieur du grand golfe, entre la Cilicie et la Lycie.
(Note du trad.)
qu'à Fempire de Macédoine ( par conséquent aussi celles de la période suivante) , à l'exclusion des colonies militaires fondées par les Macédoniens euxmêmes.
Différentes circonstances occasionnèrent les innombrables migrations des peuples grecs. La Grèce eut à supporter des orages et de grands troubles depuis la guerre de Troie jusqu'à l'établissement des Héraclides dans le Péloponnèse. Maint peuple opprimé ou chassé alla chercher hors de sa terre natale une meilleure existence qu'il trouva d'abord , mais qu'il perdit dans la suite , et nous ne voyons dans aucun temps les Grecs en repos. Tantôt ce sont des guerres sanglantes avec leurs voisins ; tantôt des révolutions et la fureur^des factions. Sonvent il ne restait au vaincu d'autre moyen de salut que de se réfugier chez l'étranger ; le mécontentement expatria les uns ; les proscriptions éloignèrent les autres. Même après l'affermissement de l'organisation civile 9 plus d'un ambitieux, trop impuissant pour changer le gouvernement de sa ville natale, alla tenter fortune en fondant une colonie. Plusieurs migrations eurent finalement lieu par les décrets formels des gouvernemens , soit dans l'intérêt public , pour assurer la garantie et l'extension des relations commerciales, soit par des motifs politiques, pour augmenter la puissance, pom* obvier aux inconvé-
niens d'une population trop nombreuse, ou pour étouffer des germes de discorde.
Nous commencerons , ainsi que de raison , par les colonies de TÀsie-mineure. Elles étaient plus nombreuses et plus rapprochées entr elles que toutes les autres , devinrent puissantes de bonne heure par leur industrie et leur commerce, et contribuèrent essentiellement , par la rapidité des progrès de leur civilisation , à celle de leur mère -patrie. Les conquêtes des Héraclides jetèrent les fondemens de ces colonies. Lorsque les Do rien s att^iquèrent le Péloponnèse , une troupe d'£oliens sous la conduite de Penthile, tirant vers le nord, marcha versHellas et laThessalie, et cette colonie s'étant successivement étendue sous les desoendans de Penthile , s'avança jusqu'au rivage de la mer , où l'étroit Hellespont offre un court trajet pour passer en Asie. lis le franchirent et fondèrent dans la fertile province qu'ils appelèrent Solide douze villes, entr'autres CumesetSmyrne, et s'établirent aussi dans les îles de Lesbos, de Ténédos et de Hécatonnési (cent îles). Mytilène, capitale de Lesbos, fiit la plus florissante de ces villes et dut sa splendeur à son sage dictateur Pittacus (Aesymnéta), au poète Alcée et à Sapho. Les villes éoliennes conservèrent leur liberté jusqu'à Gyrua. Athènes les opprima plus tard. Smyrne, après avoir accédé à la confédération ionienne,, fut dé-
aoo
truite par les Lydiens; mais elle se releva de tes ruines. Elle brille d'un nouvel éclat dana la période suivante.
Le midi de l'Eolide fut le siège de la confédéral tion des ^villes ioniennes* Les Ioniens, chassés de l'Âttique depuis 60 ans j et conduits par les deux plus jeunes fils de Codrus, marchèrent d'après la décision de l'oracle de Delphes et les ordres de l'assemblée des Amphy étions , vers les côtes de la Lydie et de la Carie septentrionale, où ils conquirent ou bâtirent treize villes, qui dans ce beau pays , sous la ciel le plus doux et dans la situation la plus heureuse pour le commerce , prospérèrent rapidement , aug* mentèrent en population et en richesses^ et, semblables à des ruches fécondes , envoyèrent au loin leurs industrieux essaims. Parmi les villes d'Ion ie nous distinguerons Milet,^ Phocée et Ephése. La première (de même qu'Ephèse , déjà bâtie du temps des Cariens) doit avoir fondé plus de 3oo villes sur les côtes de la Mer-noire et du Palus Méotis. Son commerce de terre s'étendit même jusqu'au centre de l'Asie ; dans la période suivante on verra qu'elle fut détruite par les Perses, et qu'elle refleurit ensuite plus tard , quoiqu'avec moins d'éclat. P h o c é e , riche et puissante par sou commerce sur la Méditerranée occidentale, métropole de diverses colonies sur le sol de l'Italie, de la Corse et de la Gaule, inspire le respect par son enthousiasme
pour la liberté ; car lorsque Cyrus, à la tête de touteFarméedesPerses, inonda TÂsie-mineure, les Phocéens,' ne voyant la patrie que là où est ia liberté , abandonnèrent leurs toits paternels et , après maintes contrariétés du sort , vinrent s'établir à l'embouchure du Rhône, où ils fondèrent Marseille qui ne tarda. pas à acquérir une haute importance. Ce furent eux qui apportèrent à la Gaule deux dons inappréciables, l'olivier et le cep de vigne. Ce ne fut qu'après la chute de Milet et de Phocée que s'éleva Ephèse, qui les éclipsa dans la suite. Parmi les villes de l'alliance ionienne on compte encore Téjos (Téios; Téos), patrie du chantre Anacréon ; Smyrne, qui vit naître Homère et qui s'était détachée de la confédération des villes de l'Eolide ; Colophon, redoutable par sa puissance maritime; Sam os, célèbre par son magnifique temple de Junon (Polyc rate vers 345o); et finalement Chio (Scio), renommée pour l'abondance et la qualité de ses vins. L'histoire de la confédération ionienne se lie à l'histoire générale de la Grèce.
L'alliance des villes delaDoride sur la côte mér ridionale de la Carie, ainsi qu'à Cos (Coos, Cous) et à Rhodes fut bien moins considérable. Elle fut fondée (vers l'an 3ooo) par une colonie héraclide de Mégare. I^e temple d'Apollon Triopius*) était
*) Cnide était bâtie sur un promontoire qui s'avance dans la mer appelée T r i o p i u m . CNote du trad.J
pour les six villes fédérées (parmi lesquelles on compte Cnide et Halicarnasse), ce quêtait pour les villes ioniennes le temple de Neptune à Mycale.
Plusieurs colonies de ces villes florissantes de la côte occidentale de l'Asie -mineure (Milet principalement) s'étant successivement établies sur toutes les côtes du Palus-Méotis et de la Mer- noire, ainsi que de TArchipel y finalement aussi sur celles de Thrace et de Macédoine (ces dernières colonies étaient cependant pour la plupart venues d ' A t h è ji e s ), devinrent puissantes et célèbres. Telles furent Phasis et Dioseurias dans la Colcdide, où le commerce prospérait déjà dans les temps les plus reculés; Panticapasum, Théodosie(ou CafËi) dans la Chersonèse-Taurique ; Phanagorie et Ta nais (Assov ou Azof ) à l'embouchure du fleuve de ce nom. Olbia à celle du Borystène (aujourd'hui Dnieper); Tyras sur le Dniester. Les colonies d'Héraclée en Bythynie, deSinope, patrie deDiogène, en Paphlagonie, Trapèze (Trébisonde) dans le Pont, décoraient le rivage méridional de la Mer-noire ; les colonies d'Appollonia, de Tomi et de Salmydessus florissaient à l'occident.
Mais à la jonction du Pont-Euxin et de la Mer- Egée, au Bosphore et à l'Hellespont se voyait Bysance, qui depuis joua un rôle si éclatant , etChalcédon, moins avantageusement située vis-à-vis ; plus
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loin ; sur les bords de la belle Propontide, Lampsaque et Cicyque du coté de l'Asie , et Périnthe du côté de la Thrace; sur le sinueux Hellespont, Sestus, Card/as et cet Aegos-potamos si funeste aux Athéniens; ensuite sur les côtes de l'Archipel, Maronée et Abère où naquit Démocrite, et enfin sur celles de Macédoine les villes d'Amphypolisy de Chaicis , la puissante Oly ntheet Po tid ée , appartenantes à Athènes y leur métropole ou leur maitreàse.
De même que la plupart des colonies maritimes situées à l'est avaient été, directement ou indirectement, fondées par les Athéniens, de même celles à l'ouest — dans l'Italie- inférieure et la Sicile^étaient pour la plupart venues des états du Péloponnèse.
Dans les contrées riantes et fertiles de la Sicile , la plus ancienne ville coloniale fut sans doute Zancle, appelée depuis Messana ; mais la plus puissante fut Syracuse, bâtie (en 3a49) par le Corinthien Archias. Ce n'est cependant que dans la période suivante qu'on la verra déployer sa grandeur. Nous ne parlerons également que plus tard de Gela , fondatrice d'Agrigente rivale de Syracuse (Phalaris tyran d'Agrigente n'est que trop connu) , et ensuite de Léonte, d'Himère, de Sélinente et autres.
Parmi les colonies de l'Italie inférieure les plus anciennes furent: Argos -Hippion, Canusium ,
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BeDeventum , fondées par les Ârgiens pendant la guerre de Troie ; puis Cumes (Fan 2923) , coloniefille de Chalcis dans l'île d'Eubée, et que Ton ci*oit mère de Naples. Sybar is , établie (l'an 3233) par les Acbéens et les Trézeniens , grande et populeuse, mais énervée par le luxe et les voluptés ; aussi , quoique sa population fut de cent mille habitans et qu'elle eût vingt - cinq autres villes sous sa domination, fut -elle vaincue et détruite (en 3443) par les Crotoniates. Crotone, également fondée](3a43) par les Acbéens (d'Argos), avait trente ans auparavant, sous Pythagore, subi un changement remarquable, mgis de peu de durée. Plus tard elle passa 9 avec les autres villes de la Grande -Grèce, sous le joug des Romains: la guerre de Tarente en fut cause. Cette célèbre colonie de Lacédémone se déployait avec magnificence au centre de la côte riante du golfe qui porte son nom. C'était une peuplade de Parthéniens qui s'étaient réunis (en 3281) pour se soustraire aux humiliations que leur naissance illégitime leur ^faisait essuyer de la part des Ijacédémoniens. Tarente égala Sybaris quant à la mollesse et au dérèglement des moeurs. Deux autres villes coloniales , celle des Thures , et celle des Locriens Epizéphyriens *) devinrent célèbres par
*) Ainsi nommés du promontoire Zéphyrien, sur lequel était construite leur ville. (Voir l'histoire universelle f traduite de Tanglais.) (^Note du trad,)
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la sagesse de leurs législateurs Charondas et Za- 1 eD c u s 9 tous deux disciples de Py thagore. R h èg e , colonie de Chai ci s , fut grande et puissante aussi, mais finit par devenir victime des fureurs de Denys de Syracuse et de la trahison des soldats romains.
Carmi les colonies disséminées sur les autres cotes nous voyons dans la Sardaigne, Caralis et Oliba; dans la Corse, Alalia, fondée par les Phocéens qui plus tard fondèrent Massilia; en Espagne, Rhodes, Emporium et l'infortunée Sagonte (qui eut Zazynthe porir fondateur); en Illyrie, Apollonia et Dy rrhachium ; sur les côtes de l'Asie-mineure, Telmissus et Selga, et en Cilicie , l'importante ville de Tarse et Mopsvestia.
Finalement en Afrique, Naucratis en Egypte et Cyrène en Libye ; cette dernière colonie et quatre autres villes formaient ensemble une principauté assez étendue (Pentapolis), laquelle se défendit avec des succès balancés contre les Pharaons, puis devint tributaire des Perses, adopta ensuite le gouvernement républicain et fut enfin , sous les Ptolémées , mise au nombre des provinces de TEgypte.
Histoire de Sparte. Lycurgue.
Le coup d'œil que nous venons de jeter sur les provinces et les colonies grecques nous a fait devancer
en partie l'ordre chronologique ; la connexion naturelle des objets l'exigeait Nous pouvons maintenant, sans le mélange confus d'épisodes particidiers , suivre le fil des destinées des Grecs, lequel, pour ce qui est des principaux pays , se lie à celui des destinées de quelques états prépondérants.
Ici se présente d'abord Sparte qui , après avoir été conquise par les Héraclides, soumit peu-à-peu toutes les villes de la Laconie et punit par la servitude la désobéissance de quelques-unes , par exemple d'Elos. Eurysthène et Proclès, frères jumeaux de la race des Héraclides qui conquirent Sparte ensemble, ayant été, d'après l'oracle, reconnus rois conjointement, leurs descendans, les Agi des et les Eurytionides , régnèrent aussi toujours deux-àdeux. Ce gouvernement biarchique, si l'on peut appeler ainsi ce partage de pouvoir , devait nécessairement s'affaiblir par des discordes inévitables et faire sentir d'autant plus la nécessité d'une législation fondée sur des bases solides. Sparte obtint (Fan 3ioo) l'avantage inappréciable d'une organisation légale par le grand Lycurgue , au nom et à la législation duquel cependant les anciens et les modernes rendent un hommage exagéré. On ne saurait nier , à la vérité , que son ouvrage ne soit marqué au coin du génie et ne puisse être considéré comme un chef-d'œuvre admirable de sagacité et de logique ; mais il n'est pas , à beaucoup près , celui de la véri-
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table sagesse d'un législateur. La raison et Thumanité le condamnent également y ainsi qu'il résulte de Texamen que nous allons en faire.
U est d'abord incontestable que ce ne fut que sur les Spartiates proprement dits , que se porta de préférence l'attention de Lycurgue ; eux seuls composaient la république ; leurs relations avec les habitans des autres villes de la Laconie étaient despotiques , et elles étaient même tyranniques à l'égard des ilotes (et plus tard elles le furent à l'égard desMesséniens qui toutefois valaient bien les Spartiates). La masse des citoyens de Sparte était gouvernée démocratiquement avec un mélange d'aristocratie. Le pouvoir législatif, et l'élection des magistrats appartenaient à l'Ecclésia (assemblée des citoyens, à l'exclusion de ceux qui. étaient trop pauvres pour contribuer aux frais des festins publics). Un sénat appelé Gérusia, composé de vingt -huit vieillards âgés de plus de 60 ans élus à vie , préparait et discutait les ^faires et en décidait quelques - unes. Les deux rois y siégeaient aussi , mais n'y avaient qu'une voix chacun. Auparavant c'étaient eux qui, comme descendans d'Hercule et conséquemment de Jupiter , étaient chargés , sous leur responsabilité et au moyen de quelques restrictions , de veiller à l'exécution des lois , de présider aux cérémonies religieuses, et de commander l'armée en temps de guerre. A côté d'eux , ou pour mieux dire, au dessus d'eux siégeaient cinq Ephores qui
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traitaient les affairés les plus importantes de TEtat, présidaient le sénat et l'assemblée des citoyens (Eo clésia) et jugeaient les rois. Iieur pouvoir n'était restreint que par la courte durée de leur dignité qui n'était que d'une année. Dans la suite cepen-^ dant l'Ëphorat dégénéra en véritable oligardiie.
Ce n'est cependant pas le système d'organisation de la république qui distingue le gouvernement de Sparte de tous les autres y tant anciens que modernes ; c'est l'esprit qiû animait ces . formes , et d'après lequel était établi tout le système des lois et des mœurs. A Sparte toutes les lois politiques et civiles 9 le droit public et privé , les ngiœurs et les coutumes , en temps de paix comme en temps de guerre ^ formaient un ensemble cohérent dans toutes ses parties, conçu d'après un principe unique, basé sur une seule idée fondamentale. La grande , la principale idée qui paraît dominer dans l'œuvre admirable dç Lycurgue, c'est celle d'un état où l'intérêt particulier est non seulement subordonné à la volonté publique, mais où il ne fait qu'un avec elle ; où les citoyens n'ont point d'inclinations, point d'intérêts personnels , mais n'ont en vue que la patrie ; où ils font abnégation d'eux - mêmes pour ne se considérer que comme membres d'un grand corps. Le but du législateur, coname le prouvent ses lois , fut donc d'établir une égalité parfaite entre t«us les citoyens, de dompter les penchants naturels
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de régoîsme par une éducation qui les combattait sans relâche , et d'inspirer aux Spartiates ^ non seulement la volonté y mais encore Fénergie nécessaire pour la conservation et le maintien du bien • être public. Il est vrai que la distinction entre les.qobles et les simples citoyens continua de subsister même parmi les races dori-spartiates'; parmi ces dernières celles des deux maisons royales et généralement celles des Héraclides étaient les principales; mais cette distinction était sans influence politique» Tous les citoyens étaient égaux devant la loi ; tous pouvaient aspirer aux dignités , excepté à la dignité royale; tous donnaient leurs soufFrages aux élections et quiconque était élu y restait fonctionnaire du peuple. Mais ce fut surtout contre la différence des fortunes (laquelle, malgré toutes les formes démocratiques engendre la plus odieuse et la plus fim^ste inégalité) y que Lycurgue employa tous ses efforts, et reconnaissant Finsuffisance de tous les moyens palliati&, il voulut détniire le mal jusque dans sa racine. C'est pourquoi il persuada à ses concitoyens , quelle étonnante victoire ! de renoncer à toute propriété qui pût produire une disproportion trop marquante dans les fortunes, et à se dépouiller ainsi de Fun des plus précieux avantages de la vie sociale, pour serrer pli|s étroitement les liens de la société. Dès lors tout immeuble cessa d'être propriété particulière , et les biens mobiliers , car il était impos-
siUe de les constituer en propriété commune , furent IxMmés au plu& simple nécessaire. I^es terres ftirent divisées de manière que chaque Spartiate, chaque habitant de la Laconie eut l'usufruit d'une porttoB de tecrain suffisante à son entretien et à celui de sa fiaimille ; mais il ne lui était pas p^rms de cultiver lui-même son champ ; car dans ce cas l'agricole industrieux fîlt devenu plus riche que le cultivateur indolent ; c'étaient les Ilotes qui furent chargés de ces travaux, et pour détruire jusqu'à l'idée de richesse , tout l'or et Fargent fut proscrit , on introduisit la monnaie de fer, et les Spartiates, par des lois sévères , furent contraints à se réduire à la plus grande simplicité dans leurs habitations , leur mobilier, leurs vétemens et leur nourriture. Non seulement la culture des terres et l'ecercice des arts mécaniques , mais les sciences spéculatives et les beaux arts leur furent encore bien plus sévèrement interdits. La patrie ne lein* danandait que le civkme, des bras robustes et un dévouement sans réserve.
Mais comment I^ycurgue s'y prit - il pour trouver des citoyens disposés à de si grands saoîfices , animés d'un tel amour pour la patrie , et doués d'une telle énergie? C'est à l'éducation qu'il eut recours , car elle commençait avec la naissance et même avant, et durait toute la vie. On habituait dès l'enfance les filles Spartiates k des jeux et à des exercices continuels qiii , bien que blessant les sévères lois de la
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piideiir y endurcissaient leurs corps et les rendaient propres à donner le jonr à des enfons robustes. Un grand nombre de préceptes, parmi lesquels il y en avait de cniels et de contraires à la délicatesse des moeurs , relativcmefitau choix d'un épouiE et à Texeretce des droits conjugaux .derai^t assurer à la république des mariages bien assortis et des enfonte* mens heuretix , et les enfans qui Tenaient au monde avec une conformation débile étaient voués à la mort. L^état se chargeait des enfans censés assez vigoureux pour supporter l'éducation Spartiate ^ les enlevait dès les premières années aux soins maternels, leur feisait donner indistinctement et en commun une édocationr dont la base était la sobriété , Thabitude du travail et de la fatigue , l'adresse quâAt aux exercices miK« taires , et Tamour de la patrie. De là , Finstitution de ees jeux gymniques continuels ; ces essais pour s'habituer à la faim , à la soif, à la douleur ; cette ému« lation qu on excitait parmi la jetmesse ; cette défi6^ rence sans réserve pour les vieillards ; ce silence respectu^ix avec lequel on écoutait les préceptes de patriotisme qu'on cherchait à leur inculquer dans toutes les occa^ns , même pendant leurs courts re^ pas y et les maximes d'une conduite sage , discrète et pleine de noblesse. Une telle éducation , propor^ tionnée aux divers âges de l'homme , durait toute ta vie. Les jeunes- gens et les vieillards a^istaient aux repas publics (sissites). Ije citoyen le plus distingué
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ne pouvait se soustraire à la vigilance publique , la moindre faute n'échappait point à la censure. J^ loi veillait sur toutes les actions. La cfaasse, les exercices guerriers, les jeux gymnastiques n'étaient interrompus que par des guerres véritables qui vraiment étaient moins fatiguantes. Partout et sans cesse le Spartiate trouvait des encouragemens à l'accomplissement de ses devoirs , des exemples de valeur , des leçons de vertu , des occasions de déployer son énergie. C'est ainsi qu'il apprenait 'à se modérer et à respecter la loi ; c'est ainsi qu'il devenait robuste et agile ; il était toujours prêt au combat^ et d'une valeur constante; et son amé , que l'éducation avait rendue innaccessiblè à toute autre passion , se livrait sans réserve et avec enthousiasme au seul amour de la patrie et de laliberté. Cette organisation a sans doute opéré des prodiges ; elle a dompté les penchans naturels les plus fougueux; enfanté les exploits les plus brillants, formé les guerriers les plus intrépides, les patriotes les plus enthousiastes, et même les femmes les plus faéroïqi^; die a élevé Sparte au plus haut degré de puissance et de splendeur dans toute la Grèce, et après ime durée non interrompue de plus de cinq cents années elle sut inspirer encore l'admiration dans sa décadence et enfin dans sa chute. Cependant cette organisation, aux yeux d'un scrutateur pénétré du sentiment de la véri^d>le humanité et de l'intérêt social de l'état , doit paraître plutôt vicieuse qu'excellente»
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D'abord Lycurgiie n'a pas assez apprécié la dignité «t les droits de rbomme ; car comment y pour assure^ bi liberté- de dix mille citoyens et l'existence tout au plus «ipportable de trente mille autres , aiu^t-il pu condamner plusieurs centaines de milliers d'homme^ à la misère et à l'oppression la plus révoltante ? L'opprobre et les maux de la servitude qui accablaient les Ilotes étaient inséparables d'une constitution qui déclarait cette e^èce d'hommes propriété de l'état, qui fondait sur leurs travaux la coittervatioo de la race prédominante , qui exposait leurs biens à la merci du caprice et qui laissait leurs vies ^ comme celles d'animaux sauvages , en proie à la cruauté d'une jeunesse avide de combats. Nous voyons malheureusement aussi chez d'autres peuples des esclaves et ce qu'on nomme y contre tout sentiment d'équité y droit de servitude : mais nulle part , comme à Sparte , une telle iniquité ne se trouvait inhérente à la constitution ; nulle part elle ne se voyait portée à un wt excès.
Continuons notre analyse : qu'a fait J^ycurgue pour le bonheur des Spartiates libres , de ce peuple de prédilection ? Le Spartiate a fait à l'état le sacrifice de ses propriétés , de son aisance , des véritables douceurs de la vie ; il a renoncé aux agrémens de l'industrie, à la félicité domestique, aux Muses, ainsi qu'aux sentimens de pure humanité , et a reçu en compenscition de tant de sacrifices — la morgue du
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soklat et le vertige du patriotisme. N'a -t- il <Iobc pas ainsi négligé le but pour les moyens? Les exercices militaires et les entretiens patriotiques ne «ont pas la seule destination de Thomme , et il eâii incontestable que l'observance ponctuelle des lots de Lycurgue devait laisser un triste vide dans Tesprit^ le cœur , et la vie habituelle y et que la nature vio* lentée se vengerait infailliblement tôt ou tard.
Aussi s'est -elle vengée et la constitution de Lycurgue a>ft-elle enfanté des monstruosités. La pé* riode suivante nous en présentera le tableau.
Par suite de la constitution de Lycurgue les Spartiates, malgré le peu d'étendue de leur territoire, de* vinrent redoutables à tous leurs voisins et bravèrent tous les peuples , quelque nombreux qu'ils fussent. Les deux guerres messéniennes fournirent la première preuve frappante de l'accrpissement de Sparte, mais aussi de sa dureté et de son arrogance militaire.
La première guerre messénienne , occasionnée par l'injustice révoltante des Spartiates , est signalée pmla barbare action d'Aristodème, roi de Messénie , qui , dans le transport d'un enthousiasme patriotique et religieux, poignarda sa popre fille. Ce parricide ne fléchit pas les dieux et, après la prise d'Ithomé (l'an 3261), les Messéniens subirent les conditions de paix les plus humiliantes et les plus onéreuses, qui cependant ne subsistèrent qu'autant que dura l'épuisainetit des vaincus. Nous admirons les exploits
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du vârfUaat Aristomène, le héros de la seeondè lierre (l'an 3^99) , avec cette chaleur d'intérêt qu ii^ 4»pire Thét-oîsme aux prises avec l'injustice soutenue par des forces supérieures. Il défendît pendant onze ans la forteresse construite sur le Mont-Ira^ et lorsque^ par suite d'tme nouvelle perfidie , elle succomba , il se fit jour, les armes à la main ^ à travers les forces réunies de l'ennemi ^ et après avoir essuyé maints hasards j il parvint à fonder , avec ses fidèles compagnons y amants de la liberté , une nouvelle patrie , Messane sur le territoire dé la Sicile. Les autres Messéniens fiirent traités comme les Ilotes. L'Arcadie, naturellement fortifiée par ses montagnes^ échappa à la même destinée , ainsi qu^Argos qui, par sa position éloignée , formant une presqu'île à part, n'offirait guère de points d'attaque. Cependant cette dernière contrée fiit vivement pressée par les Spartiates et eut beaucoup à soufFrir de leur tactique persévérante et insidieuse. Ce fut surtout Qéoméne I. qui , par son astuce et la force de ses armes , éleva Lacedémone au premier rang des puissances de la Grèce.
Histoire <P Athènes, Solon,
Portons maintenant nos regards sur Athènes, la plus illustre ville de la Grèce, qui nous rappelle de nobles et d'agréables souvenirs. Elle s'appela d'abord
Cécropià du nom de son fondateur Cécrops (lan a4îî6) , qui répj»ndlt sur le territoire de TAttique les premières semences de la civilisation, Thésée (Faa ^754) en fit la capitale de toutes les villes de TAttiqiie. J^ vi^ de ce prince , féconde en exploits et en for^faits, peut passer pour le caractère distinctif des liéro$ grecs en général. Cependant la noblesse des $entiraens prévalait en lui^ et Athènes, qui lui dut «a grandeur çt les bases d'un gouvernement répubUcain 9 put se glorifier à juste titre d'être appelée la ville de Thésée. >
Ce fut k dater de son règne quç les rois furent réduits ^ se borner à la dignité de général et de juge suprême. Le pouvoir législatif était déféré au peuple , cependant sous l'influence très -prépondérante des nobles qui opprimaient souvent les deux auti*es classes de la population , les cultivateurs et les artisans. Les successeurs de Thésée continuèrent cependant à porter le titre de rois , jusqu'à l'époque où le trône , devenu vacant par le dévouement sublime du généreux Codrus, parut ne pouvoir plus être aussi glorieusement rempli. Les rois furent alors remplacés par les Archontes; Médon, fils de Codnis , fut le premier. Quoique dans les commencemens cette charge fut à vie et héréditaire comme la royauté, le vœu du peuple, après la mort d'Alcméon , treizième Archonte à vie (l'an 3227), restreignit , sans opppsitiçn , à dix années la durée d^
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l'exercice des fonctions d'Archonte, et plus tard ^^2197) à une année y en conférant cette dignité à neuf citoyens k la fois>
G^>endant les Athéniens commencèrent à s^tir le fardeau du pouvoir aristocratique, et le manque de 1<HS écrites j&vorisait les 2bus du pouvoir arbitraire. Le peuple chargea FArchonte Dracondela rédaction d'un code de lois. Il le composa (Fan 336 1), mais il l'écrivit en caractères de sang, selon l'expression des Athéniens; aussi ce code ne se maintint-il pas. J)e nouveaux désordres se manifestèrent , et une lutte violente entre les actions démocratique et aristocratique affaiblit tellement la puissance des Athéniens qu'ils ne purent empêcher la conquête de File deSala-r mine par le petit peuple de Mégare. Athènes néanmoins reprit de nouvelles forces et sortit régénérée de cet état de détresse par les efforts de Sol on, l'un de ses ci^ toyens, que l'histoire cite à juste titre comme l'un des hommes les plus illustres et les plus sages de tous les temps. Ce philosophe , pour conjurer la tempête qui allait éclater, publia la Sisachtie, cette loi diffamée, proclamant l'extinction de toutes les dettes, qui violait, à la rigueur , les principes de la stricte équité , mais qui alors était l'unique moyen de salut impérieusement commandé par les circonstances. Toute la législation , que ses concitoyens l'avaient chargé de composer , décèle le génie qui sut approfondir les hommes et les temps ; il disait lui-même en parlant de ses lois : qu'elles
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n*éfaient pas les meilleures lois possibles , mais les meilleures qui convinssent au peuple athénien. Au surplus ces lois n'avaient pas f. comme la constitution de Lycurgue , la Uberté pour but exclusif : mais eUes devais , en revêtant cette liberté des (ormes pro*tectrices d'un gouvernement démocratique temp^ par l'aristocratie , contribuer à la pro^érité des Athé^ niens autant qu'il était possible dans leur position et avec leur caractère , fonder leur bien-éu^e et favoriser leurs progrès en civilisation et leurs relations sociales. Nous allons indiquer le résultat de ses lois politiques» Solon voulait la liberté ^ c'est-à-dire l'empire de là volonté du peuple; non pas de la volonté mal-entendue ou effrénée de la populace, mais de la volonté publique, réfléchie et fondée sur les principes de la raison* C'est pourquoi , redoutant les formes purement démocratiques , il jugea nécessaire de les adoucir en y mêlant quelques institutions aristocratiques. Il confia donc k xiner assemblée nationale le pouvoir suprême , c'est-à-^ dire, le droit de législation et d'élection des magistrats, celui de faire la guerre ou la paix, de conclure des alliances, d'établir les impôts et de régler les grands intérêts de l'état Cette assemblée se t^omposait de tous les citoyens effectifs , domiciliés soit dans la ville d'Athènes, soit dans celles qui en dépendaient (il y en avait 1 74) , et formait un total d'environ 20000 individus. Cette population était déjà , antérieurement à Solon , divisée en quatre tribus subdivisées en races.
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80 Ion laissa subsister cette division , mais il y en entremêla encore une antre en quatre classes réglées d'après les fortunes. Les magistrats ne pocnraient être élus que dans les trois premières ; les assesseurs près les tribunaux pouraient être choisis dans toutes les quatre ; cependant la toi requérait en outre des qualités partiel^ Uéres pour l'éligibilité aux charges importantes* Dans les cas d'égalité de droits et quant aux emplois &ciles à remplir , c'était au sort à décider ; cette disposition n'esduait cependant pas les épreuves. Les membres même du Grand-Conseil étaient désignés tous les ans par le sort. Ce conseil, d'après l'institution deSolon, était de quatre cents membres (cent de chaque tribu), chacun âgé de trente ans au moins et d'une réputation intacte. P^odant la durée de l'année , les classes de ce sénat (les députés de la même tribu formaient une classe) dirigaient tour-à-tour les affaires. Les membres de la classe dirigeante s'appelaient Prytanes et vivaient dans le P r y ta n é e aux dépens de l'état. Chaque memVe du sénat avait une dradime de paie par jour, Les Prytanes se subdivisaient aussi en comités qui avaient également tour-à-tour la présidence. L^ membres de ces comités , nommés Proëdri, étaient présidés par un Epistate (garde du sceau public), dont la charge ne durait qu'un jour.
Ce sénat réglait les affaires courantes et avait aussi le droit de faire des réglemens, qui cependant ne restaient en vigueur qu'autant que duraient ses fonctions, c'est
à-dire jusqu'à la fin de l'année. I^ plus ira^rtante de ses attributions consistait dans la proposition des lois, car le peuple ne pouvait délibérer que sur les projets de loi sanctionnés par le sénat. Les -sénateiu*s pré^ sidaient les assemblées du peuple et dirigaient les dis* eussions. On prononçait des harangues pour ou contre la loi proposée , et la majorité des suffrages décidait la question.
Mais ce que le sénat avait proposé et ce que le peuple avait résolu , n'avait force de loi que revêtu de la sano* tion de l'Aréopage. L*Âréopage était une cour très-ancienne, instituée parCécropsouson successeur immédiat uniquement pour juger les causes criminelles; Solon, en laissant à cette cour le pouvoir judiciaire , lui assigna encore des fonctions politiques et lui confia la surveillance suprême de l'état et la garde des lois.
Par l'établissement de toutes ces institutions, la puissance aristocratique ou oligarchique des Archontes fut ébranlée jusque dans ses fondemens , cependant Solon conserva ces magistrats comme organes du pouvoir exécutif et aussi du pouvoir judiciaire.
. Un article caractéristique ^ mais en même temps funeste, de la constitution athénienne , c'était , qu'outre le pouvoir législatif le peuple avait le droit de juger en dernier ressort les causes qui concernaient l'état même. A Sparte les premières autorités de l'état : la Gérusia, les Rois et les Ephores étaient en même
temps les juges-supremes ; tnaiâ à Athènes c était TEcclésia elle-même qui jugeait définitivement. Cependant pour les causes ordinaires , soit civiles , soit criminelles f il y avait des juges particuliers , et même (ce qui est caractéristique aussi) ils étaient en très-grand nombre. Outre les Archontes etTAréopage^ dont il vient d'être £ait mention , il y avait enc(A*e à Athènes quatre tribunaux criminels et six tribunaux civils.
L'Ostracisme^ au moyen duquel quiconque portait ombrage au peuple , soit par sa puissance , soit par son crédit , soit même par son mérite , ou semblait pouvoir devenir dangereux à l'égalité répubticaine, pouvait, lorsque 6000 voix le demandaient, être banni pour dix ans , sans autre forme de procès et sans qu'il lui fut permis de se défendre , était moins un acte de pouvoir judiciaire que de la plénitude de la puissance du peuple athénien. Plusieurs républiques , en tr autres celle de Syracuse où cette mesure s'appelait Fétal^sme, avaient la même institution.
La législation civile de Solon l'emporte encore en mérite sur ses lois politiques. Aucun législateur n'eut un but plus humain , ni des vues plus libérales. C'étaient des hommes , et non pas des héros , ni des fanatiques qu'il voulait former. Il voulait également que les Athéniens fussent vaillants et qu'ils aimassent la liberté , mais il voulait aussi les polir , les enrichir par l'industrie , les rendre loyaux et leut donner des moeurs. Solon s'occupait des moindres détails quant
aux métiers et aux arts , et il étendait ses soins et son amour sur toutes les classes de la société. Il honorait , autant que le permettait Tes^rit du temps j la dignité de rhomme^ .même dans la personne de Tesclave. Il fit des réglemens positifs pour raffermir le^ époux , les pères et les mères ainsi que les ^ifans dans le sentiment de leurs devoirs naturels. Les punitions que ses lois prononçaient , étaient celles qu'inflige un bon père et non pas un maître irrité. On observait ses lois y car on les aimait. Il était indulgent pour les faiblesses humaines , et tolérait ce qui n'aurait pu être réprimée que par une sévérité nuisible ; mais il tâcha d'extirper jusque dans la racine la principale cause des vices, l'oi-* siveté ; et convaincu que l'essentiel dans les mœurs dépend de l'exemple des grands , il établit la peine capitale contre les Archontes coupables d'ivrognerie.
Tout ce qui se fit de grand et de bon à Athènes peut être considéré comme l'effet de la sage législation de Solon; les maux et les désordres qui eurent lieu^ furent la suite de la violation de ces mêmes lois.
Solon vivait encore lorsque Pisistrate s'empâHPa (l'an 34îi4 ) du pouvoir monarchique dans Athènes. Ce citoyen doué de talens supérieurs, ayant enfin, après des exils et des triomphes alternatif , affermi son pou* voir (l'an 3439), régna avec sagesse et douceur, feivorisa les sciences et les arts, et manifesta des idées libérales. Mais quelle compensation pouvait offrir Pisistrate aux victimes qui avaient péri en s'opposant à son usuS
pation naissante ? que pouvait*il donner aux survivans en échange de la liberté qu'il leur avait ravie? à ces hommes , qui , n^iyant plus de bonheur à attendre de leurs propres forces et de la protection des lois , ne vivaient plus que souô le bon plaisir d'un maître?
Hippias et Hipparque, tous deux doués de quali* tés estimables, succédèrent (l'an 34^7) à Pisistrate leur père. Hîpparque se distingua surtout par l'aménité de son caractère ; mais son anK)ur pour le bel Harnvodius l'entraîna à un acte de violence que ce dernier, de concert ai^ec son ami A r ist ogiton , vengea cruellement. Hipparque fut tué dans une fête publique, et Hippias, qui par sa rigueur imprudente acheva d'irriter les écrits, fut chassé (l'an 3474) par les Athéniens assistés des Spartia tes. Il s'enfuit à la cour du roi de Perse. Les anciennes factions recommenc^ent à déchirer Athènes, qui se fSélicitait cependant d*avoir recouvré sa liberté ; mais Sparte eut à se repentir d^avoîr aidé sa rivale à reconquérir ce précieux trésor , et les Spartiates se montrant peu dignes de leur législateur Lycurgue , poussés par une basse jalousie , essayèrent par la force des armes et la ruse à ramener Foligarchie dans Athènes , et même à y rétablir l'autorité de ce même Hippias qu'ils avaient expulsé. La guerre de Perse interrompit le courîs de cette guerre intestine.
Etrusques. Latins.
IjSl population dans le nord et la majeure partie de ritalie étant de race gauloise , les Romains appe* lèrent ce pays Gaule cisalpine (Gallia cisalpina). L'Italie inférieure fut surnommée la Grande-Grècet parce que plusieurs colonies grecques s'y établirent et y portèrent la civilisation. — Dansl'Italie-moyenne des races gauloises et ibériennes se mêlèrent à des races grecques et vraisemblablement aussi à diserses colonies venues d'Asie et d'Afrique. Leur établissement remonte néanmoins à des temps très-reculés , antérieurs aux notions historiques , et même dans les temps sui* vants leur histoire et celle de leur origine est ensevelie dans des ténèbres impénétrables. Mais quand même nous en aurions des notigns précises , l'histoire de ces hordes à demi sauvages ne nous serait que de peu d'utilité ou d'intérêt. Parmi les nombreuses races dltalie il n'y a qu'un seul peuple j qui j par sa civilisation précoce et son caractère distinctif , soit digne d'être mentionné dans l'histoire du monde. Ce sont les Etrusques. Nous allons donc nous en occuper^ ainsi que des Latins, ancêtres des Romains.
LesEtruriens^ Etrusques, Tusques, plus taixl aussi Tyrrhéniens, (cette dernière dénomination vient apparemment de quelque colonie de Pélasges), paraissent être en majeure partie issus d'une race du
nord, qu'on croit ibérienne. Us possédaient autre* fois tonte l'étendue de pays entre le Tibre et les Alpes, avaient leurs colonies dans l'Italie méridionale et les petites iles de la Méditerranée , et s'étaient déjà , lors de la guerre de Troie, acquis de la célébrité par leur commerce et leur navigation , de même que par leur mythologie et leurs sciences. Leur culte religieux servit de base à celui des Romains, et leiir alphabet se reconnaît dans tous les alphabets de l'Europe. Us ont devancé les Grecs dans la découverte des principes d'une constitution libérale , dans la science de la législation, dans l'exercice des arts mécaniques et libéraux. Cependant leur tempérament sombre et des revers po* litiques ont empêché leur civilisation d'égaler jamais celle des Grecs. I^es Gaulois leur enlevèrent la fertile vallée du Pô; Bellovèse, venant du Rhône à la tête de sept peuplades, passa les Alpes, battit les Etrusques et fonda Milan. Une partie des vaincus alla se réfugier dans les Hautes-Alpes rhétiennes. Plus tard leurs colonies méridionales devinrent la proie des Samnites; et enfin les farouches Romain s se jetèrent sur ce peuple pacifique et affaibli par le luxe. La Tuscie proprement dite était alors divisée en douze cantons (Leucumonies) confédérés. Les chefs de ces cantons s'appelaient Leucumones} Porsenna, l'un de ces derniers ,- se rendit redoutable aux Romains ; mais les Etruriens, pressés d'un côté par les Gaulois, de l'autre par les inÊitigables Romains, et divisés
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entr'eux, durent nécessairement succomber; aussi les verrons-nous dans la période suivante sous le joug des Romains.
LeLatium, au sud de rEtrurie, fut une arène où beaucoup de peuples indigènes luttèrent avec des colonies d'étrangers. Ce que la tradition rapporte de Saturne et de Janus, dePicus et de Faune, quoique &buleux, décèle* néanmoins un degré précoce de civi* lisation dans ce pays. Cette civilisation faisait déjà des progrès importants, lorsqu'Evandre, à la tête d'une colonie d'Arcadiens, parut sur les bords du Tibre et bâtit Pallantium. Si l'on en croit la tradition , le peuple de cette contrée r^eçut son nom de Latinus, fils de Janus ; et Lavinium fut bâtie (l'an adoo) par £née , qui , s'étant réfugié dans le Latium avec ses Troyens fugitifs, épousa Lavinie, fille de Latinus. La même tradition prétend aussi qu'Ascagne, fils d'Enée , fonda la ville d' Alba-Longa , et que Sy 1 v i us , second fils d'Enée , est père de la race des. Syl viens , dont les descendans régnèrent plus de quatre cents ans dans ce pays.
Fondation de Rome. Borne gouvernée par les Rois,
Numitor, chassé de ses.états par son frère Amulius, fiit, d'après la tradition, rétabli sur le trône par Romulus et Rémus , ses petits-fils jumeaux , qui durent leur conservation à un prodige. Ces deux princes fondèrent alors , aux bords du Tibre , la ville de Rome sur
le terrain dont leur grand-pére leur avait fait don par reconnaissance.
Ce fut l'an du monde 3a3o , la troisième année de la sixième olympiade et la sept-cent-cinqnante-troisième avant l'ère chrétienne , que Rome doit avoir été construite sur le Mont-Palatin. Mais le Mont-Palatin y ainsi que le Mont-Caqitolin, étant déjà alors habités par des colonies grecques , il paraît que sous le mot, de construction il faut entendre l'agrandissement de la ville par suite de l'arrivée d'une nouvelle colonie venue d'Alba-Longa. Cet établissement , formé par une horde peu nombreuse de chasseurs et de bergers, était encore faible et à peine en état de se défendre contre les petits peuples voisins. Les auteurs romains rapportent eux-mêmes, que Romulus augmenta le nombre de ses sujets en accordant l'asile à un ramas de fugitifs et de malfaiteurs qui cherchaient à se soustraire à l'action des lois , et en leur donnant pour femmes les Sabines qu'ils avaient enlevées. L'heureuse issue de la guerre des Sabins fut le premier fondement de la puissance de Rome.
Les armes et l'agriculture furent les bases sur lesquelles Romulus établit son empire , auquel il donna des institutions dont les traits les plus caractéristiques se sont conservés jusque dans les derniers temps. D'après l'esprit de son siècle et le caractère de sou peuple , il ne pouvait guère se maintenir dans l'exercice du pouvoir absolu. C'est pourquoi il s'entoura
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d'un sénat composé de cent membres (nommés Patres comme leurs collègues les Patriciens) choisis parmi les principaux citoyens, et chargés de le seconder dans le gouvernement , mais obligés de soumettre les affaires les plus importantes à la décision de toute la commune (c'est-à-dire , la totalité des citoyens jouissants de la liberté politique, partagés en tribus et en curies). Cependant, la soif de régner qui tourmentait Romulus et à l'assouvissement de laquelle il avait immolé son propre frère et plus tard son collègue Ta tins, prince des Sabins , et les guerres continuelles qui avaient habitué les Romains à fléchir sous le commandement d'un seul , avaient fait faire à la monarchie des progrès inquiétants que la jalousie du sénat arrêta en étouffant dans le sang de Romulus le germe de la tyrannie nais« santé.
Pour faire participer aux avantages des liens de la société les hordes de Romulus , avides de guerre et de butin , il fallait polir leurs moeurs : les lois du sage Numa Pompilius , Sabin d'origine , élu roi (l'anSaCo) après un interrègne orageux , opérèrent cet heureux changement. Le respect pour les Dieux que Numa inspira aux Romains, resta pendant plusieurs siècles le plus puissant ressort du mécanisme politique , la base de l'ordre et de la soumission aux lois , et l'égide protectrice de la paix dans l'intérieur et des vertus domestiques, but principal du législateur. Pendant un règne paisible de quarante-trois ans il vit fleurir les arts de la
paix et leurs heureux succès, et emporta au tombeau, pour récompense , la douce conviction d*avoir élevé im monument aussi grand que durable pour la prospérité pid>lique.
Le destin sembla veiller lui-même à Faccroissement de Rome , en lui accordant , chose inouie dans Thistoire des autres peuples , une série non interrompue de sept princes doués des plus heureuses qualités , et précisémeiiJt de celles qui convenaient le mieux aux diverses circonstances du moment. Aussi cette conformité extraordinaire de mérite dans tous les rois de Rome et la longue durée de leur régne ont-elles porté la plus forte atteinte au degré de foi qu'il convient d'ajouter à leur histoire ; mais il serait tout aussi hasardeux de les rejeter comme de pures fictions. Ces doutes se perpétuent d'ailleurs encore pendant quelques siècles du temps delarépubUque. TuUus Hostilius (l'an 33i3) conduisit de nouveau les Romains dans la carrière des combats et de la gloire. Alba-Longa, la plus ancienne des villes du Latium , mère de Rome , succomba alors à la puissance naissante de sa propre colonie ; elle fut détruite et ses habitans devinrent sujets du vainqueur.
Ancus Martius (l'an 3345), Tarquin l'ancien (l'an 3370) et Servius TuUius (3407) montèrent sur le trône ; également grands dans la guerre comme dans la paix, ils agrandirent leur puissance, perfectionnèrent la civilisation , et augmentèrent la prospérité pi la splendeur même de leur populeuse cité. Le dernier de
ces princes fit des changemens dans Voi^anisation. Avant lui la dernière classe de la population (Plebs, les derniers parmi les hommes libi^es) n'avait pas le droit de suffrage dans les curies ; — elle était politiquement censée en tutèle. Servi us eu forma une tribu particulière , en établissant une nouvelle espèce de comices , c'est-à-dire de comices de centuries, où tous les hommes libres pouvaient donner leur voix, qui cependant, par une dispotition sagement calculée, n'avait qu'une valeur relative. Pour l'intelligence de cette dispositioi^ nous allons commencer par expliquer la difïérence entre les curies, les centuries et les tribus.
Les curies ne formaient que la classe patricienne — le grand conseil des familles patriciennes; les centuries étaient la nation en commun, ou la réunion des deux classes principales en^ semble, c'est-à-dire la noblesse (classe patricienne) réunie avec la masse des citoyens ordinaires ; les tri bus enfin étaient la classe purement plébéienne.
Il est cependant essentiel de bien distinguer ici les trois tribus anciennes ou primitives que la tradition prétend avoir été créées par Romulus, des nou-* velles tribus, c'est-à-dire des trente tribusformées par Servi us Tullius (4 tribus urbaines et a6 tribus d'habitans des campagnes, qui après avoir éprouvé une diminution considérable par les conquêtes de Porsenna , se rétablirent peu-à-peu et augmentèrent jusqu'au nombre de 35). Les anciennes étaient une dis-
tribution du peuple par races, c'est-à-dire des per-i sonnes attadiées aux familles patriciennes; lest nouvelles étaient une distribution de la classe plé-« béienne par districts ou contrées.
Chacune des trois tribus Romuliennes (Tities, Ramnes et Lucéres) était divisée en dix curies, dont chacune comprenait un nombre fixe (peut-être égale^ ment de dix) de races. Sous le nom de race , on n'entendait pas une &mille seule , mais toutes celles qui por^ taient un nom commun provenant héréditairement de celui des premiers ancêtres le plus noble ou qui s'était le plas illustré. De ces races — et d'abord seulement dans la tribu des Lucères (les prêtres?), plus tard aussi dans celle des Ramnes(les guerriers ?) et enfin , comme cela eut lieu sous Tarquin l'ancien , dans la troisième, les Tities (patres minorum gentium) — on prenait cent hommes par tribu (par conséquent 3oo en tout) pour former le sénat, ainsi que le comité ou petit conseil de la plus noble portion du peuple. Néanmoins dans les cas importants, ce petit conseil ne pouvait agir sans le consentement du grand conseil, c'est-àdire des curies, et même de toutes les tribus, déjà même dans le temps où il n'y en avait plus qu'une qui se trouvait représentée dans le sénat , à plus forte raison sous le gouvernement postérieur des rois , puisque les représentans des deux autres tribus avaient aussi droit d'y opiner.
Le droit de voter dans les curies appartenait unique-
ment aux citoyens nobles ou de fomille patricienne, parmi lesquels se distinguaient les chevaliers (soit ceux qui par leur fortiuie étaient appelés à des distinctions honorifiques dans Tarmée en faisant la guerre sur leurs propres chevaux , soit en général la jeiuiesse patricienne , soit aussi une classe particulière de noUes composée de guerriers et de prêtres). Ce droit de suffrage était interdit , si non aux clients qui , sous tous les rapports , faisaient partie des races , du moins bien certainement aux plébéiens — portion du peuple, dans les commencemens essentiellement différente des clients — ; c'était ime classe d^ommes simplement libres et propriétaires de biensfonds, laquelle s'était^successivement formée d'étrangers — surtout de Latins — admis à Tindigénat , mais exclus , jusqu'au règne de Tarquin l'ancien , de l'exercice de tout droit politique et nullement censés du nombre des citoyens de vieille origine romaine.
Mais Tarquin l'ancien et son successeur non moins sage, ServinsTulIius, reconnaissant la justice et l'avantage de l'admission des plébéiens à la communauté des droits politiques , la leur firent accorder ; le premier en adjoignant à chacune des trois anciennes tribus une seconde tribu composée des plus notables et d^ plus riches familles plébéiennes, et doublant ainsi le nombre des chevaliers ; le second en élevant à la con^ dition politique toute la classe plébéienne et donnant aux deux classes une organisation conmmne.
Ainsi donc , de même que les femilles patriciennes étaient divisées en 3o curies^ de même la classe plébéienne Tétait en trente tribus. Mais ces tribns plébéiennes ne formaient pas des castes, mais des corporations par district. Une tribu était, dans les commencemens , composée des étrangers admis à Findigénat , auxquels on avait assigné des biens-fonds dans l'un des quatre quartiers de la ville ou des vingtsix districts autour de la ville. Les descendans de ces citoyens , ainsi que les étrangers qu'on admettait dans la suite , continuaient la corporation.
Ces deux classes opposées, partagées en curies et en tribus , foimaient, réunies ep centuries, le corps de la nation. Servius Tullius avait partagé la totalité des citoyens en six classes , en proportion des fortunes. Ces six classes ensemble formaient 193 centuries; de manière cependant , que la première classe (y compris les 1 8 centuries de chevaliers) contenait 98 centuries , et que toutes les autres ensemble n'en comptaient que 95 (la seconde la , la troisième ao , la quatrième aa , la cinquième 3o et la sixième i seule). Il résultait de cet arrangement , que la première classe , quand elle votait unanimement , l'emportait seule sur toutes les autres. Mais aussi les charges de l'état (les impots , le service militaire ou l'armement) étaient réparties dans les mêmes porportions, et la sixième classe , composée non seulement des plus pauvres plébéiens, mais aussi de la plupart des clients, comme non - propriétaires et
simplement usufruitiers héréditaires , n'était tenue à aucun service militaire , quoiqu'elle payât, du moins en partie , un impôt modéré.
Par ces dispositions Servius crut avoir satis&it tous les partis. On ne pouvait cependant oublier que sa mère avait été esclave , et son règne , quelque sage et bien^ faisant qu'il fôt j n'avait pu effacer aux yeux d'une non blesse orgueilleuse la tache d'une origine si avilissante. Il fut assassiné dans une conspiration, à la tête de laquelle; était son gendre Tarquin et sa propre fille Tullia.
Ce fut donc par un forfait que Tarquin monta sur le trône (l'an 345 1 ). Mais quant k ce fait, ainsi qu'au trait suivant et au surnom de Superbe , il ne faut pas perdre de vue que les ennemis de la maison des Tarquin s , animés par l'égoïsme et la passion , étaient intéressés , en rapportant ces circonstances , à présenter ce prince dans le jour le plus odieux , afin de justifier son expulsion. On ne saurait contester le mente de ce prince , qui parla force de ses armes et le succès de ses négociations accrut du double la puissance de Rome , embellit la .ville de magnifiques édifices et porta à un plus haut degré la civilisation de ses concitoyens. D'ailleurs le motif de l'expulsion de Tarquin ne peut être recherché dans son despotisme , mais dans l'action coupable de son fils, qui dans la violence qu'il fit à Lucrèce , fille d'un sang noble , outragea tous les époux et tous les pères , propagea leur ressentiment et les contraignit
à venger les droits les plus sacrés. Cette circonstance tragique iîit pour les fiers patriciens , qui n'avaient en vue que leurs propres prétentions, une occasion trèsfavorable de rendre leur cause populaire et de faire du peuple Tinstrument aveugle de leurs intérêts et de leurs passions. Quels qu'aient d'ailleurs été les ressorts cachés de cette mémorable révolution , on ne pourra toujours s'empêcher d'admirer l'ordre , le calme et la généreuse modération avec laquelle y malgré la fermentation des esprits , s'établit le nouvel ordre de choses (l'an 3475)* Sans effusion de sang , sans la moindre violence , le peuple souverain abolit le gouvernement monarchique, bannit de Rome la famille des Tarquins — en lui laissant toutefois ses propriétés particulières — ^ et se cou* stitua en république.
f^Utoirt it €artl)a^f.
Fondation de Carthage,
\jà partie la plus longue et la plus importante de l'histoire de Carthage , quoique la moins abondante en détails positifs , depuis la fondation de la ville jusqu'aux guerres de Sicile , appartient encore entièrement à la première période. Elle embrasse , dans un espace de quatre siècles (depuis 3098 à 35o4), l'accroissement progressif de la domination de Carthage en Afrique , dans les iles et sur les cotes voisines , l'établissement de son organisation intérieure , les bases de son système de
politique , de commerce et de guerre. Les renseignemens généraux qu'on a consultés servent aussi pour la plupart à l'histoire suivante des longues guerres de Cartbage avec la Sicile (de 35o4 à 37 19), et avec Rome (de 3719 à 3838).
Ce fut (Fan 3098) cent trente-deux ans avant la foudation de Rome qu'une colonie de Ty riens vint bâtir sur la côte septentrionale de l'Afrique, vis-à-vis de la Sicile, une ville qu'ils appelèrent Cartbage (Chartbad , ville neuve). La tradition en attribue la fondation à la reine Didon qui , s'étant sauvée de Tyr par artifice , pour soustraire ses trésors à l'insatiable avidité de Pygmalion son fi'ère , vînt cbercber un refuge sur ce beau rivage où s'étaient déjà établies des colonies phéniciennes issues de la même origine. Le choix du terrain sur lequel fut construit Carthage contribua beaucoup à la prospérité de cette ville.
Carthage, fondée par une troupe de fugitifs mécontents et non par une colonie régulière de la ville de Tyr sa métropole, soutint son indépendance et sut profiter de l'avantage de sa position pour le commerce , malgré sa propre faiblesse dans les premiers temps de son établissement. Elle avait acquis son petit territoire aux conditions pacifiques d'un tribut annuel qu'elle paya long-temps ; mais peu-à-peu sa puissance s'étendit sur les naturels du pays jusqu'au lac Triton , à l'ouest jusqu'à la rivière de Tusca, et à l'est jusqu'à Cyrène au delà de la grande Sy rte. Ces indigènes, précédem-
ment nomades sauvages, s'adonnèrent dès-lors, quoique à contrecœur , aux travaux de Tagricultiu-e.
Au delà de la rivière de Tu se a , jusqu'à la mer atlantique erraient les libres Numides qui , à la vérité, eurent quelques relations commerciales avec les Carthaginois et ser\'irent quelquefois dans leurs armées comme mercenaires, mais qui n'en conservèrent pas moins leur indépendance et continuèrent leur genre de vie nomade. I^ long des côtes seulement jusqu'aux Colonnes d'Hercule, s'étendaitune ligne presque continue de petites villes et de forteresses carthaginoises , appelées communément Mé ta goni tes, qui assuraient du moins à la métropole la domination des côtes et la sûreté du trajet en Espagne.
Les colonies phéniciennes immédiates sur toute l'étendue de la côte septentrionale de l'Afrique , telles que la colonie sidonienne de Leptis dans le pays des Syrtes, l'importante U tique — toutes deux existantes avant Carthage — , Adrumète, Hippo, la petite colonie de Leptis, Tysdrus et beaucoup d'autres fondées pour la plupart à des époques inconnues, contractèrent aussi une alliance étroite avec Carthage, leur puissante sœur , qui , bien qu'elles eussent conservé leurs noms et le droit d'indépendance , les opprima dans la suite et les traita souvent comme sujettes.
Puissance , commerce et constitution de Carihage,
Le fondement ^ le principe vivifiant de la république carthaginoise, fut le commerce. La guerre et les conquêtes ne devaient servir qu'à le protéger et à le défendre. Après avoir, par laccroissement de ses voisins, aflfermi sa position précédemment précaire, après avoir, par la culture de ses productions indigènes, assuré les ressources de son industrie , Carthage déploya tous ses efforts pour donner la plus grande extension à son commerce de terre et de mer , fit naviguer ses flottes sur des mers jusqu'alors inconnues , et envoya ses caravanes au delà des sables du désert; mais quant à son accroissement politique, elle manifesta constamment dans les négociations et dans la guerre cet esprit de modération qui compte plus sur les concessions volontaires que sur l'obéissance forcée , et qui préfère les avantages légi^ times du commerce aux extorsions du vainqueur. La sûreté des routes pour les négocians et le transport des marchandises , la facilité des communications dans les fpirespubUques et l'extension de son commerce étaient le seul but de ses expéditions militaires , qui se bornaient à la défense des côtes et des îles ou à l'établissement de quelques colonies. C'est ainsi que Carthage conquit successivement les îles baléares et pityusiennes*),
'^j Cet deux Iles sont maintennat appelées Ivice el Forinentera» et sont comptées au nombre des Baléares.
la Ca rse j qu'ils conquirent sur les Phocéen s , la fer* tile Sardaigne, une partie de la Sicile, Malte et d'autre petites îles de la Méditerranée ; c'est ainsi qu'ils conclurent une alliance avec la colonie phénicienne de Gades sur la côte d'Espagne, où ils fondèrent diverses colonies. C'est ainsi qu'ils fondèrent encore d'autres étaUissemens au delà des colonnes d'Hercule sur la côte occidentale de l'Afrique jusqu'au Sénégal, qulls occupèrent les îles Canaries et Madère, et qu'ils pénétrèrent dans le nord jusqu'aux côtes de la Grande- Bretagne et de la Prusse.
Pour conserver tant de possessions éparses , faire fleurir le commerce, source des richesses, il fallait sans doute un gouvernement sévère qui , dès les commenceraens , retint les colonies dans un état de faiblesse , et comprimât constamment leurs efforts vers l'indépendance , qui gardât mystérieusement comme secret de l'état toutes les découvertes géographiques et qui empêchât soigneusement toute concurrence de la part des marchands étrangers.
Mais toute la sagesse et la prévoyance humaine ne pouvait donner à Carthage ce que la nature lui avait refusé : une base a^sez solide en proportion de la grandeur de l'édifice. Il est vrai que Carthage était plus forte que chacune de ses colonies si sévèrement surveillées ; mais l'insurrection combinée de plusieurs devait la faire trembler; les hordes lointaines de la Libye lui obéissaient ^ mais le ressentiment fermentait dans les esprits ; on
haïssait cette dominatrice étrangère qui avait forcé des peuples nomades à renoncer à leur liberté , pour se livrer aux travaux serviles de l'agricidture; le commerce par terre et par mer y faisait affluer les trésors ; mais l'entretien d'une flotte et d'une armée , ainsi que la garde de colonies à de si grandes distances les absorbaient. L'or donnait des troupes mercenaires y maison ne pouvait compter ni sur leur zèle , ni sur leur fidélité, et souvent même , dans les momens de crise , elles de* vinrent les ennemis les plus redoutables. C'est ainsi que Carthage y malgré sa splendeur et l'étendue de sa domination , chancelait sur ses propres fondemens. Deux continens étaient ses tributaires, et cependant il suffisait qu'une armée ennemie peu nombreuse se montrât en Afrique , pour allumer une guerre d'extermination. Nous verrons dans la période suivante Carthage soutenir plusieurs de ces guerres, et succomber enfin , mais couverte de gloire.
Il paraît que le gouvernement de Carthage fut un mélange d'aristocratie et de démocratie, mais sans lois fondamentales, formé peu-à-peu, uniquement d'après les coutiunes héritées des ayeux , et produit par l'effet des circonstances. Les rênes du gouvernement étaient entre les mains de rois, appelés, d'après la dénomination phénicienne, Su f fêtes, que les Romains comparèrent souvent à leurs consuls, mais qu'Ar is to te assimile aux rois de Sparte; d'où l'on conclut qu'ils régnaient à deux , conjointement et à vie. Cependant
leur dignité n'était pas héréditaire ^ elle dépendait des suffrages du peuple. Les généraux étaient également électifs. Ces élections se faiisaient dans les assemblées du peuple , qui décidaient aussi les questions relatives à la législation et au gouvernement lorsque le sénat et les S uf fêtes ne pouvaient s'accorder, mais quand ces deux autorités étaient d'accord , il ne dépendait que de leur propre volonté de soumettre ultérieurement Taffaire au peuple. Le peuple n'avait pas le droit déjuger. Il y avait à Carthage une noblesse qui cependant ne paraît pas avoir été héréditaire , mais seulement ime confiratemité tacite entre les familles notables qui par leurs richesses , leur popularité et leur mérite étaient en possession des premiers emplois , et parmi lesquelles l'une ou l'autre se distinguait par des talens ou des succès. L'opulence de la noblesse avait sa source dans l'agriculture , son orgueil dans les dignités civiles ou militaires. C'était parmi la noblesse qu'on £siisait choix de ceux qui composaient ce sénat , princi* paiement chargé des relations avec les puissances étrangères et dont les membres nombreux et nommés à vie étaient , à ce que dit Polybe , divisés en deux chambres. Souvent des membres de ce sénat étaient adjoints aux généraux d'armée, et un comité de cent membres exerçait une surveillance inquisitoriale qui allait jusqu'au despotisme , sur ceux dont les projets ambitieux ou les services éminents donnaient de l'ombrage au gouvernement. C'est ainsi que Caithage conserva dans L i6
son intérieur un repos qui fut troublé moins fréquem* ment que dans les autres républiques.
lÇt6totre lied ptuplre t)rr0 l'époque (\vi\ termine l'l)i0totre attctenne et liane les commencement liu nu^en-aj^e.
Ethiopiens. Etats de Méroi,
Nous rassemblons ici une foule de peuples difiEérents d'origine , de mœurs et de destinées , et répandus sur * une immense étendue de pays; les Ethiopiens, les Celtes y les Scythes , les Indiens et les. Chinois. Mais ils ont de Fanalogie entr'eux sous le rapport de leur éloignement du véritable théâtre des événement historiques. Les quatre premiers de ces noms ne sont pas même de véritables noms de peuples et ne désignent qu'en général ou géographiquemeut des races subdivisées eiitr'elles , qui s'étendaient au sud , à l'ouest , au nord et à l'est depuis les confins du monde connu jusque dans des régions lointaines inconnues. Aussi n'existe-t-il point de renseignemens positifs et suivis sur ces peuples; nous n'avons que des notions peu nombreuses et détachées qui cependant, quantaux Indiens^ ont été riche* ment augmentées par des recherches faites postérieurement dans le pays même. Mais les Chinois restèrent totalement inconnus aux anciens , et le peu de notions que nous sommes parvenus à puiser dans les sources locales relativement à leur antiquité , ne formerontqu'un court appendice de l'histoire indienne.
Lïtfaiopie , malgré le voile mystérieux qui la couvre — ou peut-être pour cette raison-là même — excite un intérêt d'une nature toute particulière et qui n*est pas non plus sans attrait pour celui qui veut scruter l'histoire du monde ; et cet intérêt acquiert un degré éminent par les traditions merveilleu$es accréditées de temps immémorial chez les nations les plus civilisées. Ces narrations merveilleuses ne se rapportent cepen^ dant qu'à l'étendue de pays appelée sous Ptoléraée Aethiopia supra Aegyptum , et qui comprend les pays connus aujourd'hui sous le nom de Nubie, d'Abesch et d'Adel avec leurs contrées limitrophes. Les terres situées plus loin vers le sud et l'ouest au delà du désert de Sahara étaient alors un pays entièrement fabuleux , excepté pour les peuples d'Afrique et surtout pour les Carthaginois qui en connurent une grande partie, en raison de leurs relations commerciales. Mais plusieurs contrées de l'Ethiopie situées dans la Haute- Egypte, sont également restées ignorées, et d'autres ne sont connues que d'une manière vague et sous des dénominations qui tiennent de la fable. Nous ne porterons nos regards que sur les Troglodytes, les Macrobes et principalement sur les habitans de Méroé. Les Trpglodytes (habitans de cavernes) vivaient dans les montagnes dont la chaîne borne au midi le territoire d'Abesch , et se prolonge ensuite vers le golfe arabique. Ces montagnes abondent en grottes naturelles que les hordes nomades agrandirent pour s'en
faire un abri contre les ardeurs du soleil et les pluies périodiques.
Plus au midi et probablement à peu de distance, du promontoire de Guardafui vivent les Mac robes, peuple énigmatique, voisins du pays de Tencens, lesquels, selon Hérodote, avaient un certain degré de civilisation , possédaient plus d'or que de fer, se glorifiaient de leur supériorité dans leur maniement de Tare et eurent le bonheur d'échapper à Favidité de Cambyse, roi de Perse.
Mais la gloire de tous ces pays est éclipsée par celle de la presqu'île de Méroé, où la civilisation, le commerce et la religion fleurirent dès les temps les plus reculés. Deux fleuves , Âstaboras (Tacazze) à l'ouest, et Astapus (Bahar al Âbiad, bras du Nil) à l'est ceignent une étendue de pays qui comprend aujourd'hui le royaume de Sennaar en Nubie et une partie dunord de TA by ssi n ie , et qui fîit jadis un état particulier appelé Méroé. C'est là que s'était formé une caste puissante de prêtres d'Ammon (Jupiter) et de Dionysos (Osiris, Bacchus), laquelle gouvernait les peuples par la superstition et le commerce, possédait la connaissance des hiéroglyphes et d'autres sciences , et qui étendit la bien&isante influence de sa dominâtiqp , en établissant plusieurs colonies. Thébes dans la Haute- Egypte, Ammonium (Siwah), Axoum (Auxume) et Azab dans l'Abyssinie (cette* dernière ville sur la côte où la mer présente le moins de largeur pour passer
en Arabie) étaient les plus considérables de ces colonies, toutes très-importantes pour le commerce, et leurs habitans jouissaient des avantages d'une civilisation plus avancée que dans les autres pays. U y eut constamment entre le pays de Méroé et l'Egypte une étroite alliance fondée par la caste dominante ; elle fut , pour la plupart du temps, entretenue par le commerce, mais souvent aussi maintenue par la force des armes. Sab ak o (Sabbaco), qui régna en Egypte, Tirhaka, qui mit Sennachérib en fuite, furent rois de Méroé, et la caste des guerriei*s qui , sous Psamméticus , abandonnèrent l'Egypte pour cause de mécontentement , reçurent dans ce pays un accueil hospitalier.
CeUes.
La grande nation des Celtes comprend plusieurs peuples , parmi lesquels les plus anciens , suivant l'opinion de quelques savans, furent les Vasques et les Galles *) qui, à proprement parler, n'étaient qu'.un seul peuple , lequel cependant fut tellement resserré et refoulé par les Cimmériens (Cimbres) venus de l'ouest et chasses par les Scythes , que d'un côté il ne leur restait plus que l'Espagne et la Gaule au delà des Pyrénées (où ils parurent sous les dénominations d'Ibériens, de Celtibériens, Biscayens, l^uscal-
*) Les Galles, habitant le milieu de TA/rique, peuple guerrier, redoutable, inconstant, vagabond, fort ressemblant aux anciens Gaulois. C^oU du irad.)
dunaques, Aquitains) et de Tautre les montagnes de l'Ecosse et d'Irlande, où une partie de cepeuple, se séparant pour jamais de ses compatriotes y alla s'éta* blir sous le nom de Calédoniens, Deucalédoniens, Galliqnes *). Les Vasques se trouvaient donc sépa* rés des Galles par les Cimbres qui, ayant ^pénétré dans le pays , occupèrent quelques provinces de la Germanie et principalement la Gaule septentrionale (où ils fiirent connus dans la suite sous le nom de Belges) et la Bretagne méridionale, et formèrent au centre de la Gaule, en se mêlant à d'autres races , la nation Celte, ainsi nommée plus tard dans un sens plus étroit. L'expulsion des Cimmériens par les Scythes eut lieu vers l'an 335o; ce qui sert à fixer l'époque de leur entrée dans la Gaule. Mais quant à l'époque précise de l'arrivée dans la Gaule des Vasques et des Gall es (que nous savons déjà avoir existé en Italie) et quant au chemin qu'ils ont pris , comme aussi quant à la question de savoir dans lequel des deux états ils ont été premièrement , c'est en quoi les recherches des savans ont été infructueuses , de même que celles relatives aux premiers temps des peuples celtes. D'ailleurs le succès de ces recherches ne saurait être d'un grand avantage , car il est impossible de remonter à la première source. Qui étaient ces Cimmériens euxmêmes , desquels sont issus les Belges et les habitans
*) Voir le Dictionnaire gëopraphiqne universel, art. Bretagne.
('Note du tmdj
du midi de la Grande-Bretagne ou les Maeoniens (Ascanii mediterranei)qui d'après l'hypothèse de Ga t terer descendent des Galles et des Vasques? faudra-t-il à cet effet recourir à Gomer ou à Ashkenaz de la gé' néalogie de Noé ? D'ailleurs il est évident, que la masse principale des nations dans la plupart des états de l'Europe ne descend pas des plus anciennes races venues dans le pays. 11 en est survenu d'autres , d'origine toute différente , et diversement entremêlées. Petit-à-petit les habitans primitif ont été chassés j détruits ou dis« séminés ça et là , de manière que , comme le prouvent l'idiome et les mœurs y les restes de la véritable race n'existent que dans quelques contrées écartées. Qu'il nous suffise donc d'abord de savoir, que les Celtes, ainsi que tous les peuples de l'Europe sont originaires d'Asie, et qu'ils ont pénétré en Europe dans les temps antérieurs aux documens existants de l'histoire. Ce ne sera que dans les périodes suivantes que nous en parlerons plus en détail.
Scjthes.
Quant aux Scythes, nous en ferons mention en partie dans la période actuelle , car déjà dans cet espace de temps ils occasionnèrent une révolution qui s'étendit sur l'Europe et l'Asie. L'étendue de pays qu'occupèrent les Scythes est immense. Nous trouvons les Scythes dans presque tout le nord de notre continent, depuis les Monts-Carpathes j'usqu'à l'Altaï. Nous
sommes obligés ici de nous en rapporter principalement à Hérodote , qui n'écrivit que cent ans après lo régne de Cyrus. Il distingue les Scythes d'Europe des Scythes d'Asie» entre lesquels se trouvent les landes d'Astracan habitées par les Sar mates (Sauromates, Mèdes du no(*d) depuis le Don (Tanaïs) jusqu'au Volga. Les Scythes d'£iu*ope étaient aussi originaires d'Asie; chassés par les Massagètes, également d'ori*» gine scythe y ils avaient abandonné les côtes orientales delà mer Caspienne, passé le Volga et s'étaient éta^* blis dans la Russie d'aujourd'hui , au nord du pays occupé par les Ci mm é rien s. On prétend qu'ils furent neuf cents ans voisins de cette colonie, jusqu'à l'époque où une partie de la colonie cimmérienne, pour se soustraire enfin aux attaques des Scythes, se réfugia (l'an 335 1 ) dans la presqu'île de Sinope dans l'Asie-* mineure, tandis que l'autre partie alla s'établir en Germanie et dans les Gaules à l'occident de l'Eu-» rope. Nous avons parlé , dans l'histoire des Mèdes et de la Lydie, de l'invasion des Scythes poursuivant dans la Haute-Asie les Cimmériensfugitife. Après leiu» retour en Scythie nous trouvons cette nation puissante partagée en diverses races et répandue depuis le Danube inférieur jusqu'au Tanaïs, et au nord jus-» qu'au lac Ivan et à Mohilow. Parmi ces races celle des Scythes royaux se rendit célâ^re. Les habitans de la Tauride en Crimée étaient probablement des restes de la colonie cimmérienne. Des colonies grecques
d% Milet étaient renus s'établir parmi ces Cimmériens tt les Scythes sur les côtes septentrionale et occidentale de la man-noire. A Toccident de ces Scythes habitaient les Agathy rsiens au pied des Mont-Rarpathes, renommés pour leur mines aurifères , et les Neuriens enLithuanie; et au nord, dansles environs de Moscou et de Smolensk, les Mélanchœniens, et les Androphages *). Nos savans ont reconnu dans ces Antrophages, couverts de peaux crues, les Bastarnes, qui appartiennent à la race des Germains.
Au nombre des Scythes d'Asie , que la plupart des géographes modernes divisent en Scythes citérieurs et ultérieurs de Tlmaus (Mous-tagh), Hérodote compte les Argippéens; ils habitaient au pied de r Ou rai, patrie actuelle des Kirghiz , et ressemblaient d'après la description qu'on en ùàt , aux Ralmuks d'aujourd'hui. Us avaient pour voisins , du côté de l'est , les £ibuleux Issedons **") (Songares). Nombre d'autfes hordes erraient dans les contrées du lac d'Aral , et celles qu'arrosent l'Oxus (Djihoun) et le Jaxarte. Les Perses appelaient généralement Saces toutes les hordes qui habitaient les steppes immenses au delà du Jaxarte. Parmi ces hordes celle des Massage tes était la principale. Les connaissances géographiques de Hé-
*) Autrement nommés les Budiens. (toît l'IiUtoire universelle trad. de l'anglais. ) CNote du tntdj
**) Ne seraicnt-ce pas les Ou- S un qui habitèrent anciennement la Dzoungari (Songarie) ? (^Note du tradj
rodote ne s'étendent pas au delà du pays des Massa-» gètes et des Argippéens, quoiqu'il ait quelque idée eonfÎLise de traditions qui lui paraissent incroyables, par ex. de montagnes situées au nord et que nul homme ne saurait gravir (la chaîne des Mont -Altaï), et d'hommes au delà de cette chaîne , lesqueb dorment six mois de Tannée (qui ne reconnaîtra qu'il veut parler des longues nuits de la Sibérie?). Cette connaissance détaillée du pays des Scythes est uniquement due au commerce que les colonies grecques des bords de la mer^noire faisaient avec les peuples de l'extrémité du nord et de l'orient.
Indiens.
La connaisanqe de l'Inde n'était pas à beaucoup près aussi avancée , quoique ce fussent les productions de ce pays qui attiraient les caravanes vers l'orient. L'éloignement était un obstacle aux recherches , et les villes d'entrepôt pour le commerce, situées à la Umite et en deçà, les rendaient superflues. Hérodote, d'aiU«irs si instruit , fournit bien peu de renseignemens sur l'Inde. Selon lui c'est le dernier pays habité du coté de l'orient ; mais à peine en connaît-il les frontières , et ce qu'il raconte du pays est incertain et tient du fabuleux. Les écrivains postérieurs ne parlent que de la division de rinde en deçà et au delà du G a n g e , et ne fournissent que quelques notions historiques détachées et qui ne concernent même que les limites occidentales. Les récits
des expéditions de Bacchus» d- Hercule, de Séso* 8tr is et d'autres hérosdans l'Inde , n'ont pour la plupart trait qu'aux obstacles et aux périls du trajet et sont fondés en partie sur les fables indiennes. Il y est question de la défaite de Sémiramis qui vainquit un roi de l'Inde f et de combats entre les Assyriens et les Indiens. Les historiens ne nous apprennent rien de plus quant à cette période. Mais, au moyen des com* paraisons et des rapprochemens avec les histoires des autres peuples, ainsi que par les livres indiens, dont nous avons eu postérieurement connaissance , nous avons obtenu quelques notions sur l'état primitif de ce pays et de ce peuple et sur la place qui peut lui être assignée dans l'histoire du monde. Nous savons que llnde était située le plus k proxinàité de la demeure pri* mitive du genre humain ; qu'elle fut le pays le plus anciennement peuplé et sansdonte le premier civilisé; — que , non seulement ses productions précieuses , qui devinrent pour la plupart des peuples des jouissances de luxe et des besoins, mais aussi ses doctrines répandues au moyen du commerce et par ses colonies, ont influé puissamment sur la civilisation, la religion et les mœurs des anciennes nations et , par conséquent , indirecte* ment aussi sur les nations modernes.
Nous parlerons ailleurs des idées religieuses des Hin« dous ; et nous nous arrêtons un moment au système de leur gouvernement. Il était établi sur celui des castes, système qui domina toujours dans l'Inde , et qui , selon
Topinion vulgaire , repose sur une base sacrée ; car Brama, Tun des Dieux les plus honorés chez les Indiens, créa , d'après leur mythologie , de sa tête , symbole de la sagesse, les philosophes et les Bramines , pré très ou ministres de la sagesse; de sa poitrine ou de son bras , symbole de la force, les Kschetris ou les guerriers; de son ventre, symbole de la nourriture, le Bise (Waischi) ou le laboureur; de son pied, symbole de la soumission , le Schouder ou Fartisan. Venaient ensuite lesBurun*Sunkeroules petits-marchands, et finalement lesTschandalas, autrement nommés Parias , classe encore plus objecte que celle des pâtres en Egypte; ils pouvaient être tués impunément par les Bramines qui se r^ardaient comme souillés par un seul de leurs regards. Non seulement la mythologie, mais Thistoire même de l'Inde fait mention d'un Brama , sage visir de Krischen , l'un de leurs plus anciens rois , dont le fils ordonna par une loi la division du peuple en quatre tribus principales. Les bords sacrés du Gange furent le siège primitif de cette institution , qui se propagea successivement dans presque tout le pays. L'Inde était en outre divisée en plusieurs royaiunes, et tous les rois étaient de la caste des guerriers; mais les Bramines étaient bien au dessus d'eux , et l'autorité , ainsi que la considération dont ils jouissaient, surpassait même celle des prêtres égyptiens. A en juger d'après le profond respect qu'on leur témoignait \ et d'après leur amour-propre , ils
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n'étaient pas seulement des ministres ou des mivoyés delà divinité , ils étaient Dieux eux-méme^. Cependant leur gouvernement n'était pas dur. Abstracti<m£adtede l'oppression , sous laquelle gémissaient les Parias, et de l'obéissance passive des Hindous, ce peuple menait une vie paisible, exempte d'inquiétudes et jouissait sans trouble des biens que leur prodiguait leur sol fertile et des fruits de leur commerce et de leur industrie.
L'Inde que la nature a enrichie, soit de préférence, soit exdusivement , des productions les plus riches et les plus recherchées , telles que les étoffes et les couleurs les plus fines , les épiceries et les parfums les plus exquis, les perles et les pierres les plus précieuses , fîit dés les temps les plus reculés le point le plus important du commerce du monde. Les peuples qui , par la position de leur pays , étaient les plus propres à commercer directement ou indirectement avecllnde, ou à en transmettre les produits à des nations plus éloignées, tous ceux qui convoitaient ces trésors , contractaient par là des relations étroites et diverses , qui font la partie la plus intéressante de l'histoire du commerce des anciens.
L'Inde , quant à elle-même , fière de ses richesses naturelles et pouvant par son industrie précoce se passer des produits de l'industrie étrangère , parait n'avoir eu avec l'extérieur qu'un commerce d'exportation. C'était aux étrangers à venir de loin et à travers mille dangers apporter leur or et leur argent' seule chose à peu presque
désirassetit les Indiens 9 en échange des marchandises indiennes qu'on se bornait à leur expédier j pour leur commodité , dans des villes d'entrepôt sur la frontiàre* Les points d'entrepôt les plus importants de llnde occi* dentale, étaient vers le nord , Bactra, où les habi* tans du Petit-Tibet ou de Belour venaient apporter leurs marchandises , et vers le midi , Ceyian (Tapro* b a n e) et la côte de la presqu'île antérieure à l'opposite , où mouillaient les vaisseaux des Phéniciens, des Babyloniens et des Arabes. Il y avait aussi une route de commerce partant du fond de l'Âsie-moyenne, passant par Prophtasia, Arachotus et Ortaspana, et aboutissant aux terres dellndus ; mais ellenepéné^ trait pas fort avant dans l'intérieur.
C'est par ces canaux que l'Inde recevait le tribut de trois parties du monde pour ses trésors indigènes , l'or de la Haute- Asie (des mines de Cobi) et de 1 Ethic^ie , l'argent de l'Espagne, les parfiims de l'Arabie et les produits industriels de Babylone et de Phénicie.
Chinois.
La plus grande partie de nos notions sur les Chinois a été puisée dans leurs propres sources que nous n'avons découvertes que tard. La Chine resta inconnue aux Grecs et aux Romains. Ce qu'ils appelèrent Serica et Sinarum terra fut probablement la Petite-Boukharie et le Cochinchine, Ce sont les Syriens et les A rabes qui les premiers font mention dis-
tinetement du pays qu'tk appelèrent Dschina. Cependant l'empire chinois est extrêmement ancien , quelque risible que soit d'ailleurs la jactance de ce peuple qui fait remonter son existence à des millions d'années , et quoique ses livres sacrés renferment bien plus de fables j de cycles astronomiques et de sentences philosophiques que de faits appartenants à l'histoire. Wu wan g, venu de l'occident (l'an 2862) avec une colonie^ ne fut pas le fondateur de la nation chinoise, malgré l'influence qu'il eut sur sa civilisation. Dans les temps antérieursà l'histoire une horde mongole quittant les déserts de Gobi ou Schamo, au pied de la grande chaîne de montagnes de l'Asie-moyenne (comme l'on peut s'en convaincre par un coup d'oeil sur la carte et par la comparaison de la conformation du crâne) vint s'établir dans ce vaste pays, qui abondamment arrosé , entouré de mers ou de hautes montagnes et de déserts , assez étendu pour contenir la plus nombreuse population y et assez fertile en tout genre de productions terrestres pour se passer de celles des autres pays , devint bientôt un monde isolé, et le théâtre d'une civilisation toute particulière dans sa marche. Mais ce théâtre nous offre un aspect affligeant ! Sur les ruines de plusieurs petits états dont la Chine avait long-temps été composée, s'élève peu-à-peu la domination d'un seul ; le monde diinois est devenu une grande monarchie qui par l'élévation d'un seul homme a détruit la liberté et les droits de tous. L'empereur de la Chine est l'image de Dieu sur
la terre , le fils du ciel , le chef illustre et sacré (on le nomme le Tien comme Dieu même) y le grand*prétre et en quelque Ùlçotï le seul prêtre de Tempire. Tandis que dans les autres états la religion tempère le despotisme, c'est la religion qui prête en Chine au deq[K>tisme le pouvoir le plus effrayant ; car l'empereur est en même temps le père de la grande famille chinoise , et ce despotisme de paternité (adouci dans les familles par les sentimens natureb , mais dégénérant en tyrannie sans homes quand il s'étend sur un vaste em» pirej est revêtu , d'après l'opinion du peuple mongde, du caractère de la sainteté. Le despote est non seule» ment l'ohjet de la crainte , il est encore celui de l'adora* tion. Tous ses sujets sont à ses yeux au même degré d'abaissement ; le peuple ne connaît d'autre, rang que celui que donne le r^et de l'éclat de la majesté im* périale.
A compter de cette époque, la marche de la civilisation parait s'être arrêtée , et le caractère du peuple chinois semble tombé dans un état d'apathie et de nullité qui détruisit tout espoir de progrès et qui condamna , pour des milliers d'années , à l'état le plus déplorable et le plus humiliant ce peuple qui cependant avait devancé beaucoup d'autres peuples sous le rapport des découvertes , de l'industrie et même des belles-lettres (quoique ces dernières fussent encore bien au dessous de la perfection).
Long-temps avant ce triste état des choses , avait
paru en Chine un grand-homme , dont les préceptes et Fexemple influèrent puissamment sur les temps postérieurs. Le sage Confu-tsee (Confucius, contemporain de Pythagore vers Tan 345o), bien plus illustre par son mérite que par sa naissance d'ailleiu*s distinguée aussi, premier ministre du prince de Lou (Schantong)y réforma l'état, les mœurs et la religion. Mais Faustérité de sa vertu lui ayant fait perdre la faveur de son maître, il quitta la cour, et ses disciples le suivirent par milliers quoiqu'il fût proscrit et fugitif. On lui décerna après sa mort les honneurs religieux , on lui élevaméme des autels et des temples. Mais que peut la voix d'un sage seul contre Fesprit du temps et la marche de la nature? — Il fit du bien individuellemient, mais il ne put vaincre ni le caractère de sa Bation , ni l'esprit du temps , et il est en général bien plus étonnant de voir im Confucius naître parmi les Chinois, que de le voir échouer dans ses projets de réforme.