SECONDE PÉRIODE
Histoire universelle depuis la fondation de l'Empire dos Perses jusqu'au renycrsement de la République Romaine,
ou
depuis CYRUS jusqu'à AUGUSTE.
Depuis Tao du monde 34a5 jusqn'à SqSS.
Précis des événemens politiques*
Une grande révolution ouvre cette p^iodej le premier empire du monde , dans la stricte acception du terme , commence et s'étend sur de vastes pays dans les trois parties du monde. Le grand roi de Perse dominait depuis l'Indu s jusqu'à l'Oxus sur toute TAsiecentrale etl'Asie-antérieure, et en deçà des détroits jusqu'à l'Olympe , en Afrique jusqu'aux sables de la Libye. Les armes victorieuses de Cyrus lui avaient successivement soumis la Médie, la Lydie et la Babylonie* Nulle puissance n'osait alors se comparer à la Perse. Chaque peuple vaincu fournissait de nouvelles ressources et des armes pour en soumettre d'autres. L'orgueilleuse Egypte succomba; la Thra ce, la Macédoine se soumirent; l'Inde trembla. Mais les Scythes pauvres et sauvages , protégés par leurs
steppes , bravèrent la puissance de ce redoutable empire ; la petite Grèce Thumilia , Fébranla , en sappa les fondemens. Le despotisme oriental avec son cortège fîineste , le gouvernement des eunuques et des satrapes, avait fait du grand empire un colosse à pieds d'argile. Cet état immense, mal-joint dans son intérieur, affaibli ^>ar des révol^ dans les provinces et par des dissen- *" sions dans la Emilie royale , ne pouvant se soutenir que . par la terreur , aussi odieux à ses propres sujets qu'aux étrangers , devait s'écrouler , 5oit par l'effet d'une dissolution lente et intérieure , soit par celui d'une secousse violente et prompte , donnée par une cause extérieure. Cette dernière chance fut celle que le destin avait résolue: Alexandre, le hérosmacédonien, renversa tout-à-coup cet empire chancelant.
Les guerres avec la Perse contribuèrent leplusefiScacement à la grandeur de la Grèce. L'intérêt commun à l'approche du danger avait lié plus étroitement entr'elles les peuplades grecques ; le succès avait élevé le sentiment de leur propre dignité , et l'émulation les avait enflammées d'une ardeur héroïque. Libres dans l'intérieur de leurs états , couverts de gloire et n'ayant rien à redouter au dehors, les Grecs auraient pu devenir un peuple heureux et magnanime, et étendre paisible^ ment de plus en plus leur commerce et leurs colonies, s'ils étaient restés imis entr'eux , s'ils avaient conservé la simplicité de leurs mœurs et de leurs besoins , et s'ils étaient restés fidèles à la vertu , palladium de la
liberté. Oa bien ils seraient devenus maint libres , à la vérité, dans Tintérieur de leurs états, mais d'autant plus redoutables au dehors s'ils avaient établi entre leurs états une primatie modérée, s'ils avaient confié à un pouvoir central légalement institué la garantie de leurs intérêts communs et la direction de leurs forces ré* unies. Mais rien de tout cela ne se fik La primatie^ qu'eut Sparte d'abord , ensuite A t h è iTe s , ne fut ni ^ > légalement établie , ni généralement reconnue ; sans pouvoir sur la totalité du peuple , tyrannique pour quelques individus , elle devint odieuse et alluma le flambeau de la discorde et les guerres civiles. Sparte s'éleva pour la seconde fois sur les restes de la grandeur d'Athènes et abusa de sa puissance encore plus qu'auparavant. I^ haine des autres états qu'elle s'était justement attirée, et les succès rapides de Thèbes, devenue puissante sous deux héros , furent les causes de son abaissement ; mais Thèbes déchut à son tour de sa grandeur à la mort d'Epaminondâfi. Si le gouvernement de la Perse n'avait pas entièrement manqué de sagesse et de force , la Grèce serait devenue la conquête du grand roi , dont l'appui était sollicité par les petits états grecs qu'aveuglait l'esprit de parti. Cette proie que l'indolence du monarque perse laissa échapper , devint celle de la Macédoine , petit état voisin , qui soumit la Grèce sans résistance et fonda ensuite conjointement avec elle un nouvel empire du monde. Le génie et la persévérance d'un seul homme , Phi-
lippe II 9 jetèrent les fondemens de cette grandeur que son fils Alexandre éleva à son comble, et qui s'anéantit après la mort de ce dernier. Les conquêtes d'Alexandre eurent un caractère différent de celles des hordes asia* tiques. Ce conquérant prit les armes pour soumettre le monde entier (dans Facception la plus étroite du mot) ; raab il déclara hautement , et des écrivains en^ thousiastes le répètent , à sa louange, que ce n'était que pour le rendre heureux. Tant qu'il vécut , il marcha à travers des monceaux de ruines et de cadavres , vers ce but glorieux ; et le résultat de ses victoires fut un despotisme militaire sans bornes. Après sa mort s'écroula cet empire immense , qui n'avait d'autres fondemens que l'esprit de domination de son fondateur; ses généraux , s'entrecombattant , s'arrachèrent les uns aux autres les dépouilles sanglantes de ce vaste héritage , et bientôt plusieurs petits états , ainsi que des royaumes plus puissants, tels que laNouvelle>-Macéxloine, la Syrie, l'Egypte et les républiques régénérées de la confédératian grecque, prirent ime attitude hostile. La discorde qui régnait continuellement entre les états macédoniens , jointe aux désordres intérieurs, rendit la victoire facile à leurs ennemis. Les Parthes belliqueux conquirent les contrées au delà de l'Euphrate ; et celles , qui se trouvaient à l'occident de ce fleuve dans les trois parties du monde , échurent au pouvoir des Romains.
Aucun empire des temps anciens ou modernes ne
peat être comparé à celui de Rome. La ville naissante de Romulus eut d'abord à repousser-les agressions hostiles des petits états voisins ; elle soutint ensuite de longs et pénibles combats , qui la rendirent maîtresse de l'Italie, et enfin , après avoir anéanti , dans deux guerres sanglantes, la puissance de Carthage, seule rivale qui lui restât à redouter , Rome , étendant ses conquêtes avec la rapidité de la tempête , devint maîtresse du monde. Il n'est pas difficile de trouver , soit dans l'organisation civile et religieuse de cette ville dominatrice, soit dans les maximes de son gouvernement, sôit dans sa politique adroite, insidieuse et toujours défiante , et surtout dans l'habileté de ses relations avec les vaincus, qui, sous le nom d'alliés, fiu'ent presque toujours contraints de faire servir leurs armes à ses nouvelles conquêtes , et enfin dans la condition intérieure et extérieure de tous les états avec lesquels Rome fut successivement en guerre, les causes immédiates d'un agrandissement de domination sans exemple ; agrandissement, qui, engloutissant toutes les côtes de la vaste Méditerranée, les pays les plus fertiles, les plus peuplés et les plus civilisés des trois parties de l'ancien monde et généralement tous les états qui faisaient alors partie du grand système historique du monde , mit tout le genre humain à la merci du caprice ou des passions de la population ou des chefs d'une seule cité. Mais c'est précisément dans le concours de ces circonstances intérieures et extérieures , indépendantes du pouvoir
de rhomme ou de la sagesse , que consiste ce que nous appelons destinée. Aucun état ne put réussir à conserver son indépendance , dès que Rcmie fut parvenue à un tel degré de grandeur. C'est en vain qu'on impute le sort funeste de la Màcédoineà l'imprévoyance de ses derniers monarques ; celui de la Sy rie à la vanité du présomptueux Antiochus; celui de la Grèce à ;ses divisions intestines ; celui de la Numidie aux crimes d'un Jugurtha, et celui de l'Egypte à la corruption de la cour et du peuple; — qu'a servi à Pergame la fidèle observance de ses traités avec Rome? à Mithridate, roi de Pont, son courage inflexible? aux Carthaginois leur dévoUeihent héroïque? aux Espagn ois l'énergie d'un Viria tus, le noble désespoir deNumanceet l'opiniâtreté avec laquelle il défendit plusieurs positions fortifiées par la nature? — Les Gaulois ont-ils pu résister à la fortune et au génie d'un César? il était écrit dans le livre du destin , que Rome deviendrait la capitale du monde et le créateur d'un nouvel ordre de choses. Mais les lumières et la civilisation , ces deux bienfaits que Rome répandit parmi tant de peuples , furent achetés par des torrens de sang et l'anéantissement du lien.national; et Rome elle-même ne jouit pas sans trouble de sa propre grandeur. Plus un état a d'étendue , plus son gouvernement doit avoir d'énergie et de concentration. Rome , maîtresse du monde , ne pouvait subsister comme république. La corruption des mœurs dans l'intérieur, le défaut d'équi*
libre entre les pauvoii*s , Texcès des fot*tunes particU"* Hères, l'esprit de domination de quelques individus etc. portèrent le dernier coup à la liberté. Agitée par les factions , déchirée par de longues guerres civiles , accablée de tous les désordres de Tanarcbie et des ânreurs des partis triomphants , Rome unit par trouver dans le pouvoir absolu d'un seul une destinée compara* tivement plus heureuse ; la bataille 4^Âctiiun anéantit pour long-temps et dans les plus belles et les plus im* portantes contrées du monde, le nom et jusqu'à l'idée de la liberté.
Les relations réciproques des peuples devinrent dès lors plus animées , plus variées que dans la période pré* cédente, mais, abstraction faite de celles du commerce, elles sont pour la plupart hostiles, en raison de la multiplicité des points de contact. L'orient change fréquemment de maître ; mais c'est la force des armes et non la politique , qui décide de ces changemens; quelques gouvernemens seuls et l'influence de Rome font des exceptions. Mais à 1 ' o c c i d e n t la quantité d'états divers, le mouvement plus actif, la complicité des rapports ouvrent une vaste carrière à la politique extérieure et intérieure. Les nombreuses républiques grecques , situées Tune près de l'autre , dans les positions politiques les plus diverses, menacées sans cesse à l'extérieur , et contraintes par là de se confédérer , mais conservant chacune ses intérêts particuliers et se défiant toujours des autres républiques , quelle
arène pour rastucieusè politique des Grecs même et pour celle de leiu*s emiemis! Aussi les Grecs et plus tard les Ka'cédoniens excellèrent-ils sans contredit en politique; mais Taveuglement et la passion leur firent souvent perdre de vue les froids préceptes de cet art qu'ils connaissaient cependant à fond. Cest une &ute que les Romains commirent rarement ; leur politique fîit toujours la plus subtile , la plus constante, la plus victorieuse , mais par conséquent aussi la plus injuste, la plus fourbe , la plus perverse de toutes. La conquête du nionde fut plutôt l'ouvrage du sénat que celui des légions , et les négociateurs romains étaient plus à craindre que leurs généraux. A peine y a-t-il un traité politique conclu postérieurement dans les siècles raf* fines des temps les plus modernes , dont on ne puisse ' trouver dans l'histoire romaine , soit le modèle , soit tout au moins le pendant ; et c'est ainsi que les com* binaisons et les projets presque toujours échoués des ennemis de Rome , leurs efforts insensés et souvent inutiles , leur isolement , leur égoïsme mal-entendu , le dé&ut de raisonnement , de fermeté et d'union servent d'exemple à la postérité.
Précis de Vhistolre de la civilisation.
La civilisation se perfectionne peu-à-peu et se répand sur toute la terre. Deux peuples surtout, les Grecs et les Ro m a i n s , partagent en commun la gloire d'avoir produit et secopdé cette bienfaisante révolution. Chez
l'un le germe indigène de la civilisation fnictiôe àboiidamment j chez Tautrê cette plante , quoique exotique, profère par les soins d'unes bonpççidtui^^ «Cette se* mence que l'un de ces peuples répand plus loin par l'instruction y etTautrepar l'ordre du souverain, |[erme avec succès dans les états. voisins, non pas en mûrissant incontinent , mais , comme nous verrons par la suite , en donnant aux générations suivantes , après im long hiver et plusieurs orages , ime moisson encore plus abondante.
En parlant du germe indigène de la civilisation de la Grèce , lious avons voulu dire que ce germe , quoique transplanté d'un autre pays , s'est développé sur le sol de la Grèce autrement et plus heureusement 'qu'il ne l'eut fait dans son terrain natal. Parmi les causes de ce succès , outré les circonstances du climat ût du sol , il Êiut regarder comme la plus importante la liberté, cette mère féconde et nourricière de tout ce qui est grand et beau. Nul peuple de l'ancien monde ne sut l'apprécier comme les Grecs. Non seulement leurs constitutions étaient libres; mais encore la pensée et'le sentiment l'étaient chez eux, déjà même sous les Caciques , avant qu'il existât des républiques. C'est pourquoi la civilisation chez les Grecs ne fut pas une civilisation imposée par la force , ou imitée des autres peuples , mais , bien quelle dût sa naissance et son accroissement aux leçons des étrangers, elle ne s'en déploya pas moins par sa propre activitp et s'adapta au
caractère particulier du peuple. Toutesles&cullés^soit morales, soit physiques, se développèrent, sans être assujetties à un mode de développement quelconque ; chaque citoyen , chaque commune faisait un tout pour soi , et de ce mélange varié des caractères des individus et de celui de la masse, résulta un caractère commun à' tous , composé d'activité , de variété , de sentiment de son propre mérite , d'émulation et de tendance à la perfection.
La civilisation chez les Grecs n'était cependant pas en* tiérement à l'abri de tout reprodie, ni même exempte de vices essentiels; elle était en général plus conforme au bon goût qu'à la saine raison ; excellente quant aux jouissances de la vie et au développement des forces, mais elle accordait au b.eau une préférence partiale sur 1 ' u t i 1 e , et elle n'était propice ni au cosmopolitisme, ni à la vraie morale; elle offrait Timage séduisante du printemps de la vie j c'est pourquoi nous aurions bien tort d'en désirer parmi nous lé retour ou l'imitation. Nous ne pourrions plus être ce que furent les Grecs, adit un écrivain distingué , mais réjouissons-nous du moins, qu'il y en ait eu un joiw, etque le germe de leurs opinions , comme celui de toute opinion humaine , ait trouvé son temps et son sol poiu* fructifier.
L'histoire politique nous Ésiit connaître jusqu'à quel point les colonies, le commerce et les conquêtes ont favorisé les progrès de la cîvilisatiou de la Grèce; cependant ils ne furent pas les mêmes dans tous les pays
où les Grecs pénétrèrent. Le climat^ rinflnence des mœurs étrangères , des causes politiques produisirent des différences frappantes. Des colonies lointaines^ entourées de peuples sauvages , ne pouvaient se civiliser aussi facilement que la métropole; et les colonies militaires de la Macédoine ne purent jamais égaler ce qu'avaient antérieurement été lès établissemens républicains des hordes grecques. Toute la puissance des rois d'Egypte, de Syrie etc. ne put, quelle que fut leur bonne volonté , produire , ni conserver ce qu'il fallait à la liberté pour prospérer. D'un autre côté la propagation de la langue grecque bien au delà des limites de la domination politique et commerciale de la Grèce a secondé aussi les progrès des arts et des sciences. I^ langue grecque , quant au trésor d'esprit , est la plus riche du monde ancien.
Mais les lumières et les mœurs des Grecs ont été principalement répandues au loin par l'influence des Romains, qui, perdant de leur barbarie à mesure qu'ils adoptaient la civilisation grecque , propagèrent cette dernière dans leurs conquêtes lointaines qu'ils indemnisèrent par là, du moins en partie, des maux qu4k leur avaient précédemment faits.
Ce n'est qu'à dater de la seconde guerre punique et de la conquête de Syracuse que la civilisation des Romains s'éleva à un plus haut degré. L'accroisse* ment delà Macédoine, de la Grèce et de l'Asiemineure rendit plus intimes les relations des Romains
avec les peuples de la Grèce ; le chant des muses adoucit les £arouches guerriers ; les fiers vainqueurs se lais* sèrent instruire par les vaincus , et les mœurs grecques modifiées , à la vérité , par le caractère romain, prospé* rèrent dans la Gaule et même , plus tard , sur le sol bri« tannîque. La propagation de la 1 a n gue r o m a i n e , résultat de l'extension de la puissance politique , Ait d'une utilité précieuse pour la culture des mœurs et de l'esprit, et les avantages acquis séparément de« vinrent la propriété de tous.
Chez les Romains comme chez les Grecs la culture de l'esprit fut secondée par l'influence du climat , de la liberté , de la restriction du pouvoir des prêtres et de la force naturelle du génie. Les Romains eurent en outre le bonheur d'être enseignés d'après la plus parfaite méthode ; mais ils ne parvinrent jamais à égaler leurs maîtres , tandis que les Grecs surpassèrent de beaucoup les leurs. Nous allons en examiner les causes.
I .'' U n'y avait qu'un e Rome ; les états grecs étaient eu grand nombre , pour la plupart de peu d'étendue à la vérité, mais chacun de ces états était animé d'une vie particulière , il formait un tout complet , indépendant, plein de mouvement et d'émulation. De là cette vifriété dans les ressources de la culture , qui enrichissait le trésor commun. La civilisation chez les Rom ai n s ne pouvait être qu'uniforme , elle ne pouvait se régler que sur le ton de la métropole , à laquelle obéissaient le Latium , l'Italie et une multitude de pays vaincus.
2."* Rome était un état militaire. C'est à la guerre que cet état dut sa grand^ir et même son existence; toutes les lois, toutes les institutions de Fétat, les moeurs mêmes et les usages ne tendaient qu'à la gran-? deur militaire. Il n'y avait de gloire que dans la victoire. Mais les arts de la paix ne sauraient fleurir au milieu des armes , et ce n'est pas dans le tumulte des camps que les mœurs peuvent se polir.
S."" Le raffinement des mœurs paraissait d'ailleurs aux chefe de l'état non seulement peu digne de leiu^ soins , mais même dangereux. Avec quel feu Caton l'ancien n'a-t-il pas déclamé contre les arts de la Grèce ! Il n'y avait donc à Rome aucune institution pour favoriser la culture des mœurs , pour animer l'émulation ou pour la rendre utile; il n'y avait pas de jeux publics dans le sens de ceux de la Grèce ; on ne faisait cas à Rome que de la valeur , de la politique et de l'orgueil national : on n'exigeait pas d'autres qualités.
4.* La religion même chez les Romains n'avaitd'autre but que l'intérêt de l'état. On doit nécessairement trouver la religion des Romains froide et prosaïque en comparaison des images poétiques de la mythologie grecque. Ce furent des hommes d'état, et non pas des poètes ^ ni mêmes des prêtres qui l'imaginèrent. Ils en organisèrent systématiquement les dogmes et les cérémonies et en firent une machine purement politique. C'est pom^quoi elle ne faisait aucune impression sur le cœur,
ne donnait aucun essor à Timagination , ni aucune inspiration à Uart.
S.'' La transition de Fétat de barbarie à celui de la civilisation se fit en. outre à Rom^ trop subitement par le concours des circonstances , et précisément dans un temps où le torrent rapide des conquêtes £sdsait affluer dans cette ville enivrée de ses triomphes des trésors immenses , qui amenèrent à leur suite toutes les pas* sions et tous les vices. A Fancienne simplicité succé* dèrent soudainement , non pas les jouissances délicates des Athéniens , mais les débauches asiatiques. On rechercha les arts de luxe , et non pas les arts nobles et sublimes : la civilisation vint , mais accompagnée de la corruption et même de la perversité. Les Grecs tom-» bérent aussi dans la dépravation ; mais ce ne fut qu'après une période brillante de civilisation , dont les restes et les effets sq maintinrent jusque dans les derniers temps. . &* Enfin les Romains, peu après le commencement de leur civilisation , perdirent leur liberté , non sans avoir essuyé auparavant tous les maïuL des guerres ci- .viles les plus acharnées. Comment les Muses ou les Grâces auraient -elles osé s'établir dans ces contrées tumultueuses ou faire des temples qu'on leur y avait; érigés leur séjour de prédilection? Les arts et les sciences dans Rome ne furent que l'éclat réfléchi des arts et des sciences de l'ancienne Grèce.
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