‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'an 1832Chapitre 16 sur 30 · HISTOIRE DES GRECS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES GRECS

Division.

Cette histoire se divise d'une manière toute simple en trois périodes, qui se distinguent entr'elies par des caractères tout difSGérents. La première, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la guerre des Perses, nous présente , dans une longuesérie de siècles, la Grèce sauvage , £aible , divisée en plusieurs états et presque toujours sous des gouvernemens monarchiques ; cependant vers la fin de cette période on voit se fonner les républiques et naître la prépondérance de Sparte* Nous en avons déjà fait mention (comme appartenant àia pre* mière période de l'histoire imiverselle). La seconde période, depuis le commencement de la guerre des Perses (l'an 3484) jusqu'à la bataille deMantinée (L'an 362 1 ), nous fait voir la Grèce dans sa force et sa gloire, et libre par sa constitution civile; ses états, quoique divisés , se réunissant contre le péril conunun et la prépondérance alternative de l'un ou de l'autre d'entr'eu:|îi La troisième période enfin , depuis la bataille dé^^ Mantinée jusqu'à la destruction de Coiinthe (l'an 3838), nous montre les états de la Grèce désunis de nouveau, subjugués, et enfin le peuple grec entièrement opprimé après les courts et derniers efforts de son ancienne valeur. Ce sont ces deux dernières périodes dont nous allons faire la narration.

Guerres des Perses, Nous avous déjà expliqué plus haut le^ causes princi* pales, de même que les circonstances particulières qui ont fait éclater la grande guerre de Perse. Cette guerre est, quant à elle-même et à ses résultats, du plus grand intérêt pour l'histoire du monde. Si les Perses avaient été vainqueurs , le germe de la civilisa-» tion aurait été étouffé dès son preixiâ(r développement , et l'immense empire de Perse seratt devenu le théâtre de scènes continuelles de barbarie, ou tout au plus, une Chine occidentale. 11 n'y eut point eu alors de Phydias et de Praxitèle qui eussent animé le marbre^ point de Pindare qui eût élevé l'ame par ses chants sublimes , point d'Euripide qui nous eût arraché de douces larmes. Hérodote et Xénojphon n'eussent point d'une voix éclatante proclamé les exploits des héros; les Platon, les Aristote n'auraient pas répandu les trésors de la sagesse; les Socrate, les Epaminondas n'auraient pas donné l'exemple des vertus. I.ies plus beaux modèles de constitutions libérales au-' raient disparu de Is^ terre sans être imités , et les chants des muses n'auraient pas adouci les mœurs des Romains, quand même Rome eût pu résister à la puissance des Perses. Rome aurait alors bien pu faire la conquête du monde , mais non pas le civiliser , et même la nouvelle civilisation , liée par tant de rapports à l'anoîenne, malgré l'intervalle des ténèbres qui les sépare, n'aurait jamais pris naissance , à moins qu'un destin

propice n'eut, par quelque voie différente, mais sans contredit plus tardive , opéré ce prodige. Telle est l'importance des victoires que remporta la liberté à Mara"» thon, à Salamine et à Platée.

Mais aussi , sans la guerre contre les Perses , sans le péril commim qui réunit les Grecs , qui reveilla en eux l'enthousiasme avec le sentiment de leur propre dignité et développa leurs forces morales et physiques, les Grecs n'auraient pas atteint le faîte de la grandeur, et vraisemblablement ils n'auraient fourni que lentement ou peut-être jamais la carrière de gloire , qui alors s'ouvrit à eux soudainement.

Guerre de Darius,

Tourmenté du désir de la vengeance et de la soif des conquêtes, Darius Hystaspes, seul successeur digne de Cy rus, fit marcher ses myriades decombattans sous les ordres de Mardonius pour soumettre la Grèce. Cette armée ayant été détruite par la tempête et par les Thraces, il envoya des troupes en plus grand nombre commandées par Datis et Artapherne. La plupart des républiques grecques annoncèrent aux héraults de la Perse leur disposition à l'obéissance. Sparte et A thèn es , ainsi que quelques autres en petit nombre , rejetèrent la sommation avec mépris* Les Perses, après s'être rendus facilement maîtres de l'île d'Eubée , se présentèrent en Attique , avec Hippias. Nulle apparence de salut. La distance et des préjugés religieux

empêchèrent Sparte de venir assez promptement au secours d'Athènes. Toutes les autres républiques restèrent dans l'inactivité de la terreur, Platée seule envoyarmille combattans. Mais Athènes , sans perdre de temps , se prépara au combat. Neuf mille braves, sous la conduite de dix chefs , choisis de chaque classe , sortirent de la ville et s'avancèrent au devant des Perses dans les plaines de Marathon , bornées d'un côté par les ^lontagnes, de l'autre par la mer.' Miltiade, l'un des dix che&, donna le signal de la bataille (l'an 3494)* Les Perses éton* nés virent pour la première fois ce que peut l'élan d'une ardeur sublime , et de combien la force morale est supérieure à celle d'une masse sans ame. Us abandonnèrent aux Grecs la plus brillante victoire que jamais peuple ait remportée , et après avoir échoué dans une tentative qu'ils firent sur Athènes même, et que Miltiade prévint par la célérité de son retour, ils s'enfuirent sur leurs vaisseaux et s'en retournèrent dans leur pays , couverts de confusion.

Le grand Miltiade éprouva bientôt après les effets de la jalousie républicaine. Le vainqueur de Marathon, , le sauveur d'Athènes et de la Grèce finit ses jours dans im cachot.

Les rênes du gouvernetnent passèrent alors entre les mains de Thémistocle , à qui les exploits de Miltiade ravissaient le repos de la nuit, et d'Aristide, aussi zélé pour la vertu que son rival l'était pour la gloire.

Le parti de Thémistocle réussit par ses intriguesi.

pendant l'armistice avec la Perse, à faire bannir Aristide par la loi de l'Ostracisme , exil honorable , puisqu'on reconnaissait par là que le condamné n'avait offensé la république que par im amour ardent pour la justice. Mais Aristide fut rappelé peu de temps après , lors de l'approche de l'armée de Xerxès.

Dans ces entrefaites A thèn es , sous le gouvernement deThémistocle , devenait florissante autant par ses victoires au dehors que par sa civilisation dans l'intérieur. Sparte était déchirée par des divisions intestines ; cependant elle passait pour la première des républiques grecques. La jalousie commençait déjà à jeter entre ces deux villes les semences de la discorde; mais l'explosion fut retardée par la nouvelle guerre de Perse.

Guerre de Xerxès,

Les préparatifs du grande-roi , pour venger l'affront essuyé à Marathon , ne restèrent pas inconnus aux Grecs. Plusieurs tremblèrent; mais Sparte et Athènes, sur qui principalement devait fondre l'orage , cherchèrent et espérèrent leur salut dans une confédération nationale de toutes les républiques pour la défense commune et dans des secours extérieurs. lueurs efforts n'eurent qu'un succès médiocre. Quelques états furent retenus par la crainte, d'autres détournés de la coalition par des oracles ; des passions particulières furent un obstacle à l'alliance commune de tous les Grecs* Néanmoins les deux républiques principales persistèrent dans la réso-

ago

lution de se défendre. LesSpartiatesétaientun peuple de héros, et les Athéniens, enflésde la victoire de Marathon et animés de Fenthousiasme de leur bouillant chef Tbémistocle , les égalaient.

Les masses innombrables de Xerxés se mirent en mouvement. Le passage des troupes sur le pont que le roi avait fait jeter sur l'Hellespont , dura s^t jours et sept nuits. Il fallut un mois aux bagages. Une flotte immense suivait les mouvemens de l'armée de terre. Le torrent grossissait de plus en plus; les Th races, les Macédoniens, les Péoniens renforcèrent l'armée de leur maître. Les Perses, marchant avec lenteur, mais renversant tous les obstacles , se d^loyérent dans les plaines de la Thessalie jusqu'à un défilé étroit , appelé Thermopyles (à cause de ses sources chaudes), situé entre les monts Œta et la mer, et coduisant à Locris. D'après un décret de l'assemblée générale tenue à Corinthe, Léonidas, roi de Sparte, occupait ce passage avec 7000 guerriers , pour le défendre contre les barbares; mais le traître Epi al tes indiqua à ces derniers , à travers les montagnes , un sentier qui les fit arriver derrière le camp des Grecs. Léonidas alors renvoya ses troupes , pour ne pas les sacrifier inutilement ; mais lui-même avec trois-cents Spartiates et quelques centaines de Thespiens et Thébains, se dévoua à une mort certaine. Après avoir fait des prodiges de valoir, ces héros, accablés par l'immensité du nombre, périrent tous ) victimes de leiu* obéissance aux lois de la patrie ,

et laissant à la postérité Texemple cl*un dévouement à jamais mérooi*able (Juin 35o4)-

Ce sacrifice glorieux eut de plus grands résultats qu'une victoire. Ce fut en vain que les Perses inondèrent la Grèce. Les citoyens d'Athènes, d après le conseil de Thémistocle , abandonnèrent leurs mai* sons et leurs temples , et se sauvèrent sur leurs vais-* seaux. Quelques faibles vieillards furent les seuls qui restèrent; les Perses, qui survinrent bientôt , les égorgèrent et réduisirent en cendres la ville de Thésée.

Dans ces entre&ites la flotte grecque , qui avait remporté un avantage brillant près d'Artémisium, était venue mouiller dans le golfe de Salamine , après le combat des Thermopyles. Le Spartiate Eu ry biad e la commandait; la plupart des vaisseaux qui la composaient appartenaient aux Athéniens , et Thémistocle , par la supériorité de ses lumières , occupait la première place dans le conseil de guerre. C'est à lui que les Grecs diu'ent la grande victoire *qu'ils remportèrent dans ce détroit sur l'innombrable armée des Perses , qui essuyèrent la défaite la plus honteuse (aS Sept. 35o4)- Consterné de ce revers, le roi de Perse repassa THellespont avec le gros de l'armée et se retira en Asie , après avoir cependant laissé dans la Grèce septentrionale , sous les ordres de Mardonius, un corps de troupes trois fois<plus nombreux que toutes les forces réunies des Grecs , et plus redoutable en effet que l'immense et inerte masse avec laquelle Xerxès les avait attaqués.

Ce fut à Platée (a5 Septembre 35o5) que se livra cette bataille décisive. Les Grecs avaient rassemblé une ainmée considérable. Pausanias , tuteur du jeune roi de Sparte, commandait en chef; Aristide était k la tête des Athéniens. L'émulation et l'esprit national opérèrent des prodiges. Les Perses, de leur côté, combattirent aussi avec quelque succès , mais ils succombèrent aux armes de leurs ennemis enflammés de l'amour de la patrie et brûlant de se venger. Mardonius périt; le butin fut immense; Tarmée des barbares fut défaite (peu importe que quelques milliers de plus ou de moins aient échappé), et depuis cette époque, jamais armée perse ne posa le pied sur le sol de la Grèce.

Le jour de la bataille de Salamine les Carthaginois, alliés de Xerxès, avaient également été totalement défaits à Himère en Sicile, par Gelon , prince de Syracuse. A la victoire de Pla tée se joignit le même jour, d'après les historiens grecs, la victoire navale remportée près du promontoire de Mydfle en lonie. Léotychide, Spartiate , et Xan tippe , Athénien , y battirent si complètement la flotte des Perses , que les Ioniens osèrent enfin secouer le joug depuis long-temps odieux de ces barbares et prendre part à l'alliance générale des Grecs contre le roi.

Paix de Cimon,

La guerre alors changea de face et de caractère ; ce ne fut plus une guerre défensive, mais ime guerre offensive , une guerre de vengeance. Le but principal

était d'affranchir dû jcaig des Perses toutes les colonies grecques, et Ton résolut , entre autres mesures j d'attaquer diverses provinces de la Perse , de fomenter les insurrections etc. I.ies che£s grecs désiraient la durée d'ime guerre qui était devenue le motif d'une alliance nationale plus intime , et qui pouvait la cimenter pour long-temps. Quelques considérations personnelles s'y trouvaient aussi intéressées. Cependant la longue durée de la. lutte en amortit naturellement la violence. Les Perses contraints par Pausanias et Aristide d'évacuer l'île de Chypre etBysance; la réussite de plusieurs expéditions de Ci m o n contre diverses possessions des Perses ; la double victoire que ce général remporta sur terre et sur mer à l'embouchure du fleuve Eurymedon en Pamphilie (l'an 35i3)j l'assistance accordée pendant plusieurs années aux Egyptiens qui, sous le Libyen Inaxus, s'étaient insurgés contre les Perses, assistance qui eut d'heureux commencemens , mais qui finit d'une manière funeste pour la flotte auxiliaire athénienne ; et plus tard , après quelque intervalle , deux victoires brillantes que Cimon remporta de nouveau près de Chypre ; tels sont les événemens les plus importants de cette guerre que termina , immédiate-» ment après la victoire de Chypre , cette paix à laquelle fut donné , avec raison , le nom du héros à qui elle était due. Si nous datons cette guerre du commencement de la révolte des Ioniens contre Darius Hystaspe , elle a duré plus de cinquante ans.

Parcéttepaix d e Cimon /à jamais niéiiioi*able, Arta* xerxe Longuemain^ fits de (^eXerxèa qui avait voulu forger des fers à toute la Grèce, reconnut l'imlépen* dance de toutes les colonies grecques dans toute Téten* due déson royaume, et par conséquent surtout de celles situées sur les côtes de rAsie-mineure. Nul vaisseau de la flotte des Perses ne pouvait se montrer sur les mers de la Grèce , ni aucune aritiée perse s'approcher à trois journées de marche des côtes d'Ionie.

^Histoire de F intérieur de la Gfvce, Prééminence éC Athènes.

Passons maintenant aux affaires intérieures de la Grèce. Après l'expulsion des Perses Athènes se releva promptement , et avec plus d'éclat qu'auparavant , de ses cendres* Ses citoyens , pleins d'énergie et de leur propre estime , tendaient à un but plus élevé. Ce fut surtout Thémistocle qui donna l'essor à leur génie et à leur force.

Jusqu'alors les Spartiates avaient prédominé entre les peuples de la Grèce. Athènes elle-même avait reconnu cette supériorité. Peu-à-peu Athènes obtint cette prépondérance. T^s jeunes gens , formés à l'école de Lycurgue , avaient de tout temps choqué par leur morgue soldatesque ; cependant on la leur passa , tant que leur conduite mérita quelque considération. Mais lorsque Pa u s a n i a s, vainqueur de P 1 a t é e et conquérant de By san ce , affecta les airs d'un souverain et brava la décence républicaine par un luxe de satrape j lorsque

Digiti^ed

la modestie de l^Âthénien Aristide et la pbpidarité de Ci m on, digne fik de Miltisidef rendit le contraste plus frappant; lorsque enfin Pausanias connut même des desseins perfides et attentatoires à la lil>erté de la Grèc^, les républiques confédérées demandèrent à pas^rsous la domination d'Athènes et se dégagèrent de celle de Sparte. Cette rivale fut contrainte de céder y les circonstances ne lui permettant pas de résister à force ouverte , mais elle dissimula sa jalousie et son ressentiment contre la triomphante Athènes.

Le premier auteur de tant de gloire , Thémistocle., étant dans la suite devenu suspect, fut exilé d'A t h è nés, quilui devait sa grandeur, proscritdans toute la Grèce, tjui lui devait son salut ^^ et ne trouva d'asile que dans I9 Perse, qui se ressentait encore des coups qu'il lui avait portés. Artaxerxe, surpris de cette preuve de confiance, usa de générosité envers rillustre fugitif, et lui assigna , pour son entretien , les revenus de trois villes.

Aristide et Cimon devinrent les chefs du peuple athénien , et jamais il n'y en eut de meilleurs. C'est un bonheur aussi grand que rare, pour un pays, d'être gouverné par la vertu la plus intègre conjointement avec les talents politiques les plus éminents.

Pour continuer la guerre avec la Perse , il fut décidé, que toutes les villes alliées contribueraient d'un contingent pécuniaire , pour fonder un trésor commun , dont Athènes aurait l'administration , et qui serait déposé dans l'île de Délos, vénérée pour sa sainteté.

Aristide fîit choisi d'un commun accord, pour régler les subsideis à^ fournir pour former ce trésor , et tous les contribuables furent contents de sa répartition. Il administra le trésor public pendant plusieurs années , et mourut si pauvre , que ses funérailles se firent aux dépens de l'état. Ses successeurs , dit Plutarque , remplirent leur ville de richesses et de chefs-d'œuvre des artsj Aristide ne chercha qu'à l'enrichir de vertus.

Cimon, ce héros plein d'amabilité, suivit son exemple à plusieurs égards. Il avait beaucoup de ressemblance avec Aristide quant au génie , à l'éducation , au patriotisme et à la connaissance des affaires ; il le surpassait en talents militaires ; mais il n'avait pas la modération , ni la noble simplicité d'Aristide. Il profita, pour s'enrichir lui-même , des victoires qu'il remporta pour Athènes. Son goût pour le luxe et les arts, ses palais, ses jardins, la vie somptueuse qu'il menait, quoiqu'il en partageât libéralement les jouissances avec tous les citoyens , parurent cependant porter atteinte aux mœurs républicaines, et les alliés, auxquels il faisait durement sentir la prépondérance d'Athènes, entremêlèrent de justes plaintes aux éloges nombreux qu'ils donnaient à ses vertus; car Athènes , enivrée de gloire et sentant sa propre puissance , cessa peu-à-peu de se contenter de la prééminence, et s'arrogea des prérogatives de souveraineté en punissant , comme révolte , l'opposition et en imposant , en partie , aux Grecs , du ^continent de l'Europe , comme à ceux des îles , un joug

plus dur que ne l'était celui dont on devait affranchir les Grecs de l'Asie-mineure.

Il est cependant certain , que tant qu'Athènes prédomina, la Grèce, malgré quelques oppressions partielles, fut en général heureuse et florissante ; qu'Athènes sut alléger le poids de sa domination, en faisant prospérer le commerce , les arts et les sciences , et en produisant dans son sein des talents , des vertus et des caractères si éminents , que cette considération nous réconcilie avec elle quant à l'abus qu'elle fit de sa puissance.

Péricîès.

Parmi les caractères les plus éminents qu'Athènes ait produits, nous distinguerons principalement Péricl es, l'un des plus grands hommes qui jamais ait été à la tête d'une république. Son influence commença déjà dans le temps que Ci m on était à l'apogée de sa gloire (l'an 35 1 5). 'Après la mort d'Aristide, il fut placé au timon des affaires , et y resta le reste de sa vie , de manière que , pendant quarante ans , il conserva sans partage l'autorité suprême sur le peuple le plus turbulent et le plus inconstant de la terre. Il l'obtint , non comme revêtu des dignités de la magistrature , car jamais il ne fut Archonte > ni membre de l'Aréopage , mais comme grand capitaine ou plutôt comme simple dém a gogue , par la seule supériorité de son génie et la soumission volontaire de ses concitoyens.

Quoique issu d'ime des plus illustres maisons

ii*

d'Athèaes^ Périclèa favorisa le parti démocrate, comme font ordinairement ceux qui asjûrent à dominer dans les républiques. Déjà du temps de l'administration d'Aristide iravait été décidé ^ contre les lois de Solon , que la dernière classe du peuple ne serait pas exclue dea premières charges de l'état. La démocratie n'avait, en conséquence ) plus d'autres digues que le pouvoir de l'Aréopage; Périclés les rompit tout-à-fait en dépouillant ce sénat de toute influence politique.

Le pouvoir du peuple devint finalement absolu, surtout au moyen du salaire qu'on fit alors payer aux citoyens qui se présentaient aux assemblées, et c'est ainsi quePéridès encourut la responsabilité de tous les maliieurs, du désordre, et des crimes affreux qui souillent les pages postérieures de l'histoire d'Athènes. Mais tant qu'il dirigea le gouvernail de l'état, ces résultats ne se firent point sentir ; jamais il n'abusa de son autorité pour des intérêts particidiers , jamais il n'eut recours à des moyens coupables pour la conserver.

Ses vues et ses mesures étaient grandes , sagement combinées pour le bien-être et la gloire d'Athènes, Elles contribuèrent aussi , quelques abus de pouvoir exceptés , malgré sa partialité pour sa ville natale , à la prospérité de tout le reste de la Grèce , dont elles étendaient la puissance , et perfectionnaient la civilisation , en portant les sciences et les arts à un degré qiie l'on n'avait encore jamais atteint et que l'on n'atteignit que rarement depub. En parlant de ce grand homme, il ne

faut pas perdre de yue qu'il aimait la paix, quoiqu'il possédât des talents militaires éroinents, comme le prouvent ses expéditions contre Eubée, la Cherso* nèse de Thrace et Samos, ses victoires sur les Béotiens et les Spartiates^ ainsi que plusieurs découvertes dans l'art de la guerre ; mais son cœur était plein de sensibilité , et lorsqu'il était contraint de faire la guerre, il était avare du sang humain.

L'inimitié qui subsista entre Cimon et Périclès fut im malheur , mais un malheur que la concurrence de leurs vues ambitieuses et la différence de leurs opinions politiques rendaient inévitable. Le premier était aristocrate et partisan des Spartiates; l'autre était tout l'opposé. Cimon y vaincu par le parti démocratique, fiit condamné au ban de l'Ostracisme ; mais rappelé avant l'expiration de la cinquième année , il revint , rétablit la concorde entre les Grecs , marcha à la tête de leurs forces réunies contre le grand-roi de Perse , et mourut après avoir remporté la victoire qui réduisit Artaxerxe à faire la paix.

Après la mort de Cimon 9 Thucydideson beau-frère, défenseur du parti aristocratique , se présenta comme l'adversaire de Périclès; mais il succomba de même dans cette lutte inégale et fut condamné à l'exil

Guerre du Péloponnèse,

A peine les bandes de Xerxès eurent-elles quitté le territoire de la Grèce , que les dissentions intestines ,

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assoupies pendant quelque temps par Turgence du danger commun , se réveillèrent avec plus d'animosité. Les guerres civiles se succédèrent presque sans interruption dansla patrie des Solo n^ y desMiltiade^ des Léon idas et des Aristide. Le sang des Grecs abreuva le sol natal , les forces s'épuisèrent dans une lutte intestine , et la plupart dés héros grecs j depuis Cimon , se for-r mèrent dans les camps , non contre l'ennemi au dehors, mais contre leurs propres compatriotes.

Il serait superflu de parler de ces guerres en détail ; nous allons nous occuper de la grande guerre générale qu'elles amenèrent et qui mit fin aux beaux jours de la Grèce. C'est celle du Péloponnèse.

Sparte nepouvait pardonner à Athènes^ sa rivale, de lui avoir enlevé la primauté , et Athènes' ne mettait plus de bornes à l'exercice de son pouvoir. Tel fut le véritable motif delà guerre, peu importe quelle en fut l'occasion immédiate. Les Spartiates accueillirent favorablement les plaintes des petites républiques , et , ne pouvant être les maîtres de la Grèce, ils voulurent en être les libérateurs ; ils demandèrent raison aux Athéniens de leurs prétendues injusticeset leur déclarèrent la guerre (l'an 3553).

Presque tous les états grecs y prirent part ; la plupart pour Sparte. Tout le Péloponnèse embrassa le même parti, à l'exception d'Argos et d'une partie de l'Achaïe. Sur le continent de la Grèce les Mégariens , lesLocriens, lesPhocéeus, la plupart des Béotiens

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et une partie des Acarnaniens firent cause coraniuné avec les Spartiates. Soixante mille Péloponnér siens inondèrent T Attiquedès la première campagne; Athènes avait dans son parti Platée, Chios, Lesbos, Corcyre et Zante; beaucoup d^autres îles, telles que celles d'Eubée, de Sam os, presque toutes les Cyclades et les Sporades étaient de ce nombre, et le vaste territoire de TAttique même avec plusieurs colonies athéniennes, ainsi que les provinces tributaires situées au loin jusque dans Tlonie^ l'Hellespont, la Thrace et la Macédoine assuraient à Athènes de précieuses ressources.

Les premières années de cette guerre se passèrent en dévastations commises par les Péloponnésiens dans l'Attique et en représailles exercées dans la Laconie et sur ses côtes par les flottes athéniennes, Périclès, d'après un plan de campagne, sagement conçu, évita une bataille décisive , fondant ses espérances sur la flotte et ses ressources à l'extérieur. Mais une peste affreuse vint désoler Athènes; une multitude innombrable de fugitifs, venus de tous les points de l'Attique , s'étaient réfugiés dans cette ville ; la contagion fit des ravages effrayants et la mort la plus cruelle enleva la fleur de la population.

Les Athéniens, aigris par le sentiment de leurs maux, en imputèrent la cause à Périclés. Ce chef de l'état, si long-temps respecté, fut accusé, destitué de ses emplois et condamné à une amende. Des chagrins domestiques vinrent se joindre à ce malheur non mérité ; la peste lui

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enleva deux (ils, dont Tiin était Tobjet de ses plus tendres affections. Le peuple ^ ému de compassion , se repentit alers de son injustice à l'égard du^ héros, et le rétablit dans ses dignités dont il ne jouit plus long-temps. Il mourut dans la troisième année de la guerre. Après avoir administré le trésor public pendant un grand nombre d'années , il laissa à sa mort moins de fortune qu'il n'en avait hérité de son père , et c'est avec vérité que ce grand hpnmie y qui sut s'emparer du pouvoir presque absolu sur le peuple le plus enclin aux séditions y se vanta de n'avoir, pendant tous le temps de son gouvernement, fait prendre le deuil àaucun de ses concitoyens.

La guerre continua avec l'acharnement des fureurs intestines, attisées dans cette occasion par lapassions du parti populaire qui dominait dans la plupart des ré* publiques. Il y eut des scènes sanglantesà Lesbos entre les Athéniens et les Lesbiens, ces derniers ayant abandonné la cause d'Athènes. Les Spartiates commirent à Platée des cruautés inouies; le désordre régnait partout.

Les Spa rtiates, se défiant de la trop nombreuse population des Ilotes , en firent venir plusieurs milliers dans la ville , sous prétexte de leur accorder le droit de citoyens. Au milieu des fêtes^t des cérémonies de Taf* franchissement, ces infortunés furent égorgés.

Un certain nombre des citoyens les plus distinguésde Sparte avaient éti^ faits prisonniers à Spactérie, et

ie peuple athénien était altéré de l^r sang ; les Athéniens de leur côté avaient perdu Amphipoiis que Brasidas avait conquise. Cléon , tanneur de profession , mais orateur cher au peuple y se mit à la tête d'une armée pour reprendre cette ville ; Cléon et Brasidas périrent tous deux dans un combat , dont l'issue fut très-désavantageuse aux Athéniens. Cet événement disposa ces derniers à recevoir les propositions de paix que leur firent les Spartiates inquiets du sort de leurs concitoyens tombés au pouvoir de l'ennemi. Nicias, doué d'une ame vraiment patriotique , citoyen éclairé , bon soldat ^ quoique d'un caractère pacifique , les affermit dans ces dispositions, et les deux peuples conclurent par sa négociation (l'an 356 1) une trêve de 5o ans , qui étendant ne fut ni générale , ni durable.

Jlcibiadc,

La diversité des intéi^ts des républiques confédérées, l'alliance d'Athènes avec Argos, Mantinée, Elide et surtout les coupables intrigues d'Alcibiade amenèrent bientôt la rupture de la trêve (l'an 3563). Cet homme extraordinaire commença dès lors à jouer un rôle étonnant. Issu d'une maison illustre , neveu de Périclès, riche, doué de grands talents, et formé à l'école de Socrate , d'un extérieur séduisant et d'un caractère aimable , mais vain , frivole , voluptueux , dévoré d'ambition et brûlant d'acquérir de la gloire , il paraissait réunir au plus haut degré toutes les vertus et tous les

vices , et être aussi propre à faire le bonheur d'un état qu'à le perdre. Le destin de la Grèce semblait dépendre de ce seul homme ^ et plus d'une fois la seule prépondérance de son génie fit pencher la balance politique d'Athènes ou de Sparte. Mais son influence ne se bornait pas aux affaires publiques ; elle agissait aussi sur la vie privée et dans l'intérieur des familles , et produisit , par le pouvoir et l'abus d'un exemple dangereux , une révolution étonnante et surtout préjudiciable dans les moeurs, les principes et généralement dans la morale et la conduite des Athéniens.

L'expédition la plus importante de toute la guerre du Péloponnèse, l'entreprise des Athéniens contre la Sicile , qui amena la catastrophe, fut l'ouvrage d'Alcibiade. I^s Egestains avaient imploré le secours d'AthènescontreSelinonte et Syracuse; Alcibiade appuya leurs sollicitations avec toute la chaleur de l'exaltation ; il se berçait déjà de l'espoir de conquérir Syracuse et de mettre toute la Sicile sous le joug des Athé» niens. Il ne doutait pas que , les forces de l'Attique s'étant si considérablement accrues , Carthage et la Grande-Grèce ne devinssent facilement la conquête des Athéniens , auxquels le Péloponnèse ne serait plus en état de résister. La bouillante jeunesse athénienne se repais^it de ces brillantes espérances, et malgré toutes les objections du sage Nicias et de plusieurs citoyens âgés , l'expédition fut résolue à la grande majorité des voix , et les préparatifs se firent avec l'ardeur de l'en-

thousiasme. Jamais ville d'Europe n'avait encore équipé une flotte égale à celle qui sortit alors du Pirée, sous le commandement de Nicias, d'Alcibiade et de Lamaque^ pour aller faire la conquête de la Sicile.

La Sicile..

L'histoire primitive de cette île très-célèbre se peikl dans les ténèbres de la fable , et l'on sait seulement qu'elle fut peuplée dès les temps les plus reculés. On prétend qu'elle tire son nom des Sicules qui vinrent s'y établir en sortant de l'Italie-cen traie. Elle s'appelait plus anciennement Trinacrie à cause de sa forme triangulaire. L'établissement des colonies de TAsiemineure, de la Phénicie et surtout de la Grèce eut lieu à des époques plus récentes. Ces colonies grecques occupèrent pour la plupart la moitié orientale de l'île, après avoir été chassées de la partie occidentale, où les Carthaginois vinrent s'établir. Les efforts que firent ces derniers pour soumettre l'île entière, produisirent des secousses violentes. Les Carthaginois se seraient sans doute rendus maîtres des villes l'une après l'autre , si la puissante Syracuse n'avait mis un terme à leurs succès.

Les arts et le commerce avaient fait fleurir de bonne heure la célèbre colonie corinthienne. La base de la constitution de cette colonie était le gouvernement aris^ tocratique , mais elle eut souvent pour tyrans des princes d'un mérite supérieur , à qui elle dut l'accroissement de

sa puissance. Le généreux Gelon, prince de Gela, qui devint dans la suite roi de Syracuse , est le premier de cette série (l'an 35o3). Il a d^jà été fait mention de la victoire qu il remporta à Himère sur les Carthaginois^ alliés de Xerxès.

Il eut pour successeurs ses fi*ères H iér on (ran 35 1 1 ) et Thrasibule (Tan 3527). Le premier cultiva les sciences, et eut à sa cour Simon ides, Pindare et d'autres beaux-esprits; le second fut chassé. Syi;acuse adopta alors le gouvernement démocratique et prospéra sous les auspices de la liberté. Elle fonda plusieurs colonies, soumit beaucoup de villes, et même la riche Argenté, et finit par devenir , pour l'indépendance de la Sicile , aussi redoutable que Carthage.

Tel était l'état de l'île, lorsque Athènes en projeta l'attaque (l'an 3070). Cette dernière pouvait compter sur un parti puissant parmi les villes jalouses de la puissance de Syracuse; Alcibiade, aussi habile négociateur que vaillant capitaine, aurait pu terminer heureusement cette entreprise dont les résultats auraient été immenses, et Athènes serait peut-être devenue la maîtresse du monde au lieu de Rome ; mais à peine l'expédition eut-elle débuté par la prise de Catane , qu'Ai cibiade fut cité devant l'assemblée du peuple , pour être jugé sur une accusation d'impiété intentée contre lui ; on lui dépêcha un vaisseau pour le rameijer à Athènes; mais il échappa à ses ennemis acharnés à sa perte , s'enfuit à Ar gos , et ayant reçu l'avis de sa condamnation ,

il se réfugia à Sparte, le cœur plein de ressentiment contre ses concitoyens.

Dans ces entrefaites Nicias s'était présenté devant Sy racuse. Les assiégés étaient déjà disposés à capitider, lorsque le Spartiate Gy lippe, leur amenant des renforts , releva leur courage. On se battit glorieusement de part et d'autre. Mais un destin fatal rendit inutiles tous les efforts des A théniens. Battus à plusieurs re* prises, tant sur terre que sur mer, et après avoir perdu leur flotte , ils commencèrent leur retraite. Leurs troupes , quoique assez nombreuses encore , étaient épuisées de fatigue et totalement découragées. Gylippe occupait les défilés. Cette marche fut un combat continuel , qui se décida d'une manière funeste près du fleuve Asinarus , dans lequel un grand nombre de soldats , mourant de soif, se précipitèrent. L'ennemi était de l'autre côté et couvrait toute la rive. L'attaque devint générale ; ce fut en vain que Nicias voulut ranger ses troupes en bataille ; les Athéniens, dans l'apathie du découragement, se laissaient massacrer sans opposer la moindre résistance. Enfin leur général, outré de douleur, se jeta aux pieds de Gy lipp e, et implora sa clémence , non pour lui-même , mais pour ses infortunés concitoyens. Gylippe, ému, fit cesser le carnage et emmena à Syracuse les débris de l'armée athénienne , ré* duite à sept mil)e prisonniers. Le peuple sy racusain , en fureur , demanda leur mort , et ce ne fut qu'avec bien des efforts que les citoyens les plus modérés obtinrent

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qu'ils fussent vendus comme esclaves. Mais le loyal Nicias fut immolé. Telle fut Tissue d'uneentreprise commencée sous de si brillants auspices, et pour laquelle Athènes prodigua pendant trois ans entiers toutes ses ressources.

Syracuse ne jouit pas des fruits de sa victoire , elle fut plusquejamaisdéchiréeparlesfactions. Hermocrate, commandant des troupes, et le législateur Dîoclès étaient à la tête des deux partis ; mais le pouvoir du soldat l'emporta sur la sagesse du légiste , et ce fut le généralisme Denys qui parvint au pouvoir suprême (l'an 3579).

Malheurs des Athéniens, Leurs affaires se rétablissent.

Toutes sortes de maux fondirent sur Athènes. Elle n'avait plus ni flotte , ni armée ; son trésor était épuisé ; les états alliés, principalement Eubée, Chios, Lesbos, Milet, voyant sa détresse , l'abandonnèrent; les Péloponnésiens menaçaient d'une invasion , et les Spartiates occupaient Décélie dans l'Attique même. Cétait Al cib iade qui dirigeait tous les mouvemens des ennemis ; il chercha même à susciter la Perse contre cette ville infortunée qui , en proie à des discordes civiles , changeait souvent de gouvernement et de chefs.

Tout-à-coup Alcibiade, qui jusqu'alors avait été l'ame des conseils du roi Agis, et qui avait dirigé les opérations des Lacédémoniens , étant tombé en disgrâce , essuya des persécutions qui lui inspirèrent la

résolution de rentrer dans sa patrie. Il ralentit en conséquence l'ardeur des satrapes de l'Asie-raineure , et s'efforça même de les disposer en faveur d'Athènes.

Les Athéniens qui, de leur côté, se repentaient depuis long-temps de leur injustice à son égard , le rappelèrent; mais , lui , qui dans ces entrefaites avait pris le commandement de la flotte athénienne nouvellement équipée, battit d'abord les ennemis dans plusieurs occasions brillantes , leur enleva les places les plus importantes sur l'IIellespont , fit un butin immense et rentra , couvert de gloire , aux acclamations de tous ses concitoyens , dans sa ville natale qu'il venait de sauver. Thrasyle et Thrasibule avaient également combattu avec succès pour Athènes. Sparte fit de nouvelles propositions de paix , qu'Athènes , dans l'ivresse de ses victoires , rejeta avec arrogance.

Alcibiade se mit de nouveau à la tête de ta flotte, contre lesLacédémoniens commandés par Ly san<lre , homme versé dans l'art de la guerre, mais intrigant, sans foi , qui , dans les affaires publiques comme dans les intérêts particuliers, sacrifiait l'honneur et la justice à la politique. Par ses bassesses Lysandre sut gagner les bonnes grâces du jeune Cyrus , et en obtenir des sommes d'argent considérables. Alcibiade , étant allé lever des subsides en lonie, et son lieutenant Antiochus , qui commandait en son absence , ayant été battu par Lysandre , le peuple athénien irrité condamna de nouveau Alcibiade, qui fut contraint de s'expatrier

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et de se réfugier dans la Th race. Il fut remplacé par dix généraux , dont lun était Conon, Une victoire éclatante remportée près des îles Arginuses releva le courage d'Athènes.

C?uite d* Athènes, Lysamlrc.

Le combat d'Egospotumos (Tan 3579) mit fin à la guerre du Péloponnèse dans la vingt-septième année de sa durée. Lysandre surprit et défit la flotte et Tarmée des Athéniens. Trois mille prisonniers furent inhumainement égorgés de sang-froid après le combat. Lysandre soumit toutes les places maritimes appartenantes aux Athéniens , en renvoya les habitans à Athènes, et cette ville infortunée, regorgeant de monde, dépourvue de vivres et de munitions, se vit bientôt assiégée par terre et par mer. Elle demanda la paix ; son implacable ennemi ne la lui accorda qu'aux plus dures conditions. Il fallut qiie cette ville , dont la domination était si étendue, renonçât à toute possession hors de son territoire; que cette ancienne maîtresse de la mer se bornât à l'entretien de douze galères ; que cette orgueilleuse rivale de Sparte combattit dans toutes les guerres de cette dernière en sous-ordre comme alliée , et qu elle consentit à la destruction des longues murailles et des superbes fortifications du Pirée, son boulevard, que Lysandre eut l'insolence de faire raser au son des instrumens de musique. Ce général , pour achever d'accabler Athènes, changea l'ancien gouvernement et établit celui des

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trente tyrans, ainsi nommésà juste titre, et qui, étant institués par lui, devaient gouverner l'état dans l'intérêt de Sparte.

Cette mesure cadrait avec les principes que depuis long'-temps les deux partis avaient adoptés. Partout où les armes ou l'influence d' A t h en e s prévalaient , le pouvoir du peuple était favorisé , et partout où Sparte avait le dessus, elle établissait l'oligarchie ou le gouvernement des plus'notables citoyens. Cette politique, quoiqu'elle fût adroite et bien combinée , exaspérait les esprits j en ajoutant à la lutte dés forces celle des opinions , et augmentait la misère des peuples , en joignant les maux de la guerre civile à cettx de la gueire à l'extérieur.

Les trente tyrans, après avoir afifermi leur pouvoir en établissant à Athènes une garnison lacédémonienne , et en armant quelques citoyens assez dépourvusd'honneur pour se dévouer à ce honteux service , firent éprouver aux Athéniens tout l'opprobre et toutes les misères de la plus dure servitude. Tout citoyen aisé ou honnête était en butte à leurs persécutions ; quiconque leur était suspect ou odieux , soit à eux , soit à leurs adhérens , était perdu sans retour. Il n'était question que de proscriptions , de rapines , de supplices et de violences. Les gens de bien et ceux delà classe distinguée abandonnaient en foule une patrie en proie à tant de maux; mais Sparte avait défendu qu'on leur accordât un asile. Ils errèrent ça et là à l'abandon ; à peine quelques-uns trouvèrent-ils

un refuge à Thèbes ou à Mégare. Parmi les trente tyrans iln'y en eut qu'un seul (Théramine) qui respectât la justice etThumanité; Critiasle fit traîner au supplice.

Dans cette extrémité quelques citoyens jetèrent les yeux sur Alcibiade banni depuis long-temps. Lui, de son côté , méditait dans son exil les moyens de délivrer son pays. C'était en vain qu'il avait averti du danger les généraux près du fleuve Egos. Il songea depuis à faire armer le roi de Perse pour secourir Athènes ; mais la vigilance de Ly sandre et la trahison de Pharnabase firent échouer ce projet dés sa naissance.

Thrasybule fut plus heureux ; car sans aucun secours étranger /et uniquement assisté de quelques citoyens résolus , il réussit à délivrer la patrie. A la tète d'une petite troupe armée , que l'orateur Lysias avait rassemblée 9 Thrasybule, accompagné de quelques autres proscrits, pénétra dans l'Attique, battit les satellites des tyrans, entra dans Athènes et destitua les Trente. Mais les Dix qui leur succédèrent ne gouvernant pas mieux, et Sparte soutenant à main armée l'oligarchie , Thrasybule parvint par son courage et sa prudence jointe à la modération de Pausanias, roi de Sparte, à renverser la tyrannie et à dédommager les Athéniens de la perte de leur pouvoir , en rétablissant chez eux l'ancien gouvernement. *

Telle fut la fin de la domination des Athéniens , soixante-quinze ans après la bataille de Salamine , qui en

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ayait jeté les fondemens. Athènes y dans cet espace de temps , opéra de grandes choses. Elle fonda pour toujours la gloire des Grecs en établissant l'empire de la sagesse et du bon goût ; elle détruisit la puissance du roi de Perse , et bien qu'elle opprimât elle-même le reste de la Grèce, elle l'affranchit du moins du joug de l'étranger.

Prééminence de Sparte.

L'histoire de la supériorité de Sparte , depuis la bataille d'Egospotamos jusqu'^ celle de Leuctres , pendant une période de trente-quatre ans , n'est qu'une série presque continuelle de forfaits , et malgré l'éclat constant de la gloire de ses armes , elle nous montre chez les Grecs le déclin d'une gloire plus digne d'envie et la cause de leur ruine.

Ce n'était plus l'ancienne Sparte qui , compensant quelques vices par tant de vertuç , faisait pardopner sa rudesse et sa morgue soldatesque en faveur de sa modération , de sa frugalité , de son patriotisme et de son amour pour la liberté. Sparte, devenue opulente par les conquêtes , les tributs et les extorsions, avait joint la corruption et même la perversité à la grossièreté de ses mœurs. Les passions, long-temps comprimées par les lois deLycurgue, s'étaient fait jour et avaient débordé généralement comme un torrent qui a rompu ses digues.

Ajoutons à ces causes de la dégénération le change-

ment qu'éprouva le système de gouvernement , quant à l'esprit , si non quant à la lettre. I^s éphore3 9 deve^ nus arrogants 9 avaient introduit une véritable oligarchie; les rois, le peuple , les alliés tremblaient devant eux ; la courte durée de leurs fonctions (une année) les rendait plus ardents à s'enrichir par des voies coupables; ils étaient insatiables de rapines ; soifs leur gouvernement tout était vénal , jusqu'à la vie de leurs concitoyens , car ils prenaient de l'argent en remplacement des troupes que les alliés devaient fournir , et faisaient marcher , au lieu de celles-ci , leurs propres citoyens dont l'enrôlement leur coûtait moins. De tels exemples, bannissant toute pudeur, propageaient la corruption et autorisaient les extorsions les plus horribles.

Les Spartiates semblaient n'avoir conservé de leur ancien caractère que la dureté et l'insensibilité. Les prétendus libérateursde la Grèce en devinrent les tyrans. l-»a résistance à leurs ordres, n'eût-elle été même qu'apparente , passait polir un crime capital. Lysandre fit périr huit cents Milésiens qui s'étaient attiré sa disgrâce , etlesDécemvirats que Sparte établit dans la plupart des villes, furent des gouvernemens aussi cruels que celui des trente tyrans d'Athènes.

On ne sait quel sentiment les Grecs de ce temps-là inspirent le plus , de la compassion ou du mépris. Car les Spartiates trouvaient partout aussi facilement des complices de leur tyrannie que des victimes dociles. Us érigèrent des auteb au sanguinaire Lysandre , qui

foiUa aux pieds rhumanité j le drpit des gens et la foi des sermens, et ils firent mourir Socrate.

Nout*elle guerre de Perse, Paix <fJntalcide.

La gloire même des armes grecques fut ternie , parce qu'elles servirent à l'injustice et à la bassesse. Les vainqueurs de Salamine et de Platée devinrent merce-, naires de laPerse, tantôt pour soutenir la cause d'un rebelle , tantôt pour combattre leurs propres compatriotes. C'est ici le cas de faire mention de l'expédition des i3ooo Grecs à la solde de Cyrus, gouverneur de l'Asie-mineure, contre Artaxerxe^ son roi légitime et son frère. Mais nous en avons parlé dans l'histoire de Perse , ainsi que de la seconde guerre qui en fut la suite^ et des triomphes non mérités de Dercyl lidas et d'Agé silas.

Agésilas devait le trône de Sparte à Lysandre; mais ce général , ayant perdu l'ascendant dont il avait joui sur l'esprit du prince , ourdit une trame perfide pour se venger. Le complot fut découvert à temps , et Lysandre n'échappa au supplice que par la mort qu'il trouva dans un combat contre les Thébains ; car pendant qu' Agésilas combattait glorieusement en A s i e , la guerre civile avait éclaté de nouveau dans la Grèce. Les petits états reconnurent trop tard , que la chute d'Athènes avait empiré leur sort et que le pouvoir de \^ primauté en Grèce avait passé entre les mains de des-^ potes sans pudeur. Le mécontentepnent fiit tel , qu'on

oublia tous les autres intérêts et les inimitiés particulières, et que Thèbes etCorinthe même firent cause commune avec Athènes.

Sparte ayant eu le dessous dans divers combats, rappela, pour défendre son autorité, Agésilas, qui poursuivait en Asie sa marche victorieuse. Celui-ci obéit, accourut vers les plaines deCoronée, battit les ennemis qui firent une vigoureuse résistance (Tau 3590) , et consolida ainsi la domination de Sparte.

Mais l'Athénien Conon venait de la détruire sur mer. Cet habile amiral était parvenu à déterminer le roi de Perse à équiper une flotte contre les redoutables Spartiates. Conon en prit le commandement et remporta à Gnide (Knidos) une victoire décisive sur les ennemis de sa patrie. Il rentra triomphant dans le Pirée et rétablit avec l'argent des Perses les fortifications et les ouvrages que Ly sa n d r e avait fait raser. On continua pendant sept ans encore de combattre avec des succès variés. Les Perses penchèrent de nouveau du côté de Sparte. Iphicrate et Chabrias firent refleurir Athènes. Les Spartiates conclurent alors avec les Perses (l'an 3597) le fameux traité, appelé paix d'Antalcide, d'après le nom de son négociateur, laquelle contraste d'une manière humiliante avec la glorieuse paix de Cimon; car les Grecs de l'Asie, que cette dernière paix avait affranchis , rentrèrent , en vertu du nouveau traité, sous le joug des Perses. Lemnos fut

donnée aux Athéniens , et les autres iles de la Grèce conservèrent leur liberté.

Par cette paix les Spartiates maintinrent leur prépon<* dérance dans la Grèce; mais, ce qui pourrait servir d'exemple pour tous les temps , c'est qu'un attentat iuoui leur arracha pour jamais le pouvoir. Phébid as , envoyé pour soumettre les Olynthiens révoltés, surprit , au milieu de la paix et sans aucun motif plausible, Thèbes, affaiblie par des divisions intestines, s'empara de la citadelle apelée Cadmée et y mit garnison (l'an 36o6). Sparte établit à Thèbes un gouvernement oligarchique qui, entre autres actes de violence, exila quatre-cents des meilleurs citoyens , au nombre desqueb fut Pélopidas qui , avec moins de ressources que n'en avait Thrasybule lorsqu'il sauva Athènes , délivra sa patrie de l'oppression des tyrans et força les Spartiates d'évacuer la citadelle de Cadmée.

Ce fut là le commencement de la guerre qui précipita Sparte du faîte de sa grandeur. Les Athéniens contractèrent alliance avec les T h é b a i n s. On se battit long-temps sur terre et sur mer. Timothée, fils de Conon , y acquit plus de gloire que Pélopidas qui, dans le combat de Tégyre , fit pour la première fois respecter la valeur thébaine.

Par la médiation du roi de Perse les Grecs conclurent alors entr'eux une paix dont Thèbes seule fut exclue.

Toutes les forces de Sparte vinrent ensuite fondre sur Thèbes. Cléombrote, roi de Lacédémone^ pé-

nétra dans la Béotie à la tête d'une armée formidable ^ mais la victoire éclatante remportée à Leuctres (l'an 36i3)par£parainondasetPélopidas, surdesforces quatre fois plus nombreuses j mit fin à Todieuse domination de Sparte.

Epaminondas et PélopiiUu. Grandeur de Thèhes^

Jusqu'alors Thèbes n'avait joué qu'un rôle peu important. Ne jouissant d'aucune considération au dehors y épuisée dans son intérieur par des discordes civiles, elle fut attaquée et vivement pressée par Sp ar te. Deux grands hommes, Pélopidas et Epaminondas parurent ; ils délivrèrent leur patrie , la tirèrent de l'abime de maux où elle était plongée , appaisèrent les troubles qui la déchiraient , la firent dominer sur le peuple béotien , élevèrent les jeunes Thébains dans le métier de la guerre , formèrent ensuite cette troupe invincible (ce bataillon sacré de trois-cents jeunes héros animés du plus brûlant patriotisme , unis entr'eux par les liens d'une noble émulation et de l'enthousiasme de l'amitié) , et portant les coups les plus terribles à l'arrogante domination de Sparte, la renversèrent, imposèrent des lois à la Thessalie et à la Macédoine, et illustrèrent le nom de Thèbes dans toute la Grèce. Mais après que ces héros eiu'ent opéré ces prodiges , et qu'ils eurent achevé leur glorieuse carrière qu'un destin rigoureux ne termina que trop tôt , la prééminence de Thèbes s'évanouit comme un songe , et sa grandeur ,

semblable a un édifice sappé dans ses foudemens , s ecroula sur elle-même.

Après la bataille de Leuctres Epaminondas, à la tête de forces nombreuses , fondit sur le Péloponnèse. Sparte, dont naguère la domination s*étendait au loin | pouvait alors- à peine défendre ses propres murailles. La fleur de sa jeunesse avait péri , et les peuples qu'elle avait soumis, les alliés l'abandonnaient. Dans cette extrémité Agésilas se conduisit en héros, digne adversaire d'Epaminondas. Ce dernier, malgré tout son génie , malgré tous ses efforts , ne put se rendre maître de Sparte. Les Athéniens conclurent ime alliance avec cette ville, leur ancienne ennemie, qui, rabattant de la fierté qu'elle avait montrée après $a victoire d'Egospotamos , consentit à partager le commandement avec Athènes. Epaminondas se retirant, laissa le champ libre à l'armée d'Iphicrateet abandonna le Péloponnèse. Il avait assez fait pour l'abaissement de Sparte ; il avait rendu aux Messéniens, qu'il avait rappelés, le pays de leurs ancêtres , et resserré pour l'avenir le territoire de la Lacon ie entre la ville de Messène nouvellement bâtie et la forte citadelle de Mégalopolis en Arcadie.

A leur retour Epaminondas et Pélopidas furent traduits devant le tribunal suprême , pour avoir conservé le commandement au delà du temps fixé par la loi. Ce ne fut qu'avec peine qu'ils échappèrent à la condamnation. Il y eut alors un intervalle de six ans de

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repos pour les armes. Pélopidas dans ces entrefaites , appelé au secours des peuples de la Thessalie , fit plusieurs expéditions brillantes contre Alexandre , tyran de Phère, et perdit la vie dans la dernière. Il avait quelque temps auparavant décidé , comme arbitre , sur la succession au trône de Macédoine; dans cette circonstance le jeune Philippe avait été amené à Thèbes comme otage: ce fut dansleconunerce d'Epaminondas qaese forma le génie du jeune prince, qui, dans la suite , suscita tant de maux à toute la Grèce et sur* tout à Thèbes.

Un différend, survenu entre Tégée et Mantinée, occasionna^une nouvelle expédition d'£paminonda$ dans le Péloponnèse. Ce fut dans les environs de Mantinée que se livra la mémorable bataUle qui devait décider de la grandeur de Thèbes ou de Sparte (l'an 3621). L'excellent ordre de bataille d'Epaminondas lui assura la victoire ; au moment où il allait l'achever il fut atteint d'un javelot ennemi. On le rapporta mourant dans sa tente, et lorsqu'il eut appris que son bouclier était en sûreté ei l'ennemi en fuite , il retira joyeusement le fer de sa plaie et rendit le dernier soupir. C'est ainsi que mourut le Premier d'entreles Grecs y selon l'expression de Ciceron.

La Grèce subjuguée par les Macédoniens.

La plupart des républiques firent la paix après la bataille de Mantinée. Sparte et Thèbes seules ne se

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réconcilièrent point ; mais répuisement de leurs forces les empêcha de continuer la guerre.

Agésilas, témoin et même cause de rabaissement de sa patrie , alla , pour détourner ses regards de ce spectacle affligeant y tenter une expédition en Egypte, où il mourut.

Athènes fit pendant trois ans la guerre à ses anciennes alliées , les républiques de Chios, Cos, Rhodes et Bysance qui s'étaient détachées d'elle. Pou r complaire à un peuple inconstant et sans caractère > il fallut que les deux excellents généraux Tphicra te et Timothée cédassent le commandement à Charès, homme sans aucun mérite. Il y eut beaucoup de sang versé inutilement; les républiques conservèrent leur indépendance.

LfCs états de la Grèce se trouvaient alors dans la même condition où elles avaient été avant la guerre de la Perse. Il n'y avait plus d'hégémonie. Sous le nom de liberté chaque état subsistait isolément pour soi. ' Cependant , comme la Grèce possédait encore la même étendue de pays , la même population et un surcroit de forces militaires porportionné à l'accroissement de sa prospérité , et que les liens politiques subsistaient de même qu'autrefois , à l'exception de la prééminence de l'un des états , elle aurait pu être aussi puissante qu'an dennement , tant à l'extérieur que dans l'intérieur , si les temps n'avaient amené la différence essentielle qui se trouve entre la vigueur de la jeunesse et le déclin de

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