I. aï
rage, ou entre Fétat d'une union naissante et celui d'une dissolution très-prochaine. L'amour de la patrie , de la liberté , d'une noble gloire n'exaltait plus les cœurs ; à ces sentiments avaient succédé le vil égoîsme, la molle sensualité, l'arrogance, l'envie et la haine. Le souvenir des ancêtres n'inspirait que l'orgueil et non l'émulation ; une génération abâtardie cheminait à travers les tombeaux des héros qu'elle aurait du prendre pour modèles.
Pour surcroit de malheurs le destin suscita contre c^tte Grèce vieillissante l'ennemi le plus redoutable dans la jeune et vigoureuseMacédoine gouvernée par Philippe. Des son avènement au trône Philippe conçut le projet de soumettre la Grèce ; il le poursuivit pendant plusieurs années avec une persévérance et des efforts infatigables. Employant tour-à-tour l'adulation et les menaces , l'artifice et la force , l'or et les armes , il sut faire des Grecs mêmes l'instrument de la.niine de la Grèce. Avec les trésors d'une ville il se faisait un parti dans une autre ; la défaite d'un peuple entraînait l'asservissement d'un autre , et lorsqu'enfin , dans cette Grèce dégénérée , intérieurement déchirée et trahie , la flamme du patriotisme , attisée par l'excès de tous les maux, jeta encore ses dernières lueurs , lorsque dans les rangs des Grecs retentit encore une fois le cri de guerre : Liberté, Patrie, l'une et l'autre furent foulées aux pieds par la phalange victorieuse dans les plaines sanglantes de Chéronée (l'an 3646).
C'est de cette catastrophe que date la domination de la Macédoine , à Thistoire de laquelle se lie maintenant celle de la Grèce.