‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'an 1832Chapitre 18 sur 30 · HISTOIRE DE LA MACÉDOINE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA MACÉDOINE

Histoire des temps les plus anciens.

Les ténèbres de l'antiquité couvrent l'origine de la Macédoine, ainsi que delà Thrace qui l'avoisine* I-a civilisation qui y fut très précoce, car Orphée naquit dans la Thrace , se perdit et ces pays restèrent ensuite pendant plusieurs siècles plongés dans la barbarie. Plusieurs historiens prétendent qu'il y eut jusqu'à cent cinquante peuples établis en Macédoine lorsque l'Héraclide Caranus, venud'Argos, s'établit à Edessa (l'an 3i 70). D'après la tradition , ses conquêtes formèrent le commencement d'un royaume qui reçut, déjà sous Perdiccas, son arrière-petit-fils (l'an 3271), un accroissement considérable*, et qui subsista pendant 65o ans, jusqu'à la domination des Romains. Darius Hy staspe, dans son expédition contre les Scythes, soumit la Macéd o ine et U Thrace. Ces deux pays recouvrèrent la liberté par les victoires des Grecs qui contribuèrent à l'accroissement de leur population et de leur prospérité. Perdiccas II prit sagement part (l'an 3548) à la guerre du Péloponnèse contre Athènes. Les tragé-

dies d'Euripide furent représentées (l'an 357 0 ^ '^ cour d' A r c hél aus. Peu-à*peu le pays sortit de Fétat de barbarie ; on fonda des villes , on construisit de grandes routes et l'agriculture cotnmença à fleurir. Mais dans la suite la Macédoine fut désolée par de longues guerres civiles , principalement sous les fils d' A m y n tas II (l'an 3Bi4). Les Illy riens ) les Thraces, lesAtbéniens, les Thébains prirent part à ces guerres; Pélopidas emmena Philippe, le plus jeune des princes de Macédoine , comme otage à Tbèbes. Celui-ci y après la mort de ses deux frères aines et lors de l'apparition d'autres concurrents au trône , s'écbappa de Thébes, fut nommé par les Macédoniens tuteur de son neveu Amyntas III encore mineur , et bientôt ensuite les circonstances exigeant que les rênes de l'état passassent aux mains d'un prince plus énergique , Philippe fut déclaré roi (l'an 3625).

Philippe IL

Lorsque Philippe monta sur le trône , la Macédoine était dans un bouleversement complet , déchirée par les factions y en butte au mépris et à l'avidité des états voisins. Vingt ans après plus florissante que jamais , une vigueiu* nouvelle lui avait rendu la prospérité. Sa domination s'étendait au loin sur les nations barbares depuis la mer adriatique jusqu'à la mer-noire et depuis les montagnesde l'Hémus jusqu'aux bords de l'Ister. Le grand-roi de Perse qui jadis comptait la Macédoine au

nombre de ses plus fkibles tributaires , ne vit pas sans inquiétude Faccroissement rapide de cette puissance. Les Tb races , les Illyriens et les Dardanien s que Philippe vainquit les premiers , contribuèrent aux autres conquêtes de ce monarque en faisant marcher leur jeunesse avec ses armées. Ce fut pour lui une acquisition précieuse que le pays situé entre le Strymon et le Nés tus, dont les mines, dansles entrailles du Moii t- Pangée , lui rapportaient annuellement mille talents. Mais toutes ces conquêtes , ainsi que celle des côtes et des villes maritimes Amphipo lis, Pydna, Potidée, et de la puissante 0 1 y n t he ne furent que les préparatifs • de Texécution de son projet favori , celui d'asservir la Grèce.

Le peuple grec était bien déchu de son ancienne gloire. Il n'y avait plus chez lui ni esprit national , ni amour de la patrie. L'austérité républicaine était dégénérée en niollesse et en sensualité ; le vil égoïsme avait remplacé le zélé pour le bien public ; les discordes civiles avaient épuisé les forces les plus précieuses. Les Grecs ne avaient plus être libres, ni indépendants, parce qu'ils ne méritaient plus de l'être. Néanmoins l'asservissement de ce peuple était une entreprise gigantesque pour le roi de Macédoine, dont les ancêtres tenaient à honneur d'être inscrits dans les registres des citoyens d'Athènes, et dont le trône avait, pendant un assez long temps, entièrement dépendu de Thêbes. L'impression que l'amour de la patrie ne faisait plus

sur Famé des Grecs , pouvait encore être produite par des causes moins nobles , par des intérêts personnels ; l'éloquence irrésistible d'un Démosthènes pouvait entraîner à des résolutions mâles les esprits les plus indolents, un moment de concorde aurait suffi à ce peuple pour abattre la puissance naissante delà Macédoine. Philippe n'eut rien de plus à coeur que de prévenir ce moment si redoutable , et le succès de ses efforts fut le triomphe de sa politique adroite , de sa persévérance et de saprofonde dissimulation. Pour détourner de lui les effets du préjugé défavorable dont les Grecs étaient imbus con|re tout ce qui était désigné sous le nom de barbare , il adopta leurs mœurs et leur langue et se fit passer pour H ell è n e ; il se fit des partisans dans toutes les villes , surtout parmi les orateurs du peuple , en les gagnant par des adulations ou des largesses , ou par des em*prunts qu'il faisait dans le dessein de confondre leurs intérêts particuliers avec les siens. Il sema les dé* fiances et la discorde entre les peuples , contenant les uns par des promesses et la concession de quelques avantages peu importants , engageant les iutres dans des guerres intestines ; et son apparente modération , leur donnant le change , les endormit dans l'illusion de la sécurité. Il affectait de ne prendre part aux affaires publiques de la Grèce qu'autant qu'il était appelé à jouer le rôle de médiateur, de protecteur ou d'exécuteur de la volonté des peuples.

C'est ainsi que les principaux de la Thessalie, les

A lu ad es, réclamèrent son assistance contre Lycophron, tyran de Phère, Philippe le battit (l'an 363a) , et commanda ensuite en maître dans la Théssalie. Bientôt après les Thébains implorèrent son secours contre les Phocéens , et lui ouvrirent par là les portes de la Grèce.

Cette guerre, appelée guerre sainte parce qu'elle se faisait dans les intérêts d'un dieu , accéléra la ruine de la Grèce* Les Thébains , par suite d'une ancienne haine, avaient fait condamner, par le tribunal des Amphictyons, les Phocéens à une amende considérable, pour avoir fait passer la charrue sur un terrain consacré à Apollon , et avaient réduit par là ces derniers à la résolution désespérée de piller les trésors du temple de Delphes , pour avoir les moyens de faire une vigoureuse résistance. Cette guerre , allumée par le fanatisme, dura dix ans. Athènes et Sparte combattirent pour les Phocéens, dont le courage était enflammé par trois frères, Philoméle, Onomarquc et Phay llus , qui les commandèrent successivement et qui moururent tous trois de la mort des héros. Thèbes , épuisée, sollicita l'assistance de Philippe qui épiait cette occasion ; il la saisit, défît les Phocéens, et obtint pour récompense , outre la réputation de prince religieux , les deux suffrages que le peuple sacrilège avait précédemment dans le conseil des Amphictyons, et qui lui donnèrent une influence légale dans les affaires de la Grèce (l'an 364o).

Cependant deux grands hommes contrariaient tes desseins, c'étaient Démosthènes etPhocion; le premier par Tenthousiâsme que ses discours inspiraient au peuple j par la sagacité qui lui faisait pénétrer les desseins de Philippe , et la persévérance avec laquelle il les traversait ; le second , le sauveur de Périnthe et de Bysance , par ses talents militaires et ses vertus dignes de Fancienne Grèce.

Une seconde guerre sainte amena enfin la catastrophe finale. Les Locriens d'Amphisse, qui s'étaient emparés du port de C ir rha , revendiqué par les prêtres du temple de Delphes, furent dé<;larés proscrits par les Amphictyons. Philippe fut chargé de faire exécuter la sentence. Il déboucha par le défilé des Thermo* pyles et, jugeant la dissimulation désormais inutile, s'empara de la grande et forte ville d'El até e. Les Grecs ouvrirent alors les yeux et reconnurent le danger. -^ Thèbes et Athènes, entraînées par l'éloquence irré* sistible de Démosthènes , s'allièrent alors malgré leur haine réciproque. LesAchéens, les Corinthiens et d'autres peuples prirent aussi les armes pour la défense de la liberté. Ce fut le dernier élan du patriotisme. Les armées ennemies se rencontrèrent près de Chéronée en Béotie (l'an 3646). I^ bataille fut sanglante. Le sang froid de Philippe l'emporta sur la bouillante impétuosité des Grecs. La liberté de la Grèce reçut le dernier coup. I^ modération du roi acheva de soumettre les Grecs. Thèbes seule fut traitée avec rigueur; Athènes

dbtint des conditions de paix favorables. Les députés de toutes les villes fiirent appelés à Gorinthe pour y recevoir la loi du vainqueur.

C'en était £aiit, toute résistance ultérieure paraissait impossible. Les partisans des Macédoniens triomphaient partout ; les patriotes , réduits au silence , ne fondaient plus leurs espérances que sur un avenir éloigné, et la multitude, abattue, et découragée, attendait son salut de la clémence du vainqueur. Cependant Philippe n^osait encore se donjier le titre de roi de la Grèce , sachant bien que le peuple tient plus au nom et à la forme, qu'à la chose même. Mais il se fit nommer, dans l'assemblée générale de Corinthe, Généralissime des armées grecques contre les P e r s es , objets de la haine héréditaire de la nation. Sparte seule n'avait point envoyé de députés à cette assemblée.

Les armées étaient déjà rassemblées ; la cour de Suse tremblait déjà , lorsque le destin en ordonna autrement. Philippe, au milieu des réjouissances d'une fête consacrée à une réconciliation , entouré de ses proches , de ses amis , de ses favoris et de ses serviteurs , mourut frappé d'un fer assassin que sa propre épouse avait mis entre les mais du meurtrier et que son fils ne détourna pas (l'an 3648).

Jlexandre le Grand.

Ce fils Alexandre, sur qui plane pour le moins le soupçon de participation à l'assassinat dont son père

Philippe périt victime, avait, dès sa tendre jeunesse ^ attiré sur lui l'attention des peuples par son ambition précoce et son ardeur pour la gloirequi se manifestaient dans ses discours et ses actions. Son père lui-même, lisant dans Favenir , lui avait un jour conseillé d'aller conquérir quelque autre royaume , la Macédoine étant trop petite pour lui, et les larmes quele jeune Alexandre répandit à la nouvellç des victoires de son père , et en exprimant la crainte de neplus trouver de conquêtes à faire , présagèrent dès lors aux peuples les torrents de larmes et de sang que leur coûterait un jour sa grandeur future. La mort de Philippe parut aux nations vaincues le signal du retour de la liberté; elles reprirent les armes pour secouer le joug o<lieux de la Macédoine.

Dans cette extrémité quelques conseillers d'Alexandre lui proposèrent de détourner l'orage par la modération et l'indulgence ; mais le héros , sentant l'importance du moment, rejeta les conseils de la pusillanimité et résolut de paraliser séparément , par une agression subite , les efforts de^ peuples rebelles, sans* leur laisser le temps de se réunir. Il se mit donc soudain en marche , à la tête des siens, répandit l'effroi partout, renversant tous les obstacles , faisant main-basse sur tous ceux qui osaient résister, et usant de clémence envers les repentans. Les descendans des vainqueurs de Marathon et de Platée achetèrent alors leur pardon par la soumission. Ils s'estimèrent heureux qu'Alexandre, à l'exemple de son père , daignât se contenter du titre de généralis-

^im e des Grecs contre les Perses. Mais après la pacification de la Grèce, le roi, ayant entrepris une expédition lointaine pour aller soumettre .des peuples barbares, une noinrelle sédition éclata en Grèce, et principalement à Thèbes. Le retour subit et imprévu d'Alexandre et la prise de T h èbes y mirent bientôt ûù ; pour statuer un exemple , le vainqueur fit détruire , au son d'une musique guerrière, cette ville infortunée, dont tous les babitans , à l'exception de la famille de Pindare , furent passés ^u fil de Tépée ou vendus comme esclaves.

Dès lors la servile adulation ne connut plus de bornes ; Alexandre fut élu de nouveau généralissime aux acclamations de joie de tout le peuple, et le théâtre des scènes sanglantes s'ouvrit.

Les dispositions défensives des Perses furent faibles et sans ensemble ; au lieu de défendre l'Hellespont, ils prirent position au Granique (l'an 365o), et furent aisément forcés par l'impétuosité de la première attaque du héros macédonien. L'Asîe-mineure fut le prix de cette victoire , et l'arm'ée du vainqueur eut un renfort important dans la flotte qu'équipèrent les villes d'I'b n i e.

Entraîné par la fatalité de son étoile, Darius avait conduit toutes les forces de la Perse dans les d é f i 1 é s d e Cilicie, oubliant les désastres de Marathon et de Sa* lamine, occasionnés par le rassemblement d'un trop grand nombre de troupes dans un étroit espace. Son armée fut entièrement défaite ; il abandonna au vain-» queur son camp , ses trésors et sa famille , et s'enfuit.

accablé de douleur et de confusion , dans Tintérieur de son royaume.

Alexandre continua sa marche à travers les contrées florissantes de la Syrie ; delà Phénicie, delà Palestinejusqu*aux£rontièresde l'Egypte, Tyr seule, cette reine de la mer, qui florissait sous le gouvernement modéré de la Perse , forte par sa position au milieu de la mer et par sa marine, osa résister. Sa conquête, après sept mois de combats sanglants , fut le triomphe de l'art militaire et le prix d'une persévérance infatigable ; mais le sort affreux que subirent cette malheureuse ville et ses généreux habitans , est peut-être la tache la plus ineffaçable des pages sanglantes de l'histoire d'Alexandre.

Les sacrifices immenses que Darius offrit alors pour obtenir la paix , furent rejetés avec dédain par l'arrogant vainqueur , et après la conquéle de G a z a les Egyptiens, de tout temps odieux aux Perses, furent soumis sans beaucoup d'efforts (l'an 365a ). Alexandre, affrontant les fatigues et les dangers, parcourut ensuite les sables de la Libye jusqu'au grand Oasis où se trouvait It temple de Jupiter Ammon, et les prêtres le déclarèrent fils de ce dieu (l'an 3653).

Après avoir érigé le plus magnifique monument à sa gloire, en faisant construire Alexandrie, l'insatiable conquérant quitta l'Egypte pour passer dans l'Asiecentrale. Ce fut dans les plaines d'Arbelles que fiit porté le coup décisif, dont il était facile de prévoir le résultat (l'an 3654)* Néanmoins on ne saurait mécon-

naître les décrets du destin dans les rerers qui accablèt*ent Darius , de même que dans la catattrophe qui en combla la mesure. Les pays au centre de la Perse , la majestueuse Babylone, et Suse qui renfermait les trésors de l'Asie, et même Persépolis, vénérable par son antiquité , tombèrent au pouvoir du vainqueur , qui avait franchi de vive force tous les passages à travers les montagnes. Ce fut là qu'à l'instigation de Thaïs, courtisanne athénienne , Alexandre fit détruire par le feu le monument le plus sacré de la nation perse. *

La conquête rapide des provinces du nord (la Méd i e, la Parthide, l'Hyrcanie, la Margiane et l'Arie), où Darius s'était réfiigié après sa défaite, prouva qu'Alexandre savait non seulement vaincre , mais encore profiter de la victoire. Darius périt d'une manière cruelle , victime de la trahison de Bessus. Ce fut la diligence avec laquelle Alexandre pressait sa marche, qui hâta l'exé» cution de cet affreux complot. La poursuite de Bessus ou ArtaxerxelV, nom que s'était donné l'usurpateur, et son châtiment (l'an 3636) furent l'effet de la politique et de la haine d'Alexandre , et non pas de son équités Alexandre était non seulement usurpateur lui-même, mais il était encore souillé de meurtres ; il avait assisté au supplice de Philotas et fait assassiner Parménion, son serviteur et son plus fidèle ami. Bientôt après il tua de sa propre main Clitus, son frère de lait, qui lui avait sauvé la vie *). Ce dernier crime peut être atténué en

*) k la bataille da Granique. CNote du trad.J

alléguant la chaleur du vin et le courroux excité par l'insolence de Clitus ; mais le supplice deCallisthène*) ( 3657) , pour avoir refusé au vainqueur les honneurs de la divinité , est un forfait à jamais exécrable.

L'ambition d'effacer la gloire des anciens héros dont la tradition rapporte les exploits dans les Indes , détermina Alexandre à porter ses armes dans ces régions lointaines. Après avoir soumis les Evergétes, les Arachosiens, puis les Baôtriens, les Sogdiens et les montagnards de la chaîne du Paropamisus, il pénétra avec ses, colonnes macédoniennes , depuis long-tem|>s fatiguées de la guerre , dans les contrées populeuses de l'Inde septentrionale (Panjab). Les habitans, ancêtres des Seiks et des Mahrattes actuels, étaient de la caste guerrière indienne , ce qui explique la valeur avec laquelle ils se défendirent. L'alliance du roi Taxile JPavorisa néanmoins les progrès d'Alexandre. Il passa rindus**), puis rHydaspe(Behat ou Chelum), battit le vaillant Porus dont il gagna ensuite 1 amitié, traversa Iç grand fleuve Acesines (Tchenab, Schenaub) et l'Hydraotes (Rauvi) jusqu'à l'Hyphase (Bej ah) , près de la ligne de démarcation qui sépare les territoires de l'Indus et du Gange. Il convoitait déjà les trésors de l'Inde au delà de ce fleuve, lorsque son

*) Aristobule prétend cependant qu'il ne fut que charge de fers et qu'il mourut de sa mort naturelle.

**} Aujourdliui le Sind. (Dict. gëogr. nniv.)

Notei^ du tmdttct.

armée I refusant avec fermeté de marcher plu$ loio , le contraignit y malgré lui (l'an 3658), à la retraite qu'il commença en traversant le pays des Malliens (Mol*tân, Multaun) jusqu'à l'Hydaspes sur lequel il s'embarqua , et continuant sa routé par eau sur l'A cesines et ensuite sur Tlnd us jusqu'à l'Océan, il fournit toutes les nations sur les deux rives. Ayant alors quitté sa flotte qui, sous le commandement deN éar que, fit le trajet depuis l'embouchure de l'Indus jusqu'au Golfe persique , il passa avec ses troupes de terre à travers les déserts sablonneux de la Gédrosieetde la Carmanie, dans la Perside et delà à Babylone. Les trois quarts de ses troupes succombèrent à la famine et aux maladies contagieuses. Oubliant ensuite les dangers et les maux passés , le conquérant du monde déshonora soh expédition par des orgies et des débauches continuelles.

Alexandre donna dans Babylone audience aux députés et aux gouverneurs des provinces, ainsi qu'aux ambassadeurs des peuples éloignés , réforma , comme il avait fait aussi dans sa marche , de nombreux abu^ dans l'administration, décerna des récompenses, infligea des punitions et médita de vastes projets autant pour organiser son royaume que pour en reculer les bornes.

Oii ne sait pas précisément quels furent ces projets ; on y reconnaît cependant l'intention de réunir toutes les diverses parties de son immense royaume et d'en faire un ensemble cohérent et durable.

Les arts , les sciences et la politesse de la Grèce de-

vaient se transplanter aux rives de F I n dus et de TOxus et dans les bois de la Hyreanie^ et pour soutenir ce grand édifice , les Grecs et les Macédoniens devaient apprendre à obéir comme les Perses. IjSl capitale du grand empire devait être l'antique Babylone , cette ville majestueuse qui y par sa position au milieu du monde alors connu , serait devenue le centre du commerce par tçrre et par mer avec les peuples les plus éloignés.

Mais ces bienfaits de la civilisation , du bien-être public et de la propagation des lumières ne devaient pas être circonscrits dans la périphérie d'un seul empire , quelque grand d'ailleurs qu'il fût ; tous les peuples de la terre devaient être appelés à y participer. C'était en donnant au commerce la plus grande extension possible, c'était plus efficacement encore par la force des armes et par les conquêtes que ce grand projet devait être réalisé et qu'Alexandre devait devenir maître du monde.

C'est dans ce dessein qu'Alexandre , méditant d'abord la conquête de l'Arabie qui.aurait arrondi ses états , projetait vraisemblablement de faire sortir du Golfe arabique une flotte puissante qui, naviguant sur la même route qu'avaient jadis suivie des pilotes phéniciens envoyés par Néchus , aurait fait le tour de l'Afrique, et en aurait vaincu toutes les nations; puis rentrant dans la Méditerranée, par le détroit de Gades, aurait soumis les peuples des côtes, principalement les Carthaginois et les Romains, et serait finalement

revenu par l'occident dans sa patrie qu'dle avait quittée en mettant à la voile à l'orient.

M^ij le de^in en avait ordpnné autrement. I^ hér ros macédonien mourut à l'âge de trente^deux ans des suites de l'ivrognerie ou du poison ^ ou de l'épuisement, et l'édifice commencé de.ses ûfnmenses travaux s'écroula par de violentes secousses.

Démembrement de Vempire d Alexandre,

Après la moi^t d'Alexandre le Grand toutes les provinces de son vaste empire furent pendant trente-trois ans un théâtre de désordres et de scènes sanglantes. A l'exception de quelques mouvements dans la Grèce , et de l'affection du peuple babylonien pour Seleucus, l'histoire , pendant ce long intervalle , n'offre rien qui intéresse les peuples en général. Elle ne nous présente que l'affligeant tableau de généraux et de soldats qui se disputent entr'eux la possession de quelques troupeaux d'esclaves sans maîtres , et qui s'entre-déchirent y ainsi que les troupeaux eux-mêmes y dans leur fureur insensée. U y a peu de périodes aussi déplorables dans l'histoire.

Alexandre avait laissé après lui une nombreuse parenté collatérale , outre sa mère Olympias , et quelques veuves y et entre ces dernières Roxanequi donna le jour à un fils posthume, Alexandre Egée. Aucun des membres de cette Êimille n'était propre à s'emparer des rênes de l'empire dans des temps si désastreux. Le seul

lien qui unit encore les états d'Alexandre c'était Tarmée; mais c^le-ci était entièrement dévouée a ses généraux qui j sûrs de leur autorité j Vlédaigpaî^nt d'obéir à des princes encore enfans ou dépourvus de génie, ou à des femmes. Le partage de l'empire devint donc inévitable. Mais comment ce partage aurait-il pu se faire entre ces hommes puissants, dominés par la passion , l'ambition et habitués à ne reconnaître d'autre autorité que la force des armes ? C'est pourquoi , bien que dans les commencements , par une défiance réciproque ou par quelque considération pour la maison royale d'Alexandre, ses parents portassent encore le titre de roi et que les généraux n'eussent que celui de gouverneur des provinces, les guerres les plus sanglantes ne tardèrent pas à éclater, et tous les parents d'Alexandre périrent sous le fer des assassins ou des bourreaux, comme si le destin les eût désignés pour victimes expiatoires des fautes du chef de la famille.

Les généraux les plus distingués d'Alexandre furent. Perdiccas Antipater et sonfils Cassandre, Ptolémée, Seleucus, Lysimaque, Antigone etsonfik Démétrius, et Eumènes.

Perdiccas , à qiû Alexandre avait remis en mourant son anneau royal , fut d'abord , par une convention commune , élu administrateur du royaume. Philippe Arrhidée, frère d'Alexandre , d'un autre lit , qui plus tard épousa Eurydice, devait devenir roi conjointement avec le fils nouveau-né de Roxane. Les provinces

furent assignées aux généraux. Mais bientôt éclata la guerre civile, et Perdiccas périt assassiné par ses propres soldats (3662).

Antipàter à qui Alexandre avait déjà confié le gouvernement des provinces européennes, fut nommé (l'an 3663) en remplacement de Perdiccas. Ce chef éclairé mourut dans la même année , et par une disposition tes^ tamentaire il chargea de la tutèle des rois son frère d'armes Pirfjsperchon, au lieu de son fik Cas sandre dont il redoutait le caractère enclin à toutes sortes de passions. Mais Cassandrese déclara l'ennemilde Poly» perchon et d'Olympias accourue au secours de ce dernier. Philippe Arrhidée et son épouse Eurydice épousèrent ses intérêts ; Olympia s les vainquit et les fit mourir ; mais elle fut elle-même mise à mort par Cassandre (l'an 3668) , qui plus tard ifit périr le jeune pupille Alexandre et sa mère Roxane.

Antigone , delà race des Téménides, eut en partage l'Asie-mineure. Son ambition ne se lassait point d'employer la force des armes et l'artifice pour étendre sa domination. 11 vainquit d'abord Eumènes , le seul partisan de la race d'Alexandre , et le fit égorger. Il passa ensuite dans la province de Babylone que Seleucus gouvernait ; celui-ci alla se réfugier sous la protection de Ptolémée, gouverneur d'Egypte, qu'il détermina à former une ligue contre Antigone avec Cassandre en Macédoine et Lysimaque en Thrace. Une guerre sanglante désola ces pays pendant plusieurs années.

Ptolémée remporta une grande victoire y et Seleueus , secondé par Tamour de son peuple , r^rit Babylone(ran 3672). Cependant An ti go ne conserva Tavantage j par sa valeur et ses talents militaires et par ceux de son fils Démétrius (Poliorcètes, preneur de villes) y et dicta (Tan 3673) les conditions d'une paix qui le maintint dans la plus grande partie de ses con* quêtes. Cependant , bientôt après éclata une nouvelle guerre dans laquelle Antigone et Démétrius remportèrent, au commencement, des victoires brillantes, mais furent enfin complètement défaits par leurs ennemis coalisés (Pan 3683) près d'Ipsus, petite ville de Phrygie. Le valeureux , mais sauvage et insatiable Anti* gone , yieillard de 84 ans , perdft dans cette bataille la souveraineté de f Asie et la vie, Démétrius s'enfuit en Grèce , pour sauver les débris de sa puissance. Les généraux victorieux se partagèrent le butin et, prenant tous à la fois (à l'exception de Cassandre) le titre de roi , firent disparaître jusqu'à l'apparence d'une union entre les états d'Alexandre. Les masses séparées se constituèrent en royaumes indépendants qui cependant, malgré ladiversité nationale des sujets , formèrent un seul système d'états , lié$ ensemble par l'origine des maisons qui les gouvernaient, par le maintien des mo^rs macédoniennes et de quelques traits principaux du système de gouvernement et par lenrs relations réciproques pendant la guerre et pendant la paix.

Nom^eaux royaumes.

Parmi ceux-ci nous comptons principalement : i ) La Macédoine et la Grèce qui se trouvaient encore dans une connexion particulière, de manière que leur histoire ne peut être rapportée séparément, a) Le grand royaume de Syrie, fondé par Seleucus (appelé Nicator , pour ses nombreuses victoires) , et qui contient la majeure partie des pays qui formaient l'ancien empire des Perses. I^Parthie et la nouvelle Judée en sont des parties détachées. 3) Le royaume d'Egypte qui fut fondé par Ptolémée Lagi et dont la durée surpassa celle de tous les autres. 4) Plusieurs autres royaumes moins étendus, surtout dans TAsie-mineure , M'histoire desquels sera annexée celle de quelques états voi*» tins, qui s'y rattache en raison de leur commun asservissement à la domination de Rome.

L ta XiùwAU MaitWxxu ri la ^xttt.

Jntip€Uer. Revers de la Macédome*

Quelque sage qu'eût été la politique de Philippe et d'Alexandre en traitant les Grecs avec plus d'égards et de ménagements que tous les autres peuples vaincus, et en leur laissant les noms et les formes de leurs anciennes constitutions, les Grecs n'en ressentaient pas moins douloureusement la perte de leur indépendance , et la plupart nourrissaient au fond du cœur une haine impla-

cable contre la domination étrangère* Ix>rsqii' Alexandre, à la tête de son armée victorieuse, pénétra dans Tintérieur de l'Asie, il fit prisonniers les députés de la Grèce chargés de négocier une alliance avec Darius , et bientôt après il fut instruit d'une sédition qui venait d'éclater dans le Péloponnèse. Agis II , bercé des songes de son ancienne grandeur, avait osé entrer dans la lice contre Antipater qu'Alexandre avait établi gouverneur des provinces européennes ; mais ses troupes péloponnésiennes , ramassées à la hâte , furent dispersées près de Mégalopolis, et Agis fut tué. Les esprits fermentaient en secret dans les villes de la Grèce. Le ressentiment des outrages reçus semblait avoir ranimé quelques étincelles de l'ancien esprit national. La multitude se prononçait presque de toutes parts pour la liberté ; les citoyens riches et les ptns distingués penchaient pour la Macédoine , ou du moins pour la modération et la résignation aux circonstances du moment, Tout-à*coup se répandit le bruit de la mort d'Alexandre , et les Grecs , dans un élan unanime d'enthousiasme, courent aux armes. La Béotie et Sparte, encore affaiblies de leurs pertes récentes , ainsi que l'Achaïe etl'Argolide, contenues par des garnisons macédoniennes, furent les seuls états grecs qui restèrent dans l'inaction. I^es discours de Démosthènes retentirent de toutes parts et attisèrent l'incendie. — C'était Athènes qui prédominait alors parmi les autres états; Léosthènes eut le commandement en chef des

troupes. Les tenips.de Théinistocle semblaient revenus. Antipater accourut avec toutes les forces qu'il put rassembler ; il fut battu , puis assiégé dans Lamia. Léonnatus, survenu d'Asie avec une armée auxiliaire , perdit la bataille et la vie (ran3662). Mais au milieu des acclamations de joie dont retentissait A thèn es, Phocion , plus clairvoyant , prédit des revers.

Léosthén es avait aussi perdu la vie devant les murs de Lamia y et Cratérus était venu avec de grandes forces au secours de cette ville. Les Grecs essuyèrent une défaite sanglante y et Antipater, aussi artificieux que vaillant , sut dissoudre la ligue et dicta séparément à chaque république des conditions de paix ou de soumission. Ce fut principalement Athènes, qu'à l'exemple de Lysandre, il força de rentrer sous le gouvernement aristocratique , et de lui livrer les che& du parti populaire. Démosthènes qui était du nombre de ces derniers , ayant été atteint dans sa fuite , se donna la mort, en digne orateur de la liberté. Phoi ci on , négociateur de cette paix , fut mis à la tête du gouvernement.

La mort d' Antipater fut le signal de nouveaux combats. Polysperchon , son successeur , voyant que les autorités aristocratiques penchaient la plupart en faveur de Gassand r e , fils d'Antipater , se déclara pour le parti démocratique qui, luttant contre maint orage, prévalait alors dans beaucoup de villes , entr'autres à

Athènes où le généreux Phocion devint la victime de la fureur du peuple (l'an 3366).

Le triomphe des démocrates ne fut pas de durée. Cassandre , supérieur à Polysperchon , a£fenfnit son ai>torité en épousant Thessalonice, sœur d'Alexandre le Grand. Dans toutes les villes de son obéissance il retira le pouvoir des mains de la multitude j et confia le gouvernement d'Athènes au sage et généreux Démétrius de Pbalère, qui s'en acquitta si dignement que les dix aïinées de son administration forment peut-être la plus heureuse période de l'histoire d'Athènes.

Mais la paix conclue en 36^3 qui assurait la liberté aux villes grecques, occasionna ime nouvelle révolution. Chacun voulait délivrer la Grèce , pour y gouverner lui-même. Démétrius (Ppliorcètes) prévint tous les autres , parut devant Athènes, fut appelé Dieu Sauveur, et Démétrius de Phalère, le meilleur de tous les gouvernans , à qui l'adulation avait érigé troisKîehts statues , n'échappa que par la fuite à nùe mort ignominieuse.

Après la bataille d'Ipsus , Athènes ferma ses portes à ce même Démétrius (Poliorcètes) qu'on venait de pro* clamer généralissime de la Grèce qu'il avait délivrée. Cette ville fîit prise par lui, et se détacha encore de son parti ; vicissitudes qui ne peuvent s'expliquer que par la lutte de deux factions dans une même ville.

Pendant ce temps la Macédoine était en proie aux

maux de la guerre civile et de là guerre à réxtérieu^. Cassa nd re était mort trois ans après la bataille dlpsus (l'an 3686) , et son fils aîné , Philippe I ^ j^resqu'immédiatement après. Ses deux autres fils, Antipater çt Alexandre, se disputèrent la couronne. Leur mère Thessalonice, seul rejeton de la race d'Alexandre, périt par le fer d'Antipater ! Le parricide trouva bientôt ïa mort lui-même à la cour de Lysimaque (en Thrace), où il s'était réfugié. Alexandre implora l'assistance de deux princes avides de conquêtes , Pyrrhus, prince d'Epire, et DémétriusPoliorcètes, Il obtint le secours demandé , mais il fut assassiné par ce dernier ( l'an 3690 ). La race d'Antipater étant alors éteinte, Démétrius , qui y était apparenté du côté de son épouse et qui en outre était de la race des Téménides , obtint la couronne de Macédoine.

Démétrius , que son malheur n'avait pas rendu plus sage , se prépara à de nouvelles conquêtes et perdit la Macédoine. Dans son désespoir il tenta une invasion dans l'Asle-mineure, et fut contraint par Seleucus, son gendre , de se rendre prisonnier. Au bout de trois ans d'une captivité assez douce il mourut (l'an 3699). L'histoire offre peu de princes dont le caractère et la destinée inspirent tant d'intérêt.

Lysimaque et Pyrrhus se disputèrent la Macédoine. Le premier l'emporta. Mais par suite de discordes domestiques auxquelles SeleucusNi cator prit part , la guerre éclata entre ce dernier et Lysimaque ; les

deux seuls généraux d'Alexandre qui fussent encore en vie, l'un âgé de 77 ans, et l'autre de 80, se livrèrent (l'an 370a) dans les plaines de Corupédion une bataille sanglante que Lysimaque perdit avec la vie. Seleucus, au moment de joindre à la domination de l'Asie la couronne de Macédoine , fîit assassiné parPtolémée Céraunus, prince d'Egypte.

Ce dernier périt , deux ans après , dans une bataille contre une multitude immense de Gaulois qui avaient envahi le pays sous la conduite de Belgius. Un autre corps de Gaulois était commandé par Br en nu s. Us répandirent partout l'efïroi et la dévastation. On ignore quelle fut la raison d'une émigration aussi considérable. Les Gaulois , après de nouvelles victoires , et chargés d'un riche butin , dirigèrent leur marche vers la Grèce et pénétrèrent toujours en combattant jusqu'à Delphes où les Grecs , animés par l'enthousiasme politique et religieux , les défirent si complètement (l'an 3708), que Brennus et plusieurs autres chefs de son armée , dans la fureur du désespoir , se donnèrent la mort. Les restes de l'armée gauloise passèrent en Thrace , et de là dans l'Asie-mineure où ils s'établirent et donnèrent au pays le nom de Galatie.

Antigone Gonaius et sa maison.

• An tigone, prince plein de mérite, fils de Démétrius Poliorcète , né à Gonni , s'assit alors sur le trône de Macédoine. Ce pays, épuisé par de longs malheurs et des

pertes récentes ^ le reçut (Fao 8706) comme un libérateur. Il eut cependant des combats à soutenir contre Pyrrhus et Alexand re, fils de ce dernier. Il fut chassé deux fois , mais il revint et se maintint sur le trône jusqu'à sa mort. Ce fîit un prince digne d'éloges , le restaurateur du royaume et le père de la race de tous les rois qui lui succédèrent.

Démétrius II (l'an 3']^^)^ puis son cousin Antigone n Doson (l'an 3752), ensuite le fils de Démétriu» Philippe n (l'an 3763), et enfin Persée (l'an 38o6), sont les rois dont le régne forme la troisième période de l'histoire de Macédoine, en comptant là première depuisCaran us jusqu'à Alexandre le Grand, etla secondedepuis ce dernier jusqu'à AntigoneGonatus. Les songes chimériques d'empire du monde s'étaient évanouis, l'empire de Macédoine était redevenu un royaume ordinaire qui ne reprit tine nouvelle consistance qu'après une longue série des plus cruels embarras. De même qu'autrefois , la Macédoine se trouva engagée dans des querelles peu glorieuses avec les barbares du voisinage , et la Grèce, prix des exploits de Philippe le Grand-, fut pour la seconde fois le seul but auquelle elle aspirait ; mais lorsque par les mêmes moyens , c'est-à-dire par la politique et la guerre, elle fut sur le point de l'atteindre, les armes romaines lui enlevèrent les fruits de ses efforts et renversèrent son trône.

Ligues des Achéens tt dès Stôlieru, Tel fat aussi le sort que subit , presque dans le même temps, la Grèce qui, après de longues traverses, commençait enfin , par le concours de circonstances favorables et sous le gouvernement de quelques grands hommes , à jouir d'un retour de prospérité. Les ligues que formèrent alors les Achéens et les Etoliens sont une des époques les plus intéressantes de l'histoire de la Grèce. - Il avait déjà existé , dans les anciens temps de la liberté , des confédérations entre les Etoliens de même qu'entre les Achéens. Mais les premières à cause de l'état de barbarie des Etoliens, et les autres à cause de l'impuissance des Achéens , ne pouvaient guère obtenir de résultats sensibles dans les conjonctures prospères des principales républiques de la Grèce. Sous la domination macédonienne tous les états grecs étaient condamnés à un égal degré d'abaissement. Beaucoup de villes étaient gouvernées par de petits tyrans. Alors quatre villes des douze anciennes villes de l'Achaïe renouvelèrent (Tan 3698) la confédération qu'avait rompue le malheur des temps. Cet ouvrage dont les bases étaient la concorde , l'égalité et l'amour de la liberté , prit croissance et force. Les autres villes de l'Achaïe s'étant jointes à la ligue , Aratus y fit accéder (l'an 3733) Sycion sa ville natale qu'il avait affranchie du joug de son tyran , l'importante Corinthe d'où il avait chassé la garnison macédonienne , Mégare , ville voisine , et même Athènes , l'ornement de la Grèce , et

comolida cette alliance en y faisant participer plusieurs autres villes , la plupart péloponnésiennes , dont il vainquit les tyrans , soit par ses armes , soit par ses artifices^

Les villes' étoliennes s'étaient fait un nom dans la guerre contre les Gaulois; elles resserrèrent ensuite les liens de leur ancienne alliance à laquelle elles donnèrent plus d'extension. Ce peuple grossier qui ne savait que combattre et piller, et dont, malgré son origine grecque , les moeurs étaient vraiment barbares , acquit par là de la puissance et de l'influence. Une basse jalousie alluma la haine entre la ligue des Achéens et celle des £toliens , et la grossière simplicité de cette dernière nation la mit à la merci d'une politique étrangère plus subtile.

'sparte qu'une révolution intérieure avait ranimée , se déclara aussi contre la ligue achéeiine- Cette ville conservait encore les formes de la législation de Lycurgue , mais elle en avait perdu Tesprit : en outre la puissance des éphores était dégénérée en oligarchie. Le jeune roi Agis III, dernier de la race des Eurytionides^ tenta l'entreprise dangereuse d'une réforme, espérant relever la grandeiu* de Sparte après en avoir rétabli les bases. La tentative échoua. Agis fut saisi par ordre des éphores , jeté eh prison et étranglé.

MaislefilsdeLéonidas, son ennemi, CléomènelII, marcha sur les traces de son infortuné prédécesseur et le succès couronna l'entreprise. Doué , comme Agis , d'un courage héroïque, il avait plus de finesse et de con-

naissance des hommes j mais aussi moins de droiture et d'humanité. La guerre qu'il termina heureusement contre les Âchéens, à la confédération desquels Sparte avait refusé d'accéder , affermit l'autorité de Cléomène et attira l'attention du peuple sur les affaires extérieures. Au retour d'une expédition brillante Cléomène fit assassiner , par des soldats à qui il avait fait prendre les devants y les éphores qui ne se défiaient de rien , et força le peuple xx)nsterné à rétablir dans leur vigueur les institutions de Lycurgue , principalement en ce qui concernait l'égalité des fortunes et l'éducatioa Arfa jeunesse. La terreur des armes lacédémoniennes sembla revivre dans cette régénération politique. Cléomène pressa les Achéen»si vivement, qu'ils en passèrent par toutes les conditions de paix qui leur furent imposées et que même ils se soumirent à reconnaître le roi de Sparte pour généralissime des troupes achéennes et par conséquent pour maître.

Dans cette crise pressante , Aratus qui depuis plusieurs années était à la tète de la ligue des Achéens , se résolut à une démarche dictée par le désespoir. U implora le secours d'Antigone (Doson) de Macédoine (l'an 3757), et pour se soustraire au despotisme intérieur y il livra à la merci d'une domination étrangère la patrie qu'il avait si glorieusement délivrée.

Antigone promit avec une joie qu'il ne dissimula pas le secours demandé ; mais il se fit remettre auparavant, comme gage de fidélité des Achéens , la citadelk

de Co r i n tbe » la clef du Péloponnèse* Une armée macédonienne traversa Tlsthme , et les troupes achéennes se joignirent à elle. Cléomène rassembla toutes ses forces, arma les Ilotes et risqua, prés de Sellasia, un combat décisif. Mais le phalange rompit les rangs des Spartiates et fit un carnage épouvantable. Ce jourlà périt la fleur de la population dorienne (l'an 376a), et ce fut pour la première fpis , depuis le temps des Hé* raclides , qu'un vainqueur étranger fit son entrée dans Sparte. Cléomène s'enfuit en Egypte où il trouva bientôt la mort. Sparte ne se releva plus. Ce peuple dégénéré fut opprimé par les factions et aussi par quelques tyrans , au nombre desquels Nab is se distingua par set cruautés.

Ara tu s n'eut guère sujet de se réjouir de sa victoire, car il vit son pays sous le joug du Macédonien ; Antigon e mourut , à la vérité , peu après ; mais son succès* seur Philippe II fut encore plus despote.

Une nouvelle guerre occasionnée par les brigandages des Etoliens , éclata dans le Péloponnèse (l'an 3765). Aratiis , ayant essuyé quelques revers , sollicita l'assistance de Philippe.

Ce prince la lui accorda et termina heureusement la guerre. 11 la fit en se conduisant d'après les conseils d'A ratus qui parait avoir été plus propre à conseiller qu'à combattre. Mais la hardiesse avec laquelle A ratus défendait les droits de sa patrie , déplut au roi qui le fit empoisonner.

Après la mort d'Aratue ce fut Phtlopœméne qui devint chef de la ligue adonne (stratèges); il fiit poursa patriece que fut Epaminondas pour Tbèbes^ Aussi s'était-il proposé oe héros pour modèle ^ et il fut le dernier grand homme de la Grèce.

La guerre éclata de nouveau contre les Etoliens (l'aii 377a),etPhiUppeII,malgréleurallianceavecRome, les contraignit de se soumettre à des conditions de paix désavantageuses (l'an 3778).

La Macédoine et la Grèce subjuguées par Rome.

L'intervention de Rome changea tout*à-coup les affaires de face ; mais nous expliquerons plus en détail dans l'histoire romaine , comment la ruine de la Grèce et de la Macédoine fut le résultat de Timprudence et de la désunion de ces deux états , de même que de l'astuce et de la mauvaise foi de Rome.

Nous nous contenterons de faire remarquer ici^ que Philippe y à qui les Romains, sous les apparences du désir de la paix , avaient donné le change pendant la seconde guerre punique , ne tarda pas , dès qu'elle fut terminée , à sentir la force de leurs armes et à se voir contraint, après sa défaite à Cy noscéphalée, de souscrire aux plus dures conditions de paix (l'an 3788); que, vingt-huit ans plus tard, Persée, son fils, éprouva un« destinée plus cruelle à Pydna (l'an 38 16), et qu'enfin dans une troisième guerre, allumée par Andriscus, la Macédoine devint province romaine (l'an 3835). Nous

ferons observer encore que parmi les Grecs , ce furent les EtoUeus qui , pour, récompense des services qu'ils avaient rendus, furent les premiers réduits à Tobéis* sance dè&rit>sue de la guerre de Syrie (l'an 3795 j , et quelesAchéensqui , sous le gouvernement de l'illustre Phy lopœmène et, après sa mort tragique, sous Lycortas, avaient Joug-temps été puissants et considérés, furent entraînés à leur perte par un enchaînement d'opérations politiques et militaires des Romains , et qu'enfin la prise de Co rin the (l'an 3838) acheva de les dépouiller de leur existence politique.

Cette, catastrophe détruisit à jamais la liberté de la Grèce; mais dans son abaissement la Grèce maintint une prééminence glorieuse sur ses vainqueurs , par la supériorité qu'elle conserva dans les sciences et le bon goût.

IL ta Siivit.

Séleucus Nîcaior et sa maison,

Séleucus à qui ses nombreuses victoires valurent le s^urnom de Nicator , avait, par la conquête deBabylone (l'an 367a), fondé sa domination dans l'Asie in- * térieure et l'avait ensuite étendue jusqu'à laMéditerranée, après que le pouvoir d'Antigone eut été anéanti par suite de la bataille d'Ipsus (Van 3688). Il avait déjà précédemment régné sur les pays qui

s'étendent depuis TEuphrate jusqu'à Tlndus et à rOxus, et dans une brillante expédition contre Sandrocotus, roideTInde, ses armes s'étaient avancées jusqu'au Gange. L'acquisitimi des états d'Antigone, savoir , la S y r i e (dont cependant la Célé-Syrie , la Phéliicie et la Judée échurent à Ptolétnée) , l'Armén ie et la Cappadoce j recula les frontières du royaume des Seleucides et en accéléra peut-être la chute.

Après avoir vaincu Lysimaque à Corrupédion (l'an 3702), Séleucus devint maître de l'Asie-mineure, de la Thrace et de la Macédoine, mais il périt incontinent après » victime d'im assassinat. Il fut , ainsi que P toi émée , le plus grand des généraux d'Alexandre ; non seulement vaillant guerrier , mais encore amateur des arts de la paix , protecteur du commerce et fondateur de villes. Ses descendans occupèrent le trône syro-macédonien jusqu'au renversement de cette monarchie.

Mais les Séleucides ne tardèrent pas à subir la destinée commune aux dynasties asiatiques; ils dégénérèrent, et le royaume pench^ers sa ruine qu'achevèrent des séditions dans l'intérieur et des guerres au dehors.

Déjà sous AntiochusII, petit-fils de Séleucus, à qui la plus abjecte adulation donna le surnom deThéos (Dieu), la Parthie et la Bactriane se détachèrent de la Syrie (l'an 3722) ; quelques provinces échurent par le sort des armes à l'Egypte, et toutes les autres devinrent la proie des désordres d'un mauvais gouvernement Di-

vers princes qtii se succédèrent immédiatement sur le trône de Syrie ne méritent pas d'être cités.

Sous Antiochus III, surnommé le Grand, en comparaison de ses prédécesseurs j la puissance de la Syrie parut se relever (l'an 3760), car quoiqu'il eût été battu par Ptolémée à Raphia , il s'acquit néanmoins de la gloire en appaisant plusieurs révoltes eten faisant la guerre heureusement d'un côté conti'e l'Inde, de l'autre dans l'Âsie-mineure et dans la ïhrace. Il reprit aussi les armes avec succès contre l'Egypte , pendant la minorité dePtolémée«£piphanès; mais cette circonstance et les instigations des Etoliens et d'Annibal occasionnèrent une guerre avec les Romains, laquelle, après la dé&ite du roi à Magnésie (l'an 3794) ^ eut pour résultat une paix désavantageuse, la cession detoutel'Asie-antérienrejusqu'auTaurusetlaruine totale du royaume.

Séleucus, surnommé Philopator (receveur des impôts) , parce que pour payer les contributions de guerre il fut obligé d'envoyer à Rome le montant des impôts perçus dans ses états , fut assassiné (l'an 3797).

Son frère Antiochus lY, surnommé Epiphanès (plus tard Epimanès, insensé), conquit presque toute l'Egypte ; mais , intimidé par les menaces d'un ambassadeur romain , il la restitua; il occasionna ensuite la défection des Jui& en pillant les trésors de leur temple et en les opprimant dans l'exercice de leur religion*

L'histoire de la Syrie après son règne est souillée par

la nullité et en partie par la perversité des pnnees, par des révolutions successives , des assassinats , d^ usur^ pations> et des guerres civiles ; et le royaume dont retendue se réduisait , par les conquêtes des Parthes^ aux pays à l'ouest de l'Euphrate , était dans un état d'af» faiblissement total. Tygrane^ roi d'Arménie, que les Syriens épuisés élurent pour maître au préjudice des Séleucides(ran 3889), releva ce royaume et lui rendit quelques forces; mais la guerre de Mithridate entraîna la perte de Tigrane, et la Syrie, après les vaines tentatives de quelques Séleucides pour s*y rétablir, devint province romaine (l'an 3918).

Lorsdela chute du royaume des Séleucides, se for-» m^ent de ses débris plusieurs états, tels que la Bactriane, la Parthie, l'Arménie, la Judée et plusieurs autres.

Le royaume des Partîtes,

La Bactriane et la Parthie ^rent érigées en ro« yaïunes , sous Antiochus Théos , par la défection de Théodote , gouverneur de la Bactriane (l'an 37^5), et par la rébellion d'Arsace(qui se disait Achéménide, descendant d'Artaxerxe-Mnémon) (l'an 3728 ou 3734)- Le royaume de Bactriane, après avoir existé un peu plus d'un siècle , succomba sous les attaques dés peuples nomades venus de la Haute^Asie et sous les armes de la Parthie (l'an 3848). Le royaume des Parthes qui dans les commencements ne compre-

nait que les pays voisins d'Hécatampylos, acqnity par ses victoires contifiuelies sur les Séleucides dégénérés, une tette augmentation d'étendue, qu'il contint bientôt tous les pays situés depuis FEuphrate jusqu'à rindas et k l'Oxus.

Les Parthes ne datent leur indépendance que de la grande victoire qu'Arsacell remporta (l'an 3746) sur Séleucus-Caliinicius. Cette indépendance fut solennellement reconnue par  h t iochus le Grand (l'an 8774) qui-fit également cession de l'Hy rcanie. Mais ce nefiït qu'Arsace VI (ou Mithridate I) (l'an 38io)qui , parla conquête de la Méd ie ^ de la Perse et de tous les pays à l'orient de l'Euphrate, et par une expédition glorieuse aux bords de l'Hydaspe , fit de la Partbie Fempire du monde.

Peu de temps après, tes Parthes entrèrent en relations avec Rome , pendant que les hordes scy thés venues du nord-est , après la chute du royaume de Bactriane qui antérieurement servait de boulevard aux Parthes , ravageaient impunément tout le pays. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peines que les Parthes parvinrent à défendre contre Tigrane et Mithridate l'Eu ph rate, leur limite naturelle. Par l'issu^ de la guerre de Mithridate ils devinrent voisins des Romain s et par conséquent leurs ennemis; La première guerre fut commencée par Crassus, général romain ^ avide de butin , lequel fut tué à Carrés où toute son armée fut détruite par Suréna, général en chef des

Pa rthes (Van SgSi). A compter de cette époque jus^ qti'au règne d'Auguste y les armes parthes furent constamment redoutées depuis TEuphra te jusqu'à la Médîterranée« Les discordes civiles des Romains les empéchèren t de faire la guerre au dehors. Yentidius^ lieutenant d'Antoine , se défendit avec succès contre les Parthes; mais Antoine lni*méme, marchant contre Arsace XV (Phraates IV), faillit subir la destinée de Crassus (l'an 3947).

Des trouMes intérieurs ne permirent pas aux Parthes de poursuivre leurs avantages; et Ph raat es, après que son rival Tir ida tes se fut enfui à Rome, s'estima fort heureux d'obtenir la paix d'Auguste en restituant les drapeaux enlevés à Crassus.

La masse de la nation des Parthes était d'origine scythe, peuple montagnard etigrossier , comme la plupart des peuples qui opérèrent des révolutions dans l'Asie-centrale. Les rois étaient choisis dans la famille d' A r sa ce (Aschak chez les Orientaux) , mais sans obser^ ver l'ordre de succession. Leur autorité était restreinte par la noblesse; celle-ci seule était la nation; tout le reste était serf. Avec une telle constitution les succès-* sions au trône et les partis occasionnaient des guerres civiles inévitables. Les révoltes des satrapes (dans le temps de sa grandeur le royaume comptait vingt satra^ pies) , et les incursions des nomades qui habitaient au delà de l'Oxus , donnaient à Tétaides secousses conti* nuelles ; roais par la position des villes principales (Sé^-

leucia et Ctéaîphon), à Textrémité occidentale du royaume (au T i g re ^ où se voient de nos jours les ruines deMadain) j k sort de l'intérieur de Tétat , dès que les Romains se furent établis dans le voisinage j se trouva à la merci de Tissue de quelques batailles.

Ldnnénit.

I.ies historiens prétendent, en parlant de rÂnnénie, que c'est de Haik et de son successeur Aram que dé* rivent les noms de Haika et d'Arménie; que ce pays f ut^ dans les anciens temps , gouverné le plus souvent par les rois d'Assyrie et de Médie, et que, nonobstant ses rois particuliers, elle fut aussi sous la domination de la Perse et de la Macédoine.

Après la défaite d'Antiochus le Grand à Magnésie, l'Arménie qui lors du démembrement du royaume d'Alexandre était échue à la Syrie, s'en détacha sous Artaxias , gouverneur de la Grande-Arménie, et sous Zar iadrès , gouverneur de la Petite- Armén ie , et conserva pendant une période entière ses propres maîtres choisis dans la race de ces rebelles. Le$ rois de la Petite-Arménie furent presque toujours dépendants de Rome (le pays devint même, sous Yespasien, province romaine); mais parmi ceux de la Grande-Arménie, Tigrane I (l'an 3889) joua un rôle mémorable. Il régna aussi sur la P e t i te- A r mé n i e , la Cappadoce, la Syrie , la Cilicie, et prit le titre de roidesrois.JfaislaguerredeMithridate^ son beau

3Go

père, causa sa perte. Il ne lui resta , ainsi qu'à ses ihk> ces5eui*s I que rArménie proprement dite, située dans une position dangereuse, entre denx grandes puissances , la Pa r t h i e et Eo m e qui , considérant cette province comme un boulevard , s'en disputaient la pos*session. Il n'existe dans le monde entier aucun pays pour lequel on ait tant combattu. Après que les deux puissances dominantes, les Parthes etles Romains, eurent combattu long-temps et avec des succès variés pour la conquête de ce pays , Tigrane VI le céda (l'an 41 a après J. C.) aux Perses (restaurateurs de lamonar* chie des Parthes) ; mais cette cession ne mit pas fin à cette lutte terrible.

La Judée. Les Macch€ibées,

La Judée , quoique politiquement de peu d'importance en comparaison des principaux états , mérite encore ici notre attention , par des circonstances toutes particulières,

Cyr us ayant permis (l'an 3455) aux JuiÉs de retourner dans le pays de leurs pères, 4^000 personnes seules profitèrent de cette permission; les autres, et même les plus riches, préférèrent leurs nouveaux établissements de Babylone à leur patrie déserte. Les premiers , con* duits parZorobabel , rejeton de l'antique race royale, et par le grand-prétre Josué , entreprirent avec ardeur \% réconstmction du temple et de Ja ville sainte. Après de longs combats avec les Samaritains qui avaientleur

propre temple à Garizim , la paix se rétablit sous Darius Hy staspe. Ce ne fut qu'alors y et après TarrÎTée d'autres colonies amenées par Esra et Néhémia , que le peuple , croissant peu-à-peu eu nombre , commença à jouir des avantages d'une organisation régulière. Le roi de Perse conserva l'autorité suprême , et les sàt râpes ein^nt la surveillance particulière. Mats l'administration intérieure était, d'après les lois et les usages de leurs ancêtres , confiée au grand-prêtre et à un sanhédrin , et \es Juifs , quoique sujets d'une monarchie despotique , goûtaient , à un degré éminent j les avantages de la liberté civile et les douceurs de la prospérité. Voilà ce qui explique la répugnance avec laquelle les Juifs se «Duroirent à Alexandre , qui cependant les traita aussi Avec ménagement.

Après la mort d'Alexandre la Judée fut démembrée par Antigone et Ptolémée, et ensuite par les princes delà race de Séleucus et de celle de Ptolémée. Sous le premier de cette dernière race beaucoup de Juifs furent traînés en Egypte , d'autres y furent attirés , et après la bataille d'Ips us (l'an 3683) la domination égyp» tienne fut établie dans toute la contrée. Mais un siècle après, sous Antiochusle Grand, toute la Judée devint une province syrienne , et se félicita d'abord de ce changement, jusqu'à ce qu'dle sentit l'oppression du rapace et fanatique Antigone-Epiphanès. I^s Juifs exaspérés se soulevèrent contre lui (l'an 38 1 6), sous la conduite du grand-prêtre Mathathias et de ses vail-

lants fils j et ud nouveau royaume de Judée prit naûsance ; car le héros à cheveux blancs , commandant une poignée de braves , et après sa mort les magnanimes frères Judas y Jonathan et Simon repoussèrent dans plusieurs combats les attaques des Syriens, et i*elevèrent par leurs exploits le courage de la nation, qui se soumit peu-à-peu entièrement à leur conduite , surtout lorsque le pontificat échut à Jonathan. I^ dés^ ordre affreux qui régnait dans le royaume de Syrie , seconda les efforts des Macchabées (c'est aipsi que s'appelait la race de Judas , d'après son surnom Macchab: marteau; on la nommait aussi Asménaïque, nom auquel on donne plusieurs interprétations diÛSërentes), etSimon, revêtu de la dignité d'£thm arque (prince) , affranchit pour jamais (l'an 384 0 son pays dM tribut annuel payé jusqu'alors , ainsi que de la domination des Séleucides. Son fils Hyrcan consolida la liberté de nouveau menacée , et affermit la puissance du royaume en subjuguant les Samaritains etleslduméens.

Les successeurs de ce vaillant prince prirent le titre de rois , et le rapide accroissement de la population de ceroyaume qui s'agrandissait par des guerres heureuses, le rendit aussi puissant qu'il l'avait été sous les régnes de David et de Salomon. Les trésors que renfermait la capitale étaient même plus considérables que dans ces temps-là. Mais la lutte entre les Pharisienè elles Sadoucéens, factions opposées ^ irréconciliaiblas ,

d'aborc! religieuses, puis devenuespolitiques, remplit l'état de troubles et de désordres , et la grandeur croissante de Rome fit bientôt évanouir tout espoir d'indépendance.

La discorde dans la maison royale accéléra la catas*trophe. La rivalité-des deux frères Hyrcan et Aristo» bule qui tous deux aspiraient à la couronne , occasionna, par l'intervention des Romains, l'élévation de l'iduméen Antipater , sage et vaillant ministre d'Hyrcan , qui transmit à sa mort l'autorité a son fils. Celui^ ci, à l'aide des Romains, défit les Parthes qui avaient, au prix de beaucoup de sang , donné pour maître à la Judée Antigone, fils d'Aristobule, vainquit ce rival Im-méme et consolida ainsi sa propre puissance sur les débris de celle de la race des Asmenaiques (l'an 3947). Cependsmt il n'était roi que sous le bon plaisir des Romain s , et la Judée n'était plus qu'un royaume de nom.

m. f'«5îiptr.

Les premiers Ptolémées.

L'intérêt que nous inspirait , dans la période précédente, l'histoire d'Egypte, rdativement au caractère distinctif de la nation , à la forme particulière de son gouvernement et de son culte religieux, et à ses mceurs, a maintenant cessé en grande partie. Sous la domination des Perses y des révoltes réitérées (sous Darius Hys

tas|>e, Artaxerxe I et Darius II jusqu'à Oclius) avaient prouvé Combien le peuple égyptien tenait k Tesprit national et baissait les itâtitutions étrangères , imposées par la force ; mais Alexandre ^ en fondant une ville nou« velle , avait trouvé le moyen de réfbnner pacifiquement la nation. Alexandrie, qui parmi ses habitans comp^ tait plus de Macédoniens , de Grecs j de Juifs et d'autres étrangers que de nationaux , et qui était à Tabri de Finiluence de la caste des préti*es y introduisit peu-à-peu un changement dans le ton et la manière de vivre du peuple , et les anciennes manières se pei*dH*ent d'autant plus aisément , qu'aucune loi formelle , aucune contrainte odieuse ne provoquait à la résistance» Dans toutd la période des rois de la race de Ptolémée à peine est-il une seule fois question du peuple égyptien. Ce sont les révolutions de la capitale et celles de la maison régnante qui remplissent les pages de l'histoire d'Egypte. Ptolémée, prétendu fils de Lagus, fut la souche de la race des rois qui régnèrent en Egypte pendant trois cents ans, depuis la mort d'Alexandre jusqu'après la victoire qu'Octavien remporta près d'Actium. Ce prince , le plus sage , le plus vaillant , le plus habile des généraux d'Alexandre , étendit sa puissance , par le succès de ses armes et de ses négociations, sur la Judée, la Célé-Syrie, la Phénicie, l'île de Chypre et une partie des côtes de l' Asie-mineure, et en Afrique sur la Cyrénaïque , la Libye et l'Ethiopie. Il gouverna ce grand royaume avec énergie et douceur , dé-

cora la capitale d'édifices magnifiques et encouragea les arts et les sciences. Il protégea le commerce , suivant en cela les vues d'Alexandre qui avait voulu en établir le centre en Egypte ^ et posa les bases de ce gouvernement dont les principes furent suivis par tous ses suc» cesseurs ^ même par ceux qui étaient les moins dignes de régner et qui devinrent la source de la prospérité constante de son peuple.

Son règne dura quarante ans , et pendant les soixante années suivantes TEgypte jouit de la même prospérité sousPhiladelphe, sonfils(ran 3700), etEvergète, son petit-fils (l'an 3737). Cependant Pbiladelpbe fut exclusivement adonné aux arts de la paix ; Evergète fut en outre béros et conquérant , et ouvrit par là , car c'était aussi le but principal de ses guerres, de nouvelles routes au commerce j rendit les anciennes plus sures et donna une très-grande extension aux dispositions que. Pbiladelpbe avait déjà faites pour le commerce du monde.

Depuis la mort d'Evergète (l'an 3763) -jusqu'à l'an 3954 où l'Egypte devint province romaine y dans une période de prés de deux siècles Iç trône d'Egypte ne fut occupé par aucun prince digne de régner , et il serait superflu d'en indiquer les surnoms (ils s'appelèrent tous Ptolémée) et de donner des détails sur l'ordre de leur succession et sur les circonstances de leurs vies. Nous nous contenterons de faire observer en général : que la grande, superbe et populeuse ville d'Alexandrie^ que

nous Mvons déjà avoir été construite par Alexandre le

Grand ^) dans la Basse-Egypte après la ruine deTyr)

était située prés de Tembouchure occidentale du Nil ,

sur une langue de terre prolongée entre la mer et le lac

Maréotis **). Cinq ports , dont l'un sur le lac Maréo-

tis, recevaient les vaisseaii^de guerre et les navires

marchands. Alexandrie communiquant d'un coté à

la mer d'Arabie, à laquelle on arrivait du Nil par un

court chemin de terre ou par un canal , et de l'autre à

la Méditerranée, semblait destinée par la nature

même à être le point de communication aitre l'orient

et l'occident, et l'entrepôt général du commerce du

monde. Jamais monarque n'a perpétué sa mémoire

par un plus magnifique monument ; car après que les

royaumes de Macédoine eurent été détruits jusqu'au

moindre vestige , Alexandrie, quoiqu'elle changeât

souvent de maître , conserva pendant plusieurs siècles

encore son importance commerciale qu'elle ne perdit

que par la découverte d'une r ou te p ar m e r aux Indes

orientales.

Les Ptolémées reconnurent tout le prix de cette position s^ns égale , et n'épargnèrent rien pour l'embellir et la rendre encore plus avantageuse. Ce sont eux qui

*) M. Langlès a démontre que ccUe ville existait sous le nom da Racoudah (dont les Grecs ont fait Rhacotis) bien long-temps «Tant leur arrivée dans cette contrée. *

**) Anjonrdlmi Bakélréli Maryonth.

CNiàes du trmf.)

firent construire dans Tile de Pharos , qui masquait le port , la tour surmontée d'im fanal pour guider les vaisseaux pendant la nuit. Cest à eux qu'on doit l'achève» m^it d'un canal conduisant à la mer-rouge , commencé du temps des Pharaons , la construction de plusieurs belles routes , entr'autres de celles qui menaient à Bé^ rénice et à Myoshormos, la restauration du port de cette dernière ville et de plusieurs autres ports , la mission de plusieurs savans (tels que Mégasthène et Denys) aux Indes etc. Rien ne fut négligé non plus pour entretenir et multiplier les relations commerciales de l'Egypte et les cultiver avec toute l'activité grecque.

Continuation jusqiC à la domination des Romains.

Mais les richesses immenses que le commerce du monde Êusait refluer à Alexandrie enfantèrent de bonne heure y dans la cour j le goût de la sensualité et de la profusion. Outre la contagion de l'exemple sur les moeurs du peuple , elles produisirent l'abâtardissement moral et physique des membres de la maison régnante , dont la dégénération s'opéra d'autant plus promptement qu'ils ne choisissaient leurs épouses que dans la famille. L'inaction , les voluptés , tous les maux qui naissent de l'ascendant des femmes , entr'autres les terreurs du despotisme du sérail, l'oppression du peuple^ les discordes au sein de la maison royale , l'usurpation et le fratricide signalèrent le caractère et le règne des dcscendaos de Ptolémée. Cependant comme la capitale

seule était ordinairement le théâtre de ces déaordres et que te reste du royaume jouissait sans trouble des douceurs de la paix, comme le commerce à l'étranger et l'industrie intérieure continuaient à fleurir à Alexandrie et suppléaient amplement aux prodigalités les plus excessives y l'Egypte , malgré tous les vices de son gouvernement , conserva son bien-être et sa force. La plupart des guerres que l'Egypte eut à soutenir furent contre le royaume de Syrie. La bonne intelligence qui régnait dans les commencements entre Seleucus et Ptolémée cessa dés la dé&ite d'An tigone, lors du partage des états de ce dernier. Outre la Judée, la Phénicie et la Célé-Syrie, Ptolémée formait encore des prétentions sur le reste de la Syrie et sur une partie de l'Asie-niineure, tandis que Séleucus et ses successeurs même convoitaient le pays du Liban dont les riches forets étaient indispensables pour, l'entretien de leur marine. Des divisions de famille attisèrent encore la haine qu'avaient allumée ces prétentions réciproques et il en résulta des guerres sanglantes avec Philadelphe, Evergète, Philopator, Epiphanès et Philométor. Les premiers remportèrent de grands avantages ; mais Antiochus le Grand arracha ces pays importants au jeune Epiphanès. L'Egypte sembla dès lors perdue. La tutèle de Rome que les Egyptiens sollicitèrent pour leur roi mineur sauva le royaume, et plus tard aussi, Philométor, fils également mineur d'Epiphanés, se trouvant exposé au même

danger , l'autorilé décisive des Bomains fit retirer le vainqueur. Dès lors la Sy r i e abattue cessa d'être redoutable à l'Egypte.

Mais parcontre les relations avec Rome prirent une tournure plus alarmante. Les Ptolémées , sous la pro* tectton des Romains avaient perdu leur indépendance et ne pouvaient guère manquer d être totalement asservis. I^ Cy rénaïque et Chypre qui appartenaient aux rois d*Egypte, furent déclarées provinces romaines, la première vers l'an Sgoo , et Fautre Tan 39^6 , et le do^cile Aulètes fut rétabli sur le trône d'Egypte.

D e n y s , fils d'Aulètes , qui devait pa rtager le trône avec 8a sœur Cléopatre , la chassa (ian 3933). Il fit assassiner le grand Pompée, son bienfaiteur et celui de son père , espérant par là gagner Tatuitié du vainqueur de Pharsale. La générosité de César et les charmes de Cléopatre déçurent son attente^ et Denys perdit la vie dans la guerre contre César ^ qui s'était déclaré pour Cléopatre. Ptolémée XIII , son frère cadet encore en bas âge , qui devait partager le trône avec cette princesse , fut empoisonné par celle-di. Après la ihortde César, Antoine se laissa également captiver par les charmes de cette femme déréglée. L'empire absolu qu'elle exerça pendant dix ans sur lui fut cause de sa perte. Après la bataille d'Actium gagnée par Octavien , Antoine et Cléopatre se donnèrent la mort, 1^ l*Egypte finit par devenir province romaine (l'an ^B^y

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