PÉRIODE DES GUERRES PUNIQUES
Première guerre punique*
Jusqu'alors Rome et Carthage n'avaient eu entr'elles que fort peu de relations. Il est cependant question dans Polybe de deux traités de commerce entre ces deux états ; le premier conclu immédiatement après l'expulsion des rois , le second vers l'an 3636 avant les guerres des Samnites ; et ces deux puissances furent
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naturellement alliées lors de la gueri*€ contre Pyrrhus. Mais depuis que les Romains furent maîtres de F I tal ie intérieure, les relations devinrent plus intimes , plus ' immédiates et les intérêts réciproques plus difficiles à concilier. Comment les Romains aui^ent-ils pu ne paâ regarder d'un œil de convoitise la Sicile, ce riche entre* pôt de grains pour les temps de disette , cette ile qui i n'étant séparée de Fltalie que par un canal étroit , semblait avoir été destinée par la nature à faire partie de ce pays ? Et d'un autre côté comment Carthage pouvaitelle voir sans inquiétude un nouveau concurrent briguer une possession qu'elle convoitait depuis plusieurs générations et qui lui avait déjà coûté de grands sacrifices ? Tout accommodement était impossible et la guerre inévitable ; maiff Rome eut recours à un prétexte honteux pour le commencer.
Une troupe de soldats campaniens qui avaient servi sous Agathocle en qualité de mercenaires et qui s'étaient arrogamment donné le nom de Mamertins (en fans de Mars) y avait été engagée à la solde des citoyens de Messane. Ces Mamertins firent main-basse sur leurs maîtres et's'emparèrent de la ville. Pour punir un forfait aussi révoltant, Carthage et Syracuse qu'une haine invétérée animait l'une contre l'autre , se réunirent et mirent le siège devant Messane. Les Mamertins implorèrent le secours de Rome^ Le sénat hésita d'abord à le leur accorder ; mais le peuple as^m- Wé eii comices (l'an 37110) résolut de les secourir et
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entreprit la guerre. Ix^rsqu elle éclata , Rome avait environ trois-cent mille citoyens ^i état de porter les armes.
Des corps de troupes romaines passèrent en Sicile et occupèrent Messane. D'après le rapport des historiens romains , Hànnon y général carthaginois , fit mourir tous les Italiens qui servaient dans son armée. A la nouvelle de cette barbarie le consul Âppius Claudius passa le détroit avec des forces plus nombreuses ^ battit les Carthaginois et les Syracusains et délivra Messane. 'Mais Talliance de Hiéron qui vint se ranger du parti des Romains , fut pour ces derniers un avantage plus important que cette victoire. Le secours de ce nouvel allié leur facilita la conquête de la Sicile cartfaagipoise , et décida à l'avance de l'issue de cette guerre. Les Romains cependant, pour poursuivre leurs succès, avaient besoin d'une flotte. L'histoire rapporte qu'ils construisirent, d'après le modèle d'une galère ennemie échouée, un grand nombre de vaisseaux ; qu'ils suppléèrent à leur ignorance en marine militaire par des machines ingénieusement inventées pour l'abordage, et qu'ils rempor* térent une victoire éclatante sous Duillius (l'an 37^4). Ils firent alors la guerre en même temps en Sicile , en Sardaigne et en Corse.
Une nouvelle victoire près d'Ecnomos *) leur ouvrit
*) Probablement le combat naval d'Hërnclée, où 3o vaisseaux carthaginois furent détruits y et 63 avec toute l'équipage tombèrent au pouvoir du vainqueur. — 24 vaisseaux romains lurent coulés à fond. ('Note du tradLJ
le chemin de TAfrique. Régiilusy passa (l'an 37^8) et répandit Teffroi jusqu'aux portes de Carthage. Mais Xantippe 9 Spartiate de naissance j qui commandait Farmée carthaginoise , le battit et le fit prisonnier. A dater de cette époque y les reversse succédèrent coup sur coup. Plusieurs flottes furent successivement détruites, soit par les tempêtes^ soit par l'ennemi ; entr'autres celle que commandait le téméraire Claudius Pulcher (Fan 3735). Cependant Rome rejeta toutes les propositions de paix et continua la guerre par terre et par mer.
Les deux états étaient affaiblis ; l'exaspération leur ' donna de nouvelles forces. Des flottes furent équipées ; celle de Carthage en épuisant le trésor public, celle de Rome par les offrandes patriotiques des citoyens; La bataille se donna prés des îles Ëgades *). Le destin accorda la victoire aux Romains , séus la conduite du consul Lutatius , qui dicta aux Carthaginois les condir tions de paix (l'an 3743). Ces derniers perdirent la Sicile, le but de deux siècles d'efiforts, ainsi que toutes les petites îles de la Méditerranée ; payèrent mille talents comptant , s'engagèrent à en payer aaoo à différents termes , et rendirent , sans rançon , tous les prisonniers. Le despotisme du peuple romain augmenta arbitrairement la dureté de plusieurs de ces conditions, et Carthage fut contrainte de céder*
*) D'après Polybe et Eatrope ce lot près de llle d'Ëgute.
("Note élu tradj
Histoire de Rome et de Canhagejusqu*au commencement de k^ seconde guerre pum^ue.
Vingt-deux années s'écoulèrent avant que la seconde guerre vint à éclater ; mais des événements importants pour les deux états remplirent cet intervalle.
A peine Carthage , épuisée par les efforts d'une longue guerre, eut-elle conclu la paix, que la révolte des troupes mercenaires l'exposa au danger le plus extrême. La coutume d'employer des étrangers mercenaires dans ses armées , coutume que Carthage suivait plus que tout autre état , convenait en e£fet au caractère et aux relations de ce peuple commerçant, mais elle entraînait aussi des inconvénients majeurs et même dangereux. Carthage , dans l'impuissance de payer la solde arriérée à ces étrangers , voulut les licencier. Ce fut le motif d'une révolte terrible et d'une guerre de près de quatre ans. Les soldats étrangers se mutinèrent également en Sardaigne. Les Romains y envoyèrent des troupes sous le prétexte de secourir Carthage ; mais ils eurent la perfidie de garder l'ile pour eux et en outre l'impudence inouïe de demander douze centstalents pour les frais de cette guerre ! Carthage , découragée et réduite à l'extrémité, souscrivit. Mais elle se releva bientôt, méditant de nouveaux projetsde domination et de vengeance.
Amilcar, surnommé Barcas (l'éclair), sauva Pétat par la défaite des rebelles. Il jeta ensuite les yeux sur l'Espagne, pays riche en mines d'argent et en excellents soldats. Sans y être autorisé par le gouverne-
ment , il s y rendit en traversant le détroit à la tête d'une armée qxii lui était entièrement dévouée , et que son expédition en Nu m i d i e avait aguerrie. Ses brillants succès dans les négociations et dans les combats lui va-? lurent l'approbation du peuple et l'assistance la plus efficace pour l'exécution de ses projets. Mais une grande partie du sénat y soutenue parle grand Ha n non , émule en gloire d'Amilcar, redoutait l'accroissement du pouvoir de ce général populaire. Ce parti aristocratique , opposé au parti de Bar cas puissant par la faveur du peuple , devint la source de tous les troubles qui s'ensuivirent et y par conséquent , de la chute de Carthage. Dans un intervalle de neuf années, Amilcar avait déjà soumis une grande partie de cette Espagne , pour la possession de laquelle les Romains combattirent plus tard pendant deux siècles. Ce grand homme perdit la vie dans un combat contre les Lusitan ien s (l'an 3756). Son gendre Asdrubal eut le même sort. Il construisit, pour en faire sa principale place d'armes, Carthagéne (nouvelle Carthage) qui sembla rivaliser de splendeur avec l'ancienne, et il parvint à s'assurer la soumission volontaire de plusieurs che& espagnols. Rome, envieuse et inquiète, éclata en menaces; Carthage, dont les projets n'avaient pas encore atteint leur maturité, promit de ne point porter les armes au delà de l'Ebre et de respecter Sagonte située au sud de ce fleuve. Asdrubal , après avoir commandé avec gloire et succès pendant huit ans , périt par im assassinat. L'armée pro-
clama alors le jeune Annibal, fils du grand Barcas; le sénat confirma la nomination de ce général j et ce héros , Fun des plus grands de l'histoire , parut sur le théâtre de la guerre.
Après avoir conclu la paix avec Carthage , Borne eut encore à combattre plusieurs de ses anciens alliés qui avaient abandonné son parti. I^es Romains fermèrent ensuite (Fan 3754) le temple de Janus, pour la pre*> mîère fois depuis le régne de Nuiya ; mais ce ne fut que pour peu de temps y et ce temple ne se referma plus dans la suite avant le règne d'Auguste.
Les m y riens qui y par leurs pirateries , troublaient le commerce de Rome , furent battus dans deux guerres par les Romains qui prirent alors pied en Dalmatie, eurent des relations plus intimes avec la Macédoine et s'acquirent une réputation brillante dans les états de la Grèce.
La guerre gauloise eut des résultats encore plus inir portants. Depuis l'incendie de Rome par les Gaulois, leur nom seul inspirait l'effroi. En fondant la colonie de Séna-Gallica (Sinigaglia), les Romains cherchèrent à mettre leurs frontières à l'abri des incursions des Gaulois. Plus tard , sur la proposition du tribun F 1 a m i n i u s y ils partagèrent entre les citoyens les pays enlevés aux Sennoniens. Lesinsubriens dans le Milanais et les Boyens à Parme en prirent occasion de rompre avec Rome. Les Gésates du Rhône se joignirent à eux. Rome alors concentra toutes ses forces. I^
guerre dura six ans , constamment au désavantage des Gaulois. AprèsIaconquétedelaLigurie^ lesRoraains pénétrèrent dans les Gaules cispadane ettranspadane, prirent Milan, firent de tout le territoire du Pôiuie province romaine (Gallia cisalpina ou loga* ta), et fondèrent, pour la défendre, deux colonies, Crémone et Plaisance. L'Istrie fut également subjuguée et la chaîne des Alpes servit de limites.
Ces guerres , ainsi que la guerre punique , avaient coûté beaucoup de monde. Lors de la seconde rupture avec Carthage (l'an 3764) , le nombre des citoyens en état de porter les armes était environ d'un tiers plus faible que lors de la première.
Seconde guerre punique, ÀnnibaL Scipion.
Dans la seconde année de son généralat , après avoir remporté des victoires importantes sur les Espagnols et avoir parfaitement organisé son armée , Annibal mit le si^e devant Sagon te, ville alliée des Romains (Fan 3765) , et commença ainsi cette guerre qu'il désirait avec ardeur.
Rome, -engagée dans sa seconde guerre contre les Illyriens , essaya de sauver Sagonte par la voie des négociations. Mais Annibal , malgré la résistance la plus héroïque , prit cette ville et la détruisit de fond en ccnnble. Rome , n'ayant pu obtenir que le violateur du traité de paix lui fut livré , déclara formellement la guerre à Carthage.
Annil>al , brûlant d'anéanlir entièrement renneim mortel de sa patrie » résolut d'attaquer lesBomainssur leur propre territoire. A la tête d'une armée peu nonir breuse, mais enthousiasmée par lui^ il subjugua les peuples guerriers de FEspagney gravit les <ûmes sourcilleuses des Pyrénées, traversa la Gaule j malgré les hordes belliqueuses qui voulurent en vain s'opposera ses progrès , passa le Rhône et vintau pied des Alpes. Son génie audacieux , inépuisable en ressources, surmonta tous les obstacles que lui suscitait la nature dans ces défilés pénibles et dangereux, et , par une marche aussi étonnante que difficile à concevoir , arriva devant Turin , ville forte , qu'il emporta d'assaut et qui devint son premier point d'appui en ItaUe.
Annibal au passage des Pyrénées avait imc armée «Je 59000 lumimes qui y à son entrée en Italie , se trouvèrent réduits à aoooo Êintassins et à 6000 chevaOx. C'est avec des forcés aussi peu considérables qu'il osa attaquer Rome qui , suivant Polybe , renfermait phià de cent cinquante mille citoyens en état de combattre , et qui comptait en ItaUe plus de 800,000 combattons.
Mais Annibal comptait sur le secours des peuples mécontents en Italie, surtout sur les Gaulois qu'il venait de soumettre et à qui il espérait , par des victoires rapides, inspirer le courage de se révoher. Il arriva donc précipitamment au Tessin , vainquit dans une première bataille Cornélius Scipion, qui était accounl en toute hâte de la Gaule -transalpine où Annibal
l'avait évité 9 remporta bientôt après unie victoire déci* sîve sur le méroe consul et sur son collègue Sempro-» ni us aux bords de la Trébia , et enfin , après une marche pénible à travers les Apennins , il battit le présomptueux Flaminius^ nouvellement élit consul , et détruisit presque entièrement toute Tarmée romaine (l'an 3767), prèsdu lac Trasimène (lago di Perugia) en Etrurie. Les Gaulois, abandonnant alors leâ Romains, vinrent se ranger de son parti , les autres alliés balan* cèrent , et Rome , ébranlée, mais non découragée , leva de nouvelles légions et nomma un dictateur*
Ce dictateur, Q. Fabius Maxtmus, homme sage et expérimenté , reconnut la cailse des revers dans le ca-» ractère impétueux de ses prédécesseurs. C'est pourquoi il évita le combat, et prouva son habileté par des marches et des positions , en harcelant et fatiguant l'en* nemi aux prises avec les obstacles dans un pays étrwi* ger , et en inspirant à ses troupes nouvellement levées le courage et la confiance.
L'année suivante (3768), le sage Paul*£mile et le fougueux Térence-Var ron furent élus consuls. An-» nibal parvint à faire accepter la bataille à ce dernier , malgré l'avis de son collègue. Elle se donna aux bords de l'Aufide, près de la ville de Cannes , et fut pour Rome la plus funeste de toutes celles dont l'histoire ro-^ maine fasse mention^ Ce jour là périrent 4^<h>o ci-^ toyens , 80 sénateurs , beaucoup de personnages con"* ^daires et de ma^trats et la fleur des chevatiers. Paul-
Oigitized
Emile mourut d'une belle mort; Térence-Varran prit la fuite. Cependant le sénat , pour ne pas décourager le peuple , alla au devant de ce dernier et lui rendit grâces de n'avoir pas désespéré du salut de la patrie. Ce fut là le plus haut de^ré de la fortune et de la gloire d'Annibal. Depuis cette époque la première couh mença à décliner; mais sa gloire n'éprouva jamais la moindre atteinte. Si les résultats de la bataillede Cannes ne furent pas décisifs , il fisiut en imputer la cause aux circonstances, et nullement à Annibal. N'ayant que !i6ooo hommes à sa descente des Alpes, il n'avait, à l'exception du secours des Gaulois , point eu de renforts considérables. Comment pouvait-il , dans sa troisième campagne , après tant de combats et quatre batailles rangées , avoir encore assez de troupes pour attaquer Rome , affaiblie à la venté , mais néanmoins encore abondamment pourvue d'armes et de combattans? Rome qui jamais n'était plus redoutable qu'après des revers ? C'est pourquoi Annibal résolut , avant d'en veâir aux extrémités, d'attirer dans son parti quelques peuples alliés de Rome et d'attendre des renforts de Carthage. La plupart des peuples delà Basse-Italie commençaient déjà à secouer le joug odieux des Romains. La Campanie, et Capoue, sa capitale, s'en affranchirent aussi. Mais c'était en vain qu' Annibal attendait des secours de Carthage; Hannon persistait dans sa haine contre la maison Barcine, et comme celle-ci fondait sa grandeur sur la guerre, il s'élevait
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avec tout son parti contre i^ssotltcilations d'Annibal eC insistait pour qu on fit la paix. Mais Rome la rejetait , les ambassadeurs d'Annibal ne furent pas même écou* tés. Il fallait donc pour lesalut de Garthagecombatire et accabler Rome^ et Topposition de Hannon contre la continuation de la guerre était dans cette occurrence entièrement contraire à la saine raison.
Annibal espéi*ait recevoir d'Espagne les secours qu'il n'obtenait pas directement de Garthage. Son ' frère A sd ru bal devait, avec l'armée qui s'était aguerrie contre les Romains en Espagne , venir le joindre en Italie par le même chemin que la première armée avait frayé , et des troupes fraîches d'Afrique devaient remplacer celles qui auraient quitté l'Espagne. Mais les événements de la guerre dans ce dernier pays retardèrent l'exécution de ce projet jusqu'à la neuvième année après la bataille de Cannes , et Annibal resta pendant tout ce temps sans autres ressources que celles que son seul génie sut tirer , soit des peuples de l'ital ie dans le voisi* nage desquels il se trouvait , soit de ses négociations et de ses alliances avec les peuples de la Sicile et de la Macédoine.
Rome trouva des ressources* plus efficaces dans la sagesse du sénat , dans le courage inébranlable des citoyens et dansl'ame héroïque de Scipion. Rome qui dans l'abus de sa prospérité se rendit si souvent coupable et odieuse , fut digne d'admiration dans l'adversité. I.'issue funeste de la bataille de Cannes parut avoir
redoublé se^ forcés. A coiopter de cette époque la victoire se déclara pour elle. Marcellus vainquit à Nola Ânnibal pour la premiérefois ^ et Rome iut encore asse^ puissante pour faire en outre la guerre en Sicile , en Sardaigne^ en Macédoine et en Espagne.
En Sicile » Hiéron avait été inviplablement fidèle à son traité avec Rome. A sa mort (Fan 3769), Hiéronyme son peti^fils se déclara pour les Carthaginois. Il fut tué dans une sédition , ainsi que tous les en&ns et les membres de la &mille de l'illustre Hiéron. Cependant le parti de Cartbage eut le dessus ; la guerre avec Rome ait continuée et Syracuse assiégée par Marcellus. Ce ne fut que dans la troisième année de ce siège » qui causa de grandes pertes aux Romains (par les machine^ et le miroir ardent d'Archimède?), que la ville fut emportée d'assaut et succomba k la rigueur du destin. Toute la Sicile devint province romaine.
Manlius reconquit aussi la Sardaigne , où les Carthaginois avaient combattu avec succès dans les commencements.
En Macédoine, Philippe Ilavait contracté alliance avec Annibal peu après la bataille de Cannes; mab cette alliance ne fut pas d'un grand avantage pour le général carthaginois , car Philippe était en guerre avec les Etoliens. Annibal fit de nouveau la paix avec les .Romains.
La guerre d'Espagn e fut plus sérieuse. Cnéjus Scipion paçsa en Espagne desla première année de cette
guerre et son frère Publius ne tarda pas à Vy joiadre. Il y eut plusieurs combats doQt le succès fut varié, quoique en g^érai à l'a^ntage de Rome* Ma» dans le cours de la huitième année de la guerre (Fan 877^) , les deux Scipion essuyèrent une défaite daift laquelle ils perdirent la vie. P.Cornélius Scipion, àgéde vingtquatre ans ) prit alors le commandement et remp(Mrta bientôt une victoire décisive. L'étonnante conquête de CarthagènC; prise d'assaut en un seul jour, fonda la domination des Romains en Espagne; cette domination s'agrandit à la suite de plusieurs victoires , et s'affermit par la soumission volontaire des peuples pénétrés d'admiration pour la vertu de Scipion ; elle devint entière dans la partie carthaginoise d'Espagne par l'expédition qii'Asdrubal entreprit alors enfin en Italie* C'est de l'issue de cette expédition que dépendait le sort d'Annibal et, par conséquent , celui de Carthage. Le vainqueur de Cannes , ne recevant point de renforts, ne pouvaitquese tenir sur la défensive, et la fortune des armes cessa de lui sourire. Il perdit Capoue et Tarente, et ce fut sans sitccèsqu'il se présenta avec son armée devant Rome. Mais l'effroi sfe renouvela lors de l'approche d' Asd rubal qui venait de passer les Alpes à la tète d'une armée nombreuse. Le consul Livius Salin ator marcha à sa rencontre , tandis que son collègue ClaudeNéron tenait Annibai en échecdans l'Apulie. Tout-à-coup Néron > dérobant sa marche à Annibai y conduisit son armée i grandes journées dans
ritalie^^supérieure, fit sa jonction avec Livius, et contraignit Asdrubal d'accepter le combat à Séna aux bords du Métaure (Fan 3777). La bataille fut meurtrière. Asdrubal , voyant la défaite totale de son armée, se jeta au milieu des ennemis et mourut, les armes à la main , en digne fils d'Amilcar et digne firère d'Annibal.
Annibal alors se relira dans le Bruttium à l'extrémité de l'Italie, et alarma Rome plus par la terreur de son nom que par le nombre de ses troupes. Une nouvelle armée auxiliaire s'avança sous les ordres de Magon et fut battue (3778). La guerre d'Italie ne fut plus regardée que comme un événement accessoire.
. L'attention des peuples se fixa dès lors sm* Scipion qui ^ pour récompense de ses exploits et parce que la fortune paraissait s'attacber à son nom , fut élu consul avant l'âge requis par la loi. U porta la guerre ^1 Afrique. Massinissa, roi deNumidie, conclut un traité d'alliance avec lui. Les revers les plus funestes accablèrent alors les Carthaginois* £n vain cherchèi*ent-ils à conjurer l'orage par la force des armes , ou la voie des négociations. Il ne leur restait plus d'espoir que dans Annibal, On le rappelle de l'Italie , etce héros abandonne à regret ce pays illustré pendant seize ans par ses exploits, ce champ d'honneur immortel, si glorieusement conquis , si vaillamment défendu. Son arrivée en Afriqiie inanimé le courage des Cai*thaginois ; ceux que
le sort des combats a mis en fuite ou diverses ^ se relient autour de lui ; son armée campe à Zam a«
De glandes destinées étaient attachées à la bataille qui devait se livrer. Annibal les pressentait, chercha à Téviter et proposa de grands sacrifices pour obtenir la paix. Le sort avait décidé que tout le pays des Carthaginois , hors de TAfinique , tomb^ait au pouvoir des Romains. Scip ion , sûr de la victoire ^ rejeta les offres qui lui furent faites. Dans la 55a.™« année de la fondation de Rome (378a) , deux cent deux ans avant J. C. , les deux plus grands capitaines de leur siècle et peut-être de tous les siècles se disputèrent le prix le plus digne des héros , la gloire y la domination , même l'existence , chacun pour lui et pour son peuple. Le nombre des troupes y les armes , l'habileté et la valeur des deux chefs étaient égales ; Scipion avait pour lui l'enthousiasme de ses soldats et une confiance inébranlable dans son heureuse étoile* Annibal , quoiqu'il eût disposé l'ordre de la bataille en grand capitaine , la perdit et perdit en même temps tout espoir. 11 n'échappa lui* même qu'à grande peine et conseilla à ses compatriotes de faire la paix à tout prix. Cette journée fonda la domination de Rome. C'en était feit de la liberté du monde.
Paix avec les Carthaginois,
Les conditions de la paix condamnèrent les Cartha-* ginoisàune ruine presque inévitable. Ils conservèrent à la vérité leur ville, leur constitution et leur ancien
ta^ritoire en Afrique. Mais toutes leurs possessions à Textérieur, l'Espagne surtout^ tombèrent au pouvoir des Romains. li fallut encore que Carthage , outre d'autres clauses moins importantes , livrât aux vainqueurs tous ses vaisseaux ^ k la réserve de dix , ettims ses éléphans , en promettant de n'en plus dresser pour la guerre. Elle s'engagea à payer dix mille talents dans l'espace de cinquante ans , à rendre au roi Massinissa les pays qu'elle avait enlevés soit à lui , soit à ses ancêtres y à ne plus faire aucune guerre sans le consentement des Romains^ et à fournir à ceux-ci des troupes auxiliaires en cas de besoin. Elle fut aussi obligée de livrer cent otages pour garantie de sa fidélité.
Parmi ces conditions, celles qui entraînèrent la ruine de Carthage , ce furent principalement l'engagement de ne faire aucune guerre sans la permission de Rome (ce . qui par conséquent était une entière soumission à la volonté de son ennemie) et la clause y susceptible de diverses interprétations, stipulée en faveur de Massinissa. Ce prince ad roi t^ avide de conquêtes et sans foi, pouvait dès lors harceler impunément les Carthaginois, leur arracher sous des prétextes imaginaires une province après l'autre (comme il le fit en efifet avec la fertile province d'Emporia et celle de Tyska), et si son arrogance et la médiation partiale des Romains portaient enfin les Carthaginois à une résolution désespérée , Rome , cette ennemie puissante , saisissait avidement l'occasion désii*ée d'une nouvelle rupture.
Car^ge dans une sttuatioa si affligeante €[uant à ses relations à l'extérieur , était encore agitée dans l'intérieur par la discorde et la fureur des factions. Anni bal par l'éclat de son mérite et la puissance de sa maison était, à la vérité , parvenu à la première charge de la république et opéra une réforme salutaire en renversant l'oligarchie du conseil des cent et en rétablissant l'ordre dans les finances. Mais l'ancienne faction de Hannon , par animosité contre la maison des Barcines, se rangea même du parti de Rome, conspira contre Annibal ^ et le plus grand homme que jamais Carthage eut produit , aurait été livré aux Romains s'il ne s'était réfugié en Asie.
L'histoire romaine après la seconde paix de Carthage prend un caractère tout différent. Les possessions que Rome avait accpiises juscpi'alors avaient été enlevées, par des gtierres longues , dangereuses et pénibles , à des ennemis poiiir la plupart égaux en forces et quelque fois supérieurs. Mais depuis l'abaissement de Carthage, ne trouvant plus d'adversaire assez puissant pour lui tenir t^te, Rome s'arrogea bientôt l'empire du monde. Cette révolution s'explique en partie par les principes de la politique romaine que nous avons déjà fait connaître , et en partie par l'état politique où se trouvait alors le monde entier.
État politique du monde* L'empire de Rome ^ dont le siège principal était dans
l'Italie centrale et la Basse^Italie^ comptait au nombre de ses provinces la Sicile ^ la Sardaigne (j compris là Corse et les petites iles) y et les deux £spagnes (citérieure et ultérieure). Cependant la Ligurie, l'Istrie et d'autres contrées de la Haute- Italie, l'Espagne surtout ) persistaient dans leur résistance et occupaient les légions. Dans l'occident Cartbage était réduite ^ et Massinissa roi de Numidie était attaché aux intérêts de Rome autant par politique que par des traités d'alliance. Dans le nord les hordes gauloises isolées et quelques peuplades sans nom ) errantes au delà des Alpes , ne pouvaient guère donner d'inquiétudes. Dans l'orient les états de la Macédoine formaient un système d'états particulier et important , puissant par leur étendue et leur population , mais renfermant en lui*méme le germe de la des^ truction et jusqu'alors presque sans relations commerciales avec l'occident.
Des quatre puissances principales de ce système d'états la Macédoine, proprement dite, était d'une importance prépondérante par la situation naturellement forte du pays , par l'esprit belliqueux de ses habitans et enfin par le génie de son roi (Philippe). Mais son peu d'étendue , et l'inimitié de presque tous les peuples voisins l'empêchaient de méditer de grands projets. Les affaires de la Grèce occupaient presque exclusivement sa politique et ses forces.
La G r ècc aurait pu être invincible , sans les divisions
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qui l*agitaient ; mais une haine mortelle régnait entre les Ëtoliens et les AchéenSi Les Béotiens et d'autres^ et surtout les Spartiates ne songeaient qu'à eux, et tous ces peuples qu'abusaient leur orgueil et le souvenir de leur ancienne gloire^ se laissaient endormir dans une dangereuse sécurité. D'ailleurs l'Etolie et Sparte étaient contre Philippe; l'Achaïe dépendait de lui. Le royaume de Sy rie ^ pays vaste et fertile , regorgeant de population et de richesses , formait la masse principale des conquêtes d'Alexandre; mais la nullité de ses rois l'avait af&ibii. Antiochus le grand ne le régénéra qu'en apparence. Il était alors allié avec la Macédoine contre l'Egypte qui dès les premiers temps était déjà l'objet de leur haine; celle-ci, dépuis le règne de Philadelphe était dévouée aux Romains.
Guerres contre la Macédoine , la Syrie et la Grèce,
Immédiatement après la bataille de Zama, Rome trouva un prétexte spécieux de renouveler la guerre contre Philippe par la découverte de plusieurs Macé*doniens qui servaient dans l'armée carthaginoise. Les Etoliens, les Athéniens , les Rhodiens et le roi de Pergame, étaient alliés dé Rome. Sans aborder en Italie, les légions africaines passèrent directement en Macédoine, y combattirent pendant deux ans avec des succès variés , et battirent complètement dans le cours de la troisième année (3787) sous T. Quinctius Flaminius l'unnée de Philippe près de Cynocéphales.
Le roi , découragé et affaibli par cette défiiite , ne songea plus à continuer la gu^re. Contraint de se boi*ner à la possession paisible de sa Macédoine, il fut réduit à se désister de toute prétention sur les états grecs en £a* rope et en Asie , à livrer sa flotte j à renoncer au droit de faire la guerre hors de son royaume , à payer mille talents et à donner pour otage son fils Démétrius. La Macédoine ne se releva phis de cet échec. La domination de Rome 6it dès lors établie dans l'Orient.
Mais pour affermir cette domination j il paraissait indispensable de subjuguer les Grecs. Pour gagner leur confiance , on commença par proclamer leur liberté. Ensuite on prépara de loin leur ruine , en iso» lant leurs états , en les incitant les ims contre les autres sons Tapparence spécieuse de la médiation j en s'arro* géant , à titre de protection et de tut^e , la direction des affaires , en gagnant un parti dans chaque ville et en opprimant les patriotes.
Ces menées furent interrompues par la guerre «le Syrie; mais Fissue de cette guerre contribua à leur succès.
Antiochus, ditlegrand, roi de Syrie , avait , par son entreprise contre l'Egypte et ensuite par l'occupation des villes grecques que Philippe avait été forcé d'abandonner en Asie , montré des dispositions hostiles contre les Romains. Thoas, Stratège des Etidiens, et Annibal firent éclater l'incendie. Les fiers Etoliens se sentaient blessés de l'arrogance des Romains. Aussi
incoosidérés que dans le temps où^leur imprudence ouvrit aux. Romains le chemin de la Grèce, ils afpe-lérentà leur aide , pour chasser ces derniers , le roi de Syrie et plusieurs peuples grecs qui ^ pénétrant les desseins de Rome , s'unirent à eux. Annibal , cet ennemi toujours vigilant de Rome, observait à Carthage la marche des événements et médita dès lors ses projets de vengeance. Philippe pouvait*il avoir oublié son bunii'^ liation ? et que ne pouvait-on pas espérer d'une coali* tlon entre Carthage y la Syrie, la Macédoine et les peuples de la Grèce ?
Un orage terrible allait fondre sur Rome; son infati^ gable politique le dissipa. Elle avait partout des am-* bassadeurs adroits. Carthage fut contrainte de bannir elle^-méme le redoutable Annibal; on amusa Phi* lippe et les Achéens par quelques légères conces* sions , et des agents de Rome surent se faire un parti à la cour d'Antiochus même.
Ce prince , qui mérite plutôt d'être appelé le successeur de Xerxès que celui d'Alexandre, s'imaginait entreprendre et finir une guerre avec lès Romains au milieu des réjouissances et des festins. Ses troupes richement parées prirent le chemin de la Grèce , comme alUnt à une prise de possession en temps de paix ; mais le consul Acilius Glabrion , après leur avoir fait es* stiyer des pertes considérables , leur fit reprendre pré* cipitamment le chemin de l'Asie.
Les Romains ne tardèrent pas à les poursuivre.
L. Scipion, accoippagnédeson frère rÀfricain, cornmandait alors rarmée romaine , renforcée par Attale roidePergame. Ce fut à Magnésie^ au pied du mont Sipy lus (l'an 3794)9 sept ans après la chute de la Macédoine, que selivra la bataille qui détruisit le royaume de Sél eu eu s. Antiochus le grand abandonna tout le pays jusqu'au Tau rus, promit de payer i5ooo talents à Rome et 400 à Eumène roi de Pergame, de livrer les auteurs de la guerre , nommément Thoas et Anni* bal, et de livrer son plusjeune fils pour otage. Bientôt après , les Etoliens furent totalement battus par M. F ul* viusNobilioret réduits, pour servir d'exemple aux autres alliés , à expier cruellement leur défection. Les Gai a tes, qui avaient également combattu pour Antiochus, obtinrent des conditions moins dures parce que Rome comptait en tirer encore parti.
Rome, voulant toujours sauver les apparences et dissimuler son ÎM^atiable ambition , donna à Eumène le pays qu'elle venait de conquérir dans FAsie-mineure. Des orateurs fanatisés et d'autres à gages prônèrent la générosité de la libératrice du monde.
Annibal, qui par sa fuite avait épargné au roi de Syrie le déshonneur de livrer son allié , s'était retiré chez Prusias, roi de Bithynie, et combattit pour lui dans la guerre contre Eumène ami des Romains, en attendant l'occasion de combattre de nouveau contre Rome même. Mais une ambassade romaine vint som-
mer Pnisias de livrer Toctogénaire ÂnnibaL Pnisias n'osant refuser ^ Annibal s'empoisonna.
Deux ans auparavant Scip ion, son vainqueur, avait éprouvé les effets <le l'ingratitude républicaine. Cité devant l'assemblée du peuple pour répondre à des inculpations déshonorantes , et dédaignant de comparaître devant des juges qu'il méprisait , il se retira à linternum où il passa le resté de ses jours dans ime honorable ob-» scurité. LuciusScipionfut également accusé , et condamné injustement. Une nouvelle coalition parut alors menacer Rome , et lui prépara de nouveaux triomphes. Peu de temps après la bataille de Magnésie , Philippe trouva dans le changement de conduite des Romains à son égard assez de motifs de se repentir d'avoir abandonné Antiochus. L'exclamation involontaire qui lui échappa un jour lorsqu'il s'écria : «le derhier jour n'est pas encore passé», trahit l'excès de son indignation. Mais la mort le surprit avant qu'il trouvât l'occasion de se venger.
Persée, son fils, hérita de ses ressentiments et poursuivit pendant sept ans les préparatifs commencés par son père, pour se mettre en état de /aire tète aux Romains ; mais ses efforts n'obtinrent pas de résultat complet. Il eut plus de succès dans l'infatigable persévérance avec laquelle il cherchait à traverser la politique de Rome. La rupture avec les Romains ayant éclaté trop tôt pour l'intérêt de ceux-ci , Persée profita d'un armistice qu'il accorda astucieusement , pour gagner
le temps d'achever ses préparatifs. Après le renouvelle^ ment de la guerre y il eut le dessus pendant deux ans. LespeuplesderEpire,delaThessalie,delaThrace, ainsi que beaucoup de mercenaires étrangers (entr'autres 3o,ooo Gaulois) combattirent pour lui. Gentius, roi d'Illyrie, vint à son secours avec toutes ses forces 9 et la phalange bien armée parut plus redoutable que jamais. £n6n Paul-Emile se présenta avec sou armée renforcée. Des troupes de Numidie, d'Italie, de Grèce et de rAsie-mineure combattaient dans ses ' rangs ; cependant le général romain eut besoin de toute sa prudence et de toutes ses forces pour s'assurer la victoire. Il avoua lui-même dans la suite n'avoir pu se défendre d'un mouvement d'effroi en voyant à Pydna , dans le moment décisif, la phalange fondre en rangs serrés sur les légions (l'an 38 1 6). Mais cette journée fut la dernière de la gloire des armes macédoniennes. Après une résistance héroïque, l'élite de l'armée des Macédoniens mourut sur le champ de bataille , les autres périrent dans leur fuite ou tombèrent au pouvoir de l'ennani. Persée , fait prisonnier et conduit à Rome , marcha devant le char de triomphe du vainqueur, et mourut dans les fers des Romains après cinq années de souffrances et de mauvais traitements.
^ Gentius fut également fait prisonnier. L'Illyrie et la Macédoine, après avoir été livrées au pillage, furent partagées , la première en trois , la seconde en quatre prétendues républiques^ et contraintes de payer aux
Romains, comme tribut annuel , la moitié des revenus que leurs rois percevaient autrefois.
Le sort de Persée fit trembler tous les rois. A la sommation de Popilius Lœnas, ambassadeur romain, (car dés-lors on ne gaixlait plus de ménagement) , Antiochus, roi de Syrie, abandonna l'Egypte qu'il avait à moitié conquise , et ce dernier royaume fut affaibli pour toujours par la perte de ses pays adjacents qui furent séparés de l'Egypte par ordre de Rome. Les princes d'Egypte et de Syrie vinrent à Rome pour réclamer leurs droits près du sénat , ou bien aussi pour y rester en qualité d'otages ; mais il fut défendu aux rois d'y aller sans permission. Rome ne parlait plus qu'en maître.
Vers ce temps là les Romains sous Opimius pénétrèrent dans la Gaule transalpine. A compter de cette époque les citoyens furent exempts d'impôts ; il semblait dans Tordre que les vainqueurs subsistassent aux dépens des vaincus.
Le voile dont Rome avait couvert jusqu'alors ses arrogantes prétentions était tombé ; Rome n'hésita phis à se montrer la maîtresse du monde ; elle signala et affer* mit sa puissance par deux injustices atroces ; elle asservit l'Acbaïe et détruisit Carthage.
La Grèce s'était jetée avec une entière confiance dans les bras du vainqueur de Philippe,' croyant n'avoir rien à redouter pour sa liberté de la part d'u» peuple libre. Même après l'abaissement des Eto-
liens 9 qu'on regardait comme une juste punition de leur audace et de leur inconstance , les autres républiques grecques, surtout TAchaïe, restèrent attachées à Rome , dont Famitié semblait avantageuse à leur prospérité. Mais déjà Flaminius leur préparait des fers en mettant adroitement la confusion dans leurs affaires et en formant dans chaque état un parti dévoUé aux Romains. L'opposition de ce parti se faisait sentir à celui des patriotes , à proportion que les prétentions de Rome dont la puissance croissait de plus en plus , devenant plus arrogantes, montraient aux gens de bien le danger qui menaçait la patrie* Ce dernier parti était le plus nombreux , mais non le plus puissant. On l'appelait le parti macédonien , pour pallier sous cette dénomination l'injustice avec laquelle on le traitait* On l'eût appelé à plus juste titre , parti patriotique y car entre celui-ci et la Macédoine, à l'exception de quelques partisans mercenaires , il n'y avait d'autre lien d'amitié que la communauté entre les infortunés qui gémissent sous la même oppression et que console un même espoir. Par contre les ennemis de la patrie et les traîtres vivaient sous l'égide protectrice du nom romain et, bravant la haine publique, usurpaient l'autorité e) accumulaient des trésors. Ce fut à leur instigation , qu'aussitôt après la défaite de Persée , les Romains commirent la révoltante barbarie d'arracher , en une fois , du sein de leurs familles et du milieu de leurs concitoyens , mille Achéens dont les sentiments et le
crédit donnaient de rombrage, et de les traîner en Italie pour les punir de leur attachement à la Macédoine. Ces victimes de la tyrannie la plus criante gémirent pendant dix-sept ans au fond des cachots de Fltalie ; la plupart y périrent.
Callicrate, le délateur de ces patriotes, pour récompense dç cette* indignité , fut élevé à la première charge de la république des Âchéens. L'exécration publique pesait sur lui , mais la terreur qu'inspirait l'oppression des Romains , contenait encore les esprits , et la tranquillité ne fut point troublée.
Les ressentiments éclatèrent enfin ; ce fut à l'occasion d'une nouvelle rupture de Sparte avec les Achéens et de l'impérieuse intervention de Rome dans cette circonstance. Rome hésita cependant à sévir ; elle combattait alors en Afrique pour exterminer Carthage, et en Macédoine pour étouffer une sédition. Les Macédoniens venaient de reconnaître pour roi , aux acclamations de tout le peuple , Andriscus qui se disait fils de Persée (l'an 3835). Celte guerre parut si sérieuse , que Q. Mé tell us , qui la termina glorieusement j obtint les honneurs du triomphe et le surnom de Macédoniens. Il battit les Aché en s qui avaient engagé le combat aveC plus de valeur que de prudence. Critolaus , leur général y se donna la mort. Diaeus qui le remplaça , continua de combattre avec la fureiu* du désespoir , mais ce fut en vain qu'il déploya sur l'isthme de Corinthe une valeur digne de l'ancienne Grèce; les dieux accordèrent
la victoire au plus fort Diœus> au milîM cle:^ ruines de sa patrie tombée au pouvoir du vainqueur , se doiroa lui-même la mort, ainsi quà sa famille. Mumraius, successeur de Métellus, se présenta devant les miu^ de Corinthe. Cette ville vénérable qui , depuis près de mille ans , était un des plus beaux ornements de la Grèce et riche en trésors de Fart , fut emportée et réduite en cendres (Van 3838). Tous les habitans en état de porter les armes furent passés au fil de Fépée , les autres vendus comme esclaves ; les chefs-d'œuvre de l'art furent détruits en grande partie et le reste envoyé à Rome. Chalcis dans l'île d'Eubée, Thèbes et d'autres villes furent incendiées. C'est ainsi que fut traité par un peuple libre et avide de gloire, un peuple qui avait fondé la liberté en Europe , qui avait bravé tant de rois , à qui plusieurs autres rdis avaient rendu hommage et dont la gloire avait retenti sur toute la terre ! Telle fut la fin déplorable de l'indépendance de la Grèce , dans la troisième année de la 1 58.*^ Olympiade , la Co8.« de la fondation de Rome et la 146.*^ avant la naissance de J. C. — Elle devint province romaine sous le nom d'Achaïe.
Tivisième guerre punique,
La chute de Carthage, dans la même année que celle de Cprinthe, fut encore plus épouvantable. Quelque dures qu'eussent été les conditions de la seconde paix avec les Romains, cette ville se releva néan*
moins promptement par riiidustrie de sos citoyens et la sage administration d'AnnibuL Rome, qui ne voulait décidément pas que Carthage reprit des forces, en conçut de nouvelles défiances. A force de persécutionson contraignit Annibal à prendre la fuite, et Ton vit avec satisfaction les envahissements successifs de Massin issa affaiblir sans ménagement un état sans défense. Ce fut en vain que Carthage qui , d'après les traités , ne pouvait faire la guerre , demanda justice en sollicitant la médiation des Romains. Son juge était son ennemi , et lorsqu'enfin Caton y fut envoyé comme ambassadeur, Farrogance de sa conduite aigrit les esprits, et son animosité précipita la ruine de cette ville infortunée.
La discorde y agitait les partis plus que jamais. Celui des patriotes avait à lutter non seulement contre le parti romain, mais encore contre une faction numide; Animés d'une juste indignation , mais emportés par un zèle aveugle, les patriotes exilèrent tous les partisans de Massinissa et firent , par là , naître l'occasion de la guerre ; car le roi exigeant le rétablissement de ces derniers , les Carthaginois exaspérés coururent aux armes. Mais le nonagénaire Massinissa battit leur armée et la détruisit entièrement.
Rome ne pouvait trouver d'occasion plus propice pour accabler sa rivale. Cette dernière avait violé le traité et n'avait plus d'armée. Rome alors déclara la guerre (l'an 3834). Dans cette conjoncture funeste Utiquc se détacha de Carthage et se soumit aux Ro-
mains. Les Carthaginois consternés exilèrent les auteurs de la guerre contre Massinissa ; ils finirent même par se déclarer sujets de leur toute-puissante ennemie. Le sénat agréa la soumission avec une satisfaction apparente , promit de laisser subsister Cartbage à condition qu'elle livrerait trois cents de ses plus nobles citoyens comme otages et qu'elle se soumettrait à ce que les consuls ordonneraient de plus. I^^es otages furent donnés et les consuls se rendirent en Afrique. Ces derniers exigèrent la remise des vaisseaux /des armes et des munitions de guerre. Les Carthaginois obéirent. Il leur fut ordonné enfin de démolir leur ville, et d'en construire une autre à une grande distance de la mer et sans murailles.
A cette nouvelle foudroyante le désespoir s'empara d'eux. Ils résolurent à l'unanimité de défendre leur ville chérie ou de périr. Jamais il n'y eut d'exemple plus éclatant des ressoures d'un peuple réduit aux dernières extrémités. Cette ville sans fortifications se défendit héroïquement jusque dans le cours de la troisième année , contre des légions accoutumées à vaincre. Plusieurs armées consulaires furent battues. Les forces des assiégés semblaient s'accroître de jour en jour ; peu s'en fallut que les Romains ne se décourageassent. Ils nommèrent consul le jeune Scipion-Emilien (fils de Paul- Emile et petit-fils adoptîf de Scipion l'Africain). Sa présence rendit le courage aux légions, sa sévérité rétablit la discipline, son génie donna la victoire. Les
Carthaginois firent une résistance incroyable. Le port étant fermé par une digue, ils creusèrent , avec une célérité qui tient du prodige , une autre issue par laquelle une nouvelle flotte vint bientôt menacer Tennemi. Deux enceintes de murailles étant abattues , la troisième résista. L'armée hors des murs étant battue , toutes les communications interceptées , on brava la faim et toutes les horreurs de la guerre. Scipion pénétra de nuit dans le port intérieur; la partie basse de la ville fut emportée ; la partie haute et la citadelle (Byrsa) ne se rendirent pas. Scipion fit donner Tassant qui dura six jours et six nuits, le sang ruissela dans les rues, sur les places publiques , dans chaque maison. I^s Carthaginois, n'écoutant que leur désespoir, ne cessèrent point de combattre , et lorsqu'enfin tout espoir de salut fut évanoui , ils incendièrent eux-mêmes leur ville , et s'entretuèrent dans leurs maisons , dans leui^ temples et sur les tombeaux de leurs proches. L'incendie de cette immense , magnifique et malheureuse cité dura dix sept jours entiers ; les Romains en achevèrent la destruction.
Cest ainsi que disparut de la surface de la terre, après avoir lutté glorieusement pendant cent vingt ans contre Rome , le peuple carthaginois dont la dominatioiâ s'étendit au loin , qui fit fleurir le commerce , qui fut grand dans sa prospérité , et plus grand encore dans sa chute (l'an SSSy).
De faibles restes de ce peuple se réfugièrent dans
l'intérieur de TAfrique, peut-être jusqu'au delà du désert (on croît que Tombuctu leur doit son origine) , d'autres menèrent une vie précaire et obscure sous le bon plaisir des Romains dans le pays de leui*s ancêtres. Le territoire continua d'être cultivé par les anciens sujets de Carthage et par des colons romaiii$. Le commerce fut transféré à U tique. Mais une nou]velle Carthage s'éleva sur les ruines de l'ancienne. EllefutcommencéeparTiberiusGraccbuSy et achevée par Jules-César. Ce futpendant plusieurs ^siècles la capitale de cette côte de l'Afrique.
Viriathus. Nutnance.
Rome , après avoir vaincu Carthage et les états de la Macédoine ^ soutint bientôt après , pendant bien des années 9 une guerre malheureuse contre un brigand^ une petite ville et une poignée d'esclaves. La possibilité d'une chance défavorable aux Romain» dans une pareille guerre prouve le déclin de leur» forces morales.
En chassant les Carthaginois de l'Espagne , Rome n'avait d'abord fait que la conquête d'un théâtre de guerres longues et sanglantes. Parmi les scènes variées de cette lutte de deux siècles entre la liberté et l'oppression, notre attention se portera principalement, quant à préseqt, sur la guerre contre Viriathus et Numance.
Viriathus, propriétaire lusitanien, indigné des
concussions des Romains ^ se mit à la tête de ses braves concitoyens et commença une guerre dangereuse qui , après avoir fait essuyer plusieurs défaites aux Romains, s'étendit depuis l'Espagne ultérieure jusque dans TEspagne citérieure et occupa pendant six ans les légions romaines. Les Romains se débarrassèrent enfin par un assassinat de cet ennemi qu'ils qualifiaient de brigand.
Numance, située aux bords du Duero dans les montagnes de la Vieille-Castille , ville de peu d'étendue , mais bien fortifiée , résista à la puissance de Rome , battit plus d'une armée consulaire ^ et après en avoir enveloppé une nouvelle ^ commandée par M ancinus , obtint une paix honorable. Mais le sénat refusa de la ratifier, crut satisfaire les dieux vengeurs du parjure en livrant aux Numantins Man-* ci nus chargé de fers, et envoya' Scipion continuer la guerre à la tète d'une armée nombreuse. Quatorze ans après la chute de Carthage, Numance, après une résistance héroïque , succomba de la même manière (l'an 385 1), par la valeur de Scipion et le désespoir des citoyens. Ils s'entretuèrent et s'ensevelirent sous les ruines de leur ville embrasée.
Vers le même temps la Sicile fut le théâtre d'une émeute qui éclata parmi les esclaves exaspérés des cruautés de leurs maîtres. Ils combattirent , sous les ordres de l'aiiificieux Eunus, contre les Romains pendant cinq ans , d'abord en petits corps de troupes , et
finalement avec une armée nombreuse. Le consul Pupilius les réduisit enfin et les extermina de la manière la plus cruelle (l'an 385a).
fUtctio^ txo'wimt.