‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'an 1832Chapitre 22 sur 30 · GUERRES CIVILES · texte numérisé non relu

GUERRES CIVILES

Goufemement de Rome après Vexpulsion des rois.

La constitution de Rome après l'expulsion des rois fiit un mélange ingénieux de formes monarchiques^ aristocratiques et démocratiques. Le pouvoir consulaire, quoique limité avec beaucoup de circonspection^ assurait, comme cela doit être en théorie, au gouvernement, surtout en temps de guerre, l'unité et l'énergie de la royauté. I^a sagesse du sénat aristocratique et l'inamovibilité de ses membres, malgré le renouvellement des magistrats et l'inconstance de la volonté du peuple , donnait de la fermeté aux maximes d'état , de la connexion et de l'ordre aux mesures dispositives , et un centre de gravitation permanent à tout l'état. Mais la souveraineté du peuple, représentée par les tribuns , était immédiatement maintenue et exercée dans les comLcfis^ cpî décidaient non seulement en matière de légi^ation et dans les affaires les plus importantes du gouvernement , mais qui nommaient encore aux premières

charges de Tétat et qui même administraient en partie la justice. Cette constitution tant prônée renfermait dès son origine des imperfections essentielles et des défauts presque irrémédiables , principalement par la raison qu'elle supposait , plus que toute autre consti* tution, la vertu républicaine dans les citoyens, ainsi que l'habileté et la probité dans les magistrats , comme condition essentielle de son excellence et de sa solidité. Un consul animé des meilleures intentions pouvait , abstraction faite de tous les autres obstacles , être entravé dans ses projets pour le bien de l'état par un collègue mal -intentionné. La considération dont jouissait le sénat alimentait l'orgueil de sel» membres , et conservait sous toutes les formes démocratiques tout ce que l'aristocratie a d'odieux; l'attitude hostile des partis opposés produisait des froisse^ ments continuels entre les grands et les petits. Finalement le peuple avait trop de pouvoir» D'après les principes du droit , il est incompatible que le peuple soit juge en matière de crimes d'état , par conséquent dans sa propre cause. Les magistrats et ceux qui aspiraient aux charges avaient trop d'intérêt à complaire au peuple , à acheter sa faveur par des propositions injustes ou pernicieuses , et. pouvaient facilement l'induire aux résolutions les plus funestes y par l'organe des tribuns y ses chefs immédiats. La limite des pouvoirs n'était suffisamment tracée nulle part ; l'un empiétait sur l'autre , le conflit était inévitable. Pour

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faire réussir les projets les plus sages , il fallait recourir aux intrigues j à Tartifice y souvent même à la violence. C'était une agitation non interrompue de mouvements en sens contraire. L'existence n'avait pas de charmes pour les citoyens. Il y avait enfin trop de chances qui dépendaient du caractère et des talents des magistrats , et surtout des tribuns qui pouvaient à leur gré mettre le désordre dans l'état, paralyser les autorités et entraîner la république dans im abime de maux. Cependant ces tribuns étaient indispensables pour mettre le peuple à l'abri du despotisme de l'aristocratie , et c'est sans doute une preuve des vices de la constitution , que la nécessité de pareils moyens.

Par le prodigieux accroissement de la puissance de Rome la constitution romaine , sans subir de modifia cation essentielle dans sa base , avait adopté un autre esprit. Dans son origine elle était simplement urbaine, et dans ce sens elle re^mplissait son objet. Lorsque par des incorporations , des colonies et des alliances la république vint à s'agrandir modérément , la constitution put encore subsister, principalement sous l'égide des vertus républicaines. Mais lorsque les alliés devinrent sujets de fait, et plus encore lorsque d'autres états et des royaumes ftirent convertis en provinces, c'est-à-dire devinrent propriété de l'état dominant , alors les formes de constitution qui convenaient à une ville, ou à la maîtresse du Pays-Latin ,

n'étaient plus applicables à la métiopole de lltalie. J..es lois, les usages qui suffisaient à Rame dans son enfance, perdirent leur vigueur lorsque cette Rome eut étendu sa puissance au loin , lorsque ses prétentions ne connurent plus de bornes , et que son peuple fut devenu un peuple de rois.

Son avidité et son ambition devinrent insatiables à la vue de Timmense moisson qui se présentait en perspective. Les dépouilles des nations affluèrent à Rome et s'accumulèrent dans un petit nombre de familles y car il n'était permis qu'au sénat et ai|x chefs du peuple et de l'armée de piller les provinces. Plus on amassait , plus on était altéré de butin ; les brigandages et les exactions n'eurent plus de frein,

La suite de cet état de choses îat non seulement la cessation de toute réserve , de l'ancienne modérât' tion et de la moralité ; mais elle fut encore en même temps un changement total dans les relations du pouvoir j 'car la multitude qui ne pouvait participer immédiatement à la rapine qui s'exerçait sur les provinces y tirait parti de son droit de suffrage dans les élections aux emplois. Personne ne parvenait plus aux dignités , et par conséqiTent à l'administration des provinces, qu'en gagnant, en achetant même publiquement les votes , et les richesses qui découlaient du pouvoir servaient d'acheminement au pouvoir.'

C'est ainsi qu'à l'aristocratie de la noblesse et des optimates succéda celle de l'opulence. Il y avait

déjà long« temps que la première avait été renversée, et les familles d'optimates, c'est-à-dire celles qui , soit patriciennes j soit plébéiennes d'origine , dont les membres étaient une fois parvenus aux premières charges , les conservaient toujours , si non exclusivement, du moins par préférence. Leur grand nombre laissait assez de latitude au choix , ainsi qu'à l'émulation des vertus et des talents. Mais alors le pouvoir se concentra dans les mains des plus riches citoyens , et de là naquit la plus odieuse des aristocraties.

L'aristocratie de la naissance et encore plus celle des emplois est susceptible d'ennoblissement par ridée qu'on peut y attacher; mais celle de la richesse est absolument odieuse et fimeste y et ne peut naître 9 ni subsister sans l'anéantissement de tout principe de morale ; car alors la considération due au mérite et à la vertu s'accorde à l'argent et s'étead, par conséquent, aussi à tous les moyens d'enucquérir. En outre les richesses des uns ne s'accroissent qu'à mesure que les autres s'appauvrissent. Il résulte de là que le peuple se divise en deux classes entièrement opposées : l'une regorgeant de biens et de jouissances f révoltant par son arrogance et l'excès de son pouvoir; l'autre indigente, opprimée, impuissante, détestant les riches, auxquels cependant elle est prête à se vendre. Une pareille situation mène l'état à sa perte , quelle que soit la forme de son gouvernement, mais

aurtoul ime i^epiiblîcpie ^ puîs({ufi la oondition easen^ tielle de son existence est Tunité de sentiments , de jouissances et d'intérêts , Fabnégation personnelle de ses citoyens y lenr soumissidn aux lois et lem* respect pour la vertu. Rome maintenant est irrésistiblement entraînée vers sa ruine , suite naturelle de sa soif de conquêtes ) et juste châtiment de sa violation de tous les principes dlécjuité.

Home ne manquait cependant pas de grands boilaii^ qui voyaient le danger et qui désiraient le retour de l'ancien état des choses ; mais ils ne remarqiiaient pas la source du mal , — cet indomptable désir d^agrandissementy et ils croyaient^ en maintenant les formes^ conserver aussi l'esprit qui depuis long^temps s'était perdu.

Telle fut aussi Terreur du célèbre IL Po r t i us Ca t on qui y malgré toute* la rigueur de sa censure , ne put réparer les maux qu'il avait causés en incitant le sénat à la destruction de Carthage.

Les Gracques.

Des réformes plus sennRes ^ mais dont lé sucoss tourna à la perte de leurs auteurs , furent entreprises par deux frères illustres , les Gracques, chefs d'une faction populaire , les(juels , par leur caraétère et leur sort j méritent IHntérét général et jouent un rôle important dans l'histoire par la durée de leur inflitêncfe. lU étaient fils de Cornélie, digne sœur des -deux

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