‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'an 1832Chapitre 23 sur 30 · I. ag · texte numérisé non relu

I. ag

Soipion^ et <)e Semproniiis Oracchus^ l^lébéiea très-conskiéi^. La veitii politique de ces deux frères , malgré les déclamations de Fesprit 'de parti , briil^ lie tout son éclat* Cependant le caract^ de Tibère, l'aîné des deux , est plus noble que celui de Cajus son frère ; ce dernier se distingue davantage par ses talents. Tibère G racchus , à son retour de la guerre de Numance avait été témoin de l'état malheureux des habitans de l'Italie gémissant sous l'accablatite dépendance des riches. L^usufruit des terres apparte* nantes à l'état (ager publicus) , lesquelles formaient partout une très -grande partie du pays , avait été accordé presque généralement à un petit nombre de (amilles romaines privilégiées ou opulentes. Arrosées de la sueur des colons indigents et opprimés , ces terres ne produisaient leurs abondantes moissons que po|ir les voluptueux seigneurs de la capitale. Les simples citoyens, c'est-à-dire la masse du peuple romain , n'avaient presque rien eii dans le partage des pays qu'ils avaient aidé à conquérir ; la misère croissante et les créanciers leur avaient encore enlevé cette mesquine part. Brùlanffu désir d'améliorer le sort du bas peuple et de réprimer l'arrogance des grands (ce mot était presque devenu synonyme de riche), Tibère brigua le tribunat et l'obtint.

Il proposa alors le renouvellement de la loi agraire de Licinius (Fan 385i ) , cependant avec quelques modifications: Nul citoyen romain ne devait avoir plus

de cinq cents arpents de terres de Ifétat pour lui-même et de deux cents cinquante arpents pour chaque enfant sous la puissance paternelle. Quiconque avait au delà de cette quantité, devait rendre Texcédant à la commune et recevoir du. trésor public une indem<^ nité proportionnée. Les terres ainsi recouvrées devaient être distribuées aux pauvres et ne plus être aliénées. Cette loi qui , sans contredit , attaquait le mal dans sa racine , mais qui , dans les ciixx)nstances où Rome se trouvait alors , devait paraître plus oné* relise que du temps de Licinius , causa , comme il était aisé de prévoir , de vives a^tations , et prouva une forte résistance de la part des optimates. Cepen* dant la loi passa. Mais les obstacles qu'en éprouvait ^exécution , et la résistance que les optimates continuaient à opposer, déterminèrent Tibère à solliciter la prolongation de sa charge de tribim qui le mettait à couvert de la ftireur de ses adversaires. Néanmoins on redoutait cette prolongation. On en usa donc k son égard, comme on en avait usé précédemment avec Cassius , Maelius et Manlius. On Tacaisa d'âspi-* rer à la tyrannie ; cependant on ne se sèiHàt point des voies légales de l'accusation et du jugement; mais^ pour la première fois depuis que Rome existait^ ce fut par le tumulte et les voies de fait que la vengeance éclata : car à peine les tribus eurent-elles commencé cfaller aux voix pour cette nouvelle élection , que Scipion Nasica , souverain pontife , homme d'aile

leurs considéré et jparent de Gracchus , entraîné par l'excès de ranimo&ité , se leva et s'écria : que ceux qui veulent sauver la patrie me sjiiivent ! A l'instant même les sénateurs , plusieurs chevaliers ^ les plus riches citoyens suivis de leurs partisans , s'armant de massues , de sièges , de tout ce qui se présente sous leurs mains , se précipitent sur le peuple sans armes. Ce fut un de ses collègues qui porta le pi'emier coup à G racchus. Il périt avec trois cents de son parti. Leur^ corps furent jetés dans le Tibre (l'an 3853).

Mais les meurtriers devinrent l'objet de la haine publique; la fermaitation continua, et Cajus Grac-r chus la fit éclater dix ans plus tard avec encore plus de violence.

Cajus Gracchus avait c^tenu le trtbunat , et non seulement il remit en vigueur les lois de son frère, mais encore il en augmenta la sévérité. D'autres lois , en partie sages et bienfaisantes, en partie dangereuses , parurent ensuite : elles tendaient presque toutes à dé* considérer et à humilier le sénat. Une des plus im* portantes fiit celle qui donnait aux chevaliers l'emploi de jugés y de même que celle qui accordait aux alliés le droit de citoyens* La première de ces lois, mettant les chevaliers au dessus des sénateurs , était plus propre à déranger qu'à maintenir l'équilibre ; la seconde contenait l'étincelle de la plus terrible guerre qui jamais ait dévasté lltalie. Cajus, par l'ardeur de son zèle et l'ascendant de son éloquence , conserva

]>ei|clafit deux ans une prépondérance marquée ; maïs a^ant réussi dans la troisième année de son tribunat à. écarter l'adversaire qu'il redoutait, il ciiit n'avoir plus de ménagements à garder. liecousidUpimius, ennemi personnel de Gracchus, se fit déférer, coramedans les temps de danger , le jK)uvoii' suprême , attaqua avec des troupes la foule des partisans de Gracchus et la dispersa. Plus de 3ooo citoyens furent tués, entr'autres Gracchus lui-même. Opimius paya au meurtrier la tête de Gracchus au poids de l'or (l'an 3863). Ensuite il eut l'impiété d'ériger un temple à la Concot^de, tandis qu'il persécutait encore toujoui's le parti contraire et qu'il détruisait d'un air de triomphe tout le bien que les Gracques avaient fait. Mais le peuple reconnaissant honora la mémoire de ces deux frères, leur érigea des statues et les proclama martyrs de la liberté. Opimius, condamné dans la suite pour s'éti'e laissé corrompre , mourut couvert de mépris.

Les digues étaient rompues. I^a force remplaça la justice. L'inviolabilité du tribimat avait été lésée à l'égard de Gracchus l'ainé, celle de la vie des citoyens romains l'avait été à l'égard de ses paitisans et de ceux de son frère. Un avenir effrayant menaçait Rome.

Pendant la sédition des Gracques, Rome remporta des victoires à l'extérieur. Une grande partie de la Gaule méridionale jusqu'aux Pyrénées fut conquise dans différentes expéditions; les Salyes, les

Allobrog^s, les Avernes fiu^ent vaincus et la colonie Narbo Martius (Narbomie') fut fondée. Q, Mé tell us (fils de MételJus le taacédouiqiie) conr quit les îles Baléares , et .L. Gécilius Métellus subjugua la Daliaatie. La guerre contre les Se or* d ici se continuait en ïhrace avec des succès variés.

Guerre de Jugurtîia et des Cimbres.

Deux événements d'une importance particulière ^ la guerre de Jugurtha et celle des Cimbres, suspen»dirent pour quelque temps la lutte entre les partie , mais attisèrent le feu de la discorde intérieure <pii n'en éclata que phistôt dans la suite.

Après la mort de Massinissa, Rome partagea, selon son bon plaisir , la succession de ce monarque entre ses fils , et les princes de Numidie passèrent sous la dépendance des Romaips. Aussi Rome n'bé* sita-t-elle pas à s'ériger en juge dans la querelle qui s'éleva (l'an 3865) entre les petits^filsde Massinissa, et dans laquelle Jugurtba, l'un d'eux , fit assassiner un de ses deux cousins , et chassa l'autre. Mais Jugurtha , après avoir gagné le sénat et corrompu lei d^é^ gués romains , tua également ce rivai qui s'était réfagié sur le territoire de Rome. Par les efforts du tribun C. Memmius la guerre lui fut déclarée, mais Jugurtha se défendit encore pendant une suite d^années contre les décrets du peuple et les armées romaines, en g$gn«l)t les chefs ; il eut même l'audace d'aller lui-ipême à Rome

et cl y faille assassiner son troisième parent. Enfin (l'an 3874) Q« Métellus, le vaiiiqiieur de la Macédoine ^ honinie incorruptible et grand capitaine , fut envoyé ayec des forces contre lui. Jugurtba, malgré son habileté dans Tart de la guerre ^ ne put tenir contre cet adversaire , et se réfugia , après plusieurs défaites, près de Bocchus^ prince de Mauritanie, dont il «vait épousé la fille *).

' Mais rbdnileur d'avoir terminé cette guerre fut en* levé à Métellus par C. Marins, l'un des bontmes les plua remarquables dans Tbistoire romaine. Né à Ar-> pinum dans une condition obscure , sans ibrtiuie , sans éducation , sans connaissances , ne se distinguant que par son mérite militaire et par une grandeur d'ame mêlée de rudesse , il se fit une réputation dans l'armée par ses exploits , et dans la ville par sa popularité. Le a&èle avec lequtel il s'acquitta de la charge de tribun , justifia la confiance du peuple, et son protecteur MételluS) qui remmena euNumidie en qualité de délégué, reconnut l'importance des services qu'il raidit; mais Marins, en décriatit son bienfaiteur auprès du peuple , l'écarta du commandement de l'armée qu'il obtint ensuite lui-même en sa qualité de consul nouvellement élu- ( l'a» 387 7 ).

*) D*aprésle texte aHenuind, Jugurthn était gendre de Boc«chus; mais d'après l'histoire universelle, traduite de l'anglais par une société de gens de lettres, c*est Bocelius qui avait épousé une des filles de Jagurtba. f^ote dutmd.)

Marins y après le gain de plnsienrs batailles impor* tantes et la conquête des places les pkis fortes, anéantît les forces combinées de la Tîumîdie et de la Mauri» ta nie. Bocchus ftit réduit à livrer ^on gendre aux Romains. S y 1 1 a , questeur aows Marius , qui effectua cette extradi tîon , encourut la haine de Mari u s. Boc» chus obtint une partie de la Numidie ; Rome en garda une autre , et une troisième fut accordée aux princea Hiempsal et Hiarbas, seuls rejetons de leur famille (Tan 3G78), Jugurtha marcha devant le char de triomphe de son vainqueur , et mourut de firim daw un cachot souterrain.

La joie qu'occasionna cette paix fut troublée par les alai-mes que fit naître la guerre des Cimbres. Dès les pretnières années de la guerre de Jugurtha le bruit s'était répandu que , des contrées du nord , s'avançait im peuple errant, de l'existence duquel on n'avait en* core nulle connaissance. On évaluait cette multitude à trois cent mille combattans , d'une taille si]qpérieiire, ayant les cheveux blonds et les yeux bleux. Ils avai^t k leur suite leurs femmes et leurs enfens^ ce qui faisait iine masse innombrable. Ces caractères distinctifsdé' signaient quelque peuple de la Germanie , mais ne donnaient pas de renseignements plus précis sur son origine. C'est là le premier indice de l'^ôstence des Germains dont l'histoire fasse mention ; mais quelle effrayante apparition ! Après ^voir battu le consul Papirius Carbon, près de Noréj a aux frontières de

Fil ly rie (Fan 378 0»ï^ Cinabres traversèrent FHel* vétie^ passèrent le Rhin y vinrent dans les Gaules et^ dévastant tout sur leur passage, pénétrèrent dans le pays des Celtibériens au delà des Pyrénées* Les Tiguriens (du pays connu aujourd'hui sous le nom du canton de Zurich), les Ambrons avec les Tu gènes, lesTectosages (de Toulouse) et une multitude énorme de Teutons (Allemands qui habitaient les cotes de la Baltique) se joignirent k eux. C'était en vain qu'ils avaient demandé du territoire aux Romains. I.es Cimbres battirent alors M. Julius Silanus et M« Aurélius Scaurus; les Tiguriens dé6rent L. Cas-* sius L6nginus aux environs du lac de Genève et détruisirent totalement les armées de Cn. Manlius Ma* ximus et de Q. Servilius Csepion (l'an 3879). — Teutobochus et Bojorix étaient pkis terribles qu'An ni baL

Dans cette extrémité c'était de Ma ri us seul que Ronie attendait son sàlut. Cest pourquoi , sans égard aux lois fondamentales , et quoiqu'il fut encore en Nuroidie , il Alt élu consul pour la seconde fois , et dans les alarmes continuelles de la république il fut réélu quatre ans d^ suite. Les espérances ne fin*ent pas déçues. I^es masses ennemies s'étant partagées pour entrer en Italie, 1^ Teutons par les Gaules , les Cimbres par le Tyrol , Marins s'avança vers le Rhône et fondit sur les barbares près d'Aquœ Sextiœ ( Aix en Provence). la tactique l'emporla sur le nombre , et

Tenthoiisiastne sur la force et le courage féroce. Deux cent mille barbares fuirent tués; le gigantesque Teutobochusfut fait prisonnier avec quatrc^vtagt mille des siens; la nation teutone fut exterminée (Tan 388s). Dans ces entrefaites les Cimbres avaient pénétré en Italie en traversant^ encore dans rhtrer, les défilés des Alpes. Q. Luctatius Catulus se retira sur l'Adige; Mtirius accourait à son secours. Ce fut le ^9 Juillet de la même année (388a) , dans les plaines de Vérone ou de Vercelles, que Marins livra la seconde bataille exterminatrice. — lîes Cimbres au nombre de iSo^ooo , d'une taille effrayante j armés'de toutes pièces , s^avancèrent lentement , formant un im« mense carré , flanqué de i5,ooo cavaliers revêtus de cuirasses. Ces derniers ayant engagé , par une fuite simidée, les Romains à leur poursuite, toute Farm^ des Cimbres fondit en masse sur 4es troupes romaines séparées , en criant victoire ; mais le soleil éblouissant les Cimbres, Marins leur arracha cette vtcloirequ'iis croyaient déjà certaine. Après une résistance désespérée ils éprouvèrent le sort des Teutons. Leurs femmes, du haut de leurs chariots qui formaient une espèce de rempart, se défendirent avec une fure^ir. qui tenait de Fhéroifsme. Les Ti gu r i e n s , à la nouvelle de celte catastrophe , se dispersèrent. Marins i libérateut* de Home , eut les honneurs du triomphe.

Guerres des alliés.

£nivré de sa gloire militaire et accoutumé à commander, Marias aspira dès lors à conserver le poiivoir. Il fut élu consul pour la sixième fois (l'an 3863) par la faveur du peuple, aux intérêts duquel il avait toujours été attaché , et par les efforts de deux démagogues du même parti , le tribun L. Â p p u 1 é j us S aturninus et le préteur Glaucius. Ces deux hommes firent assassiner dans les jcomices leurs compétiteurs et s emparèrent du Capitole. Mais le peuple indigné les accabla et les traîna au. supplice. Marins alors #e retira pour quelque temps en Asie.

Peu de temp^ après, Livius Dr us us causa un incendie encore plus violent* Les chevaliers avaient indignement abuté des fonctions de juges qui leur avaient été confiées par C Gracchus , et avaient encouru la haine publique par leurs naalversations et leurs coneussions comme, fermiers des revenus de l'état Le tribun Livius Drusus avait obtenu, que.la juridiction serait partagée entre le sénat et les chevaliers y /et que l'on choisirait parmi ces deioiîers les. membres qui devaient compléter le sénat Mais cette di^>o$i» tien le rendit odieux aux deux partis. Pour se &ire un grand nombre d'adhérents , il itérait sur lé tapia la proposition que GracchCfô avait àe^k faite une fo\& , d'accorder le droit de citoyens à tous les alliés en ItaUe, et la fit passer, nonobstant l'opposition des

deux consuls (l'an 3893). Eu rentrant chez lui au sortir des comices y il fut poignardé par un inconnu. I.e sénat joyeux abolit ces lois qu'il détestait^ et faillit par cette mesure entraîner Rome dans l'abime.

I^s alliés de Rome, tix>mpés pour la sccomle fois dans leur espoir , entrèrent en fureur. Ils résolurent d'obtenir à force ouverte ce qu'on leur refusait avec tant d'injustice. I^eur projet était d'arracher la puissance à Rome, de faille de l'Italie confédérée une république dont Corsinium devait être la capitale. Presque tous les alliés, et surtout les Marses, prirent les armes et firent pendant trois ans la guerre aux Romains avec des forces bien supérieures et une tactique qu'ils avaient apprise des Romains même (l'an 3894). I^ sang coulait de toutes parts en Italie. Trois cent mille jeunes guerriers perdb'ent la vie. Des cruautés et des trahisons réciproques semblaient rendre toute réconciliation impossible.

Dans le même temps Mithrida te le Grand, roi de Pont', commença une guerre dangereuse. Mithridate , fort des ressources de son génie , de ses liaisons avec plusieurs peuples s cy t h e s , sortit tout-à-coup du ^nt (l'an 3986), inonda l'Asie-mineure, y fit en un seul jour, au moyen d'ordres secrets, égorger 80,000 Romains , traversa la mer , s'empara des îles , occupa la Thrace, la Macédoine, une partie de la Grèce , y compris Athènes , et méditait de former de tous les peuples depuis le Don jusqu'aux Alpes une grande

ligue pour accablei' ritaiie. Le danger paraissait plu]^ imminent que lors de la guerre des Cimbres.

Le sénat , après avoir remporté quelques victoires sur ses anciens alliés , accorda alors le droit de citoyen à ceux qui étaient restés fidèles (tels que les Latins et les Om b r i e n s) , et ensuite à ceiix qui rentreraient dans l'alliance. I^s autres furent vaincus sans peine séparément et obtinrent à-peu-près les mêmes conditions.

C'est ainsi que toute l'I tal ie appartint à Rome , qui avait acquis sa grandeur par les forces de l'Italie. Mai$ If s anciennes formes du gouvernement en defvini^t d'autant plus insuffisantes et toute la constitution d'aiv tant plus dangereuse. Les troubles de la uiétropole se propagèrent dès lors dans toute lltalie et gagnèrent en force et en étendue. Le conflit d'intérêts si dif-* férents multiplia les dissentions. II devint presque impossible d'obtenir l'unanimité dans les résolutions ^ et tout chef de faction, quelque abject qu'il pût étre^ vaincu dans Rome , pouvait espérer de trouver dans 1^ reste de l'Italie un appui légal fondé s^ur les passions et les préjugés. La mesure très-sage par laquelle les alliés adoptifs, au lieu d'être répartis d^ns les apcîennes tiîbus , durent former huit tribus particulières y et qui assurait par là aux anciennes la prépondérance dan^ les comices y diminua le mal , à la vérité f mais m l'extirpa point. La querelle seule née de cette loi , plus

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d'une fois portée et abolie , abreuva f i^qnemment de sang le territoire de ITtalie,

Première guerre civile.

Marins^ chef du parti des démocrates, et Sylla, défenseur de l'aristocratie, étaient entièrement opposés d'opinion et d'intérêts ; mais la haine qu'avait engendrée cette opposition de caractères s'accrût encore par une ambition insatiable , un désir sans bornes de dominer, passion commune à tous deux, et devint funeste à Rome par le génie , l'infexible opiniâtreté et la cruauté de ces deux rivaux. Dans la guerre de Jngurtha et celle des Cimbres la gloire de JlVfai* rius , malgré les traits de l'envie , surpassa de beau* coup en éclat celle de son jeune émule, mais dans celle des alliés Sylla par ses talents et ses succès sembla éclipser Marins qui était sur le déclin de l'âge. Rome crut avoir dans Sylla le meilleur capitaine à opposer k Mithridate , et le nomma général pour cette guerre , pendant qu'il était, comme consul, à la tète de l'armée devant Nola (l'an 3896).

Cette nomination fut un déplaisir mortel pour le septuagénaire Marins. Il brûlait de cueillir des lauriers dans le Pont , et telle fut l'influence qu'il exerçait sur l'esprit du peuple que , d'après la proposition du tribun Pulpicius, le peuple annulla en tumulte le décret du sénat qui nommait Sylla général , et déféra le commandement de l'armée à Marins.

A cette nouvelle SylU marcha contre Rome avec son armée. Ge fut la première fois et avec ans^iété <jii^ Bx>ine vit s€s citoyens tourner perfidement contre ellemême les armes qu'elle leur avait doitinées poiu* sa dé* fense. Ce n'étaient plus les guerriers de Rome, c'étaient ceux de Sylla. Dès lors commença la funeste diffé* rence entre les soldats et les citoyens*

Sylla entra sans résistance dans la ville consternéef Marins ne parvint qu'avec beaucoup de peine à s'échapper. S y 1 1 a , à la tête de ses troupes, dicta le décret qui déclara traîtres à la patrie le vainqueur des Ciinbre$, son fils et dix de ses principaux adhérents^, et ijui mit kiu^s têtes à prix. Ensuite il augmenta le nombre de^ membres du sénat , restreignit par diverses lois le poi^ voir du peuple et des tribuns qu'il ramena a son or* ganisation primitive (ice qui cependant ne fut pas de diu*ée) , et rétablit les comices par centuries.

Croyant alors le gouvernement aristocratique affermi ^t 1^ troubles apaisés , et après avoir &i|; élire les nouveaxix consids Cn. Octavius et Cornélius C i n n a , $y lia sortit de Rome et marcha vers l'orient.

Mais Marins, cet illustre proscrit , s'était soustrait à ses bourreaux et réfugié en Afrique à travers mille .dangers. Dans ce pays , premier théâtre de ses exploits , il erra long-temps dans le plus déplorable abarv don , sans cesse exposé au fer assassin de la vengeance , manquant de tout, et ce fut dans ce temps que , se reposant un jour au milieu des mines de Carthage , il

dit à un des envoyés du pi-éteiir ^ qui commandait dans le pays j ces paroles mémorables; a Allez diire à votre «maître que vous avez vu Ma ri u s banfni de son pays , (cassis sur les mines de Carthage.» Il réussit enfin à trouver un asile dans une île déserte.

C i n n a se détacha bientôt du parti de SyKa. Il proposa , comme Sulpicius avait fait précédemment , de répartir les alliés eçtre toutes les tribus , mais son collègue Octa vins, à la tête d'un parti contraire y le força de quitter la ville après un combat qui coûta beaucoup de sang. Les Italiens accoururent en foule sous les drapeaux de Cinna qui rappela Ma ri us et marcha avec lui contre Rome. Dix-sept mille combaitans furent tués sous les murs de (^tte ville , où Jes vainqueurs , après une courte capitulation , firent leur entrée, Cinna affectant un air de clémence, et Marins manifestant ses ressentiments par des regards pleins de courroux. Alors les scènes de carnage commencèrent. Les soldats , comme s'ils eussent emporté d'assaut une ville ennemie , pillèrent , maltraitèrent , égorgèrent sans distinction de parti. Un grand nombre de citoyens distingués par leur mérite ou leur naissance , les principaux sénateurs , tous les chefe du parti de Sylla furent tués; Sylla lui-même fut proscrit. Cinna après cinq jours de massacre fut rassasié de sang; mais Marins, dont la foreur n'était point assouvie , parcourait les rues de Rome suivi de sâtelfites

armés qui faisaient main-basse sur tous ceux à qui Marius ne rendait pas leur salut.

Mais la satisfaction qu'éprouvait Ma rius dans ses fureurs vengeresses fut bientôt troublée parla nouvelle des victoires de Sylla et de son retour probablement prochain. Marins , qu'une idée superstitieuse faisait aspirer au septième consulat, se l'arrogea de sa propre autorité et choisit Cinna pour collègue. Mais il ne l'exerça que peu de jours. Agité de terreurs secrètes , il s'adoima à la boisson pour les dissiper , et périt (l'an 3898) d'une mort digne d'un tyran.

Continuation, Guerre de Mithridate,

Dans ces entrefaites Sylla avait combattu glorieusement contre Mithridate. Archelaùs, général de Mithridate , à l'approche des Romains avait concentré ses forces en Béotie et à Athènes, sa principale place d'armes. Sylla mit le siège devant cette ville et l'emporta d'assaut après une résistance désespérée. I^es cadavres des barbares et des citoyens furent ensevelis sous les ruines et les cendres de la plus grande partie de la ville; le Pyrée et la citadelle de Munichia devinrent la proie des flammes. Athènes, quoique bientôt relevée de sa chute, ne recouvra plus son ancienne splendeur.

Sylla s'avança ensuite dans les plaines de Chéroïi é e , puis vers Orchom en e et remporta partout des victoires éclatantes. Mithridate perdit ses états

en Europe^ et lu giteti'e se coiitintm eu Asie, tant sur terre que sur mer.

Lé consul Valérius Flaccus, successeur de Marius , vint alors de Rome à la tête de deux légions, dont une partie passa dans le camp de Sylla, que le consul devait repousser. Flaccus fut assassiné par Flavius Fimbria, son lieutenant, qui passa ensuite en Asie. Mithridate tenta la voie des négociations pour obtenir des conditions de paix raisonnables; mais Sylla rejeta toutes les propositions et, continuant la guerre, réduisit Mithridate aux plus dures extrémités. Ce monarque ne put obtenir la paix qu'en abandonnant toutes ses conquêtes , la Bithynie, la Cappadoce et le royaume de Pergame en Asie , en livrant quatre-vingt vaisseaux , en payant trois-mille talents et en se contentant du royaflme de Pont (l'an 3900). Le perfide Fimbria , attaqué dans ses retranchements , se donna la mort , et ses légions passèrent sous le commandement de Mu ré n a.

Sylla avait obtenu tous ces résultats sans le secours dç Rome. Ce furent les pays où il fit la guerre qui en supportèrent les charges. L'Asie-^mineure eut principalement à souffrir du fardeau des contributions en argent , des livraisons en nature et de la rapine du soldat. Il fallut enfin qu'elle payât ao,ooo talents ,, pour punition des dispositions hostiles qu'elle avait manifestées contre Rome. C'est de cette époque

que Ton peut dater la décadence de ses villes pour la plupart florissantes.

Mais les scènes de carnage ne discontinuaient pas à Rome. Cinna et Carbon^ qui s'était lui-même déclaré consul yNorbanusetle jeune Marins étaient sans cesse entraînés par la haine y la défiance y la crainte et leur férocité naturelle, à faire couler le sang. Le retour de Sylla devint l'occasion de désordres encore plus meurtriers. Cinna, l'ame du parti de Marins, s'élant mis en marche contre lui , fut assassiné dans une sédition par ses propres soldats. Sertorius était passé enEspagne. Les autres généraux , quoique égaux en v^eur y ne l'étaient pas en habileté. Cependant leurs forces étaient redoutables. Tous les nouveaux citoyens étaient de leur parti ; le nombre des combattans était de aaSjOOo.

Sylla 9 à la tête de ses 4o/)oo hommes , marcha avec le calme de la sécurité contre cette multitude. Lorsqu'il sortit de l'A pu lie, où il avait débarqué pour cette expédition , ses anciens partisans , les bannis , les fugitifs , plusieurs sénateurs et personnages consulaires^ les mécontents accoururent de toutes parts ^ et se jc^*^ nirent à son armée qui lui était entièrement dévouée. Il battit à Capoue le consul Norbanus» l'année de Scipion, second consul, se rangea du coté de Sylla. Métellus Pius, Géthegus, le jeune Cn. Pompée avec un grand nombre d adhérents vinrent grossir ses forces* La Sardaigne et l'Afrique furent gagnées.,

Carbon et le jeune Marius> âge de vingt-siiT ans , nouveaux consuls , combattirent dans plusieurs affaires avec désavantage (surtout à Sacriportus) contre Sylla et ses adhérents. Marins alla s'enfermer dans les murs dePréneste. Carbon et son armée furent défaits en Sicile par Cn. Pompée; Norbanus se ]K>ignarda. Marins se donna la mort^ ainsi que son jeune ami Télésinus *).

Pontius Télésinus, père de ce dernier, avait combattu à la tête des Lucaniens et des Samni tes contre Sylla , devant les murs de Rome. Animé d'une haine héréditaire, il projetait d'écraser le parti de Marins, ainsi que celui de Syl|^^ et de détruire Rome. I^ bataille fut meurtrière. Sylla était près de succomber , lorsque Crassus avecl'aile droite de l'armée accourut à son secours et battit l'ennemi (l'an Sgoa).

Jusqu'alors Sylla n'avait paru être que le défenseur des lois et de la liberté contre la tyrannie d'une faction. Après avoir abattu cette dernière , et croyant n'avoir point de réaction à redouter , il exerça une tyrannie encore plus terrible et dévoila toute l'inhumar nité de son ame féroce.

Son entrée à Rome fut signalée non seulement , comme celle de'Marius , par des actes de barbarie et de cruauté , mais encore on abusa des formes sacrées de la justice pour légitimer et multiplier les crimes.

*} L'histoire universelle tmclaite de l'anglais rapporte que Marias cl Télésinos s'entretnèrent. C^ote du tnuLJ

On publiciit chaque jour des tables de proscription, exécrable invention de Sylla, lesquelles contenaient de longues listes de citoyens condamnés à mort et dont les biens étaient confisqués. Les richesses mêmes étaient un motif de prosci'iption. Quiconque tuait un proscrit recevait deux talents de récompense, quiconque témoignait quelque compassion dans ces scènes atroces était mis à mort. Un coup d'œil suspect y un geste , une ressemblance même de nom était une condamnation à mort. Les devoirs les plus sacrés de la nature étaient im objet de dérision. Il n'était permis de donner asile ni à son père, ni à son frère, ni à son fils. Un mari proscrit n'osait mettre le pied dans la maison de sa femme. L'effet de ces proscriptions s'étendait jusqu'à la seconde génération ; les fils et les petits^fils des proscrits étaient exclus à jamais de tout emploi public. La fureur de la persécution s'étendit même jusque sur les morts. Le corps du vieux Marius fut exhumé, insulté et jeté dans l'Anio; ses trophées et ses statues furent renversés. La maison de Sylla même inspirais, le sentiment d'effroi qu'où éprouve à l'aspect d'un lieu de supplice. Ses ordres n'étaient que des arrêts de mort. Ma\s les exécutions en détail ne suffisaient pas à son impatience ; il fit égorger à la fois, dans le cirque, huit-mille prisonniers a qui il avait promis de faire grâce.

Les proscriptions , les assassinats , le pillage s'étendirent ausfti hors de Rome et dans toute 1' 1 1 a l ie. Tous

les Iiabîtaris de Préûeste iui*ent mis à moii: , ceux de Spolette, de Fluentia, d'Iiiteramna vendus; plusieurs villes furent détruites jusqu'aux fondements.

C'est à ce S y 1 1 a , à ce tigre altéré de sang , que les aristocrates , dont il avait défendu les intérêts , donnèrent le nom de père, de sauveur! Lui-même^ l'auteur de tant de calamités, se donna le surnom de Faustus et de Félix parce que tous ses forfaits lui réussissaient , et yotdant , malgi^ sa tyrannie, paraître respecter la constitution, il se fit élire Dictateur, maispourun temps illimité, d'après les anciennes formes et librement en apparence. 11 marchait ordinairement précédé de ^4 licteurs. Il partagea entre ses quarante-sept légions les biens confisqués des pix>scrits , répartit dix mille esclaves entre les citoyens (pour grossir son parti), fit recevoir trois cents chevaliers au nombre des sénateurs , fonda plusieurs colonies de vétérans, et affermit aussi par là son pouvoir despotiijue hors de Rome.

Enfin l'orage cessa. Sylla, dictateur, renouvela ses anciennes lois pour affermir !e pouvoir aristocratique et contenir celui de la populace ; il publia en outre des ordonnances, pour la plupart très-sages, relatives au maintien de la constitution républicaine , à l'ordre de succession dans les charges de la magistrature, à la sûreté de l'état et à la tranquillité dans les provinces, il rendit la jurisdiction au sénat et restreignît les dmits de citoyen dont jouissaient les alliés» Muréna

qui, brûlant de désir de ûiériter les honneurs d'un triomphe, avait recommencé la guerre avec Mithridate, eut ordre de renouveler le traité de paix.

Après avoir exercé le pouvoir pendant deux aos,^ Sylia déposa la dictature, arec autant de. calme. et de sécurité que s'il n'eut jamais offensé qui que ce fût, et jouit des douceurs de la vie privée comme s'il n'eût jamais connu les avantages du pouvoir suprême. IL mourut , ^ns avoir éprouvé de personne la moindre atteinte d'inimitié , un an après son abdication , deux jours après qu'il eut achevé le a2.«« livre d^ sa propre histoire (l'an 3906).

La haine qui divisa Maritfs e t Sylla coûta 1 5o,ooo citoyens à Rome. Douze cents chevaliers , deux cents sénateurs, seize édiles, sept pi*éteurs et trente-trois personnages consulaires en furent victimes , toutes les provinces de l'état souffrirent des pertes a>ns}dérables.

Lépide , l'un des consuls du parti de Marius , s'opposa aux funérailles de SylLa et demanda l'abolition deseslois. MaisQ. LuctatiusCatulus, son colique, le battit en plusieurs rencontres , et le contraignit à se réfugier en Sardaigne où il mourut.

P erpern a, avec les restes de Tarmée battue, se rendit en £spagneoû Sertorius jouait un rôle remarquable. I.ies débris du parti de Marius s'étaient ralliés autour de ce grand homme, et la majesté du peuple romain semblait résider dans son camp , où s'était formé un iiéoat de trois-cents membres. Les ambassadeurs de

Mitbrklate y arrivèrent des contrées lointaines du ,Pont, pour négocier une alliance contre le parti qui dominait à Rome ; mais telle fut la magnanimité de cet homme doué d'un cœur vraiment romain, que, bien que pressé par des ennemis supérieurs en nombre, et réduit à la dernière province romaine, il dédaigna absolument tout secours qu'il eut fallu acheter par la moindre concession.

Sertorius se maintint en Espagne pendant huit ans entiers , quoique Sylla fit marcher contre lui , avec des forces nombreuses, MétellusPius, homme de guerre expérimenté, et que le grand Pompée le combattit plus tard avec une armée encore plus formidable. Vainqueur dans plusieurs batailles, et redoutable même dans ses défaites , par son génie fécond en ressources et par les avantages qu'il savait tirer des localités , il semblait vraiment invincible , et la récompense excessive que Mé tell us promit à quiconque livrerait la tête de ce grand homme , prouve la terreur et la bassesse des Romains. I^ vil Perperna, en assassinant son maître et son ami , les délivra enfin de ce redoutable adversaire (l'an Sgia). Ce perfide lui succéda dans le commandement; mais les Espagnols, indignés de sa trahison , l'abandonnèrent , et Pompée put d'autant plus facilement le vaincre , se saisir de lui et le faire mourir

Vers ce même temps toute l'Italie fut ravagée par une guerre d'esclaves meurtrière. Spartacus , après s*ctre éva<lé avec 78 de ses compagnons , pour la plu-

part Thrace$ ou Gaulois , de Fécote des gladiateurs i Capoue j bat les troupes qu'on euToie contre lui , renforce sa bande d'un grand nombre de combattans qui viennent se joindre à elle, et après d'autres succès contre des forces plus nombreuses , se voit k la tête d'une armée formidable , remporte y en bataille rangée , des victoires décisives contre deux préteurs et deux consuls 9 et Êiit trembler la capitale. Enfin M. Licinius Crassus, dans une bataille exterminatrice, dé£sut cette armée d'esclaves avec son chef (l'an 891 3)- Un petit nombre de fugitifs qui cherchaient un refuge dans les Alpes, tombèrent entre les mains de Pompée qui revenait d'Espagne et furent détruits.

Pompée. Crassus» César.

C'est ce même Pompée dont nous venons déparier qui va , conjointement avec Crassus et César, occuper la scène de l'histoire.

Cnéïus Pompée, après avoir renforcé Sylla à son retour avec une armée qu'il avait levée lui-même, après avoir remporté diverses victoires sur les troupes de Marins en Italie, en Sicile et en Afrique, et fait prisonnier Hiarbas, roi de Numidie, fut, à Tâge de a4 ans, salué par Sylla du nom d'Imperator, sur<> nommé le grand , et obtint les honneurs du triomphe. Puis i s'étant illustré par de nouvelles victoires et par sa prudence dans la dangereuse guerre contre Sertorius et dans l'expédition moins difficile contre Per-

perna, il triompha , comme simple die vatiery. pour la seconde fois , fut éUi consul à Tâge de 34 ans ^ sans avoir rempli les charges préalables , fut admis dans le sénat et revêtu de la présidence. Tous ces succès de* vaient natin^Uement lui donner Tintime conviction qu'il ne devait céder le pas à personne. Mais quelle que (ikl son ambition , il avait trop de droiture pour se permettre d'employer la violence. Il fonda ses espérances sur rédat de son mérite et sur Taffection volontaire du peuple, et sans la concurrence de César il serait peut-être resté le meilleur des citoyens y de même qu'il était (d'après l'assertion de Cicéron) le meilleur des hommes qui eussent jamais existé. Ce-, pendant la vanité ) l'inconstance, la dissimulation, une présomption outrée et le manque d'expérience ternirent son caractère.

M. Licinius Crassus, issu d'une des plus nobles familles de Rome , collègue de Pompée pendant son consulat (l'an 3914) » n'avait échappé que difficilement à la tyrannie de Marins. Brûlant de ressentiments, il combattit avec gloire pour le l'établissement de Sylla et principalement pour ses propres intérêts. L'acquisition des biens des proscrits , la traite des esdaves et d'autres spéculations peu honorables le rendirent le plus riche particulier de Bome. 11 nounît à ses propres dépens plusieurs milUers de pauvres citoyens et poussa l'arrogance au point d'entretenir ime armée de ses propres deniers. C'est par ces voies et par le succès

de ses armes contre Spartacus qu'il acquit une importance supérieure. Ses lumières , son habileté dans le maniement des affaires publiques , sa popularité, son éloquence y son courage héroïque dans les dangers imminents relevèrent au dessus de ses concitoyens y mais le désir immodéré des richesses le rendit méprisable. C. Jules César, que la tyrannie de Sylla et la légèreté de sa propre conduite avaient long-temps tenu écarté de la carrière de l'honneur, trouva, sans la réputation brillante de Pompée et sans l'opulence de Crassus , dans son propre génie et dans sa fortune le moyen de s'élever. Attaché au parti de Marius par ses principes et par ses liaisons (il était gendre de Cinna) , ce ne fut que par des intercessions puissantes qu'il put se soustraire aU courroux de Sylla , dont le coup d'oeil pénétrant voyait en lui «plus d'un Marius. a Aussi avait-il , sans contredit ^ l'âme bien plus grande et plus généreuse que ce faix>uche soldat. Personne ne le surpassa en audace , en persévérance , en sagacité , en présence d'esprit et en finesse. Personne ne connaissait les hommes mieux que lui, ni ne savait mieux saisir les occasions , et peu de guerriers fiirent aussi affables , aussi humains et aussi versés dans les sciences. Mais son insatiable ambition , qui ne tolérait qu'avec répugnance non seulement un supérieur, mais même un égal, et qui ne se contentait pas , comme Pompée , du rang le plus élevé , mais qui aspirait à la domination réelle , devait, dans presque toutes les hypothèses , en

&ire le fléau de son peuple. C'est cette passion qui , mai^vé les heureuses dispositions avec lesquelles il était né y en fit un juge inique , un noauvais citoyen y un ami perfide , un tyran sanguinaire.

César fut placé par les circonstances à la tête du parti démocratique 9 et Pompée par les mêmes raisons devint chef de la faction aristocratique. L'histoire de ces deux grands hommes contient par conséquent celle de l'état romain et de l'étonnante révohition qui ne tarda pas à en changer la forme.

Un des actes considaires les plus importants de Pompée avait été la loi tribunitia^ qui abolit les restrictions faites par Sylla au pouvoir des tribuns. Les tribuns^ par reconnaissance^ s'empressèrent de prévenir les vœux de Pompée , et bientôt se présenta l'occasion de l'élever.

La chute de Carthage et de Corinthe avait laissé depuis long-temps à des associations de pirates la faculté d'infester les mers et les côtes des états romains. L'ile de Délos et la Cilicie leur servaient de repaires; la haine contre les Romains et la misère, suites d'une intolérable oppression , augmentèrent le nombre de ces brigands. Ils avaient plus de mille vaisseaux , les mers en étaient couvertes, mais ne trouvant plus de butin à faire en mer , ils se mirent à ravager les côtes , les grandes routes, les maisons de campagne et le& endroits voisins. Plus de quatre cents villes furent pilices et Rome fut menacée de famine. Il est vrai que

Servilius Vatit avtit combattu avec succès ces pi* rates sur terre ; mais ce ne fut qu*un secours de courte durée. Les malheureux Ci*étois , injustement attaqués par les Romains sous Gécilius Métellus, Gréticus, furent forcés de se liguer avec ces brigands , dont la république (car ils en avaient fondé ime qui s'étendait sur plusieurs ileséparses au loin et dont la métropole était la Cilicie) parut dès lors invincible.

Le tribun Gabinius proposa dans ces circonstances une loi y qui confiait pour trois ans à Pompée le com^ mandement absolu sur toutes les mers et sur les cotes à une distance de 4oo Stades ( la milles et demi d'Allemagne y a4 lieues de France environ) dans l'intérieur du pays 9 ainsi que le pouvoir de prendre à cet effet autant de vaisseaux , d'argent et de légions qu'il croirait nécessaii*es. Il devait en outre avoir vingt-quatre généraux sous ses ordres. Tous les principaux du sénat s'opposèrent à cette loi , mais la faveur du peuple l'emporta, et la confiance qu'inspirait Pompée était telle que, dès le jour de sa nomination au commandement suprême de l'armée , le prix des grains baissa subitement, comme si l'abondance eût déjà été rétablie. Les espérances ne furent pas déçues. Dans l'espace de quarante «jours il nettoya les mers , et termina toute la guerre en quatre mois (l'an 3917), en détniisant les repaires de brigands et en fondant des colonies où les pirates dom tés apprirent à se livrer aux travaux de l'agriculture et de l'industrie. Vers le même temps

Métellus fit w rUe de Crète uue province romaine.

Pompée conservait encore le pouvoir. Pour en pro* longer la durée et lui donner plus d'éxtenûoa ^ le tribun Manlius proposa de faire la guerre en Asie contre Mithridate. Cette proposition passa , malgré Toppo*. sition de Catulus et des patriotes les plus éclairés (l'an 3918).

Jamais Rome n'avait encore eu à combattre un ennemi tel que Mitbrîdate* La mort de Sylla ajantranimé les espérances de de roi , il reprit les armes pour la troisième fois (l'an 3908) j dans le dessein de reprendre la:Bithynie que Micomède avait léguée: aux Romains; 11 fit des préparatifs immenses. Divers peuples y les uns sous la conduite de généraux qui avaient commandé sous Sertorîus, faisaient partie* de l'armée de Mithridate. Rome^ craignant pour l'Italie sérieusement menacée, envoya en Asie les deux consuls Aurélius Cotta et L. Licinius Lucullus qui devaàfxït réunir leurs forces et conjurer Forage. Lucullus f général en qui les talents naturels et l'étude suppléaient à la pratiqiîe de l'art de la guerre et à l'expérience , combattit Mithridate sur terre et sur mer avec gloire et succès, principalement à Cyaique. Il ne resta plus au roi de Pont ^ qui avait perdu tontes ses conquêtes et même son propre pays, que son courage et son génie fécond en ressources. Il rassembla un^ nouvdle aimée chez les belliqueux nomades au nord

de la Mer-fioirc et les montagnards du Caucase, repoussa Lucullus y et essuya de nouveau la disgrâce du sort , à Cabires. Il se jeta alors dans les bras de Ti^rane, son gendre , roi d'Arménie et de Syrie, plus propre à gouverner des peuples esclaves qu'à faire la guerre aux Romains. A la tête de trois cent mille mercenaires , il crut pouvoir braver l'armée de Lucullus dix fois inférieure en nombre, et fut puni de sa présomption à Tigranocerta (l'an 3916). Mais Mi* thridate, ayant de nouveau rassemblé une armée, eut recours aux lenteurs et aux combats partiels pour affaiblir les Romains. Lucullus battit les deux rois , près d'Artaxata , mais fut forcé à la retraite par la mutinerie de ses propres soldats. Mitbridate rentra alors' dans le Pont, battit les troupes romaines, pénétra dans la Cappadoce et redevint aussi redoutable qu'auparavant. Lucullus , que l'insubordination des légions privait du fruit de ses victoires , et calomnié à Rome par des envieux , fut rappelé. Ce ne fut qu'avec peine, qu'après avoir vaincu tant de ibis, il obtint les honneurs du triomphe.

Son successeur, le consul Acilius Glabrion , n'osa tenir tête au roi. L'Asie semblait perdue , à moins qu'il ne se présentât quelque chef d'un génie éminemment supérieur.

Ce chef fut Pompée. Ce fut en vain que le septuagénaire Mithridate fit usage contre lui de toutes s^s forces et de toute sou habileté ; ce dernier fut battu

à Dastire et te réfugia dans la Colchide. Son fik Macharès se déclara pojur les Romains; Mithridate dans son juste courroux le tua y et sans se lasser d'une guerre qui durait depuis quarante ans , il recommença une lutte inégale , à la tête des peuples du Bosphore , de ribérie et de l'Albanie. Pompée par des succès réitéi*és pacifia le Caucase, et se retira vers le sud pour y prendre paisiblement possession du fruit de ses exploits et de ceux de Lucidlus. Tigranes obtint la paix en sacrifiant la Syrie qui devint province romaine. La petite Arménie fut donnée à Déjotare, Tétrarque de la Galatie; on divisa la Paphiagonie, on termina arbitrairement les querelles de succession en Judée, et la domination de Rome s'affermit partout jusqu'aux frontières de l'Arabie.

Tout-à-coup se répandit la nouvelle, que Mithridate, à la tête d'une armée levée chez les Scythes, projetait de marcher vers le Danube, de côtoyer ce fleuve jusqu'aux Alpes, et de pénétcer de là en Italie, conjointement avec les Gaulois et d'autres peuples ennemis des Romains. Pompée accourut, mais il ne rencontra plus Tennemi. Pharnace, second fils de Mithridate , s'étant également révolté contre son père et ayant soulevé une partie de l'armée , l'infortuné vieillard se donna la mort (l'an 39a i). Pompée fit du Pont une province romaine et donna le royaume du Bosphore à l'indigne Pharnace.

Nul Romain avant Pompée n'avait fait de si bril-

4Bi

lants exploits. Il pouvait se vanter d'avoir placé les frontières au centre de l'état , d'avoir traversé en vainqueur le Pont, l'Arménie, la Cappadoce, la Paphlagonie, la Médie, laColchide, l'Albanie, la Cilicie, la Mésopotamie, la Syrie, la Phénicie, la Judée, une partie de l'Arabie et de la Scytbie, et d'avoir fait de presque tous ces pays des provinces romaines ; d'avoir conquis deux mille villes , pris buit cents vaisseaux , tué ou fait prisonniers plus de deux millions d'ennemis ; rétabli quatre cents villes , fait entrer vingt millions dans le trésor public et d'avoir plus que doublé les revenus de l'état. Aussi lui décerna-t-on le triomphe le plus pompeux , et accorda-t-on une récompense pécuniaire considérable jusqu'au dernier de ses soldats.

Catilina. Cieéron,

Tandis que Pompée par ses glorieuses conquêtes reculait les frontières de l'état, une noire trahison dans l'intérieur menaçait Rome et la république. Sergius Catilina, patricien doué de qualités brillantes, mais audacieux et adonné aux vices , trama le complot d'incendier la ville de Rome , d'égorger le sénat et les consuls , de faire éclater la révolte dans toutes les villes de l'Italie, et de profiter du désordre général pour prendre les armes et se faire proclamer chef de l'état. Ce monstre de scélératesse ayant dissipé son patrimoine par ses profusions , anéanti son crédit par ses crimes , n'avait plus d'autres ressources pour ré-

tablir sa fortune que le brigandage, et ne voyait d*autre moyen de parvenir au pouvoir que dan» le bouleversement de Fétat. Beaucoup d'autres jeunes gens des familles les plus distinguées se trouvaient dans les mêmes circonstances ; d'autres étaient animés par des baines particulières et des intérêts personnels. Quelques-uns se laissèrent entraîner par considération pour les principaux conjurés; quelques autres furent séduits par des apparences spécieuses. L'absence de Pompée et des meilleures troupes semblait faciliter l'entreprise , et l'espérance d'y voir participer les vétérans de Sylla, dont deux petits-fils étaient au nombre des conjurés , en promettait le succès.

Rome fiit délivrée de ce péril imminent par M. TuUiusCicéron dont le nom est cberà tout homme de bien ^ et qui ne doit sa célébrité qu'à lui-même. Cicéron issu d'une famille d'Ârpinum peu illustre, quoique de la classe des chevaliers , après avoir rempli successivement les emplois inférieurs , fiit élevé aux premières charges de Rome, qu'il n'obtint ni par la faveur , ni par la force , ni par la brigue , mais uniquement par son mérite personnel. Les heureuses dispositions dont la nature l'avait doué furent perfectionnées par une éducation excellente , et constamment dirigées vers le bien. Il n'avait pas la valeur brillante de Pompée, ni la gravité stoïque de Caton ; mais il était sage et vertueux, et chérissait sa patrie, la liberté et la justice. Ces qualités précieuses , auxquelles

il faut encore ajouter son mérite éclatant sous le rapport des sciences , font pardonner quelques légers travers dont ce grand honune ne fut pas exempt , tels que la vanité , la jactance et l'inégalité de caractère qu'il laisse entrevoir dans ses écrits , ainsi que ses erreurs politiques dont il devint lui-même la principale victime,

Cicéron , alors consul , dont l'esprit pénétrant avait découvert cette conjuration , en recueillit les preuves avec adresse et circonspection, et força par sa fermeté l'audacieux Catilina de s'éloigner de Rome. Un Sénatusconsulte lui avait déféré le pouvoir suprême , comme dans les temps où la république était en danger. Il fît saisir les coupables , leur arracba l'aveu de leur crime et les fit jeter en prison. Plusieurs de ces conjurés étaient importants , les uns par leur naissance, d'autres par leur autorité (c'étaient des personnages consulaires , des sénateurs etc) ; et diverses lois qui permettaient à tout criminel d'en appeler au peuple, et défendaient expressément de mettre à mort un citoyen quelconque avant qu'il eût été publiquement interrogé devant le peuple , paraissaient s'opposer à ce que ces coupables fassent condamnés par le sénat. Cependant, en considération de l'urgence des circonstances et pressé par le zèle infatigable de Cicéron et de Caton , le sénat, après une délibération mémorable y prononça la peine capitale que le consul fît exé* cuter sans délai. Catilina lui-même, qui avait rassemblé

une armée en Et furie, perdit la Vie avec toui les siens dans la bataille meurtrière de Pistoya , contre Pétréjus, délégué du consul Antoine , après une résistance digne d'une meilleure cause (l'an 3gia).

Rome ne fut pas ingrate envers son libérateur. Sur la proposition deCatulus etdeCaton, sénateurs respectables , le sénat et tout le peuple donnèrent k Cicéron le surnom de père de la patrie; surnom que l'adulation n'avait encore jamais osé profener.

Premier triumtnmt. Caion* César /ait la guerre dont ies Cauks,

Pompée revint alors de l'orient avec les troupes victorieuses qu'il congédia en débarquant en Italie ^ et après avoir célébré son triomphe , il ne deinanda d'autre récompense que la confirmation de ses institutions en Asie , et un partage de terres entre ses soldats. Ces deux demandes lui furent refusées , et le ressentiment de cette humiliation fîit sans doute la cause principale de sa liaison avec Crassus et César.

Ce dernier avait enfin renoncé au libertinage pour se vouer aux affaires publiques. Couvert de gloire et enrichi de butin , il venait d'arriver à Rome de l'Espagne ultérieure, son gouvernement. Il fit à Pompée et à Crassus, dont rancienne jalousie s'était réveillée , la proposition de former entr'eux trois une alliance, pour conserver le pouvoir et faire réussir tous leurs projets communs , en dépit de toutes les oppositions. C'est ainsi que se forma le premier trium-

virât (l'an 39^4)* Ix>rsque Caton en fut informé, it s'écria avec douleur: «c'en est fait de la république, elle a maintenant des maîtres.»

Elle n'eut cependant pas succombé , si elle eut eu plus d'un Caton. Dans la ruine totale des moeurs et de la liberté l'image vénérable de Caton est une apparition qui rappelle le souvenir de temps plus heureux. Caton n'aspirait point aux richesses , comme Crassus, ni à la gloire, comme Pompée, ni à la domination , comme César , ni aux jouissances de la vie^ comme la plupart des autres hommes; Caton aspirait à la vertu , à l'équité , à la liberté ; il ne voulait rien d'autre y c'était le seul but qu'il voulait atteindre; il le poursuivait avec une persévérance inébranlable ; ce désir était inné en lui ; il ne lui était pas donné de vouloir autre chose. C'était le type idéal de la vertu la plus austèi*e et du civisme le plus sublime , aussi sévère envers lui*méme qu'envers les autres , et incapable de transiger avec les exigences de son siècle comme avec les travers des hommes.

Ce fiit César seid qui recueillit les fniits de ce triumvirat. Pompée, àqui César, pour cimenter cette alliance , avait donné sa fille Julie en mariage , perdit l'affection du peuple et l'estime des gens de bien ; et Crassus, malgré son opulence, ne put jamais l'emporter sur les deux autres.

L'effet immédiat de cette alliance fut l'élévation dm César au consulat. Bibulus, ton collègue, avait été

élu par rinfluence.du sénat. Mais César, fort de ses alliés et d'un parti nombreux dans le peuple, sériait des efforts impuissants que faisait Bibulus pour s'opposer à ses lois , et se fit enfin donner par le peuple (ce qui violait la constitution , car ces concessions devaient se faire par le sénat) pour cinq ans le gouvernement de la Gaule cisalpine avec Tlllyrie, à la*quelle le sénat intitnidé ajouta encore la Gaule trans^ alpine.

César, en prenant possession de son gouvernement, méditait de grands projets; il avait reconnu, que c'était sur ce terrain quil combattrait avec le plus d'avantage pour s'emparer d u pouvoir dans Rome. C é s a r , dans le sentiment de sa force, se promettait d'effacer par ses exploits le souvenir de ceux de Pompée. Il pouvait en outre , au moyen des dépouilles des nations vaincues , sa faire à Rome des partisans et des amis puissants , et enfin former une armée qui, parfaitement exercée sous ses yeux , entièrement dévouée à lui et non aux intérêts de Rome , assurerait le succès de ses projets ambitieux. C'est pourquoi , dans une entrevue qu'il eut à Lucques, vers la fin des cinq premières années, avec Pompée et Crassus, il leur céda de plein gré le consulat, ainsi que telles provinces à leur cboix, ne se réservant que la prolongation de son gouvernement de la province des Gaules pendant cinq autres années et un plus grand nombre de légions.

De quelque importance qu'ait été pour Rome la con-

quête de la Gaule, nous ne nous arrêterons cependanl pas aux détails des batailles livrées par César. Ils ne nous feraient voir j dans le tableau affligeant de scènes de carnage. réitérées, que la supériorité incontestable de la discipline , de l'union et du génie sur la bravoure grossière d'un peuple divisé.

Outre la Gaule Narbonnaise (déjà romaine alors) depuis les Cévennes jusqu'à la Méditerranée, on corap tait encore trois provinces dans ce pays; l'Aquitaine depuis les Pyrénées jusqu'à la Garonne; ensuite la Gaule-Celtique jusqu'à la Seine, et enfin la Gaule- Belgique jusqu'au Rhin. Dans cette dernière, qui renfermait aussi l'Helvétie, vivaient, depuis Argentoratum (aujourd'hui Strasbourg) jusquà la Mer du Nord, une multitude de peuples allemands qui étaient venus de la rive droite du Rhin et avaient chassé les peuplades gauloises. Le nombre de ces dernières était fort grand , mais dans toutes les Gaules il n'y avait que peu d'union entr'elles , ce qui fut cause de leui* malheur.

Ce sont les Helvétiens qui furent vaincus les premiers. Us avaient, dans ce temps-là méme^ unanimement formé le dessein d'abandonner leur stérile patrie et d'aller habiter au delà du Jura quelques contrées plus fertiles. Apres avoir réduit en cendres ses villes et ses villages ^ toute la nation se mit en marche. Mais Rome, qui craignait que les redoutables Germains ne vinssent s'établir sur les frontières délaissées par les

Helvétieus ^ se crut en droit d opposer de la résistance. Cest pourquoi ^ après que ces derniers eurent passé les défilés du Jura , César se hâta de les poursuivre, les battit aux bords de la Saône et les extermina presque entièrement. Les infortunés restes de cette nation retournèrent vers leurs foyers incendiés, et une colonie romaine (au bord du lac Léman, à l'endroit où est, aujourd'hui la ville de Ni on) les contint dans lobéissance.

Les Gaulois , peu de temps après j implorèrent euxmêmes le secours de César contre Arioviste, chef d'une coalition de peuples allemands (les Suéves). Les Séquaniens avaient précédemment sollicité son appui contre les Ârduens *)^ et son bras puissant contint les uns et les autres. César remporta une victoire éclatante sur Arioviste , près de Besançon , et c'en fut fait de la liberté de la Gaule.

Par ses artifices César sut dès lors susciter une guerre après l'autre y battit les peuplades gauloises, tantôt se* parées, tantôt réunies, employa plus d'une fois l'astuce et la perfidie pour le succès de ses armes , fit couler à grands flots le sang des braves défenseurs de leur pays^ et lorsqu'enfin , dans la septième année de la guerre , les Gaulois oppnmés se soulevèrent encore une fois eu masse sous les ordres du valeureux Yercingetorix contre l'oppresseur étranger , le génie et la fortune

*) Probablement les Ardennats (habiCans des Ardennes).

^TVbftr du tmtLj

Tenipoi'tèrent cepeudaut sur le désespoir d'un peuple «iraibli par ses pertes précédentes. IjB G a u I e ^ perdant tout son sangi flécliit le genou devant son vainqueur, et quelque séduisantes que fussent les chances dans les gueiTes civiles qui suivirent j le peuple gaulois abattu ne hasarda plus une seule tentative pour recouvrer sa liberté.

Pendant ces guerres César avait pénétré deux, fois en Allemagne en passant le Rhin , mais sans succès ; il avait traversé deux fois les mers pour envahir la Grande-Bretagne y et ne recueillit de cette expédition que de stériles trophées.

L'état des affaires dans rintérieiur de Rome à cette époque , est une preuve alHigeante et continue de la dégénération morale de ses citoyens et de l'impuissance de ses lois. Outre la tyrannie de l'usurpation du poiK voir, Rome était encore en proie aux fureurs de l'anarchie et aux suites funestes d'une judicature exercée par des tribunaux chancelants et corruptibles, qui se laissaient influencer par les circonstances du moment et l'animosité des partis. Le plus mauvais citoyen pouvait perdre le meilleur au moyen de l'application de quelque loi surannée ou de quelque vaine formalité , et pendant que le crime levait impunément le front , les hommes les plus respectables, les chefe mêmes de l'état n'étaient pas un instant à l'abri des inculpations les plus déshonorantes ou des outrages de la multitude. ' On en était réduit à se charger soi-même du soin de

sa défense personnelle. C'étaient les tribuns surtout qui abusaient le plus impudemment de leur pouvoir que Ton regardait toujours comme sacré. Ils prêtaient ou vendaient leur autorité tour-à*tour aux partis opposés, faisaient réussir pour leur avantage personnel les projets les plus coupables , par leurs motions insidieuses ou violentes, et rivalisaient entr'eux d'arrogance et de perversité.

César, au milieu de ses camps, observait cet état de choses et dirigeait en partie les mouvements dans Tintérieur de la ville, tandis que Pompée , semblant se reposer sur ses lauriers, agissait sans calcul, hiéme sans dignité. Clodius , démagogue effréné (patricien d'origine , il était devenu plébéien par adoption , pour parvenir au tribunat) , agita pendant quelque temps la république par une série d'actes de violence et de lois pernicieuses. Haïssant tout ce qui était bon et juste, il ne pouvait manquer d'être l'ennemi de Cicéron. Il intenta une accusation criminelle contre le père de la patrie , pour avoir fait mettre à mort quelques scélérats sans qu'ils eussent été interrogés en présence du peuple. Cicéron s'exila volontairement en Grèce, et Clodius assouvit ses fureurs sur les biens et la famille de l'exilé. Mais au bout de dix-huit mois l'ascendant de Clodius étant tombé , les meilleurs citoyens (à la tête desquels était Pompée) obtinrent le rappel de Cicéron ^ dont le retoiu» en Italie et à Rome fut semblable à une entrée triomphale.

Le scélérat Clodius qui^ fort de la faveur du peuple, bravait les lois^ les mœurs , l'autorité des magistrats et même le pouvoir de Pompée, fut enfin assassiné par » Milon. Les choses en étaient venues au point ^ que les bons citoyens ne purent s'empêcher d'approuver ce meurtre et que Cicéron en prononça publiquement l'apologie.

Seconde guerre civile.

Les trois membres du triumvirat renouvelèrent leur ^ alliance (l'an 3918) à Lucques, où César avait pris ses quartiers d'hiver ; mais cette alliance ne produisit pas d'heureux résultats. Il est vrai que Pompée et Crassus avaient^ par des moyens violents, obtenu le consulat et le gouvernement des provinces qu'ils avaient demandées; c'est-à-dire que Pompée eut l' Espagne pour cinq ans, avec l'autorisation de résidera Rome et de faire administrer sa province par des délégués, et que Crassus eut le gouvernement de la Syrie ; mais la mort de Crassus, survenue presque aussitôt après , dérangea l'équilibre entre les alliés. Crassus, plus avide de richesses que de gloire , avait entrepris , malgré les imprécations des prêtres et des tribuns, une guerre injuste contre les Parthes. Après avoir remporté quelques avantages dans les commencements, il fut enveloppé par l'ennemi dans les déserts de la Mésopotamie, reconnut la position désespérée de son armée , vit périr son fils et [mourut en héros

(Faii 3931). Cassius ramena à Antiocbe les débris de l'armée. Sans lui la S y r i e eût été pei^due pour Rome.

I^ mort de Julia avait déjà précédemment rompu le lien qui unissait César et Pompée. Cette rupture eût d'ailleurs également été inévitable par la violence du choc des deux factions principales, les optimate^ et les démocrates, à la tête desquelles étaient Pompée et César. Ce dernier avait un parti puissant qui lui était personnellement dévoué et que Taffection , l'intérêt et la séduction lui avaient gagné. Le parti de Pompée se composait non seulement de ses amis particuliers , mais encore de la plupart des bons citoyens et de ceux qui aimaient la liberté et la constitution. Il était la seule défense de Borne contre les projets ambitieux de C ésa r ^ et quand même il eût rempli la première place de l'état , on avait moins à crïiindre de sa part la destruction des formes du gouvernement.

Mais le gouvernement de César dans la Gaule touchait à son terme 9 et ce moment devait décider la grande question de la guerre ou de la paix , de la durée ou du renversement de la république. Rentreraitil modestement dans la foule des simples particuliers ? Quelle récompense lui décernerait-on pour des exploits si éclatants? Déjà précédemment on lui avait accordé, du consentement de Pompée, le privil^e de solliciter le consulat , même pendant son absence de Rome ; mais aloni il préféra la conservation du pouvoir mil!*'

taire k la dignité de consul , et augmenta son armée de douze légions.

Une pareille mesure , p'endant que la Gaule était parfaitement soumise y était une démonstration hostile. Sans violer la justice , sans compromettre sa dignité , le sénat ne pouvait permettre qu'un de ses généraux le bravât; il s'unit , ainsi que tous les principaux magistrats^ plus étroitement à Pompée, refusa à César la prolongation de son commandement , et ordonna que y pour solliciter le consulat, il se rendît k Rome, conformément aux dispositions de la loi.

César eut Taudace de vouloir négocier et prescrire k la république les conditions auxquelles il voulait se soumettre. Pompée devait quitter le gouvernement de l'Espagne; César exigea plus tard l'Illyrie avec deux légions y finalement il ne demanda plus qu'une légion. Ces propositions furent faites en partie directement par lui-même , en partie par ses partisans k Rome« Il comptait dans son parti non seulement les dé^ mocrates bien intentionnés y qui le regardaient comme le défenseur de leurs principes ^ mais encore tous les dissipateurs , les gens perdus de réputation et presque toute la populace. Pompée , au contraire, avait pour partisans ( preuve évidente de la bonté de sa cause ) Cicéron et Caton avec les citoyens les plus distingués.

Le sénat , après quelque hésitation , décréta , que César congédierait son armée k un certain jour fixe et se

démettrait du gouvernement de sa pravince sous peine dëtre regardé comme ennemi de la patrie.

Qui osera contester la Justice de ce décret? Mais la prudence exigeait aussi que Ton se mît en mesure contre lennemi qui s'avançait ; cependant ce ne fut que lorsque César, à la tête d'une partie de ses troupes, s'approchait des frontières de l'Italie , que le consul Marcellus remit au général Pompée Fépée qui devait défendre la république ; on déa^éta une levée de troupes et les dispositions ordinaires dans les grands dangers de l'état. Plusieurs tribuns protestèrent contre ces décrets; le sénat se revêtit d'habits de deuil , mais les tribuns quittèrent Rome et se rendirent en toute diligence au camp de César. Dés lors sa cause devint populaire. La rupture avait éclaté.

César, arrivé aux rives du Rubicon (Pisciatello) que , d'après des lois expresses , aucun général ne pouvait franchir en armes sans la permission du sénat, réfléchit cependant quelque temps à l'importance de la démarche qu'il allait faire. L'agitation de son ame se communiqua aussi aux soldats. Ceux-ci se trouvèrent soulagés lorsque César, se déterminant toUt-àcoiip , traversa le fleuve et commença la guerre civile (l'an 3933).

Cette nouvelle fit succéder à la sécurité entière du parti de Pompée une consternation générale. A peine les préparatifs étaient-ils commencés ; d'upe heure à l'autre la défection devenait plus sensible; la masse du

peuple de Rome était portée pour César. Pompée, le sénat et les principaux magistrats résolurent de s'en- Aiir à Capoue , et de déclarer ennemi de la république quiconque resterait à Rome. Cicéron et Caton sortirent aussi de la ville. César , continuant toujours ses négociations, y entra sans résistance. 11 s'empara dans le temple de Saturne de l'immense trésor provenant des dépouilles des nations , et dont les consuls s'étaient contentés d'emporter les clefs.

Mais ni Capoue ni aucune contrée de l'Italie ne parut un asile assez sûr à Pompée , pour le rétablissement duquel, pendant sa maladie récente, tous les peuples de l'Italie avaient naguère^ de leur propre mouvement, fait des prières publiques. De Brindisi (Brundusium) où il avait rassemblé ses adhérents, et d'où César le chassa, il passa en Epire. Toute l'Italie fut conquise en soixante jours sans effusion de sang.

Outre les talents du capitaine et la sagesse de l'homme d'état César déploya dés lors les plus belles qualités, la bonté et la magnanimité, et certes la douceur , la clémence et l'affabilité de César le font paraître comme un Dieu en comparaison d'un Marins et d'un Sylla ; et tout prouva en effet, qu'il ne fut pas débonnaire seulement lorsjjue sa politique l'exigeait , mais encore dans toutes les occasions où il pouvait l'être sans compromettre les intérêts de son ambition.

Par un calcul trës-juste , César , avant de pour-

suivre Pompée , résolut d abattre Télite de ses iorces, les légions espagnoles. Ces troupes fortes, en nombre et en valeur, commandées par Afranius, Pétréjus (vainqueur de Catilina) etparVarron, ocaipaient près d'Ilerda (Lérida) la position la plus avanta«geuse. César vole en Espagne, brave les saisons, les fleuves, la faim, tous les obstacles de la nature et de l'art) force en quarante jours les généraux de Pompée , qui se croyaient déjà surs de la victoire , à se rendre prisonniers eux et leur armée ^ s'en retourne, soumet Marseille, devient dictateur, puis cpnsul, passe à Rome et à Brindisi , traverse la mer et arrive en Epire.

Dans ces entrefaites Pompée, pour défendre h république , avait armé l'Orient qu'il avait jadis parcouru en vainqueur. Ixîs gouverneurs des provinces, les rois et les princes alliés vinrent le joindre avec leurs troupes. Presque tous les sénateurs et les chefs de l'état s'étaient rassemblés dans son camp. Mais ses troupes étaient pour la plupart des soldats de nouvelle levée, tandis que les légions de César avaient déjà vaincu dans cent combats et que le courage féroce de ses cohortes germaines inspirait l'effroi. Cependant Pompée résista pendant long-temps et avec succès y repoussa César avec une^ande perte à Dyrrhachium et le harcela en lui coupant les coromunica-> tions.

I^a bataille dePharsale se livra enfin (l'an SgSô).

D'âpfès le témoignage dûÈ hi^tôriehs rotnains dé fat à lô Valeuf impétueuse des cohortes gefmaiftes que Céfeâl" diit dette Victoire dédsive. Un grand no\nhté de soldats de Potopée j perdirent la vîe , beaucotl{^ ie dispersèrent , la plupart cherchèrent leur salut dans iâ soumission. Caton , avec les plus intrépides de àort tirmée, passa en Afrique où Isr cause delà libeHé avait encore des défenseurs.

Césat dictateur. Sa nioft.

Pompée s'enfuit auprès du roi d*Egypte qui lui devait sa couronné. Au moment où il montait le vaisseau envoyé à sa rencontre, il fut assassiné par Septimius, transfuge de sa propre armée, d'après l'ordre de Dîd* nysius *) qui par ce meurtre voulut s*insinuer dans les bonnes grâces de César.

César parut en Egypte peu après la mort de Pompée, se déclara pour Cléopâtre dans la querelle dé cette princesse avec le pei'fidé Dyonisius son frère, et occasionna la guerre d^Alexandrie où il courut les plus grands dangers et qui se termina par la mort du roi et le rétablissement de Cléopâtre sur le trône. • César se reposa de ses exploits dans les bras de cette i*êine Voluptueuse (il en eut deux fils), jusqu a ce que dô

*} PColcrriéé Dioftysitii}^ fih dé PioUniéë AhUit, ébtbté dons l'âge de minorité parta^it 1« gcmvernemenl d^ TEgyptc nVcftf M sœur Cléopâtre. L'assassinat de Pompée fut ordonné par les mitiiseres du jeune fcri. (J>toté du iradj

nouveaux dangers l'appelassent sur les champs de bataille, lia guerre que Pharnace, 6Is de Mithridate, alluma dans le Pont (l'an 3937), se termina promptement par la défaite et la mort de ce prince.

Après avoir séjourné peu de temps à Rome , César se hâta de passer en Afrique , où son heureuse étoile l'emporta à Thaphus sur les forces réunies de Juba roi de Nuraidie, de Scipion, de Labiénus^ deCaton et d'autres amis de Pompée et de la liberté. Scipion, Pétréjus et Juba dans leur désespoir se donnèrent la moit. Mais Ca ton , méprisant la soumission , parce qu'il se sentait digne de la liberté , dédaigna la grâce que lui offrait le vainqueur et ne lui abandonna que son cadavre.

Le retour de César à Rome fiit signalé par l'afïluence du peuple qui accourut à sa rencontre et le conduisit au Capitole au milieu des acclamations de l'allégresse publique. On le proclama dictateur pour dix ans; un cortège de soixante-douze licteurs lui fut donné pour relever l'éclat de son rang , il fut nommé censeur unique et par conséquent maître du sénat; sa personne fut déclarée sacrée fet on lui érigea une statue à côté de celle de Jupiter Capitolin. Des actions de grâces publiques dans les temples se succédèrent pendant quarante jours, et quatre triomphes magnifiques (pour les victoires remportées dans la Gaule , l'Egypte, le Pont et l'Afrique) prolongèrent Tallégresse générale. On fit de grandes largesses aux sol-

dats, on donna des jeux publics et des festins au peuple pour Tindemniser de la perte de la liberté.

Cependant y ce qui restait d^amis de la liberté et ceux que Tesprit de parti inûtait contre César se rangèrent sous les drapeaux de Cnéjus et de Sextus Pompée, fils de Pompée. L'Espagne, en reconnaissance des bienfait^ de leur père, épousa les intérêts de ces jeunes gens. La plus terrible des batailles que César ait livrées fut celle qui eut lieu à M unda (l'an 3939). Jamais combat ne fut plus meurtrier. Cnéj us , vigoureusement pressé, combattit retranché derrière des monceaux de morts et de blessés. Ce fut en vain ! il tomba. S ex tus prit la fuite. La victoire resta à César. Avant le commencement de cette seconde giiei^re civile on avait compté 320,ooo citoyens en état de porter les armes; à l'issue de cette guerre il ne s'en trouva plus que i5o,ooo. Mais on ne compta pas le nombre des alliés , ni des habitants des provinces qui avaient versé leur sang pour Rome.

La dictature perpétuelle conférée dès lors à César anéantit la république; le titre d'Imperator qu'il affecta de porter dans la suite exclusivement , indiquait évidemment que sa domination était fondée sur le pouvoir militaire , par conséquent sur la violence et la force des armes^

Plusieurs réformes excellentes dans toutes les parties de l'administration, de vastes conceptions en fait de législation et des projets d'agrandbsement de l'cm-

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pire Caractérisent 9 à la vérité, cet homme yraiment né pour vaincre et pour régner; mais tout W bien que peut produire un souverain absolu , n'est qu'une faveur éphémère, qu'il peut révoquer lui«mé(ne et que $es successeurs ne manqueront pas de révoquer.

C'est à i'afïermissement du pouvoir absolu et à la destruction de toutes les idées de républicanisme que tendaient tous les efforts de César; et quand il agissait contre ses principes, c'était par vanité ou par les insinuations d'une vile adulation. César, supérieur à tous les dangers , ne l'était pas à sa fortune.

Les airs arrogants qu'il affectait , offensèrent le sénat composé en partie de ses créatures , et il s'aliéna l'esprit du peuple en manifestant trop visiblement le désir d'être roi. Les gens de bien en témoignèrent leur mécontentement de la manière la moins équivoque; mais César prenait de plus en plus le ton de roi et sa conduite devenait de jour en jour plus dédaigneuse. Il voulait le diadème , et le jour auquel le sénat devait le lui offrir était déjà fixé. Ce jour fut le dernier de sa vie.

M. J uni us Bru tus ) qui maintenant se présente avec éclat sur la scène de l'histoire , avait hérité de ses ayeux la haine de la tyrannie , comme un patri* moine attaché à leur nom dès Tenfance de la république. Mais le vengeur de Lucrèce n'avait été animé que par une exaltation féroce et en partie par un iiitérêt personnel peu généreux , tandis que le jeune

Bnitus brûla d'un amour pur et ardent pour ia liberté et la patrie. Ce feu aaci'é fut attisé en lui par les préceptes et Texemple de Caton ^ son oncle, par l'étude de la philosophie et par la force et la sublimité des maximes stoîciennesi C'est dans cet amour passionné de la patrie qu'on trouvera le motif de toutes les actions du jeune Brutus et le type de son caractère.

Cependant il ne faut pas négliger de faire également mention de l'extrême fécondité de son esprit, de la délicate sensibilité de son ame , de cette douceur et de cette disposition à la tendresse , qui étonnait dans un disciple de Caton et qui prêtait en même temps des charmes à son caractère élevé.

Le père de Brutus avait été tué par Pompée; cependant son fils suivit ce deiTiier à la bataille de Pharsale parce que Pompée combattait pour la liberté* César chercha à se réconcilier avec lui , le traita comme son fils , et le combla de bienfaits pour gagner son affection. Brutus eut aussi de l'attachement pour César, mais il aimait encore plus la liberté, et dès qu'il eut perdu l'espoir de déterminer Césa r à déposer le pouvoir suprême , dès qu'il vit que la liberté était peitlue sans retour , l'idée du meurtre s'empara de son âme , quelques uns de ses amis animés des mêmes sentiments l'y fortifièrent , et l'assassinat fut résolu.

C. Cassius, le plus intime de ces amis , avait l'âme grande et ime gi*ande conformité de caractère avec Brutus, la même douceur, la même générosité, mais

bon

aussi le même enthousiasme pour la liberté et la patrie; Décimus Brutus^ parent de Marius, paiement chéri de César, et Trébonius, promu au consulat par la faveur de César , ne pouvaient avoir d'autre motif pour conspirer que l'amour de la liberté. Les autres conjurés, au nombre de soixante , la plupart sénateurs, peuvent avoir été animés par d'autres intérêts ; mais ils ne jouèrent qu'un rôle accessoire.

Le 1 5 mars de la quarante-quatrième année avant J. C. — l'an 710 de la fondation de Rome (Fan du monde Sg/io), dans le cours du cinquième mois depuis sa nomination k la dictature à vie , César se rend à la curie de Pompée , l'esprit plein de projets de grandeur, A peine s'est il placé sur son siège auprès de la statue de Pompée , qu'il est assailli par les conjurés. César , accablé par le nombre et apercevant Brut us parmi eux , cesse de se défendre , s'écrie avec douleur : et toi aussi, Bru tus mon fils! et tombe percé de vingt-trois coups.

Second triumvirat, Jntoine , Octave , lA^pitle.

Là conjuration n'avait d'autre but que la mort de C?sar. Bnitus, qui ne répandait qu'à regret le sang humain , parvint à apaiser les conjurés qui en voulaient aussi aux joui's d'Antoine. Fimeste ménagement qui anéantit tout le bien que devait produire la chute de la tyrannie ! Car Antoine voyant Tirrésolution des conjurés, reti-ouva le courage qui l'avait aban-

donné ^ gagna les troupes que César avait appelées à Rome pour Texpédition contre les Parthes, et contracta une alliance secrète avec Lépide qui occupait les faubourgs avec une armée destinée pour TEspagne. Ensuite , pour bercer les républicains d'une fausse sécurité, il approuva dans le sénat Tamnestie proposée par Cicéron, mais il exigea en même temps que Ton confirmât toutes les ordonnances de César. Sa dignité , comme seul consul alors en exercice ^ et rattachement qu avaient pour lui les vétérans lui assuraient le pouvoir suprême qu'il comptait conserver» C'est pourquoi , après avoir déterminé le sénat à pennettre les obsèques du dictateur , et disposé les esprits , en publiant les legs que César avait faits au peuple, il sut, par un panégyrique artificieux , exciter le courroux de la populace au point que , saisissant des tisons du bûcher de César, elle courut assaillir les maisons des conjurés et força ceux-ci de s'enfuir dans les provinces, Antoine qui avait enlevé, jusque dans les temples, les trésors de César , affermit alors sa puissance , en se conciliant de plus en plus l'affection des vétérans et en créant une garde nombreuse pour la sûreté de sa personne. 11 fit en outre un changement dans la distribution des provinces, en se réservant pour lui.^ son frère Cajus et Dolabella, la Gaule cisalpine, la Macédoine et la Syrie que César avait destinées à Décimus, àMarcus Brutus et à Cassius, et en donnant la Gaule transalpine à Lépide.

Mais lapp^rUiou subite du jww« OcUve , arrière nçveu de César que ce Bçrnier avait adopté et imti' tué héritier de son nom et de !^ fortune^ vint changer l'état des choses, A la nouvelle de la mort de son grand^oncle, Octave, âgé de dix-huit ans, partit d'Apol^ lonia où il suivait ses études et se rendit à Eome dans Iç dessein d'y faire valoir son nom et ses droits. L'am* bition était sa passion dominante , et la dissimulation son talent principal. Il était d'ailleurs doué de dis» positions avantageuses et de qualités estimables. Il encourut dès les pi^emiers moments l'inimitié d'An» toine j et cette circonstance parut pi^opice à plusieurs de ceux qui désiraient abaisser la puissance de ce dernier. I^es vétérans de César dans la Campanie se déclarèrent pour Octave, et plusieurs légions quit* tèrent le camp d'Antoine pour se ranger du nouveau parti. Octave, étant allé camper à Albe, contraignit Antoine à sortir de Rome, Cicé ron crut enfin > après quelque hésitation , rcconnaîu^ en lui les qualités d'un bon citoyen , et animé d'une juste haine contre la ty*rannie et le despotisme d'Antoine, ae détermina à appuyer Octave de tout son crédit,

Antoine mena son armée vers la Gaule cisalpine pour en chasser Décimus Brutus qu'il assiégea, dans Mutine (aujourd'hui Mo de ne). Par Tivllaewre de Cicéron y qui prononça dans ces circonstances ses. foudroyantes philippiques , Antoine fut déclaré enneifti de la république ^ qui envoya contre lui les deux nou-

v^ux çoiisuU Aulus (lirtius et Vibiu» Ppnsaavec Octave, comQiaDclant les troupes en qualité de Pro* préteurt Après un conil>at sanglant qui dura deux jours, Antoine fut battu; mais Pansa et Hirtius périrent et Octave resta seul à la tête de l'armée (Tan 894 « ).

Antoine s'enfuit à travers les Alpes dans le camp de Lé pi de où il trouva asile et protection. Il reparut bientôt plus puissant qu'auparavant. Déeimus Brutus, naguère vainqueur, abandonné alors de ses troupes ^ périt d'une mort déplorable. Octave cependant , au lieu de poursuivre Antoine , marche contre Rome et se fait élire consul à force ouverte. Il n'avait pas enr core atteint sa vingtième année.

Ce fut alors que , jetant le masque ^ il i^pandit la constei^nation parmi les amis de la liberté. Il fait condamner et proscrire les meurtriers de César, et comprendre dans la proscription S. Pompée qui avait obtenu une réhabilitation honorable. Le décret contre Antoine est rapporté et bientôt s'ensuit une réconciliation f puis une alliance même entre les trois chefs du parti de César.

Ces trois chefs, Octave, Antoine et Lépide, réunis dans une île de la petite rivière appelée Khenus, près de Bononia, concertèrent et arrêtèrent dans l'espace de trois jours les articles d'un traité perfide. Sous le titre de Triuraviri reipublicae constituend.^ ils s'arrogèrent en commun pour cinq ans le pouvoir suprême sur Rome et les provinces. Octave devait

gouverner immédiatement l'Afrique, la Sicile et /a Sardaigne; Lépide TEspagneet laGauleNarbonnaise; et Antoine les deux autres Gaules; mais avant tout Octave et Antoine , chacun à la tête de vingt légions y devaient marcher contre les meurtriers de César , et I>épide devait pendant ce temps couvrir Rome avec trois légions. La guerre teiminée , on devait distribuer les dix-huit plus belles villes de l'Italie avec leurs territoires entre les soldats , pour les récompenser d'avoir anéanti la république.

Pour combler la mesure du forfait, l'alliance des tyrans fut scellée du sang le plus précieux. Cétait celui des amis -de la liberté et des ennemis personnels des » Triumvirs qui devait couler. Trois-cents sénateurs , deux mille chevaliers et une quantité innombrable de citoyens furent proscrits. Paul, frère de Lépide, et Lucius, oncle d'Antoine, se trouvèrent du nombre de ces derniers, mais l'influence de leurs parents sut les soustraire à l'effet de cette condamnation. Cependant Octave, après une feinte résistance, sacrifia Cicéron, son bienfaiteur, l'auteur de sa propre grandeur. Ce ftit dans la 64.® année de son âge , à sa terre de Formia , d'où il voulait s'embarquer pour passer en Macédoine, que Cicéron périt de la main de Popilius Laenas, tribun de légion, à qui^ par son plaidoyer , il avait sauvé la vie. Il mourut avec dignité et fut regretté de tous les gens de bien.

Aloi*s les scènes de terreur du temps de Sylla s«

renouvelèrent , et ùon seulement la tyrannie , mais encore les inimitiés pai*ticulières et la rapacité frappèrent leurs victimes au sein des Atmilles y dans les bras de Tamitié, même dans les temples. Cétait trahir la pa-' trie que de leur donner asile. Les meurtres commen* cèrent au milieu de la nuit, qui couvrit du même voile les horreurs de la tyrannie et les fureui*s des haines personnelles. Le lendemain les Triumvirs firent leur entrée dans la ville souillée du sang des victimes, i^ traité d'alliance avait été conclu aux acclamations des soldats; ceux-ci vinrent alors recueillir les premiers fruits.

Batailles de Philippes,

Dans ces entrefaites les chefs des conjurés avaient rassemblé des forces nombreuses en or ien t. I^a Syrie , l'Asie-Mineure et tout l'orient furent bientôt gagnés pour la cause de la liberté, Cléopâtre, amie des Triumvirs, fut menacée; Bru tus se maintenait dans la Macédoine et la Grèce; il mettait tous ses soins à alléger les maux de la guerre , et dédaignait les mesures de rigueur lors même qu'un juste ressentiment ou la prudence semblaient en exiger l'emploi. Tandis que C a s s i u s puisait dans les provinces des ressources abondantes pour la guerre, Bru tus, détestant les exactions , resta pauvre et dans la gêne malgré toutes ces victoires.

Ce fut dans les champs de Philippes, en Macé-

doine^ que se livra (lan 394^) le dernier cambat poirr la liberté. C'était là que Bru tus etCassius, à rsq>proche des Triumvirs , avaient établi leur camp. Dans la première bataille Brutus entra victorieux dans le camp d'Octave ; mais Ca ss i us ^ qui commandait Vautre aile y fut battu et se tua dans Faccès d'un désespoir pré* cipité. Dans la seconde bataille Brutus remporta de nouveau des avantages contre les troupes d'Octave , mais la défaite de l'aile qui faisait tête à Antoine entraîna la perte des siens. Cette journée vit périr le fils de Ça ton digne d'un tel père, le jeune Lu cul* lus, Hortensias, Varus et plusieurs autres guerriers distingués. Jamais sang plus noble ne fut versé pour une plus belle cause. Brutus , suivi de quelques amis dévoués , échappa à la poursuite du vainqueur. Mais Brutus aurait-il pu survivre à la liberté? «O vertu, ce n'est pas toi, c'est le destin qui règne ici-bas «! Telles furent les paroles qu'il prononça en se donnant une mort digne de sa belle vie.

* ' Bataille tTÀctium,

La bataille de Phi lippes est le dernier événement qui soit d'un intérêt majeur dans l'histoire romaine. Par l'anéantissement de la liberté le Triumvirat avait atteint son but. Les suites devaient naturellement amener une querelle entre les ravisseurs pour le partage du butin qiii finirait par devenir la proie d'un seul , et quel que fut le vainqueur, le résultat

étiiit toujours le même , c>st -à-dire , k pouvoir absolu dans les mains d'un seul.

Les vainqueurs^ après avoir commis les barbaries le^ plus épouvantables et les phis atroces , se séparèrent. Antoine passa en Asie pour achever d'accabler quelques restes du parti républicain, Octave se rendit à Rome pour prendre le gouvernement de l'occident et faire des largesses aux soldats. Il distribua pour récompense à ses troupes arrogantes les terres tt les propriétés des citoyens paisibles dans les plus belles provinces de lltalie. Ces vexations inouies firent éclater une guerre de courte durée. Perusia fut' le foyer de l'insurrection. Octave réduisit cette ville à l'obéissance et immola quatre cents citoyens aux mânes de César.

Antoine , retenu dans les liens de la volupté , s'engagea plus tard dans cette guerre. Cléopâtre, reine d'Egypte, l'avait captivé par ses charmes et le tenait dans l'esclavage. Enervé par les débauches et la mollesse, il n'aspirait plus qu'aux jouissances sensuelles ; c'est pourquoi il fut d'autant plus enclin à la paix qui lui assignait l'orient* jusqu'à Scodra en Illyrie, et qui donnait àOctave l'Occident à l'exception del'Italie qui leur resterait ouverte à tous deux et de l'Afrique' destinée à Lépide. Cette paix fot cimentée par le mariage de la vertueuse Oclavie, sœur d'Octave, avec Antoine.

S. Pom pée, cpii précédemment avait contracté al-

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liance avec Antoine , se vit par cette paix restreint k son propre pouvoir. Maître de la Sicile et de la Méditerranée, il força les Triumvii's à lui céder encore la Sardaigne, la Corse et le Péloponnèse (l'an 3943). Mais dans une seconde guerre , après quelques avantages remportés dans les commencements , ce digne fils du grand-Pompée succomba sous la valeur d'Agrippa^ amiral de la flotte d'Octave, et s'enfuit en Asie, où il fut tué par ordre d'Antoine (l'an 3948). Lé pi dé réclama une partie des états de Pompée; il comptait sur l'appui de ses vingt-deux légions; mais après sa rupture avec Octave elles passèrent toutes du coté de ce dernier. Lépide demanda la vie à genoux : on la lui accorda et l'on y joignit la dignité de pontife.

Octave marchait constamment droit a son but. Il se concilia les esprits dans le peuple en gouvernant avec sagesse , en adoptant des manières populaires et en maintenant les formes républicaines. Mais Antoine perdait l'estime publique à mesure qu'Octave la gagnait, car, méx^onnaissant le mérite supérieur d'Octavie son épouse, il se rengagea dans les* fers de la voluptueuse Cléopâtre, blessa par sa sensualité inouie les mœurs de son siècle quelque corrompues qu'elles fussent d'ailleurs , et brava les Romains opprimés par l'éclat d'un despotisme oriental. La guerre des Parthes (de 3946 à 3950) n'occasionna guère d'interruption dans ce dérèglement , puisque même dans quelques

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unes de ses expéditions il fut accompagné de Cleopâtre. Sa folle passion croissant toujours , il donnait à l'Egyptienne et à ses enfants des provinces et des royaumes avec une libéralité qui tenait de la démence et outrageait impudemment son épouse O et a vie. Finalement , il divorça. Alors le peuple et le sénat ^ animés depuis long*temps par Octave qui leur représentait sans cesse l'opprobre d'être gouvernés par une femme et une étrangère, résolurent de déposer Antoine de sa dignité et de déclarer la guerre à Cléopâtre (Tan

Cependant Antoine ne sortait pas de sa léthargie.. Il rassembla, à la vérité, une armée nombreuse et une flotte imposante , mais les plaisirs et les fêtes se succédaient toujours sans interruption , et il voulut même que Cléopâtre l'accompagnât encore dans cette guerre dangereuse. Cependant les légions d'Octave dans l'occident étaient braves, et c'était le vaillant Agrippa qui commandait la flotte. Une seule bataille décida de toute la guerre. Ce fut l'an 728 de la fondation de Rome , 478 ans après l'établissement de la république , que les flottes d^Antoine et d'Octave se disputèrent , à la vue du promontoire d'Actium , l'empire de la mer (l'an 3953). L'issue fut long-temps douteuse, mais Cléopâtre, soit lâcheté, soit perfidie, s'enfiiyant tout-à-coup avec ses vaisseaux, Antoine eut la déplorable faiblesse de suivre ses traces , sans autre suite que deux enclaves. Ses troupes continuèrent de com-

Iltl

battra , mftift èll^ âe rcîmlifent vey* le soif. L^artnéé de tetYe , forte de 1 9 légions et de 1 ^000 cavaliers soua les ordres de So s i (is et de Pu b 1 i co 1 a 5 attendit pendant sept joui*» le retouf d'Antoine. Celni-cî tie pâ»^ raissant poinl , elle se rangea solis les étendarts d'Octave* La passion d'Antoine était telle ^ qu'il ne pou-» fait vivre sans Cléopâtrè et ne se ct*oyait sûr d'elle que lorsqu'il la voyait ! En proie à une douleur muette et sans espoir , succombant sous le poids de ses malheurs, de son opprobre et surtout de sa jalousie, il arriva en Epypte où Octave ne tarda pas à le suivre. Les propositions les plus humiliantes qu'il fit pour obtenir la paix, ayant été rejetées par le vainqueur ^ le désespoir s'empara de lui , et sur un faux bruit de la mort de Cléopâtre il se perça de sort épée. Cependant elle vivait , il se fit porter chez elle et expira dand ses bras. Cléopâtre • après avoir vainement essayé le pouvoir de ses charmes sur Octave, qui voulait la mener à la suite de son char de triomphe à Rome , se donna la mort par la morstire d'un serpent.

Octave, après avoir réduit TEgypte en province romaine, retourna à Rome (l'an SgS^), seul maître de cet immense empire.

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