‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'an 1832Chapitre 24 sur 30 · TROISIÈME PERIODE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PERIODE

D^pnSft A^UGUSTE jiuqu'à THÉODOSI^LE-GRAND ,

dqiais U hafailU d'Actlnm jiuqn*^ la grande migration des peuples y an du monde 3953 joaqa'è Tan 395 après J. C.

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Précis des ét-ënements politiques.

Après que le peuple romain eut oublié la liberté sous le long r^ne d'Auguste , prince débonnaire par calcul; qu'il eut ensuite, sous les successeurs immédiats de ce prince, appris à supporter tout l'opprobre et tout les maux de la tyrannie, et qu'enfin , gouverné par un Titus, après l'aroir été par un Domitien, il eut acquis la preuve la plus frappante de l'instabilité du sort d'un peuple sous un monarque absolu , le destin , par une faveur sans exemple dans l'histoire de tous les pays et de tous les temps , lui accorda , pendant près d'un siècle, une série non interrompue d'excellents souverains qui , par leur bonté et leur sagesse, lui firent trouver le bonheur dans le pouvoir absolu, ce pouvoir laissant à ces princes plus de latitude pour suivre leurs penchans généreux et leur donnant la Êiculté de réa-

User leur volonté en répandant leuns bienfaits sur tout le genre hu)nain. Cependant qu'ont-ils produit , ces monarques avec leur zèle infatigable , avec leur a£Fection vraiment paternelle 9 avec les maximes de gouvernement les plus libérales? — L'ordre , le repos public, le bien-être , la prospérité de l'agriculture et de l'industrie, la liberté du commerce dans leurs vastes états ^ l'embellissement de leur pays au moyen de constructions d'une magnificence aussi utile que pleine de goût, tels que des temples, des palais, de grandes routes, des ponts , des aqueducs ,, des bains publics et d'autres monuments qui constataient le perfectionnement de la civilisation et de l'industrie. Néanmoins , malgré tous ces avantages , et bien qu'à l'exception des provinces frontières, une paix profonde régnât parmi ces peuples nombreux , jadis ennemis et maintenant unis fraternellement entr'eux et ne formant qu^ua seul corps politique, on ne pouvait, même sous Trajan et Marc Aurèle, méconnaître dans tout l'empire romain un affaiblissement du génie, un dépérissement des forces physiques et morales et, par conséquent^ de la dignité de l'homme^ laquelle sans contredit est d'un prix bien supérieur k l'aisance et à la paix. Ce résultat d'ailleurs ne saurait étonner ; car l'histoire nous fournit des exemples sans nombre, que rien de ce qui exige de l'élévation et de l'énergie ne peut prospérer dans lea états despotiques , et que , puisque l'une et Tautre découlent de la même source, ces états

fiowsent nécessairement par dégénérer en vertus , comme en talents.

£t combien cette dégénératîon doit*elle être plus sensible encore quand un empire despotique est un empire du monde? Car l'émulation nationale et la concurrence des efforts ^ suite de la nécessité ou de la situation dangereuse d'un pays entre deux puissances ennemies , doit cesser dans un si grand empire. La petite république d'Athènes ^ dont la population n'était que de vingt mille âmes, a produit, dans l'espace de quelques générations, des artistes, des sages et des héros non seulement plus grands ^ mais encore en plus grand nombre que l'immense empire romain , peuplé de cent vingt millions d'habitans, n'en a produit dans l'espace de cinq siècles! En outre, plus l'état est grand , plus il est difficile à un homme seul d'étendre la vue sur toute la superficie de cet état; le pouvoir des gou> verneurs est donc d'autant moins limité et les citoyens sont d'autant plus exposés aux abus de la tyramaie , même sous un bon prince. Enfin ^ dans tme monarchie universelle les opprimés n'ont pas même la dernière ressource , celle de quitter leur infortunée patrie. On n'est pas perdu sans retour , tant qu'il existe encore quelque endroit accessible où règne la liberté ; la tyrannie ne lève le front avec une audace impudante que lorsqu'elle sait qu'on ne saurait lui édiapper.

Les Romains qui ne voyaient au delà de leur empire que la mer, ou les déserts, ou des contrées arides

habitées par des baii>ares , se trouvaimit dans cette triste position ^ et ils en ressentirent toute Thorreur lorsqu'aprés la mort de Marc- Au rè le il ne leur resta plus que le souvenir des vertus des A n tonins j et lorsqu'une série d'empereurs pour la plupart méchants et pervers écrasèrent les peuples dociles sous le poids de la servitude, tandis que le petit nombre de bons princes ou de prmces d'un caractère moins odieux n'apportèrent aux maux qu'un allégement éphémère et partiel. ^

C'est aux progrès et à la formation de ce gouvernement despotique , ainsi qu'au relâchement inévitable dans un empire immense, qu'il Êiut imputer la cau^ principale de la décadence et de l'^tinction d'un état qui y d'après ime telle étendue et une telle consistance , d'après la masse de ses forces physiques et son orga** nisation, ouvrage des plus sages princes, et enfin ^ d'après l'enchaînement de ses parties intérieures, sanblait fondé à jamais sur des bases inébranlables. A cette cause se joignirent encore plusieurs circonstances^ tant intérieures qu'extérieures, qui accélérèrent et consommèrent sa ruine. Il faut aus^ considérer la plupart de ces circonstances , soit comme les résultats du despotisme en géfiéral , soit comme les effets particuliers du gouvernement despotique de Rome,

Ce fut par les armes que s'éleva d'abord et que se perpétua dans la suite la puissance des empereurs* De là cette préférence extrême pour les militaires, source intarissable de vexations pour les citoyens , qui finit

par compromettre la sûreté du trône même. Les soldats, se prévalant de leur prépondérance , se croyaient au dessus des devoirs de citoyen et se regardèrent bientôt comme maîtres de Tempire. L'ordre de succession , ou l'élection de l'empereur, n'étant pas déterminé par la loi y les soldats, s'appuyant sur des usages surannés, s'arrogèrent le droit de nommer leur Imperator. Les Prétoriens, chargés de la garde personnelle des empereurs, donnèrent l'exemple, que suivirent les autres armées. Le conflit des prétentions amena des guerres fimestes. Quelques mesures qu'employassent des princes éclairés et énergiques pour remédier à ce mal , elles furent impuissantes: le Préfet du Prétoire était toujours redoutable à l'empereur, et chaque général pouvait, en proportion de ses services, donner de l'ombrage , d'autant plus que par les changements survenus dans les affiiires de la guerre , les troupes n'étaient plus retenues par la crainte du nom de Rome, ni par l'idée d'une patrie commune. Depuis long-temps les Ro mai n s efféminés s'étaient déshabiti^s du service des armées; les légions se composaient de soldats levéii pour la plupart dans les provinces frontières peu civilisées: et ces guerriers, citoyens de nom, à la vérité, depuis le règne de Caracalla, étaient sans dévouement pour Rome qu'ils ne connaissaient pas, et en partie animés d^une haine invétérée contre elle , ou divisés entr'eux par des inimitiés particulières. Rome finit enfin par prendre à sa solde des barbares, même

des ho rdes eutières avec leiurs propres cfaefs^ auxquek elle ouvrit , par là ^ le chemin aux premières dignités del'étaty en s'exposant, en même temps, aux trahisons les plus funestes. D^autres motife qui contriboérent encore à son af&iblissement , furent l'introduction du Christianisme et la translation du siège de Tempire à Constantinople, laquelle dérangea toutes les anciennes relations y et enfin le partage de Tempire , qui dans les commencements ne devait avoir lieu que pour quelque temps et qui cependant fut définitif. Cependant ^ protégé par les- remparts de sa capitale et par diverses conjonctures favorables , T Empire d' Orient se soutint, péniblement à la vérité et dans un état de dépérissement progressif, jusqu'au temps des Ottomans; mais l'Empire d'Occident avait succombé victime de son propre épuisement et des invasions des peuples venus du nord.

Ce fiirent des peuples germains qui firent immédiar tement cette révolution , à laquelle participèrent aussi des hordes asiatiques. Les Romains n'étaient jamais parvenus à s'établir solidement au delà du Rhin et du Danube. La nature avait peuplé ces contrées d'une population vigoureuse , destinée à détruire 1 édifice chancelant de l'empire du monde , à créer une nouvelle génération et à préparer le terrain pour un nouvel ordre de choses.

Les peuples germains pouvaient déjà, même séparément , braver les armes des vainqueurs du monde.

Réunis en masses plus imposantes, leur ag;gression fut terrible. Diverses causes , surtout le déboixieraent de plusieurs autres peuples du nord et de lorient , refou^ lèrent les Germains sur le territoire romain. Un essaim pressait l'autre. La Scythie répandit aussi ses hordes^ et la sin^ultanéité du mouvement donna au choc une force irrésistible. Les peuples de la Germanie partagèrent entre eux l'empire d'Occident. #

Ijes Parthes furent moins heureux en combattant contre Rome. Trajan les vainquit. Mais une révolution intérieure, qui fit monter une«dynastie persane sur le trône de r Asie-mineure 7 rendit à cette puissance son ancienne force. Cependant elle ne s'étendit pas au delà de l'E uphrate que le destin semblait lui avoir assigné pour limite.

C'est aux mouvements parmi les nations de la Ua ute- ' Asie et de l' Asie-septentrionale que les écrivains modernes attribuent la cause de la migration des ))euples. La Chine resta un monde séparé.

I^ifttotrr détailler.

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