HISTOIRE DE L'EMPIRE ROMAIN
DEPUIS AUGUSTE JUSQu'a COMMODE.
Règme étJuguste,
Après la bataille d'Actium Octave se trouva dans une position btea plus avantageuse que César après avoir terminé la guerre civile. La liberté avait déjà été anéantie dans les champs de Philippes. Ses derniers défenseurs avaient péri dans les combats ^ ou étaient proscrits. On était d'ailleurs fatigué de ces per pétuelles agitations et Ton voulait le repos à tout prix. Le6 citoyens les plus considérés étaient d'ailleurs dévoués à la famille de César ^ soit par reconnaissance , soit par l'intérêt du moment on par l'espérance , et les pauvres préféraient «du pain et des jeux publics<c à la liberté. Néanmoins Octave^ n'oubliant pas la leçon de l'assassinat de César, crut ne pouvoir parvenir à la domination et la conserver que par la politique la plus artificieuse.
Il commença par se jouer du sénat, à la tête duquel il s'était placé, ainsi que du peuple, en déclarant qu'il voulait remettre entre les mains des autorités républicaines le pouvoir suprême, dont il ne s'était chargé que malgré lui et pour le salut de l'état. Le sénat devait solliciter comme une grâce le joug qu'on tenait prêt, et il le fit. Octave, après quelque résistance, daigna consentir à rester maître de l'empire sous le titre dTinperator , avec un pouvoir plus étendu sur
Sua
toutes les armées. Cette dignité ne devait durer que dix ans , mais chaque fois à Texpiration de ce terme la même scène se renouvelait. On eut bien soin de ne porter aucune atteinte aux formes répid^Ucaines , aux comices , aux élections aux charges de magistrature. Mais le prince (princeps^ titre qu'il affectionnait de préférence et auquel on ajouta encore I0 nom d'Au«* gus te) conserva pour toute sa vie Tautorité de consul, de tribun, de censeur et de pontife. Il affermit sa puissance y entretenant une garde nombreuse autour de sa personne, en s*arrogeant le commandement mi^* Htaire dans Rome même , et la nomination des gouverneurs dans les provinces occupées par les légions d'élite. Mais il se garda de faire sentir au peuple tout le poids de sa puissance et ae voulut jamais être appelé souverain. Affectant par ses paroles et ses actions le plus grand éloignement pour Tappareil de la majesté, tolérant les discours et les écrits libres/ et caressant de toutes manières les caprices du peuple , il semblait par sa débonnaireté adroitement calculée n'être puis* sant que pour faire le bien. Les Romains oublièrent peu-à-peu ses cruautés passées, profitèrent de ses libéralités et se félicitèrent de sa popularité et d'une Uberté qui ne Tétait que de nom; les habitans des provinces prônèrent le bon ordre, la tranquillité et la paix dont ils jouirent sous son gouvememmt; les poètes enfin et les savans, dont il honorait et récompensait les talents , élevèrent jusqu'aux nues l'illustre
ami <tes muses. Mais la postérité le juge plus sévèi*e> ment ; dans tout ce qu'Auguste a dit et a fait depuis sa première apparition sur la scène du monde jusqu'à ses derniers moaients, elle ne reconnaît qu'un rôle profondément étudié , mais nullement la vertu.
I^ gloire de la sage et bein*euse administration d' Au* guste est principalement due à ses ministres Ci In i us Mécène^Vipsanius Agrippa et MessalaCorvinus, Le nmn de Mécène, ce favori du maître du monde, ami des arts et des sciences , qui chérissait l'humanité et la liberté , est respecté de tous les gens de bien et dégoût. Agrippa, vainqueur de S. Pompée et d'An* toine, et généralement reconnu pour le premier homme de l'état après Auguste dont il était le gendre, dirigeait les affaires de la guerre. Messa la , également versé dans les sciences militaires et dans l'administra* tion en temps de paix, jouissait aussi d'une réputation distinguée quant aux belles-lettres.
Le renversement de la république avait changé l'esprit de la politique extérieure de même que celui de l'administration intérieure. Auguste, se' contentant de la possession de l'empire du monde, et redoutant en despote habile les secousses des grands mouvez ments, résolut de tenir en haleine le courage des légions par de petites guerres et par la défense des frontières, sans cependant reculer davantage les limites du grand empire; et la plupart de ses successeurs, sous le titre d'imperator, suivirent ce même principe»
de modération. Toutes les guérites de Rome depuis ce temps là furent pour la plupart défensives. Il est néanmoins vrai de dire, qu*avec une ligne de frontières d'une étendue aussi immense on manqua rarement de prétextes pour de pareilles guerres , et le règne d'Auguste y quoique ce prince eut fait fermer trois fois le temple de Janus , compte plus d'années de guerre que d'années de paix.
Auguste éprouva aussi plus d'une fois les vicissitudes de la fortune. Les Part bes , à la vérité, lui rendirent les aigles enlevées à Crassus. Les frontières s'arrondirent par la défaite des Cantabres et des Asturiens (seuls peuples d'Espagne qui résistassent encore), par la conquête de la Khétie, de la Vindélicie et du No ri eu m faite par Drusus et Tibère; par la soumission de la Mœsie et de la Pannonie qui. coûta bien du sang ; mais une armée entière se perdit daus les déserts de l'Arabie; une autre combattit sans succès contre les Ethiopiens, et la troisième, sous Varus, fut mise en pièces par les Germains.
Les chagrins domestiques d'Auguste furent encore bien plus cuisants. Il n'avait point de fils. Julie, sa fille , se déshonora par ses dérèglements et perdit ses fils. Livie, sa seconde épouse, était une femme artificieuse dont les fils ^ qu'elle avait eus d'im premier mariage, contribuèrent aux déplaisirs d'Auguste, l'un , Drusus, par sa mort et l'autre, Tibère, par sa conduite. Auguste cependant, quoiqu'il reconnût le mau-
vais caractère de ce dernier^ fut forcé de l'adopter pour fils et pour successeur , afin que Fempire après sa TDort ne passât pas en des mains étrangères»
Tel fut le sort d'Auguste généralement si prôné* Il mourut y après avoir survécu à sa prospérité , à l'âge de 76 ans 9 et dans la 44-'* année de l'exercice d'un pou* voir sans partage (l'an 14 après J. C).
MaUon d Auguste,
Après que le vieux Tibère^ blanchi dans la défiance et Tastuce , eut d'abord abusé le sénat par une dissimulation inutile^ à la vérité, mais innée en lui, et qu'ensuite il eut apaisé la sédition des légions panno* niennes et germaines (ces dernières par la fidélité de Germanicus son neveu), il efifaça jusqu'aux dernières traces du pouvoir populaire en transférant les Comices au sénat et en s'entouhint des terreurs de ia loi de Majesté. L'application de cette loi Élisait im crime , non seulement des moindres actions mais encore des écrits et des piaroles qui n'exprimaient pas une servitude sans réserve , et même des pensées qui échappaient à l'abandon du coeur et que surprenait la défiance aux aguets^ Pour servir une tyrannie san* guinaire et sans pudeur, on abusait de la'^sainteté des formes de justice, on rompait tous les liens de l'amitié, de l'amour, de la nature. Le respect seul qu'on por tait à l'illustre Germa nicus, que le peuple chérissait et que l'armée adorait , contint encore quelque temps
rindignatloii publique* Ce hérm périt victime du poifion et le peuple^ en perdant cet appui, perdit sa dernière lueur d'espérance. Tibère qui semblait n'avoir plus rien d'humain que la forme, partageait son temps entre des actes d'une barbarie recherchée et des jouissances sensuelles qui répugnent à la nature. Aelius Séjan, préfet du prétoire, digne favori d'un tel maître, enti^etenait et renforçait même ces scènes de meurtre à Rome , tandis que Tibère se livrait à tous les genres de débauches dans nie de Caprée. Mais convoitant le trône pour lui-même , il trama un complot perfide, et sa mort ainsi que celle de sa famille et de tous ses amis fut le prix de sa trahison, Tibère continua encore pendant dix ans à se livrer à ses cruauté sans pouvoir assouvir ses fiireurs , et aux débauches sans pouvoir apaiser ses remords. Il mourut dans sa soixantedix-huitiàne année, (l'an 87. de J. C.) (empoisonné k ce que prétendent quelques-uns) , après avoir déshonoré le trône pendant ^3 ans, et emportant au tombeau le renom d'un tyran consommé.
Cajus (Caligula), fils de Germanicus, fut proclamé imperator par les prétoriens. Le sàaat et le peuple , qui chérissaient la mémoire de son père , le reçurent avec des acclamations de joie. Mais après la courte illusion d'une feinte douceur , on reconnut bientôt en lui un monstre sans égal , qui réunissait tous les vices ) même les plus opposés entr'eux, au point qu'on n'aurait su dire avec certitude , si c'était
la cruauté , ou la perversité ou la démence qui (ut son vice dominant. Quelques conjurés ^ sous la conduite de Cassius Chéréas, délivrèrent enfin Tempire de ce monstre en le tuant (Fan 40-
Dans Vivresse de sa joie le sénat osa proclamer le rétablissement de la liberté et condamner la mémoire des Césars ; mais l'espace d'un jour suffît pour le con^ vaincre que ce n'était pas lui, mais les gardes prétoriennes qui étaient maîtres d^ l'empire. Ce corps , encore dévoué à la maison des Césars, fit monter sur le trône l'oncle de Cajus, Claude, aussi faible d'esprit que de corps , qui , d'après l'expression de sa propre mère, n'était qu'ébauché par la nature. Les meurtriers de Caj us furent punis et dès lors commença un règne dont l'opprobre parut encore plus intolérable aux âmes nobles, que ne l'avait été le règne de la terreur sous Caj u s. Alors éclata , bien que sanssuccès^ la révolte de Camille, gouverneur delà Dalmatie^ dont l'histoire est signalée par la belle action de l'héroïne Arria. Ce fut alors pour la première fois que la nuiitresse du monde se vit ouvertement foulée aux pieds par des courtisanes sans pudeur et de vils affran<t chis* Messaline et Agrippine furent les épouses du débile Claude; les noms de ces deux femmes servent encore aujourd'hui à désigner le rebut de leur sexe. La pi^mière, souillée des plus honteux dérèglements, fut tuée par ordre de l'affi^anchi Narcisse; Agrippine décida l'empereur à adopter, au préjudice
dugénéi'enx Britannicussonfils; Domittus Néron qu'elle avait eu de son prarnier mariage , et fitiit par faire empoisonner son époux pour assurer ie trône à ce fils (l'an 54).
Celui-ci Tobtint aussi par le secours des gardesprétoriennes et de Burrhus leur chef; les commen-^ céments de son règne donnèrent de beHes espérances, mais il finit comme un monstre de cruauté. U fit mou« rir successivement Brflannicus, son frèredu premier lit^ dont il avait usurpé la couronne; sa mère, qui par amour pour lui s'était rendue coupable de tant de crimes; son épouse Octavie, objet de la haine dé Poppée sa maîtresse; cette même Poppée, dans un accès de jalousie; son tuteur Burrhus , à qui il devait le trône; son ancien maître Sénèque, qui l'avait élevé. Pour les motifs les plus légers il fit mettre à mort le vertueux Tfarasée, lé spirituel Lucain, beaucoup de sénateurs, de chevaliers et de citoyens ; une foule de Chrétiens et de Juifs furent tués sous prétexte de complicité du fameux incendie dobt il était lui-même l'auteur ; et ces scènes de meurtres alternaient avec celles des débauches les plus inouies , et de méprisables bouffonneries.
Enfin la révolte éclata presque de toutes parts , en Espagne, dans les Gaules et à Rome même. Aussi lâche que féroce, ce monstre, abandonné de sa garde , condamné par le sénat , courut se cacher dans la maison d'un de ses affranchis , et sur le point de tom*
ber entre les mains de ses ennemis, se donna la mort dans lexcès de son désespoir (l'an 68). Avec lui s'éteignit la race d'Auguste*
Malgré toute la perversité de ces Césars et malgré la tyrannie qu'ils exerçaient dans Rome m^me et les contrées les plus voisines, les provinces jouissaient néanmoins , sous une administration assez régulière , d'un sort heureux en comparaison des vexations qu'elles avaient eu à souffrir du temps de la république. La puissance de Rome quant à l'extérieur n'offrait également aucun indice de décadence. La farouche valeur des Germains répandait à la vérité l'effroi; mais il en avait été de même du temps du Grand César, et la supériorité des armes romaines, malgré la défaite deVarus, ne se démentit pas dans les guerres des premiers empereurs. Les prc^rès de ces armes furent plus décisifs vers les autres frontières. La Mauritanie, qui avait pris les armes pour venger la mort de son roi tué par Caligula , fut conquise sous Claude. Dans l'orient, Corbulon, envoyé de Néron, enleva l'Arménie aux Parthes, et au delà des mers se réalisa lé projet conçu par César , de soumettre U Grande-Bretagne; cependant ce dernier succès ne fiit pas complet; car après que les délégués de Claude eurent vaincu les Icènes, les Brigantes et le brave Caractacus, roi des Silures; après que sous le règne de Néron, Suétone-Paulin eut détruit à Mon a (An* glesey ) le siège prmcipal de la puissance des Druides,
et qu'il eiit battu et anéanti , prè» de la Tarn ise , les troupes de la vaiUante Boadicée; après que, sous les règnes suivants , Agricola eut pénétré avec son armée victorieuse jusqu'en Calédonie (l'Ecosse), les peuplades du nord ne furent cependant pas vaincues et firent des invasions dévastatrices dans les provinces méridionales. Plus tard l'affaiblissement progressif de l'empire rendit encore moins possible la conquête entière de la Grande-Bretagne; aussi les empereurs suivants, après les guerres les plus heureuses , se contentèrent-ils de conserver la Bretagne méridionale (environ */5 de llle) qu'ils ne parvinrent qu'avec peine , et même seulement en partie , à mettre , par des rem? parts et des murailles y à l'abri des courses des Calé-» doniens.
Histoù-e des Juifs,
^ \a guerre qui entraîna la perte du royaume de Judée et la destruction du temple de Jérusalem , s'étant allumée sous le règne de Néron , il est à propos de jeter maintenant un coup d'œil sur cette partie de l'histoire si abondante en événements sinistres.
Hérode le Grand , roi de Judée, l'exterminateur de la maison des Macchabées, qui pendant les guerres civiles de Rome avait constamment été l'ami du parti vainqueur, et à qui, dans les derniers temps ^ A u g u s te avait accordé une augmentatkni considérable de territoire , releva l'éclat et la prospérité de son ix>
yaumé, reconstruisit k temple avec magnificence, embellit Jérusaleili et plusieurs autres villes du pays et mourut dans la seconde année de notre ère.
Conformément à la décision d'Auguste le royaume fut partagé entre les trois fils d'Hérode, Archélaûs^ Philippe, et Antipas. Cependant, les Romains y commandèrent en maîtres jusqu'au moment où l'estimable Hérode-Agrippa, petit-fils de HérodeleGrand, obtint, parla faveur de Cajus et de Claude, le gouvernement de tout l'état avec le titi'e de roi. A sa mort (l'an 44) cessa la prétendue indépendance. Des gouverneurs romains administrèrent le royaume, quoiqu'on en eût laissé , par grâce , une petite partie au jeune Agrippa.
Nonobstant l'oppression que la force des armes et le despotisme exerçaient sur leà Juifs , ceux-ci jouaient depuis long temps à Rome même un rôle important , soit comme agens de change, banquiers^ marchands, soit comme portion nombreuse du peuple que des meneurs habiles faisaient crier et agir dans l'intérêt de leur faction. Généralement parlant ils étaient haïs, même méprisés des Romains ; mais leurs richesses étaient un appât à l'avidité du butin. Les exactions ^continuelles des gouverneurs augmentaient la répugnance des Juifs pour le joug des Romains. D'anciennes prophéties, qui annonçaient la venue d'un Messie, . nourrissaient dans les opprimés l'espoir de ladélivrance. I^es vexations révoltantes du gouverneur G es si us
Florus firent éclater enfin une sédition générale parmi les Juifs (l'an 66). Jérusalem et toutes ks places fortes du continent tombèrent en leur pouvoir; le préfet de Syrie fut battu. Néron fit marcher contre eux le général Y esp asien avec des forces nombreuses. Les efforts , la fureur , le désespoir des Jui& furent sans succès. La destinée que la sagesse clairvoyante avait prévue et prédite , et que Tesprit du peuple ainsi que les conjonctures du temps rendaient inévitable , s'accomplit dans toute son étendue. Battus , cruellement massacrés dans plusieurs combats sanglants, les Jui& au désespoir s'acharnaient à combattre malgré l'inégalité de leurs forces. Ils étaient encore maîtres de leur capitale, lorsque y esp asien , proclamé Imperator par son armée, se rendit à Rome, abandonnant à son fils le soin de terminer la guerre. Cette ville infortunée devint le théâtre de toutes les calamités que puisse concevoir l'imagination la plus sinistre. La division survenue entre les partis combla la mesui^ des maux. Les défenseurs de la même ville s'entredéchirèrent dans des combats réels et , accumulant forfaits sur forfaits , appelèrent sur leurs têtes le courroux du vainqueur. Ce ne fut qu'après avoir donné l'assaut y et à travers les flammes et les monceaux de cadavKs qu*il put se fiayer un passage dans les rues de Jérusalan. Les hurlements du désespoir retentirent lors de la chute da la ville de David et de l'écroulement de son temple vénéré. Onze cent mille habitants, si Ton en
crpit Joseph Flavius, perdirent la vie dans cette |[uerre , où furent faits cent mille prisonniers. Le resl^ de la nation fiit dispersé dans divers pays, niais conserva, malgré sa dégradation, son attachement à la loi de Moïse, son fanatisme aveugle, et sa croyance à la venue du M e ss i e. L'empereur Adrien ayant fait construire sur l'emplacement de la cité sainte une ville profane, Aelia Capitolina, et sur la montagne de Sion un temple à Jupiter, Bar-Cocheba (fUsde l'étoile), le prétendu Messie, marcha contre lui à la tête de bandes nombreuses animées par la vengeance et le désespoir. A d r i e n , de son coté , rappela ses légions de la Grande-Bretagne pour les opposer à ces forcenés. Prés de six cent mille combattants perdirent la vie , beaucoup furent vendus en esclavage ; la destinée des autres fut une dispersion totale , l'asservissement et l'opprobre. Mais depuis ce temps-là et jusqu'à nos jours les descendants de cette nation remarquable se sont maitenus sans se mêler aux autres peuples dont ils sont méprisés et qu'ils haïssent à leur tour , et vivent opiniâtrement fidèles à leur vieille croyance, à leurs dogmes et à leurs traditions , ennemis de toutes les innovations, sans égards aux circonstances des temps et des lieux , momies vivante^ du monde anq^en.
Vespasien, Titus. Domiticn,
Revenons maintenant à l'histoire des empereurs romains. Après la mort de Néron, le septuagénaire
Suipi tius-Galba fut proclamé Imperator par Tannée d'Espagne et confirmé par le sénat. Les prétoriens y mécontents de sa sévérité , l'assassinèrent et donnèrent Tempire à Salvius-Othon* Les légions germaines avaient déjà auparavant proclamé Imperator Aulus-Vitellius, leur général. Ses troupes traversèrent les Alpes. Othon , vaincu dans une action près de B e d r i a c u m , se donna la mort pour épargner le sang de ses concitoyens. Yitellius s'empara du trône qu'il déshonora par sa brutalité et son ivrognerie. Il ne tarda pas à payer d'une mort honteuse son penchant désordonné pour les plaisirs de la table (l'an 69).
Flavius- Vespasien, dont les soldats exerçaient ainsi une justice vengeresse , avait été revêtu de la pourpre par l'armée d'orient, et il était digne de son élévation. Il respecta l'autorité du sénat et se fit confirmer par lui dans sa dignité ; il rétablit le calme dans l'empire 9 embellit la capitale , remplit le trésor épuisé, fit la guerre avec bonheur aux Juifs, aux Parthes et aux Bretons; le succès de ses armes fut cependant moins décisif contre les Bataves. Une sévérité despotique et une avarice sordide ternirent néanmoins l'éclat de son régne qui dura neuf ans.
Son fils Titus (l'an 79) qui lur succéda , posséda l'amour du genre humain par les belles qualités d'une a me vraiment grande. Il n'occupa le trône que pendant deux années, encore furent-elles troublées par des
accidents £àche(ix ; mais cet espai^ de temps a suffi pour jeter un éclat inèf&çable sur la mémoire d'un prince , qui regardait comme perdue chaque journée qu'il passait sans faire quelque bien.
Son frère Domi tien , si différent de lui (Tan 81 ), imita les Césars dans leur perversité. Non moins révoltant par sa lubricité que par son désir immodéré d'amasser des richesses, ce despote eut l'audace sacrilège de se faire donner les noms de seigneur et de dieu, tandis qu'il était l'esclave de ses eunuques et des astrologues et qu'il avait eu la bassesse d'acheter d'un barbare la paix à prix d'argent, ce qui jusqu'alors était sans exemple chez les Romains. Ce fiit Diurbanée-Décébale, roi deDacie, qui lui imposa ce honteux tribut après avoir battu les légions et dévasté plusieurs'provinces. D o m i t i e n fut assassiné à l'instigation de sa perfide épouse , l'an 96.
Nerva Jusqu'à Marc-Aurèle*
Pendant près d'un siècle, à compter de la mort de Domitien, les Romains, par un bonheur digne d'admiration , jouirent constamment des bienfaits d'un gouvernement sage et paternel. Les princes qui pendant cet espace de temps occupèrent le trône, n'y parvinrent point par le hasard de la naissance , et n'avaient pas été corrompus , dés leur première jeunesse , par des idées de grandeur et de domination. C'était l'adoption , accordée au mérite seul , qui mettait le sceptre
entre les mains dti pltis digne. La i*econnaissance ^ Témulation ^ le désir de justifier k confiance paiblique encourageait k l'accoroplisement des devoirs. Coc« céïus Nerva, rieillard vertueux, originaire de Crète, que le sénat avait élu successeur de Domitien , devint le bienÊiiteur du genre humain en adoptant pour fils et pour successeur M. Ulpius Trajan, Espagnol de naissance , qui commandait alors l'armée en Germanie, et en partageant avec lui Tautorité souveraine.
Trajan , surnommé le meilleur des princes par ses contemporains et la postérité , et que ses vertus firent proposer plusieurs siècles encore après lui pour modèle aux empereurs , dans celte allocution aSis feli* cior AugustO) sis meliorTrajano<ç nous offre dans son caractère l'heureuse réunion des plus grandes et des plus aimables qualités* Tandis que , doué d'une pénétration profonde et d'un cœur paternel , il embrassait d'un coup d'œil toutes les branches de l'administration de son immense empire , exécutait avec énergie et persévérance les inspirations de la sagesse , veillait avec un zèle infatigable au bien public et aux intérêts des particuliers , et ne paraissait régner que pour montrer dans son plus bel éclat le bon côté de la monarchie, son esprit, dégagé de préjugés et adoptant les idées libérales , rendait hommage aux principes de la république; il réhabilita, de son [Jein gré, le ^éiiat dans l'exercice de sa hberté ; il lui rendit sa dignité en lui témoignant de la déférence ; il rétablit les Mec-
tioDS populaires et rindépendance des magistrats; il paralysa Teflfet de la loi de majesté et écarta de son cortège personnel les signes extérieurs et choquants du pouvoir absolu. Accessible k tous les citoyens, vivant au milieu d'eux comipe un père au sein de sa iamille , il ne semblait élevé au dessus d'eux que par la supériorité des veitus; de même qu'il n'admettait entr'eux d'autre distinction que celle du mérite. A ces vertus pacifiques Trajan joignait aussi une réputation militaire éclatante. Dans deux guerres contre l'audacieux Décébale il vengea l'outrage qu'avait essuyé Domitien ; toute la Dacie fut érigée eu province romaine; le roi d^ce se donna la mort, entouré des niines de sa puissance renversée* Les expéditions de Trajan contre les Parthes furent encore plus brillantes. Depuis le consulat de Gras sus le nom de Parthes inspirait l'effroi aux Romains ; la Syrie o£Ërait les traces d'anciennes et de récentes dévastations Trajan conduisit ses légions au delà de l'Ëuphrate, soumit l'Arménie, la Mésopotamie, traversa les flots rapides du Tigre, conquit les capitales des ror yaumes de Séleucie et de Gtésiphon et pénétra jusque dans le Golfe-Persique. L'Asie fût peutêtre restée sous la domination de Trajan > si la mort n'eût pas déjoué ses vastes projets* Get empereur mou* rut (l'an 117) dans le moment critique d'une insur* rection qui venait d'éclater dans tous les pays qu'il
avait subjugués ; et l'édifice de gloire qu'il avait élevé avec tant de peine s'écroula.
Ael î us Ad r ien y son successeur par droit de parenté et par adoption présumée , rendit toutes les con<{uétes au delà de TEuphrate et borna sa gloire à maintenir le bien-être et la force dans l'intérieur. Il y a peu de princes qui l'aient égalé quant à l'activité y au zèle et à l'babileté dans le maniement des affaires. Il par-^ courut à pied toutes les provinces de son vaste empire , et les institutions bienfaisantes qu'il donna à chacune d'elles laissèrent partout d'heureux souvenirs de son passage* Il avait de l'érudition et le goût des beauxarts y mais il était moins doux et moins aimable que Trajan. Fier de son autorité , il en faisait sentir le poids. Les derniers temps de sa vie ne furent pas exempts de quelques actes d'une sévérité outrée ou même de quelques injustices , de manière qu'après sa mort (fan i38) le sénat , jugeant le caractère d'Adrien par comparaison avec la douceur et la bonté de Trajan j hésita de rendre à la mémoire du premier les honneurs accoutumés.
En adoptant Titus Antoninus Pius *), Adrien s'était donné pour successeur le plus vertueux des hom-
*^) Il y a quelques écrivains français qui ont traduit Pius par le Pieux; mab comme Tobserve M. Toulotte dans son histoire philosophique des empereurs romains» PiuS| dans le sens que lai. donnèrent les Romains dans cette occurrence , n'a pas d'équiFalent en français : il a donc paru plus convenable de laisser subsister le mot In tin. fj^ote du tnuL)
mes. Pendant son règne, qui dura aS ans, le repos, l'abondance et la paix , abstraction faite de quelques démêlés sur les frontières , régnèrent dans l'empire romain. Les sujets et les magistrats semblèrent prendre pour règle de leur conduite les vertus de leur prince. L'humanité, la justice, l'amour de l'ordre contribuaient au bonheur de l'empire; les passions haineuses, les penchants vicieux se cachaient dans les ténèbres. Les peuples étrangers étaient pénétrés de respect et d'amour pour un prince dont la maxime était «qu'il vaut mieux conserver la vie à un citoyen que de l'ôter à mille ennemiscc, et s'en rappor* taient à lui pour la décision de leurs diflérens. Depuis Numa, à qui on le comparait avec justice , Rome n'avait pas eu de monarque pareil.
Dès son avènement An ton in avait adopté, à la sollicitation d'Adrien, Marc-Aurèle, jeune prince plein d'espérance, et Lucius Vérus.
Le sénat désigna le premier pour succéder à l'empereur qui était mort (l'an i6i); mais il lui associa en même temps Lucius Vérus avec le titre d'Auguste. Vérus, cependant, forcé de reconnaître lasupériorité de son collègue, lui céda sans répugnance le maniement des affaires , pour se livrer à l'oisiveté et aux jouissances de la vie. Ce ne fiit que dans la guerre des Parthes, qui éclata peu après la mort d'Antonin, que Vérus déploya quelque énergie; néanmoins ce ne fut pas lui, mais son lieutenant Àvidius Cassius qui
vainquit les Parthes et pénétra jusquà Ctésiphoo, L. Vérus mourut dans la huitième année de son élévation au trône^
L'indolence de Yérus fit d'autant plus ressortir le zèle, l'activité et la gloire de l'illustre Marc-Aurèle qui égalait Antonin en vertus , en probité et en dé* mence , qui le surpassait en énergie ou du moins dont la fermeté avait été mise it de plus fortes épreuves , et qui aux plus brillantes qualités du monarque joignait la dignité plus sublime du philosophe. Tout le cours de sa vie fut le commentaire mis en pratique des maximes de Zenon , dont ce sage couronné fiit aussi le propagateur par ses discours et ses écrits.
Ce fut sous le règne de Marc-Aurèle que l'empire éprouva la première secousse violente donnée par les peuples septentrionaux. Les Bastarnes et les Alains, refoulés par les Goths qui venaient du nord, se jetèrent sur la Dacie, et les peuples du Danube coalisés pénétrèrent en Italie jusque sur le territoire de Rome. Le torrent se déborda jusque vers Aquilée , et à la terreur que répandirent les Marco mans (les plus jouissants de la confédération), se joignirent encore une peste en Italie et une sédition dans plusieurs provinces, tandis que la guerre contre les Parthes durait encore toujours. Après une guerre de huit ans, pénible, dangereuse et entremêlée de succès et de revers, Marc-Aurèle conclut une paix glorieuse (l'an 1 74)' Une guerre qui éclata de nouveau ayec les Ger-
mains retint remptercur auprès de ses légions* Son ame généreuse fîit vivement touchée à la vue des dévastations j et son corps succomba à l'excès des fatigues. Il mourut à Sirmium *) (l'an i8o), aussi regretté que Trajan , et les générations suivantes payèrent à sa mémoire le tribut de la vénération et de la recon* naissance.
Etat de la civilisation. Ans et sàienees.
I.e tableau du bonheur et de la civilisation dans l'empire romain à compter du règne de T r a j a n jusqu'à celui deMarc-Aurèle, ainsi qu'antérieurement sous le règne d'Auguste ne présente pas un aspect aussi riant , aussi satisfaisant que celui que nous avons vu pendant la période précédente dans les pays de la Grèce et l'Italie libre. Dans ces derniers états la civilisation s'était perfectionnée sous des rapports multipliés et s'élevait de plus en plus par une force intérieure et naturelle qui n'avait subi aucune altération ) effet de l'indépendance et du bien-être des peuples. La civilisation de Rome au contraire était, . d'une part , le produit du pouvoir et de la politique des maîtres du monde, ainsi que de l'excès d'une arrogante opulence qui , insatiable dans ses jouissances , ne cherchait qu'à les raffiner , de Fautre , le résidtat
*) D*autres ëcmains prétendent qu'il mourut à Vienne en Autriche (Vindibona). CNbie du trad.)
d'une obéissance passive , marchant docHement dans le sentier tracé ; cette civilisation en général était dénaturée par la faiblesse morale et la corruption*
Il est vrai que les partisans du système de l'empire du monde peuvent, avec quelque apparence de raison ^ objecter que la réunion de tant de peuples sous un seul maître détruisit tous les obstacles qu^opposaienl aux progrès de quelques nations particulières soit la disette des ressources j soit leurs rapports d'hostilité avec d'autres peuples. Us peuvent alléguer , qu'à la faveur d'une paix profonde et d'un gouvernement dont la sagesse étendait ses soins avec une égale prévoyance sur tant de pays divers , les arts , le perfectionnement de l'agriculture et de l'industrie répandirent leurs bienfaits sur la plus importante partie du monde; que par la transplantation des fruits , des plantes , des arbres et des animaux , par les encouragements donnés à l'industrie , par les avantages d'un commerce actif et par l'assistance que se prêtaient mutuellement les provinces dans des moments de détresse passagère le bien-être général fut assuré; et que peu-à-peu cet empire immense , renfermant des villes superbes, traversé dans tous les sens par des routes belles et commodes , semblable à un jardin quant à la fertilité du terrain , décoré de monuments et d'édifices nombreux aussi précieux par leur utilité qu'admirables par leur magnificence, devint le séjour fortuné d'une population qui y bien que pressée par le nombre , vivait dans les dou-
ceurs de runion et jouissail des fruits d'une activité sagement dirigée.
Si cependant ces apologistes j en eicaminant les dé^ tails, avaient aussi aperçu le côté désavantageux de cet état de choses , ils auraient remarqué que Tordre et la tranquillité dans l'empire n'étaient que l'effet de l'obéissance machinale et du relâchement moral ; que l'aisance n'était le partage que d'une très faible minorité et que les raffinements et. le luxe ne voilaient que faiblement le dérangement des fortunes et la pauvreté* IjCs deux tiers de la population se composaient d'esclaves^ et même les affranchis étaient exposés au pouvoir arbitraire de la tyrannie. Dans les villes priu* cipales et surtout à Rome le luxe et la corruption des mœurs ne connaissaient point de. bornes; dans les provinces et dans les campagnes la misère et la dépopulation étaient visibles; le manque d'ame et de mouvement attestait que , bien loin que l'état put encore prospérer, il était atteint d'un vice organique qui entraînerait sa ruine.
Parmi les signes caractéristiques de cette période des empereurs , brillante d'un côté et malheiu*euse de l'autre , il faut compter aussi le déclin rapide des arts et des sciences qui florissaient dans les commence* ments.
L'une des causes les plus importantes qui pendant la période. précédente avaient fait fleurir les beUeslettres y la liberté, n'existait plus, mais la propaga-
tion des lumières ne semblait que plus assurée au moyen du trésor de connaissances qu'on avait déjà recueillies. Elles s'étaient répandues dans plusieurs classes du genre humain et sur un plus grand nombre de peuples , et la réunion de ceux-ci sous la domination des Romains offrait aux arts et aux sciences une infinité de ressources. Le repos et la sécurité , résultats de la profonde paix dont l'intérieur de l'empire jouit long-temps à compter du temps d'Auguste, favorisaient le calme nécessaire aux études ; les écoles y les instituts d'enseignementainsi que les bibliothèques publiques et particidières s'étant multipliés , secondaient les efforts du génie; et l'usage commun des langues grecque et romaine, la première comme langue des savants^ la seconde, comme celle du peuple dominant, fa» cilita l'échange des idées , l'appropriation et la possession en commun des productions de l'esprit, ainsi que la marche uniforme des progrès. Finalement, plusieurs empereurs tels qu'Auguste dès le commencement ^ puis Vespasien, Trajan, Adrien et les Antonin protégèrent avec chaleur les Muses que plusieurs d'entr'eux cultivèrent eux-mêmes. D'autres par leur liae contribuaient du moins à faire fleurir les arts ; et la rivalité des grandes villes, et même l'ostentation et la générosité de plusieurs particuliers opulents occupaient et encourageaient les talents.
Tant de conjonctures favorables devaient nécessairement produire d'heureux résultats. Le siècle d'A^ii-
gtrste est uiie des époques les plus brillantes de l'histoire des sciences et du bon goût. Les Muses du Pays-Latin rivalisèrent avec celles de la Grèce , et leur association fraternelle répandit les litmières et les dâirmes de leur commerce jusqu'aux bords de l'Ebrey du Rhin et de la Tamise. Leur empire se maintint dans son étendue jusqu'au temps des invasions des^ barbares , et quoique leur enthousiasme parût se ralentir de bonne heure , elles ne refusèrent cependant pas^ jusqu'au temps des Anton in, leur assistance aux écrivains.
Mais à compter du troisième siècle les arts et lei sciences tombèrent soudain de la hauteur à laquelle ils s^étaient soutenus pendant long-temps. Avant Isc an de cet espace de temps les ténèbres couvrirent entièrement Toccident, l'Italie seule exceptée; et l'orient n'était plus éclairé que par la lueur mourante du crépuscule.
La cause de ce déplorable changement s'explique facilement aussi^ Quelque favorables que puissent être les conjonctures extérieures, elles ne suffisent pas pour enfanter des ouvrages de génie; c'est la force intérieure, la force créatrice seule, qui peut les produire, et cette force, malgré tous les encouragements, nepeutprospé* rw lorsque la liberté, première condition de son existence, lui manque; de même qu'une plante, malgré les soins les plus assidus , ne saurait profiter , privée du soleil et du sol qui lui est propre. Un despote , quand même
il le voudrait, ne peut donnier à Tame deoes escia'ves cette élévation que l'amour de la liberté seul peut dpn^ ner y et comment pourrait il le vouloir , sans se contre? dire lui-même ? Il ne peut se dissimuler que les citoyens éclairés sont , à la vérité , les su j ets les plus fidèles^ maisdesesclavesindociles; il ne peut donc manquer de haïr la science. Dans toutes les hypothèses, le poids de Fesdavage accable aussi l'esprit^ et nous pouvons ^ sans hésiter , considérer la décadence frappante du génie sous les empereurs comme une suite nécessaire du gouvernement despotique. Les anciens , pénétrés du sentiment de leur grandeur et de leur dignité, pouvaient sans crainte donner un libre cours à l'expression de leurs pensées et de leurs sentiments et suivre leur première inspiration à la vue de tout ce qui les entour rait; les Romains des temps postérieurs ne pouvaient se faire illusion sur la misère de leur condition ^ qu'à la vérité ils s'étaient attirée eux-mêmes ; l'abaissement dont ils avaient contracté l'habitude, empêchait lair esprit de s'élever , et ils sentaient , avec regret , que le langage de l'homme libre ne convient pas aux esdaves. in outre, en portant les regards sur toute la période^ (nous ne voidons rompre le fil des événements ^j on voit disparaître successivement les relations pacifiques des premiers temps de l'empire. Â la paix succéda une suite affligeante de guerres dans l'intérieur et au dehors. Les Muses eiïarouchées s'enfuirent à Taspect des dévastations; et les habitans appauvris , sachant à peine
comment sustenter leur vie, ne pouvaient songer à Tembellir. Le luxe insultait à la misère des pro* vinces; mais les arts dédaignent de rendre servilement hommage au luxe arrogant. Dans ces entrefaites le despotisme s'appesantissait de plus en plus ; le règne des Antonin était passé. lies empereurs même dont les vertus et Ténergie retardaient la chute de l'empire, tels que Claude, Aurélien, Probus, Dioctétien etc. étaient étrangers aux sciences , et ils n'étaient grands qu'à k tête des armées ou du gouvernement. Le pou^ voir de l'habitude et le concours des circonrtances discréditèrent peu-à-peu les arts de la paix. La jurisr prudence seule, dont l'étude est n^essaire et avantageuse dans l'administration de l'état , se soutenait avec succès. Quant à la médecine, science qu'on jugeait également indispensable, on s'y traînait sur les traces des anciens, et finalement la théologie mystique et la controverse achevèrent d'étouffer les talents naissants, auxquels l'éclectisme avait déjà porté atteinte.
I^es arts et les sciences des payens paraissaient si étroitement enlacés clans leur odieux système de religion , leurs productions d'écrit et de goût regorgeaient tellement d'horreurs mythologiques , que l'aversion qu'inspirait aux prosélytes chrétiens le dogme détesté devait nécessairement les animer eontre les arts et les sciences qui avaient enfanté ces productions. Les che£id'œuvre de l'art et les livres des payens devinrent
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lobjet d'une persécution religieuse , (les empereurs avaient précédemment condamné les écrits dès chrétiens,) et mainte production digne de Fimmortalitéfut anéantie à jamais. Les barbares*, lors de leurs incursions dans les provinces, détruisant les monuments sacrés et profanes sans distinction , secondèrent sans s'en douter les voeux des fanatiques zélateurs. Le génie ^ trop appauvri pour créer, avait à peine encore assez de goût pour copier ce qull y avait de meilleur. Les manuscrits disparurent, et Fesprit humain, privé d'aliments et de moyens d'élévation, tomba dans le dépérissement. . Dans les états de la Grèce un changement pareil s'effectua aussi^ mais bien plus tard que dans l'occident, et il fut bien moins général. On y vit encore fort tard des écrivains dignes du siècle d'AleaLandre : une grande partie de la population aimait et honorait encore les lettres et les arts. Ce penchant était devenu une marque distinctive du caractère national des Grecs par le genre de culture que l'esprit humain avait reçue chez eux. Les descendans de ceux qui avaient instruit publiquement les hommes, se sentèrent appelés à soutenir la gloire de leurs ayeux. Le patriotisme ou l'orgueil national les portait à s'élever du moins par l'esprit et le bon goût au dessus des odieux tyrans sous les armes et la politique desquels ils avaient été obligés de fléchir. Chez les Romains au contraire, les arts et les sciences n'avaient jamais été propriété nationale, Ijsl langue des Romains même ne s'était point
élevée à son degré de perfection par la civilisation populaire, mais uniquement par le génie de quelques hommes formés à l'école des Grecs.
La Grèce cependant ne put échapper à l'influence générale de l'esprit du temps. Les hommes vraiment éclairés devinrent phis rares de jour en jour. La lutte ' avec les grands hommes de l'antiquité était trop inégale. La force et le courage manquaient pour se frayer avec succès, des routes nouvelles. On en était réduit à n'imiter que faiblement. Les érudits, au lieu de faire faire des progrès à la science , se bornaient à commenter le.s ouvrages existants. Au lieu des génies créateurs qui avaient brillé dans les beaux jours j les écoles et les bibliothèques étaient peuplées de grammairiens , de critiques et de commentateurs.
DEPUIS COMMODE JUSQu'a LA. CHUTE DE l'eMPIRK
d'occideht.
Commencement de la décadence.
Aurèle-Commode, fils unique et successeur de Marc-Aurèle, fut le premier prince de l'empire romain qui naquit dans la pourpre. Ses vices formèrent un contraste affligeant avec les vertus de son père. Il débuta comme Néron par les plus honteux dérèglements et finit par les barbaries les plus atroces et les plus insensées. Altéré de sang, il fit périr une quantité
de sénateurs et des citoyens les plus respectables, sans nul motif et uniquement pour assouvir ses fureurs ; il ne ménageait pas même ses créatures^ ni les compagnons de ses dissolutions. Son naturel , se pervertissant de plus en plus , finit par détniii^e en lui jusqu'au moindre sentiment- d^bumanité. Il passait son temps soit dans les orgies les plus exi^essives, soit aux amphitéatres, non comme spectateur, mais comme acteur, luttant dans les premiei^s temps contre les bêtes féroces , et dans la suite contre des hommes. Jfaloux du renom de gladiateur, il prostitua la majesté du trône en exerçant publiquement ce métier flétri par la nature et les lois. lies Romains virent sept^cent trente cinq fois dans l'arène leur empereur, le fils de Maro-Aurèle. Il s'exerçait joumellementà l'académie des gladiateurs, percevait même comme tel la solde , avec tm supplément proportionné à sa dignité d'empereur , et se faisait gloire du nombre de victoires qu'il avait remportées à armes inégales sur ses adversaires dignes de pitié:
Pendant treize années entières le peuple romain, précédemment accoutumé au gouvernement des Aiitonin, jsuppôrta la tyrannie de ce monstre! il l'eut supportée plus long-temps encore, si un athlète, gagné par une des concubines de ce prince, ne l'eût étranglé (l'an 193). Ce ne fut qu'après la mort du tyran que l'exécration publique long-temps comprimée éclata eu imprécations générales.
Redoutant les fatigties de la guerre, Commode
avait 9 peu après la mort de son père , acheté la paix des Germains ; mais les incursions continuelles des barbares sur le territoire de Rome , auxquels on ne résistait que péniblement présageaient la chute pro^ chaîne de Tempire.
heh conjurés contre Commode, au nombre desquels se trouvait Laetusy préfet de la garde prétorienne, avaient choisi pour lui succéder Helvidius Pertinax, préfet de la ville ^ vieillard respectable qui par son seid mérite s'était élevé de la condition la plus obscure aux charges les plus éminentes, et ce choix fut approuvé incontinent et avec joie par le sénat et le peuple. Mais les prétoriens , seuls mécontents au milieu de l'allégresse générale, regrettant le tyran qui avait âatté leur arrogance , assassinèrent le vertueux Pertinax, Ils poussèrent ensuite l'insolence au point de mettre l'empire à l'enchère. Didius Julianus, riche sénateur, couvrit toutes les mises — il offrit treize cents écus par tête — et le sénat lui prêta serment de fidélité, mais les armées d'Illyrie et de Syrie revêtirent de la pourpre leurs généraux Septime-Sévère et Pescennius- Niger. Clodius Albinus en Angleterre se déclara .pour la liberté. Sévère marcha sur Rome , où l'infortuné Julianus, abandonné des prétoriens et condamné par le sénat , expia sous la hache du bourreau la téméraire aipbition qui lui avait fait .acheter l'empire.' Niger et Albin , tous deux abusés par la feinte amitié de Sévère, succombèrent l'un après l'autre aux talents
militaires et à l'astuce de ce prince-soldat. Sévère haïssait les formes et les airs républicains , il opprimait le sénat qui s'arrogeait le droit de délibération et même de remontrances , U méprisait le peuple qu'il croyait fait pour servir et souffrir , et augmenta par des lois et des faveurs la prépondérance oppressive de la classe militaire. Il est vrai qu'il humilia et licencia la garde prétorienne pour la punir d'srtroir vendu l'empire ; mais il s'en créa une autre quatre fois plus nombreuse , choisie dans toutes les légions , avec laquelle y en cas de sédition , il comptait en imposer non seulement à Rome et à lltalie, mais même aux années. Il atteignit en effet son but ; mais il rendit par là le préfet du prétoire redoutable à ses successeurs.
Bassianus Anton ius, surnommé Caracalla, et Septime Géta, ses fils^ furent par le testament de leur père et la proclamation de l'armée déclarés empereurs conjointement et devinrent pour cette raison ennemis irréconciliables. Dans une entrevue concertée pour tenter des voies conciliatrices j Cai^calla fit assassiner son frère Géta dans les bras de sa mère. Ce fratricide impie y adonné à toutes les débauches/ mais doué de quelque énergie de caractère fit périr vingt mille partisans, serviteurs ou amis de Géta et tyrannisa l'empire pendant cinq ans encore, jusqu'à ce qu'il fut tué lui-même par Opilius Macrinus , préfet^u prétoire.
Ce dernier se revêtit de la pourpre avec son fils et fut précipité du trône par le crédit de l'artificieuse
Mœsa, sœur de JuliaDomna, épouse de Sévère (Pan a 1 8). Cette femme procura la dignité impériale à son petit-fils Uéliogabale, âgé de quatorze ans, grandprêtre du soleil en Syrie , qui déshonora le trône par ses vices et ses dérèglements inouï». Les prétoriens en délivrèrent la terre et proclamèrent empereur Alexien (Alexandre Sévère), son parent, prince aimable et généreux (l'an 222). Mais il fut tué aussi par ses soldats (l'an aSo).
Maximin y Thrace d'originç^ qui dans sa première jeunesse avait été pâtre , et s'était distingué depuis dans l'armée par sa valeur et sa force de corps extraordinaire, avait été le chef de cette conspiration et fiit ensuite reconnu empereur. Avide de sang et de butin, il assouvissait ces deux passions sur les citoyens comme sur les ennemis. JVfais en Afrique la dignité impériale fut décernée à l'octogénaire Gordien et à son fils, tandis qu'à Rome le sénat proclama empereurs Pupi^ nus et Balbinus, hommes d'un rare mérite. Gordien fut tué, ainsi que son fils, par les partisans de Maximin; les empereurs choisis par le sénat périrent sons le fer des prétoriens, et Maximin perdit la vie dans une sédition de ses soldats. Le petit-fils de Gordien, qui portait le même nom , monta alors sur le trône (l'an 238). Il combattit avec succès contre les Perses et les Goths et fit concevoir de lui les plus belles espérances. Mais Philippe l'Arabe, préfet du prétoire, eut recoui's à la trahison pour s'en défaire et on trouva
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Gordien parmi les morts sur le champ de batailjk'. daos la guerre contre les Goths *). Philippe mourut aussi sur le champ de bataille en combattant contre le généreux Messius Décius, gouv^neur de la Pannonie (Van a5o)) et ce dernier périt un an plus taixl dans une guerre contre les Goths , victime de la perfidie de Trébonianus Gallus.
Gallus et deux autres empereurs mourureut.siiccessivement de mort violente; après quoi Tarmée conféra le diadème à Licinius Valérianus (l'an a53). Cet empereur marcha contre len Perses , fut fait prisonnier par Sapor (Schapur) leur roi (l'an a6i), et périt d'une mort alfreuse, après une captivité de trois ans pendant laquelle il essuya les plus cruels traite* men ts. G a 1 1 i e n , son fils, aussi peu touché de l'infortune de son père que des malheurs qui affligeaient Rome , se livra à toutes les jouissances de la vie , tandis que les barbares faisaient de toutes parts des incursions dans les provinces et que des séditions fréquentes des peuples et des gouverneurs mettaient le comble à la calamité publique. Dixrhuit empereurs s'élevèrent en même temps. En y ajoutant quelques rebelles qui agitèrent l'état avant ou après , on pourra compléter le nombre des trente tyrans dont Trébellius Pollion fait mention. Ils payèrent tous d'une mort violente leur règne funeste et éphémère. Posthume (père et
*) (Tan Qt4/|.) Dans la quatrième anni^e de son nvèncmcnt, Philippe célébra la féte miilénatre de la fondation de Rome.
fils) et Tetricus dans la Gaule, Auréolus en Illyrie et principalement Odénat dans TOrient se distinguèrent pai*ini eux. Ce vaillant sénateur de Pal my r e à l'aide de quelques tribus du désert , arrêta là marche victorieuse de l'arrogant Sapor et le repoussa au delà de TEuphrate. Pour récompense de cet exploit Gailien partagea avec lui le pouvoir suprême ; mais Odénat périt victime d'une trahison domestique ^ et son épouse Zénobie, princesse d'un courage héroïque, dans les veines de laquelle coulait le sang de Ciéopâtre, saisit les rênes du gouvernement.
Pendant ces troubles l'indolent G al 1 i e n fut assassiné par ses propres serviteurs (l'an 268).
Claude II, son successeur, sauva par une victoire éclatante l'empire menacé d'une prompte chute par une terrible invasion des Goths.^ Ce fut à Naïssa que les Goths furent défaits ; les débris de leur armée périrent par la famine et les maladies contagieuses. Mais les contrées du Danube et celles du Mont-Hémus ne purent jamais se remettre des ravages de cette guerre dévastatrice. Les dieux ne permirent pas à Claude de consommer l'œuvre; il mourut victime de la peste qui avait éclaté dans le camp des Goths. Ce fut L. Domitius Aurélien qui mit la dernière main à l'ouvrage que Claude avait commencé.
Dans moins de quatre ans ce grand capitaine vainquit l'anti-empereur Tetricus qui régnait dans les Gaules, l'Espagne et l'Angleterre, Théroïne
Zénobie en Orient, Firmus en Egypte, les Allemands, les Goths *) et d'autres ennemis à Textérieur , appaisa plusieurs séditions et devint le restaurateur de l'empire ébranlé.
Cet empereur belliqueux entreprit une seconde expédition contre les Per s e s pour tirer vengeance des outrages faits àValérien; mais quelques-uns de ses propres généraux qui avaient tout à craindre de sa sévérité conspirèrent contre lui et le tuèrent (l'an a^S). •
L'armée, effrayée elle-même de ce forfait, s'adressa au sénat ordinairement dédaigné et le pria de désigner le successeur d'Aurélien. Le sénat nomma un de ses membres, le vertueux Claude Tacite, digne descendant de l'illustre historien ; mais ce vieillard , âgé de 75 ans, mourut dès le septième mois de l'exercice do sa dignité.
L'armée de Syrie proclama alors empereur Aurélius-Probus (rana76) qui, de mêmequeClaude et Aurélien , descendait d'une famille de laboureurs en Illyrie, et que ses vertus ainsi que ses talents rendaient dignes d'une telle illustration ; ce choix obtint la sanction du sénat dont l'agrément avait été sollicité par le modeste empereur lui-même. Probus, par une suite d'exploits guerriers, effaça la gloire d'A urélien et ^n caractère populaire et libéral rappela le règne de Marc-Aurèle. Il battit les Perses, les
*) II abandonna cependant à ces derniers une partie de la Dace y ne jugeant pas pouvoir s'y maintenir.
Blemyes et surtout les peuples de le Germanie auxquels il n'accorda la paix qu'à des conditions humiliantes et après leur avoir imposé de grands sacri- 6ces; il projeta de couvrir la limite la plus faible de l'empire romain par une ligne de retranchements depuis Rat isbonne jusqu'à l'embouchure du Necker. *) Ce guerrier, quoique élevé dans les c^mps et couvert de tant de gloire , eut néanmoins assez de sagesse et d'humanité pour aimer mieux élever que détruira et pour préférer les arts de la paix à des trophées souillés de sang. Il tâcha de réparer les dégâts des guerres précédentes par la restauration de plus de soixante^lix villes, les unes entièrement détruites, les autres ruinées en partie , et par des constructions d'utilité publique auxquelles il employa les bras des soldats chèrement entretenus aux frais de l'état. Il leur fit planter des vignes dans la Gaule et la Pannonie, construire des ponts ^ creuser des canaux , faire de grands chemins dans toute l'étendue de l'empire , dessécher des marais etc. : mais il excita par là , ainsi que par la sévérité de sa discipline , le mécontentement de ses guerriers corrompus depuis long*temps par la vie licencieuse des camps; il fut massacré par eux (l'an 282).
*) Les pays situés entre le Rhîn et le Danube avaient, du temps de César , été abandonnés ppr les Germains et occupés ensuite par des colons gaulois et d'autres nventuriersy qui se soumirent à la domination romaine et payèrent les dimes, d'où ils ftirent appelés Décumates.
Auréliiis-Carus, préfet do prétoire, aon succ^seur, égala Probus en valeur, mais non pas en bonté. Il fut tué , à ce qu'on prétend , d'un coup de foudre. Sa mort arriva en 283.
Des deux fils qu^il laissa, Numérien, prince d'un naturel fort doux, fut assassiné par Aper, son beau* père *). Le féroce et voluptueux Carinus, son frëre, périt sons le fer d'un tribun dont il avait déshonoré l'épouse. Le pouvoir suprême échut alors à C. Valère- Dioclétlen (l'an 284;.
Depuis Dioctétien jusqu'à Constantin.
Dio clé tien naquit dans la condition la plus obscure; son père était esclave du sénateur Anulin , et le nom de Dioclétien dérive de Docléa en Dalraatie, lieu natal de sa mère; mais il s'était distingué de bonne heure dans l'armée , était monté de grade en grade , et après avoir vengé sur Aper la mortdeNuraérien , il fut unanimement reconnu pour le plus digne du trône.
Dioclétien conçut toute l'étendue de ses devoirs et reconnut , par ce motif même , Timpossibilité d'agir en même temps sur tous les points, ainsi que le danger de confier à des sujets des pouvoirs étendus ; il
*) D'après l'histoire philosophique des empereurs romains par M. Toulotte, Arrius Aper ayait. épousé la fille de Nuroérien et était , par conséquent , son gendre et non son beau-père.
fNote dttirad.)
résolut de s'associer un aide dans Texercice du gouvernement et choisit à cet effet Maxiiae Hercule, Pan* nonien ' de basse naissance , mais vaillant et habile général , quoique moins prudent et moins instruit que lui-même. Ils partagèrent en commun le titre d'Auguste et le pouvoir suprême. Ceux-ci se donnèrent encore pour collègues deux Césars (survivancidrs pour le titre d'Auguste); Maximien-Galère, Dace de la dernière condition , et Constantin Chlore, de naiësance distinguée, issu par sa mère de la maison de Claude II.
Cette mesure qui , au moyen de la supériorité de Domitien reconnue par ses collègues, n'avait rien de dangereux, devint, par la suite, une source de guerres civiles et finalement le motif d'un partage permanent qui fut, en outre, une charge exorbitante pour l'empire épuisé , forcé de supporter les dépenses de l'entretien de tant de cours.
Les quatre empereurs battirent les nombreux ennemis de l'empire et plusieurs anti-empereurs. Parmi ces derniers Carausius en Angleterre fut le seul qui réussit à se maintenir , à se faire reconnaître empereur , et il le resta jusqu'à sa mort.
L'absence de l'empereur, qui n'habitait plus Rome (Dioclétien avait choisi pour sa résidence Nicomédie en Orient), contribua indirectement à l'affaiblissement de l'autorité du sénat et à l'anéantissement des institu-
lions républicaines 9 dont les restes encore importants ne se trouvaient phis qu^à Rome.
Les empereurs cessèrent d'observer des ménagements avec le sénat et ne délibérèrent plus qu'avec leiu*s ministres. C'est ainsi que le système monarchique acheva de s'établir et que l'abaissement du peuple se manifesta dans les formes du langage et de l'étiquette. Dès lors le mot D o m i n u s , qualification que lés bons empereurs avaient reprouvée parce qu'elle exprimait un rapport avec la servitude, fat non seulement adopté dans le style officiel des chancelleries ^ mais encore accompagné d'épithètes qui tenaient de l'adoration et du culte de la divinité, et toute la pompe des cours orientales, le diadème, les vêtements en soie et en or, la foule d'officiers, de serviteurs et d'eunuques., la difficulté d'approcher la personne de l'empereur , l'obligation de se prosterner devant lui , toutes ces circonstances faisaient sentir au peuple la grandeur du monarque , et comprimaient (comme le voulait Dioctétien en adoptant les usages asiatiques) l'insolence de la populace et de la soldatesque^ ainsi que les élans de l'amour de la liberté et l'expression des passions , en accoutumant le peuple à ces démonstrations serviles.
Après avoir pendant plus de vingt ans tenu d'une main vigoureuse et avec succès les rênes de l'empire, Dioclétien déposa la couronne impériale et se livra aux douceurs de la vie privée dans la délicieuse cam-
pagne qu'il avait fait construire près de Salone en Daimatie (Fan 295).
Des temps orageux survinrent ensuite. Le lien de runion s'était rompu depuis l'abdication de Dioclétien. Galère et Constantin Chlore, devenus Augustes, conférèrent le titre de César à Sévère et à Maximin Daza. Une haine mortelle animait ces deux derniers contreGalère et Constantin fils de Constance mort depuis long-temps; la discorde régnait également entre le vieillard Maximin qui, dégoûté du repos de la vie privée, avait repris la pourpre, et son fils M axe n ce que les prétoriens en avaient revêtu, et Licinius que Galère avait nommé Auguste; et dans cette confusion de dissensions et d'inimitiés l'empire de Rome se vit opprimé tour-à-tour par deux , par quatre et même par six Au gustes. Parmi ceux-ci Galère fut considéré comme le premier ; il se déshonora par ses cruautés et fut peu-à-peu éclipsé par le jeune Constantin. I^s vertus du père de ce jeune héros avaient valu à ce dernier l'amour de l'armée qui le proclama Auguste en Angleterre, en dépit de Galère son persécuteur (l'an 3o6). Malgré les menaces de celuici, Constantin fut reconnu César et non seulement se maintînt dans les provinces de son père (l'Angleterre, les Gaules et l'Espagn e), mais encore ne tarda pas à étendre sa domination.
Maxence, fils de Maximin, tyrannisant l'Italie et l'Afrique, les Romains appelèrent Constantin à
leur secours. Celui-ci se détermina au combat. C'est dans le cours de cette expédition (si Ton en croit la légende , ce fut à l'apparition d'un phénomène) qu'il conçut le dessein d'embrasser le Christianisme, de s'appuyer par là d'un parti puissant dans tout l'empire et d'exalter l'ardeur de ses soldats dont im grand nombre étaient chrétiens.
Cependant, l'époque précise de sa conversion n'est pas connue d'une manière bien certaine, et il existe des indices d'après lesquels , même après la victoire des Romains , il balança encore long-temps entre le culte pay en et la nouvelle doctrine , et n'adopta cette dernière que successivement et non pas tout-à-coup. L'issue de la guerre contre Maxence répondit aux espérances , et l'inactivité du tyoran en facilita le succès. Ce ne fut qu'à l'approche de Constantin de la capitale, que Maxence se présenta au combat; mais il perdit une bataille au pont Miivien et se noya dans le Tibre en fuyant. Le vainqueur fit son entrée dans Rome aux acclamations du peuple.
Dans ce temps-là Licinius^ héritier de Galère et vainqueur de plusieurs anti-empereurs, régnait dans l'orient. la bonne intelligence qui avait régné entre lui et Constantin , cessa dès lors. Ce fut dans cette occasion que l'étendard de la Croix fut d'un grand avantage pour ce dernier. Les sentiments qui animaient les combattans , et les ressources qui furent employées de part et d'autre , firent de cette guerre
une véritable guerre de religion. Dans la première campagne l'empereur d'occident força son ennemi à lui céder rillyrie, la Dardanie, la Macédoine, la Grèce etlaMœsie; dans la seconde, il fitLicinius prisonnier et Te fit mourir, ainsi que ses ministres et ses généraux (Fan Sa/i), au mépris de la promes$e qu'il lui avait faite de le laisser en vie.