‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusquà l'an 1832Chapitre 10 sur 25 · ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

Etat des choses» Conférences tle Pilinitz.

La Constitution entra en vigueur; mais ce ne fut que sous des auspices sinistres. Deux ennemis divers suscitèrent la guerre contre elle. C'étaient d'un côté les Princes de la maison royale à la tête des émi-' grés, pour la plupart appartenant à la noblesse^ rassemblés en armes aux frontières de la France <]n'ils menaçaient d'envahir; d'un autre coté c'était la foule des prêtres redoutable par le prestige de Ifhyppcri^

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et par leur intluence sur les esprits faibles d'une populace stupide. On ne pouvait guère espérer que le Roi s'armât de fermeté contre ses frères et ses prétendus amis, ainsi que contre ceux qui subjuguaient sa conscience timorée. ïm défiance, les soupçons et enfin la haine naquirent inévitablement de cet état de choses, et les enthousiastes de la Liberté ne virent plus de moyen de sauver leur idole^ que de renverser Je trône, catastrophe qu'appelaient aussi de tous leurs voeux les amis de Tanarchie.

Dés le commencement de la session de Tasseikiblée législative, ce corps manifesta ses dispositions haineuses Les menées secrètes et les actes de violence des Jacobins avaient malheureusement influencé les élections. Les hommes de parti étaient parvenus — chose qui pour l'ordinaire ne réussit qu'aux Gouvernements — k dominer dans les élections, et par conséquent à opprimer la nation. Les voix vendues, ou inconsidérément données dans les assemblées primaires portèrent aux collèges électoraux des départements les homnies dé parti et ceux-ci élurent pour représentants de la nation les coryphées de leur faction. C'est ainsi la majorité des députés se trouva CQRdpoj^ée d'enthousiastes qui désiraient avec, passion rétabilissement d'une république, oubliant que, d'après l'histoire, cette forme de gouvernement, ne. god vieqt qu'a des. peuples dont les moeurs sont simples et pures y tandifi qu!ellQ dégénère inéyitablemeat en

ochlocratie et hnalemeiit en tyrannie chez des peuples aveuglés par l'égoïsme et adonnés aux jouissances sensuelles. Il y avait cependant aussi, dans TAsseniblée législative, un parti modéré, fidèle à la constitution jurée , mais il était bien inférieur en nombre et en dévouement au parti républicain.

Le trône constitutionnel et la cause de la Liberté auraient cependant pu être sauvés par le dévouement sans réserve de la nation et de l'armée pour la Constitution et pour le Roi; mais la noblesse, et les Prêtres obstinés à ne* pas prêter le serment imposé au clergé hâtèrent la catastrophe par leur funeste opposition.

Dès 1790 les Ei^igrés, a force de sollicitations avaient réussi à armer les Puissances étrangères pour soutenir la cause de la noblesse, qu'ils appelaient astucieusement celle du trône. Les négociations se poursuivirent avec succès à Coblence. Vienne et Berlin partagèrent les sentiments de la cour de Coblence. D'autres cours se joignirent à celle-ci. La Russie elle-même envoya un ambassadeur à Coblence, Après la malheureuse tentative de la fuite du Roi, le nombre des Emigrés grossit au point que vers ^ la fin de 1791, il s'en trouva au moins 60,000 rassemblés en armes dans les provinces du Rhin et des Pays-Bas,

L'approche de l'orage alarma les Patriotes; il ne devait pas tarder à éclater. Par une circulaire datée

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de P a doue (6 Juillet 1791) TEmpereur Léopold avait iuvité toutes les Cours de l'Europe à déclarer ouvertemeut que de ta cause du Roi de France ils faisaieut la leur propre , et qu'ils ne souffiriraient jamais que les rebelles triomphassent. Immédiatement après cette sommation s'ouvrirent à Pillnitz, che& l'Electeur de Saxe les fam^ses conférences entre- TEmpereur et le Roi de Prusse, à la suite desquelles ces dteax monarques publièrent un manifeste rédigé dans le même sens. On se concerta pour le pian de campagne. Catherine Impératrice de A-nssie promit aux Emigrés des secours encore plus efficaces et l'aventureux G u s t a V e III Roi deSuède, s'offrit à se charger du commandement de l'armée combinée.

Il est vrai, qu'après que Louis XVI eut accepté la Constitution, l'Empereur Léopold prit un ton plus modéré et qu'il engagea ses Alliés à suivre son exemple; mais ce fut en vain. Le pacifique Empereur mourut bientôt après (i5 Février 179a), et François second, son fils qui lui succéda dans ses Etats héréditaires (et peu après au trône de l'Empire *) se montra disposé à la guerre.

Dans cet état de choses FAssemblée législative reconnut la nécessité de recourir à des mesures décisives. Elle décréta (3i Octobre et 9 Novembre) que

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le Comte de Provence serait sommé de rentrer en France dans le délai de deux mois «ous peine d'être déchu de son droit à la régence; que tous les Emigrés étaient suspects d'avoir conspiré contre la Patrie ; mais que ceux d'entre eux , qui , au commencement de l'année suivante resteraient encore rassemblés seraient déclarés coupaUes de haute-trahison , que la peine capitale serait prononcée contre eux et que leurs biens seraient confisqués.

Le Roi refusa de sanctionner ce décret. Aussitôt l'Assemblée législative déclara^ k l'çxpiration du délai fixé (Janvier 1 79a) leCoratedeProven^je déchu de la régence, et les Princes de Condé ainsi que les autres chefs des Emigrés en état d'accusation. Dans le même temps la haute-cour de Justice d'Orléans fut mise en activité.

Les Prêtres insermentés restéi^ en France furent traités avec la même rigueur; et certes on ne peut contester la justice du décret qui privait de leur pension les prêtres refractaires, les éloignait de leur domicile ordinaire, et ordonnait l'emprisonnement des perturbateurs du repos public. Mais le faible monarque vénérant les ministres de l'autel, même dans la personne des fanatiques rejeta ce décret» La Nation apprit avec mécontentement ce refus qui lui inspirait des craintes bien fondées, car on s'aperçut que les Prêtres insermentés seuls avaient accès près du Roi. qui par 14 faisait voir ouvertement, que malgré

ses promesses et ses protestations, il n'était pas sincè^ rement pprté pour la Révolution*

P é t h io n Maire de Paris» et M a li u e 1 Procureur syndic de la commune, tous deux nouvellement élus étaient de la faction des Jacobins. Ce furent eux qui donnèrent une direction démocratique aux esprits de la capitale, dont l'exemple influait sur les autres villes du Royaume. L'assemblée législative publiait de jour en jour des décrets attentatoires à l'autorité du Roi, et manifestait dans ses délibérations un ton de plus en plus impérieux et offensant. La constitution accordait au roi une garde de 1800 hommes. Cette garde lui fut retirée par un' décret de l'assemblée législative (29 Mai 1 791a) auquel le Roi, intimidé par les représentations de ses ministres, n'osa refuser sa sanction. Les hommes du choix du monarque et investis de sa confiance ne siégeaient plus au ministère; ils s'étaient tous, soit de gré, soit de force, dé* mis de leurs emplois. Délessert ministre des affaires étrangères fut même traduit devant la haute- Cour de justice d'Orléans. Nul partisan du Roi n'osait plus se charger de ces dangereuses fonctions ; les partisans sincères de la constitution ne l'osaient pas non plus, convaincus que la défaveur de la cour les empêcherait d'opérer le ben. Le Roi se vit donc contraint de choisir ses ministres parmi les Jacobins, et s'attira par là de nouvelles humiliations.

C'est à cette époque q?ie parurent les bonnets

ro liges, que les Jacobins adoptèrent pour signe de ralliement, en dérision des vrais patriotes, des modérés et des amis du bon droit. L'établissement de kl 6 u i II o ti n e date du même temps.

Relations extérieures. Déclaration de ia guerre contre le Roi de Bohème et €Jie Hongrie^ Commencement ile la guerre.

La guerre qui éclata alors à l'extérieur bâta la catastrophe. ..

Les efforts des Emigrés pour armer les puissances de l'Europe contre la France ne pouvaient, dans cet état de choses, rester sans succès. L'intérêt commun, la conformité des sentiments et des préjugés, un attachement égal aux conséquences du droit his* torique si favorables aux Nobles avaient inspiré à la Noblesse de tous les pays de l'horreur pour la Révolution, çt la Noblesse dominait dans les Cabinets. Mais les trônes eux-mêmes semblaient menacés, dV près l'exemple de l'avilissement de la Majesté qu'avaient donné les Jacobins. On se prépara donc à la guerre. On se détermina à une intervention à main armée dans les affaires intérieures de la France, et à une lutte contre une doctrine politique ; résolutions funestes, dont le principe menace de détruire tous les droits sociaux, expose les Etats» faibles à la perte

de leur indépendance, et tend, selon roccurence, à faire dominer, dans toute cette partie du continent et même dans tout le monde civilisé , les principes constitutifs des grandes Puissances, et par conséquent quelquefois aussi, leur dépravation.

Il est vrai qu'outre leur répugnance pour les théories politiques, causes de la révolution, les Puissances avaient encore d'autres griefs, — d'une moindre importance cependant — contre la France.

Le décret par lequel l'Assemblée nationale déclara, le SoNovemb. 1790, que laCurse faisait partie intégrante du royaume de France avait déjà été regardé comme un acte de violence, et la Rép ubl ique de Gènes qui prétendait n'avoir cédé cette île k la France qu'à titre de nantissement se récriait hautement contre cette incorporation. L'usurpation du Ve naissin et du Comtat d'Avignon dont le Pape était souverain légitime fat plus difScile à justifier. Une faction puissante parmi les Avignonais sollicita l'incorporation de leur territoire à la France , et l'assemblée nationale déclara, le 1 4 Septembre 1791, que ces deux Comtés faisaient partie intégrante du Royaume de France. On afiecta cependant de promettre une indemnité au Pape qui , déjà dans ce temps, était en mésintelligence avec la France pour des questions qui concernaient l'Eglise.

Mais la querelle la plus animée fut celle qui s'éleva au sujet des droits de quelques Princes d'Allemagne

sur quelques parties de territoire quHls possédaient en L o r r a i n e et en Alsace. D*après la nouvelle division territoriale du Royaume en quatre-vingt-trois départements, et par l'abolition de tous les droits féodaux et de ceux qu'exerçaient en France quelques Evêques étrangers, ces sortes de prétentions fondées sur le droit historique devaient cesser. Cependant la France offrit à ces Princes des indemnités proportionnées. Mais ceux-ci s'adressèrent à l'Empereur et à la diète de l'Empire et obtinrent la promesse de la défense de leurs droits. Il est évident que les offres faites par la France- étaient de toute justice. La nation française ayant, par son autorité législative et sans opposition, supprimé les droits en question, chez les Français mêmes, ne pouvait être tenue tout au plus qu'à don* ner une indemnité équivalente aux étrangers. Mais l'Empereur et la diète de l'Empire déclarèrent hau* tement que leurs propres* droits étaient violés par la lésion des droits de quelques uns des Princes d'Allemagne, (lésion à laquelle dans tous les cas il était facile de porter remède). La Révolution devait donc rétrograder, désavouer ses principes les plus eissentiels ; il aurait donc fallu lâchement révoquer les décrets du 4 Août que l'Europe enviait aux Français-modernes, et tout cela — par respect pour les vieux droits féodaux et ecclésiastiques de quelques princes étrangers.

Ces prétentions étaient sans contredit plutôt le pré*

texte que le motif de la guerre qu'on etitrepre* naît contre la France. C'était aux principesdela Révolution qu'on en voulait la guerre était doue inévitable. Il importe par conséquent fort peli de rechercher quels personnages , quels événements ou quels ressorts directs en ont hâté l'explosion , on provoqué le premier manifeste. l'Aristocratie entra en lice avec laDémocratie qui commençait à lever un front audacieux; le droit historique fut appelé à lutter contre celui de la Rais on ^ les Monarques furent entraînés à croire que les intérêts de l'Aristocratie et du droit historique étaient les leurs propres, et c'est ainsi qu'éclata cette guerre si féconde en événements.

Ce furent eux, c'«st-à-dire les Rois qui la commencèrent; ce fut pour leurs prétendus intérêts, mais au fond pour ceux de l'Aristocratie, que l'Europe fut dévastée pendant vingt-cinq ans , que la Révolution prit une tendance funeste vers le mal, et s'étendit sur le reste du monde. Ce fut en vain que l'Assemblée nationale avait solennellement protesté de ses intentions pacifiques et déclaré renoncer à toute guerre de conquête (aa Mai 1790 et ag Décembre Ï791 ) , renonciation qui fut même insérée dans l'acte constitutionnel. Ce fut en vain que l'assemblée nationale avait évité, avec une attention- scrupuleuse, toute démarche qui eût pu offenser l'Autriche, et qu'elle refusa même, par ce motif, d'accorder au-

dience aux députés des insurgés dans les Pays-Bas^ qui sollicitaietit lappui de la France. C'étaient les Principes de la Révolutio n, la déclaration des droits de l'homme , la nuit du 4 Aoùr, la proclama^ tion de la Liberté et de l'Egalité et la restriction de l'autorité royale — non pasaii moyen de cltambres aristocratiques ou féodalt^, ce que Ion aurait permis — mais au moyen d'une représentation nationale: voilà les crimes que les Emigrés et les Cabinets gagnés par eux ou partageant leurs sentiments ne pouvaient pardonner. Voilà ce qui allum? la guerre.

Après que la France eut en vain sollicité l'éloignément des Emigrés rassemblés en armes dans l'Electorat de Trêves et sur les irc^litières, l'Autriclie promit et envoya des troupes auxiliaires à l'Electeur menacé de la gnerre par suite de ce refus: elle s'allia ensuite formellement avec la P r u s s e (7 Février 179a) et fit remettre au gouvernement français plusieurs notes officielles où elle déclara que les monarques s'étaient coalisés pour le maintien et la sûreté de leurs trônes. Elle renouvela cette déclaration^ lors de la dernièrfî sommation du Roi de France, (18 Mars), en y désignant les Gouvernants révolutionnaires comme des factieux forcenés n'ayant pour but que le renveiTsement des gouvernements légitimes, et elle imposa pour condition de la paix le rétablissement de l'autorité royale telle qu'elle était avant la

révolution, ainsi que la restitution d'Avignon, du C o m t a t V e n $1 i S8 i n et des territoires enlevés aux Princes d'Allemagne possessiounés en Alsace. Ce fut alors que l'assemblée législative, sur la proposition faite par le Roi en personne et amplement développée par son ministre Du mouriez (au Avril ryga) tlérlara à runanimilé la guerre à François Roi de Hongrie etde Bohême.

Dans la position pénible où l'aveuglement de ses amis et la fureur de ses ennemis avaient place Louis ce monarque ne devait voir qu'avec un sentiment de consolation l'approche d'armées élraugéres favorablement diposées pour sa personne. Aussi n'hésitâ-t-il point à suivre le conseil de ses ministres .qui rengagèrent à proposer la guerre et il sanctionna le décret qui la déclara , tandis qu'il rejeta obstinément tous les décrets contre les Emigrés.

Première coalition contre la France* Manifeste du Duc de Brunswic, Retraite des AUiés,

Les premiers événements de la guerre ne justifièrent que trop les inquiétudes des patriotes relatives aux sentîments du Roi. Les préparatifs de la guerre se firent avec lenteur, négligence; ils étaient loin de remplir les dispositions des décrets de l'Assemblée

nationale. Trois armées^ à la vérité, se trouvaient aux frontières sous le commandement de Luckner, de Rochambeau et de La Fayette; mais au lieu d'être de i5o,ooo hommes, comme l'avait ordonné le décret , elles s'élevaient à peine à la moitié de ce nombre; les munitions n'étaient pas en quantité suffisante; les forteresses en mauvais état; le désordre et l'indiscipline régnaient dans l'armée. Tel était l'état des choses lorsque la guerre s'ouvrit par l'attaque des Français dans les Pays-Bas autrichiens. Deux divisions de l'armée en Flandre sous les ordres de R o c h a m b e a u marchèrent contre Mons et Tournay; mais quelques lâcdies ayant tout'à-coup crié à la trahison, une terreur panique jeta le désordre dans l'armée et les assaillants se dispersèrent. Quelques régiments passèrent à l'ennemi. L'entreprfse échoua honteusement. Rochambeau indigné de Tinsubordination de ses troupes se démit du commandement et fut remplacé par Lu ckf^^r. Ce général s'était emparé ^ dans ces entrefaites, des gorges de Poren truy, vers le Haut-Rhin, d'pù les Autrichiens se retirèrent dans le B r i s ga u. Malgré l'accroissement du désordre et le danger de sa position La Fayette ne se laissa ni intimider, ni détourner de ses sages desseins. U maintint la discipline parmi ses troupes et sut ranimer leur confiance par quelques avantages qu'il remporta sur l'en-

nemi. Luckner de son côté obtint aussi quelques succès en Flandre.

Dans ces entrefaites de nouvelles légions de défenseurs de la Patrie volèrent aux frontières. C'étaient à la vérité des masses mal organisées^ mal armées, mal entretenues et pour la plupart mal commandées , et par conséquent méprisées d'un ennemi supérieur en nombre et en tactique, aguerri et discipliné ; elles étaient cependant animées d'une ardeur qu'on n'attendait pas d'elles, et elles ne tai*dèrent pas à donner, dans quelques occasions, des preuves de cet héroïsme qui bientôt après remplit l'Europe d'admiration et de terreur.

Un second ennemi, le Roi de Prusse, venait de se déclarer contre la France. Par son manifeste daté de Berlin il avait annoncé qu'il prenait les armes, en exécution de son traité d'Alliance avec le Roi de Hongrie, pour la défense de l'Empire d'Allemagne menacé, et principalement pour la destruction de l'anarchie en France, et le rétablissement delà monarchie légitime. L'Autriche pubfia une proclamation rédigée dans le même sens. Ces deux puissanceii déclarèrent en même temps — ce qui eut des conséquences funestes — qu'ils ne regardaient ni comme volontaire, ni comme sincère, l'acceptation de la constitution par Louis XV I.

Le commandement des armées combinées de Prusse et d'Autriche fut confié à C,W. Ferdinand Duc

de B ru n s w i c. FiC Roi de Priisî,e et ses deux fils aînés suivirent l'armée en personne» Les forces réunies des Alliés, parmi lesquelles on comptait aussi les troupes de plusieurs princes d'Allemagne, et celles du Roi de Sardaigne, et en outre vingt mille Emigrés, s'élevaient à 200,000 hommes.

Fier d'une réunion de forces aussi imposante le Duc de Brunswic pénétra par le Lux e m b o u r g en France (19 Août), se rendit rapidement maître des places fortes de L on gwy et de Verdun (aS Août et 2 Septembre) et dirigea audacieusement sa marche sur Paris,

Avant de quitter Coblence ce Général avait, en son nom et par ordre des ministres d'Autriche et de Prusse adressé à la nation française un manifeste (a5 Juillet), monument pitoyable d'aveuglement et d'arrogance, fatal à la cause au succès de laquelle il devait servir. Cette nation puissante et ivre de sa J i* berté y était tniitée comme une meute de reb^les; on ne leur déclarait point la guerre, mais on leur ordonnait la soumission et le repentir , seules conditions auxquelles on leur laissait entrevoir le pardon. Toute la population de Paris y était déclarée responsable de la sûreté de la personne du Roi et de sa maison. Le moindre acte de violence contre leurs augustes personnes devait être expié par la destruction entière de la capitale et l'extermination de ses habitants. Dans le même temps les Princes émigrés publièl*entà

leur tour une proclamation, à la vérité plus modérée et même sentant un peu la dévotion , mais en général rédigée dans le même esprit. La nation reçut ces écrits avec indignation et avec dérision. On ne tarda pas à y répondre par l' hymne desMarseillais qui pénétra tous les coeurs de l'at^deur des combats. Les esprits chancelants se déterminèrent, les âmes tièdes s'exaltèrent; ce turent le Manifeste et THymne des Marseillais qui vainquirent la coalition.

Cependant les progrès de l'armée des Alliés continuèrent encore quelque temps; mais les lenteurs de la vieille tactique d'im côté, de l'autre le mépris (fue les Alliés affectaient de montrer pour l'ennemi retardèrent leur marche et les rendirent plus insouciants. Attaquant sans ardeur, sans mesure de précaution, ne croyant pas à la possibilité d'un revers l'armée marchait à sa perte. Après avoir perdu huit jours précieux à Verdun, elle se mit enfin en marche vers la Champagne dont les approches étaient défendues par un corps d'à peine ao^ooo hommes corn* mandés par Dumouriez. Il soutint glorieuse* ment^ Grand-Pré, le feu terrible de l'artillerie prussienne; et le vaillant KeUermann obtint des succès encore plus décisifs àYalmy^ (ao Septembre) tandis que Di lion près de Bis me s disputa am He ss oi s les d^lés de l' A r go n ne. Les espératices des AlKés s'évanouirent.

A la suite de quelques négociations mystérieuses le Duc de Bruhswic commença son mouvement rétrograde. Les bataillons de volontaires nationaux poursuivirent à travers les passages étroits de Grand- Pré Tarmée qui se retirait péniblement par le même chemin qu'elle avait suivi en avançant. Cette armée superbe, à l'exception de quelques faibles restes, fut détruite, sans avoir livré bataille et presque uniquement par la . réunion des obstacles que leur opposa la nature, comme par un effet de la malédiction céleste. Tout le pays qu'elle avait conquis, ainsi que les forteresses furent évacués et dès le 2 3 Octobre, les^ salves d'artillerie sûr toute la frontière annoncèrent »que le territoire de la Liberté était purgé de la présence des satellites des Despotes.»

Le 20 Juin, Le 10 ^oât.

Lorsque les armées de la Coalition mirent le pied sur le sol de la France, IC'Coup mortel venait d'être porté à la Royauté ; ce fut même la guerre 4pnt la France était menacée qui le hàta« L'infortuné Louis XVI creusait lui-même l'abîme qui devait l'engloutir* Protestant continuellement de son attachement au nouvel ordre de choses, il n'en restait pas moins, soit ouvertement, soit en secret en bonne in»'

telligence avec les trois ennemis les plus déclarés du système ; les Emigrés , les Prêtres insermentés et les Monarques étrangers. Il apposa de nouveau son veto à un décret en vertu duquel tout prêtre insermenté dont la déportation serait sollicitée par vingt citoyens de son canton, devait être déporté, et à un autre décret qui ordonnait la formation d'un camp de vingt mille hommes près de Paiis, pour lequel chaque canton devait fournir cinq hommes complètement équipés (8 Juin).

Le refus de la sanction royale à ces décrets irrita la population de Paris, et surtout la populace qui avait pour meneurs, les Jacobins. La révolte éclata le ao Juin ; les habitants des faubourgs St. An toi n e et St. Marceau armés de pigues se portèrent vers les Tuileries. Ce rassemblement se grossit daiîs sa marche d'un grand nombre d'individus de la lie du peuple et d'une troupe de fanatiques nouvellement arrivés de Marseille. Cette expédition était commandée par le brasseur San terre, digne héros de cette journée horrible. Le maire Péthion qui dirigeait ou favorisait secrètement cette émeute ne se montra cependant qu'à la fin du tumulte, en se donnant l'air de rétablir l'ordre.

Là! ioule iuribonde se précipite dans le château, dans les appartements- du Roi demandant à grands tris et avec menaces la |évocation du veto. Dans

cette crise périlleuse Louis montra de Ténergie et de la di^ité.

L'orage se dissipa. Tous les gens de bien témoignèrent de l'horreur pour ce qui venait de se passer. L'indignation qu'excitèrent les traitements que le Roi constitutionnel eut à essuyer éclata dans les pro« vinces et dans les armées. La Fayette »e présenta à la barre de l'assemblée législative pour y prendre, en son propre nom, et au nom de son armée la défense de la monarchie constitutionnelle; mais il g'exposa lui-même au courroux des Jacobins, et lê Roi toujours faible, toujours indécis, ne profita ni de la disposition favorable des esprits dans les départements, ni des offres de service que lui firent La Paye 1 1 e et ses autres partisans.

Dans ces conjonctures parut le manifeste du Duc de Brunswic; ce brandon acheva l'incendie. Les plaintes les plus violentes éclatèrent contre le Roi dans l'assemblée législative. La Patrie fut déclarée en danger {a Juillet); une cominission (le comité des douze) fut chargé d'examiner l'existence et la validité des motifs qui pouvaient faire prononcer la déchéance du Roi. La fermentation était au comble; le 10 Août la vit éclater.

Dès la nuit qui précéda ce jour les rassemblements se formèrent et les chefs de la faction installèrent ane nouvelle mtiiiicipâlilé< Péthion^ Manuel et Da n t o n furent les seuls qin conservèrent lems éu-

ploîs. Dès le matin les groupes ftirieut êe mettent en marche vers le château pour la défense duquel s'étaient rassemblés quelques bataillons de la Gafde nationale environ mille suisses et qnelques gentils*hommes et officiers de l'ancienne Garde du Roi. Mais dès le commencement du combat le Roi alla se réfugier dans la saile des séances de rassemblée nationale. Le château fut alors emporté d'assaut^ pillé^ dévasté et la plupart des Gardes suisses furent tués, soit pendant l'assaut, soit dans leur fuite. Ils vendirent chèrement leur vie, car plusieurs mille hommes du peuple avaient perdu la leur.

Pendant ces mouvements l'assemblée législative reçut diverses députations armées, puis celles des Sec-' lions de Paris et enfin le nouveau corps itinnicipal. Toutes ces députations demandèrent la déchéance du Roi et l'infortuné monarque eut là dàuleut de voir, prononcer en sa présence sa Suspension |>roVisoire et ordonner le retranchement de Èk listé eitile. Toutes les places du ministère fufent données ft des Jacobins. On ordonna en même temps la convoc^a* tion dlntue Convention nâtiôtiâre Composée de membres à élire par tmis les citoyens en âge àè ma^ jorité, srans distinction de qualité ÀCtive (m pa^ive, et vivant de leurs propres ressourcés, ne fl&t^cé métiie ijû^ du travail àé leurs ttnAm. Cette Cùtnférïûùh MtiMiAle «nt^rîséè à pi^ott6Mër «u nom du )^Peu^ 1 «

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