‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusquà l'an 1832Chapitre 9 sur 25 · IV · texte numérisé non relu

IV

Ti

suspension y puis celui de leur suppression déânitive p'excita qu'un intérêt médiocre et finit par répandre la joie parrai le peuple. L'allégresse fut bien plus générale à la nouvelle du changement dans Tad- *niinistration delajustice, del'établisseipent desJurys — institiition d'une haute importance en fait de politique et de droit — et de l'abolition des Lettres de cachets

L'admission des Juifs aux droits de citoyens, (18 Juin), mesure dictée par l'esprit de tolérance et le pripçipe d'égalité, gagna encore à la Révolution un grand nombre de partisans. D'un autre côté l'abolition de tous les titres de noblesse, des armoiries, des décorations 'd'ordre de chevalerie (iQjuin"^ remplit d'une haine irréconciliable non seulement en France, mais même dans toute l'Europe, tous les esprits vulgaires de cette classe nombreuse et puissante; une lutte d'exterminja.tipn s'engagea entre l' Aristocratie et la déipocratie. Cependant ce furent des çnembi;*es^ n^ênaes; de la noblesse — distingués aussi pftr la i^obl^esse (Je^ sentiments — (La Fayette, Charles L^ni,eth et MathieuMoritmorency) qui firent cette proposition.

Un autre changçi;nent d'une influence majeure, seconda, encore les progrès de la Révolution , ce fut la npuyeUe division duj territoire français en quatirevingt^trpis départfiai/?n.ts ,, suJ)jii,vi3és: en deui^ cent q^uatra^n toru^vif 4îstricts do^t <;h^çup se^ cppip^sait 4q

3 à 5 cantons. Ces départements — dont cbaain renfermait une population de aoo^ooo k 5004000 âmes — reçurent la démarcation de leurs limites, ainsi que leur dénomination d'après leurs frontières naturelles, et les rivières ou les montagnes qui s'y trouvent ; et l'on proscrivit Tancienne division en provinoès, la quelle étant d'origine historique, n'offrait qu'un assemblage accidentel de pays, dont l'administratioil était diverse, compliquée, pénible, et qui semblait être, non seulement le monument, mais aussi le boulevard de Tinégalité la plus bizarre daoa les droits, les intérêts, les moeurs et les penchants ^ et qui par là était contraire à l'esprit de la Révolution,

On fit concorder aussi avec cette nouvelle divisioni territoriale la loi constitutionnelle relative à la R e^ présentation nationale. Le nombre des organes de la volonté nationale devait être proportioBné à la superficie de chaque département , à sa population et à la somme de ses imposition». Il fut réglé d'après cela , que la Représentation nationale serait de 747 membres librement élus, à raison d'un pour chaque district ou par cent mille habitants (la totalité de la population &it évaluée ai 24,900^000) y et par chacun, des a49 cantons contribuablef d'<ine qjiiQ^ tité égale en impositions directes. Tout citoyen pa* yant trois livres d'imposition par an ^ avait droit de voter dans les assemblées primaires^; cesr asàembléeé

primaires nommaient les Electeurs, et ces Electeurs élisaient les Rcprésentanta de la Nation.

Tous ces décrets furent sanctionnés par le Roi. L'assemblée nationale de son côté montra aussi plus de déférence; elle fixa la liste civile du Roi à 24 millions de livres, outre la jouissance de ses maisons royaleSy et le douaire de la Reine à quatre millions (9 Juin)/ Pour cimenter la bonne intelligence et pour donner un nouvel élan au Patriotisme elle décréta que la Confédération générale des français aurait solennellement lieu à Paris, le 14 Juillet 1 790, premier jour anniversaire de la prise de la Bastille. Cette fête fut célébrée par les députés des Gardes-nationales de toutes les communes du Royaume 5 par ceux de toutes les troupes de terre et de mer, par des députations de citoyens les autorités civiles de la capitale, l'assemblée nationale et le Roi assistèrent à cette fête sublime qui électrisa tous les coeurs.

Ennemis de la Révolution, Clubs,

Cependant malgré les apparences de l'union et de la paix le levain de la discorde fermentait dans les coeurs*

La suppression des armoiries et des titres (3o Juillet 1790) avait excité le courroux des Aristocrates.

Ils le manifestèrent et aigrirent par là les esprits. La haine éclata dès lors non seulement parmi le peuple^ mais aussi dans Tarmée ; le mécontentement fut général tant parmi les troupes de terre que sur la flotte. Un grand nombre d'officiers — rédoutant dans leurs subordonnés le réveil de Tesprit de liberté — émigrèrent. Des milliers de nobles et de gentils^ hommes campagnards avaient antérieurement abjin* donné le sol de la patrie ] la suppression des Parle*» ment s augmenta aussi le nombre des émigrants, et la Cour se trouva à-peu-près abandonnée par le départ des Princes qui avaient donné l'exemple de la dé^sertion.

Les Emigrés se réunirent en armes sur plusieurs points de la frontière, et surtout à Coblence où le Comte d'Artois avait établi son quartier-général Il se forma aussi des rassemblements d'Emigrés à Worms et àEttenbeim. Entretenant de là des intelligences avec leurs amis ou leurs serviteurs restés en France, ils jetèrent dans l'intérieur de ce ro^ yaurae les brandons de la guerre civile, par des ma* noeuvres sourdes, en soudoyant des chefs de partis et en agitant le peuple en divers sens , tandis que les agents des Princes de France allaient solliciter tous les Monarques de l'Europe de prendre la défense de la Roy au^té (c'est le nom qu'ils donnaient à la cause de l'aristocratie) et d'opposer une digue au torrent de la Révolution , et que le Comte d' A r t o i s

voyageant de Cour en Cour presf^ait le succès de ces négociations.

Les Prêtres de leur côt^, depuis que Tassi^mblée nationale par son décret du la Juin 1790 avait û\é la Constitution civile du clergé, se montrèrent enneniis du nouvel ordre de choses, et cherchèrent à allumer la guerre civile. Ils s'imaginèrent que le décret de l'assemblée nationale portait atteinte à Tautcwrité suprême du Pape et aux droits de l'Eglise et que leur conscience ne leur permettait pas de prêter serment de fidélité à la Nation, k U Loi, au Roi et à la Constitution. Ils refusèrent donc de prêter le serment demanda et soulevèrent les esprits faibles contre l'autorité publique et contre la nouvelle Constitution dont les bienfaisants effets justitiaient déjà les plus belles espérances. Le Saint-Père approuva ce refus (i5 Avril 1791), déclara déchus de leurs emplois tous les prêtres qui prêteraient le serment ci* viqne et lança, par cette buUe^ l'étincelle de la guerre civile au sei|n dé la France. On vit alors de tous côtés les Prêtres non assermentés soit en chaire, soit au eanfes^ional, soit comme amis de la iamillê, ou comme directeurs des consciences, exciter les. âmes timorées du vulgaire à la haine contre l'impie a6sen4)lée nationale et le neMivel ordre de choses. Ils satutnèrent an nom de IHeu et de la conscience leurs crédules ouailles à pésiâter eii à se soulever cantre* rautorité

établie, ou k cx>ntribuer secrètement aux préparatifii de la guerre civile.

Les amis» de la Liberté s'alarmèrent avec raison et s'irritèrent des mouvements manifestes et des manoeuvres sourdes de cette double et implacable opposition. On établit à Orléans un tribunal pour juger les délits contre la nation (5 Mars i79i)* Dès lors la baiue des factions, la défiance, Tespi it de vengeance étouffèrent tous les sentiments de fraternité, de confiance, de gratitude et même d'humanité. Dans cette disposition des esprits Tanimo.sité tut telle qu'on ne connaissait plus qu'ami ou ennemi.

Cet état de choses amena le triomphe des exaltés et la défaite des modérés. Parmi ceux-ci l'un des premiers lut Necker aux sages conseils duquel la nation devait la plupart des concessioDS du Roi , «k par conséquent les succès les plus décisifs. Mais il ' ne tarda pas à se trouver avec ses principes, comme avec ses sentiments en arrière de la marche impé^ tueuse des idées du jour, il se vit frappé p^r lé despotisme de l'opinion publique et — son pouvoir s'é-^ vanouit* Dès qu'il voulut rappeler à l'ordre et à la modération le peuple ivre de son indépendance, célui-^ ci tourna le dos à son idole , et la Cour rejetant sur les insinuations de Necker tous les embarras du mon ment continua de haïr ce imnistre* Dans son dépit il demanda sa démission qu'il obtint plus faciiemeiif qo'il n'avait cru (4 Septembre 1790); il quitta poiir la

troisième fois la France qui l'avait adoré et finit — par tomber dans l'oubli.

Le Roi âe son côté perdit de nouveau l'amour de son peuple. Il n'avait sanctionné qu'à contre coeur le décret sur la Constitution civile du clergé. Sa conscience dirigée par de perfides hypocrites en éprouvait des inquiétudes. Il en résulta que les sentiments de son coeur se trouvèrent en opposition avec sa conduite publique. Il lui échappa aussi quelques manifestations involontaires de son mécontentement du nouvel ordre de choses. Il n'en fallut pas davantage pour alarmer, pour irriter contre lui le parti populaire.

Antérieurement à cette époque plusieurs membres de l'assemblée nationale 9 pour opérer la révolution avec plus d'ensemble et de vigueur avaient déjà formé divers Clubs* Celui des Députés de Bretagne tenait ses séances dans l'ancien couvent des Jacobins (rue St. Honoré), et se fortifiait de jour en jour par l'admission de nouveaux membres pris dans la classe du peuple^ aussi bien que dans l'assemblée nationale* C'est du nom de ce couvent que les membres du club prirent le nom de Jacobins, dénomination qui. obtint dans la suite une malheureuse célébrité dsms l'histoire de la France, comme dans celle du monde* Dans la plupart des villes considérables de la France se formèrent aussi des clubs, qni correspondèrent

avec celui de Paris, pour concerter leurs meMres et coocourir au même but«

Les Modérés à leur tour formèrent aussi plusieurs clubs, entr'autres celui des Feuillants qui eut pour fondateur la Fayette, La différence n'était guère sensible entre ces clubs dans les commencements; celui des Jacobins seulement se montrait plus ardent, plus enthousiaste pour la cause de la Liberté. Mais cet enthousiasme ne tarda pas à dépasser la mesure; le zèle dégénéra en passion aveugle et l'esprit de cette société qui admit successivement de<% membre& dont les vues étaient peu droites, et finalement aussi des scélérats, se corrompit aussi et finit par devenir féroce et sanguinaire. Ce changement fut l'oeuvre d'une clique de démagogues forcenés, qui après s'être formés en société particulière, appelée club des Cordeliers (du nom de l'église où ils s'assemblaient), étaient parvenus à déterminer les Jacobins à se réunir à eux. M^ra t rédacleiu* de l' A m i du peuple, Danton et Robespierre (lesdeux premiers étaient chefs du club des cordeliers) se signalèrent, parmi ces énergumènes, ejt laissèrent leur mémoire en exécration à la postérité.

Les plus sages de l'assemblée nationale recoururent à la Royauté pour opposer une digue à l'audace toujours croissante des Jacobins. De ce nombre furent non seulement La Fayette, les deux La-; met b/.etc , mais même le bouillant Mirabeau.

Ce deAiier cependant mourut — toujours encore aimé du peuple, quoiqu'il eut commencé à deveDÎr suspect aux. plus furieux — d'une mort presque subite (a Avril i'jQi)> ,

Fuite du HoL Constitution.

Le Roi alarmé des orages qui menaçaient te trône et journellement en butte à de nouvelles humilia* tions résolut enfin de prendre la fuite. Ce projet transpira parmi le peuple. On surveilla les démarches du Roi et l'assemblée nationale décréta que le Roi, en qualité de premier fonctionnaire de l'Etat, ne pourrait s'écarter d'elle à une distance de plus de vingt lieues.

D'après un plan sagement médité, mais maladroitement suivi le Roi devait fuir à Mon tméd'y place forte sur les frontières du Luxembourg, où l'attendait un corps d'armée sous les ordres duMarquis deBouillé, Gouverneur de Metz. Le Roi et la tamille royale quittèrent les Tuileries et la capitale dans la nuit du ao au ai Juin, arrivèrent sans obstacle à S''. Meneho u 1 d où *ils furent reconnus par le Maîtr^de-poste D rouet qui prit les mesures les plus promptes pour les faire arrêter à Varennes, Le Roi était accompagné de la Reine, des Enfants^^e-France et

de la Princesse Elisabeth. Le Comte de Provence frère du Roi, ayant pris une autre route parvint à s'échapper dans les Pays-Bas.

Le Roi avait laissé aux Tuileries une déclaration écrite de sa propre main. Il y protestait contre les décrets de l'assemblée nationale qu'il avait sanctionnés et y manifestait sans détour l'intention de renverser le nouvel ordre de choses. Si donc la fuite du Roi réussissait 5 elle amenait à sa suite, outre les horreurs de la guerre civile et des exécutions, le retour du despotisme; si elle ne réussissait pas, c'en était fait de la popularité du Roi, de la confiance du peuple en sa parole, et de la possibilité d'une réunion sincère dans le cas où quelque nouvelle dissention viendrait à éclater. Cette alternative donna un immense surcroît de forcer au système des Jacobfns, à la haine publique contre la Royauté et au voeu de la nation pour l'établissement de la République.

Cinq jours après sa fuite le Roi tut ramené prisonnier dans sa capitale, entouré d'une populace furieuse et de Gardes-nationale^s. Le parti mçdéré parvint cependant à arrêter toutes mesures ultérieures de violence contre hii. Il fut réinstallé, sans opposition, dans le pouvoir et les travaux de l'aîîsemblée nationale se poursuivirent. Mais la masse du peuple excitée par les Jacobins se souleva , et quoique I^a Fayette £ikt parvenu, non sans peine et sans effusion

. de sang, à l'assoiipir , le calme ne se réublit point dans les esprits^

Ce fut à cette époque que le pouvoir des Jacobins se manifesta par de sinistres symptômes. Les Républicains exclusifs adoptèrent le nom de Sans-culottes. La grossièreté et la rudesse fut prise pour patriotisme et les esprits modérés furent traités de dé- ' loyaux.

Ces indices engagèrent les gens de bien et les plus sensés à se lier plus étroitement entre eux. Plusieurs abandonnèrent leur brillante théorie favorite, créée dans la région idéale d'une Représentation nationale indivise, à l'instar du système des deux chambres en Angleterre. Cependant les f eui 1 1 a n i s ne parvinrent pas à réaliser ce système — à la vérité circonscrit, quoique, au reste, ils aient victorieusement maintenu le bon esprit dans ces délibérations jusqu'à la clôture des sessions de l'assemblée constituante.

L'oeuvre de la Constitution venait d'être achevé. Une députa tion solennelle la présenta au Roi, qui la sanctionna dans tous ses articles après un délai de douze lours ( i3 Septembre), et la jura le lendemain. Elle était précédée de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Cette constitution, une royauté limitée par la démocratie, le pouvoir de la loi reconnu au dessus.de celui de l'homme, l'autorité de la volonté générale au dessus de la volonté individuelle, ne pouvait paraître que

sagement établie au jugement dégagé de prévention. L'inviolabilité de la personne du Roi revêtu du pouvoir exécutif, la responsabilité des ministres instruments de ce pouvoir, et une assemblée législative composée des représentants de la nation librement élus et renouvelée tous les deux ans, aux décrets de laquelle le Roi ne pouvait opposer qu'un veto suspensif (dont l'action ne s'étendait pas au delà de deux sessions), l'indépendance de la magistrature judiciaire et des jury,' une garde nationale bien organisée et, outre tontes ces formes sagement déterminées, la concession solennelle de tous les précieux droits matériels , civils et personnels , surtout quant à la propriété, à la liberté personnelle et à l'égalité, quant à la liberté de conscience et à celle de la presse, et finalement l'abolition de toutes lescbarges féodales et hiérarchiques du moyen âge. Que pouvait désirer de plus un peuple sous l'égide d'une telle constitution? Certes, quiconque rejette une telle constitution , outrage le genre humain ; il lui conteste la faculté de supporter ce qui est conforme au droit et à la raison ^

Cependant le prompt renversement de cette constitution et les maux qui s'ensuivirent n'ont pas eu leur source dans cette Constitution même, mais prin^ cipalement dans Panimosité de l' o p p o si t i o n, cause de la guerre au dehors, et dans le funeste décret, étranger à la constitution , d'après lequel aucun des membres de rassemblée constituante ne pouvait être

éljj pour la nouvf^lle assemblée législative. Un noble désintéressement d'ime part , et une astucieuse politique de l'autre eurent pour résultat ce décret qui priva la nation de la coopération de ses plus généraux et de ses plus sages représentants au moment même où elle en avait le plus pressant besoin.

Après environ deux ans et demi de travaux l'assemblée constituante termina le 3o Septembre 1791 sa session dont l'influence sera éternelle sur les destinées de 1h France.

Page 1