IV
affres environ six mois de travaux préparatoires, et ainanimemeni acceptée par la diète germanique le ao Juin 1820. Le texte littéral de cette déclaration — explicative et formant le complément de Tacte de la constitution fédérative de l'Allemagne — reconnaît, *de même que le texte dudit acte même, d'un côté, les droits des divers états à la scmveraineté, comme •aussi les droits des peuples de l'Allemagne à la liberté 'et à un gouvernement constitutionnel, mais d'un autre côté y il ouvre le champ le plus vaste aux principes de l'absolutisme et aux tendances des grandes monarchies européennes.
'Cette déclaration finale nécessita pour l'exécution de plusieurs points simplement indiqués dans sa teneur, diverses résolutions ultérieures de la diète germanique, lesquelles cependant ne furent pas accoueiilies de la nation avec l'intérêt que méritait leur objet. Mais l'indifférence et la morosité semblaient être alors le caractère digtinctif des peuples de l'Allemagne.
L'opinion publique, déjà mainte fois hautement exprimée en Allemagne et au dehors sur la diète germanique (non plus précisément quant aux qualités personnelles de ses membres ou des divers princes de la confédération i mais quant à la composition de ce corps politique et aux vices radicai^x dé toute son organisation) on profondément re-
celée au fond des coeurs , dans les Etats où le pouvoir en comprimait la manifestation, se fortifia par les événements antécédents et par les résultats qui s'en* suivirent.
£n i8a4 1^ ^^^te germanique résolut de ne donner de publicité qu'à celles de ses délibérations que les ministres députés à cette assemblée désigneraient expressément à cet effet. Elle décida en outre qui, dans tous les £tats de la confédération dont le gouverne* ment est représentatif, l'inviolabilité du principe mo^ uarchique demeurerait respectée, et que les décrets antérieurs (du ao Septembre 1819) sur les universités, et sur la restriction de la liberté de la presse, (ce der* nier jusqu'à ce qu'on se fut accordé pour une loi dédéfinitive sur la presse!) continueraient d'être ea vigueur.
Parmi les assemblées d'Etats de quelques pays constitutionnellemetit gouvernés en Allemagne, celles des Etats des Grands-duchés de Bade etdeHesse avaient déjà en 1820 opéré quelque bien. Dans le premier la presse obtint du moins quelque adoucis^ sèment aux restrictions imposées, et dans l'autre le projet de constitution présenté par le gouvernejEnent subit un amendement essentiel. Dans le Wurtem« be rg, la constitution que les Etats étaient parvemtô à introduir sous la forme inusitée d'un contrat entra en vigueur sous d'heureux auspices. Les assemblées d'J^ats dans les autres pays inspirèrent un bien moin^
dre intérêt , leurs délibérations n*étant point publi* ques. Leur faiblesse laissa aux gouvernements la faculté de reculer les limites du pouvoir absolu; et rexlension de ce pouvoir trouva moins d'obstacles encore dans les Etats qui se sont obstinément refusés à exécution du treizième article.
Parmi ces derniers la Prusse figurait au premier rang. Une ordonnance royale publiée le 17 Janvier relativement àla dettepublique le 1 7 Janvier 1 8ao avait à la vérité, solennellement déclaré qu'à l'avenir aucun emprunt ne se ferait sans l'assentiment et la garantie des Ët^ts du royaume. Cependant le gouvernement ne prit aucune mesure pour la formation de ces Etats. Il avait de plus publié des ordres sévères pour l'exécution des décrets de la diète germanique du 20 Septembre 1819, et principalement en ce qui concernait la gêne de la presse, et les poursuites judiciaires à exercer contre les menées démagogiques. Relativement à ce dernier point la gazette officielle du gouvernement prussien publia sous le titre de »Ren|^eignemen ts authentiques sur les manoeuvres révolutionnaires, en Allemagne» une série de manifestations soit verbales, soit confidentiellement écrites, les unes insignifiantCb, les autres puérilement ridicules de quelques écoliers de collèges, commis de boutiques et autres jeunes étourdis entichés d'une chimérique régénération de l'Allemagne^ d'où l'on déduisit des conséquences pour
justifier les arrêts sévères prononcés par la diète germanique contre toute la nation et principalement contre les universités. De telles mesures ne rétablitèrent nullement le gouvernement dans Fopinion publique, . et les efforts infructueux de la commission centrale d'enquête à Mayence pour obtenir un résultat qui répondit aux investigations faites avec un appareil aussi imposant, confirmèrent la conviction dont' étaient depuis long-temps pénétrés les esprits dégagés de prévention.
L'administration intérieure du pays obtint, d^ns la plupart de ses branches, diverses amélioratic4is; on établit un ordre soigneux dans les finances et l'on s'appliqua surtout à l'augmentation des forces militaires. Une nouvelle organisation de la milice du pays (Landwehr) divise en deux levées présenta un cadre de 35g,a48 hommes.
En suivant jusqu'à présent cette direction avec persévérance la Prusse se présente aux yeux de l'obser vateur sous un jour également avantageux et défavorable. •
D'après une lettre confidentielle du Prince deMetternîch à M. de Berstétt ministre d'Etat de Bade, la politique de l'A u t r i c h e tend essentiellement et ouvertement à »la conservation de l'ordre de choses tel qu'il esta en favorisant avec une prédilection naturelle ce qui sympathisa depuis long-temps avec le principe monarchique et
aristoerfttique let en rejetant » les innovations introduites par l'arbitraire et un aveuglement insensé, telles que la constitution des Cor te s de i 8 i a.a C'est conformément à ce principe que l'Empereur François déclara aux dépu-* lés du comitat de Pesth qu'il croyait »que le monde entier était en démence puis qu'il rejetait lesanciennes constitutions et en demandait de nouvelles. C'est paruneconséquence du même principe que les Jésuites — partisans de Tordre de choses existant de longue date, et vtoû de celui qui existe réellement — furent rétablies à Tarnapol, et qu'une branche de c^t ordre, tes Pé res d e 1 a R é d e m p t i o n fut favorablement accueilli à Vienne même.
Bé^^dtiom en Espagne, en Portugal, à Naples et dans le Piémont.
Tdndi<^ que non seulement en Allenaagne, mais encore dans le reste de l'Europe, aussi loin que s'étendait sur ce continent profondément agité, la politique de^cabioet des grandes puissances, la réaction levait «KKldroieutsement la tête, le principe constitutionnel recnpO'rta soudainement un triomphe éclatant dans la péiàinsu le pyrénéen ne qui avait été lapins
abaiâsée et U plus cruellement traitée par la restaura*^ ration. Le premier Janvier 18120 aux environs de Cadix le lieutenant-colonel Ri ego à la tête de quelques bataillons proclama la constitution des Cortès de i8ia glorieusement conquise, mais violemment foulée aux pieds après le retour de Ferdinand YII dans ses états. L'armée rassemblée à Cadix et destinée à passer dans l'Amérique méridionale pour y soumettre les insurgés répondit avec transport à cet appel qui retentit promptemcnt dans toutes les provinces de royaume. Le 7 Mars le Roi intimidé signa et jura à Madrid le rétablissement de la constftution.
On s'occupa sans délai du choix des députés à rassemblée des Cortès ; le roi combla de biens d'honneurs les chefs de l'insurrection et forma, un ministère composé d'amis de la constitution. La session des Cortès s'ouvrit le 9 Juillet. Le Roi jura de nouveau la constitution en ces termes : je me suis offert à prêter le serment de fidélité à la constitution décrétée par les Cortès en 181:2, et à compter de ce moment lacouronneetla nation rentrent dans leurs droits légitimes! ma résolution est libre et v o 1 o n t a i r e ; elle est d'accord avec mes intérêts personnels et ceux du peuple espagnol dont le bien être a toujours été ma première pensée.ic
La constitution établie ainsi sur des bases sacrées fut reconnue et le Roi reçut à ce sujet les félicUations d'abord de l'Amérique septentrionale
puis aussi celles de l'Angleterre, des Pays^Bas^ de la Bavière, delaSaxe, delaFrance, de la Suède, de la Suisse et du St. Siège,
Des nuages précurseurs de l'orage s'amoncelaient néanmoins. Le parti des Aristocrates et des Absolutistes secondés des prêtres bigots et des moines for<mèrent des intrigues contre l'odieuse constitution, et à Textérieur se manifestèrent bientôt évidemment des symptômes de mécontentement, l'inimitié de la France. Déjà le ministère français dévoué aux idées et aux intérêts de la Sainte-Alliance rassemblait aux frontières de l'Espagne une armée — sous prétexte de former tin cordon sanitaire conti'e la fièvre jaune qui exerçait alors ses ravages dans quelques provinces espagnoles — mais en effet (et nul bomme sensé n'en doutait) contre la contagion des idées constitutionnelles.
Le Portugal au contraire se montrait favorablement aux intérêts de l'Espagne, Ce royaume gémissait sous une double oppression, suite de l'absence du Roi résident alors au Brésil, et des intentions malveillantes des dispositaires du pouvoir. Tout-à-coup éclata le 24 Août à O p o r t o une insurrection parmi les troupes, par suite d^ laquelle s'établit une junte provisoire de gouvernement. Bientôt après ( 1 3 Sept.) s'éleva avec le même succès un soulèvement pareil contre la régence royale à Lisbonne. Une autre junte fut érigée sous le titre de »junte provisoire pour la préparation desCortès« et les deux
juntes se réunirent. Vers la fin de Tannée (i6 Décembre) parut redit daté deRio-Janeiro(a7 Octobre) par lequel le Roi approuva la convocation des Certes, promit de sanctionner les propositions qui seraient faites conformément aux principes de la monarchie et accorda en même temps une amnistie à tous ceux qui avaient pris part à l'insurrection.
Naples avait suivi l'exemple de l'Espagne encore plus tôt et d'une manière décisive. La sévérité du gouveraement contre les Carbonari, excitée en majeure partie par les sollicitations de l'Autriche hâta l'insurrection provoquée par l'oppression générale de l'absolutisme. Elle éclata le a Juillet parmi les troupes cantonnées à Nola, auxquelles se joignirent bientôt la milice nationale et une plus grande partie de l'armée. La constitution des Cortès fut proclamée et le Roi effrayée promit de la donner dans le délai de huit jours. Le sept Juillet, il remit, sous le prétexte de l'affaiblissement de sa santé^ le pouvoir au Prince royal, son fils qu'il nomma »son Alter-Ego.« Celui-ci proclama incontinent la constitution espagnole (à la réserve néanmoins des amendements à proposer par le parlement), et le Roi lui-même dans une seconde proclamation déclara consentir à cette promulgation.
Le i3 Juillet le Roi, le Prince royale et le Prince de Salérne prêtèrent solennellement dans la chapelle royale serment de fidélité à la constitution. Ce ser-
ment fut également prêté par la Junte provisoire et les grands fonctionnaires de l'état.
L'ouverture du Parlement national se fit le premier Octobre. Le Roi jura de nouveau . la constitution et protesta dans les termes les plus énergiques de la sincérité de ses sentiments.
L'allégresse patriotique des gens de bien fut néanmoins troublée dans le sentiment de la douleur et de l'inquiétude. La guerre civile allumée par la bruta* lité et la stupidité éclata en S i ci 1 e et plusieurs symptômes annoncèrent l'existence d'un parti contraire actif. Il eût cependant été facile aux partisans de la constitution de venir à bout de leurs adversaires dans l'intérieurji mais un ennemi extérieur trop puissant s'avançait.
L'Autriche s'appuyant sur une convention secrète conclue en i8i5 avec le Roi de Naples, en vertu de laquelle celui-ci s'était engagé »à n' i n t r o d u i r e aucune innovation incompatible avec le principe monarchique ou avec le principe du gouvernement autrichiens et d'ailleurs — même sans ce prétexte équivoque — animé par son plus cher intt^rét contre la révolution napolitaine mit aussitôt au jour ses intentions hostiles. La Russie et la Prusse en hrent autant, et la plupart des autres états européens, ceux d'Italie surtout, excités par les trois grands monarques, prirent également une attitude menaçante. Parmi les grandes puissances
r Angleterre seule abandonna le principe de TinteVvention; et la France redoutant la prépondérance de FAutriche en Italie, ofi'rit, mais inutilement, sa médiation.
Les trois monarques d'Autriche, de R ussie et de Prusse se réunirent en personne à Tropp au (Octobre) pour délibérer entre eux sur ces événeinents et invitèrent le Roi de Naples à se rendre à Lai bac h, à Teffet de se concerter avec eux sur les mesures à prendre pour la pacification.
Le Roi de Naples' après avoir réitéré solennellement les assurances les plus positives, qu'il ne voulait que le maintien de la constitution jurée et qu'il confirmait tous les décrets rendus jusqu'alors par le parlement, s'embarqua le 1 4 Décembre sur un vakseau de ligne anglais, tandis que son fils le Prince-regent jurait de nouveau dans l'assemblée du parlement de respecter et de défendre la constitution.
Le 28 Janvier 1821 , le roi de Naples écrivit à son fils le Prince-Régent «que les grands souverains avaient résolu de rétablir à Naples l'ancien ordre des choses ;« et les ambassadeurs de ces puissances annoncèrent verbalement' "& ce prince que les Autrichiens entreraient dans le pays pour y faire exécuter les résolutions du Congrès.
Un parlement extraordinairement convoqué à la hàte^ et plus tard le parlement ordinaire prirent, dans cette extrémité , plusieurs résolutions roagnani-
mes et énergiques ; mais, d'un côlé la trahison, de l'autre la lâcheté du parti opposé suspendit^ traversa et rendit inutiles les préparatifs de guerre des patriotes. Une amiée autrichienne supérieure en nombre et composée de combattants aguerris , bien armés et bien équipés eut bientôt dispersé les masses napolitaines précipitamment rassemblées , et entre dans la ville, en vertu d'une capitulation (a/j Mars), Tout le royaume se soumit.
Aussitôt commencèrent les persécutions, les emprisonnements et les exécutions %uites de la réaction. On sérit principalement contre les Carbon ari, et l'on érigea six juntes pour la poursuite et la punition dés diverses classes de coupables. Le désarmement du peuple et le licenciement de l'armée s'effectuèrent. Toutes les libertés, celles de la presse, de la parole, de l'enseignement et toutes les réformes introduites par la révolution furent anéanties. Le Roi fit sa rentrée dans sa capitale le 1 5 Mai. Il fit publier un simulacre de constitution ; et quelque temps après, l'occupation du royaume par les troupes autrichiennes pendant trois ans fut arrêtée en vertu d'une convention signée avec l'Alttriche. Cette occupation fut un bonheur pour la nation ; car leis fureurs de la réaction , la tyrannie sans mesure des nouveaux ministres de la police furent poussées à un tel point que l'Autriche elle-même crut de son devoir de sommer le Roi, par des notes énergiques, de remplir en-
fin les conditions du traité de Laibacb en accordant une amnistie entière. Les forces imposantes de l'Empereur donnèrent du poids à cette sommation, qui cependant ne fut remplie que temporairement et en partie.
Cet état de choses subsista, à peu de changements près, jusqu'à la mort du vieux roi (4 Janvier i8a5). Ce ne fut qu'à l'avènement de son fils François I que se ranimèrent les espérances d'un meilleur av^enir.
Tandis que les armes victorieuses de l'Autriche étouffaient la révolution à Naples , une insurrection pareille et produite par les mêmes causes éclata dans le Piém o n t. Dans les premiers jours de Mars iSal les troupes insurgées auxquelles se joignirent des citoyens patriotes proclamèrent également la constitution des Cortès.
Le Roi Yictor^-Ëmmanuel aussi peu disposé à céder, qu'à résister ouvertement se démit de la couronne en faveur de son frère Charles-Félix (alors à Modène) , et confia provisoirement la régence au jeune Prince de Carignan, héritier présomptif de la couronne. Ce dernier se dédara (mais non de bonne foi comme la suite le prouva), pour la révolution. Celle-ci se progagea avec rapidité dans tout le pays et jeta l'effroi jusque dans Milan. Mais Charles-Félix sûr de l'appui des grandes puissances lança des édits foudroyants, et les bataillons
ai^oururent pour étouffer promptement rincendié. La journée sanglante du 8 Avril abattit les espérances des libéraux» La restauration s'opéra et traîna la suite, comme àNaples, les fureurs de la réaction, ainsi que l'occupation temporaire d'une grande par* tie du territoire par les Autrichiens.
C'est ainsi que l'Italie fut pacifiée, que le pouvoir légitime fut partout rétabli et raffermi , et que la prépondérance de l'Autriche devint plus puissante que jamais. Tous les Etats de la péninsule, M odèn e et le patrimoine de St. Pierre surtout, redoublèrent de sévérité contre les libéraux ; cependant la contre révolution ne fut qu'apparente; la gern^e de la révolution continua de couver dans Tinté* rieur, et dans l'esprit des peuples.
Congrès de Férone, Restauration en Espagne,
La Sainte-Alliance triomphante continuait san^ relâche seseffortspour étouffer jusqu'à la dernière étincelle de cet esprit* Onttait déjà résolu àLaibach, de se réunir de nouveau en congrès, à Florence, dans le cours de l'automne de 1822; on changea d'idée depuis, et l'on décida de se rassembler à Vérone. En effet au mois d'Octobre de la même année cette ville vit dans 866 murs les empereurs d'Autriche et de Rus*
sie, le roi de Prusse, la plupart des princes de Ttt a 1 i e et un grand nombre des diplomates les plus distingués de TËurope. Il fut résolu dans ce congrès : que d'abord on emploierait la force des armes pour mettre fin aux désordres révolutionnaires dans le royaume d'Espagne (qu'on avait ménagé jusqu'alors, mais où il était maintenant temps de frapper le grand coup), et que la France se chargerait de cette expédition; qu'ensuite on sommerait le Porte de remplir les engagements contractés avec la Russie, par le traité deBucharest; qu'on abandonnerait les Insurgés grecs à leur destinée — comme rebelles à l'autorité légitime — ; et enfin que l'on continuerait à prendre de concert les mesures les plus efficaces pour maintenir partout en Europe leprincipemonarchique. On convint aussi de diminuer l'armée d'oc* cupation autrichienne à Nàplés et en Piémont. Sur tous ces articles les résolutions du Congrès furent unanimes; il n'y eut que celui relatif à rEspagne, pour lequel l'Angleterre déclara vouloir garder la neutralité.
Alors le sort de N a pi es vint fondre sur l'Espagne et avec plus de rigueur encore. Les divisions intestines de ce malheureux pays encouragèrent ses ennemis extérieurs, les grands monarques, et principalement le gouvernement restauré delà F r a nce à venir attaquer et détruire l'odieuse révolution. Cette France qui avait jadis repoussé si victorieusement et
d'une manière sî funeste pour se$ agresseurs Tintervention de la coalition dans sa propre cause, en était venue — pour preuve de l'effet complet de la contrerévolution opérée dans son intérieur — au point de combattre, dans un pays dont elle était l'amie naturelle, les mêmes principes qu'elle avait glorieusement défendus contre l'Europe entière, et de commettre elle-même l'attentat de l'intervention à main armée dans un Etat souverain étranger, pour objet de gouvernement intérieur et de constitution, attentat contre lequel elle se serait autrefois élevée avec la plus juste indignation.
En Espagne, comme la France après la première révolution, la faction des Absolutistes et des serviles, guidée par une partie de la noblesse, la camarilla et la majorité numérique des prêtres, se conjura contre la nouvelle constitution ;^ et les partisans du système constitutionnel eux-mêmes se désunirent. Cette désunion fut principalement entretenue par les intrigues de l'autre faction. La dissidence portait sur les mesures plus ou moins sévères à-prendre contre les adversaires ; quelques-uns voulaient qu'on punit le parjure du Roi en pnoclamant la république; d'autres demandaient que l'on conservât la constitution monarchique* Les cortès ordinaires et extraordinaires dans leurs séances successives et multipliées manifestèrent en majorité, malgré leur vif ressentiment des menées et des actes de violence des contrerévolution**
naires, une modération qui enhardit ceux-ci à la poursuite de leurs projets. Des scènes sanglantes eurent lieu à Madrid et dans les provinces, et firent naître de véritables guerres civiles. Le Roi laissa entrevoir de plus en plus ses intelligences avec les ennemis de la constitution, et Thorizon politique extétérieur commença à s'obscurir. L*effroi qu'avait fait naître le congrès deLaibach, s'était augmenté à la nouvelle de la prompte extinction des révolutions de Na pi es et de Turin; il fut au comble lors des préparatifs hostiles de la Fr a n ce.
Plusieurs guérillas de serviles — entre autres celle du curé Merino — avaient été dispersées; divers complots des ennemis du peuple avaient été découverts et déjoués ; le corps d'élite des fanatiques, sur^ nom mé «F a r m é e d e 1 a f o ia avait été défait plus d'une fois, lorsque ce corps, se relevant avec une nouvelle vigueur, conquit La Seu-d'Urgel place importante, et y établit un conseil de régence sous la direction du marquis de Mata -Florida et du baron d'Eroles. Vers le même temps la France augmentait ses troupes qu'elle avait placées aux frontières -^ sous prétexte d'établir un cordon sanitaire contre la peste, qui régnait en Catalogne — et continuait, malgré la cessation du fléau, d'envoyer successivement de nouveaux renforts. La participation secrète du Roi aux projets des contrevolutionnaires ne parut plus douteuse*
IV* Digi^zedby^OOgle
Dans ces extrémités , qui devaient naturellement porter au comble les alarmes et le ressentiment des patriotes, quelques hommes aveuglés par la colère formèrent des projets violents : une tendance semblable à celle des ci-devant jacobins en France ne tarda pas à se manifester. Cependant les D e s c a m i s ados — bien qu'ils ne fussent guère moins haïssables que les sans-culottes d'autrefois — se montrèrent moins furibonds, moins déréglés que ceux-ci ; et les scènes tumultueuses du 7 Juillet 182a, quoiq'uelles aggravassent la position du Roi sous la dépendance des cortès, ne sont pas, à boucoup près, comparables à celles du 10 Août 179a Paris. A Madrid ce furent lesCommuneros qui furent assaillis et leur triomphe ne fit que consolider le système constitutionnel. Le Roi fut contraint de choisir ses ministres parmi les Libéraux et des mesures énergiques contre les ennemis dans l'intérieur et à l'extérieur succédèrent à une administration faible et perfide.
Le résultat fut la défaite complète de l'armée de la foi^ dont les débris accompagnés du conseil de régence s'enfuirent la France (Novembre 1 822). La contrerevolution était abattue , et l'Espagne fut devenue le théâtre du triomphe d'une liberté légale et pacifique, si les intrigues et les armes de l'étranger n'eussent allumé un nouvel incendie.
L'orage éclata en effet; d'abord, du côté de la F r an ce, qui protégeant ouvertement les absolutistes
les encourageait à des mourements séditieux ; puis, du côté de Vérone, où les trois grands monarques d'Autriche, de Russie et de Prusse exigèrent avec menaces l'abolition (ou Tamendement essentiel) de la constitution des Cortès, et firent entrevoir ainsi la certitude d'une guerre prochaine.
Le discoui*s du Roi de France à l'ouverture de la session des chambres des députés (28 Janvier iSaS) éteignit aussi la dernière lueur d'espérance de la paix; et déjà dans les provinces espagnoles les chefs des nouvelles bandes d'insurgés annonçaient hautement la prochaine «dé 1 i v r a n ce<c ; c'est ainsi qu'ils appelaient r asservissement du royaume.
Les patriotes n'avaient reconnu que trop tard l'impossibilité d'éviter la lutte; leur généreuse détermination ne suffit pas à suppléer aux mesures préventives qu'on avait négligées, et l'irritation des passions ne fit qu'augmenter le désordre et les embarras.
Le i5 Mars le Duc d'Angoulême général en chef de l'armée destinée à l'invasion en Espagne part pour se mettre à la tête des troupes. Le 20 Mars le Roi FerdinandVIT, depuis la décision des Cortès, quitte sa capitale menacée et se rend àSeville, et le 6 Avril l'armée française à laquelle se sont joints les débris de l'armée de la foi franchit les frontières de l'Espagne.
La nation espagnole qui jadis avait combattu avec ime valeur héroïque et avec succès contre le vaia<-
DigitizewGoOgle
queur du continent européen, qui lui offrait une constitution, du moins comparativement libérale, n e résista pas cette fois-ci à une armée de cent mille combattants, envoyée par le gouvernement restauré de la France, pour rétablir l'absolutisme. L'enthousiasme des amis éclaires de la Liberté n'anima point les masses; celles-ci au contraire manifestèrent contre les libéraux une haine qu'attissaient les moines fanatiques et les Aristocrates altérés de vengeance. Les intérêts matériels de ces masses avaient été négligés, d'une part, à cause de l'urgence des embarras du moment; de l'autre, en raison des ménagements qu'on avait cru devoir garder pour les droits historiques. Les demi-mesures, (telles que celle de l'abolition de la mo itié des dîmes,) avaient violemment irrité ceux qui s'en trouvaient lésés , sans exciter la reconnaissance de ceux qui y gagnaient» Ajoutons à ces embarras la trahison de quelques-uns sur la fidélité desquels on avait compté, en pardessus tout les intrigues continuelles de l'incorrigible camarilla et la haine mal dissimulée du Roi et de sa maison contre la constitution. Ce conflit de circonstances défavorables devait nécessairement entraîner des mesures violentes contre le Roi lui-même. Les Libéraux n'avaient plus qu'à opter entre la violation des formes extérieures de droit à Fégard du Roi, et leur propre perte et par conséquent l'anéantissement de la liberté commune. Mais cette violation
iurDit un prétexte plausible d'incrimination ^ aux ennemis, un aliment à Fesprit de parti, et de plus fortes armes au fanatisme. La cause de cette même constitution que reconnurent l'Empereur de Russie (par le traité de Weliki-Luki en 1812), et le Roi de Prusse (par la convention de Baie du 20 Janvier 1804) sans parler des Rois de Suède, de Portugal etc. f ut p e r d u e.
L'armée française s'avançait presque sans obstacle, (le plan de campagne des cbefs de l'armée espagnole était de se retirer dans l'intérieur , de ne défendre que les places fortes, et de ne combattre ouvertement, qu'après que l'ennemi se serait successivement affaibli et aurait divisé ses forces) entra dès le 23 Mai à Madrid. Mais à mesure qu'elle avançait la fureur déchaînée des serviles se manifesta par des atrocités sans nombre, par le pillage, le massacre et l'incendie. Les libéraux livrés sans défense à la merci d'un ennemi barbare virent fondre sur eux tous les malheurs de la plus féroce réaction ; maîtres et valets rivalisaient de cruauté dans l'exercice de la plus sanglante tyrannie. Ce fut en vain que le Duc d' An goule m e publia un ordre daté de son quartier général d' An duj ar (8 Août; pour faire cesser les incarcérations arbitraires et les autres actes de violence ; (quarante mille infortunés avaient déjà été jetés dans les cachots, jusqu'à l'époque du i Juillet.) Les forcenés n'eurent aucun égard à cet ordre ; ils contraignirent
même le Duc à y faire un amendement dans leur sens.
La défection de plusieurs chefs contribua aussi à l'affaiblissement du parti constitutionnel. Â b i sb a 1 qui commandait une division àMadrids^ jeta dans les bras des Français dès les premiers revers* M or i 1 1 o en fit autant en G a 1 i c e. D'autres généraux suivirent ces exemples.
Aussitôt après la prise de Madrid le Duc d' A ngouléme établit une régence, qui organisa incontinent la réaction et couvrit d'une apparence de formes légales les persécutions exercées contre les Libéraux. • • .
L'armée française pénétrant toujours plus avant dans l'intérieur du Royaume, le Roi fut transféré de Seville à Cadix. Cette ville qui fut le berceau de la révolution en fut aussi le tombeau. Après que les Français eurent emporté d'assaut Trocadéro (3/ Août), puis le F o r t - P e t r i les Assiégés se décoviragèrent. Ils entamèrent des pourparlers, qui n'eurent point de résultat satisfaisant. Les Cortès perdant alors tout espoir se séparèrent, et le Roi après avoir solennellement proclamé l'amnistie (3o Septembre) vint au camp français , d'où il rendit une foule de décrets, qui annullent l'effet du manifeste d'amnistie.
Le généreux R i e g o en fut la première victime. Lors d'une expédition audacieusenient entreprise dans les provinces du midi, il avait été, par suite de la dé-
flexion de B a 1 le s t e r o s , accablé par le nombre et feit prisonnier. Après avoir été jeté, comme un cricriminel, dans les cachots de Madrid, où il souffrit les tourments d'une longue captivité, il subit une mort ignominieuse (7 Novembre),
L'histoire de toute cette guerre n'offre qu'un seul fait digne d'éloges et d'admiration. C'est la défense de la Catalogne et de la ville de Barcelone sous le commandement du vaillant Mina, qui , cependant forcé de céder à la riguer du destin aban* donna la province et la ville en vertu d'une capitulation honorable {1 Novembre).
Dès lors toute l'Espagne fut soumise au pouvoir absolu de F e r d i n a n d VIL Ce monarque en abusa de la manière la plus despotique, en foulant aux pieds son propre décret d'amnistie, et tous les droits naturels. Et ce ne fut pas seulement dans l'ivresse momentanée de la victoire, mais pendant une suite d'années qu'il exerça cette tyrannie. A conipter de cette époque l'histoire d'Espagne n'offre qu'un spectacle affligeant pour l'humanité.
Portugal, Détails ultérieurs sur VEspagne, '
Le Portugal ne tarda pas à suivre le sort de l'Espagne. La contrérévolution de même que la ré-
volntion s'étendit sur toute la péninsule. £n i8'ii les Cortés assemblées par ordre du Roi (20 Janvier) rédigèrent une constitution, qui, sous le rapport des principes libéraux, l'importait presque la constitution espagnole* Dans le même temps, à la suite de plusieurs mouvements populaires , la cause de la révolution triompha au Brésil, où la nouyelle constitution portugaise fut, An consentement du roi, proclamé et jurée dans tout le pays. Le Roi — après avoir fait déclarer officiellement par les ministres «que c*était de son i^plein gré et d'après sa conviction intime qu'il avait «prêté serment de fidélité à la constitutiona — se décida à retourner en Portugal , laissant au Brésil le Prince royal Don P^dro son fils; il débarqua le 4 Juillet à Lisbonne, où il jura de nouveau la constitution.
Mais, de même qu'en Espagne, on ne reconnut que trop tôt l'eifet des menées contrerévolutionnaires des nobles , des moines et de la camarilla , ainsi que les indices du mécontentement des grandes puissances absolues. Un mouvement séditieux devait avoir lieu le a Juillet 1 82a ; on voulait destituer le Roi J e a n VI et proclamer régent du royaume l'Infant Don Miguel. Cependant ce projet ayant été découvert à temps échoua.
Ce ne fut qu'alors qui l'oeuvre de la constitution dont les bases principales avaient été posées immédiatement après la révolution commença à prospérer
par l'efFet des délibérations spéciales prises pour son achèvement. Les actes furent signés le 22 et a3 Septembre 182a par tous les membres des cortès et confirmés par le Roi, qui, le i" Octobre, prêta une troi* s i è m e f o is le serment de fidélité et la constitution, de la manière la plus solennelle. L'allégresse publique retentit par tout le royaume.
Mais la Reine, soeur du roi d'Espagne Ferdinand VII, refusa de prêter le même serment, et ce refus aurait eu pour résultat la déportation de cetto^ princesse hors du royaume) si l'on n'eut allégué le prétexte de sa santé pour lui faire obtenir l'autorisation d'y séjourner plus long-^temps, D o n M i g u e 1 cependant ainsi que tous les Grands du royaume jurèrent la constitution.
L'horison politique s'obscurcit peu de temps après. Les grands puissances (à l'exception de 'Angleterre, qui promit de défendre le Portugal contre toute intevention étrangère) semblaient menacer la constitution, déjà d'ailleurs en butte à diverses atteintes dans l'intérieur du royaume; et l'agressin de la F ran c e contre l'Espagne paraissait être aussi une déclararation de guerre contre le Po rtugal. Enhardi par ces conjonctures le comte Amarante leva l'étendart de la contrerévolution à Tras-es-Montès le 2 3 Février i8a3; cependant après avoir remporté quelques avantages ^ il fut battu complètement par les constitutionnels le a 3 Mars et repoussé jusqu'en Es-
pagne. Mais la Reine oubliant les ménagements qu'on avait eus pour elle; ralluma la guerrn civile en faisant revenir d'Espagne le comte Amarante dont elle avait ranimé le courage, et, moyennant une insurrection adroitement» combinée, parvint à rétablir la contrerévolution à Lisbonne même. Après que les troupes, en partie complices de la conjuration, en partie entraînées eurent fait retentir les cris de »vive le Roi absolucc et que les Cortès furent hors d'Etat de soutiRnir plus long-temps la lutte, le Roi quitta Lisbonne et déclara, par sa proclamation du 3Juin, le rétablissement de la monarchie pure.
Il fit le 5 Juin sa rentrée dans sa capitale aux acclamations de la soldatesque soudoyée, tandis que le peuple gardait une morne silence,' et la réaction commença. Don Miguel, principal auteur du changement opéré dans l'esprit des troupes fut nommé généralissime et reçut de l'EmpereurdeRuîisie les témoignages de satisfaction les plus flatteurs au sujet de son triomphe. Des édits tyranniques, des actes de violence de toute espèce et la propagation de lanarchie dans tout le royaume furent les fruits de cette restauration.
Cependant le Roi ne sévissait pas assez au gré des implacables absolutistes contre les constitutionels. La Reine et Don Miguel et avec eux tous les fanatiques et les aveugles mstruments de leurs fureurs demandaient l'extermination de tous les libéraux. L'assassinat
Gotumis dans le palais royal (Février 1824) sur la personne du marquis de Loulé chambellan du roi et son favori, homme d'un caractère modéré et qu'on soupçonnait de protéger les libéraux, fournit la preuve de la scélératesse des hommes de la réaction ou des chefs du parti; et peu de temps après éclata, sous les auspices de la Reine et de Don Miguel une révolte terrible dont le but étyit la destruction (ptale des libéraux et le détrônement du vieux roi. Tous les ministres étrangers, ceux de France et d'Angleterre à leur tête, prévinrent, parleurs représentations, ce dernier forfait, et le Roi se réfugia sur le vaisseau de ligne anglais Windsor-Castle, où il manda son coupable fils. Celui-ci après avoir fait, sans rougir, l'aveu de ses méfaits fut exilé du royaume, et a}'ant parcoure divers pays de l'Europe, alla fixer son séjour à Vienne.
Alors le système changea; un nouveau décret d'amnistie parut, l'administration s'améliora, et les anciennes cortés furent convoquées pour rédiger un projet de constitution conforme aux anciennes moeurs et coutumes du Portugal* Les absolutistes cependant ne discontinuèrent point leurs menées perfides, la Reine trama de nouveaux complots dont la découverte entraîna quelques mesures de rigueur.
Ces événements et ceux qui suivirent lurent principalement le résultat de l'influence des relations politiques du Portugal avec le B résil Après de Ion-
gués et difficiles négociations auxquelles rAngleterre prit un part active l'on conclut enfin àRio-Janeiro (ï8 Juillet 1825) un traité par lequel le Portugal reconnut l'indépendance du Brésil et le titre d'Enîpereur du Brésil dans la personne de Don Pedro, Il fut en même temps convenu, par un article secret que les couronnes de Portugal et du Brésil ne pourraient jamais être réunies sur la même tête.
Le Portugal malgré tous ses embarras et l'irritation dans les esprits du peuple offrait cependant un tableau bien moins affligeant que l'Espagne en proie/ depuis la restauration, non seulement aux terreurs de l'absolutisme royal irrité, mais encore aux fureurs du plus féroce fanatisme monacal. Le gouvernement despotique de Ferdinand paraissait encore trop doux aux implacables fanatiques. Le moindre acte de modération ou de clémence leur semblait une abomination ; le rétablissement de l'inquîsion était leur cri de guerre, le gouvernement sacerdotal leur but, et ils eurent l'audace de vouloir, par la force des armes, assurer la réussite de leurs détestables projets. Il formèrent entre eux une soi-dLsan te »j un te apostoliques soutenue par les légions nouvellement créées sous le nom de «volontaires royauxa pour la plupart instruments aveugles dés fureurs du parti, et par plusieurs chefs de bandes anarchistes, et s'il faut en croire l'opion publique, le chef secret de cette junte, ou l'idole que le parti voulait mettre sur
le trône, était le sombre Don Carlos. Le roi, même après la découverte de ces funestes complots, ne détruisit cependant pas faction apostolique; il rédoutait trop tout rapprochement avec les con s titutionnels et il était obsédé de tous côtés par les fanatiques qui l'environnaient de leurs pièges.
Aussi les libéraux continuèrent-ils detre l'objet des plus cruelles persécutions. Le Roi, à la sollicitation des puissances étrangères, se détermina enfin à publier le I Mai 1824 un prétendu «décret d'amnistie;» mais ce décret contenant des exceptions de quinze classes de libéraux, l'amnistie parut être plus dérisoire que réelle; et même cette grâce tout inutile qu'elle était, irrita les apostoliques et devint par leur influence plutôt l'instrument d'une oppression arbitraire qu'une sauvegarde. Les Français eux-mêmes à qui l'honneur et l'humanité faisaient un devoir de protéger les constitutionnels, qui, sur la foi de l'armistice, s'étaient soumis, restèrent témoins indifférentes de ces actes de barbarie. Les chefs de l'armée, attachés eux-mêmes au parti de la réaction, se réjouissant en secret, sans doute, des mauvais traitements dont on accablait les libéraux, se bornèrent à sauver les apparences en faisant quelques légères représentations. La tyrannie ne cessa donc point et les libéraux poussés au désespoir se soulevèrent enfin dans plusieurs provinces, prirent les armes et leurs audacieuses guérillas firent une guerre de représailles.
Toutes les fois que le conseil royal sembla pencher vers la modération, les absolutistes s'agitèrent, et même se révoltèrent ouvertement. Dans plus d'une province on eut l'audace de proclamer roi Don Carlos. Cependant le principal complot échoua, etBessi ères chargé de l'entreprise fut pris et exécuté le 26 Août 1825. Mait cet événement ne rétablit point la tranquillité, ni n'amena un meilleur ordre de choses.
Tous ces malheurs furent la suite de l'expédition tant prônée de la France, expédition, -qui, sans contredit fit triompher le principe de la légitimité, mais dont les résultats favorables à l'absolutisme sont presque aifSsi funestes au gouvernement vainqueur qu'à l'état vaincu.
France,
Les lois exceptionnelles promulguées dans le cours de la première moitié de l'anné 1820, par suite ^ de l'assassinat du Duc de Ber ry (événement dont on sut merveilleusement tirer parti pour alarmer le gouvernement) avaient été le triomphe de l'aristocratie, et par conséquent de la contrerévolution , sur la démocratie et l'esprit de la charte. La nouvelle loi sur les élections surtout, en établissant outre les collèges ^^^ électoraux d'ar rondisi^eraen t des collèges électoraux
de d é p a r t e in e n fy où les grands propriétaires et par conséquent, la noblesse prédominaient, avaient fait de la seconde chambre l'organe de l'aristocratie. Les véritables repi'ésentants du peuple devaient nécessairement à l'avenir être en nombre inférieur dans la chambre des députés et il n'était plus possible d'arrêter les progrès du despotisme de la cour allié avec l'aristocratie. Cette affligeante disproportion se manifesta dès les premières élections* La France était irrésistiblement entraînée vers le despotisme et vers l'ignorance et la barbarie qui en sont le soutien. Les ordonnances et les règlements que le parti dominant réussit à faire publier relativement aux instituts d'enseignement publics et privés tendaient évidemment à ce but. On tâcha soigneusement d'arrêter les progrès des lumières; lesFrères igr a n t i n s, pour la plupart moines d'un esprit peu cultivé, furent chargés de l'instruction de la jeunesse» Bientôt après commencèrent les scènes de désordre occasionnées par l'effronterie des Missionnaires que le parti des fanatiques eut l'impudence "d'envoyer dans les provinces de France, comraesi ces provinces eussent été peuplées d'idolâtres. Ces missionnaires jouissaient de la protection particulière du gouvernement. Dans ces entrefaites le parti royaliste eus à se féliciter d'un événement qui parut tenir du prodige. Ce fut la naissance d'un fils du Duc de Berry, On l'appeU Duc de, Bordeaux:. Cette naissance sembla
devoir affermir la dynastie des Bourbons (28 Septembre 1820).
Quelque dévoué que put être le ministère aux intérêts de la monarchie, il ne pouvait cependant suffire aux prétentions incessantes et exagérées des Ultras; aussi changea-t-il souvent, et toujours sans avantage pour la bonne cause.
Les élections de 1821 fournirent au parti des Ultras de nouveaux renforts. Ceux-ci, s'étant réunis aux libéraux pour renverser le ministère, parvinrent à faire présenter par la chambre une adresse peu satisfaisante en réponse au discours d'ouverture prononcé par le Roi , qui en exprima son mécontentement à la députation (3o Novembre 1821). Cependant la défaveur de la chambre força le ministère à la retraite, et le Roi nomma (14 Décembre) un nouveau ministre qui compta parmi ses membres Montmorency, Pe y ronnetet Vill èle-
Dans le cours de 1821, la mort de Napoléon décédé le ^5 Mai à l'île de St. Hélène) délivra la France et la Sainte-Alliance d'une graive inquiétude, qui ne pouvait cesser que par cette catastrophé. Cet événement encouragea ei facilita aussi les projets de la réaction.
Les chambres de 182a approuvèrent deux projets
de loi présentés par le ministre Peyronnet, et
augmentant la sévérité des mesures de police rela-
' tives aux feuilles périodiques et aux délits
delapresse« La France vit, par Tinfidélité de ses prétendus représentants, détruire presque entièrement le Palladium de ses droits , lalibertédela presse.
Après la clôture de la session, les ultras recommencèrent leurs intrigues pour influencer les élections, et leur nouveau triomphe acheva de bannir de la chambre le bon esprit. Toutes les violences et tou» tes les atrocités du système de la réaction se commirent dès lors presque sans opposition. II s'ensuivit quelques conspirations; une police perverse en suscita elle-même par la perfidie d'agents déguisés et fournit par la des victimes aux vengeances et aux échafauds.
Les élections de i8i3 influencées par la faction avaient de nouvaufait perdre à la chambre une grande partie des députés libéraux, qui autrefois avaient en si grand nombre combattu les projets des ultras. Il fut alors facile au premier ministre Villèle (4 Septembre) de faire réussir les entreprises les plus téméraires.
Dès le commencement de la session de lu même année, l'éloquent orateur Manuel fut expulsé de la chambre des députés, pour s'être servi d'une expression offensante, quoique vraie, que la méchanceté interpréta de la manière la plus odieuse. Cette vio< lation criante des droits les plus sacrés eut lieu lors de la discussion sur la guerre d'Espagne, pour
laquelle les ultras accordèrent avec un joyeux em^ .pressement tou3 les subsides demandés* Nous avons fait mention plus haut de l'issue de cette guerre affligeante pour tous les hommes d'opinions libérales. Ce un triomphe remporté tout aussi bien sur le peuple française que sur FEspagne même.
Pour affermir le système réacteur et le pouvoir absolu , et pour prévenir le rétour annuel des troubles occasionnés par les élections, il fut arrête qu'à Ta venir la chambre des députés serait renouvelée eu totalité, au lieu de ne l'être que partiellement, et que la durée de leurs pouvoirs serait de sept ans au lieu de cinq* Ce projet de réforme fut provisoirement discutés dans les feuilles publiques, puis présenté par les ministres à la nouvelle chambre des députés. L'ancienne avait déjà été dissoute (a4 Dépembre i8a3).
Le a3 Mars i8a4 la session de la nouvelle chambre, qui par l'influence ministérielle la plus effrontée se composait presque exclusivement de partisans de la réaction (on y comptait à peine vingt libéraux) fut ouverte par le Roi en personne, I^ projet de loi relatif à la s e p t e n n a 1 i t é y fut proposé aussitôt* Il fut adopté^ comme on s'y attendait bien, à la perspective d'un meilleur avenir se perdit un horizon plus lointain.
Une division dont les suites furent importantes, éclata alors dans le ministère. Chateaubriand
iMoislre des aOîfiff^ étuaagèfes se. brouilla avec 1? premier itii^'stre V Ulèle et bien c]uU fîujt prptég^ pa<^ de hauts p^i^onnuges il n'en fut pa^ moins forcé de céder à fiufluence prépondérante de son adver^ saire. Dès lors Chateaubriand et ses adhérents $e rangèneRt du parti Contraire et devinrent un renfort piiidfiant et inespéré pour la véritable opposition libé«> raie ^ et contre une telle réunion de forces Villèle n'eut à opposer « pour sa défense, que la ressource des naaMntenlionnés^ la censure dfe^ écrits périodiques*
Telle était la position où se trouvait alorà la France r^tauré^. Son horizoji s'obscurcissait de jour ^n joitr ^r i'amoi]i€èlement des n\)age$ du despotisme de la cour, par l'ignorance soigneusement entretenue à <!«»s«in dans le peuple^ par l'hypocrisie des prêtres et par le découragement que la réunion de tant 4t conjonctures désastreuses jetait dans l'âu^e des gens de bien. C'était 4ans cet état que la Franœ malgré la sagesse personnelle et les intentions pures de son Roi avait été plongée par le parti de la réactk>n. Liouis XVIII mourut { i & Septeeibre 1 8a4) pt laissa la couronne k son frère GharlesX dont les prin« cipes et les penchants proKeittaient aux ultras un tri* oikiplie bien; piut cotoplet.
Le^ premiers joui^s du règne de ce Prince firent peflendaut imîlre d^ belles espérances^ Car il abolit l'odieuse censure par son ordonnance du %q Sep^}
tembre et sembla par la vouloir maintentr en vigueur Tesprit de la charte. Déjà quelques esprits séduits par l'apparence commençaient à établir un parallèle entre Charles X et Henri IV; mais il furent bientôt désabusés. Dès l'ouverture de la session législative de i8a5, on proposa aux chambres (aa Décenabre i8a4) ^^ projet de loi d'indemnités pour les émigrés. La nation devait prendre à sa charge un millard de dettes, pour indemniser ceux qui, autrefois, avaient été condamnés comme ses ennemis et qui avaient effectivement porté les armes contre elle. Les chambres dont les membres étaient pour la plupart du nombre de ses émigrés adoptèrent le projet. La nation apprit avéb mécontentement cette détermination, mais elle se tut.
Cependant un autre projet de loi sul» la réduction des rentes fut rejeté par la chambre des Pairs, quoiqu'il eût été adopté par celle des députés* Dans cet échec Yilléle reconnut les bornes de son pouvoir.
Du reste les affaires en France suivirent la marche tracée depuis plusieurs années par les Ultras de la noblesse et du clergé. Les détails en sont affligeants, et même révoltants pour la plupart.
Le 29 Mai i8a& le Roi Charles X fat solennellement sacré et couronné a Rheims; et le 3 Juin suivant les chambrés, qui venaient de voter le budget furent closes.
£<e parti (ks libéraux essuya le a8 Novembre une perte affligeante par la mort du digne général F o y, Tun des plus éloquents orateurs pour la cause de la liberté (28 Novembre). La tristesse publique occasionnée par cet événement prouva que Fesprit du siècle n'était pas éteint dans la nation. De nouvelles luttes se préparaient encore.
Monarchies absoiueg*
I^es détails historiques précédents nous ont fait voir Finfluence que les monardiies absolues , l'Àu^ triche, la Russie et de Prusse ont exercée jus«* qu'à présent sur les relations politiques en générai. Les effets du gouvernements de ces puissances dans l'intérieur de leurs propres états est du resiort de l'hisr toire spéciale plus que de l'histoire générale. La conservation des principes politiques et de droit actuels, une vigilance minutieuse à prévenir la propagation des nouvelles doctrines et à poursuivre à outrance les »ra enéesdémagogiquesa encore toujours inéquié* tantes ; une augmentation de sévérité dans la censure et la prohibition des écrits publiés dans Tintérieur de ces Etats ou importés de l'étranger; en outre une attention soigneuse à déployer les forces intérieures — du moins matérielles — de l'Etat, à l'effet de
maintenir ùrt de mettre «n ^vigueur le principe supréme, caractérisent en général le gooverneinenl de ces monarcbies. Cet aperçu sommaire ne petit oftrir *^ qoant à l'esprit du temps et au prliHrîpc vital con* stitutioonel — que peu de détails dig«es de remarque.
Nous citerons entre autres: en Hongrie, les symptômes de mécontentement manifestés par diver* ses émeutes de paysans, et surtout par des mouvements séditieux qui eurent lieu entre les Grands du royaume lors de la dieie de tâ^S, et qu'on ne parvint que difficilement à calmer, en déployant, dun côté j la sévérité et de Taptre, urne sage modération; en Prusse la convocation des Etats provînct^ aux (5 Jain i8ft5), mestiie pnépar«toire^ à ce qiï'oB prétendait pour rétablissement des Etats gtéfiéraux du royaume, mais bien insuifisafyte^ selon ropiniougéné* ralè, pour.l'exécution de l'article i3 de l'acte de la eonstîtution fôdérative; en Rus s ie^ la servitude abc* lie *-^ da moins de nom i — malgré ia contimiilé de l'oppression des sevk dans l'intérieur de l'empire; en Pologne les diètes tenues en f(^o et i8aS par MmpereHT Aleioandre^ conforn^émçnt à la c(Mistitution, mais sans^ r^ultat important, parce que le ton impérieux du iiK>aaiiqiie ne s'accotait pas avec les pesicmtrances bbéraks des reporésentants du peupky et qtte le dé£atit' de publicité des séances , e£fet de h volonté .arbUffaire 4u maître enlevait 1 la diète l'ac-
tlon la plus précieuse de ses délibérations* Au sui^* plus un des signes caractéristiques de cette épocpe, fut aussi le déploiement progressif des plus redoutables forces administratives, politiques et militaires dans toute Tétendue de Tempire russe; et enfin les relations de la Por4e ottomane avec le peuple grec, qui commençait à sortir de sa léthargie. Au milieu de ces conjonctures et des soucis occasionnées par les symptômes d'une fermentation souixle des esprits qui se répandait au loin dans Tarmée et dam Tempire l'Empereur, après une maladie de peu dé jours mourut à Taganrog, port de la mer d'Azof, (i Décembre i8a5). Les conséquences de cette mort appartiennent à la période historique prochaine. Une des partis essentielles de la période actuelle est la régénération de la Grèce.
La Grèce et la Porte,
La Porte depuis long-temps inquiétée par les fréquentes révoltes des gouverneurs, et par lé ressentiment deà Janissaires ennemis de toute réforme se vit en 1821 menacée d'un danger bien plus imtnfnent par l'insurrection des Grecs. D*abord eh Moldavie et en Valachie, où Alexadre Ypsilahtî après avoir levé l'étendart de la liberté et rétnportô
quelques avantages fut , malgré le courage héroïque des siens ) accablé par la supéiûorité nuurérique des TurcS| puiS| en Morée et sur plusieurs points du continent de la Grèce, de même que dans plusieurs îles, Tinsurrection des Grecs éclata avec rapidité, qui tint du prodige et, quant aux pays proprement dits grecs, avec un bonheur non moins étonnant. Les Tu r es par leur féroce courroux non seulement contre les insurgés, mais même contre les Greclk restés paisibles dans toute Tétendue de l'empire attisèrent Tincendie et enflammèrent les coeui^ du courage que donne le désespoir.
Mais les hauts faits d'armes, qui signalèrent cette guerre sont trop nombi^eux et trop variés pour pouvoir être énumérés dans cet aperçu sommaire. Il suffira de rapporter que l'Europe entière fut saisie d'une admiration toujours croissante pour les victoires brillantes remportées par les Grecs sur les flottes et les armées turques bien supérieures en nombre, et p(s^r l'intrépide persévérance avec laquelle ces héros se relevaient sans cesse de nouveau, même après les revers les plus accablants aussi fréquents qu'inévitables dans une guerre pareille.
Déjà vers la fin de 1 821 toute la M o r é e , à la réserve d'un petit nombre de places fortes, la Grèce centrale (Hella), et une partie delaThessalie avaient été arrachées à la domination turque , et le pavillon grec flottait victorieusement sur l'Archipel.
Le gouvernement central de la Grèce nouvellement constitué (en remplacement des anciens gouvernements partiels) établit son siège à A r g o s, (ensuite à Corinthe et plus tard à Napoli deRomanie); le fort d'Acropolis tomba au pouvoir des Grecs; et Ton vit de tous les pays de l'Europe accourir en foule des Philhellènes, brûlants de combattre pour la liberté de la Grèce. Un congrès national établit au commencement de Tannée suivante une constitution provisoire, organisa l'état militaire et les impositions et sollicita Tappui des princes chrétiens de r£urope. Cet appel fut inutile. Les monarques ne vir«;nt dans l'insurrection des Grecs contre leurs barbares oppresseurs qu'une révolte de su j et s contre leur gouvernement et craignirent de violer le principe de légitimité en secourant les x>pprimés. C'est pourquoi les députés , que la Grèce envoya au Congrès de V ér on e ne furent pas admis en présence des monarques assemblés, et leur représentation par écrit fut rejetée sans autre forme de procès. <?est par suite de ce même principe , que quelque temps auparavant le prince Alexandre Ypsilanti forcé de se soustraire à la fureur des Turcs n'avait trouvé sur le terri toire autrichien qu'une prison au lieu d'un asile; que les Hétairist*es échappés sur le territoire russe aux armes des Barbares, avaient été détenus pendant quelque temps en captivité ^ et que partout la cause de la Grèce fut vue dç
mauvais oeil. Cependant, bien que réduits à leurs seules ressources, les Grecs ne désespérèrent pas de leur cause; et, quoique, depuis la défaite d'A 11 PachadeJanina, et la conclusion de la paix avec la Pie r se, la Porte fut devenue doublement redoutable, et que les cruautés inouies exercées par les barbares vainqueurs sur les infortunés habitants de S ci o semblassent être le présage de l'extermination totale des Grecs, ceux-ci n'en portèrent pas moins, et à plusieurs reprises, des coups funestes k leurs terribles ennemis. Leurs légers brûlots incendièrent maintes fois les flottes turques, et même sûr terre, malgré maint échec considérable, les Grecs furent en général victorieux. La défense de Missolonghi fixa l'attention de l'univers. Les efforts des Turcs qui assiégèrent cette place échouèrent contre l'héroïsme des Grecs, et le sublime dévouement de Tîntrépîde B o zzarisàÂgrapho (Août i8a3) délivra pour longtemps cette importante forteresse.
jfkn iSol^ fut aussi témoin de la vaillante défense des Grecs contre leurs barbares ennemis. Les mas* sacres qui dépeuplèrent l'île de C h i o se renouvelèrent, à la vérité, dans l'iledlpsara; mais l'audacieux amiral M i a o u 1 î s vengea ces atrocités sur fa flotte incendiaire des Muselmans. Ce même béros remporta tine autre victoire éclatante sur les flottes combinées des Turcs et des Egyptiens. La guerre de terre !at continuée aussi, avec des succès faaïailcéb , -mais
quoique glorieuse pour les armes grecques, elle resta indécise. Quelques divisions intestines paralysèrent les efforts de la valeur» Les Primats d'un côté, lesCapitanis de l'autre voulaient introduire les uns Foligarchie, les autres le gouvernement militaire; la plus sage partie de la nation demandait une constitution libérale. Ces discordes entraînèrent de grands désordres et de grands malheurs.
La Grèce fut encore menacée de plus grands dangers en iSaS'. Les grandes puissances, l'Autriche exceptée, admirant la persévérance et l'énergie de la nation grecque ^ s'étaient, à la vérité, successivement rapprochées de celle-ci, et déjà en 1824 ïe droit de blocus des Grecs avait été formellement reconnu par l'A n g 1 e te r r e. Quelques négociations furent même entamées à l'effet de reconcilier la Porte avec la Grèce; mais l'orgueil ottoman les rejeta avec indignation. On reconnut la nécessité de ménager, d'une part, l'opinion publique ouvertement proppncée en Europe, et d'arrêter," de l'autre, les progrès d'un incendie, qui, selon Toccui'ence, menaçait de troubler la paix générale; mais les démarches des cabinets, calculées, pour la plupart, dans des vues d'intérêt particulier, ne furent qu'irrésolues et sans énergie. L'affranchissement de la Grèce ne fut considéré que 50US le rapport dès avantagés politiques ou com merdaux que les puissances pourraient en retîrei^ pour éltes-méines ; et l'on ne s'occupa que fort peu
du bien-être de la nation. C'est ainsi que TAn* gleterre réussit à se £aire proposer le protectorat par le gouvernement grec ; proposition contre laquelle protestèrent néanmoins les patriotes encouragés par la Russie et la France. La Porte^ dans ces entrefaites, pour mettre 6n à Tinsurrection, chargea de Texéculion de ses projets F armée égyptienne, qui, sous les ordres du vaillant Me he met- Ali, fils du viceroi Ibrahim, aborda elTectiveinent en Morée (Février 1826), s'empara de Navarin, puis de Tripolizza et ravagea presque toute la Morée. Alors recommença le siège deMissolonghi sur le continent grec. Les espérances d'affranchissement s'évanouirent visiblement.
G tonde-Bretagne,
ijm a5 Janvier 1820 jour du décès de George III roi d'Angleterre, fut celui de l'avènement de son fils, âgé de £8 ans , qui , après avoir gouverné pendant longues années en qualité de Prince régent, monta sur le trône sous le nom de George IV. Les premiers jours du règne de ce Prince furent marqués par des conspirations contre les ministres ennemie de la liberté nationale , par des scènes de révolte et par les clameurs d'un peuple niécontent et irrité. La
scandaleuse affaire du divorce, publiquement plaidée contre la Reine devant le parlement, aigrit encore plus les esprits, en exposant à la déconsidération générale le trône et celui qui Foccupait. Au surplus la marche du gouvernement, aussi bien dans l'intérieur du royaume qu'au dehors, ne subit aucun changement* Aussi l'inquiétante fermentation continua-t-elle d agiter les esprits dans toute l'étendue du royaume et surtout dans l'Irlande, que la métropole traitait en marâtre. Diverses émeutes éclatèrent aussi dans les colonies*
Nous avons déjà fiait mention de la tendance politique de l'Angleterre sous le rapport des grands intérêts de r£urope; et surtout, de l'opposition au système d'intervention dans les affaires intérieures des autres états, opposition manifestée par des paroles et non par des effets, pendant l'expédition militaire de l'Autriche contre Naples; d'une opposition pareille aux décrets rendus par le congres de Vérone dans l'affaire d'Espagne et finaleyfnent de la défaveur témoignée contre les Grecs dans le commencement de leur insurrection. Cette dernière circonstance occasionna même dans les îles ioniennes un soulèvement que la Grande-Bretagne, se prévalant de son protectorat, se crut autorisée à punir avec la plus cruelle sévérité.
Le suicide deCastlereagh (ta Août i8aa) (Lord Londondery) amena le commencement d'une tendanot
un p^u plus libénale daos la tendance de la polttiqne de l'Angleterre. Ce ministre entièx^raent dévoué aux jntérétâ de la Sainte-AUiance fut remplacé par Ca n-* ning, homme d'état d'une haute renomiHé, chais qui apprécié à sa Juste vale^tri ne paraît être digne d'élor ges, que comparât! vendent. Il sentit^ pour le bon* beur de l'humanité, que l'intérêt bien entendu de l'Angleterre dépendait de la conservation d'au moins quelques- un s des principes de liberté pour Je éroit public^ et c^est à un pareil calcul que Vhur manité doit sa délivrance de l'oppression générale, alors très^prochbine, dont elle était menacée. . L'établissement des constuls anglais dans les €olo<nies amériicains^ qui ajant secoué le joug espagnol s'étaient érigées en républiques (i8a3) et la reconnaissance formelle de ces républiques (i Janvi^ .ï8iit.5)y surtout de celles de Me xi que, delà Colombie et de Buenos- A y re» parurent pronostiquer liin changement de système et opérèrent comme l'é-^ tin^ie electri(|ue sur les amis de la liberté^ dans toutes les patties du monde civilisé* Aussitôt la haine des maitres et de leurs esclaves s'appesantit sur le ministre dont le nom était employé pour désigner le bon principe, par les nombreux amis de ce d^nier« . L'entrée de Ganning au ministère amena aussi, (quoique, à la vérité, imparfaitement et pnesque arec timidité) dans Tadministratijôn iatéjrieilre dei .la,G4rande-Bnetagney divers cbajagcHoents salutaires,
jivers rapprochements av6c les réiormes ardemment lésirées par les hommes de bon-sens et bien intentionnés. Les progrès de ce système furent arrêtés par l'opposition des personnes et des classes de la population que favorisaient le droit historique, ou les principes existants. Ypilà comment il se fît que les principes de la lib erté d u co mmerce établis par Huskisson^ ne se réalisèrent qu'en très-faible partie; et que le bill relatif à l'émancipation des Catholiq^ues; quoique adopté à la grande «la^ jorité dans la chambre des communes, par les soins de Can ni ng et de ses adhérents, fut rejeté par Topposition des membres de la chambre haute (21 AvrU et 19 Mai A8u5).
Les deux partis politiques presque exclusivement attentifs à la marche des événements en Europe, ne prirent pas un intérêt aussi vif aux conquêtes que les Anglais continuèrent de faire dans leslndes* occidentales, et aux précieux avantages que leur valut^ à la suite d'une guerre glorieuse, la paixà)ndue avçc les Birm ans, le a4 Février iS^6, Par^ contre la guerre contre les Asha>ntis sur la côte cidentale de T A f r i q u e fut , pour les An^ais^ san» honneur et sans profit. Ce ne fut que dans le cours de la période suivante que les Ashantis furent vaincus.
Amérique.
L'Amérique septentrionale sous Tadministralion du président Monroé (de 1817 à i8a5) devança les autres états de ce grand continent en prospérité intérieure et en accroissement de puissance. Depuis le traité de paix signé avec l'Angleterre à G and (2 5 Décembre i8i4)> cette république n'eut plus à combattre que contre diverses tribus de sauvages ou d'Indiens, dont elle débarrassa, soit en les^oumettant par la force des armes, soit en traitant avec elles, et surtout en faisant, à prix d'argent, des acquisitions de pays. De vastes contrées accrurent ainsi le territoire de la république-mère dans le nord de l'Amérique, et de nouvelles républiques se formèrent à mesure que la culture des terres s'étendait au loin et les masses d'habitants grossissaient par Téta* blissements successif de nouvelles colonies. Mais l'histoire de cette heureuse confédération d'états, quoique féconde en détails intéressants^ ne présente tependant, et précisément à cause de la continuité et de l'accroissement successif de la prospérité de ces états, que peu d'intérêt à l'observateur dont le coup d'oeil ne porte que sur l'ensemble; l'histoire conserve cette même teinte dans le tableau d'une série entière ^'années et n'offre rien de caractéristique pour aucune année eh particulier.
En 181 5 une flotte américaine bombarda la ville d'Alger pour châtier ce peuple de forJ>ans; mais la
tentative de s'assurer un établissement fixe pour le commerce américain, dans quelqu'une des îles de la Méditerrannée, échoua contre les obstacles qu'opposa la Grande-Bretagne.
L'année suivante (1816) s'établit , au moyen d'une espèce d'acte de navigation (auquel le bill du^ I Mars 181 7 donna supplémentairement une plus grande latitude) un système de représailles contre l'avidité du commerce de l'Angleterre.
Les relations avec l'Espagne étaient d'une nature très-hostile, tant à cause des différends relatifs aux frontières de la Louisiane et de la 1?lo ride, qu'à cause de la protection accordée par l'Amérique septentrionale aux colonies insurgées contre l'Espagne leur mère-patrie. Cette inimitié se fortifia encore lorsque en 181 9 le Général américain Jakson, par une invasion soudaine, se rendit maître de Pensacola. Cependant l'Espagne finit par consentir à céder entièrement les deux Florides aux Etats^ unis , en acquittement d'une créance que les Américains avaient sur elle.
Tous les autres Etats de l'Europe, laFrance même malgré l'aversion du gouvernement des Bourbons pour les principes républicains, et la Russie, quoique la rivalité de commerce et de puissance dût rendre embarassantes les relations avec les côtes sudouest de l'Amérique témoignèrent aux Etats-unis, sinon de l'amitié, du moins de la considération.