‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusquà l'an 1832Chapitre 5 sur 25 · IV · texte numérisé non relu

IV

vile et Ja guerre au dehors, allumées par ces mêmes hommes portèrent l'exaspération jusqu'à la fureur, et dans cette inévitable lutte d'extermination aucun moyen ne parut trop violent , aucun sacrifice trop pénible , aucune mesure trop sévère pour sauver la Patrie^ la Liberté et les Chefs de la Révolution placés ^ans l'alternative de la victoire ou ,de la mort. Telle fut Torigine du T e r r o r i s m e. . Ne nous étonnons cependant point de voir qu'après la chute des Terroristes la République ne fut gouvernée ni par la justice, ni par l'amour de la Liberté. Les manoeuvres de*]a méchanceté furent secondées par les circonstances. Aucune organisation ne put acquérir de consistance , ni porter d'heureux fruits au milieu des orages continuels; une espèce de DîctaUiret-^ exercée par plusieurs ou par un s^l — s'emblait constamment l'unique moyen de détourner le danger le plus imminent. La Liberté ne resta qu'un bien eu perspective, pour un temps à venir^ qui n'arriva jamais. C'est encore un des maux qu'il faut attribuer à l'esprit d'opposition.

C'est encore à cette opposition que doivent être imputés la plus grande partie des malheurs qu'entraîna la guerre étrangère, la dévastation de tant de pays, le mauvais traitement qu'eurent à subir les Nations et leurs Chefs, le renversement et l'avilissement des trônes et enfin l'épouvantable tyrannie qui écrasa le monde et qui engloutit, toutes les espérances dé

rhiimaiiilé. C'est cette oppositioa qui fit édater la guerre, la prolongea ralluma de nouveau et la rendit générale ; c est elle qui en même temps négligea, dé* daigna les seuk moyens, et paralysa même les seuls e£brts qui eussent pu la terminer heureusement.

Ce ne fut pas l'or de l'Angleterre,— cariloe fut que moyen secondaire — ce fut l'A ristocra* tie qui créa les diverses coalitions qui combattirent successivement la République. Ce fut l'Aristocratie qui entretint les ministres et les monarques dans des sentiments haineux et iriéconciliables oontre laRérolution ; ce fut eUe qui par là fournit à la République, aussi bien un juste motif, qu'un prétexte désiré pour se fortifier de plus eu plus. Mais l' A r i s t ocr a t i e a facilité aussi la victoire à l'ennemi) par sa haine toujours plus envenimée contre les idées libérales, par son mépris pour la voix du peuple et pour les intérêts populaires, par l'opiniâtreté avec laquelle elle soutint les vieilles injustioes et les vieilles illusions. C'est ainsi que les coeurs des Gouvernés s'aliénèrent de leurs Gouvernants; il y eut même des peuples qui se sentirent disposés à regarder les Français comme leurs libérateurs et qui ne reconnurent leur erreur que trop tard.

La plupî^rt dçs Gouvejrn^m^nts , soit par des vttes intéressées, soit par aveuglement ou faibles$e fujTWt en cela complices de i'Ari^cratie. Mi Um de se Êimiliariser avec l'eçprit du t%mj^ o^ cb^^a k U

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combattre. Puis on ne compta que sur 1* a r m ée et sur les manoeuvres d*une tactique surannée; on craignit d'armer le peuple eh masse, ou l'on ne regarda cet expédient que comme une dernière ressource en cas d'extrémité et même peu sûre ; on dédaigna ou Ton rejeta les ressources plus nobles de la force morale, l'on préféra la naissance au mérite, et Ton chercha son salut dans les intrigues usées de la vieille diplomatie. Enfin au milieu du danger commun , au milieu du h*acasi d'un monde près de s'écrouler , on ménagea les frivoles intérêts personnels , on entretint les petites rivalités ; on vit avec une joie maligne la chute ou l'abaissement d'un Allié, et l'on se crut sauvé en achetant à force de sacrifices une trêve illusoire. On recourut à des demimesures, on signa des accommodements, même des traités d'alliance avec l'ennemi mortel ; on s'abaissa même au point de rivaliser d'adulation et de dévouement envers lui. *

Le Gouvernement révolutionnaire de sou coté fit mouvoir avec sagesse et persévérance tous les ressorts, il employa toutes les ressources, tous les talents, réclamant l'assistance de chacun, comme devoir de citoyen, et récompensant chacun selon son mérite. La révolution avait aboli les prérogatives de la naissance, et ouvert à tous les citoyens la carrière de rhonneur« Des milliers d'individus de la basse classe du peuple, ci-devant condanmés à l'avi-

lissement — et parmi ceux-ci il s'en trouva dans l'âge de la première jeunesse — prirent leur essor et s'élevèrent aux premières dignités militaires, aux plus hauts emplois de l'Etat, et étonnèrent le monde par leur génie. Cette circonstance seule décida de la supériorité de la République. La République combattit avec les forces morales d'une nation; la plupart des monarques ne combattirent qu'avec celles d'une classe de leurs sujets»

Les Chefs du Gouvernement républicain — il faut en convenir à la honte de leur mémoire — associèrent à la fermeté et à la persévérance — la mauvaise foi , la ruse et la cruauté ; pour atteindre leur but ils immolèrent le bon droit et l'humanité, la vie et la fortune des peuples, »Ies ressources du temps écoulé et celles que promettait l'avenir*.» C'est ainsi que s'expliquent leurs succès sans exemple. C'est ainsi que laRépublique française s'éleva à la domination dumondeen autant d'années qu'il avait fallu de siècles à laRépublique roman ne pour atteindre le même but. Mais la nouvelle dominatrice du monde, ainsi que Rome, retira peu de fruit de ses victoires et finit par être asservie par l'un de ses plus heureux et de ses plus audacieux capitaines. Cependant ce même général par son arrogance et son insatiable ambition prépara sa propre ruine et celle de son empire.

Mais la chuté du fils dégénéré de la Révolution

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n'entraiaa-bas C6ll« de la mère* Les idées qui donnèrent naissance à la Révolution, la connaissance précise des droits civils et politiques de l'iiomme que cette Révolution répandit parmi tous les peuples de l'Europe et dans tontes les classes de la société, les importantes leçons, l'expéHence utile dont 'elle nous a enrichis, la force vitale qu'elle a réveillée chez les peuples; enfin l'extirpation de Vabus du droit historique, opérée par elle du raoinsdans la njére-patrie, au grand' avantage du peuple, ne peuvent s'effacer des pages de l'histoire, ni se perdre dans la massedes motifs qui fixeront nos destinées futures. Un état de cho*ses, tel qu'il exista en France en 1789 , ne se reproduira jamais. Il faudra donc o u transiger avec l'esprit du temps, et reconnaître et revivifier les principales théories de la Révolution ou étouffer toutes les idées , tous les souvenirs, tous les sentiments gé^ néreux, c'est-à-dire^ produire un engourdissement léthargique, au lieu de seconder l'action progressive des forces vitales -^ il faudra en un mot métamorphoser les peuples de l'Europe en hordes asiatiques.

Histoire spéciale. Despotisme en France. Déficit dans les Finances.

Les détails historiques précédents nous ont ofiert le tableau des progrès déplorables ^ des funestes ef-

fets du despotisme royal en France , ainsi qûé des guerres de conquêtes ée Louis XIV éjcfuisant les forces et les revenus de TEtat ; ils nous ont montré aussi les profusions excessives dans l'intérieur du pays et dans cette Cour somptueuse , devoraiit ia sub* sistance du peuple, absorbant les finances et grossissant encbre la masse déjà énorme de la dette publique* L'administration du Duc - Régent et le règne de Louis XY nous font voir la continuation et l'ac** croissement des mêmes désordres «— à l'eiception des guerres de conquêtes qui furent abandonnées, non pas faute d'envie de les prolonger, mais faute de ressources ; — le ministère après la mort de F 1 e u r y,, successivement confié à des ministres ineptes ou sansfoi, et enfin le royaume ostensiblement gouverné pai* des maîtresses, et généralement un despotismeoriental accompagné de toutes ses horreurs , de toutes ses .turpitudes, et détruisant de son souffle envenimé, le bonheur public. Ajoutons k tous ces malheurs, une dépravation de moeurs inouie qui se communiquant de la Cour aux hautes classes de la société, et de celles-ci aux classes inférieures de la nation sapait les fondements de l'ordre social.

Dans de telles cii^constances l'état de la France vers la fin du règne de Louis XY était aussi déplorable que houtéux. L'avilissement et l'adulation de quiconque était en relation avec la Cour, ou d^ipiraii sans approcher n'eprent plus de bornes. La Bastille

ou les Lettres de cachet menaçaient toute émission de pensée libre, toute démarche , et même toute négligence ou omission d'égards qui pouvait déplaire ou être suspecte. I^es Seigneurs de la Cour et la noblesse pouvaient se consoler d'un pareil esclavage, par Télévation de leur position au dessus du peuple avili, opprimé et foulé aux pieds. Ils étafcnt plutôt les suppôts que les victimes du despotisme, et ils s'appropriaient la plus grosse part des avantages de la société civile sans en supporter les charges. C'était pour eux seuls qu'étaient réservés les hauts emplois civils et les grades militaires; ils suçaient arrogamment et dans l'abondance le sang du peuple qu'ib scandalisaient par leurs vices; l'exemple de leur dépravation exerça une influence pernicieuse même dans les pays étrangers.

Le haut clergé et un grand nombre d'ecclésiastiques d'un rang inférieur ne se montrèrent pas plus réservés dans leurs moeurs et ajoutaient encore pouc la plupart à leur inconduite, l'egoïsme^ le désir d# dominer, le fanatisme et Thypocrisie^ Le produit des domaines les plus étendus et les plus riches ^ la dime des i*écoltes des autres terres , plusieurs bran*^ ches des revenus du royaume et de la nation étaient absorbés par le clergé qui, par compensation, n'accordait à l'Etat, au lieu d'impôts proportionnels, que de fables dons gratuits.

Ijottkons encore à ce tableau la mauvaise admv

ni 8t ration dans presque toutes les branches du service public. Les décisions arbitraires, la dureté, la vénalité de la justice et des actes de l'administration, — ^ une des conséquences de la vénalité des emplois — le défaut de soins pour l'instruction publique, ou la fausse direction donnée à l'enseignement dans les écoles, la tyrannie des fonctionnaires de la police, les exactions, les malversations des fermiers géné<raux et des percepteurs d'impositions, la guerre formellement ouverte entre les contrebandiers et les gardes de douanes; partout des restrictions injustes qui provoquaient aux contfaventions, et la sévérité révoltante des punitions ; finalement la nonchalance, le défaut d'ordre, et la profusion dans l'administration économique de l'état.

Parmi tous ces maux le plus insupportable çt celui qui contribua le plus efficacement à la Révolution, ce fut l'injuste répartition des impots, qui grevait de préférence les pauvres et surtout la classe agricole, tandis que les privilégiés sous de nombreux prétextes jouissaient de la franchise des tailles. Car outre les impôts publics proprement dits, il faut aussi compter toutes les autres charges du droit public, ou celles qui,bien que dans la suite, devenues charges privées, n'en appartiennent pas moins au droit public par leur origine ou leur caractère ; et toutes ces charges ne doivent pas être considérées d'après la valeur pécuniaire qui en revient à l'Etat ou à quiconque

en doit joutr^ mais d'après la quotité qui pèse réellement et véritablement sur les contribuables. Finalement il existait en France^ outre les eiasses privilégiées, plusieurs provinces, districts et villes dont les franchises d'impôts aggravaient la charge des autres.

Les nobles, le clergé et les employés de l'Ëtat étaient en outre, par une loi expresse, exempts de diverses impositions, nommément delà taille personnelle et de la taille mixte — qui se percevait en partie par tête, et en partie sur la fortune des contribuables — et des corvées pour la construction des grandes routes ; et la nafure ou la régularisation de plusieurs impositions produisait la même exemption de fait.

L'impôt territorial surtout était sous plusieurs rapports inégalement et injustement réparti, et les redevances, les dîmes foncières, les rentes féodales, les revenus perçus des serfs, les rentes publiques et celles des particuliers étaient entièrement ou pour la plupart exemptés de l'impôt. Le Clergé possesseur d'une masse immense de propriétés territoriales, de nombreux revenus ecclésiastiques et séculiers à divers titres et des dîmes (c'està-dire à-peu-près du cinquième de la récolte de toutes les terres communales) ne payait pas plus de onze millions de livres.

La majeure partie des revenus publics ne se composait cependant que d'impositions indirectes^

de droits de péage et dédouanes, de droits de consommation sur les denrées, du produit de certains droits de régale chimériques (tels que la Gabelle, l'impôt sur le tabac, celui des postes etc.) et d'autres inventions de la cupidité finan'> cière. Ces impositions réunies rapportaient plus de 3oo millions au trésor et il est évident que la plus grande partie en était acquittée soit directement^ soit indirectement par le pauvre. Car la consommation commune ne se règle pas d'après les for* tunes, mais d'après les besoins et plusieurs de ces charges p^ent plus sur le paysan (p. ex. la gabelle) ou sur l'artisan (chargé de la nourriture de ses apprentis et compagnons de métier) ou sur le père d'une nombreuse famille, parceque ceux-ci malgré leur iiKiigence consomment plus que le particulier opulent qui n'a point d'enfants ou qui vit dans l'oisiveté. Plusieurs autres de ces impositions, à l'instar du vampire sucent le sang de la classe industrielle, parce que leur effet est rétroactif, soit parcequ'elles restreignent les moyens de gagner, soit parcequ'elles produisent une diminution sur le prix du travail oi^ de la marchandise.

La différence la plus bizarre dans le système des impositions régnait outre cela dans les provinces. Nous citerons j pour en donner une idée, l'exemple de l'impôt de la gabelle. Dans certaines provinces le quintal de sel se payait 8 à 9 francs, dans d'auti-es

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i6, à a 5, et dans d'autres encore jusqirà soixa'ntedeux francs. Cette disproportion dont le maintien nécessitait la plus dispendieuse et la plus tyrannique régie, provoquait à la contrebande et occasionnait annuellement la condamnation de plusieurs centaines de citoyens aux galères. La ville de Paris seule rapportait au roi près de quatrevingt millions de plus que la totalité des revenus des couronnes de Sardaigne, de Suède et de Danemarc (voir le compte rendu au Roi, par Necker).

La capitale du royaume pouvait bien payer cette somme, puis-qu'elle engloutissait elle-même les richesses de la plupart des provinces; cependant cette charge à Paris même pesait en proportion sur la classe indigente bien plus que sur les riches, et cette disproportion se faisait sentir encore plus sensiblement dans les provinces et surtout chez les habitants de la campagne; car cette classe infortunée supportait, outre le poids des impôts directs, la charge également et peut-être encore plus accablante des droits seigneuriaux et des droits de servitude, condition ignominieusement imposée dans les temps du droit du plus fort et de l'anarchie, aux naturels des colonies qu'on foulait aux pieds, et devenue encoï*e plus dure l'arrogance des maîtres et par la civilisation. Le laboureur outre tous les impôts pour l'Etat, payait au décimateur ecclésiastique . ou séculier le dixième du produit brut de son

champ ( c. à. d. au moins lé cinquième , souvent aussi le tiers ou la moitié, quelquefois même les neuf dixièmes du produit net *) contribution qui seule serait déjà exorbitante pour Tagriculture^ mais qui encore d'après sa nature est une véritable servitude, une yiolation manifeste du droit des personnes et des propriétés.

Aux dîmes se joignaient encore les corvées seigneuriales, la plus frappante manifestation et la plus avilissante charge de là servitude ; puis des contributions sans nombre tant en argent, qu'en nature, les unes à titre de rentes foncières et de redevances provenant d'une origine du moins légitime en apparencCj mais les autres évidemment vexatoires et spoliatrices imposées sous le titre le plus futile, souvent même sous aucun titre , par le pouvoir ou Vusurpation, en signe de servitude, ou d'exercice du droit de propriété sur le paysan*

Et c'est de cette classe de citoyens spoliée et si inhumainement traitée (masse de la nation et nourricière de toutes les autres classes) que l'on exigeait de préférence qu'elle fournît les combattants pour la défense de l'Etat. A la vérité tous les roturiers, depuis 1 6 jusqu'à 4o ans, étaient soumis au tirage de la mi-

*) voir : dans les Archives des Etats da Grand-Daché de Bade. Carkrohe 1819. Vol. I la dissertation de M. de Rotteck ,,siir les dîmes et le droit de dîmes „tJeber Zehentlast and Zehentrecht'* puis k lecaeil des pxooès-yerbanx de la session des Etats de Bade zS3z.

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lice; mais les habitants des villes jouissaient de beaucoup de privilèges particuliers et d'exemptions, tandis que la jeunesse des campagnes déjà courbée sous le poids de tous les genres de servitudes, étaient en outre encore condamnés à servir comnle soldats lorsque le sort les désignait dans l'inévitable tirage annuel. Les nobles et les particuliers de distinction étaient dispensés de l'enrôlement forcé; cependant en qualité de volontaires ils s'emparaient exclusivement de toutes les places d'officiers.

Revenons aux finances; ce système était doublement funeste dans les temps d'embarras ou de besoins extraordinaires; car, ou l'on contractait un emprunt, mesure qui, par l'inconcevable légèreté dont on en abusait, augmentait les besoins annuels de TEtat, en raison du surcroît d'intérêts à payer; ou bien l'on ordonnait une levée d'impôts dont la per- ' ception basée sur l'inégale répartition de ceux déjà existants rendait la disproportion des charges encore plus insupportable.

D'après tout ce qui vient d'être dit, il est donc bien évident que cet état des finances et l'accroissement du déficit contribuèrent décidément à faire éclater la révoFution; car la France était bien en état de suppléer au défaut dçs recettes, mais la classe indigente du peuple ne l'était pfts. Cette classe était déjà obérée au delà de ses facultés; vou-

loir ia charger davantage , c'était exiger rimpossible, c était la provoquer à la révolte. Ce n'était donc plus des mesures employées jusqu'alors que l'Etat pouvait attendre son salut ; ce ne pouvait être que d'un changement total de système dans les finances, c'est-à-dirci en soulageant la classe des pauvres du fardeau des impositions, pour en charger celle des riches : résultat qui, vu l'opposition des privilégiés et leur influence sur l'esprit de la Cour , ne pouvait être produit que par l'autorité extraordinaire, des Etats-généraux, ou par celle du t i e r s - E t a t, si les Etats-généraux venaient à se désunir.

Progrès des Lujnièrts* Foliaire, /. /. Rousseau^

Ce tiers-état, c'est-à-dire la nation en général, à mesure qu'il était de plus en plus opprimé, s'était également d'autant plus profondément pénétré de l'idée de son propre affranchissement; et sans contredit ce sentiment était l'effet des lumiè* res qu'il avait acquises sur la source du mal et sur Ids moyens d'y remédier, et- les progrès de la culture de son esprit lui avaient donné aussi le sentiment intime de son prc^re mérite et de ses propres forces.

Déjà sous Louis XIV un choeur d'écrivains spiri-

tuels avaient commencé à éclairer le peuple. Vers le milieu du dix-huitième siècle le savant et profond Montesquieu offrit à la nation déjà devenue plus susceptible des progrès des lumières , son excellent livre de r £ s p r i t d es 1 o i s, manuel de la véritable sagesse politique et recueil de principes libéraux mu*^ rement réfléchis lequel, à la vérité , ne fut pas entièrement compris^ ni apprécié par ses contemporains, mais qui n'en était pas moins alors un terrain à défricher et un fidéi-commis à l'avantage de la postérité.

Peu de temps après Montesquieu^parurent deux sociétés savantes: les Encyclopédistes et les Economistes. La première composée d'hommes habiles et éclairés qui combattirent avec les armes de la raison et de la sagacité toutes les erreurs et les préjugés; mais aussi parfois des opinions respectables et des vérités salutaires : l'autre animée d'un noble enthousiasme pour le bien de Thumanité, et la prospérité publique ; franche , courageuse , ennemie déclarée de toute espèce de tyrannie ; mais séduite par un esprit de système, et souvent plus superficielle que profonde: l'une et l'autre d'une influence bien plus sensible sur l'opinion publique, que ne l'avait été jusqu'alors aucune société de philosophes.. Ces deux sociétés apprirent à leur nation à prononcer hardiment son opinion sur les matières tyranniqoes

Digiti^d by VjOÔQIC

de politique ou de religion , à soupirer après, la liberté en ce qui concerne ces deux points, et à en appeler au tribunal de la raison et du droit naturel conti*e les lois absurdes ou tyranniques ainsi que contre les décisions iniques ou peu sages des hommes en pouvoir.

Mais le but que se proposaient ces deux sociétés fut poursuivi avec bien plus d'ardeur et d'une manière plus générale par deux hommes non seulement séparés l'un de l'autre , mais encore animés d'une haine réciproque, et cependant servant tous deux la même cause avec succès^ quoique d'une manière différente. Ce furent Voltaire et Rousseau. Le premier dont le génie semblable à une étoile de première grandeur, brillant à l'horison littéraire non seulement de la France, mais encore de l'Eu ro pe, riche non seulement des dons de l'esprit, mais aussi de connaissances acquises, dont le talent et l'ambition embrassaient — ' ou aspiraient 4 embrasser — toutes les branches du savoir et qui par le charme de bon éloquence, de son imagination et surtout par l'inépuisable fécondité de son esprit caustique répandait la lumière, lançait la foudre et pénétrait dans les recoins les plus obscurs et les plus reculés des régions de la superstition, de l'erreur, de la suffisance et du droit historique appuyé sur la longue durée de son existence, imposa aux lecteurs de toutes les classes de la société l'obligation de réfléchir et.de juger, — ou du moins d'avoir une opinion et

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