‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusquà l'an 1832Chapitre 6 sur 25 · IV · texte numérisé non relu

IV

de l'énoncer. -^ Il est à regretter que la vertu, le plus précieux des dons du ciel, ait manqué à cet homme doué d'un esprit si sublime et si clairvoyant.

A la même époque J. J. Rousseau écrivain profond et plein de sentiment et par là cher à toutes les âmes sensibles , choississant la méthode sérieuse et plus noble de l'en&eignement éclnira ses compatriotes et les prépara à la grande réforme à venir. Son précieux ouvrage : le Contrat social n'est pas exempt d'erreurs ; mais il contient le germe de la vérité, et lui fraie les voies du plus heureux développement ; et ce qui augmente le mérite de cette production, c'est qu'elle inspire les sentiments et les vertus qui seuls rendent l'homme susceptible et digne de la Liberté. Ce fut le génie de Rousseau qui anima les plus dignes che£s de la Révolution.

Commencement du règne de Louis XVI, Guerre de {^Amérique. Jssemblée des Notables,

Ce fiit donc sur ce peuple français victime de la tyrannie et maintenant éclairé sur ses intérêts que LouisXVI, petil-^fils de ce Louis XY qui pendant tant d'années avait opprimé la France, saisit le soep'tre en 1774- C'était un prince animé de sentiments

bienveillants et loyaux, et doué, sinon de dispositions brillantes, du moins de qualités aimables qui donnaient Tespoir d'un heureux avenir; mais sans fer* meté dans ses opinions comme dans ses volontés; manquant de confiance en lui-même, . et chancelant dans celle quMI accordait aux autres; en butte aux in* sinuations et aux cabales; plus propre^à mener une vie privée qu'à tenir le gouvernail de l'Etat dans des temps orageux. Le destin l'avait désigné pour victime expiatoire des fautes de ses prédécesseurs.

Ce prince choisit pour son premier ministre le Comte de Mau repas, courtisan adroit, mais nullement homme* d'Etat ; pour ministre des finances Turgot physiocrate éclairé, et zélé pour le bien public; mais que pouvait un seul homme contre L'aveuglement, la frivolité, le luxe d'une cour au sein de laquelle il voulait rétablir l'ordre et l'économie. La reine elle-même, Marie-Antoinette, qui fut bientôt imbue du venin de cette cour corrompue, et qui avait hérité de l'esprit et de la beauté, mais non du caractère de son excellente mère Mari e-T hères e, ne tarda pas à devenir l'ennemi de ce ministre, qui par conséquent ne put se maintenir dans son poste.

U fut remplacé au ministère des finances (1776) par le baiMpaier Necker natif de Genève et protestant, <pie la réputatioa ife ses talents et de sa probiAé

élevèrent à ce poste, malgré la défaveur que jetaient sur lui son origine et sa religion. Necker demanda comme Favait fait Turgot, une réduction dans les dépenses de la cour et une réforme dans le système des impots ;,il éprouva la même résistance que son prédécesseur et ne put obtenir de grands résultats.

La guerre d' A m é r i q ue qui éclata sous le ministère de Necker augmenta l'embarras des finances, mais elle releva la gloire et l'influence politique de la France. Vergennes ami de Ma u repas et ministre des affaires étrangères, qui avait conseillé cette guerre au Roi^ était un homme instruit et modéré. Il eut le courage de tenir tête dans le cabinet de Versailles au parti autrichien, et par conséquent à la Reine elle-même dont le pouvoir était sans bornes ; soutint , mais à la vérité seulement par des négociations de peu de succès, les intérêts des Turcs contre la Russie, et ceux des Belges et des Hollandais dans leurs efforts pour la conquête delà Liberté; mais il resta spectateur ^isif du partage de la Pologne, et ne montra de véritable énergie que pour la cause des Américains.

Il est sans contredit que cette guerre d'Amérique a puissamment contribué à la Révolution française — quoique les funestes suites de cette dernière ne puissent lui être imputées. — L'héroïque conquête de l'indépendance dans l'Amérique septeatrioiiale a jeté aussi dans les coeurs de la jeunesse française les

étincelles^ de Tamour de la Liberté, et cette guerre d'immortelle mémoire fut pour les troupes auxiliaires f r a n ç a i s e s une école d'enthousiasme patriotique et d'amour de la J âberté. Il est à regretter seulement que la nation toute entière n'ait pas profité de ces excellentes leçons et que les privilégiés surtout soient, pour la plupart, restés insensibles à l'effet du feu sacré qui enflamma les coeurs en Amérique. Une ré volution telle que la firent les dignes élèves des Was hington et des Franklin, telles que la médita le généreux La Fayette n'aurait pu qu'être salutaire à l'humanité.

Pour faire face aux dépenses extraordinaires que nécessitait la guerre d'Amérique Necker avait eu principalement recours à un emp run t. Cependant les intérêts de la vieille dette augmentèrent le déficit. Necker demandant alors les reformes avec des inssances plus pressantes , irrita encore plus contre lui le parti de la cour et se vit contraint de donner sa démission et de quitter le royaume (1781).

C a Ion ne qui lui succéda brava la voix du peu* pie ainsi que la misère publique, abusant avec une imprudence encore plus impardonnable des ressources de l'emprunt pour couvrir le déficit courant et soutenir les profusions de la cour; mais il suc* «omba enfin sous le fardeau. Dans l'espace des dix dernières années la masse de la vieille dette publique s'était accrue de douze cent cinquante millions et le

déficit de l'année courante se monta à i4o (on ia5) millions de livres. Galonné voyant Tabime ouvert sous ses pas représenta au Roi l'indispensabilité d'une réforme rigotireuse et lui proposa à cet effet la convocation d'une Assemblée des Notables (1786).

L'Assemblée des notables était une diète du royaume composée pour la plupart des membres les plus distingués du Clergé, de la noblesse, et des plus hauts fonctionnaires de l'Etait également choisis par !** Roi lui-même. Il n'y en avait pas eu d<ppuis i6-i6. Le despotisme redoute jusqu'à l'ombre d'une représentation nationale. Le débonnaire Louis XVI saisissant avec ardeur tout ce qu'on lui représentait comme devant contribuer au bien de son peupte^ s'empressa de convoquer cette assemblée.

Les Notables (1767 depuis le sa Février jusqu'au a5 Mai) ne répondirent ni à l'attente du gouvernements, ni à celle de la nation. Les nouveau, impôts que le ministre proposa, un impôt sur le tus(^re et un impôt territorial commun, rencontrèrent uneVive opposition de la part des privilégiés, et surtout ]!|e$ membres du clergé. Les Notables attaquèrent al<)rs le:Systeme d'administration, réclamèrent La répressv des abiis^ et nommément de ceux qui régnaient <iaE la co«clf>tabili(é , forcèrent le Roi à renvoyer son ma nistre et ce diemier k prendre la fuite. Calonne fij remplacé par Brieane arche v^uie de Ton lois

homme vain, sans énergie, adroit courtisan, mais de tout point mauvais ministre.

Quoique l'assemblée des Notables ait manqué le but principal de sa vocation, elle n'en opéra pas moins beaucoup de bien. Ou reconnut alors évidemment la nécessité de la convocation des Etats- §;énéraux— demandée par l'assemblée des Notab* les même. Ce voeu retentit bientôt dans tout le royaume, et cette mesure fut regardée comme l'unique moyen de salut.

La cour, dans ces entrefaites) pour remédier à l'embarras des finances proposa au Parlement l'enregistrement des nouveaux édits sur les impots que les Notables avaient rejetés. Mais le Parlement s'y refusa ( 5 Août ) en déclarant ainsi que l'avait fait l'as* semblée des Notables, qu'il n'appartenait qu'aux Etats-g^éraux d'octroyer la levée des impôts. Le Roi alors séant en son soi-disant lit^-de-justi^se ordonna l'enregistrement et relégua à Troyes le Parlement qui protesta contre ce coup d'autorité.

Préparatifs pour la tenue des Etats généraux* NecAer. Com^ meneenneat de la Réifohition, ^

firie^ine qui avait fait exiler le Parlement entra ensuite en composition avec lui et le fit rappeler

après une réconciliation apparente^ Mais ce corps protesta de nouveau (19 Novembre) contre Tenregistrement d'un emprunt de 4^0 millions que le premier ministre avait pi*oposé et dont le Roi présent en personne à la séance avait lui-même fait la demande. Le Duc d'Orléans à la tête des pairs protesta le premier. Il manifesta dès lors déjà sa haine contre la Cour dont il avait reçu plus d'une offense. Le Duc fut exilé à son tour et quelques membres du Parlement furent arrêtés. Le Parlement ne se laissa point intimider^ il persista dans sa résistance et demanda d'une manière pressante que les Etats-généraux s'assemblassent.

Le Roi dans son lit -de justice ordonna (8 Mai 1788) la publication d'un édit qui abrogea entièrement la constitution des Parlements, en restreignit la juridiction et lenombre^ institua des Cours de justice en remplacement des Parlements supprimés, et transmit enfin tous les droits politiques exercés jusqu'alors ^par ces corps, et nommément celui d'enregistrer les ordonnances royales, à une Cour plénière, composée des Princes du sang, des Pairs, et *d'un certain nombre des premiers fonctionnaires de l'Etat.

 cet édit le Parlement opposa d'une voix unanime une déclaration remarquable par laquelle il déclara despotiques les mesures prises par la Cour, et établit en principe fondamental et inviolable de la monar-

chie française le droit de la nation d'octrojer les impôts par l'organe des Etats-généraux, celui des constitutions particulières des provinces, celui des Parlements d'enregistrer les ordonnances royales reconnues conformes à ces constitutions et enfin le droit le plus sacré de tout citoyen de n'être jugé que par son juge ordinaire et d'être traduit immédiatement après son arrestation devant le tribunal de ce dernier.

Ce fut en vain que la Cour essaya d'en imposer au Parlement. Le peuple de Paris prit hautement parti pour lui. La révolte éclata ouvertement dans la Bretagne «t dans le Dauphin é. La Cour intimidée céda enfin. Toutes les mesures de rigueur furent révoquées, la Cour plénière fut dissoute et ton promit de convoquer les Etats-généraux au premier Mai de l'année suivante (8 Août).

Brienne fut renvoyé aussi, etNecker, l'idole de la nation reprit l'administration des finances et iut admis au Conseil d'Etat.

Les df^tinées futures de la France dépendaient de k composition et de la forme des Etats-généraux promis. Toute la France fut eji mouvement; l'esprit publie se réveilla dans toute sa vigueur, mais aussi l'esprit de parti agita les divers ordres et états du iDyaume. La France depuis 1614 n'avait plus vu de diète. Les anciennes formes pouvaient-elles encore convenir^ après les changements qu'avaient subis de* pois ce temps les rapports de la civilisation ^ les for-

tunes, le pouvoir, les intérêts publics et privés, et la position réciproque de toutes les conditions? Le Parlement était de cette opinion, ainsi que la noblesse et le clergé, décelant ainsi l'inflexibilité de leur esprit et leur inaptitude à saisir les idées progressives du temps. Mais Necker, dont les sentiments étaient plus nobles , trouva équitables et conformes à une saine politique les prétentions du Tiers- Etat qui demandait qu'on lui accoriiàt en raison de sa quantité numérique, de l'état actuel de sa civi* lisation, de son influence sur le bien dé l'Etat une représentation d'une importance plus sensible que dans les temps de la barbarie. Ce ministre ne voulut cependant point prononcer lui-même sur cette question, ni dicter au Roi aucune décision à cet égard ; mais il engagea le monarque à rassembler de nouveau les Notables (6 Novembre) , afin qu'ils délibérassent sur la forme et la composition des Etatsgénéraux k convoquer.

Les Notables à qui Necker soumit ies questions soigneusement posées, relativement à la compo^tion des Etats-généraux, au mode d'élection des membres, et aux instructions à leur donner , répondirent dans le sens des vues étroites de l'Aristocratie et de la pos* session de fait, sans égard à la déclaration du Roi qui avait exprimé le désir de voir respecter les pria* dp^de j ustice, qpe nulle date^ nulle époque ne peuvent d^rmire. Les Etats-générauic devaient av^râ*

la ménrif^ form? qiie la dière de i6i4« De même qu'alors chaque Ordre de l'Etat devait avoir un nombre égal de députés, et les suffrages devaient être recueillis par Ordre, et non par tête.

La demande évidemment équitable n'en Ait ex* primée que plus hautement par les provinces; — ce fut encore le Dauphiné qui se prononça avant les autres, — et Necker Tappuya au Conseil d'Etat avec tant de feu et d'éloquence qu'il entraîna le suffrage du Roi {^'j Décembre 1 788).

Necke^r dans son discours adressé au Roi lors de cette conjonctiire d'éternelle mémoire énonça les principes les plus purs d'une monarchie consti* t]u ti o n n e 1 1 e et surtout tempérée par la D é m o c r atie, et invita le Roi à se démettre du pouvoir absolu qu'il avait exercé jusqu'alors, à le partager avec les Représentants de la Notion, et par conséquent à réformer l'Etat, ou si l'on veut , à le rétablir dans sa forme primitive plus parfaite. Ce fut donc le Roi qui, en déclarant pul>liquement le même jour avoir adopté les principes et les wueji de son ministre des finances, et en convoquant immér dialement les Ëtats-gténérauK au nombre de laoo raeaibres^ tîhoisis pai* moitié <lans le Tiers^ £tat, et pat* BSkoitié dans la noblesse et le clergé donna la première impulsion à la' AévolutJKMib A QM9p^r.4e oe moaie&t — s'il est «rtai que la pafok d'un henuéte boiniBe et celle à'im "Roi soient

juridiquement obligatoires — il n'était plus en son pouvoir de retourner à l'ancien système arbitraire et de reprendre à la Nation ce qu'il lui avait si généreusement accordé. Il ne pouvait que se maintenir par sa sagesse et sa bonne-foi, chose peu difficile, dans son autorité comme Chef de TEtat — il n'était plus souverain — et donner par la une direction salutaire à la Révolution. Aussi se sont*ils chargés d'une responsabilité effrayante ces conseillers perfides qui par leurs suggestions funestement audacieuses firent prendre au monarque une voie tout opposée qui le conduisit à sa perle en entraînant celle de l'Etat.

Page 1